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Original subtitles

- Vous m'attendiez? - Non.

- Parfois les gens se lassent. - Ben, mettez une sonnette.

J'ai jamais vu des photos comme �a, elles sont de vous?

- Mais oui.

- Ces femmes sont tristes. - Non.

- C'est quand m�me le genre femmes plaqu�es, battues, veuves.

- Non, ce sont des connaissances.

J'ai de la patience. - Et vous attendez quoi?

- Qu'elles soient fatigu�es de poser.

Alors, elles se laissent aller, c'est tout.

- C'est beau, mais �a me chiffonne.

Tenez, celle-l� avec des m�mes, l� aussi,

je la connais, on �tait voisines il y a 4 ou 5 ans, rue du Maine.

Puis il y a eu un drame et elle a disparu.

J'ai toujours eu envie de la revoir car mes parents en disaient du mal.

Elle �tait sympa, mais elle �tait pas aussi triste.

- C'est sans doute de ma faute. - Vous l'avez pas arrang�e.

Pauvre Suzanne, o� peut-elle �tre? - Elle vit avec moi.

Ce sont nos enfants. - Zut, j'ai gaff�.

Je m'excuse. - Non...

Vous habitez toujours rue du Maine? - Oui et vous?

- Rue Fermat, au 15. -15, rue Fermat?

J'irai la voir, vous lui direz que c'est Pauline.

- D'accord. - Au revoir.

- Au revoir.

Ils r�p�tent un "All�luia".

- Les gar�ons, votre entr�e est trop brutale.

Concentrez-vous.

Faites un effort.

- Si encore, �a comptait pour le bac.

- Je voudrais surtout que �a rapporte.

Quelqu'un entre.

- Bonsoir, maman.

Bonsoir, papa. - Bonsoir, ma ch�rie.

- Tu n'auras plus faim.

- Y a rien de plus sain que de commencer par une pomme.

- �a a march� la chorale? - All�luia.

- Et au lyc�e? - Toujours pareil:

c'est emmerdant.

- Va donc voir au Prisunic si vendeuse, c'est chouette.

- Y a pas que vendeuse, puis je veux chanter.

- Passe ton bac, on verra apr�s.

- Une fille qui ne fait pas d'�tudes finit mari�e ou prostitu�e.

- C'est un peu pareil. - Tu es folle.

- Va te laver les mains, c'est pr�t.

- Vous vous souvenez de Suzanne, la ni�ce du cordonnier?

- Oui, elle n'est plus chez eux.

- Je l'ai revue. - Ah?

- En photo. Elle fait vieille.

- �a ne m'�tonne pas, elle a commenc� trop jeune.

- C'est comme �a.

Il se rend pas compte, J�r�me, il r�ve.

Il passe ses journ�es

au labo � faire ses tirages.

Puis les filles qu'il photographie sont souvent fauch�es.

Personne ne lui commande de portrait, alors, il les donne.

Il n'y a que les travaux d'amateurs qui rapportent un peu.

- Pourquoi tu travailles pas? - Avec ces deux-l�?

Puis quoi faire? J'ai rien appris.

Y a m�me pas de place

� la cr�che du quartier.

- Ils sont mignons.

- Mathieu, oui.

Marie est un peu plus ferm�e.

C'est ma faute, s�rement.

Tu sais, j'ai perdu le...

J'ai souvent envie de pleurer.

- Il faut faire quelque chose, parler � J�r�me.

- Parler � J�r�me?

C'est difficile.

Il est fatigu�.

Puis il a une fa�on de sourire... je ne dis plus rien.

Rien que l'id�e de lui annoncer que je suis enceinte,

j'en suis malade.

- Tu es enceinte? - Oui.

- Tes parents peuvent t'aider, ils sont o�?

- Vers Soissons. Ils veulent plus me voir.

- Et ta tante? - Elle non plus.

- Quel m�lo.

Tu es enceinte de combien?

- Deux mois.

Plus ou moins. - Suzanne, il faut te faire avorter.

- Avorter o�, comment? Tu crois que c'est facile?

- On va trouver un moyen.

- L'id�e d'en parler � J�r�me...

- Enfin, il les a faits, ces gosses.

Tu veux que je lui parle?

- Toi?

Non.

Quel �ge tu as? -17 ans, un peu plus.

- Moi, j'ai l'impression d'avoir cent ans.

- Et en vrai, t'as quel �ge?

-22.

- �a a march�?

- Vas-y. - Chiche!

Mme Carlier? - Oui?

- Vous avez dit ce matin que le libre-arbitre �tait:

"Un concept de morale et une r�alit� effective

�prouv�e dans des situations concr�tes".

- Oui. - Alors, le libre-arbitre

est une pratique de la philosophie. - Oui.

- Alors, aidez-moi, car j'ai une amie qui veut avorter.

- C'est vous? - Non, elle a d�j� deux enfants.

- Je ne suis pas m�decin.

- Vous auriez un nom, une adresse? - Non, je suis d�sol�e.

Au revoir. - Au revoir, madame.

Loup�, �a a pas mordu.

- Tu voulais pas qu'elle t'am�ne chez un avorteur?

- Et � ta chorale?

Une chorale r�p�te.

- Ah, dites, vous conna�triez pas une adresse, un tuyau?

- Pourquoi, tu es enceinte? - Pas moi, une copine.

- C'est pas facile. - Il y a une femme rue St-S�verin.

Une concierge � l'entresol du 24, j'ai souvent entendu cette adresse.

- Vous la connaissez? - Non.

- Elle fait tout?

- Non, elle te pose une sonde et tu te d�brouilles.

- Je vous dis que c'est pas pour moi. - Bon! Elle prend 20000 F.

Sinon, il y a la Suisse.

- �a, je sais.

- Mais il faut passer devant une commission,

pleurer mis�re, tout �a.

S'ils acceptent, c'est pas cher, sinon, c'est au march� noir.

Mais l�, avec le voyage...

Bon, salut. - Merci.

- Une 403, il a pris un cr�dit sur deux ans, c'est idiot.

- J'ai pris un 13 en anglais. Pour les maths, j'�tais en �tude.

- Ou en retard, comme � table. - Il faut manger sans moi.

- Dans une famille, il faut des r�gles, des horaires.

Sinon, c'est la pagaille.

Passe-moi le fromage.

- Dessers le plat, �a fait sale.

- Tes id�es de propre et de sale...

- Lance le caf�, tu seras mignonne. - Laisse, j'y vais.

- Je serai mignonne si je fais ce que vous voulez.

Le caf�, les horaires, les r�gles...

Vive la famille et l'ordre.

- C'est quand m�me nous qui t'avons mis au monde.

- J'ai pas demand� � na�tre. - Pauline!

- Vous �tiez incapables de m'�viter. - �a, tu l'as cherch�!

On se laissera pas insulter.

- Vas-y, profites-en.

C'est bient�t fini l'autorit�. - Arr�te, Pauline.

- Elle s'�coute parler.

- C'est pas possible le syst�me parents:

la papa qui grogne et la maman qui n'est que douceur.

Et il y a des familles o� c'est le contraire.

C'est pas rigolo d'avoir des parents.

- Tu pr�f�res l'Assistance? - J'ai pas dit �a.

- On verra si tu r�ussis

avec tes enfants. - J'ai d'autres projets.

A propos, la chorale organise un week-end � l'abbaye de S�nanque.

On va chanter, visiter Avignon.

C'est 20000 balles tout compris, je peux y aller?

Tiens, c'est d�j� �a, mais pour la Suisse, faut plus.

- Merci, t'es trop gentille.

- Tu crois que J�r�me trouvera le reste?

- Il y a sa femme, mais elle le d�teste.

- �a se comprend un peu. - Oui, bien s�r.

- Pourquoi ils n'ont pas divorc�?

- Parce qu'elle veut pas, pour l'emb�ter.

Comme �a, J�r�me ne peut pas reconna�tre les enfants.

- Salut les boules!

�a va?

- Dis, cette femme rue Saint-S�verin,

avec �a, j'aurai assez? - Non, c'est trop risqu�.

Que J�r�me se d�brouille avec l'argent,

moi, je te garde les enfants. - Tu veux bien?

- Oui, si c'est au pont du 22 au 24.

- La Suisse, alors? - Devant la commission,

il faudra pleurer, les apitoyer.

Ils sont quatre, comme des juges, comme un jur�.

- Pour avoir l'air d�courag�e, j'aurai pas de mal.

Mais J�r�me est dans un �tat...

J'aurais m�me pas pu lui laisser les enfants.

Il sait rien faire pour eux, il les aime, c'est tout.

Dis.

Il m'a demand� si tu poserais pour lui.

Il ose pas te le dire car tu es au courant pour...

T'as su m�me avant lui.

- Quel rapport? On est copines. - Tu veux bien?

- Oui... Enfin, j'ai jamais pos�, moi.

- �a vient pas, j'en ai aucune de bonne.

- Comment �a? �a fait deux heures que je suis l�.

Vous en avez pris

des dizaines. - Vous vous d�fendez.

- Non. - Mais si.

I

- C'est seulement que j'ai pas l'air accabl� que vous aimez.

Je veux pas �tre une victime,

m�me en photo. - C'est m�chant, �a.

Vous refusez d'�tre vraie.

Ce que je cherche, c'est quand une femme est dans sa v�rit� nue.

- Vous voulez que je pose nue?

- Peut-�tre, je ne sais pas

- Je me mets o�? - L�-bas.

Vous comprenez, l'abandon, c'est l�.

Le secret des femmes, la vie, c'est vous qui l'avez en vous.

C'est un secret tr�s lourd.

Non, �a va pas.

Non, �a va pas, c'est de ma faute, je m'excuse.

- Je sais pas quoi penser de moi.

Je suis pas une vraie fille? - C'est pas �a.

Vous m'�chappez, j'y comprends rien.

- Tu ne grandiras donc jamais, as-tu pris de l'aspirine?

- �coute, je pars pas pour le d�sert.

- Tu veux que je vienne?

Je suis si malheureux que tu...

- �a ira.

Tout le monde me dit que ce sera bien fait l�-bas.

- Je ne l'aurais pas laiss� faire autrement.

Tant pis pour ce que �a co�te.

- Allez, rentre.

Bonjour, madame. - Bonjour.

Je cherche des cartes d'Avignon et de l'abbaye de S�nanque.

- Je vais voir.

- Salut, ma grosse pomme.

�a va? - J'ai oubli� mon nounours.

- Ben, va le chercher.

Bonjour.

Tu es r�veill� depuis longtemps.

Allez, mets-toi l�.

Voil�, on va dormir tous les trois ensemble.

Tu es gentil.

Vous �tes debout?

- Andr�! - Laisse-le si �a le d�foule.

- Arr�te, �a ne sert � rien. - Ah, tu nous as bien eus, hein!

On y est all�s � S�nanque pour te voir chanter.

Tu me le paieras. - Pourquoi tu mens comme �a?

- J'avais besoin d'argent. - Toujours l'argent.

- Tu aurais pu nous en parler. - C'�tait pour un avortement.

- Quoi? - Suzanne avait besoin d'avorter.

Elle avait besoin d'argent.

- Mais tu le fais expr�s?

�a suffit, hein! - Oui, je veux plus habiter ici.

- Ch�rie, calme-toi. - Non, je veux plus me calmer.

Andr�: - Tu ne peux pas, tu es mineure.

Et le bac, tu vas le pr�parer en tra�nant dans la rue?

La m�re: - Les �tudes, c'est important.

Pauline: - Non, �a, c'est fini.

Je pr�f�re chanter dans les rues plut�t que d'�tre "normale".

- Tiens, il sera pas dit que tu �tais sans un sou en partant.

Voil� presque 40000 balles.

De quoi faire avorter toute ta classe.

- Tu connais pas les tarifs. Enfin, merci.

- Tu me d�go�tes.

- Comment cela a pu arriver?

Qu'est-ce qu'on lui a fait?

- Dis, �a va pas le d�ranger?

- Gabriel sera ravi, il aura l'impression d'avoir deux filles.

C'est son r�ve.

- Ben, c'est pas le mien, il sera d��u.

- Tout �a, c'est des mots.

- C'est bien arrang� chez toi. - C'est Gabriel.

- Ah, dis, je sais faire la paella.

- Ah bon.

- J'ai un peu d'argent, on partagera la bouffe.

- O.K. Puis on va en gagner.

Je suis repass�e au studio, �a marche.

- Quand? - On a une s�ance jeudi.

- Dis, je plaque le lyc�e ou je tente le bac?

- Plaque! Dans la musique, �a sert � rien le bac.

Plaque le bac.

- �coute, c'est pas possible, ils touchent � tout.

- Pour une fois qu'ils viennent ici.

- Non!

- Non, pas trop.

J'avais envie de te voir,

- Lutte, Suzanne, il le faut.

- Il faut pouvoir.

- Bien s�r, tu as de la force pour dix.

Pour les enfants, moi, tu aurais pu garder l'autre.

- Non. - Si je pouvais vous nourrir.

Je travaille, mais je sais pas gagner d'argent, c'est �a.

- Pauline a quitt� ses parents. - Ses portraits �taient loup�s.

Elle est trop ent�t�e ou c'est moi qui la fuis.

Elle est gentille,

mais il n'y a plus de concession possible.

- Elle m'a beaucoup aid�e.

Mais c'est toi que je voudrais sentir.

Tu veux pas faire un tour avec nous?

- Non, il y a trop de mis�re dans les regards.

- Tais-toi, J�r�me.

Moi aussi, je suis fatigu�e, je me sens seule.

�

- Tu n'as plus confiance en moi?

- Je me sens seule, pauvre et muette, j'ai trop pleur�.

- Suzanne...

- Je vais encore essayer.

J'ai trouv� un petit travail,

je tricote pour une boutique. - Tu es courageuse.

- Je vais les promener.

- Faut que je tire des photos d'amateurs.

Avant 6h, des horreurs.

- A plus tard, alors.

- Suzanne.

Faut me pardonner.

- Pourquoi, � qui la faute? Puis je comprends rien.

- Cha...

Chab doo wap Chabada badoo wap

- �a va, les choeurs. �a tourne?

Ils commencent un rock'n'roll.

- Oh, baby, tu me colles comme un chewing-gum

- Chab doo wap Chabada badoo wap

- Le rock'n'roll, c'est une affaire d'hommes

- Chab doo wap Chabada badoo wap

- Va faire tes bulles plus loin Laisse-moi chanter avec mes copains

Allez, tapez dans vos mains - Yeah, yeah, yeah

Tapez dans vos mains...

- Non, �a va pas les choeurs! Bonjour, mesdemoiselles.

- Gabriel, dis bonsoir de ta belle voix grave.

- Ah, tr�s dr�le.

Bon, on reprend.

- Oh, baby, tu colles comme un chewing-gum

- Chab doo wap Chabada badoo wap

- Le rock'n'roll...

- Marie!

Dis, j'ai fait ma premi�re s�ance de "badaba", �a y est.

J'ai gagn� de l'argent.

- Formidable. - Allez, on va f�ter �a.

Je t'offre des g�teaux ou des bonbons? Comme tu pr�f�res.

- Rien. - Tu veux rien?

- Tu veux pas? - �a m'�tonne.

Au fait, j'ai vu que la boutique �tait ferm�e.

- Je vais y passer.

On va passer derri�re.

C'est ferm�.

Il faut la cl�!

- T'affole pas, s'il dort, laisse-le.

- Tu peux essayer de passer par la fen�tre?

- Ouais.

La fen�tre est ferm�e!

- Ben, casse le carreau.

- Tu crois? - Oui, vas-y.

Elle casse le carreau.

- Qu'est-ce qui se passe?

- J'ai pas la cl�.

- Moi non plus.

- Il est l�.

- Eh ben quoi?

- Il s'est pendu.

- Non...

- Pendu?

Vous avez dit pendu?

Il faut appeler les pompiers, la police, vite.

- C'est bien lui.

- Dites aux pompiers de le d�crocher.

- Je vais vous raconter l'histoire d'un petit chat

et d'un nounours qui �tait bleu.

Ils s'�taient rencontr�s dans la rue.

Ils ont d�cid� d'aller au parc Montsouris faire du man�ge.

- Il aura �t� malheureux jusqu'au bout.

Il disait toujours que c'�tait mieux d'�tre incin�r�.

Il a m�me pas eu �a.

Je suis �coeur�e.

�coeur�e

Qu'est-ce qu'on va faire?

- Arr�te Suzanne, allez, on s'en va.

- Ma pauvre dame...

Il �tait si gentil, M. J�r�me.

- Merci d'�tre venue.

Le b�b� pleure. - Qu'allez-vous faire?

- Je vais retourner � la campagne chez mes parents.

Puis on verra.

- Ce drame, qui avait scell� l'amiti� des deux amies,

les s�parait brusquement.

Suzanne prit le train, elle fuyait Paris et la veuve de J�r�me

qui voulait lui mettre sur le dos le loyer de la galerie.

Elle arriva pr�s de Soissons chez ses parents

qui accueillirent mal cette fille perdue,

cette fille m�re.

Elle ne savait o� aller, elle resta.

Ensuite, elle eut le temps de pleurer.

Quant � Pauline, choqu�e par la mort de J�r�me,

elle pleurait.

Le malheur de Suzanne se confondait avec l'angoisse g�n�rale

que Pauline d�couvrait sur tous les visages.

Elle chantait, elle changeait.

Ses parents lui donn�rent un peu d'argent pour s'installer.

Elle afficha une carte du Soissonais

dans l'espoir d'y lire le nom du village de Suzanne.

Puis le temps passa.

Dix ans plus tard,

Suzanne et Pauline suivaient de pr�s

le proc�s d'une fille de seize ans qui avait avort�.

Les militants qui luttaient

contre la loi punissant l'avortement

�taient venus devant le tribunal de Bobigny o� avait lieu le proc�s.

C'�tait en octobre 1972, la jeune fille fut acquitt�e,

ce fut le d�but d'une s�rie de r�formes.

- LIBEREZ MARIE-CLAIRE! LIBEREZ MARIE-CLAIRE!

NOUS AVONS AVORT�, JUGEZ-NOUS!

NOUS AVONS AVORT�, JUGEZ-NOUS!

NOUS AVONS AVORT�, JUGEZ-NOUS!

- Je vous dis que j'ai ma carte, �a sert � quoi?

- C'est � huis clos, madame. - A huis clos...

Laissez-moi passer! - Vous ne pouvez pas entrer, madame.

- C'est Gis�le Halimi. Gis�le!

- Laissez-les entrer.

- On a des ordres. - Le jugement doit �tre public.

Venez, le jugement doit �tre public.

Brouhaha

Guitare et harmonica

- Ce n'est pas plus papa Que le pape ou le roi

Le juge ou le docteur

Ou le l�gislateur

Qui me feront la loi

Biologie n'est pas destin La voix de papa ne vaut plus rien

Mon corps est � moi

Et c'est moi qui sais

Si je veux ou pas

Mettre bas

Faire en ce bas monde

Des enfants ou pas

�tre plate ou ronde

J'ai le choix

Mon corps est � moi

Mon corps est � moi

Air � la guitare

Ce que vous f�tes Vierges ou putes

Mater dolorosa..

ou Marie-couche-toi-l�

Quoi qu'on ait dit Souvent m�dit

On vous v�n�re, on vous culbute

- Pauline! - Je vous salue les Marie

- Pauline!

- Oh, Suzanne!

Marie, comme tu es grande.

Je crois toujours que tu es une petite fille.

�a fait dix ans. - Oui, Marie a 13 ans.

- D�j� dans la rue? Bravo.

- C'est moi qui l'ai emmen�e, il y avait une r�union du Planning.

- Et Mathieu, il a 10 ans? -11.

Il est tr�s beau. - Enfin, pas mal.

- Tu n'as pas chang�. - Toi si, en mieux.

Je vais te pr�senter Darius. Darius, viens saluer Suzanne.

Je t'en ai parl�.

- Ah oui, bonjour.

- Darius est iranien. - C'est Marie.

- Bonjour, Marie. - Salut.

- A chaque fois qu'il m'arrivait quelque chose,

j'avais envie de te voir. - Moi aussi.

Je m'imaginais en train de te raconter.

- On ne se quitte plus. - Tu crois?

J'habite � Hy�res, et vous? - T�h�ran.

Mais � Paris depuis 6 mois. - Depuis 3 avec moi.

- On reprend le train ce soir.

Mathieu rentre demain, il peut pas rester seul.

- Mais on n'a rien commenc� � se dire.

- En plus, on reprend l'assembl�e dans un moment.

- Une fois, Pomme s'est mise a parler de vous.

C'�tait si pr�cis, si r�el, j'ai cru que vous alliez appara�tre.

- Comment vous vous �tes connus, o� �a?

Quand?

- J'avortais par hasard, � 20 m�tres de lui.

- On s'est connus � Amsterdam. - Puis � Paris, par hasard.

- Et toi, t'es mari�e, seule?

- Non, pas mari�e.

On s'entend bien avec les enfants.

J'ai eu une liaison, mais �a convenait pas.

- J'ai connu �a. - Et toi, qu'est-ce que tu fais?

Coups de klaxon - J'ai mille choses � te raconter.

- Montez! - Maintenant que tu es l�.

- �a se bouscule au portillon. - On va s'�crire?

- Oui, des longues lettres.

Le bus d�marre.

- On va tout faire pour se revoir. - Je t'�cris au Planning.

- Suzanne pensait � Pauline devenue Pomme.

Elle voulait lui raconter sa vie, comme si elle le lui devait

� cause de ce drame lointain.

Suzanne raconte:

- J'�tais si �mue tout � l'heure, je ne trouvais pas mes mots.

Tout m'est revenu et me voici dix ans plus t�t.

Dans ces ann�es de silence,

d'hiver, de m�chancet�.

Comment raconter ce qui est immobile et glac�?

- Petits, petits, petits, petits, petits...

- Les enfants ne se rendaient compte de rien.

Ils aimaient la vie � la campagne et les animaux.

Marie �tait devenue tr�s joyeuse et Mathieu, costaud.

�a me rassurait.

Moi, je ne sentais rien, je ne voyais rien.

J'�vitais de souffrir, je voulais seulement r�sister.

Survivre, moi et les petits.

- C'est la soupe, ram�ne tes b�tards.

- Mathieu, Marie, venez manger!

Venez, mes ch�ris.

Oh oui, oui, oui, oui...

Allez, mange.

Non?

Oh, regarde Marie, comme elle mange bien.

- Pomme aussi pensait � Suzanne.

Pomme: - J'ai parl�, trop parl�.

Total, je ne sais presque rien de ce qui t'est arriv�.

Je voudrais que tu sois avec moi dans cette camionnette pourrie.

Avec des filles que j'ai connues en 68.

Elles chantaient dans la rue. On a des projets.

L�, on roule vers un gala en grande banlieue nord.

Un gala, tu verrais �a...

- Dadududi taya!

- Ni m�m�re

Ni m�g�re

Ni vip�re

Je suis Pomme, je suis moi

Ni cocotte

Ni popotte

Ni falotte

Je suis Pomme, je suis moi

- Dadududi taya!

- Je suis Pomme

- Pomme, Pomme, Pomme, Pomme, Pomme, Pomme, Pomme, je suis moi

- Pomme, Pomme, Pomme, Pomme, je suis femme, je suis moi

- Je suis femme

Je suis femme

Je suis moi

- Tadududi taya...

Applaudissements

- �a y est, c'est fait, on a gagn� notre vie.

Maintenant 40 bornes � se taper

avant d'�tre dans les bras de mon ch�ri.

- Tu n'as pas sommeil? - Non, pas vraiment.

- C'�tait pas bon? - Mais si, tr�s bon.

- Et tu n'as pas sommeil?

Moi, si. - Je pense � Suzanne.

- Dors et tu r�veras d'elle.

- Je peux pas, on a dix ans de choses � se raconter.

- Tu lui diras tout, m�me nous?

- C'est m�me pas �a.

Suzanne, c'est comme l'amour, mais sans salades.

- Forc�ment, vous vous voyez jamais.

- C'est vrai, on s'est perdues.

Mais c'est simple, on n'a pas besoin d'expliquer le d�luge.

Suzanne et moi, �a va tout seul.

- Tu veux que je sois jaloux

ou je peux dormir? - Dors.

Comment te raconter dix ans en quelques mots?

Par exemple, je t'ai dit: "Darius", "rencontr�", "Amsterdam",

"avort�", "par hasard".

Ce n'est pas assez.

Je voudrais te raconter vraiment ma rencontre avec Darius.

Ce serait bien de pouvoir visiter autre chose que cette cantine.

Vous connaissez Amsterdam? - Un peu.

- On peut visiter les canaux? - Oui, je l'ai d�j� fait.

- Et c'est cher? - Non, je crois pas.

3 florins. - �a fait 5 francs.

- On peut se le permettre, �a vous dit?

Y en a que �a int�resse d'aller visiter les canaux?

Dites-le-moi, on prendra un ticket collectif.

Il para�t que c'est joli.

- T'es d�j� pass�e? - Je suis inscrite pour 2h30.

- T'as pas le trac? - Pas vraiment.

Mais je suis tomb�e dans le panneau.

- Quel panneau?

- Une indigestion, 1/2 heure apr�s avoir pris la pilule.

- Elle est partie avec le gueuleton. - C'�tait m�me pas un gueuleton.

Officiellement, c'est ce jour-l� que j'ai eu

le coup de foudre pour Darius.

Mais ce qui a compt� vraiment, c'est le coup de tendresse

que j'ai eu pour les femmes qui �taient l�.

Je revois leurs yeux.

Je repensais � J�r�me et � toi qui avais connu seule ce moment.

Ah, je cr�nais, bien s�r.

Mais j'�tais vraiment soulag�e d'�tre en groupe.

Et puis c'est l� que j'ai �crit ma premi�re chanson.

J'allais chanter � mon id�e.

Puis pour ces femmes qui �taient ma famille.

On �tait dans le m�me dortoir, dans la m�me gal�re.

Glissant sous les ponts d'Amsterdam

Sur un bateau-mouche hollandaise

Nous, les �clop�es de la baise

Nous, les mamzelles, nous, les madames

Les maladroites et les niaises

Les distraites et les abus�es

On a fait, ne vous en d�plaise

La croisi�re des "nanavort�es"

Des "nanavort�es"

C'est pas romantique le vaporetto

Apr�s la clinique Amsterdam sur eau

Tulipes et v�los

Je m'en souviendrai

En voyant passer les v�los

On a parl� de la pilule

De nos amours au fil de l'eau

De nos enfants, de nos ovules

On a ri, on a d�gois�

Sans avoir peur du ridicule

Sur un bateau, trop pavois�

Baladant des "nanavort�es"

Des "nanavort�es"

Quarante ans ou seize, c'est le m�me lot

Le m�me malaise

Amsterdam sur eau Tulipes et v�los

Je m'en souviendrai

En hollandais

Have a look at your beautiful pictures!

En hollandais

Regardez les photos jolies qui s�chent!

- Oh, c'est pas vrai!

- Oh! L�, l�! T'es chouette. - Non, non.

- Combien �a co�te? - Deux florins.

- Quel culot! - Si vous permettez.

- Pourquoi? - Comme �a, pour "l'avortus".

- "Avortus"?

- En hollandais, c'est l'avortement.

- Mais vous avez pas l'air hollandais.

- Non, je suis iranien.

- Alors, donnez, je vais vous la signer.

"Souvenir d'un 'avortus' pour un Iranien. Pomme. "

Suzanne:

- A cette �poque, je pensais souvent � toi.

A ton �nergie, ta d�brouillardise, et j'ai d�cid� de m'en sortir.

Il fallait gagner de l'argent, apprendre � travailler

avec les moyens du bord.

- Mademoiselle? - Bonjour.

- Merci de me l'avoir amen�e.

- Faudra la rapporter dans 3 semaines.

Vous y arriverez? - Oh oui.

Puis j'aimerais travailler � la petite usine de La Fert�.

Mais faudrait m'aider � faire garder Mathieu.

- Faudra me montrer ces enfants. - Bonjour.

- Mais il faut ouvrir un dossier, vous n'�tes pas en r�gle.

- C'est vrai. Vous voulez rentrer?

Non, on va plut�t aller les voir.

Je me suis jet�e sur vous car je ne savais pas

� qui m'adresser.

Les enfants rient.

Mathieu?

- Tu aurais d� apprendre avant au lieu de courir!

- Tu aurais d� apprendre avant au lieu de courir!

- �a suffit comme �a.

- T'es de son c�t�!?

Oh, arr�te avec ta machine!

- Apr�s l'assistante sociale, les femmes de l'usine m'ont aid�e.

Leur amiti� discr�te,

leurs fous rires dans le travail, je me sentais mieux.

J'�tais accept�e dans la famille des femmes.

J'ai besoin du reste. - Pour quoi faire?

- Pour s'habiller entre autres. - Des b�tises, quoi.

- C'est comme �a.

Mathieu!

Marie, regarde! Regarde, de l'argent, tu as vu?

Regarde, Mathieu, regarde, regarde.

Ma premi�re paye, comme j'�tais fi�re.

�a a �t� le d�but du mieux, je lisais, j'apprenais.

Je voulais �tre secr�taire m�dicale dans le Midi.

Une annonce dans "Nice-Matin" et on s'est retrouv�s � Hy�res,

les enfants au soleil et moi chez un gyn�cologue.

Ensuite, apr�s mai 68,

j'ai cr�� un centre du planning.

Je travaille ici � mi-temps.

Mon bureau est coinc� entre la piscine d'hiver

et la piscine d'�t�.

Je voudrais tant te montrer o� je vis.

Te dire qui je suis, te parler.

�crire, je n'ai pas le temps.

Ou alors quelques mots au dos d'une carte.

- Suzanne disait vrai. Malgr� son envie de parler � Pomme,

elle n'�crivit jamais de longues lettres.

Mais elle �tablit avec Pomme un pont a�rien.

Un tranquille dialogue imaginaire ponctu� de cartes postales.

Pomme aussi, tr�s occup�e par les r�p�titions

de sa troupe d'originaux, n'�crivait que des cartes postales.

C'�tait assez son style.

De Pomme � Suzanne, de Suzanne � Pomme,

ce petit trafic postal fut le signe d'une amiti� profonde.

Et un peu inexplicable entre deux femmes si diff�rentes

de caract�re, de go�ts, et de milieu social.

- Bonjour, Edith.

- Bonjour, Suzanne, je suis pas en retard?

- �a va, la maison? - �a va, et toi?

- Oui, �a va.

Et Thierry? - Thierry aussi.

- Bonjour.

- J'aimerais vous parler. - Tout de suite.

- C'est � cette heure-ci que tu ouvres?

- On arrive, on arrive.

Bonjour, c'est pour bient�t? - Trois semaines.

- Et pour les pr�noms? - Fabrice ou Florence.

- Ah, c'est joli.

Clavecin

- Sera-ce un gar�on? Sera-ce une fille?

Sera-ce un quignon? Sera-ce une quille?

Une p�che ou un brugnon? Une prune ou un pruneau?

Quel sera son lot? Quel sera son sort?

Princesse en sabot, oh, oh ou prince consort

Matelot ou matelote Pauvre prolote ou prolo

Sera-t-elle ou t-il Marmotte ou marmot?

Gentille ou gentil Aura-t-il ou t-elle

Ton beau regard si subtil ou ma limpide prunelle?

Sera-ce un gar�on avec sex-appeal?

Sera-ce une fille avec sex-appeal?

J'aimerais tant le savoir J'aimerais tant

le savoir

Il ne faut pas deux femmes enceintes.

- Commence pas.

- C'est mes chansons et je veux pas

qu'on fasse n'importe quoi. - N'importe quoi?

- T'y connais rien. - Je dis ce que je sens.

- Tu parles trop, Pomme.

- Descends-moi.

Je parle trop, d'accord, mais je suis fatigu�e.

Alors, on s'arr�te, on va manger et on reprend apr�s.

- Oh, Darius, tu es arriv�? - Salut � tous.

- A quand la r�p�t', ce soir? - Ce soir, je peux pas.

- Moi non plus. - Bon, ben, c'est foutu.

- Comment �a "foutu"?

Y a qu'� se d�cider.

- Pomme, �coute, on r�p�te, on se cr�ve, on n'est pas pay�s,

moi, ce soir, je me repose.

- Moi aussi, je veux me reposer, et avec Darius.

Un projet, c'est un projet et il faut le faire vivre.

- C'est ton projet, c'est toi la responsable.

Le minist�re m'a dit qu'il �tait � ton nom, alors occupe-t'en.

- D'accord, on r�p�te pas ce soir, j'ai compris.

Sans vrai argent, pas de vrai enthousiasme.

- Oh, tu pousses. - Oh, �a va.

- Et mes costumes, personne dit rien?

- Si, c'est tr�s beau.

�a brille, c'est joli.

C'est bien.

- Bonsoir. - Bonsoir, monsieur.

- Un jus de pomme pour me remettre. - Un Cinzano pour moi.

"Ma grossesse fictive

"se passe bien.

d'un spectacle

"sensas.

"Tu verras �a.

Je vous embrasse... " - J'ai faim.

Et je veux �tre seul avec toi. - J'ai rien � bouffer chez moi.

On peut acheter des trucs.

Et si on faisait un vrai d�ner?

- Qu'est-ce que je peux faire? - D�balle le poulet.

Zut, je devais appeler Favier. - Vas-y, je vais continuer.

- M. Favier, s'il vous pla�t.

Ben, j'attends.

Favier, c'est le type du minist�re.

- Je mets toute la farce? - Oui.

Tu crois que �a va marcher? - Oui, ne t'inqui�te pas.

Et comment on ferme �a? - Je vais m'en occuper.

Oui, M. Favier, s'il vous pla�t.

Oui, c'est Pomme.

Ben alors, j'attends.

8h? Bon, je rappelle.

C'est toujours quand on compte sur eux qu'ils nous font poireauter.

-7 fois 3, 21. 8 fois 3, 24.

8 fois 2, 16. - Marie.

Regarde si le poulet est cuit. - "S'il te pla�t".

- S'il te pla�t, Marie.

- Il n'est pas encore cuit.

- Ben moi, j'ai faim.

- Ben, tu attends.

- Encore trois minutes.

- Le poulet? - Non, le t�l�phone.

- �a sent bon? - Oui, mais j'ai ce coup de fil.

J'esp�re que la tourn�e aura lieu.

Il a l'air hypocrite, ce Favier.

Il trouve l'id�e int�ressante, mais pour qui?

Ils disent n'importe quoi.

Le secr�tariat de M. Favier, s'il vous pla�t.

Bonjour, c'est Pomme, M. Favier est l�?

D'accord, j'attends.

Il parle sur une autre ligne.

Il me pla�t, Darius, il est chouette.

Je m'�pate d'�tre tomb�e amoureuse d'un �conomiste.

Moi qui ai horreur des �conomies.

On s'aime, voil� tout.

D�s qu'on se touche, on est fascin�s.

On ne veut plus se quitter.

Oui, je ne quitte pas.

Quand notre spectacle sera mont�, ce sera la belle vie.

Il travaillera dans une bo�te fran�aise,

on se verra toutes les nuits, il sera l�, amour pr�sent.

Oui, je suis toujours l�.

Bonsoir, c'est Pomme, je viens aux nouvelles.

C'est pas possible, qu'est-ce qu'on va faire?

Je sais, vous �tes pas des m�c�nes, mais vous nous laissez tomber.

Mais vous aimez ce projet, alors, pourquoi?

On peut pas faire appel ou montrer nos r�p�titions?

Vous regrettez? Ben, pas autant que moi.

Non, je ne comprends pas. Au revoir.

Les salauds!

On �tait presque pr�ts.

Maintenant, c'est foutu.

- Pomme, ne pleure pas comme �a, �a sert � rien.

Tu veux que je te dise?

Tu sais ce que �a veut dire "farsi" en iranien?

�a veut dire "perse".

On parle "farsi", de cin�ma "farsi",

de th��tre "farsi" tout est "farsi".

Je consid�re ton plat comme une d�licatesse.

- Je sais cuisiner, mais je sais chanter, bouger.

Mais sans fric, on peut rien faire.

Je vais tout plaquer, j'en ai marre.

- �coute, j'ai une id�e.

Je t'invite, je m'arrangerai pour le charter.

Viens en Iran, c'est loin, c'est beau,

�a te changera les id�es.

Moi, il faut que j'y retourne.

Viens avec moi.

Tu verras, le d�sert, c'est magnifique.

On sera ensemble.

- C'est une id�e. - Alors, tu viens?

Mange.

Pomme raconte:

- C'est comme �a que mon d�part s'est d�cid�.

A cause d'un certain M. Favier du minist�re de la Culture.

Je mastiquais mes marrons, un peu �touffants, les marrons,

et je me suis dit: "Ce coup-l�, Suzanne ne me retrouvera jamais. "

Et puis une fois en Iran,

j'ai eu l'impression de devenir moi-m�me une carte postale

ou la figurante d'un court-m�trage artistique.

- Je ne sais pas.

- �a veut dire quoi "je ne sais pas"?

- C'est comme �a. - C'est comme �a, l'idiotie.

Vous �tes venue ici il y a six mois.

On vous a tout expliqu�, on vous a ordonn� une pilule.

Vous l'avez achet�e? - Oui.

- Et vous ne l'avez pas prise? - Non.

- Alors, vous vouliez un enfant!

- Non, pas du tout. - Pourquoi vous ne l'avez pas prise?

Vous �tes catholique? - Je ne pratique plus.

- Mais �a vous arr�te pour prendre la pilule.

- Peut-�tre.

- Mais on pratique ou on pratique pas!

- Pourquoi tu gueules?

- Je sais, je suis antipathique.

D'ailleurs, ces conversations devraient �tre collectives.

Cette femme ne veut pas prendre la pilule.

- Tu n'as pas � gueuler.

- J'ai horreur de penser qu'il faut gueuler

pour faire avancer les choses. - Alors, ne le fais pas.

C'est pas en donnant aux femmes d'autres ordres

que tu les aideras.

- C'est vrai, mais je suis en col�re et je fais �a depuis des ann�es.

- Alors, arr�te.

De quoi t'as l'air derri�re ton bureau?

Tu milites ou t'es fonctionnaire? Change, les femmes changeront aussi.

- Ben, t'as raison.

Tout � fait raison.

Puis �a me fait du bien que tu me parles comme �a.

Bonsoir.

Bonsoir.

Pomme raconte:

- Je suis loin, c'est merveilleux, et je suis amoureuse.

D�j� six mois que je suis partie, le temps passe vite avec Darius.

Et puis, on s'est install�s. J'ai eu � faire.

L�, on est dans le sud, Darius voyage pour son boulot.

On est aux portes du d�sert, il n'y a pas de cartes postales,

je t'�crirai quand m�me un mot.

Musique orientale

J'ai un dr�le de rapport avec mon corps ici.

A cause de Darius, bien s�r,

et puis loin de tout, on se d�couvre diff�rente.

Parmi ces femmes voil�es, je me sens nue.

Mon corps me devient proche, je suis moi.

Enfin, plus qu'avant.

Et je sens en moi des envies nouvelles

et un peu myst�rieuses.

Ici, j'aime le soleil � la folie.

"Fais-moi un enfant.

Toi, fais-moi un enfant. "

Suzanne raconte:

- J'ai pris l'habitude d'�tre seule.

Quelquefois, �a me p�se.

Surtout depuis que...

Enfin, quand j'ai eu cette liaison avec un officier de marine.

Au d�but, il m'avait plu, un marin.

Il ne s'occupait ni de moi ni des enfants,

mais il m'a secou�e.

Il me sautait dessus et il me sautait bien.

Il naviguait, il allait, il venait.

Puis j'ai compris que les officiers de marine sont des militaires.

Non, ce n'�tait pas un homme pour moi.

D�j� que ce n'est pas facile d'avoir un amant

quand on a deux enfants dans la pi�ce � c�t�,

mais quand m�me, il m'a r�veill�e d'un long sommeil.

Apr�s notre br�ve liaison, je suis devenue une femme,

une femme seule.

Quelle nostalgie du couple, quelle nostalgie...

Il lit un texte en perse.

Elle r�pond.

Applaudissements

Musique orientale

Pomme raconte:

- Voil�, �a m'est arriv�e, je suis mari�e.

�a fait tant plaisir � Darius, d'autant que je suis enceinte.

Moi, �a m'amuse de faire la noce.

Puis il y a du lyrisme dans l'�change des anneaux.

L'odeur du sacr� qui s'ajoute � celle du sperme, �a m'a plu.

- Bonjour, facteur.

Ah, c'est pour moi.

- Oh, c'est pas une carte. - Non, une lettre.

- Il y a quelque chose pour moi? - Il y a une carte.

- Merci.

- "Ma Suzanne, quel trip. "

- Bonjour, Suzanne. - Bonjour, H�l�ne.

- "Le voyage... " - Au revoir.

- Au revoir!

- "C'est l'amour, c'est l'Orient, etc.

"A suivre: pas de carte postale, je suis dans le d�sert.

Votre Pomme tapis volant. "

�

- Vous �crivez? - Bonsoir, Mme Armick.

"Ma Pomme, comme tu es loin.

"Impossible de t'imaginer, vraiment, c'est trop exotique.

"Moi, c'est le mini-tunnel.

Mathieu, fracture de la jambe, j'ai eu peur. "

- Regarde, le saut de l'ange!

- Mathieu!

"J'�tais compl�tement affol�e.

"Mathieu souffrait et moi pour lui.

"Heureusement, il y avait un m�decin � bord.

"Nous sommes all�s � l'h�pital.

"Il avait l'air gentil.

"Un de ces types � chemise ray�e qui font des tas de photos.

L�, quand il a install� Mathieu dans son auto, qu'il m'a parl�... "

- �a va? - J'ai envie de vomir.

- "Je ne sais pas, il s'est pass� quelque chose. "

Je suis Suzanne Galibier, je travaille au Planning.

- Je vous envoie souvent des femmes, je suis p�diatre � Toulon.

- "D�s que j'ai vu son sourire, j'ai eu envie de l'aimer.

"Mais il n'est pas libre, c'est d�j� fini.

D�ception sentimentale. "

- Mme Suzanne! - Corinne.

bien provinciale

"toi qui vis une histoire d'amour au pays des Mille et Une Nuits.

"Enfin, voil�, je t'�cris quelques mots quand m�me.

"Mon coeur est mis � rude �preuve, on en sortira.

On t'embrasse, Suzanne. "

Il est revenu souvent � la maison.

Il venait voir le pl�tre de Mathieu,

il a aussi soign� l'angine de Marie.

Il aurait volontiers soign� ma solitude.

Et si vous changiez de sujet?

Le petit pers�cut� par les femmes, c'est pas plus int�ressant?

- T'inqui�te, je me vengerai.

- Si on te casse les pieds, on te mettra un autre pl�tre.

- Oui... - Il est vraiment sexy comme �a.

- Mon petit bonhomme, va...

Depuis J�r�me, personne ne m'a regard�e comme il le fait,

lui, Pierre Aubanel.

Les enfants l'adorent, mais �a ne va pas.

Je ne veux pas l'aimer, je voudrais qu'on me console.

Pomme:

- "Ma ch�re Suzanne, c'est trop b�te si tu es triste.

"Oublie vite ton m�decin mari� et cherche-toi vite un autre homme.

"�ventuellement, pr�viens-moi par t�l�gramme.

Mille baisers persans, Pomme. "

Je marche dans les rues, il y a le monde des femmes.

( � P

Dans les march�s, dans les hammams.

Puis il y a le monde des hommes.

Dans les rues, dans les caf�s.

Comme si c'�tait deux mondes � part.

L'id�e du couple en prend un rude coup.

Moi-m�me, je me pose des questions.

Je me suis remise � �crire des chansons.

Ici, il faudra �viter de devenir mystique ou g�teuse.

- "Sur les ponts d'Ispahan Djolfa, Khadjou et Djoubi

"Elle a dit quoi, il a dit oui.

"Elle a dit: 'Fais-moi �a, Djolfa. '

"Il a dit: 'Fais-moi tout' � Khadjou

'J'en oublie' � Djoubi"

Quelqu'un vient. C'est toi, amour?

- Oui, c'est moi.

- �a va?

- Hm, hm.

Tu veux de la past�que?

C'est bon.

Tu as fait quelque chose pour d�ner?

- Pas encore, j'avais pas fini mon travail.

- Tu aurais pu.

- J'avais pas fini, je te dis.

- Tes chansons, tu peux les �crire quand je suis � la bo�te.

Tu as le temps.

- Je les �cris quand je les sens, c'est tout.

Oh! L�, l�! Je crois que je suis tomb�e dans le pi�ge.

Dans ma maison de poup�e avec mon ventre en past�que

et mon mari-amant.

Je joue un r�le de midinette qui ne me va pas.

Et lui, l'Iranien lib�ral que j'avais connu en France,

le type ouvert, f�ministe dans son genre,

le m�me Darius en Iran, quand il m'a sentie bien accroch�e,

il est redevenu ce qu'il voulait �tre:

un mari traditionnel.

- Je n'ai pas �pous� une cuisini�re, mais quand m�me...

- �a y �tait, c'�tait foutu.

On en venait aux mots ou aux silences.

- All�, Hassan?

Salam.

En perse

- Et tout en �pluchant la ratatouille locale,

je r�le, je peste, je me sens blous�e.

Un peu abrutie, un peu heureuse.

Et compl�tement troubl�e par ce diable d'enfant

qui me donne des coups de pieds et que nous attendons avec amour.

Je crois que c'est mieux que j'aille accoucher en France.

- Mais il y a de tr�s bons accoucheurs ici.

- Oh, je sais.

C'est pas �a, c'est pour l'ambiance, pour ma m�re.

- Vous attendez depuis longtemps? - Je n'ai pas voulu frapper.

- Une seconde.

Reviens quand tu veux. - Au revoir, madame.

- Suzanne. - Au revoir, Suzanne.

- Son p�re est m�decin et elle n'ose pas lui demander

une ordonnance de pilule. - Vous rentrez?

- Quand j'aurai tout ranger. - On peut faire un tour.

Avant de rentrer.

- Je veux pas d'homme mari�.

Plus jamais.

- Ah, c'est �a. - Oui, c'est �a.

Pour mes enfants, j'ai pay� tr�s cher que leur p�re soit mari�.

- Il ne s'agit pas d'enfants. - Oui, je sais bien.

Moi, je suis libre.

Mais les hommes mari�s, je les ai l�.

- Bonjour, mesdames.

- Moi, je prends celles-l�. - Donc, �a.

- �a va? - Impeccable.

Avec Pierre, on avait fait un pari pour mes premi�res chaussures.

- Quoi? - Oui, apr�s mon pl�tre.

C'est comme une philippine, celui qui y pense en 1er a gagn�.

C'est b�te. - Oui, tu aurais s�rement gagn�.

C'est b�te.

Pourquoi il vient plus � la maison, Pierre?

- Il a beaucoup de travail.

- Pour Suzanne, les choses �taient claires

m�me si c'�tait difficile.

Quant � Pomme, elle ouvrait les yeux.

Elle n'avait vu en Iran qu'un conte d'amour oriental.

Au r�veil, elle habitait un pays impossible

qu'il fallait fuir sur le seul tapis volant possible:

l'avion retour.

Elle voulait voler vers une vie active, d�coiff�e et musicale.

Le danger, c'�tait de s'arr�ter

- Je te fais pas de reproches.

Seulement je ne reviendrai plus, c'est tout.

- On en parlera quand je serai en France.

C'est bien vers le 20?

Pr�viens-moi si �a se pr�cipite, je partirai le 18.

- �a a une dr�le de forme, c'est joli.

- �a te va bien. Regarde, elles font comme �a.

- La caviar � la cuill�re, c'est �a la vie, tu en veux?

- Trop sal�.

Hum...

Les enfants? Venez go�ter.

Ce qu'ils sont beaux.

- Oh, tr�s beaux!

- Tiens.

- C'est pas bon. Fais voir la cape.

Tu me pr�teras la cape?

- Pour aller au camping. - Tu charries.

- On va chez les Tourneaux leur montrer.

- Oui, mais rends. - Non.

- Ne rentrez pas trop tard.

- C'est comme si j'avais rien � te dire ou alors trop.

- Moi, j'ai des choses � te dire.

Si tu n'aimes pas le caviar, moi, je me r�gale.

Puis tu as tr�s bonne mine.

Je suis contente qu'on soit ensemble pour ton premier b�b�.

On va s'amuser.

- Suzanne?

Tu sais, je repense souvent � leurs yeux.

La fa�on dont ils me regardaient dans la cour de J�r�me.

Pendant qu'il y avait ce commissaire qui te parlait.

Je pourrai jamais oublier la t�te de ce flic.

- Moi, si.

Le flic, la cour, les d�tails, j'ai oubli� un peu.

- J�r�me, tu en parles aux enfants? - Pas beaucoup.

Il �tait si peu r�el.

Mais j'aimerais que tu leur dises comme il �tait gentil avec eux.

Marie et Mathieu, ils n'encaissent pas son suicide.

- Tu leur as dit?

- Oui, sans insister sur les d�tails.

- Moi, une fois le choc pass�, j'ai refus� tout �a.

Sa douceur, son angoisse, le fatalisme, le silence.

Apr�s sa mort, je me suis dit: "Faut pas d�raper. "

- Moi, c'est autre chose.

Je l'aimais.

On �tait heureux � notre fa�on.

Le malheur est venu apr�s, quand j'�tais seule sans lui.

J'ai mis des ann�es � faire surface.

Puis avec les hommes, c'�tait pas facile.

Je coin�ais.

Enfin, �a marchait pas trop. - Pendant longtemps?

- Oui.

- Et ton homme mari�, m�decin?

- Pierre? - Hm.

- J'attendrai un homme libre.

Remarque, il t'aurait plu.

Tu le verras s�rement, il est p�diatre.

- On le fera venir en visite ici. - Si tu veux, j'irai me balader.

- Ma m�re, on y coupera pas. Elle veut venir, tu penses.

Depuis qu'elle est seule, elle est un peu... Tu vois?

- Oui.

Darius arrive quand? - Demain.

- T'es contente, alors? - Oui.

Mais il va y avoir du m�lo et j'aime pas �a.

- Peut-�tre pas. Ta m�re le conna�t?

- Pas encore, je vois �a d'ici:

elle va lui parler de ma jeunesse, du faux voyage avec la chorale.

Au fond, j'ai �t� vache avec eux.

Mais je voulais cet argent pour que tu partes en Suisse.

- Je te l'ai jamais dit: j'ai pas �t� en Suisse, finalement.

J�r�me avait vendu un appareil et puis il y avait tes sous.

Quand j'ai vu cette somme d'argent, j'ai pens� au loyer, aux dettes.

J'ai tout r�gl�.

Je me suis fait poser une sonde

rue Saint-S�verin.

- Le mardi, tu as fait comme si tu revenais de Suisse.

- Il fallait bien, c'�tait pas fini pourtant.

Il y a eu des complications.

J'ai d� retourner � l'h�pital.

J'y allais le matin, je laissais les gosses enferm�s.

Il y a eu des complications, je peux plus avoir d'enfant.

- Pierre, il savait �a?

- Oui, je lui avais dit, pourquoi tu me demandes �a?

- Comme �a.

Quel g�chis.

- On avait tellement besoin d'argent, puis je me rappelle plus.

Quand je pense � ce que je t'ai dit tout � l'heure...

Ne pense qu'� ton m�me.

Je suis une sale �go�ste, j'avais envie de parler avec toi,

pleurer avec toi.

- C'est bon de partager, c'est bon.

T'inqui�te pas, on va le faire ensemble, celui-l�.

En s'amusant.

- Comme pour tant de femmes,

l'accouchement fut pour Pomme un grand moment.

Le ventre boulevers�, l'oeil vif et le coeur battant,

elle donna le jour, en plein midi, � un gar�on.

- Donne-le-moi un peu, va t'allonger.

- Tu m'as fait un fils magnifique. - Oui, mon amour.

- C'est un joli nom Parviz.

- C'est le nom de mon p�re. Puis Guillaume pour Pomme.

- En deuxi�me nom, c'est bien, non?

- Oui, il est �patant.

- �patant

Quelqu'un frappe � la porte.

- Entrez!

- Bonjour.

- Bonsoir, docteur. - Bonsoir.

- F�licitations.

Madame.

- �a va? - Monsieur.

- Bonjour, madame. Je suis venu plus t�t que pr�vu.

- Tant mieux, vous allez me dire s'il est r�ussi.

A l'hosto, ils le trouvent plut�t bien.

- �a va, Suzanne? - �a va.

Pomme m'a fait changer de vie. - Moi aussi.

J'ai divorc�.

- Quand? - Hier.

- J'ignore ce qu'il faut dire. - Y a rien � dire.

- Et mon b�b�? - Oui, je vais le regarder � fond.

- Je vous laisse, tu me raconteras.

Au revoir tout le monde.

- Au revoir, Suzanne. - Au revoir.

- C'est trop facile.

Mademoiselle voit un �tranger qui lui pla�t, alors allons-y:

le voyage, le grand jeu, un enfant et le tour est jou�.

- Tu parles bien fran�ais. - Et tu connais aucun mot iranien!

- Pas si fort.

O� voulais-tu que j'aille? Je comprenais rien.

- Ma soeur parlait fran�ais, non?

Mais tu pouvais venir avec moi.

- Je suis venue pour te regarder travailler.

Et moi, pendant ce temps-l�, aucun contact.

J'�tais chanteuse, figure-toi. - Tu en avais marre.

- Oui, le jour o� tu m'as invit�e. - Ne m�lange pas tout.

Ton m�tier et l'enfant n'ont aucun rapport.

Tu m'as pris pour un idiot juste bon � te donner de la semence.

Je n'aime pas �a et �a ne se passera pas comme �a.

C'est moi le chef de famille.

Tu as voulu te marier, tu as voulu un enfant,

je repars en Iran avec lui, tu viens si tu veux, c'est tout!

- C'est tout?

Je viens pas.

Oh, ma boule, tu avais faim?

Le b�b� gazouille.

�a vient, �a vient.

Tiens.

Tu lui trouveras une nourrice.

- Ou bien on va lui donner du biberon.

- Il faut quinze jours pour sevrer un b�b�.

- J'attendrai quinze jours, au point o� j'en suis.

- C'est tellement fort la sensation d'avoir fait un enfant.

Demande � Suzanne. - J'�tais l� � l'accouchement.

- Oui, mais avec ton air paniqu�, tu m'as pas aid�e.

Enfin, j'�tais heureuse que tu sois l�.

C'est violent une naissance.

On a l'impression que le b�b� est � soi.

Maintenant si tu veux l'emmener, sois le chef.

Sois responsable.

D�cide.

- J'aime cet enfant autant que je t'aime.

- J'aime cet enfant autant que je t'aime.

- Alors, qu'est-ce qu'on va faire?

- Je sais pas.

J'ai une id�e, une id�e formidable:

tu me fais un autre petit, comme �a, on en a un chacun.

- Mais comment?

Quand?

Tu es folle?

Je dois partir dans une semaine, deux au plus tard.

- �a fait rien, reste un peu.

T'attends que je me remette, que je me repose.

Puis tout doucement, tu me refais un petit.

- C'est fou, �a.

C'est fou.

�a marche pas.

J'ai jamais vu �a. C'est marginal encore une fois.

C'est... utopique. - Penses-y.

- Ce serait mieux que tu viennes en Iran.

- Non, �a, c'est fini.

Non, les fausses images, les clich�s...

Non, c'est fini.

Si tu m'aimes un peu,

on fait �a: un enfant chacun.

- Tu es folle.

- Non. Je suis r�aliste pour une fois.

- Peut-�tre, au fond...

- Vous venez?

- Pr�te-le-moi un peu.

Il est p�lot. - C'est pas �a, c'est l'ensemble.

- Si vous changez d'avis, dis-le-moi, �cris-moi.

- Bien s�r.

- Quoi encore?

- Je sais pas o� je vais.

J'aime pas quitter, ni toi ni Suzanne.

- Mais je vais rester trois mois, c'est d�cid�.

- Vous allez �tre bien seuls tous les trois.

- Ce sera notre feu d'artifice, le bouquet final.

- Arr�te ton m�lo, tiens.

- Je fais ce que je peux. Je peux peu, mais j'essaye.

J'ai retrouv� mes copines. Les filles avec qui j'avais chant�.

On va d�j� reprendre notre chanson choc, "Une Cocotte",

mais autrement.

- Je suis femme

Je suis moi

- Ni d�esse - Tadadam...

- Ni diablesse - Tadadam...

- Ni faiblesse - Tadadam...

- Je suis femme - Padam padam...

- Je suis moi - Tadadam...

Ni f�tiche

Ni boniche

Ni potiche

Je suis femme

Je suis moi

- Je suis moi

Je suis femme

Je suis moi

Un b�b� gazouille.

D�s que vous �tes partis, je vais habiter chez les filles du groupe.

Ma vie, ce sera plein air et musique.

- Tu parles de tout �a si calmement.

- Bien s�r, tu vas me faire un autre petit.

- Pas si vite, c'est pas encore fait.

- Si, je le sens, m�me que ce sera une fille.

- Je t'aime.

- Moi aussi, je t'aime.

M�me si on est le plus beau loupage du si�cle.

- Et Darius repartit pour l'Iran avec l'enfant qui avait cinq mois.

De Roissy, Pomme, en pleurs, envoya une carte postale � Suzanne.

Voix de Pomme:

- "C'est fini, adieu soleil.

"J'ai perdu un homme et un enfant, je vais faire au mieux.

"On part en tourn�e, je suis enceinte.

Je suis heureuse et malheureuse, Pomme. "

- Ni d�esse

- D�esse, d�esse! - Ni diablesse

- Chibidibidap toudiya!

- Ni faiblesse

- Chibidibidap toudiya!

- Je suis femme

Je suis moi

- Moi...

- Ni f�tiche

- F�tiche, f�tiche!

- Ni boniche

- Chibidibidap toudiya!

- Ni potiche

- Chibidibidap toudiya!

- Je suis femme - Femme...

- Je suis moi

- Moi...

- Bravo!

- Venez tous nous �couter ce soir

� la salle des f�tes, � 21h.

- Oh�, je vous ai fait un bon petit feu!

- Dis m�m�, �a te d�rangerait de te pencher sur le probl�me?

- J'ai pas le moral, puis j'y connais rien en bagnole.

- Tu crois qu'on est m�canos?

Pomme: - �a commence � bien faire l'hiver,

les pieds gel�s, les salles glac�es.

Enfin, les naus�es, c'est fini.

Je me r�jouis des jours qui rallongent.

On travaille bien, on s'entend bien avec Les Orchid�es.

C'est la belle vie.

Suzanne: - C'est bizarre quand on est seul.

Heureux ou pas, on a les m�mes gestes.

Mais je suis tr�s heureuse, j'ai revu Pierre Aubanel.

Je pense � lui en buvant mon caf�,

entre la piscine du matin et le foyer de l'apr�s-midi.

Je suis seule � midi.

Les enfants mangent � l'�cole, lui, il reste � Toulon.

Je suis calme, je r�vasse.

Quel d�licieux mois de mars.

Quelqu'un joue de la fl�te traversi�re.

- Oh�! Oh�! Pouvez-vous m'emmener?

- Bonjour petit, comment tu t'appelles?

- Zorro.

- Zorro? C'est un beau nom.

- Allez, hop!

- Tu viens avec nous?

Alors, comme �a, la m�re du petit t'a plaqu�?

- Eh oui.

- Tu t'es retrouv� fils p�re, quoi.

- Ouais, ouais, fils p�re.

- Pauvre petite boule, va. - Oh, �a va, �a roule.

- Petite boule de neige.

Ils jouent un air romantique.

- Quand on est presque m�re

Il faut penser pour deux

La grossesse est �ph�m�re

La grossesse est �ph�m�re

Que faut-il faire

pour ne pas d�savantager

une fille d�s son arriv�e?

Que faut-il faire

pour �duquer un gar�on

avant qu'il soit n�?

Quand on est presque m�re

Il faut penser pour deux

La grossesse est �ph�m�re

- Alors il faut... - Prendre le taureau par les cornes

Et la route, borne apr�s borne

- Alors il faut... - Tout inventer sans avoir peur

Qu'on nous flagorne

- Alors il faut...

- Quand on vit au temps de l'atome Bien �duquer les chromosomes

- Alors il faut...

- Les �duquer avant qu'ils deviennent

- Attention... - Des hommes

Quand on est presque m�re

Il faut penser pour deux

La grossesse est �ph�m�re

Applaudissements

- Maman, tu sais pas o� sont les ciseaux?

- Chez moi sur la commode. - Non, pr�s de mon lit.

Tu veux te couper quoi? - T'occupe.

Pour une fois qu'on marie maman. - Ch�ribibi!

Profites-en pour cirer tes souliers.

- Vive la mari�e!

Vive la mari�e!

- Regarde la robe de mari�e l�-bas.

- Partons, on fait pauvres.

- Des mari�s de la main gauche. - Celle du coeur.

- De quoi tu te plains? - On fait artistes, on s'en fout.

- On se fout de tout. - Ah?

- Presque de tout. - Bon, on fait une photo?

- Oh, les photos de groupe, �a fait cloche.

- Et tu es seule? - Oui, et j'ai d�j� un enfant.

J'ai le droit pour celui qui vient. - T'as pas � te justifier.

Tu ne peux pas le garder, point. - Je travaille dans la restauration.

Je suis serveuse, quoi, et j'ai des occasions.

- Et l'occasion de prendre la pilule?

- Quand j'aurai coul� celui-l�.

- On dit "couler" chez toi? - Oui, couler.

- Bonjour.

J'ai besoin que tu me signes un papier.

- Je reviens tout de suite, puis Elise est l�.

- C'�tait bien le mariage?

- Extra, vite fait, bien fait.

Mais maman a pris son pied.

- Vous avez fait la fiesta? - Non, pas de flonflons bourgeois.

On a �cout� des disques, on a fait un Scrabble.

Vraiment cool. - Anne, tu viens?

- Pourquoi ils se sont mari�s? - Je sais pas.

Peut-�tre parce qu'il est toubib, alors pour sa client�le...

Moi, je trouve �a... - S'il est sympa, �a va.

- Moi, j'aimerais mieux vivre avec le mec,

mais pas d'enfant avant 25 ans.

- Qu'est-ce que tu fais? On t'attend.

- �a va, les femmes � la barre, c'est pas mon genre.

- M.L.F. vaincra. - Blabla.

- Que tu le veuilles ou non.

Elle joue un air jazz des ann�es 30.

Elles s'accordent.

Elles entonnent une ballade.

- La double journ�e

Pauvres mamans

C'est bien �puisant

Et c'est mal pay�

Friedrich Engels l'avait dit

Dans la famille aujourd'hui

L'homme est le bourgeois et la femme est le prol�tariat

Il avait raison

Papa Engels

Il avait raison

Car � la maison

L'homme est le bourgeois et la femme est le prol�tariat

- On peut d�j� r�fl�chir au probl�me

En parler avec ceux qu'on aime

On peut d�j� y r�vasser

Et puis agir, et puis changer...

- Tu veux boire? J'ai soif.

- Attends, ne bouge pas.

Qu'est-ce qu'il y a?

Marie n'est pas rentr�e, elle a du culot.

- Laisse-la vivre sa vie, elle a besoin de se cacher.

- Je l'ai jamais emp�ch�e de sortir.

- T'es sa m�re, �a suffit � la g�ner. - Je la brime?

Je dois la laisser cavaler � 15 ans?

- Rappelle-toi ce que tu dis sur l'oppression sexuelle des jeunes.

Toi qui dis que les femmes doivent d�cider par elles-m�mes.

- Oui, elle a m�me s�rement trop entendu parler de pilule.

D'ici qu'elle se fasse faire un m�me par provocation.

- Marie est intelligente, laisse-la faire.

- Je suis une emmerdeuse?

- Non, non.

- C'est vrai que tu veux �tre interpr�te de chinois?

- Peut-�tre. - �a d�pend de quoi?

- Oh, je veux jamais d�cider � l'avance, je veux �tre s�re.

- Tu es s�re de toi en ce moment? - Je me m�fie un peu.

Puis c'est un peu trop typique. - Quoi, typique?

- Une fille, un gar�on, la nuit, les bras...

- Tu es f�ministe? - Oui.

- S�rieusement?

- J'�vite de tomber dans vos combines.

- On n'est pas toujours combinards, des fois, on est sinc�res.

- O.K., �a va.

- Toi, �a va? - Moi, �a va.

- T'as peur de quoi? - J'ai peur, tu es content?

- Bref, tu n'as jamais couch� avec un gar�on.

- C'est �a. - Tu veux ou pas?

- Je veux �tre s�re. - Tu es libre, non?

- D�s qu'un gar�on demande � une fille si elle est libre,

�a veut dire si elle veut coucher, y a pas le feu.

- Alors, j'attends. - C'est �a, tu attends.

Air enjou� � la guitare

- Moi, si je suis d'accord

D'enfanter � mon tour

Toi et moi, si un jour

On fait ce corps � corps Cet enfant de l'amour

Ce sera bien, ce sera bon

Nous nous reproduirons

Avec passion

- Mais si pour des raisons

Que je te cache ou non

L'amour que j'ai pour toi

N'a pas de cons�quence Ni d'h�ritier en moi...

C'est que l'amour est suffisant

A nos deux existences d'heureux amants

La, la, la, la...

J'ai le choix

Mon corps est � moi

- Au revoir, Fran�ois!

- Salut, Zorro! - On se reverra.

- A bient�t.

- Au revoir, les filles!

- Ainsi allaient le fleuve et les amis de rencontres.

Ainsi allait la tourn�e.

Pomme �crivait de nouvelles chansons

et allait doucement vers son nouvel enfant.

Elle recevait peu de cartes de Suzanne.

�a lui donnait d'autant envie d'aller la voir.

- C'est Micou.

Jo�lle.

Propos inintelligibles

- On va vous chanter une chanson qui s'appelle "La femme bulle".

Quand on la chante, on s'attache toujours

un faux ventre, sauf celui-l� qui est un vrai.

Un gros ventre,

�a provoque bien s�r des r�actions.

- Ah, que c'est bon d'�tre une bulle

Ah, que c'est beau

d'�tre un ballon

Un atelier de mol�cules

Un bel ovule

Une fabrique de cellules

Un gros poisson

- Ta chanson, tu pourrais aussi la chanter

au mouvement "Laissez-les vivre".

�a donne mauvaise conscience.

- Je dis pas qu'il faut avoir des enfants.

Mais quand on est enceinte, il faut ressentir les choses

sans �couter l'�tat, ou l'�glise, ou les allocations.

Je veux exprimer ce que je ressens � travers des images de femmes.

Ah, que c'est bon

d'�tre un gros r�ve

Ah, que c'est beau

d'�tre un ballon

- Un arbre vert rempli de s�ve

Un pain qui l�ve

Un g�teau de reine avec sa f�ve

Une moisson

Ah, que c'est bon d'�tre une boule

Ah, que c'est beau

d'�tre un ballon

Un ventre duveteux de poule

Un lait qui coule

Une pigeonne qui roucoule

Pour son pigeon

- Ah, que c'est bon d'�tre une femme

Ah, que c'est beau

d'�tre un ballon

Un corps fait de feu et de flamme

Un corps et �me

Un corps paisible, un nid profond

Une chanson...

- Apr�s la f�te, la vie de Suzanne avait repris � la piscine,

au foyer des femmes, et � la maison.

- �a va, Mme Aubanel? - On peut plus vivre sa vie?

- Malgr� les sarcasmes de sa petite gauchiste de fille,

Suzanne se trouvait � l'aise dans le mariage,

qui la reposait de tant d'ann�es en marge des normes sociales.

Puis elle avait cr�� avec Pierre un centre de b�b�s dauphins.

Le mariage, c'�tait aussi un travail commun.

Quant � Pomme,

elle avait accouch� dans la peine et l'exaltation

d'une fille nomm�e Suzanne.

Elle avait repris ses tourn�es avec le groupe Orchid�e.

Ensemble, elles s'occupaient du b�b� et s'en amusaient.

Au fil des routes, Pomme vivait sa vie.

Quand elle avait un amoureux, elle voyait vite

si c'�tait un homme pour elle ou juste un homme.

Vivant en groupe, mais quand m�me seule,

seule avec la petite Suzanne, ce cadeau de Darius.

- On a les g�teaux.

- Deux ans plus tard, c'�tait l'�t�.

Pour la premi�re fois, Suzanne et Pomme se retrouvaient

sans drame, sans naissance, sans panique.

C'�tait les vacances dans une grande maison lou�e.

- Tiens, mange.

- J'aime pas �a.

- On riait, on mangeait, on faisait de la musique.

Puis on regardait les photos anciennes,

on comparait les images, on parlait, on discutait.

Pomme �tait tr�s fi�re de sa petite Suzanne

qui avait plein de tantes et d'oncles � d�faut de p�re.

C'�tait �a la vraie famille.

Et elle r�vait au jour o� Darius viendrait aussi ici en vacances

avec le petit Parviz Guillaume et sans doute une nouvelle �pouse.

Elle �tait toujours aussi optimiste.

- C'est qui, �a? - Papa.

- Marie avait chang�.

Elle avait 17 ans et un amoureux, Th�odore,

qu'elle pr�sentait comme "Th�otim, mon copain intime".

Jo�lle et Micou n'avaient pas chang�.

Fran�ois 1er, retrouv� depuis Bobigny,

vivait avec Doudou.

Il accompagnait les tourn�es de temps en temps.

Zorro, le fils de Fran�ois 2,

normalis� et tondu par l'�cole,

vivait toujours avec son p�re, fils p�re.

Ils ne se quittaient pas aux vacances scolaires.

Marie, elle, allait entrer en terminale

et voulait toujours faire du chinois.

Elle avait aussi un peu envie de devenir photographe,

comme son p�re.

Pomme se sentait bien,

elle aimait la douceur des cr�puscules d'�t�.

Mathieu avait chang�.

Il �tait parfois sauvage ou tr�s confiant avec Pierre

qui �tait l'homme qui convenait � Suzanne.

Il lui confirmait qu'elle avait bien men� sa vie.

Tout allait bien pour eux.

Et puis, elle aimait voir et savoir

que Pomme devenait enfin coh�rente et contente.

Apr�s avoir tant bagarr� contre les autres et elle-m�me.

Leur amiti� allait tr�s bien.

C'est s�r, elles �taient diff�rentes.

L'une chantait, l'autre pas.

Mais elles �taient aussi pareilles.

Elles avaient lutt� pour conqu�rir le bonheur d'�tre femmes.

Peut-�tre leur lutte optimiste pouvait servir � d'autres.

A Marie, par exemple, qui devenait une femme.

Personne ne pensait que ce serait plus facile pour elle,

mais ce serait peut-�tre plus simple, plus clair.

Air � la guitare

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