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- [enfants] Chat ! - Chat !

Go !

- [enfants] Là, vite ! - Touché !

- [garçon] C'est lui, Kevin ! - Ça va, Kevin ?

- Ça va, cousin ? - Salam aleikoum. Ça va, tranquille.

Papi, ça va ?

[guitare]

Je te fais écouter ?

Tu veux ? Tiens.

["Freestyle Skyrock 2" de TK]

[Kevin] T'entends, là ?

[la chanson de rap continue]

Ça va, tu kiffes ? T'aimes bien ?

- [Neige] Une petite bière, papi ? - Non, mais non.

- Mais il aime bien. - Tu veux pas du Perrier ?

[Neige] Une bière ?

Tu peux lui tenir la bière parce qu'il tremble ?

[enfant] Un, deux, trois, go !

[enfant] On fait une course.

[femme âgée] Où est… où est l'Algérie ?

Trouvée, elle est là. Elle est par là, l'Algérie.

Madame… [parle arabe]

- [femme] Faut pas parler comme ça. - [Émir répond en arabe]

[Shay] Doucement.

Eh bien, hier,

au moment où vous, vous étiez

en train de tricoter ou je ne sais quoi…

[Neige] Tricoter ?

Ben non, bien sûr, vous tricotez pas.

Des choses pareilles !

[parle en arabe]

[femme] Mme Smadja, il vous demande d'aller vous coucher.

[parle en arabe]

Amen.

[Mme Smadja] Dodo. Je vais aller dormir.

[Neige] Anne !

[enfant] "Amen" !

- Ça va ? - Oui.

Ça y est ?

Regarde, papi !

[Neige] Vous vous souvenez le bouquin dont je parlais ?

Il est là, il sort de l'imprimerie.

- [Kevin] T'es content ? Tu m'en as parlé. - [Émir] Oui.

- Laisse un bout à Anne. - [Matteo] C'est trop beau.

- [Ali] C'est Anne ? - [Neige] Oui.

"À mes enfants, à mes petits-enfants,

et à mes arrière-petits-enfants qui poursuivent le chemin tracé."

Papi, tu te souviens que c'est pas en vente à la FNAC ?

Oui.

- C'est un livre qui reste pour nous. - Oui.

On va… Mais par contre, on va en envoyer

- un exemplaire à Ségolène Royal. - Non.

[Neige] Si tu veux. Tu vas lui dédicacer.

Oui.

Ségolène.

[rient]

Mon amour !

- [Neige] Anne, à ton avis, lui ? - Oui, alors…

- [Anne] Ali. - [Neige] Non.

- Kevin. - Kevin !

- Ton cousin. - C'est ça.

- C'est ça. Donc, Matteo, c'est Matteo. - Oui.

- [Neige] C'est mon frère. - Voilà. Et donc Ali.

- [Neige] Ali, mon grand frère. - D'accord.

- Eden, c'est mon fils. - Oui. Ouais.

- Je l'ai vu une fois. - On s'est vus une fois.

- Chez toi. - Mes deux derniers.

- Contents d'être dans le livre ? - Mes Suédois.

Parce que c'est aussi pour vous

que votre maman voulait que ce livre soit fait.

[Anne] Alors, le premier chapitre, c'est l'enfance en Algérie.

L'arrivée à Paris.

Et puis, la rencontre avec votre grand-mère, le coup de foudre.

Son engagement communiste,

pour défendre les plus faibles, les immigrés…

C'était juste avant qu'il soit confirmé Alzheimer.

Donc à quelques mois près,

il aurait pas été capable de tout lui raconter.

Merci de la part de ma mère.

Je sais que si elle serait là à cette heure-ci aujourd'hui,

elle vous aurait remercié infiniment.

Il y a de très belles photos de ta mère dans le livre.

- T'as des poux, toi ou quoi ? - Non.

[Anne] On a mis un an à l'écrire, ce livre.

[Kevin] T'es content, hein, papi ?

- [Émir] Trop content. - [Neige] C'est sa thèse.

[Anne] La thèse qu'Émir a écrite

sur la condition des immigrés à Gennevilliers.

[Émir] Ma mère.

[Kevin] Mais non. Faut pas pleurer. Pourquoi tu pleures ?

[Émir] Ça va.

[Émir sanglote]

C'est moi. Quand j'étais petit.

[petits rires]

[guitare douce et nostalgique]

[Caroline] J'adore, ça.

Mais oui, parce qu'autrefois, on faisait des belles photos.

- C'est un très beau livre. - [Eden] C'est maman qui l'a fait.

Et puis ça, cette photo, elle est magnifique.

Regardez le beau livre sur mon père.

- Il est beau, hein ? - Oh, oui.

Qu'est-ce qu'on fait quand il est trop beau ?

- [Ali] C'est beau ! - [Kevin] Y a de l'amour dans l'air, papi.

Bon, c'est pas pour critiquer, mais…

je l'aurais fait moins…

Tu vois, moins… traditionnel, quoi.

Comment ça, traditionnel ?

[Caroline] Je dis ça, mais je vais le lire quand même.

[Mme Sadja] À moi, ça me fait peur.

On trouve toujours des…

Hé, des cravates.

Parce que des fois, tu rencontres des gens,

et tu fais le…

le con.

[rient]

- Vous êtes allée en Algérie ? - Ah, oui, l'Algérie.

C'était comment, là-bas ?

Comment vous pouvez encore le dire en français ?

C'était… le rêve.

[Kevin] Ah ouais ?

[Mme Sadja] C'était le rêve. L'Algérie, c'était le rêve.

Vous savez, mon papi,

il avait un appartement à Alger.

- Et moi, j'y allais quand j'étais petite. - Tiens !

- Et ma mère a vécu en Algérie, à Alger. - À Alger.

[Françoise] Bonjour, tout le monde.

[Neige] Salut, Françoise.

- Bonjour. - Bonsoir.

- Mon petit papa chéri. - Bonjour, ma belle.

[Neige] T'es content, papi. Y a tout le monde autour de toi.

- Mon petit papa. - [Neige] Je vais faire une petite photo.

- [Françoise] Je suis trop loin ? - Non, c'est bien.

[Neige] Papi avec ses deux filles.

Regarde l'appareil.

Tu veux pas prendre une pose…

- Quoi ? - Ben, plus naturelle ?

Mais je suis naturelle.

J'ai pas une photo de toi où t'es naturelle.

[Matteo] Lâche-la avec son naturel. T'es naturelle, toi ?

T'as un kilo de maquillage. T'es nature peinture.

- Qu'est-ce que je t'ai fait ? - Mais rien.

On dirait Amy Winehouse. T'as un kilo de maquillage sur la gueule.

Et tu vas dire à maman, t'es naturelle ?

- Non. - Mais Caroline…

Moi, j'en ai plein le cul. Khalas !

♪ Faudra lever le guidon Il a perdu toutes ses dents ♪

Ferme les yeux, attention. Ça va piquer, sinon.

En plus, y a de l'eau chaude. Chez moi, y a pas d'eau chaude, papi.

Je suis en galère en ce moment.

♪ Elle fait pas à manger Elle lave même pas tes caleçons ♪

♪ Elle fout la haine Elle mérite des grosses baffes ♪

♪ Elle sort de la MAAF Elle a les crocs, elle gratte la CAF ♪

C'est ça, ton pyjama ?

["Freestyle Skyrock 2" de TK à la radio]

Comme ça, en mode tennis.

Comme ça…

en mode Scarface.

[Kevin] ♪ Depuis qu'il croit que j'ai percé ♪

♪ C'est évident ♪

♪ Et y a personne Pour nous casser les couilles ♪

♪ Et on va tout fumer ♪

[Kevin rit]

On s'en fout, y a une femme de ménage. Pas vrai, papi ?

[Kevin rit]

[Kevin] On est bien, là.

Et ça, ça se déclenche pas, l'alarme ?

Y a pas d'alarme dans les chambres comme ça ?

[Émir tousse]

Fais attention, me fais pas un truc comme ça,

sinon, je bédave pas avec toi.

Ça se voit, t'étais un fou comme moi.

Ça se voit trop. Je mets la cendre là, hein ?

[Émir chantonne]

C'est quoi cette musique, je la connais ?

Hein ?

T'inquiète, on va repartir au pays.

Pleure pas, s'il te plaît.

[cadet] Y a penalty ?

- [autre fils] Non, y a faute. - Un-zéro.

- C'est pas possible. - [cadet] Il tire dans le truc.

Allez, corner, là. On doit marquer.

- Non. - Si, allez.

Allez !

[souffle]

J'ai trop chaud, là.

[Kevin] Les aides-soignantes, s'il vous plaît, elles sont où ?

Je sais pas.

Putain ! Quarante degrés dans le couloir et y a pas une aide-soignante.

Ah ouais !

Elles sont là, ces petites pétasses.

Petite clope, au lieu de faire le taf.

On s'épile, on se fait une touffe, les filles ?

Tiens…

Voilà, marrez-vous bien.

Voilà !

On paie 3 000 € pour mon grand-père.

Par mois. Et vous êtes pas capables de surveiller la nuit mon grand-père ?

Si j'étais pas là cette nuit,

il aurait pu lui arriver un truc, cette meuf était en train de fumer…

[directeur] C'est pas une "meuf".

[Shay] Je vous permets pas.

Ben, désolé, alors.

[Shay] J'ai pas élevé les cochons avec vous.

- Je balance ça, sur mes réseaux. - Oui. Et ?

Je mets un hashtag et vous allez comprendre.

- [dame âgée marmonne] - Comment ?

- Pourquoi t'es là ? - Ah.

[directeur] Vous n'avez pas à rester la nuit ici.

Il faut respecter les règles.

- Ça va. - Non, ça va pas, justement.

Bonne journée. Au revoir, messieurs, mesdames.

Ça va, monsieur Fellah ? Tout se passe bien ?

Vous avez bu votre café ?

- Ça va, M. Robert ? - Ça va aller.

Mon mari, ça va très bien.

Ouh là là ! Elle a du caractère, votre femme.

Vous l'avez bien choisie, M. Robert.

- [femme] Vieille bique ! - Elle est là.

[Kevin] Monsieur Renard ?

Ça va ?

- Non. - Ah non ?

Y a personne qui va, aujourd'hui. C'est une mauvaise journée.

Comment ?

[Kevin] C'est une mauvaise journée. Y a rien qui va.

Oui, plutôt mauvaise, oui.

[dame âgée] Pourquoi on a chaud ?

Parce qu'il fait chaud, madame.

[dame âgée] Pourquoi on a chaud, connasse ?

Papi, t'étais fou.

T'aimais trop l'Algérie.

Tu cachais des armes dans le cartable de tes enfants.

- [dame âgée] Pourquoi on a chaud ? - Papi ?

Pourquoi on a chaud, là ? Oh, putain.

Parce qu'on est au mois d'août.

- Oui, merci. - De rien.

[dame] C'est gentil.

[ronflements]

Oh ! Allô ? Monsieur ?

Ça va ?

- Tranquille ? - Très bien.

[Kevin] Bien ? Au calme.

C'est pas mieux, ma chanson ? Je vais te la faire, moi, ma chanson.

- Pourquoi on a chaud ? - Tu vas voir.

♪ De retour de Marseille Du gros son dans les oreilles ♪

♪ Peigné, blanchi ♪

♪ Peigné ♪

J'ai oublié. Je vais prendre mon texte, papi.

- [dame] Pourquoi on a chaud, connasse ? - Madame, c'est le mois d'août.

- C'est pour ça. - Pourquoi on a chaud ?

C'est le mois d'août. C'est pour ça qu'il fait chaud.

Pourquoi on a chaud ?

♪ Quand la jeunesse de pire en pire Mode pas de bras, pas de chocolat ♪

♪ Je suis fier de… ♪

[dame] Pourquoi on a soif ?

- Papi ? - [dame] Pourquoi t'es là ?

Papi !

Excusez-moi !

Qu'y a-t-il ?

Y a un problème. Mon grand-père répond plus.

- Monsieur Fellah ? - Papi ?

- Je peux entrer ? - Non.

- Je veux voir mon grand-père. - Vous sortez.

On s'en occupe, vous inquiétez pas.

[dame] Pourquoi on a chaud ?

Pourquoi on a chaud ?

Pourquoi on a chaud ?

Monsieur, je suis désolée. On n'a pas pu faire grand-chose.

Quoi ?

Mais quoi ?

On est vraiment désolées.

[la gorge nouée] Je m'en bats les couilles de tes excuses.

Sur le Coran, c'est pas vrai.

[dame] Pourquoi il nous fait ça ?

Pourquoi il nous fait ça, le con ?

Madame ? Ça veut dire quoi, "je suis désolée" ?

Le mot exact. Il est mort ou pas ?

Il est mort.

On est vraiment désolées.

Monsieur…

Il n'a pas souffert.

[sanglote]

Papi.

On a merdé.

Tu as remplacé ma mère, tu as remplacé mon père. Merci.

Wallah, je fais plus de conneries.

J'ai même pas fini la musique.

Je l'ai même pas finie.

[choc]

[Eden] Maman ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

Je vous présente toutes mes condoléances.

Merci.

- On est là pour vous. - Merci.

En revanche, il faut libérer la chambre avant midi demain.

Midi, midi et quart, y a pas de…

Midi, midi et quart ? Midi et demi, c'est pas bon ?

Si, midi et demi. Si, ça va aussi bien sûr.

[musique mélancolique]

[Neige pleure]

- Je peux y aller ou pas ? - Vas-y.

[sanglote]

[Ali] Si jamais vous pleurez, c'est pas grave.

Que tout d'un coup tu pleures, tu sais pas pourquoi,

c'est pas grave. Tout le monde pleure.

Les garçons, ils pleurent pas, ils sont forts.

Menteur.

Non.

La dernière fois que j'ai pleuré, c'était il y a deux mois.

[cadet] Moi, avant-hier.

- [Matteo] T'as pleuré pour quoi ? - Je me suis cogné.

[rient]

[Caroline dans le couloir] Il va falloir quand même qu'on s'organise.

- [Matteo] Pour les pompes funèbres ? - Oui.

[Matteo] Mais le directeur vient de dire…

[Caroline] Je m'en fous, du directeur.

Repose-toi, papi.

Repose-toi.

[pleure]

[Caroline] Il peut rester dans la chambre jusqu'à quand ?

- Quoi ? - Demain midi.

Mais ça va pas, non ?

On va pas nous expulser à midi ?

[Ali] Non, mais il a dit midi, midi dix.

Lilah.

Ma petite Lilah.

- [Lilah] Ça va ? - Neige est à l'intérieur.

- Je veux pas la voir. - Fais pas de scandale.

- Salut. - Salut.

- Dis-lui au moins bonjour. - Oui, bon. Si tu veux.

On va tous y aller, dans la pièce, maintenant.

Ça suffit d'avoir attendu comme ça.

[Matteo] Chut. Doucement.

[renifle]

Bonjour.

Chérie…

- [enfant] Je veux aller voir papi. - Après.

- Bonjour. - Bonjour.

Je vous ai entendus parler…

de l'organisation. Est-ce que c'est possible

que tu tiennes compte aussi de ce que je pense ?

Qu'est-ce que tu voudrais ?

Avec Mamie, t'as fait tout trop vite

je trouvais qu'on ressentait pas son caractère, sa vie, son combat.

Je trouvais que c'était…

Ça faisait un enterrement un peu à la chaîne, comme ça.

Et je voudrais pas… qu'il ait ça.

Françoise.

["A Vava Inouva" de Idir joue]

- Qu'est-ce tu fais ? - Je lui ferme la bouche.

[Matteo] Arrête. Non.

[Neige] Qu'est-ce tu fais, là ? Touche plus.

- [Lilah] Ça vous dérange pas ? - Non.

- C'est bien. - [Neige] Ça sert à rien de toucher.

- Oui. - [Neige] Chut.

On va pas le réveiller, ça va.

- L'incinération, ça sera dans cinq jours. - [Lilah] Désolée, je pourrai pas être là.

- [Caroline] Quoi ? - [Neige] Quoi ?

Je serai pas là. J'ai un avion demain pour la Grèce.

Enfin, tu peux faire un effort, tu peux rester un peu.

Oui, mais c'était prévu depuis longtemps. Je dois partir demain.

Enfin, avec votre grand-père qui vous a tout donné,

tu t'en vas comme ça, sans lui dire au revoir ?

Je lui dis au revoir, là.

Vas-y, barre-toi, alors.

Fais un effort, reste.

Putain, moi, je voulais pas le dire maintenant, mais…

je vais peut-être avoir une galère pour l'enterrement, en fait.

- Qu'est-ce que tu dis ? - C'est un gros suiveur.

[Matteo] Non, c'est pas sûr.

- Mais enfin ! - C'est une blague ?

C'est pas une blague.

[Caroline] Tu te fous de moi ? C'est une honte.

[Françoise] Taisez-vous.

Une seule fois dans notre vie. Là, maintenant. Calme.

Ça me rend folle.

[Neige] Voilà.

[on frappe à la porte]

[Caroline] Attendez.

[Shay] Il faut libérer la chambre, s'il vous plaît.

Oui. Vous pouvez attendre une minute encore ?

[claquement de porte]

Ne bouge pas. Voilà.

Tu crois que je pourrai garder le pyjama ?

- Oui. - [on frappe]

- Écoutez… - Je peux plus les faire patienter.

- Faites-les entrer. - Allez, on y va.

S'il vous plaît, messieurs.

Mesdames, toutes mes condoléances.

Vous avez préparé des vêtements pour monsieur ?

- Non. - Non.

- Je pourrai récupérer son pyjama ? - Bien sûr.

- Au funérarium, vous pourrez. - D'accord.

- Est-ce que monsieur portait des bijoux ? - Non.

Non ? Très bien. Je reviens vers vous une fois qu'on a fini.

OK.

- [homme] Alors, c'est bon ? - Oui.

Messieurs-dames, je vais vous laisser une partie du certificat de décès.

- D'accord. - Ça sera pour la déclaration en mairie.

Encore toutes mes condoléances.

Au revoir, messieurs, dames.

[Kevin] Non, je veux pas voir ça. Je veux pas.

[Shay] Il faut vider la chambre, s'il vous plaît.

[Françoise] Madame. On doit libérer les affaires tranquillement entre nous,

s'il vous plaît, merci.

- Je vais prendre les draps. - Oui.

[Françoise] Comment on fait ?

[Neige] On n'a pas de sac, rien. Comment ?

- Vous avez des sacs ? - [Françoise] Vous en avez ?

Je vais voir avec mes collègues. J'arrive.

D'accord. Merci.

[Françoise] Kevin.

- Tu l'aimais, ça ? - Comment ?

Tu voudrais pas le garder, ça ?

Désolée, j'ai trouvé que des sacs poubelle. J'ai rien d'autre.

- Je fais quoi, avec ça ? - C'était à vous de prévoir.

Que je prévoie que mon grand-père meure.

[Françoise] Merci, madame.

[Kevin] Tatie, je te laisse plier. J'arrive même pas à les toucher.

J'ai plus de force.

Je vous ai ramené un rouleau. Ça devrait aller.

- [Françoise] C'est parfait. Merci. - Désolé,

- je m'en prends à vous, mais… - [Shay] Je les mets là.

- [Françoise] Merci, madame. - Sa casquette.

Tu veux que je t'aide ?

- [Neige] Et mon oreiller et mon drap ? - [Kevin] Ils sont dedans.

- [Françoise] On a tout, là ? - [Neige] Attends.

[Françoise] Vérifie si on a bien tout.

- [Neige] Ouvre, pour voir. - C'est bon ?

[Kevin] On a tout mis, Neige.

Personnellement, moi, je voudrais un beau bois noble

- qui fasse honneur à mon père. - Vous voulez un cercueil en chêne ?

- [Caroline] Oui. - D'accord.

De toute façon, papi, il était pas tellement pour quelque chose

de vraiment très voyant. Je pense que le cercueil

à 100 €, il est très bien.

- C'est pour le brûler. - Il est en quelle matière ?

- Il est en carton. - Oh non. C'est pas un déménagement.

- [Ali] C'est pour le brûler, tatie. - Non.

- C'est hors de question. - En pin, 100 € aussi.

- Non. - C'est du pin massif, non ? C'est ça ?

- [vendeuse] Oui. - C'est moche, le pin. C'est Ikea.

- Pour le brûler. - Non.

Pas besoin de mettre 1 500 € pour brûler quelque chose, quand même.

Exactement. On va pas faire pousser un arbre

- et puis le couper… - [Ali] Exactement.

- pour faire un cercueil et le brûler. - Elle est devenue écolo.

[Ali] Je suis d'accord avec Caro.

Y a le carton, c'est encore plus écolo.

Le carton, c'est pas écologique, c'est un produit transformé.

[Kevin] Qui veut pas son cercueil ? Qu'il lève la main.

- Qui veut pas quoi ? - Qui veut pas le carton.

- Moi. - [Neige] Pas le carton.

C'est bon. On le met à gauche, ça.

- Non, mais moi… - [Neige] Mais on a voté !

Mon avis, on s'en fout, c'est ça ?

C'est pas qu'on s'en fout, on a voté.

D'accord. Tout le monde s'en fout de ce que je dis.

- [Matteo] Ali, reste. - [tous] Reste là.

C'est insensé, hein ?

Il n'était pas, mais il devient un peu psychorigide.

[Matteo] C'est pas faux.

Il devrait se mettre au shit, lui, parce que…

[François] Ça sera un joint avec du papi à rouler.

[Kevin] Non. C'est pas du papier à rouler.

Du papi à rouler.

- Ah, du papi à rouler. - [Matteo] Du papi, t'as compris ?

Ne vous inquiétez pas, ce qui est dit ici ne sort pas d'ici.

Vous n'avez pas de… comme les moquettes.

- On vous montre les différentes sortes. - Des échantillons de bois.

- Des échantillons. - Vous avez ?

[vendeuse] Oui.

[Françoise] Regardez la différence, la noblesse du chêne.

[Caroline] Arrête avec ce pin et ce chêne.

Le chêne, effectivement,

j'aurais pu aller dans votre sens si c'était pas une crémation.

Bon, alors prenons du pin. On prend du pin ? Faisons un vote.

- [Françoise] Pour. - Vous êtes d'accord.

- [Neige] Tout le monde est d'accord. - Oui.

D'accord, je m'incline.

Voilà, c'est la première partie. Qu'est-ce qui reste à choisir ?

- Maintenant, on va choisir, le capiton. - [Kevin] C'est quoi, le capiton ?

[Caroline] Le tissu doux, non ?

Le tissu qui est à l'intérieur du cercueil.

- On veut du blanc, déjà. - Blanc ?

Je vais en avoir un blanc. Regardez.

Vous voyez ?

[Françoise] Ça brille toujours comme ça ? Y a pas mat ?

- [vendeuse] En mat, ça va être ça. - Je vois un truc qui me plaisait.

Ah, c'est beaucoup mieux ça.

- [Matteo] Ça fait rideau. - C'est moche, ça.

Mais ce que je trouve beau, c'est que c'est mat.

Oui, mais on peut pas.

- On va pas choisir ce truc… - À l'envers, y a le motif ou pas ?

Je peux ouvrir ?

- Mais non, enfin. Elle est folle. - Arrête.

Oui. Donc, allez, on prend celui-là.

Arrête de jeter les choses !

Bon, je jette pas. Je vais les redonner doucement. Voilà.

Celui-là, c'est le mieux.

- On est d'accord ? - [Kevin] D'accord pour celui-là.

Dernière question.

Est-ce que le blanc de la djellaba ira avec ce blanc-là ?

Tu vas pas commencer à pignocher sur des différentes couleurs de blanc.

Tu le regardes comme ça avec tes yeux de chouette.

Même s'il a une djellaba blanche, on va pas regarder si y a un petit truc.

On y va comme ça.

Pourquoi, à chaque fois, tu dois jeter violemment quelque chose ?

[Caroline] On va devenir fous. Reste dans ta folie, seule,

mais tu vas pas nous contaminer avec ta folie. Hein ?

Attends. Quand tu peins ton appartement, tu dis : "Je vais faire un…"

C'est pas ça. Enfin !

Mais c'est une couleur !

- Tu vois, tu tapes toi aussi. - Tu as raison. Pardon. Ah, mais…

- Bon, allez. On a décidé ça. Voilà. - "On" a décidé ?

- Tu préfères celui-là ? - Oui.

Alors on y va pour le jaune où on a l'air d'avoir fait pipi dedans.

- Vas-y. - Elle recommence à jeter les choses.

J'en peux plus, madame, je vous jure.

[vendeuse] Restons dans la simplicité, comme le cercueil.

Sur du blanc.

- [Matteo] Voilà. - Je peux faire une chose ?

- [François] Allez-y, Françoise. - Une seconde.

Regardez un peu de loin.

Pas ce truc pisseux. Le blanc.

[Françoise] Tu peux le dire gentiment, sans dire "pisseux".

Tu peux dire "ivoire".

[Caroline] Tu insistes.

On dirait que tu prépares ta robe de mariée.

[Kevin] Ils m'ont fait la honte.

- La honte. - C'est pas grave.

- T'as du temps à perdre. - [Kevin] Désolé.

- [Françoise] Mais le temps à perdre… - Oui ?

c'est pas du temps perdu.

C'est quoi, ça ? "Le temps à perdre, c'est pas du temps perdu."

L'organisation de la cérémonie pour papa, c'est du temps perdu ?

Si je peux me permettre, je pense que vous avez été présents au quotidien ?

- [Caroline et Françoise] Oui. - Voilà, c'est là.

C'est le plus important.

- [Caroline] Il a été très entouré. - Qui est pour le blanc ?

- Allez. - [vendeuse] Choisissons l'urne ensemble.

Voilà. Merci, tatie.

Alors, est-ce qu'il y a quelqu'un qui veut garder l'urne chez lui ?

- [tous] Non. - [Kevin] Je veux juste un peu de cendres.

- [Neige] Je veux bien. - Personne ?

Toi ? Eh ben alors, c'est toi.

Voilà.

J'aimerais beaucoup qu'il ait une djellaba et des babouches.

- Un petit chameau avec… - Non.

De l'huile d'olive, des babouches…

Quand il rentrait chez lui à Paris,

il mettait une djellaba et des babouches. Ça lui convenait, il adorait ça.

Tous les jours, il portait un costume trois-pièces,

il voulait s'intégrer, ressembler, comme vous dites, à un petit Français.

Son modèle était Alain Delon. Il adorait Yves Montand.

Je crois pas que ça lui aurait plu qu'on le déguise en bougnoule

maintenant qu'il est mort.

[Neige] On le déguise pas.

J'avoue, je suis partant, vraiment, pour la mosquée, Neige, tout ça…

[Caroline] Oui.

Bah ouais, tatie, tu vois…

Papi n'avait rien à voir avec la mosquée, il était pas religieux.

Je vois pas pourquoi on met une mosquée tout d'un coup.

- [François] Il a pas tort. - Il était anti-religieux.

Il a juste, à la fin de sa vie, chanté des chants coraniques,

ce sont ceux qu'il connaît.

Ça veut pas dire qu'il est pour l'Islam, ni musulman.

Mais nous aussi. On dit pas qu'on va à la mosquée

parce qu'on est pour l'Islam.

On revendique quelque chose de spirituel

qui ressemblait à papi ces dernières années.

- Un rituel. - S'il y a une mosquée, je viens pas.

- [Kevin] Viens pas. Ciao. - Je viens pas.

- [Françoise] Ne parle pas comme ça. - [Matteo] Tu vas venir.

Donc, là, c'est une prise d'otages ?

Vous confondez deux choses. Il n'y a pas français ou musulman.

Tu peux être français et musulman.

- Mais il n'était pas musulman. - Oui.

Je veux dire que tu peux avoir quelqu'un de culture musulmane, sans être religieux.

Ben, on respecte d'où il vient.

On respecte où on est. J'ai parlé avec papi aussi.

- T'as mal parlé avec lui. - Ou tu l'as pas bien écouté.

Je l'ai très bien écouté, il m'a élevé.

Moi, je pense que quelqu'un d'intelligent est ouvert.

- Et un homme sectaire est un idiot. - Attends, non.

- Je suis ouvert. - Donc, en étant sectaire en disant…

"Si on va à la mosquée, j'y vais pas."

- Tu montres que t'es un idiot. - D'accord.

Merci, maman. C'est vous qui êtes sectaires.

Tout d'un coup, vous êtes dans un délire musulman,

vous voulez imposer ça à papi.

On est pas dans un délire musulman.

- [Ali] tu me parles de mosquée. - C'est toi qui es dans ton délire,

- pourquoi tu me parles pas de mosquée ? - Parce qu'il était pas musulman.

- Il chantait des chants coraniques. - Ça veut rien dire.

Ça veut rien dire pour toi. Pour nous, si.

- [Ali] Pour ton enterrement… - Oui. Pour nous, si.

- T'es dans ton délire ! - [Matteo] Oh, merde !

Ça va ! Ben toi, dans ce cas, pour ton enterrement,

tu le feras dans une mosquée mais laisse papi tranquille.

[Ali] C'est égocentrique. Tu penses qu'à ta gueule !

Toi aussi, tu penses qu'à ta gueule !

Je pense à lui. Je veux faire un truc qui lui ressemble.

- Ça lui ressemble. - Non, ça te ressemble à toi.

À ce que tu crois.

[Neige] C'est ce que tu veux pour ton enterrement.

On pourrait avoir une tisane ?

- [serveur] Tout de suite. - S'il vous plaît, merci.

Attention à pas te laisser envahir par la tristesse.

Faut pas devenir maso non plus.

Ça va.

Deux secondes.

En plus, ma sœur veut pas venir à l'enterrement.

Ah bon ? Mais pourquoi ?

Mystère. Elle a rien voulu dire. Elle a dit : "Je pars en Grèce."

Tu te rends compte ?

- Ça s'arrange entre vous, y a du progrès. - Oui.

Mais bon, c'est pas grave.

Vous allez pas faire comme les familles idiotes

qui s'engueulent à cause de ça.

- [voisine] À tout à l'heure alors. - À tout à l'heure.

- À tout à l'heure. - À tout à l'heure.

- D'accord ? - D'accord.

Je vais te faire une omelette…

au chorizo.

[François] Hé ho !

T'entends quand je te parle ou pas ?

- [Neige] T'as laissé le gaz allumé ? - Oui.

Sous la poêle. C'est le principe de la cuisine.

- Non, mais il y a les flammes ? - Oui.

Pourquoi j'entends le gaz, comme ça, fort ?

- Parce que je vais mal ! - [Neige rit]

Et j'ai décidé que t'allais me suivre !

Fais-moi penser que je t'emprunte 5 000 balles, là.

Toujours emprunter de l'argent aux gens qui sont dans la peine.

Pourquoi ?

Ils en ont plus rien à foutre, ils veulent se flinguer,

donc pour eux, 5 000 €, c'est rien.

Tu m'en veux pas, je prends des couteaux à bout rond.

Avec toi, on sait jamais.

Tu sais que j'ai croisé une copine, tout à l'heure dans la rue.

- Tu sais ce qu'elle m'a dit ? - Quoi ?

Elle m'a dit : "Dis donc, François", j'ai dit : "Oui."

Quoi ? Elle me dit : "T'as pris."

Je lui dis : "J'ai pris quoi ?" "T'as pris."

Je lui dis : "J'ai pris où ?" "T'as pris des hanches."

Cela dit, je dis ça, ça m'a vexé.

Mais bon, quand on est célibataire…

- T'es toujours célibataire ? - Ben oui.

Ça a pas duré avec l'autre, là ?

On s'est séparés d'un commun accord.

- Elle était plus d'accord que moi, mais… - [Neige rit]

Mais je la regrette pas, tu sais.

- Va falloir que tu fasses attention. - Pourquoi ?

Tu dois rencontrer quelqu'un, je serai pas là tous les jours.

Je vais avoir une vie extraordinaire avec une femme extraordinaire

qui va prendre soin de moi.

Qui voudra me guérir de mon angoisse.

C'était comment, l'enterrement de ton grand-père ?

- Comment c'était ? - Oui.

- Très beau. - Très beau ?

Somptueux.

C'est-à-dire ?

- Une émotion indescriptible. - Tu te fous de ma gueule.

Non.

Ça donnait vraiment envie de mourir.

Il passait son temps à parler du suicide, il est mort de mort naturelle.

- C'est quoi, la mort naturelle ? - Il est mort comme ça, je veux dire.

Il s'est pas suicidé. Tu vois la différence ou pas ?

- Oui. - Entre le suicide et la mort naturelle ?

[Françoise] Tu veux mettre quelque chose ?

Je veux mettre…

mon carnet de chansons.

Ségolène Royal.

Ça m'aurait fait plaisir que tu nous appelles, ces derniers jours.

Pour nous consoler.

"Allô, Neige, condoléances, comment ça va ?"

Tu vois, des petites phrases comme ça, de père.

- Un père à ses enfants. - Écoute,

c'est pas une bourgeoise qui fait trois fautes d'orthographe par mot

qui va me donner des leçons de morale, OK ?

Parce qu'en fait, tout est une question de bourgeoisie,

pas bourgeoisie, de classe sociale ?

Ça te fait rire ?

Non, ça me fait pas rire. Je trouve ça stupide.

- Mais c'est toi qui es stupide. - Peut-être.

La débilité, ça existe chez les pauvres ou pas ?

J'ai le droit de dire que tu es un pauvre et débile ?

- Oui, sûrement. - Oui.

- T'es un pauvre con débile. - D'accord.

Pourquoi tu lui as parlé, aussi ?

[Matteo] C'est un connard.

Pourquoi tu attends sa bénédiction ?

Tu devrais le savoir au bout d'un moment.

Vous l'avez invité, non ?

- On l'a pas invité. - Pas moi.

- Qui lui a dit de venir ? - Pas moi.

- Qui c'est ? - Certainement pas moi.

- C'est toi ? - Oui. Je lui ai envoyé un message.

- C'est toi, non ? - C'est lui.

[Ali] Oui, c'est moi.

Bon, j'ai un texte…

de Anne. Tu te rappelles de Anne, qui a écrit le bouquin avec papi ?

Elle peut pas venir et elle m'a demandé de lire un texte.

Non.

- Tu veux pas ? - Non.

Tout le monde est d'accord.

Je m'en fous. Elle fait pas partie de la famille, je la connais pas.

Regarde-le, elle parle de papi, elle a passé un an avec lui.

Je m'en fous de ce truc.

Caroline, ça suffit.

Mesdames et messieurs, la cérémonie va bientôt commencer.

C'est bon ?

Oui, lis ton texte à la con.

…suivie, s'il vous plaît, du reste de l'assemblée.

[chants coraniques]

[les chants coraniques continuent]

[percussions]

Tatie, c'est ta chanson.

[Céline Dion, "Parler à mon père"]

♪ Je voudrais oublier le temps Pour un soupir ou un instant ♪

♪ Une parenthèse après la course Et partir où mon cœur me pousse ♪

♪ Je voudrais décrocher la lune Je voudrais même sauver la Terre ♪

♪ Mais avant tout, je voudrais parler à mon père ♪

♪ Parler à mon père ♪

♪ Je voudrais retrouver mes traces Où est ma vie, où est ma place ♪

♪ Et garder l'or de mon passé Au chaud dans mon jardin secret ♪

♪ Je voudrais décrocher la lune Je voudrais parsemer la Terre ♪

♪ Mais avant tout, je voudrais parler à mon père ♪

♪ Parler à mon père ♪

[fin de la musique]

[percussions]

Merci.

Ce que je retiendrai de mon grand-père,

c'est l'amour qu'il a eu toute sa vie pour son pays.

À 22 ans, il fut contraint de s'exiler clandestinement

pour rejoindre la métropole.

Pour nous…

Pardon.

Pour nous, dans notre famille,

notre grand-père a toujours été la colonne vertébrale.

C'était le seul être vraiment solide

dont la sagesse et la bonté arrivaient à nous réunir autour de lui.

En paix.

Il était profondément attaché à la laïcité.

Et il était profondément anti-religieux.

Il détestait la religion, toutes les religions.

Maintenant, papi,

maintenant que tu nous as quittés pour rejoindre le…

les cieux,

prie pour nous.

Pour notre famille désunie.

Amen.

[Françoise] Oh, mon Dieu.

[percussions]

C'est bien.

Il a pété les plombs.

[Neige] J'ai fait écrire les mémoires de mon grand-père,

grâce à une amie.

[claquement de porte]

[Caroline se fâche au loin]

"Émir me recevait pour nos séances de travail

toujours impeccablement habillé.

Mais avant tout, je crois…"

Je vais, moi…

faire un hommage à mon père.

[sifflement assourdissant]

[voix étouffée de Caroline] Papa, tu t'es battu toute ta vie.

Jamais pour toi.

Toujours pour les autres.

Les pauvres, les exilés, les…

les réfugiés.

Tu t'es battu pour eux.

Tu leur as rendu une dignité.

Tu étais un communiste.

- Et fier d'être communiste. - [Kevin] De retour de Marseille

Du gros son dans les oreilles

Je suis lavé, je suis frais

Je suis plus dans le mal J'ai un peu grandi

Je suis blanc comme Neige Si on peut dire

En un mot, sans rire

Tu peux être fier de moi, Émir

Comme un modèle en ligne de mire Le daron que je n'ai pas

Je suis fier de porter ton blaze

Depuis minot, j'en gaze

C'est ton sang qui coule dans mes veines Tu fais partie de mon ADN

[fils de Neige] Pour mon papi, le plus magicien du monde.

Il a eu la force d'écrire un livre

alors qu'il était à moitié Alzheimer.

Il a combattu la guerre

et je suis trop fier d'être son petit-fils.

Alors pour mon grand-père,

et le plus beau, le plus grand pour la magie.

[exclamations et applaudissements]

Je peux en avoir un petit bout ?

[discussion indistincte]

T'es toxique, Neige.

Pardon ?

T'es toxique.

Comment ça, je suis toxique ?

T'es toxique, t'es comme maman.

Tu m'angoisses.

- On y va ? - C'est à cause de moi que tu restes pas ?

"T'es toxique" et il se barre.

Les enfants…

est-ce que si je disparaissais,

vous seriez tristes ?

Oui.

Est-ce que je suis importante pour vous ?

- Oui. - Tu es bon, tu sais, tu es beau.

Qu'est-ce que vous diriez si on se voyait régulièrement ?

Réponds. Ne me regarde pas comme ça.

- Hé, stop ! - Non.

- Stop. - Pourquoi ?

Ben, stop.

[Caroline] C'est mes petits-fils adorés.

Si on se voyait une fois par semaine ?

Va voir ma mère, ce qu'elle fait avec les enfants.

- [Caroline] Dis quelque chose. - [François] Attendez.

Ouh là là, j'ai complètement oublié de leur dire un truc.

Il faut que je leur parle.

- Je suis la grand-mère, je peux entendre. - Je vous le dis après. Merci Caroline.

Je vous laisse même votre chaise.

[Caroline] Je crois que j'ai mis au monde des demeurés.

Dis donc, Pierre…

- Ça va, les loukoums ? - Ça commence à aller.

Vous allez demander un sachet pour en emporter chez vous ?

Peut-être bien.

Vous voulez que je vous raconte une blague pédophile ?

C'est quoi, un pédophile ?

Tu sais pas ce que c'est, les pédophiles ?

C'est les gens qui aiment beaucoup les fils.

Tous les fils. Tu vois, ça, par exemple, ça, c'est un petit fil.

- Il sait pas ce que c'est, un pédophile ? - Non, il sait pas.

Et on attend quoi ?

On attend que papi arrive, mais apparemment…

Je suis sûr qu'il est content, il voulait toujours aller en boîte.

T'as compris la blague ou pas ?

Ah, oui, je viens de comprendre.

- En boîte de conserve ? - Hein ?

Boîte. Là, il est dans un cercueil, donc, c'est un genre de boîte.

Ah.

[la masseuse chante en arabe]

[masseuse] Je peux ?

- Pour le visage ? - Quoi ?

- Pour toucher le visage ? - Oui.

Merci.

[la masseuse continue de chanter]

Vous êtes Algérienne.

- [Neige] Quoi ? - Vous êtes Algérienne.

Vous êtes Algérienne comme moi.

C'est vrai.

Faut pas pleurer. Non, faut pas pleurer.

Ça va. Faut pas pleurer.

Non, faut pas pleurer.

Non. Moi aussi.

Non, faut pas pleurer.

[Neige sanglote]

[musique douce]

[femme en anglais] C'est incroyable de voir la transformation

que vit une personne qui retrouve ses racines.

Avec leur test ADN, ils peuvent remonter 2 000 ans.

Ils peuvent vous aider à découvrir vos racines et à vous comprendre.

Connaître vos racines

peut vous aider à trouver votre liberté

et à revendiquer votre liberté.

MERCI POUR VOTRE COMMANDE

Je suis désolée pour ce qui s'est passé.

Pardonne-moi.

J'étais pas dans mon état normal.

C'est ton grand-père qui faisait que…

on était une famille. C'est lui.

C'est lui qui nous…

qui nous réunissait, qui faisait que…

avec tout ce qui nous séparait, on était quand même une famille.

Mais là, j'ai peur que…

maintenant qu'il est plus là, que…

J'ai peur que…

vous allez plus vouloir me voir.

Tu sais, toi aussi, t'es forte.

Toi aussi, tu balances.

Toi aussi, t'as pas peur de faire souffrir.

Alors pourquoi tu comprends pas ça ?

Tu trouves normal qu'à l'âge que j'ai, j'aie toujours peur de toi ?

Justement, j'ai voulu que vous ayez peur de rien.

Mais j'ai peur de toi.

Mais pourquoi tu as peur de moi ? T'as peur de quoi ?

J'ai toujours peur que tu m'en colles une, j'ai toujours peur que tu m'envoies

des méchancetés devant tout le monde.

- C'est pas grave, tout ça. - Si, c'est grave.

- Non. - À mon âge, c'est grave.

Si. J'ai envie d'avoir un esprit reposé.

- Non. Justement pas. - Si.

- Il faut pas que tu te reposes. - Putain, c'est pas possible.

Il faut pas que tu te ranges. Il faut pas que tu baisses la tête.

Peut-être que la seule chose à quoi je te sers,

c'est justement de rester réveillée.

Il faut pas que t'aies peur de moi. Parce que de quoi t'as peur ?

T'as peur que je te fasse honte ? Je m'en fous, de ça.

- Moi, je m'en fous pas. - Mais pourquoi tu t'en fous pas ?

Pourquoi tu veux rentrer dans l'ordre ?

C'est pas une question de rentrer dans l'ordre.

J'en ai marre des scandales.

- Mais c'est pas grave, un scandale. - Si, c'est grave.

- C'est pas grave. - Mais t'as pas eu ça, toi,

- des scandales toute ta vie. - T'es folle ou quoi ?

Mais tu es folle !

Tu sais pas comment j'ai grandi.

Tu sais pas ce que c'était que cette époque.

Tu sais pas que moi, on m'a rouée de coups.

Que j'ai dû faire face à des cris, des insultes, moi aussi.

Mais quoi, ça m'a pas détruite.

Moi, je crois que c'est pour ça que papa m'aimait.

Parce que rien, tu m'entends, rien, m'aurait fait plier.

Curieusement, je croyais que tu étais comme moi.

Moi, je croyais que t'avais ça en toi. Cette chose qu'on pourrait jamais briser.

Je veux pas que tu te résignes.

Je veux pas que t'aies peur.

C'est raté, j'ai peur de toi.

On peut pas…

Regarde, quand tu me touches, je supporte pas que tu me touches.

Pourquoi ?

Je veux plus qu'on me touche.

Non. S'il te plaît. Me touche pas. Je supporte pas que tu me touches.

Alors, j'ai…

Alors, j'ai tout raté ?

Non, t'as pas tout raté, mais…

ça, c'est plus possible.

Je…

Je t'aime, je te jure que je t'aime.

Mais voilà, les caresses, les câlins avec toi, j'ai peur.

Le contact de ta peau, ça m'effraie.

Je te dégoûte ?

Oui.

Excuse-moi.

Mais oui.

Alors…

Je supporte pas ton odeur.

Excuse-moi.

Je peux plus rien dire.

Mais je t'aime.

Je t'aime sincèrement.

- Mais plus tard, beaucoup plus tard. - On est plus tard.

- C'est maintenant, plus tard. - Non. Quand je serai morte.

Tu m'aimeras exactement

pour les mêmes raisons pour lesquelles maintenant, je te dégoûte.

Et là, je serai plus là.

[femme en anglais] Le test est facile et ne prend que deux minutes.

Suivez les instructions pour prélever un échantillon buccal

puis renvoyez-le au labo de MyHeritage DNA.

Nous le vérifierons et l'analyserons.

Vos résultats seront prêts en trois à quatre semaines.

Vous recevrez un email quand les résultats seront prêts.

[conversations indistinctes]

[François] Neige.

- ♪ Shame… ♪ - [Matteo] Ali ?

♪ Bon anniversaire ♪

♪ Nos vœux les plus sincères ♪

♪ Et que l'an fini… ♪

- [Matteo] Ouais ! - [tous] Bravo !

- [Ali] Je vais porter un toast. - [Matteo] Ouais ?

J'ai quelque chose à vous dire.

Louise et moi, on va se marier.

[ensemble] Oh !

- [François] Tchin ! - Bravo !

[tous] Bravo !

- Je suis très fière de porter votre nom. - [Matteo] Nous aussi.

C'est-à-dire, t'es fière ? Je comprends pas.

Louise Robert, je trouve que ça sonne bien.

Pas toi ?

T'es pas contente que je me marie ?

[Neige] T'as pas compris.

Ça m'impressionne, quelqu'un qui a hâte de porter le nom Robert.

[Ali] Le nom de son mari. C'est tout.

Tu comprends tout de travers.

Mais ça, c'est les lois. Quand on se marie, on s'appelle…

On peut se marier et garder son nom.

J'aime bien Robert. C'est un prénom masculin, c'est bien.

[Louise] Puis, ça passe partout.

Pourquoi, ton but, c'est de passer partout ?

[François] Leur enfant, on l'appellera "Le petit Robert".

[Louise] "Le petit Robert" ?

[François rit]

[François] Y a des évidences, parfois.

- Hé ho ! - Quoi ?

- Tu fais quoi ? - Rien du tout, je discute avec ta sœur.

♪ Y a des sujets Plus importants à aborder ♪

Bon, alors, tu vas pas faire la gueule toute la soirée comme ça.

Je t'aime beaucoup, mais des fois,

t'es vraiment à côté de la plaque.

À côté de la plaque. Il y a une plaque, eh ben, je suis à côté.

[rote]

Non. C'est pas possible, on peut pas roter !

Le balcon va s'effondrer.

Alors, vas-y, fais-lui tes petites récriminations,

son petit procès. Allez, on y est, là.

Alors, pourquoi tu lui fais la tête ?

On a pas les mêmes valeurs, pas les mêmes centres d'intérêt,

- on a pas la même gratitude. - Oui, mais ça, c'est…

Ah, gratitude, c'est être présente à un enterrement ?

Être présente, ouais.

Je pense qu'on fait honneur aux gens qu'on a aimés en faisant acte de présence.

Je ressens pas les choses comme tu les ressens,

je les vis pas comme tu les vis. Je suis ingrate pour ça ?

[Neige] C'est le problème.

Mais non, Neige.

J'avais pas envie d'être là.

[François] Compris ? Elle voulait pas être à l'enterrement,

elle avait envie d'être toute seule. D'accord ?

Allez, Neige.

[grogne]

[Lilah] T'inquiète, ça va te faire du bien.

Tu veux pas vomir un peu ?

[François] Elle va rien vomir, elle a rien mangé.

- Comment ça ? - Elle mange plus.

Elle mange plus, la gamine.

[François] Ciao, tous !

Je suis borracho, là !

[chants et tambours]

[klaxons du mariage et tambours]

[musique douce]

- Bonjour. - Bonjour.

Sofiane !

[parlent en arabe]

- Excusez-moi, monsieur ? - Madame ?

Je comprends pas, c'est le numéro 35, j'ai le numéro 456.

Oui, ça marche pas, madame.

C'est l'Algérie, bienvenue. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?

En fait, je voudrais obtenir ma nationalité algérienne.

- Excellente décision. - Voilà.

J'ai tous les documents dans mon sac.

Sauf que…

les papiers algériens de ma mère, je ne peux pas les avoir

parce que je parle plus à ma mère.

Peut-être que le consulat pourrait aller dans les archives

pour trouver les anciens papiers de ma mère ?

[rit]

Vous voulez qu'on aille chercher dans les 35 millions d'Algériennes

les papiers de votre maman à vous ?

- Voilà. - C'est ça ?

Vous imaginez si tout le monde nous demandait ça ?

Mais tout le monde demande pas la même chose que moi.

Vous voulez qu'on fasse une exception pour vous ?

- Oui. - Vous êtes déjà un peu Algérienne.

- Venez avec moi. - Merci.

[narrateur] Deux jours plus tard,

les Algérois découvrent à l'aube des chars en plein centre-ville.

C'est par un communiqué diffusé en boucle à la radio

que les Algériens apprennent le coup d'État.

Ben Bella a été renversé dans la nuit

par des hommes qui agissent au nom d'un Conseil de la Révolution.

[accent algérien] Un Conseil de la Révolution a été créé.

Il a pris toutes les dispositions…

[notification]

- Tu t'attends à combien ? - Je m'attends à…

- Au minimum… - Ben, ma mère…

T'es déçue à quel pourcentage ?

Ma mère, elle est 50 % algérienne. Donc moi, la moitié de 50, c'est 25.

Oui.

- Donc, je m'attends à 25 % algérienne. - Oui, mais ton père ?

Mon père, il est quarteron vietnamien.

- Donc s'il a un quart, moi, j'ai sept… - Oui.

Donc j'ai 7 %…

Heu…

- Il est quarteron ? - Vietnamien…

- Oui, c'est ça. - et 25, Algérie.

- OK ? - Donc…

Je veux pas voir.

[François souffle]

T'es prête ?

"Neige, vous êtes…

Qu'est-ce que c'est que cette cochonnerie ?

Arrête, sois sérieux !

Trente-cinq…

virgule quatre pour cent ibère.

- C'est quoi, ibère ? - C'est l'Espagne.

T'as cru que c'était la voiture qu'on commandait, le taxi ?

- Arrête. Attends, quoi ? Espagne ? - J'appelle un "Ibère" !

- Arrête, sois sérieux. Regarde bien. - Oui, 35,4 % ibère,

17,3 % grec et italien du Sud,

- 15,7 % italienne… - Regarde.

[Neige] Nord-africaine, 14,8.

C'est pas possible, je comprends rien.

C'est le score des Verts aux européennes et ils faisaient la fête.

- T'as 14,8 %. - Attends. Chut.

Mais c'est pas possible. C'est rien comme ce que je pensais.

Trente-cinq pour cent ibère. Mais je suis pas espagnole.

Tu vas nous faire une dépression parce que t'es 35 % ibère.

Bon, ben voilà. La messe est dite.

- Et fais voir les correspondances. - C'est quoi ?

- Il paraît qu'on rencontre des cousins. - Extraordinaire.

- Regarde, 73 pages de cousins. - Jonathan Chartier.

Petit-cousin, arrière-arrière-petit-cousin.

- Oui. - Segment le plus long : 21,6 cm.

Qu'est-ce que c'est, son segment le plus long ?

Je sais pas.

Ça veut dire qu'il a un segment de 21,6 cm ?

Attends.

Excuse-moi, c'est quand même mieux que Juan Dipolito.

Niveau de confiance moyen.

Tu lui prêtes du pognon, il te le rend pas.

Clément Toiteau.

- Ouais. - La trentaine.

- Ouais. - Tout à coup, elle s'intéresse. "Ouais."

C'est quoi, ses hobbies, ses centres d'intérêt ?

"Ouais". Son segment le plus long, tu veux le savoir, 21,6 centimètres.

Dis donc, les cousins ont tous la même longueur de bite.

Regarde ça !

- C'est extraordinaire. - Regarde. J'ai 5 % asiatique, là.

[François] Philippin, indonésien et malais.

[Neige] C'est mon père qui est ça.

J'ai envie de savoir ce qui vient de mon père et de ma mère.

Il doit y avoir un moyen pour avoir les chiffres exacts.

[homme, en anglais] Donc vous voudriez savoir

quelle partie de votre ADN vient de votre père

- [en anglais] Oui. - et de votre mère ?

Il faudra faire un test ADN du chromosome Y,

c'est-à-dire de votre père.

Donc mon père doit faire le test ?

Oui, car le chromosome Y n'existe que chez les hommes.

Et si je lui prends un cheveu ?

Non, il nous faudra un échantillon de salive.

Ou un ongle ?

Non, uniquement un échantillon de salive.

Et il faudra aussi obtenir son consentement.

- Votre père a-t-il un frère ? - Il n'a pas de frère.

Alors vous n'avez pas le choix.

Il va falloir demander à votre père.

[sonnette]

Salut. Je suis venue un peu plus tôt, j'étais dans le quartier.

- Ça t'embête pas ? - Pas du tout.

- Je suis la première ? - Oui.

Si tu veux, je vais t'aider à mettre la table.

Non, pas tout de suite.

- Je vais finir un truc que je faisais. - Ah oui.

Comment ça va ?

Pas terrible.

Je me sens un peu perdue.

Et t'as une idée de…

du pourquoi ?

Oui, mais j'ai un petit peu peur de ta réaction.

Ah.

Tu voudrais bien me donner ta salive pour un test ADN complet ?

Non. Tu sais,

il aurait fallu que tu fasses un minimum d'études générales.

Tu saurais que tous ces trucs-là,

c'est pour les gens faibles et sans cervelle.

Tu veux pas me faire plaisir et faire ce test, me donner ta salive ?

Non, ça, je le ferai pas.

- Je te demande jamais rien. - C'est catégoriquement non.

Puis, j'aime pas qu'on me prenne pour un con.

- Garde ton argent. - Pourquoi tu t'énerves ?

Parce que j'ai pas envie qu'on parle de ça, ça me gonfle.

C'est difficile de trouver un sujet sur lequel tu m'agresses pas.

Ça doit vouloir dire quelque chose.

Faut parler de tes serpents pour que tu sois gentil avec moi ?

Oui.

[Pierre] Quoi ?

Je sais pas parce que, par exemple, je sais…

T'es un quart vietnamien

et tu ne m'as jamais parlé de tes origines vietnamiennes.

Je trouve ça bizarre.

J'ai connu ton père avant qu'il meure,

il nous emmenait tout le temps au restaurant vietnamien.

Il avait des yeux bridés.

Mais tu dis jamais rien sur lui.

Pourquoi tu dis rien sur lui ?

Parce que ça m'intéresse pas une seconde.

Moi, je suis venu ici très jeune et je suis d'abord Français.

Et très fier de l'être, d'ailleurs.

Même très très fier de l'être.

Pour qui tu votes ?

C'est vraiment nécessaire qu'on aborde ça ?

Oui.

La dernière fois, j'ai pas voté.

Et la fois précédente, j'ai voté Le Pen, si c'est ça que tu veux savoir.

Je veux pas que ça te fasse pleurer.

Bon, je vais te laisser pleurer tranquille.

[François] Dis donc, elle est très bonne. C'est pas mal, hein ?

Je sais pas si vous êtes déjà allés au Pays basque.

[Pierre] Oui.

- Qui est déjà allé au Pays basque ? - Moi.

C'est extraordinaire, ce qu'on y mange.

Je suis allé dans un restaurant, il y avait un chef basque.

- Je peux plus manger une seule huître… - C'était bien cuisiné ?

sans penser à ce restaurant.

Quand tu manges une fois dans ce restaurant-là,

tu peux plus manger pendant une semaine, tout semble dégueu.

- [Matteo] Ah ouais ? - Ben ouais.

[Neige] T'es gentil avec notre frère, maintenant.

Avant, tu le traitais de bâtard.

- C'était pas méchant. - Non.

"Bâtard", c'est pas méchant.

Quand j'étais petite, j'aimais pas qu'il traite mon petit frère de bâtard.

- [François] De bâtard ? - [Neige] Oui. De bâtard.

Oui, parce qu'il a pas le même père que nous.

Notre mère a trompette notre père.

Et a eu Matteo.

- Ouais. - [François] T'as un rice cooker ou pas ?

Je ne sais pas à quoi ça sert. Je fais ça simple.

[Neige] Oui.

C'est moins bon avec le rice cooker.

C'est le frère de Joe qui a inventé ça.

- [Ali] Non. - [Neige] Joe ?

- Joe Cocker. - [Pierre] Joe Cooker.

[Matteo] Blanc ou rouge, le Bourgogne ?

[François] J'aime le rouge.

[Ali] Moi, c'est côte de Beaune.

Tu trouves pas que ça sent mauvais ? Une odeur un peu bizarre, non ?

- Quoi, ça ? - Regarde, sens.

Attends, fais voir.

Pourquoi tu veux pas lui donner ta salive ?

[Matteo] Allez, donne-lui ta salive.

[Lilah] C'est le seul truc qu'elle te demande.

- [Lilah] Ta salive. - [Matteo] Allez, merde.

- [Lilah] Tu te crois le seul violent ? - [Matteo] Allez, Pierrot.

[Lilah] Donne ta salive. Test !

- [Matteo] Allez, Pierrot. Test ! - [Lilah] Test ! Vas-y !

[hurlements de joie]

[Matteo] Test !

[Ali] Allez, mon Pierrot !

- [François] Hé, vous êtes des malades. - [Matteo] Voilà !

[Lilah] Voilà !

Vous êtes des malades.

- [François] Hé oh ! - [Neige] Quoi ?

- Vous êtes des malades. - [Matteo] Non.

Toi, t'es malade !

Vous êtes tous des malades !

Neige ! T'es malade. Tu te rends compte ou pas ?

Neige ! Réveille-toi !

[sursaute]

- Ça va ? - Ça va.

[sirote bruyamment]

Pourquoi tu fais du bruit, comme ça ?

C'est comme ça qu'on boit le thé.

Comment ça, c'est comme ça ?

Le thé à la menthe, on le boit comme ça au bled.

- Ah bon ? - Ben oui.

J'ai pas de souvenir de ça.

[sirote bruyamment]

Voilà. Plus tu fais du bruit, plus t'es une Algérienne.

[Lilah] C'est pas pour demain.

Tu sais comment on dit la "menthe" en arabe ?

- Non. - Nahnah.

- Nahnah. - [Neige rit]

[Lilah] Nahnah.

Mais même moi, je le dis mal.

[sanglot]

[Lilah pleure]

[Lilah sanglote]

Petite sœur.

[homme à la radio] Ici, les Renseignements Généraux.

Nous vous apprenons que le FLN a ordonné à tous les Algériens

de sortir ce soir pour manifester.

L'objet de la manifestation est de protester

contre les récentes mesures de couvre-feu.

On a saisi des banderoles avec les slogans :

"À bas le couvre-feu raciste", "Indépendance totale de l'Algérie".

[foule] Halte au racisme !

Nous avons parqué dans le tunnel du métro environ 500 Algériens.

Les observateurs évaluent à 4 000 le nombre de manifestants.

Depuis 20 h, le nombre d'Algériens ne cesse de croître.

La réaction de la police a été très violente,

11 538 musulmans ont été arrêtés.

[témoin] En arrivant sur le Pont Saint-Michel,

on a été arrêtés par un barrage de policiers.

Et j'ai vu trois personnes jetées dans la Seine.

[musique mélancolique]

[femme] Bonjour madame, je suis le docteur Michelet.

- Ça va ? - Oui.

- Vous savez où vous êtes ? - Pourquoi vous parlez fort ?

Vous savez où vous êtes, madame Robert ?

Oui. À l'hôpital.

Vous êtes à l'hôpital.

Vous savez depuis combien de temps vous êtes à l'hôpital ?

Oui. Depuis cette nuit, ou…

Est-ce que vous vous souvenez de quelque chose ?

[Neige] Euh…

Vous étiez inconsciente,

on vous a retrouvée inconsciente sur le pont.

Oui, je me souviens de tout.

Madame Robert, ce qui me préoccupe,

c'est que nous avons constaté aussi que vous étiez très sous-alimentée.

C'est pour ça que vous êtes sous perfusion aujourd'hui. D'accord ?

Et donc ?

Et donc, j'aimerais savoir depuis quand vous n'avez pas mangé.

Je sais pas, je compte pas…

Arrêtez de me fixer comme ça, avec vos yeux, là, c'est…

- J'ai l'impression d'être dans un asile. - Vous êtes très en colère.

Je sais que vous êtes majeure,

mais est-ce que vous avez prévenu vos parents ?

Non.

Quand vous êtes arrivée aux urgences, vous évoquiez votre père…

Vous aviez l'air fâchée contre lui.

Et vous parliez d'un test.

Si mon père, il vient, vous pourriez pas lui prendre sa salive ?

Non.

Vous pouvez pas lui dire : "Pour des examens sanguins…" ?

- Non. - Vous pouvez pas ?

Non, j'ai pas le droit de demander ça.

C'est très important ?

Oui.

Ça va mieux ?

Oui.

- [Ali] Tu veux pas manger un truc ? - [on frappe]

Bonjour, tout le monde. Vous allez bien ?

- Ça va ? - Bien. Tranquille, wesh. Bien.

Alors, je t'ai pris quantité de livres sur les Arabes.

Moi, je veux juste le petit Nedjma.

Voilà.

Je sais pas ce que tu leur trouves, aux Arabes.

- [Ali] T'as pas un truc à manger ? - Non. Allez, tiens. Hop !

[Ali] C'est quoi, ça ?

- [Neige] Nedjma, Kateb Yacine. - [Ali] OK.

Vous saviez que "Neige", ça vient de "Nedjma".

Notre père a pas voulu de ce nom, "Nedjma".

Donc, ils ont choisi Neige.

[Ali] Ah.

Par rapport à… l'entretien d'embauche, tout ça.

"Nedjma", ça passait mal.

[portable vibre]

Allô…

Allô ?

Oui.

Oui.

[grogne]

[musique douce]

[un portable vibre]

Allô ?

[Lilah] Oui.

D'accord.

Merci, monsieur.

Je pourrais avoir la carte d'identité de ma sœur, s'il vous plaît ?

Monsieur !

- Excusez-moi, je peux voir le monsieur ? - Nadir ?

- Madame ? - Bonjour.

Je termine juste une petite chose.

Tiens, ça, c'est pour le secrétariat.

C'est bon, il est là.

Il est tout prêt… tout neuf.

Alors, j'ai juste besoin d'une petite signature.

Et il me faut votre carte d'identité.

- Ma carte d'identité ? - La carte d'identité française.

Je vous l'ai dit au téléphone, il faut votre carte d'identité.

C'est ce que tu cherches ?

C'est ma sœur.

Elle veut aussi devenir Algérienne ?

- Non. - [Nadir] Non. Que vous.

- Voilà. - [Nadir] Bon, ben, super.

[Nadir] Voilà !

Je vous déclare officiellement de nationalité algérienne.

- Vous pouvez me le dire en arabe ? - [Nadir rit]

[répète en arabe]

- J'ai pas entendu. Plus lentement. - [répète en arabe lentement]

C'est trop beau.

- T'as vu ? C'est à l'envers. - Ouais.

Vas-y !

[musique douce]

[homme à l'accent arabe] Comme tous les matins,

tu m'as dit au revoir d'un regard avant de quitter la maison.

Je suis resté immobile,

j'ai pensé très fort à toi,

réalisant la joie immense de te voir vivre sous mon toit.

C'est vrai, je ne te l'ai jamais dit,

ni trop fort, ni tout bas,

mais tu sais, ma fille, chez nous, il y a des choses qu'on ne dit pas.

Je t'ai élevée de mon mieux.

Et j'ai toujours fait attention à perpétuer les règles,

à respecter la tradition.

Comme l'ont fait mes parents, crois-moi, sans riposter.

Je t'ai élevée de mon mieux,

comme le font tous les nôtres.

Mais était-ce pour ton bien ?

Ou pour faire comme les autres ?

Tous ces doutes qui apparaissent et cette question affreuse.

C'est moi qui t'ai élevée,

mais es-tu seulement heureuse ?

Tout ça, je me le demande, mais…

jamais en face de toi.

Tu sais, ma fille, chez nous, il y a des choses qu'on ne dit pas.

Et si on décidait que tous les bien-pensants se taisent ?

Si pour un temps on oubliait ces convenances qui nous pèsent ?

Si pour une fois tu avais le droit de faire ce que tu veux ?

Si pour une fois tu allais danser en lâchant tes cheveux ?

Je veux que tu cries

et que tu chantes à la face du monde.

Je veux que tu laisses s'épanouir tous ces plaisirs qui t'inondent.

Je veux que tu sortes,

je veux que tu ries, je veux que tu parles d'amour.

Je veux que tu aies le droit d'avoir 20 ans.

Au moins pour quelques jours.

Il m'a fallu du courage pour te livrer mes sentiments.

Mais si j'écris cette lettre, c'est pour que tu saches simplement

que je t'aime comme un fou.

Même si tu ne le vois pas.

Tu sais, ma fille, chez nous,

il y a des choses qu'on ne dit pas.

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