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PRESSE DE PROVINCE
- Jerry Ryan, heureux de te voir. - Moi également, Oscar.
Tu es celui dont je m'attendais le moins à avoir des nouvelles!
Au bout d'un mois, j'ai eu envie de voir un visage familier.
- Je vois que tu peins toujours. - Et ça marche bien.
Jerry, quand je pense à ce que serait devenu mon talent au Nebraska!
New York m'a sauvé la vie. Je peins avec mes tripes, maintenant!
- J'ai un tout nouveau... - Oscar!
Jette un œil aux spaghettis, ils vont coller!
Et alors? Viens par ici.
Sophie, voici Jerry Ryan, il vient de chez moi.
C'est bien un artiste. Il s'en moque! Enchantée, Jerry.
Dites-lui d'aller surveiller les spaghettis.
- Bien sûr. Oscar, ça va aller. - Je reviens tout de suite.
Servez-vous à boire. Faites connaissance.
Le but de l'art est de communiquer. Oui ou non?
Je vous demande pardon.
La façon dont vous le demandez est typique. Dogmatique. Conformiste.
...en faisant des compromis. Tu as vu mon improvisation.
La motivation était-elle claire?
A dire vrai, j'ai ressenti une certaine dichotomie.
Ta motivation et la motivation de...
Vous dînez souvent au restaurant.
Avec une glacière, vous feriez de sacrées économies.
J'essaie de vous rendre service. Avec cinq dollars, je serais riche!
Et moi, moins riche de cinq dollars.
Combien coûte une salade composée? Au moins un dollar, non?
Achetez-la en sachet, 20 cents, mettez-la au frais, c'est tout bon.
Si vous changez d'avis, je suis dans l'annuaire.
Gittel Mosca. M-O-S-C-A, Mosca!
Vous avez du feu?
Mettez votre chapeau, vous serez moins remarqué!
J'ai un truc à te raconter. Amusant, en plus.
Saloperie de...
Oui, allô?
Merde!
Espèce de cochonne. Cochonne.
- Allô? - Gittel Mosca?
- C'est moi, qui est-ce? - Jerry Ryan. On s'est vus chez Oscar.
- Ah, oui? - J'ai allumé votre cigarette?
Vous pensiez que je m'étais trompé de fête.
Celui avec le chapeau, qui ne disait rien.
- Il y a peu de chapeaux qui parlent! - Hein?
Cette glacière que vous vendez. Je pourrais venir la voir?
Je l'ai refilée à un type que Sophie m'a envoyé.
Je la lui ai même donnée. Vous auriez dû appeler hier.
C'était trop pour moi, hier.
Aujourd'hui, j'ai décidé de vivre. Il y a environ dix minutes.
- J'ai donc pensé venir chez vous. - Mais je ne l'ai plus.
Quand même, j'ai pensé que je...
Oui, bon, merci quand même.
Merde.
Une minute, mon lait déborde!
II y a du lait plein la cuisinière!
Oui, allô? Allô?
II y a quelqu'un?
- Non. - Hein?
- Allô? - Est-ce qu'Oscar est là?
Oui.
Ton ami avec le chapeau, tu as son numéro?
Tu es en manque?
Repasse au-dessus de la ceinture et regarde si Oscar a noté son numéro.
Je ne te savais pas si délicate. Donne-moi une minute.
Gittel, c'est Circle 5-9970. Tu as noté?
- 9-9-7-0, oui. - Ne sois pas ingrate, dis merci.
Très drôle. Je te donnerai une commission.
- Oui? - J'ai repensé à cette glacière.
Je pourrais vous emmener chez lui et vous lui offririez un dollar.
Il vous la vendra peut-être. Il l'a eue pour rien.
- Vous me suivez? - Je ne sais pas.
- Comment avez-vous eu mon numéro? - Par Sophie.
- La glacière, qu'en dites-vous? - Vous n'appelez pas pour ça.
- Hein? - Vous n'avez rien de mieux à faire.
Je pourrais faire bien d'autres choses!
Mais rien de mieux. La preuve, vous m'appelez.
Est-ce que je me trompe? Vous m'avez bien appelée pour la glacière?
- Non. - Comprends pas. Vous m'avez appelée.
J'appelle parce que la solitude est en train de me rendre fou.
J'ai appelé pour contacter quelqu'un du sexe faible, qui soit faible.
OK, je suis là. Votre contact.
J'ai appelé pour vous inviter à dîner. Et pour aller au ciné, si vous voulez.
- Mais vous n'avez rien dit. - Je pensais que vous diriez oui ou non.
- J'aurais dit: "bien sûr"! - Vous voyez, on a des problèmes.
- Quel film? Où on mange? - Attendez! Je ne suis plus sûre.
Je ne sais pas si j'en ai envie. Vous me paraissez compliqué.
- Oh! - Je suis la fille et vous, le type.
Décidez-vous, demandez-moi et je me déciderai.
- J'essaie depuis un mois. - De m'inviter à sortir?
Non, de me décoller d'un papier tue-mouches.
Quand vous vous êtes cassé la jambe, vous hésitez à faire le premier pas.
J'ai raccroché parce que je ne voulais pas vous dire: "Aidez-moi".
J'ai rendez-vous avec des jeunes. J'en aurai jusqu'à environ 18h30.
On peut se retrouver à, disons, 18h45?
- Disons 18h45. - Vous aimez la cuisine chinoise?
- Oui. - Il y a un restaurant, le Paon,
près de Sheridan Square. C'est dans l'annuaire. Cantonais.
- Ça pourra aller? - Qu'est-ce qui pourra aller?
- Votre jambe? - Ça a peut-être affecté ma tête!
Mais je vous retrouve au Paon, Cantonais, à 18h45, d'accord?
D'accord.
- Je suis en retard. - Oui, je sais.
- La prochaine fois, je me moquerai. - On est déjà la prochaine fois!
CUISINE CANTONAISE
Et vite, qu'on puisse aller au cinéma.
- Bien. - Du riz blanc. Ou bien cantonais?
- Non. - Du riz blanc. Et du thé. Deux.
- Bien. - Je voudrais un café.
Bien, monsieur.
Donc, vous êtes un provincial, hein?
- Du Nebraska. - Du Nebraska?
- C'est en Californie? - Non, vous confondez avec le Nevada.
- C'est en Californie. - Et que faites-vous à New York?
Principalement, je marche, jour et nuit.
- Monotone, mais bon pour la santé. - Quand dormez-vous?
Pas le temps. Qui étaient les jeunes qui vous ont retenu jusqu'à 18h30?
Un groupe de danseurs.
Ils pensaient que j'aurais des idées pour leurs costumes.
- Et alors? - Oui, c'est bon, j'ai le boulot.
J'ai emprunté 75 cents au chorégraphe,
mais je me ferai quelques dollars sur les costumes.
- C'est votre gagne-pain? - Entre autres.
Et puis les indemnités de chômage.
Et vous, que faites-vous? Que faisiez-vous, dans le Nebraska?
J'étais avocat.
- Vous allez pratiquer ici? - Je ne sais pas, marcher m'occupe.
- Tout va bien? - Très bien, merci.
Goûtez-en un. Ils sont délicieux.
Non! Trempez-le dans la sauce.
Gittel? C'est plutôt exotique.
- C'est quoi? Italien? Esquimau? - Juif!
- Mosca? - Ça, c'est exotique.
C'est mon nom de scène. Moskowitz est trop long.
- Vous êtes actrice? - Danseuse.
- Vous avez arrêté? - Arrêté? C'est mon métier!
J'ai étudié des années avec José.
- José qui? - Vous blaguez? Lemien. Le meilleur!
- C'est important, pour vous? - Sinon, j'ai gâché plein d'argent!
Donc...
C'est comment, le Nebraska? Je n'ai jamais quitté New York.
Du Bronx à Manhattan et à Brooklyn, telle est la vie de Gittel Mosca.
J'ai failli partir en Floride, une fois, j'avais même l'argent. Miami.
Je me suis mariée, il est parti en Floride, j'ai divorcé...
- Vous aussi? - Vous êtes marié?
Ma femme est en train de divorcer, à Omaha.
- Une payse. - Hein?
Quelqu'un du même patelin. Combien de temps ça a duré?
- Douze ans. - C'est beaucoup.
- Elle s'est toquée d'un autre? - Non, elle en a eu marre de moi.
Vous voulez vraiment aller au cinéma?
Je ne sais pas. Ça vous ennuie de parler mariage et divorce?
Oh, non. Je pensais à autre chose.
Comment va-t-on décider si on veut vraiment aller au cinéma?
- C'est vous, l'avocat. - Ceci est plus exotique.
Il faut être une chauve-souris, pour retrouver son chemin.
J'ai plein d'amis chauves-souris. Je ne suis pas très équilibré.
Alors, pourquoi n'écoutez-vous pas?
Ça ne ferait aucune différence. 60% des accidents sont domestiques.
Pour être en sécurité, soyez sans-abri.
Marcher dans les rues, c'est mieux. Coca, bière, eau gazeuse?
- Et vous? - Lait chaud.
Lait chaud? Je suis trop vieux pour vous. Je vais prendre un Coca.
Il y a de la caféine dedans, prenez une bière, c'est mieux.
Ne me maternez pas. Désolé. J'ai passé douze ans à être traité en malade.
On s'occupait de moi, j'étais dorloté.
- Votre femme? - Une gentille infirmière, nommée Tess.
On s'est occupé de moi à outrance.
- Coca. Laissez tomber les chips. - OK. C'est vous qui ne dormirez pas.
Alors, donnez-moi une bière.
On recommence, Jerry. Coca ou bière?
Lait chaud. Si je dois me relaxer, il faut le faire sérieusement.
- Vous avez quoi, comme lit? - Un lit de camp de l'Armée du Salut.
Pas étonnant. Essayez ça. Allez-y, essayez.
Vous savez combien j'ai payé le matelas? 59 dollars.
Je ne pourrais pas m'en passer. On y passe le tiers de notre vie.
- Vous avez une vie sociale intense. - D'accord, la moitié.
Si vous aviez un bon lit, vous ne marcheriez pas autant.
Possible, mais je n'ai pas les moyens d'avoir un pucier confortable.
- C'est un cercle vicieux. - Un pucier?
Entre autres, oui.
Avocat ou pas avocat, vous ne travaillez pas?
Se décoller d'un papier tue-mouches peut s'avérer très difficile.
Non, non.
Je sais pourquoi je bois ça. Mais vous?
- J'ai un ulcère du duodénum. - C'est vrai?
Les ulcères des femmes n'ont pas disparu avec les vapeurs?
Ce n'est pas une maladie d'homme, de nos jours?
- J'en ai un, en tout cas. - Vous êtes quoi, au fait?
La fille vieux jeu ou la fille virile, les mêmes règles pour vous et moi?
Quelle différence ça fait?
Pour savoir si je bois ça et je pars, ou si je reste toute la nuit.
Vous n'y allez pas par quatre chemins, hein?
Qui est M. Amérique? Votre ex?
Wally n'a pas eu le temps de laisser sa photo. C'est Larry, mon partenaire.
Vous êtes plus mince, sur celle-là.
Les ulcères vous font grossir.
Il faut manger six fois par jour. La dernière fois, j'ai pris 8 kilos.
- La dernière? - J'espère. J'ai tellement de sang.
- Combien avez-vous eu de crises? - 2.
Comme ça n'allait pas mieux, ils m'ont opérée pour autre chose.
L'appendicite. Je ne blague pas, je suis une loque, au plan physique.
A votre physique, même s'il est en ruine.
Voilà ce qui ne va pas chez moi. Et chez vous?
II n'y a rien de particulier, sauf que nous avons un problème.
- On doit se décider. - A quel propos?
Je reste? J'apprécie l'invitation, mais je ne vais pas insister.
Je ne comprends pas, Jerry.
D'abord, vous hésitez pour dîner, puis c'est pour aller au lit. Pourquoi?
Je teste. Comment savoir ce que je pense tant que je n'ai pas parlé?
C'est comme ça que vous décidez, dans votre tête?
Ça évite de faire des erreurs. Comment décidez-vous?
Pas dans ma tête. Les erreurs peuvent parfois être bénéfiques.
Ne nous pressons pas. Analysons les conséquences.
Qui a dit oui? C'est censé me mettre dans l'ambiance?
- Ce n'est pas le cas? - Oh, bon Dieu!
Bon, essayons une approche plus conventionnelle, de la musique.
Ça m'a manqué.
- Vous n'avez même pas de radio? - Je n'ai pas non plus de télévision.
Mais tout le monde a une radio. Une radio coûte moins de 20 dollars.
- Jerry, vous êtes fauché? - Pourquoi demandez-vous ça?
Vous êtes loin de chez vous, vous ne travaillez pas.
Il y a quelqu'un pour vous dépanner?
Seulement vous.
De combien avez-vous besoin?
Vous êtes une fille généreuse. Trop généreuse.
Les chiens errants peuvent mordre.
- Mais vous êtes fauché. - C'est vous qui le dites.
L'an dernier, je me suis fait 30000 dollars.
J'ai 18 dollars pour finir le mois, et c'est moi qui vous aide!
- Je dirais que vous êtes une victime. - De quoi?
- De vous-même. - J'ai pitié de vous. C'est mal?
- Vous avez pitié de moi? - Bien sûr.
- Gittel, quel âge avez-vous? - 29 ans.
Arrêtez de parler comme si vous en aviez 28. Occupez-vous de vos ennuis.
Ce n'est pas terrible. Des petits boulots, l'allocation chômage.
- J'ai plusieurs projets! - Des projets?
Ce Larry et moi, nous travaillons un récital de danse.
Je cherche un local pas cher, un studio pour donner des leçons...
Qu'y a-t-il de mal? C'est parce que j'ai pitié de vous?
Vous êtes trop chère pour moi.
Je ne suis pas prêt à gérer un être humain, avec des faiblesses...
- Qui a fait une proposition? - C'est moi, mais je l'ai retirée.
Je ne suis ni prêt, ni capable d'être responsable de quelque chose.
Surtout pas d'une godiche ingénue. C'est ce qui m'irrite. La déception.
- C'est quoi, ingénue? Intelligente? - Bête. Naïve.
J'avais ma propre chambre dans le Village à seize ans!
Et pas pour jouer à la marelle.
- Ayez peur de vos propres raisons. - Vous avez une grande expérience?
Grande, c'est une autre histoire.
Vous avez couché avec M. Amérique?
Je vous ai dit que c'était un danseur.
On est bons amis, oui. Vous me trouvez bizarre?
- Vous l'êtes? - Je suis quoi?
Pédé.
Là, vous êtes allée trop loin.
- Depuis quand êtes-vous à la diète? - Un an.
Vous étiez où, en prison?
Ne nous excitons pas trop.
Prenez un biscuit et calmez-vous, puis vous feriez mieux d'y aller.
Y aller? J'ai donc fait une erreur?
Non, Jerry.
J'ai une règle d'or. Je ne couche jamais avec un homme, la première fois.
Vous croyez que j'ai la cuisse légère?
En plus, ce petit numéro que vous m'avez joué,
vous auriez pu mieux le préparer, si vous vouliez réussir.
Vous testez, qu'est-ce que vous dites de ça?
Vous savez qui vous testez? Pas moi. Vous voulez savoir où vous en êtes.
Vous me draguez? Pourquoi devrais-je coucher avec vous?
Pour une cure de santé? J'ignore ce qui vous ronge.
Je vous ai raconté toute ma vie et vous, pas un mot.
Mon histoire est mince, mais la voici.
J'avais un boulot, une maison, une femme, une vie. Tout est parti.
En ce qui concerne le présent,
Je vis dans une chambre à $ 31 par mois, le hall est plein d'ordures.
Je me réveille asphyxié, si je ne me suis pas jeté d'un pont la veille.
- Je ne peux pas me payer une radio! - Chut!
Ces 30000 dollars, c'était pour m'impressionner?
Je ne voulais pas que ce soit trop simple. Je suis venu avec 500 dollars.
J'essaie de vivre avec 3,5 dollars par jour.
Mais, ce soir, vous avez dépensé $ 16,80!
- Une folie. Mon anniversaire. - Quoi?
Je me suis même acheté un cigare.
Vous vous êtes acheté votre propre cadeau?
- Pourquoi ne pas me l'avoir dit? - Pourquoi?
- Vous m'en auriez donné un? - Bien sûr.
Merci, mais je ne demande pas l'aumône à de jolies paumées cinglées.
Ne dites pas: "Partez" quand vous laissez entendre: "Venez".
Vous ne demandez pas l'aumône?
- Quoi? - Vous l'avez fait, pourtant.
- Le pucier, malheureux, fauché. - Le pucier malheureux?
Comme si je ne couchais pas avec vous, on vous retrouverait mort.
- Qui a dit ça? - Vous l'avez dit.
Les ordures, sauter d'un pont, votre solitude. Vous venez de le dire.
C'était peut-être une manœuvre oratoire, une approche,
mais je ne l'ai pas fait souvent.
Même au téléphone, vous m'avez demandé de l'aide.
- Non, j'ai dit que je ne... - Vous l'avez dit. J'ai accepté.
Je ne me plains pas, mais si vous m'injuriez, je ne dois pas répondre?
J'ai dit quelque chose qui vous a vexé?
J'étais énervée. J'ai voulu me venger. C'est naturel.
Non, c'est juste que vous avez raison, sur ce point.
- Quel point? - Que je demandais l'aumône.
Je ne l'avais pas remarqué, mais ça s'est produit sous mon propre nez.
- Et si c'est le cas... - Où est-ce que vous allez?
Je retourne à ma solitude. C'est tout.
Si vous détestez tant cet endroit que vous ne voulez pas rentrer, restez.
J'ai un lit de camp, prenez le lit.
- Rester? - Après une bonne nuit, ça ira mieux.
D'accord? Alors, c'est dit.
Ça vous ennuie, mes draps? lls sont propres et j'ai pris un bain.
- Non, Gittel, mais... - Mais quoi? Votre lit est mauvais.
Demain, achetez un peu de kérosène et faites griller tous les insectes.
Vous êtes une très chic fille.
Vous aussi, vous êtes une chic fille. Les toilettes sont là.
- Passez une bonne nuit et vous... - Vous sentirez mieux demain.
- Gittel. - Encore? Je ne suis plus là.
Ce dont on a parlé, ces aumônes, vous trouvez que c'est une faiblesse?
Quoi, pour votre anniversaire?
L'oreiller. Excusez-moi.
- Dois-je rester, vraiment? - Ça suffit. Vous voulez rester?
Alors, restez.
Et puis zut! Bon anniversaire!
Vous devriez être au lit, à votre âge!
CHER JERRY: QUAND VAS-TU RÉPONDRE AU TÉLÉPHONE?
JE VEUX JUSTE DIRE BON ANNIVERSAIRE ET AMITlÉS. TESS
Cette glacière, vous n'auriez pas dû la donner pour rien.
- Continuez comme ça et vous... - Salut, Jerry!
Vous allez bien?
Super. J'ai essayé un nouveau pont. Queensboro.
- Gittel, j'ai fichu le camp. - J'ai remarqué.
- Et votre fameuse règle d'or? - Hein?
Je n'ai pas pu résister à votre superbe chapeau.
Vous êtes sûre que ce n'était pas par charité?
Je me suis fait avoir une fois, mais c'est fini.
- C'est pour ça que vous êtes parti? - En partie.
Je m'inquiétais pour vous, je vous ai appelé plusieurs fois, sans succès.
Je vous ai laissée tomber, et vous m'appelez?
- Deux fois. - Gittel.
Vous devez faire attention, prendre bien soin de vous.
- Vous ne râlez pas. - A quel propos?
Pourquoi ne râlez-vous pas à cause de l'heure?
- Quelle heure est-il? - 5 h passées.
- Un peu d'entraînement. Allez-y. - Aller où?
Râlez! Criez! Qui suis-je pour appeler à cette heure? Dites-le.
- Pourquoi est-ce que vous criez? - Pour votre bien.
Je n'aime pas crier, ça me rend nerveuse.
- Et je suis contente de vous avoir. - Pourquoi?
Pourquoi êtes-vous si bête? Je m'inquiétais pour vous!
Bien. Il vous faut un peu d'entraînement.
Vous me prenez pour une idiote? Vous avez vu l'heure?
Vous appelez si tôt pour m'entraîner à gueuler?
Non. J'appelle pour vous dire que vous êtes une fille merveilleuse.
- Ne changez rien jusqu'à ma visite. - Hein?
On dirait qu'après tout, un être humain peut m'intéresser.
Un être humain comme vous, avec ulcère et sans appendice.
Ça doit être un sacré pont, ce pont de Queensboro!
Oui, la vue était magnifique.
Et la bougie que vous avez allumée s'est vue jusqu'à Omaha.
- Omaha, Nevada. - Où vous avez été couvert d'aumônes?
On m'a envahi jusqu'à ce qu'il ne me reste plus rien.
Même si c'est fait par amour,
ce n'est pas vraiment fait pour qu'un homme se sente...
disons, pour qu'il se sente viril.
Pour que je comprenne bien tout, vous pouvez m'expliquer? Genre A, B, C.
J'ai rencontré Tess lors de ma dernière année au lycée.
Son père, Lucius, le pire vantard qui soit,
était si riche qu'il se fichait que je ne le sois pas. Vu?
- Oui, continuez. - D'accord.
Ils m'ont fait venir parmi eux.
J'ai eu une bourse pour étudier le droit, j'ai intégré leur cabinet.
Lucius a même fait construire la maison où Tess et moi vivions.
Une très grande maison. Une belle niche pour un chiot sans pedigree.
Et voilà toute l'histoire.
Que voyez-vous, quand vous regardez derrière vous?
Que je l'avais bien cherché.
J'aurais pu crier stop, ou m'en aller, mais je ne l'ai pas fait.
50% de ma vie a été une aumône que j'avais cherchée.
Après l'avoir compris, j'ai fini par en refuser une. La vôtre.
Ce n'était pas une bonne façon de commencer, pour nous.
Vous savez quoi? On peut facilement nager dans la confusion, avec vous.
Déjeunez avec moi, et je serai plus clair.
D'accord. On m'arrache une dent à 9 h, on peut se voir après.
Je vais sans doute cracher pas mal de sang...
Je veux dire... on ne pourra rien faire.
Si j'allais chez le dentiste avec vous?
- Pourquoi? - Parce que j'ai envie.
Je suis là dans un moment. Que faites-vous pour votre dent?
- Vous en avez une aussi? - Je parle de vous.
Hein? Oh, je la laisse saigner, ça s'arrête.
- Pourquoi? - C'est sans importance.
- Gittel. - Oui.
Il est bon, ce Dr Kruger?
C'est un pousseur de coton.
Un coup de roulette, un coton, $ 5, à la semaine prochaine.
La semaine suivante, coton, dollars, et ça recommence.
Quand vous n'en pouvez plus, il s'occupe de la dent.
Pourquoi aller jusqu'au Bronx pour le voir?
C'est le dentiste de ma mère. Je n'ai pas le choix.
Ça ne fait pas mal, hein?
- Bonjour. - Bonjour.
C'est à vous, M. Molinari.
Vous voulez y aller avant moi? Je ne suis pas pressé.
Moi non plus, merci.
Jerry, cette fichue dent ne me fait plus mal depuis deux jours.
Je ne sens presque plus rien. Ça ira bien. Allons-y.
Front Street, dans le Village.
2,98 pour des glaçons, un taxi, je vous coûte une fortune.
Je suis sur le point de faire fortune.
Vous allez retourner sur ce pont et dévaliser quelqu'un?
Je vais voir un type pour un boulot. Taubman. Un grand nom du juridique.
- Quand? - Dès que je vous aurai mise au lit.
Avec le sac de glaçons, temporairement.
Mais enfin, vous êtes tellement vieux jeu.
Où sont les bonbons dans une boîte en forme de cœur?
lls n'en ont pas jusqu'à la fête des amoureux.
- Bon, j'attendrai. - Gittel...
Attendez. Il faut que je les mette dans l'eau.
Vu leur prix, j'espère que vous avez eu le boulot.
- Je commence demain. - Vous allez à nouveau être avocat?
Je ne peux pas, tant que je n'ai pas passé les examens.
- Je vais lui préparer les dossiers. - Ça veut dire quoi?
Rechercher les précédents dans une affaire.
Quand un débile en attaque un autre et que le juge a du mal à décider,
on se rapporte à une autre affaire similaire, qui s'est passée en 1890.
Venez vous mettre là.
- Je préfère sans les manches. - J'enlèverai les manches au vôtre.
- C'est amusant, ce boulot? - Ça paie bien.
Etre les deux moitiés d'une pomme, vous et moi...
- Quelqu'un vous a mordu? - Non, mais les filles sont chères.
Fleurs, glaçons... Comment va la dent?
- Bien. - Louer un studio pour y danser.
- Vous allez me louer un studio? - Pourquoi pas?
Je veux que vous vous serviez de moi.
- Vous allez arrêter de bouger? - Je suis nerveuse.
Moi aussi, mais tout ce mouvement ne nous aide pas.
J'attendais juste qu'on m'arrête.
On dirait qu'il y a un cadavre, avec cette odeur!
Ce sont les fourrures. Ouvrez une fenêtre, ça s'en va.
- Je peux essayer? - Je vous en prie.
Si vous voulez mon avis, c'est une bonne affaire.
C'est plus grand qu'un placard, et plus petit qu'une piste de bowling.
Le parquet a besoin d'être poncé pour danser mais sinon, c'est parfait.
- M. Jacoby? - Oui.
Qu'est-ce que vous allez faire comme travaux?
Je ne lèverai pas le petit doigt. 60 dollars le mois, 3 mois d'avance.
- Pour les travaux, à vous de jouer. - 60 dollars par mois!
- Pour un studio sans gogues! - Sans quoi?
- Des toilettes. - Des chiottes!
A l'étage en-dessous, propres, serviettes en papier.
Vous voulez vivre ici, ou quoi?
Ce n'est pas un appartement, ici. Il n'y a pas de toilettes.
- Je ne loue pas aux beatniks! - Inutile de râler!
Je veux faire un studio de danse, des cours pour les classes.
- Des enfants? - Peut-être. Pourquoi?
S'il y a des enfants, je veux un contrat. Tout ce qu'ils abîment, vous payez.
Que pourraient-ils abîmer? C'est si beau, ici!
lls trouveront bien.
Jeunes gens, j'ai du travail qui m'attend, en bas.
Je vous laisse en discuter entre vous.
Si vous le prenez, très bien. Sinon, partez en paix.
Mais quoi que vous décidiez, redescendez la clé. Merci.
Bon Dieu! 60 dollars par mois!
Du calme, tu vas réveiller ton ulcère.
On a vu plus de cent lofts, ces cinq dernières semaines.
- Tu sais que c'est le bon. - Mais $ 60!
Je gagne deux fois plus en une semaine.
- Je dois donc être une sangsue? - S'il te plaît, sois une sangsue.
- Cherchons encore. - Je ne peux pas.
- Taubman veut me voir à 17 h. - Tu vas te faire virer?
Je pensais que tu voulais t'occuper de moi?
Ne joue pas au petit malin.
Je vais réfléchir encore un peu, pendant que tu vois Taubman,
et au dîner, on en parlera calmement.
D'accord, sauf pour la partie calme.
Mon petit jeune homme, personne n'habite ici!
- Ça devrait aller. Asseyez-vous. - Merci.
C'est ridicule de vous voir jouer les clercs.
Pourquoi ne pas passer l'examen d'Etat?
Ce ne serait pas facile. Je n'ai pas étudié depuis des siècles.
Contournez tout ça. Faites-vous admettre sur requête.
- Je vous soutiendrai. - C'est très aimable à vous.
Il vous faut une déclaration d'un grand avocat du Nebraska.
Le patron de votre ancien cabinet, peut-être?
Si je peux le lui demander. Il va devenir mon ex-beau-père.
Pensez-y. Nous aimerions vous avoir.
- Pour être sordide, combien? - Je suis prêt à vous offrir $ 10000.
Je suis prêt à refuser cette somme.
Si je suis assez utile pour être à plein temps, ça en vaut 125OO.
Il faut 14000 pour m'attacher, donc on doit parler d'environ 15000.
Allons boire un verre au St. Regis.
- Préparez-vous à du marchandage. - Alors, je dois vous prévenir,
après un verre ou deux, mon prix monte.
C'est curieux, pas le mien.
- Bonsoir, poussin, j'ai juste... - Ne bouge pas.
Ça sent bon, c'est quoi? Un poulet.
Avec de la salade, des pommes de terre et du vin dans le seau à glace.
Une affaire, 59 cents la bouteille. Il doit être vieux.
- Qu'y a-t-il de drôle? - Toi.
- Je voulais te dire... - Hé, des rideaux!
Tu crois que je viens juste pour te voir?
Une seconde. C'est mieux aux chandelles. C'est intime, non?
Merveilleux. C'est devenu un haut lieu touristique.
- Qu'y a-t-il, dans le sac? - Tout.
- Ce fil que tu voulais, le Brillo? - Oui.
Un dessert. Gâteau au soja. Sans sel, ni beurre, ni goût.
Un cadeau. De moi à toi.
J'ai hâte de voir ce que c'est. Qu'est-ce que c'est?
Elle ouvre le cadeau de son amant, pensant que ce sont des bonbons.
C'est un diamant, arraché à l'œil d'une idole. Elle hurle...
- Un savon! J'ai besoin d'un bain? - Ne t'avise pas de faire ça.
C'est du Chanel N° 5. Une copie à $ 5. Ça se mange à la petite cuillère.
Je crois que le plus dingue de nous deux, c'est plutôt toi que moi!
- A $ 5, on ne va pas le manger. - Oh, mais si.
- Comment va ton estomac? - J'ai pris un antispasmodique, ça va.
- Tout n'est pas parti? - Tu me trouves trop grosse?
- Bon Dieu, non! - Trop maigre?
- Tu es un vaisseau de féminité. - Sexy avec tout ce qu'il faut?
- Bien dit. - Tu me trouves trop sexy?
Je trouve que tu es un vaisseau un peu confus.
Tout bien réfléchi, tu as un magnifique postérieur.
Tu parles d'un vaisseau! On dirait une épave.
Le poulet va être brûlé.
J'ai essayé de te dire que tu vas avoir un appel longue distance.
- De qui? - De ta femme.
Je lui ai parlé. Elle est passée par l'opérateur.
Au début, je trouvais ça bizarre, et puis j'ai pensé:
"lls ont été mariés longtemps. Pourquoi n'appellerait-elle pas
"pour dire: 'Salut, quoi de neuf?"
Je me suis détendue et j'ai surveillé le poulet.
- Quand a-t-elle appelé? - Deux, trois fois. Elle rappellera.
Par tous les dieux, elle doit être pleine aux as.
Je n'ai fait qu'un seul appel longue distance.
A Tallahassee, en Floride, juste après mon mariage.
Wally y avait trouvé un boulot. En fait de boulot, c'était une rousse.
- Je ne suis pas morte, j'ai appelé... - Je ne veux pas parler à Tess.
Ne lui parle pas. C'est quand j'ai reçu la facture, que je suis morte.
Je ne répondrai pas, c'est la meilleure façon de faire.
- Tu veux t'occuper du vin? - Mais absolument.
Nous avons quelque chose à fêter.
Attends de savoir ce qui s'est passé avec Frank Taubman.
Qu'y a-t-il, chérie? C'est à cause de ce coup de téléphone?
C'est fini. Mort et enterré. Et je veux que ça continue ainsi.
Bien... Parlons un peu de quelque chose de plus agréable.
As-tu trouvé un studio que tu préfères à celui de Jacoby?
- C'est ça, l'agréable? Non. - Bien. On ira signer demain.
J'aurai un studio quand j'aurai un boulot. Schraffts cherche des serveuses.
- Schraffts? Des serveuses? - N'importe quel boulot.
L'an dernier, j'ai vendu des bonbons. J'ai pris 3 kilos.
- C'est bon, les bonbons. - C'est absurde.
- Quel est le problème? - Schraffts t'exploite. Point final.
L'accusation est ajournée.
Ce poulet est délicieux. C'est quoi, ce goût de gin?
- Du gin. - C'est fabuleux.
Je parle de toi. Tu sais cuisiner, tu sais coudre, tu sais...
Pourquoi manges-tu des frites? Tu sais que ce n'est pas bon pour toi.
- Combien en as-tu mangé? - Trois.
C'est trois de trop.
Bon, tu peux en avoir encore une.
Tiens... prends ça, à la place.
J'en sais plus, sur les ulcères. Ne mange que ce que tu peux.
Tu sais, j'ai oublié sa voix. Comment est-elle?
Que veux-tu dire? Jolie. Elle a une jolie voix.
Tu veux l'entendre? Parle-lui.
Je ne comprends pas. Tu veux que je lui parle?
Je suis avec toi, dans les jardins de l'Eden, Adam et Eve.
Pourquoi faire entrer le serpent? On s'est déjà débarrassé des puces.
Bien, Jerry, puisqu'on en parle, quelque chose me tracasse.
C'est mort et enterré, dis-tu. Bien. C'est pareil pour moi avec Wally.
Mais s'il appelait, je ferais un peu la grimace, mais je lui parlerais.
C'est un être humain. Il peut avoir besoin d'aide.
- On ne le sait qu'en parlant. - Tess n'a jamais eu besoin de moi.
Wally n'a pas assez compté pour être évité.
C'est votre histoire. Je ne suis pas obligé de faire pareil.
- Non. - Parlons plutôt du studio de danse.
Chérie, si tu es une danseuse, il est temps que tu t'en occupes.
On va te louer le studio demain, d'accord?
Je vais chercher le café.
Chérie, je peux le faire. Vraiment.
Tu vas chercher du café pour Crésus et tu ne le sais pas.
Taubman veut m'engager.
C'est génial! Tu vas redevenir avocat, comme tu le voulais?
Je ne peux pas, à moins d'accepter un service de mon ex-beau-père.
Ça serait revenir à une ancienne et mauvaise habitude.
Ou alors, je passe un examen, ce qui me rend un peu nerveux.
- Tu les écraserais. - Comment ça?
C'est mon sentiment.
Je ne connais pas les lois d'ici et je suis trop vieux pour l'école.
Il y a des mamies qui vont à la fac. Avec 11 petits-enfants!
J'ai l'air d'être une mamie?
Moi, je vais te donner un coup de main et toi, tu vas m'envoyer à l'école.
Je n'ai pas besoin d'un coup de main. Il va falloir que tu passes l'examen.
Je ne suis pas particulièrement pressé.
Tu es en vacances, pour ne pas être pressé?
Ce que je voulais dire...
Arrête. Tu ne sais même pas contre quoi tu te bats.
Tu vois ça...
C'est le manuel de droit de l'état de New York.
Ce que je ne sais pas remplirait toute une bibliothèque.
Tu sais ce que tu as en trop? Un manque de confiance en toi.
Si tu étais un grand avocat au Nevada, où est la différence?
- Au Nebraska. Environ 1500 km. - Je suis sérieuse.
- Je préfère ça à Chanel. - Pourquoi avais-tu du succès?
- J'avais un score dans les 70. - Quoi?
- De birdies. - Et ça t'a rendu populaire?
Espèce de crapule!
- Je ne supporte pas. - Ne réponds pas.
- Allô? - C'est moi.
- Raccroche ça. - C'est Larry!
- Tu aurais pu m'appeler. - Je viens de rentrer.
- Qu'ont-ils dit, au "YMCA"? - 625 dollars.
- Combien? - 625! Comment va-t-on faire?
Je ne sais pas. Mais là, je suis en train de dîner.
- On peut utiliser le studio? - Pas encore, on en parle plus tard.
Qu'est-ce qu'elle t'a fait?
- Elle m'a aimé. Et épousé. - Et elle t'a plaqué. Quel trésor!
Elle avait raison. C'est ce qu'il y avait de mieux à faire pour nous deux.
Si tout était si bien, pourquoi as-tu quitté le Nebraska?
- Tu pouvais y travailler. - Je suis resté un moment.
Au début, ça semblait aller. J'étais occupé, Tess avait repris sa vie.
Elle a rencontré quelqu'un, un vieil ami. Elle va sans doute se remarier.
- C'est ça qui te tracasse? - J'étais pour, dans ma tête...
- Mais ça te minait? - Eh bien...
Je n'arrêtais pas de les rencontrer.
Quand tu as été marié avec quelqu'un pendant douze ans,
que tu as vécu avec, c'est difficile de rompre.
Tu as du mal à oublier ce qui... Enfin, j'ai tout coupé. J'ai fui.
Arrête de courir, tu es au bord de l'Atlantique.
- Je ne cours plus. - Tu ne te vois pas?
En ne lui parlant pas, tu cours.
Demande-moi. N'essaie pas de m'aider. Demande-moi, et je le ferai peut-être,
- si c'est si important pour toi. - Pour toi!
Je ne veux pas. Tu veux? Oui ou non?
- Non. - Je dois passer l'examen?
- Non! - Que veux-tu de moi?
Je ne veux rien du tout!
Arrête. Tu sais que fumer est mauvais pour ton estomac.
Je m'occupe de mon estomac depuis presque trente ans. On se débrouille.
Mais tu ne te débrouilles pas. Tu te mens à toi-même.
Oui, tu te débrouilles bien. Au jour le jour, d'un homme à l'autre,
mais rien ne dure jamais. Ils s'en vont tous à Tallahassee.
- Tu lui as payé son billet de train? - Il était fauché.
Bon Dieu, elle l'a fait!
Tu as payé son billet et tous les clodos voyagent gratuitement.
Tu ne sais pas pourquoi ça s'arrête, hein? Je vais te dire pourquoi.
Quand un homme te tend la main, tu y mets une aumône.
Tu pourrais aussi bien cracher dedans. Ils se servent de toi et s'en vont.
Ce n'est plus un jeu, tu n'es plus une enfant. Tu es toute seule.
Qui s'intéresse à ce qui t'arrive, à part moi?
Ne me crache pas dans la main, Gittel. Tess n'a pas besoin de moi, toi, si.
Si tu fais une vraie demande à un homme, il pourrait te surprendre.
- Tu vois ce que je veux dire? - Bien sûr.
Tu es un grand avocat, Jerry. Pourquoi es-tu si timide?
- Tu n'as pas compris un mot? - Mais si!
Si j'étais juré, je me collerais cinq ans.
- Je suis sérieux. - Laisse-moi!
- Tu as besoin de quelqu'un. - Sinon? Lâche-moi ou je crie.
- Tu ne crieras pas. - Au secours!
- Tu es folle. On va venir. - Penses-tu, on est à New York.
Laisse-moi, je vais être pleine de bleus.
- Je pars avant que tu ne me frappes. - Te frapper?
C'est ce que tu attends de tes histoires d'amour?
Quand il s'agit des hommes, je m'attends au pire.
- Décroche, si tu es si fort. - Tu veux que je le fasse?
Oui, je veux que tu le fasses. Je ne sais plus où j'en suis.
J'appelle à l'aide et personne ne vient.
- Sur qui est-ce que je peux compter? - Sur moi!
Si je m'appuie sur toi, je vais tomber dans ce grand trou du Nevada!
- Allô. - M. Jerry Ryan, s'il vous plaît.
- C'est moi. - Un appel longue distance d'Omaha.
- Bonjour. - Bonjour, Tess.
- Tu sais que je t'ai déjà appelé? - Oui, je le sais.
- Mais je ne sais pas pourquoi. - Pourquoi?
- Pour parler de notre divorce. - Il n'y a rien à en dire.
Le divorce viendra en son temps et c'est tout.
- Je suis inquiète. - Ne t'inquiète pas.
J'ai une amie, un boulot, tout va bien.
Tant mieux, Jerry. Ne m'en veux pas, on peut rester amis.
Ça ne m'intéresse pas. Sors de ma vie. Je veux juste t'oublier.
- Je n'arrive pas à t'oublier. - Désolé pour toi, Tess.
J'ai essayé mais je ne peux pas.
Ne pleure pas, Tess, s'il te plaît.
Tess, tu veux arrêter de pleurer?
- Gittel... Gittel, je suis... - Ce n'est pas ce que tu as dit.
- Je me fiche d'elle. C'est la danse. - Non, chérie.
Larry dit que le "YMCA" réclame $ 625.
- C'est toi qui fuis. C'est elle. - C'est le "YMCA", pour le récital.
- Qu'en ai-je à faire de ce studio? - Arrête. Chérie...
- Aide-moi. - Quoi?
Aide-moi à me raccrocher à quelque chose, même si c'est un studio crado.
Mais moi aussi, j'ai peur. Je ne sais pas où je mets les pieds.
- Pourquoi je devrais m'engager? - Parce que je le fais.
On a tous deux de nouveaux objectifs. Retrouve-moi à mi-chemin.
- Dans le studio? - Dans le studio.
D'accord, éteins la lumière, tu veux?
On saute, on saute, on saute. Bien.
Ça vient. Et on saute, on saute, on saute, en l'air,
- et on est un peu en retard. - Je sais.
On pousse, on pousse, on pousse, et ensemble, on pousse, on pousse.
Et ensemble. Et à droite...
Et à gauche...
Bien. Bien. Maintenant, on tourne...
On tourne, on tourne, on tourne...
On tourne, on tourne, on tourne...
Et on touche, on touche, on touche...
- En arrière, en arrière... - Allô?
- Gittel, c'est moi. - Salut, Sophie.
- Comment le monde te traite-t-il? - Mon estomac me fait souffrir
mais sinon, ça va bien.
- Tu es libre, vendredi soir? - Vendredi?
Je vais voir avec Jerry, voir ce qu'il a en tête.
- J'aimerais bien le savoir, aussi. - Qu'est-ce que tu veux dire?
- Rien. Ça dure depuis un moment. - Ça ne fait pas si longtemps.
- Avec Wally, ça a duré 15 minutes. - C'était différent.
- Et Max? - Quel Max?
Le Max de Rosendale.
Personne ne m'a offert un studio, et Molly amène une nouvelle classe.
- Seymour a toujours bien agi. - Il m'achetait du chocolat.
Il me doit toujours 70 dollars.
Le fait est que, jusqu'à Jerry, j'étais une victime.
Pourquoi est-ce que...
- Hein? - Présente-le à ta mère.
Tu es folle? Si je fais ça, il quittera New York en ballon.
- La patronne est une mauvaise... - Un instant, Sophie.
Elle est avec les patrons... Voilà l'argent de la sueur. La mienne.
- 12 dollars. - Ça te paye jusqu'au 10.
- Oui. - Tu as besoin d'un prêt?
Pas si je dois le rembourser.
- Je suis là. - Continue, à propos de Jerry.
Tu ne comprends pas Jerry.
Il joue au golf. J'ai déjà connu un golfeur?
- La belle affaire! - Qu'en sais-tu?
Pour toi, il faut être peintre!
Ne nous disputons pas. Tu travailles?
Je travaille à mon récital. Enfin, j'essaye.
C'est dur de reprendre, après si longtemps.
- Je devrais peut-être me mettre au golf. - Tu devrais te mettre au mariage.
Le divorce n'est pas encore prononcé.
Il doit devenir bigame?
- Il a déjà abordé le sujet? - Pas encore.
- Pourquoi pas? - Tu me rends folle.
- Pourquoi? - Tu me harcèles.
- Je suis ton amie. - Alors, arrête de me harceler!
- Taubman Associés. - Ici Gittel Mosca.
- Je peux parler à M. Ryan? - Il est en ligne.
- Ça ne fait rien, j'attendrai. - C'est le Nebraska, ça peut durer.
Alors, je ne vais pas attendre.
Les appels longue distance pour Omaha peuvent durer longtemps.
- Oui, allô? - Salut, chérie.
- Salut. Jerry, j'allais partir. - On m'a dit que tu avais appelé.
L'opératrice m'a dit que tu avais un appel d'Omaha.
Ce n'était pas important.
Sophie et Oscar font une soirée, vendredi, tu veux y aller?
Taubman fait aussi une soirée. Pourquoi n'y viendrais-tu pas?
Tu y vas et je vais chez Sophie. Ce sera bien comme ça.
On n'est pas forcés d'être collés.
- Qu'y a-t-il, chérie? - Rien. Je suis pressée, c'est tout.
- Tu viens prendre un café? - Non, je ne viens pas.
- Pourquoi pas? - Eh bien, parce que
je dois descendre trois étages, traverser le square, prendre le bus
et aller chez Larry. A plus tard.
- Salut, Sophie. - Je croyais que vous faisiez la fête.
J'ai annulé. Je voulais voir ma chérie.
Gittel n'est pas ici.
- Ils sont partis il y a une heure. - Ils?
Oui, ils. Un type, un invité.
Il n'y a pas de mal, hein? Elle fait ce qu'elle veut.
Bien sûr. Sophie, dites-moi, pourquoi êtes-vous si désagréable?
- Ma question ne vous ennuie pas? - Non, pas du tout.
- Je suis l'amie de Gittel. - Moi aussi.
Je ne crois pas.
Si je vois que je me suis trompée, je vous ferai mes excuses.
- Merci. Bonne nuit, Sophie. - Bonne nuit.
Allons, donne-moi un petit baiser.
- Allô? - Dr Kurtzman?
- Qui est à l'appareil? - C'est moi, qui êtes-vous?
Vous êtes vraiment là, ou c'est un de ces répondeurs?
- C'est le standard. C'est important? - C'est une urgence.
- Qui est à l'appareil? - Gittel Mosca. Je suis très malade.
- Votre numéro, s'il vous plaît? - Canal 6-2098.
- Le docteur va vous rappeler. - Merci.
Salut, Jerry. Tu t'es bien amusé, à ta soirée?
Pas autant que toi à la tienne.
- Tu es soûle, au moins? - Oui, j'ai un peu bu.
J'ai eu soif toute la soirée et je n'ai pas arrêté de penser.
- Ou pensé à arrêter. - Avec qui étais-tu?
Hein? Jake. C'est un peintre, tendance moderne.
C'est pour ça que tu l'as embrassé? Tu es un mécène des arts?
- Où étais-tu? - Comme toujours, tout près de toi.
Je ne l'ai pas embrassé, lui m'a embrassée.
Tu n'es pas allé chez Frank Taubman?
Tu veux mettre le chauffage, chéri? J'ai froid.
- Tu as assez bu. - C'est de l'eau.
Qu'y a-t-il, tu n'as pas confiance?
Quand tu es partie de chez Sophie, où êtes-vous allés?
Si tu étais tout près de moi, tu dois le savoir. Chez lui.
Pendant deux heures? Pourquoi faire? Admirer ses peintures modernes?
- Que vois-tu, un destin? - Le tien. Je ne l'aime pas.
Bon Dieu, j'ai bu à peu près six verres. J'ai gâché ma vie?
Je ne parle pas de ça. Tu as couché avec lui?
Tu as envie de pleurer, Jerry? Parce que moi, oui.
Tu as pleuré, n'est-ce pas?
- Pauvre Jerry. - Tu as couché avec lui?
Et alors, si je l'ai fait, c'est la fin du monde?
Pourquoi?
- Pourquoi? - Peu importe.
Peu importe? Tu tiens si peu à moi?
- Jerry. - Et à toi?
- J'ai d'autres soucis en tête. - Pourquoi as-tu fais ça?
Je ne sais pas. D'ailleurs, je n'ai pas dit l'avoir fait.
Tu vas me pousser à boire. Pourquoi es-tu allée avec lui?
Je suis sortie avec lui, un temps. J'ai bu quelques verres.
- J'étais nostalgique. - Pourquoi as-tu bu?
C'est quoi, une analyse? Tu étais supposé être chez Taubman.
- Je t'ai demandé de venir. - Je ne voulais pas. Pas mon monde.
- Pourquoi es-tu allée chez lui? - Je te l'ai déjà dit!
- Tu veux une confession écrite? - Reste ici, je te parle.
Vas-y, parle! Les avocats! Mince!
Tu ne jettes pas notre relation dans les égouts sans raison.
- De quoi te plains-tu? - Qui se plaint? C'est toi!
- Je n'ai pas le droit? - Ne change pas de sujet.
- C'est le sujet. Toi et moi. - Ça n'a jamais été le sujet, Jerry.
Qu'ai-je fait qui t'a incité à aller chez ce, comment déjà, connard?
- Jake. - Connard.
Tu veux que je retourne chez moi?
Tu veux te débarrasser de moi et essayer tout ce qui porte un pantalon?
Laisse-moi tranquille. J'ai la migraine.
Très bien.
On parlera demain matin, quand tu auras retrouvé tes esprits.
- Jerry? - Quoi?
- Tu ne m'aimes plus? - Je te déteste. Ça te convient?
Allez, tourne-toi.
- Je peux le faire. - Laisse-moi faire, s'il te plaît.
Tu ne me détestes pas. Tu as juste pitié de moi.
Qu'est-ce qui te fait croire que tu es si pitoyable? Tire.
Si tu me voyais danser au studio, tu me trouverais pitoyable.
Je reste là, à chercher des idées, comme si j'étais complètement à sec.
Tu sais quoi, Jerry?
- Je ne suis pas une danseuse. - C'est ça, ta conclusion?
Tu veux boire un peu de lait? Pour calmer ton estomac?
Pourquoi parles-tu toujours de ça? Je n'ai pas d'autres charmes?
Fiche-moi la paix! Je m'en occupe!
Je n'ai pas besoin de ton aide.
C'est comme ça que tu vas dormir?
Gittel, tu veux que je reste ou que je m'en aille?
Que je m'en aille.
Je laisse le chauffage allumé?
Oui.
Tu as besoin de quelque chose?
Non. Bien sûr que non.
Jerry?
- Jerry? - Quoi?
Pourquoi es-tu toujours là?
Je ne peux pas attendre jusqu'au matin.
Je ne veux pas préparer les dossiers, je veux recommencer à plaider.
- Tu vas passer ton examen? - J'ai la trouille.
Je ne sais pas ce que je vaux, loin de Lucius.
- Que peux-tu faire d'autre? - Retourner là où je suis avocat.
Là où ta femme va épouser cet autre type?
- Tu auras peut-être une autre chance. - Quelle chance j'ai, ici?
- Continue. - Réponds.
Je ne veux pas parler, laisse sonner.
- Qui est-ce, si tard? Ton ami? - Qui sait?
- Tu vas retourner là-bas, ou pas? - Pourquoi pas? Qui me retient?
L'obsession de cet examen? Jake? Les coups de pied? Le bourbier?
Et où crois-tu que j'en suis? Sinon dans le bourbier?
D'accord.
Dis-moi. Tu as eu quelque chose en travers de la gorge toute la semaine.
Tu peux le cracher? Ou est-ce plus facile de lever le premier type venu?
Comment peux-tu accepter d'être un torchon sur lequel on s'essuie?
- Bon. Quand? - Quand quoi?
Quand est-ce que tu t'en vas?
Tu ne me chasseras pas à Tallahassee aussi facilement.
J'ai mes propres projets. Je vais me remettre avec Jake.
Il a beaucoup à donner à une femme, si tu vois ce que je veux dire.
Je compte davantage pour toi. Dis la vérité, pour une fois.
- Combien? - Deux.
Si tu as mal, pourquoi ne pas voir un docteur?
- Il m'a dit d'éviter les émotions. - Tu as mal? Je t'ai fait mal?
Bien sûr que oui. Tu crois que j'ai une tête en fer?
- Tu ne t'es pas excusé. - Tu l'as bien cherché, non?
- C'est vrai. - Je suis désolé.
J'avais dit que tu me frapperais, tu l'as fait.
Si ça peut te rendre heureuse, je peux recommencer.
Qui est heureux? Hé, quelle baffe!
- Donc, tu ne t'en vas pas? - La gifle n'efface pas tout.
Gittel, écoute, je ne sais plus où aller.
C'est là où nous en sommes, toi et moi, qui compte.
Qu'est-ce qui t'a fait agir ainsi, ce soir?
Très bien, Jerry.
Ce n'est pas qu'une seule chose. Ta soirée chez Taubman est un élément.
- Pourquoi n'es-tu pas venue? - Je n'aurais pas été à ma place.
Avec eux, ou avec tes autres amis.
Ils sont trop classe. Pourquoi faire semblant?
C'est idiot. Je peux t'emmener partout.
Tu m'emmènerais, mais avec amertume.
Ecoute, je suis nulle. Tu crois que je ne le sais pas?
Tu es une femme magnifique.
Je ne dirais pas ça. Mon cou est trop long.
D'ailleurs, ce n'est pas le problème.
Le problème, c'est que je ne suis pas elle. Elle, elle était à sa place.
C'est ça, le problème, Jerry. Pas toi et moi. Toi et elle.
Et ça a été le problème dès l'instant où on s'est rencontrés.
- Non. - Mais si.
C'est quoi, Jake? Un petit bonbon.
Tu as une pièce, tu passes près d'une machine, tu mets la pièce.
Sinon, tant pis. Mais elle...
C'est comme quand j'étais gosse, on se bécotait dans le vestibule.
Elle est en toi, et moi, je suis toujours dehors, dans le vestibule.
Tout ce que tu as fait ici, tu l'as fait pour lui prouver quelque chose.
- A toi. A moi-même. - A elle.
Avec elle, tu n'avais pas ton mot à dire, tandis qu'avec moi, si,
sauf que j'ai aussi mon mot à dire. Elle va bien voir.
Avec elle, tu recevais des aumônes, avec moi, tu les distribues.
Le studio, les cadeaux. Qu'importe si j'en veux, elle va voir.
Quand tu as le cafard, je n'ai pas à me poser de questions.
Elle a appelé, elle n'a pas appelé. Elle a écrit, elle n'a pas écrit.
C'est toujours elle.
Bon.
Et puis tu dis: "J'ai besoin de toi". J'ai besoin de toi.
Qui dit ces choses en noir et blanc?
Quand on tient à quelqu'un, on ne le force pas à demander.
Comme une facture à payer. Quel genre de cadeau est-ce?
Alors, quand tu me demandes de m'offrir sur un plateau...
Qu'est-ce que tu offres, Jerry? Qu'est-ce que j'aurai?
Pour dix cents, j'ai un bonbon. Mais toi...
Tu es une grosse tirelire, et je n'ai que l'emballage.
Tu roules les gens. Tu fais croire que tu donnes, mais ce n'est pas vrai.
Alors, c'est ça que j'ai fait.
- J'ai fait ça aussi avec elle. - Je ne te parle pas d'elle.
C'est ce que je voulais dire, ce que tu fais, là.
Non, c'est vrai. Une moitié de moi-même n'est jamais arrivée ici.
- J'ai essayé Jake. - Bien sûr.
On est tous les deux des ratés.
Non, pas tous les deux. Pas toi.
J'ai essayé de te façonner pour que tu sois comme moi, comme tout le monde.
Radine, mesquine, gardant tout ce qu'on a parce qu'on n'a pas beaucoup.
Tout ce qu'on te donne, tu le rends au centuple.
Non, tu n'es pas une ratée. Tu es un cadeau, mon enfant.
Sous ton joli visage, il y a une bagarreuse des rues.
Mais dessous, il y a quelqu'un que personne n'a jamais souillé.
C'est comme ça qu'on devrait être. C'est comme ça que tu es.
J'ai essayé de te persuader avec un grand cadeau... moi.
Mais la moitié du cadeau était en toc.
Couche donc avec des gens comme Jake, comme moi.
On en reparle demain matin.
J'aime ton long cou.
Jerry.
Jerry, ne t'en va pas.
Jerry, je suis malade.
C'est pour ça que j'ai si soif. Aide-moi, Jerry.
Mais pourquoi ne m'as-tu rien dit? Pauvre folle. Qui est ton docteur?
C'est lui, qui appelait. Kurtzman, il est dans l'annuaire.
C'est pour ça que j'étais chez Jake. Pour aucune autre raison.
- Je ne voulais pas que tu le saches. - Enfant, idiote, imbécile!
Ne me déteste pas, Jerry.
- J'ai tellement honte. - La ferme, pauvre folle.
Je ne voulais pas que tu saches. Je ne voulais pas te piéger.
- Me piéger? - J'ai si peur, ne me laisse pas.
Allons, calme-toi. Je suis là, personne ne s'en va.
La piqûre fait son effet.
Si jeune, et déjà docteur!
Sa mère doit se sentir bigrement fière.
Je vous encourage à étudier le programme
et à vous familiariser avec la législation sur les fraudes.
Soyez attentifs à toutes les exceptions et aux règlements
qui permettent de conclure un accord en dehors de la Loi.
Nous arrêterons là, pour aujourd'hui.
On reverra l'examen de 1951 demain. Préparez vos questions.
- Désolé, Molly, je n'y peux rien. - Ce n'est pas le retard, c'est eux.
La salle de bal vous est ouverte. Je reviens mercredi. A l'heure.
D'accord. Attendez une minute. J'ai un chèque pour Gittel.
- Bien. - Comment va-t-elle?
Bien. Appelez-la ou passez la voir.
Ils ont déjà cassé une vitre, ces petits monstres.
Et le plancher est sali avec des tâches de glace!
Je vous avais dit qu'ils feraient des dégâts.
Ça prouve une chose: vous êtes un visionnaire, M. Jacoby.
Tu parles! Hé, revenez!
60 dollars par mois et 6000 dollars de soucis!
Elle va bien mieux, merci. Vous voulez lui dire bonjour?
- Bonjour, Gittel. - Salut, chéri.
- Espèce d'andouille. - J'espère que tu as faim, chérie.
Il faut se presser, je dois être au bureau à 13h30.
- C'est passé de deux minutes. - Si je me presse, ça ira?
Laisse un sandwich. Ça t'éviterait de risquer ta peau pour 10 minutes.
Je te l'ai dit cent fois.
Je ne te nourris pas de sandwiches. Je te l'ai dit 101 fois.
- D'autres réclamations? - Qui réclame? Je suis juste polie.
- Comment s'est passée la matinée? - Pas mal.
- Tu es restée couchée? - J'ai failli aller aux toilettes.
- Ça sera un grand jour. - Ce sera à la une des journaux!
J'ai attendu que Sophie vienne me voir.
- Jerry? - Oui?
J'essaierai d'y aller seule demain. Je suis trop faible.
Tu t'attendais à pouvoir escalader l'Everest?
C'est pour ça qu'ils l'escaladent?
Tu sais où j'aimerais être?
Au lit.
A Central Park. Sur l'herbe.
Je n'ai plus trop l'occasion d'aller à Central Park.
Surtout un jour comme aujourd'hui. Le printemps est déjà là.
Mets-toi debout sur tes jolies jambes vendredi et on va à Central Park.
- Pourquoi, qu'y a-t-il, vendredi? - L'examen sera terminé!
- Tu es d'accord? - Je serais contente qu'il soit fini.
Tu prendras peut-être le temps de me dire bonjour.
Tu prendras peut-être le temps de me dire que tu es d'accord.
Toi et ce docteur. "Mlle Mosca, vous avez pendillé?"
Est-ce que j'ai pendillé? C'est quoi, ce langage?
Mets mes pieds par terre. Je suis faible comme un œuf cassé.
Ça me fait penser.
Ça te donnera peut-être des forces.
De la part de Molly.
Je dois faire attention, tu vas en vouloir à mon argent!
A quoi crois-tu que je m'intéresse, ces derniers temps?
- Quand auras-tu le temps? Là? - Après la bataille, ma fille.
Le steak!
15h30, vendredi, et quand tu veux, après.
Quand je veux, mais pendant combien de temps?
Tu as dit quelque chose?
J'ai dit que je t'aimais.
Quand tu as quelque chose comme ça à dire, ne murmure pas.
D'accord, je le crierai.
Ne t'en fais pas, pas trop souvent. Deux fois par semaine.
Ne t'en fais pas, toi. Tu peux me le dire plus souvent.
Arrête de jacasser, pipelette, je t'apporte ton déjeuner.
- Tu as déjà mangé? - Je n'ai pas le temps.
Je mangerai un sandwich au bureau.
Ça veut dire quoi? Tu veux tomber malade?
Tu es en train de te détruire.
Le travail, les études, foncer comme une locomotive.
- T'occuper de moi. - Ça me fait plaisir, tu le sais.
Arrête de dire des bêtises et mange ton steak.
Je n'essaie pas d'en profiter, je te promets.
Si tu me demandes pourquoi... j'ai peur.
- Peur de quoi, chérie? - Eh bien...
Je me suis habituée à ta présence.
Tes affaires, tes cravates dans l'appartement.
Quand je serai levée, tes cravates repartiront chez toi.
C'est peut-être pour ça, que je suis plantée comme une patate.
Ça améliore le caractère, d'être amoureux?
II n'y a aucune raison d'en parler.
- Que fais-tu? - J'écris à mon propriétaire.
Je lui annonce que je déménage.
Pourquoi n'as-tu rien dit, pour les cravates? Et pour le reste.
J'aurais dû faire ça depuis longtemps. Je n'y ai pas pensé, je présume.
Sincères salutations, Jerry Ryan.
- Bien, je vais poster ça. Gittel! - Ne bouge pas.
- Chérie, c'était formidable. - Je suis une poupée, comme toujours.
Mais pas un maître-chanteur, et je n'en serai jamais un.
Pas même pour t'avoir. Tiens. Sincères salutations, Gittel Mosca.
J'aime être ici. J'aime que mes cravates y soient.
C'est ce que je veux. Tu as compris? Compris?
- Oui. - Bon.
Je peux aller travailler? Sinon, je vais me faire virer.
Je ne serai plus capable d'entretenir personne.
Tu te recouches, mais pas tout de suite.
Mâche bien ton steak froid avant de l'avaler.
Prends tes médicaments. Boutonne ton manteau, tu es à moi.
M. Appleton vous attend depuis une demi-heure.
J'ai un message pour que vous...
Le vieux Appleton commence à perdre patience.
- Désolé. - Votre femme a tenté de vous joindre.
Il faut rappeler Omaha, l'opérateur 12.
Allez-y. Je m'occupe d'Appleton. Appelez de mon bureau.
Passez-lui l'appel, Jessie.
- Allô? - Jerry?
Bonjour, Tess. Désolé que tu aies eu du mal à me joindre.
Quel effet ça te fait d'être libre, Jerry?
- Quel effet ça fait d'être quoi? - Divorcé. Parce que c'est fait.
- Depuis quand? - Depuis hier.
Donc... nous n'avons plus de liens?
Et ces casseroles? Tu veux les emballer séparément?
- Séparément de quoi? - Des assiettes.
Je ne sais pas.
Bien sûr.
Au secours!
- Qu'est-ce qui s'est passé? - Cette fichue tringle.
C'est vrai, je ne l'ai pas réparée.
Je crois que je n'avais pas...
- Hein? - Rien.
Reste par terre, petit poisson.
Tu veux aussi les rideaux?
Si tu les veux, prends-les.
- Qu'est-ce qui te ronge? - Une banane.
- Quoi? - Une banane. Tu en veux?
- Non. Qu'est-ce qui te ronge? - Oh, moi?
- Qu'est-ce qui te ronge? - J'ai demandé d'abord.
- J'essaie de savoir ce qui te ronge. - Je vois.
Ce qui me ronge, c'est d'essayer de savoir ce qui te ronge.
Je crois que ça met fin à cette enquête.
Et ces appliques? Tu les veux?
- Hein? - Je ne veux rien du tout.
- Si tu les veux. - Bon, les voulons-nous?
- Oui, elles valent de l'argent. - 10 cents. Où est le tournevis?
- Alors, ne les prends pas. - Chérie, écoute.
Avons-nous vraiment besoin de tous ces trucs?
Pourquoi, ces trucs? C'est du bon tissu. 47 cents le mètre, avec remise.
- Je peux faire 11 choses avec ça. - Cites-en dix.
On arrête un peu et on va dîner dehors?
- Tu as l'air fatigué. - Je le suis pas.
- Pourquoi es-tu si déprimée? - Du tout, je suis au sixième ciel.
Arrête de voler à mon secours, ta gentillesse m'étouffe.
On est censé fêter ma réussite à l'examen.
- Et déménager pour vivre ensemble. - Oui, mais je me sens déprimée.
- Pourquoi, chérie? - Je ne sais pas.
Comme s'il quelque chose ne tournait pas rond.
Arrêtons nos bêtises et marions-nous.
Quand le divorce aura été prononcé.
J'ai plein de projets, Jerry. Je ne veux pas être un boulet.
Je vais reprendre la sténo.
En effet, ça manquait à notre histoire depuis le début.
Quand tu ouvriras ton cabinet, je serai ta secrétaire-sténo.
Ça te fera faire de sacrées économies.
En plus, je vais arranger l'appartement aux petits oignons.
Pour l'instant, on ne peut recevoir personne. Un comité de cafards surveille.
- Tu veux recevoir du monde? - Pourquoi pas?
Des clients, des partenaires, aussi. Les Taubman.
Peut-être même des criminels. On ne fait pas ça dans une poubelle.
Je présume que non.
Ça serait trop choquant: un drogué qui a assassiné sa mère
est venu et a vu un cafard!
On pourrait déménager dans une maison.
Tu sais ce que j'ai toujours rêvé d'avoir, dans une maison?
- Moi? - Un ascenseur.
Avec ça, tu peux recevoir tout le monde.
Je présume que oui. Je n'y avais jamais pensé.
La radio avec le grille-pain. Je crois qu'on a pas mal avancé.
- Jerry? - Oui?
Tu as parlé à tu-sais-qui, récemment, à Omaha?
Oui. En fait, elle m'a appelé plusieurs fois, ces derniers temps.
- Pourquoi? - Oh, rien de particulier.
Je me demandais si elle t'avait parlé du divorce?
II ne devrait plus tarder à être prononcé.
Il a été prononcé le 14. Il y a deux semaines.
Pourquoi ne m'as-tu rien dit, Jerry?
Ça m'a remué plus que je ne m'y attendais, je crois.
Il m'a fallu le temps de m'y habituer.
Tu ne voulais pas que je le sache.
Non, je présume que non. Pas avant que je ne l'ai digéré.
Je suis désolé.
Puisque tu lui parles tant, tu lui as parlé de moi?
- Qu'on allait habiter ensemble? - Oui.
Espèce de salaud! Tu ne m'as rien dit.
Casse-les! Je m'en fous. Je fiche le camp d'ici.
- Gittel... - Jerry, pourquoi n'as-tu rien dit?
- Je ne pouvais pas. - Tu peux lui parler de moi.
Même quand tu divorces, tu partages ce secret avec elle.
Si tu m'épouses, elle le saura et pas moi!
- Tu ne t'en vas pas. - Fais attention!
Assieds-toi.
Jamais de ma vie, je n'ai été capable de cogner sur un salaud.
Ce n'est pas juste.
Gittel, écoute. J'ai parlé de toi pour une raison.
Elle m'a demandé de revenir. Elle voulait que je rentre à Omaha.
- Je veux que tu restes ici. - Je suis ici.
Je te veux tout entier. Je veux dire...
Je ne veux pas juste...
Jerry... écoute.
- Tu es mon ami? - Je suis ton ami.
Alors, dis-moi la vérité.
Tu pourrais... Tu serais capable de dire: "Je t'aime"?
- Je ne l'ai dit qu'une fois. - Ça peut se reproduire.
Ça arrive à plein de gens. Le mariage a mal tourné, tu l'as dit.
Tu as dit que tu le voulais mort et enterré.
Il a été enterré vivant. Ecoute.
Ça dit: "Les liens du mariage sont rompus et tenus pour nuls."
Je sais ce que c'est, pour des gens qui ont vécu si longtemps ensemble.
Aussi profondément... On ne sait plus où l'un s'arrête, où l'autre commence.
C'est comme... Une fois, dans une soirée, j'ai raconté un de mes rêves,
et pendant que je le racontais, j'ai vu Tess ébaucher un sourire
et j'ai réalisé que je racontais son rêve.
Ceci... Ceci n'est pas vrai.
Tous les tribunaux du monde te diront que c'est vrai, mais non.
Ces liens ne peuvent être "tenus pour nuls".
Alors, pourquoi on déménage? Pourquoi lui as-tu dit non?
Je t'ai dit de me demander, de dépendre de moi, je t'ai forcé à ça.
Gittel, je t'aime, je ne veux pas te voir souffrir, que tu te fasses avoir.
Alors, quel est notre avenir, Jerry? Tu vas penser un peu moins à elle?
Un peu de temps passera, et tout sera au poil?
Mais comment vais-je pouvoir lutter?
Une hémorragie deux fois par an? Pour te piéger?
J'ai eu la moitié de toi parce que je suis nulle, on va continuer comme ça?
Tu vas me rouler, Jerry.
- J'ai essayé de ne pas le faire. - C'est ce qui cloche.
Les efforts que tu fais. Pourquoi les fais-tu, si tout va bien?
Les choses ne sont pas claires, Jerry. C'est toi qui donnes tout.
Ce que je veux donner, tu n'en veux pas. Ce que je veux, tu ne peux pas.
Peu importe que j'apprenne la sténo ou que je joue du piano debout.
Si tu ne m'aimes pas, tu ne m'aimes pas.
Et le temps ne fera pas la moindre différence.
Jerry, c'est moi qui suis prise au piège.
On va habiter ensemble, je vais te tanner pour que tu m'épouses.
Et qu'est-ce que je vais avoir?
Je ne veux pas passer le reste de ma vie à mendier.
Ça ne me convient plus, Jerry. Plus maintenant.
Je veux quelqu'un qui m'aime... ce que tu as dit d'elle avant.
Que dirais-tu de rompre?
Pour moi? Pour que je puisse rentrer?
Non. Que tu partes ou que tu restes.
Pour te dire la vérité vraie, Jerry,
Je n'ai jamais bien respiré, depuis cette hémorragie.
J'ai besoin de sortir pour respirer.
- Oui, allô? - Chérie, je suis prêt. C'est emballé.
Salut, Jerry.
J'ai laissé des cartons de bricoles, surtout des trucs de cuisine,
- s'il y a quelque chose que tu veux. - Je ne veux rien.
Si tu as besoin de me joindre, je suis à l'hôtel Commodore à Lincoln.
A Lincoln, Nebraska, pas Nevada.
Pas Nevada.
Et si tu as besoin de quelque chose d'urgent, appelle Frank Taubman.
Tu n'as rien besoin d'expliquer. Il s'en occupera. Appelle-le.
- Oui. - Non. Promets-le moi, Gittel.
- D'accord, je te le promets. - Très bien.
Je vais bien, Jerry, c'est vrai. Je saute comme un petit diable.
- Trouve ce que tu cherches. - Je vais essayer.
On ne refera pas les même erreurs.
On aura ce que j'ai, un bureau, un téléphone, un stylo, mon cerveau.
- Je suis avec toi. - Moi aussi, je suis avec toi.
Tu es le sel de la terre. Ne le gâche pas.
Je ne le gâcherai pas.
C'est une grande ville. Il y aura un type quelque part. Je le trouverai.
J'ai une meilleure opinion de moi.
Je vais proposer le mariage plus souvent.
Je t'enverrai une carte postale de temps en temps.
- Disons, deux fois par semaine? - Gittel, qu'est-ce que je fais?
Tu fais ce que tu dois faire. Je ne veux plus accepter d'aumônes.
Non, au moins, nous savons ça.
Et je ne vais plus non plus en distribuer à tout va.
Je veux quelqu'un... On prendra soin l'un de l'autre. Qui sera à moi.
Pas comme Sam ou Jake. Ils ne pourraient rien pour moi.
Les choses me paraissent différentes.
- Tu m'as fait tant de bien, Jerry. - C'est vrai, Gittel?
- Vraiment? Parce que si je peux... - Tu m'as vraiment aidée.
C'est la première fois que je pars avec plus que ce que j'avais.
Qui que soit le prochain type, il te sera redevable.
Merci.
Elle te sera redevable, elle aussi. Plus qu'elle ne le saura jamais.
Alors... adieu, chérie.
Je t'aime, Jerry.
Tant que tu vivras, rappelle-toi que la dernière chose que
je t'aurai dite, c'est que je t'aime.
Je t'aime aussi, ma puce.
Sous-titres: SDI Media Group
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