All language subtitles for Les grandes familles (1958) .24.000. .01.34.17.056. UTF-8 France BDRemux kinozal

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Original subtitles

Voici Noël Schoudler. Commandeur de la Légion d'honneur,

président-directeur général des sucreries de Sonchelles,

président-directeur général des mines de Zoa,

de la banque Schoudler

et de la chaîne de journaux du même nom.

Vice-président du Fonds monétaire international,

où il vient de représenter la France.

Accueilli par le secrétaire d'État aux Finances, venu le saluer

au nom du ministre et lui apporter les condoléances du gouvernement.

Voici Adèle Schoudler, sa femme,

née Adèle de La Monnerie. On trouve déjà un La Monnerie

aux côtés de saint Louis à la bataille de la Mansoura.

La famille s'est illustrée à toutes les générations.

Adèle Schoudler est présidente de la Croix-Rouge française

et chevalier de la Légion d'honneur.

Voici François Schoudler, leur fils.

Ancien élève de l'École polytechnique,

chevalier de la Légion d'honneur, croix de guerre 39-45.

Et sa femme, née Jacqueline de Magnac-Lavalle.

Et voici Jean-Noël Schoudler, le petit-fils.

Il a tout trouvé dans son berceau, y compris la beauté.

Sa nurse est anglaise. La voiture qui l'accompagne aussi.

Voici le doyen de la famille, l'aîné des frères d'Adèle,

Gérard, marquis de La Monnerie. Ambassadeur de France,

officier de la Légion d'honneur, "companion of Michael and George",

chevalier de l'ordre de Léopold et chevalier du Saint-Sépulcre.

Et son frère cadet, Robert de La Monnerie,

général de brigade, commandeur de la Légion d'honneur.

Il a fait, depuis sa sortie de Saint-Cyr, il y a 40 ans,

presque toutes les guerres de la France.

On parle malheureusement de le mettre à la retraite.

Cette jeune fille est Isabelle de La Monnerie. Elle est orpheline.

Elle vit chez les Schoudler. C'est la nièce pauvre.

Et maintenant, les cousins riches.

Les frères Leroy, banque Leroy, courtiers en valeurs mobilières.

Le professeur Émile Lartois, le médecin et l'ami de la famille,

officier de la Légion, membre de l'Académie de médecine,

membre de l'Académie royale de Belgique,

membre de l'Académie royale de Suède,

pas encore membre, hélas, de l'Académie française.

Simon Lachaume, bras droit de Noël Schoudler.

Agrégé de l'Université, ancien professeur d'anglais.

Chacun sait que cela mène à tout.

Lui aussi.

Le cousin Maublanc, Lucien, dit Lulu.

Le fils d'une La Monnerie et d'un certain monsieur Maublanc,

qui lui a légué son éducation déplorable et son immense fortune.

C'est la honte de la famille.

Et maintenant, voici sa gloire :

le grand poète catholique Jean de La Monnerie.

Grand officier de la Légion d'honneur,

membre de l'Académie française, pieusement décédé le 15 mai 1958,

muni des sacrements de l'Église

et de la bénédiction de Sa Sainteté le pape Pie XII.

C'est lui dont on célèbre ce matin en l'église Saint-Honoré d'Eylau

les funérailles officielles.

Fallait-il qu'en ces heures

où le crime et la violence submergent le monde,

fallait-il qu'en ces heures où l'Agneau doit renaître,

fallait-il

qu'un poète rendît son âme à Dieu ?

Ah, nouvelle funeste !

Au-delà de ses proches affligés,

de son pays meurtri,

c'est la chrétienté tout entière

qui demeure frappée de douloureuse stupeur.

Jean de La Monnerie n'est plus.

Devant l'ampleur de ce deuil,

devant l'étendue de cette peine,

comment ne pas évoquer un autre deuil néfaste ?

Une autre peine collective

qu'une grande voix proclama en citant les paroles du prophète ?

"Le roi pleurera,

"le prince sera désolé,

"et les mains tomberont au peuple, de douleur et d'étonnement."

Oui, ce deuil est grand.

Oui, ce mort est glorieux.

A-t-on jamais vu,

conduisant l'un des siens au seuil des ténèbres,

escorte plus auguste,

réunion plus illustre,

assemblée plus puissante ?

Puissance accordée par Celui qui la détient toute,

à quelques-uns de ceux qu'll juge les plus dignes d'en user.

Terrible puissance de la richesse !

On frémit à l'idée de l'emploi qui pourrait en être fait,

si elle ne reposait en des mains éclairées.

Et les grands de ce monde ne doivent pas oublier

l'embarras en lequel Dieu les place.

Le lieu et la circonstance seraient-ils mal choisis

pour glorifier les prestiges de la fortune ? Je ne le pense pas.

Dieu a visiblement protégé cette grande famille.

C'était peut-être pour qu'en vertu

des desseins impénétrables de Sa sainte volonté,

un prince de l'industrie,

un roi de la finance,

veille au destin d'un poète.

Ce destin, trois semaines d'une...

Et n'oublie pas de demander pardon.

...ont suffi à en creuser le tombeau.

Qu'un des plus éminents médecins de ce temps

ait lutté jour et nuit avec une science,

un dévouement, une affection également admirables,

rien n'y a fait.

La mort tenait sa proie.

Excusez-moi, j'avais des rendez-vous d'affaires.

- Quel ignoble individu ! - Il n'a jamais su se conduire.

- Il aurait pu se mettre en habit. - Tu oublies que Jean est là.

S'il n'y était pas, je ne vois pas très bien ce qu'on ferait ici.

...Jean de La Monnerie est aujourd'hui triomphant.

Et ravi d'un si juste triomphe,

je citerai en action de grâce

ces beaux vers, qu'il chanta en des jours exaltants,

et qui le situent tout entier :

"Mon cœur sonne avec vous, cloches des cathédrales

"Cloches de Notre-Dame, de Lourdes et de Lisieux

"Cloches de ma patrie

"Airains de l'espérance

"Cloches de France

"Cloches de Dieu."

* Orgue

Non, laisse, c'est ma tournée.

- Alors, pas trop fatigué ? - Non, ça va.

Un peu abruti. Je ne dors pas en avion, c'est nerveux.

Ce matin, je n'ai même pas eu le temps de t'embrasser,

- mais tu as l'air en forme. - Oh, je le suis.

Plus je travaille, mieux je me porte.

Pendant vos six semaines à New York, je m'en suis payé.

- J'ai fait pas mal de choses. - Pas trop de dégâts ?

Je n'ai pas l'impression.

Parlez-moi de votre voyage.

6 h de conférence par jour, 8 h de préparation,

c'est tout ce qu'on peut en dire.

Jacqueline a parié que vous iriez jusqu'à Wall Street.

- Le bout du pèlerinage. - Eh bien, elle a perdu.

En matière de finance, je suis croyant mais pas bigot.

- Comment va-t-elle ? - Oh, épuisée.

Elle a recommencé le tennis.

Et Jean-Noël ?

Épuisant ! Il est en train de tuer sa troisième nurse.

Le jour, il casse. La nuit, il tousse.

Il tousse ? Depuis combien de temps ?

Depuis une semaine, à peu près.

Et que dit le radiologue ?

Papa, on ne passe pas une radio pour un rhume.

Depuis quand es-tu médecin ? Montre-le à Lartois aujourd'hui.

Et encore, Lartois, ce n'est pas tellement sa spécialité.

Non, il faut voir Lermontier. Mademoiselle !

Appelez le Pr. Lermontier et prenez un rendez-vous pour Jean-Noël.

Pour demain au plus tard.

Dites qu'il s'agit de mon petit-fils, et passez-moi la Bourse.

Je file au journal. Il faut que je voie la mise en page.

Si tu crois que Muller t'aura attendu...

Il ne fait plus grand-chose dans la maison.

Tiens ?

- Une mise en page d'avant-guerre ! Je l'ai mis sur la voie de garage.

Il a d'ailleurs l'air de s'y plaire. Il est à l'âge où l'on débride.

La Bourse, monsieur.

Passez-moi Lachaume.

Schoudler.

Bonjour, mon petit Simon.

Très bien, merci.

Comment a-t-on ouvert ce matin ?

Les mines ?

Bien. Et à part ça, tendance générale ?

Reposez-vous, ma mère, vous êtes debout depuis 7 h.

Je n'ai pas dormi de la nuit. Je n'aime pas savoir Noël en avion.

Je n'ai jamais pu m'habituer.

Mon père, merci. Ce que vous avez dit en chaire m'a bouleversé.

Vous avez eu des mots indulgents...

Ils venaient du cœur. Ils venaient donc aisément.

Vous avez été pour notre malade plus qu'un médecin.

Je l'aimais beaucoup. C'était, je crois, réciproque.

Je déplore que vous n'ayez pu mentionner

- sa pensée dernière, son ultime vœu. - Son ultime vœu ?

Quand il s'est senti mourir, il n'a pas eu un cri, pas une plainte.

Il m'a seulement fait signe d'approcher

et il m'a glissé dans son dernier souffle : "Émile,

"je veux que ce soit toi qui me succèdes à l'Académie."

Sublime désintéressement ! Il est là tout entier.

Et quelle lucidité en ses derniers instants !

Vous ne pourrez plus vous dérober.

- Votre devoir est tout tracé. - Le croyez-vous vraiment ?

Voyons, mon ami, le vœu d'un mourant !

Évidemment.

Évidemment, vu sous cet angle.

Ah, ma pauvre Adèle !

J'ai cru ne pas tenir jusqu'ici. La colère m'étouffe.

- Que se passe-t-il ? - Comment ?

Le scandale à l'église ne te suffit pas ? L'horrible voyou !

- Tu sais que Lucien est fou. - Pas fou du tout, au contraire.

La preuve : il sait que de par mes hautes fonctions,

je suis le plus vulnérable. Et c'est moi qu'il vise.

Car c'est moi qu'il vise ! Je parle de l'affreux Maublanc.

Dès qu'il faisait l'acrobate, on disait :

"C'est le cousin de La Monnerie." Ça voulait dire le cousin de Jean.

Maintenant, ça voudra dire le mien, car désormais,

ce saligaud va devenir mon cousin à part entière.

Depuis la mort de Jean, je suis le plus célèbre de la famille.

Tout au moins le plus ancien.

- Vous semblez énervé, Robert. - Ça vous étonne ?

Il ne sait pas ?

Au ministère, on veut me mettre à la retraite.

Sans explication. Soi-disant la limite d'âge.

Allons donc !

Comme je vous le dis. Nous sommes menés par des gamins.

Les états de service, les citations, l'expérience, cela ne compte plus.

C'est l'époque du parachute.

Je ne vais pas me jeter de 800 m pour leur faire plaisir.

Je te le défends bien.

Il y a longtemps que l'on paraît avec ce nouveau bandeau ?

Les trois derniers numéros.

J'ai cru inutile de les faire suivre puisque vous rentriez.

Bon, merci.

Mademoiselle !

Rappelez M. Lachaume. Dites-lui que je désire le voir

- avant d'aller au journal. - Bien, monsieur.

Tiens, mais tu n'étais pas à l'enterrement, toi.

- Ça ne va pas ? - Non, oncle Noël, ça ne va pas.

Quand le soulèvement a éclaté, je leur ai dit :

"On en tue 100 000 au hasard. En 24 heures, tout est terminé."

100 000, c'était raisonnable.

* Fracas

- Qu'est-ce que tu as fait ? - Ce n'est rien, madame.

* Propos en anglais

Pense, Adèle, que la semaine dernière encore au ministère...

J'ai vu Isabelle. Elle est souffrante ? Qu'est-ce qu'elle a ?

Rien, rien.

Il ne faudrait pas la faire examiner ?

Rassurez-vous, c'est fait.

Nous parlions d'Isabelle.

Ah oui, petite déficience d'ordre général,

rien d'anormal. Rien de grave.

Noël, tu sais ce qu'on me fait ? Mis à la retraite, mon cher.

J'ai besoin de quelqu'un pour un conseil d'administration délicat.

Un général de division me sera précieux.

Divisionnaire ? Brigadier, oui.

Ces cochons-là me cisaillent ma 3e étoile.

Ah bon ?

Je ne t'ai pas remercié de tout ce que tu as fait pour Jean.

Je lui devais bien ça. Tu sais l'amitié qu'il avait pour moi.

Je répétais ses dernières paroles au père Degrandvillage...

Et tu ne dis rien ? C'est tout l'effet que ça te fait ?

Tu trouves normal qu'on me congédie comme ça ?

Mais non, tu penses bien ! Tu disais donc que Jean...

Oui, ses dernières paroles, tu les ignores probablement.

Il m'a dit dans son dernier souffle...

Tout le monde s'en fout ! 30 ans de campagne,

le marais tonkinois, les chutes de cheval,

si on ne saute pas en parachute, pas d'intérêt ! Au rancart !

Seulement, avec les relations que tu as et les impôts que tu payes...

Oh, mais remarque, je n'ai besoin de personne.

Je les aurai à ma botte quand je voudrai.

Dans son dernier souffle, Jean a dit...

Il m'a dit: "Émile, je te lègue mon fauteuil."

- Lequel? - Mais à l'Académie, voyons !

Et vous êtes combien sur l'affaire ?

Noël, tu ne respectes rien.

Si, l'amitié, et tu le sais bien.

Madame est servie.

Rien de grave, Lartois est toujours optimiste, mais j'ai vu Isabelle.

- Je vous en prie ! - Quoi ?

Mon cher ami, elle est enceinte.

Mon père.

Si Monsieur veut bien me suivre.

Content de vous revoir, Lachaume. Asseyez-vous.

Moi aussi, monsieur. Je suis peut-être en avance ?

C'est moi qui suis en retard, mon beau-frère m'expliquait l'Amérique.

Il n'y a jamais été, c'est sa force.

Bon ! Et nous, quoi de neuf ? La Bourse ?

Zoa a encore baissé d'un point. Les mines, en ce moment...

C'est passager, il faut soutenir. Asseyez-vous.

Votre fils pense qu'on ferait mieux de s'en débarrasser.

Bazarder Zoa ? C'est une idée ! Il en a eu beaucoup comme ça ?

Il serait partisan d'une amélioration des locaux de la banque.

Je lui ai conseillé d'attendre votre retour,

mais je pense qu'il envisage au 1er étage

des transformations assez révolutionnaires...

une architecture... Comment a-t-il dit ? Plus fonctionnelle.

- Fonctionnelle ? - Oui.

Je vous ai fait venir pour parler du journal.

Que se passe-t-il ? C'est quoi, ce nouveau bandeau ?

- Et ce limogeage de Muller ? - C'est... Comment dirais-je ?

Les 1er pas vers ce qu'on pourrait appeler une évolution par paliers.

Depuis peu, au journal, le mot d'ordre est la nouvelle vague.

Ah oui ?

Ce projet comporte d'excellentes idées, François n'est pas sot.

Peut-être un peu trop de vivacité, ou pour employer ses mots,

un peu trop de punch.

- C'est quoi, ce projet ? - Des aménagements de détail.

Une mise en page plus aérée, une page magazine,

une extension de la rubrique sportive.

Je ne tenais pas beaucoup à vous montrer ça, mais...

quelque chose dans ce genre-là.

- Qu'est-ce que c'est ? - Une maquette assez poussée.

- Je vois. - Il y a de bonnes choses.

Au journal, beaucoup sont chauds. François a demandé son avis à tous.

Il aurait pu me demander le mien. Vous ne trouvez pas ?

Après tout, un rajeunissement, je suis le 1er intéressé, non ?

Pendant qu'ils jouent, je ne vais pas apprendre le cerceau.

Bonjour, monsieur. Pas trop fatigué ?

Non, ça va. Et vous ? Content de vous revoir, mon vieux.

Moi aussi, monsieur.

Vous ne trouvez pas ça idiot ?

Non.

Il faudrait un titre qui parle. Avec le mot "poète".

"La Monnerie", ça ferait plaisir à ta mère.

Tu permets ? L'article est de vous, mademoiselle ?

- Oui, monsieur. - Bon. Information capitale, prenez.

Les dernières paroles de Jean de La Monnerie ont été pour le Pr. Lartois.

Il a dit : "Je veux que ce soit vous qui me succédiez à l'Académie."

Faites une sauce autour, du genre testament spirituel.

- L'article est déjà en forme. - On fera passer un encadré.

Là, mademoiselle.

En précisant bien les titres du professeur Lartois.

- Tenez, Muller. - Je m'occupe de ça.

François. Reste, veux-tu ?

Vous voulez me parler du nouveau bandeau ?

Qu'est-ce que vous en pensez ?

Je ne lui reproche rien, mais on change de marque de fabrique.

- L'œil du lecteur s'est habitué. - L'œil s'habitue à tout.

Il y a 20 ans, Picasso faisait hurler, aujourd'hui, on se l'arrache.

Certainement ! Mais si on ne vendait pas plus d'exemplaires

que Picasso ne vend de tableaux...

- À combien a-t-on tiré hier ? - 800 000, monsieur.

Tu saisis la différence ?

Ces lecteurs diminueront si nous restons dans notre formule actuelle.

Tout est désuet, périmé. Les gens n'ont plus le temps de lire.

Il leur faut des titres courts, des photos chocs.

Ce genre-là, par exemple ?

M. François, on vous demande à l'imprimerie.

Passez la communication à Muller.

J'aurais préféré vous en parler le premier, mais...

puisque c'est déjà fait.

Naturellement, ça ne vous plaît pas ?

Dans l'ensemble, non. Certaines idées sont peut-être à garder.

L'éditorial ici, par exemple, ça n'est pas mal.

Mais la page magazine...

Le manque de photos donne au journal son côté rébarbatif.

Parce que tu le trouves rébarbatif ?

Je le trouve emmerdant. Je ne suis pas le seul de cet avis.

Personne ici n'ose vous le dire.

Personne n'ose jamais rien vous dire.

Mais on pense tous qu'on a 10 ans de retard.

Je n'avais pas remarqué.

Pour vous, le journal est une routine,

et vous estimez que tout va bien comme ça.

Puis-je parler franchement ?

Ta question est un peu tardive, mais c'est gentil d'y penser. Vas-y.

Vous vous occupez de trop de choses, papa.

La Bourse, la banque, les sucreries, le journal...

Vous n'avez plus 20 ans. Votre vitalité reste extraordinaire,

mais vous ne pouvez plus avoir l'œil à tout.

Vos activités financières réclament concentration, sang-froid. Parfait !

Mais un journal exige de l'audace, de l'allant.

Du punch.

Parfaitement ! Cette formule attirera 100 000 nouveaux lecteurs.

Et nous en fera perdre par la même occasion 200 000 anciens.

As-tu pensé à ça ?

Demandez aux rédacteurs leur avis.

Je ne dis pas celui de Simon, puisque je connais le vôtre.

Monsieur François, on vous demande au marbre.

Il y va.

Je vois les morasses et je file. Réunion au syndicat, vous venez ?

Pour que tu dises encore que je m'occupe de tout ?

La Bourse, la banque, les sucres et le journal me suffisent.

Je te laisse le syndicat. Allez, va.

Dites-moi, mon petit Simon,

avant de partir, je vous avais laissé certaines directives.

Mais pas la direction, monsieur.

Dans mes affaires, mon fils n'a aucune prépondérance sur vous.

Si, monsieur, une seule. Il s'appelle Schoudler.

Quand il sera patron, il fera ce qu'il voudra.

À partir d'aujourd'hui, vous êtes mon fondé de pouvoir. En titre.

Bien, monsieur.

M. Maublanc demande à être reçu par M. François.

Qu'est-ce qu'il vient faire ici, celui-là ?

- Faites-le monter. - Je vous laisse.

- Vous dînez avec moi. - Ce soir ?

Oui, Rousseau veut mes impressions sur mon voyage à New York.

Dîner avec le ministre des Finances vous amusera plus que moi.

- Certainement. À tout à l'heure. - À tout à l'heure.

Tiens, c'est toi ?

Tu me croyais à la retraite ?

Je l'espérais sans y croire.

Oh ! Excuse-moi, mais depuis que je ne fume plus,

je n'ai plus de cigarettes sur moi.

Mon cher cousin,

je suis positivement enchanté de tomber sur toi.

Ça m'évitera de te faire à domicile ma visite de condoléances.

Crois-tu ?

Ce pauvre Jean !

Quelle perte !

Le général lui-même en était bien frappé.

Je ne l'avais pas vu dans cet état depuis juin 40.

Quand il avait perdu sa cantine.

Toi, par contre, tu as une mine superbe.

Tu rajeunis.

Merci.

François n'est pas là, mais si je peux le remplacer...

Tu peux, tu peux...

Je voulais lui demander un service d'ordre journalistique.

Enfin, il vaut mieux s'adresser au bon Dieu,

si j'ose m'exprimer ainsi.

Le bon Dieu t'écoute.

Bon ! Alors, je n'irai pas par quatre chemins.

Il s'agit de cette jeune personne.

Sylvaine Dual.

Artiste dramatique. Pardon.

Actuellement, au Palais-Royal.

D'ici un an, au Théâtre-Français, bien sûr.

Enfin, si tout va bien.

Bien sûr, je réponds d'elle comme de moi-même.

Intelligente, sensible,

excellente éducation. Et du sens moral.

Je pense bien, elle va même à l'église.

Ah, tu vois.

Enfin, cette petite serait si contente,

si la presse parlait un peu d'elle.

Elle a une générale dans 3 jours, et comme je lui ai dit

qu'on avait des journaux dans la famille... Tu sais ce que c'est.

Non.

Oui, bien sûr. Voilà ce que j'étais venu demander à François.

Dommage que ce soit moi, lui te l'aurait accordé.

Ah oui. Tandis que toi, tu vas me le refuser.

Oui.

Je te le refuse pour deux raisons.

D'abord parce que mon journal n'est pas un claque.

Et parce que ça me permet de te rappeler à certaines convenances.

Merci.

Par notre parenté et l'affection que je te porte,

voilà 30 ans que je supporte tes excentricités.

Celles de ce matin ont passé les bornes.

Qu'est-ce que j'ai fait de mal ?

Cette petite avait envie de voir un grand enterrement.

Bien sûr, toi, tu es blasé. Mais elle...

elle a encore des plaisirs simples.

On ne peut pas lui refuser ça.

D'autant plus qu'amener une jolie femme aux funérailles de Jean,

ce n'était, après tout, qu'un rappel délicat.

Car reconnais que...

entre ses sonnets à sainte Blandine et ses odes à la France,

notre admirable poète prenait le temps d'être un polisson.

Comme toi et moi.

Tu es bien aimable, mais ne t'ayant jamais associé à mes affaires,

ne m'associe pas aux tiennes.

Ce que tu peux être susceptible !

Alors ?

Tu me le rends, ce petit service ?

Non.

C'est tout de même incroyable.

Gérard veut un poste à Rome, tu le lui fais avoir.

Robert a une sale histoire à Saigon, tu arranges le coup.

Canet guigne une charge d'agent de change, tu la lui offres.

C'est pourtant un étranger.

Tout le monde a droit à la munificence Schoudler, sauf moi.

On est pourtant de la même famille.

Nous ne donnons pas le même sens à ce mot.

Ah, voilà ! Nous avons de l'argent tous les deux.

Tu représentes le patronat, moi, le capitalisme.

Nous votons à droite. Toi, c'est pour préserver la famille,

moi, pour écraser l'ouvrier. Dix couples chez toi,

c'est une réception, chez moi, c'est une partouze.

Le lendemain, on a des boutons, toi, c'est le homard, moi, la vérole.

Tiens, même la guerre.

Nous ne l'avons faite ni l'un ni l'autre.

Eh bien, toi, tu représentes le héros de l'intérieur,

et moi, le planqué.

Non, avoue que tout ça est bourré d'injustice.

Cher Lucien, je suis ravi

de t'avoir revu. Si tu veux bien me laisser travailler...

Ah... Travailler!

J'attendais ça.

Le maître mot,

l'explication de tout. 40 ans que tu travailles et que je ne fais rien,

tu gagnes de l'argent et j'en dépense,

tu collectionnes les présidences, et moi, les aventures.

Vous me haïssez parce que je m'amuse.

Vous me haïssez,

et moi, je vous emmerde.

Ça, c'est bien vrai.

Non, mais attends, le coup de ce matin, à l'église,

n'était qu'un hors-d'œuvre.

Je peux faire mieux. Beaucoup mieux.

Jusqu'à ce que vous ayez envie de me tuer.

Seulement, mon cher cousin, si tu fais ça, on te mettra en taule.

Et alors, plus de Légion d'honneur.

Plus de banque, plus de "su-sucre".

Mademoiselle, voulez-vous venir avec un bloc ?

Monsieur veut nous faire ça à l'intimidation.

Prenez.

"Cher monsieur". Ou plutôt non, simplement : "Monsieur".

"Votre projet d'article

"a été soumis à l'examen de notre conseil de rédaction.

"Les documents, fournis par vous

"et que vous trouverez ci-joints,

"ayant été jugés licencieux,

"nous sommes au regret de ne pouvoir donner suite

- "à votre requête. Vous..." - "Vous joindrez les pièces,

"et vous adresserez le tout à M. Lucien Maublanc,

"13, avenue du Parc Monceau."

Bien sûr, mon cher président, bien sûr. Mais quand les industriels

ont, sur la foi d'un programme, investi dans des sociétés mixtes...

Je sais qu'en tant que ministre des Finances, on me rend responsable,

mais la guerre a aussi son mot à dire.

Je vais en parler à Tavernier. Il sait que vous êtes de nos amis.

De nos amis de toujours.

Mais un ami parfois cruel.

Vous avez à Paris-France un caricaturiste qui exagère.

Je sais bien que je ne suis pas très grand, mais...

me représenter sous les traits d'un basset, tout de même...

Nous avons reçu des lettres de protestation, d'ailleurs.

- Non ! - Si. N'est-ce pas, Lachaume ?

Vous avez l'opinion derrière vous, mon cher.

Même mon beau-frère La Monnerie, le général.

Et en ce moment, il ne porte pas les ministres dans son cœur.

Pensez qu'on le met à la retraite sans sa 3e étoile.

- Je trouve ça assez curieux. - Curieux ?

Scandaleux, oui. Inique !

Le général de La Monnerie a des états de service prestigieux.

Disons honorables.

Enfin, si vous avez l'occasion d'en toucher un mot à Tavernier...

Comptez sur moi.

Doit-on réveiller Monsieur à 8 h ?

Mais bien sûr.

Je juge ce qu'il est. Un homme usé,

sans passion, sans enthousiasme.

Le despotisme à ce degré-là, ça devient de la sénilité.

Que veux-tu ? Il a son âge.

Ben, justement, à cet âge-là, on passe la main.

Tiens, quand il a vu ma maquette, crois-tu qu'il a compris ?

Il n'a pas voulu comprendre, l'idée n'était pas de lui.

Tout ce qui ne vient pas de lui est sujet à caution. J'en ai assez.

Je ne me suis pas gêné.

J'ai dit ce que je pensais de ses méthodes, du journal,

- et par la même occasion, j'ai dit... - Tu as dit quoi ?

Tu lui as dit quoi ?

Comme je suppose que vous venez d'écouter...

C'est la 2e fois de la journée. Cet après-midi aussi, je t'ai écouté.

Gentiment, sagement, parce que nous n'étions pas seuls.

Ne me dites pas que Lachaume vous gênait.

Il est gênant devant les étrangers de traiter son fils de morveux.

De morveux.

- Je ne vous permets pas. - Tu n'as rien à me permettre.

Ni au journal ni ici. Pour permettre,

il faut pouvoir interdire, être le patron. Et le patron, c'est moi.

N'oublie pas que tu es le fils Schoudler, c'est tout.

Ce que tu as et ce que tu es, c'est moi qui l'ai payé.

Car j'ai tout paye ! Polytechnique, ta Légion d'honneur et ta femme.

Mon père, je vous en prie.

Quoi ? Je sais que vous vous aimez,

mais Jacqueline de Magnac-Lavalle aurait-elle épousé un balayeur ?

Non ! Comme ta guerre, je ne dis pas que tu ne l'aies pas faite.

- C'est heureux ! - Mais dans un escadron

de fils d'archevêques. Avec des bottes payées par papa.

Ah non, ça suffit !

Ma blessure aussi, c'est vous qui l'avez payée ?

Vous auriez sans doute été prêt à le faire.

Un héros dans la famille, c'était pas du luxe.

Un héros ! Mais il y croit, ma parole !

Si j'avais eu besoin d'un héros, comme tu dis,

j'en aurais fais un plus représentatif,

qui flatte les familles et qui n'emmerde personne. Un faux.

Vous ne trouvez pas cette forme de cynisme un peu écœurante ?

Quand mon fils disait plaisamment que j'étais un homme usé, un sénile,

vous aviez le cœur mieux accroché.

Bonsoir.

J'ai entendu crier. Que se passe-t-il ?

- Rien. - Vous paraissez en colère.

Au fait, qu'est-ce que c'est, cette histoire d'Isabelle ?

Depuis quand est-elle enceinte ?

Un peu plus de deux mois.

- De qui ? - Elle refuse de dire le nom du père.

Un homme marié, paraît-il. Si vous arrivez à en savoir plus...

Oh, ça ne va pas être long.

Qu'est-ce que c'est ?

Qu'est-ce qu'il y a, oncle Noël ?

Isabelle, ta tante vient de me parler.

Te faire faire un enfant, c'est ton affaire.

Que tu le gardes, c'est ton droit, tu es majeure.

Mais j'aimerais savoir qui remercier.

Pourquoi compliquer les choses ?

Il n'est pas libre et ne le sera jamais.

Sa femme refuse le divorce.

Si je veux savoir son nom, je le saurai.

Tu devras me le dire. Alors, débarrasse-t-en.

J'écoute.

Je ne crois pas que ça vous plaise.

Parce qu'en plus, c'est quelqu'un de mon entourage. Pas François ?

C'est François ?

C'est Simon.

Lachaume ?

Oui.

Eh ben, celui-là !

Elle vous l'a dit?

Non, elle est têtue comme une mule.

Aigle-Noir a dit aux Comanches : "Les blancs sont nos amis."

Et puis, il est remonté à cheval.

Pourquoi est-il déjà habillé ? Vous allez chez le radiologue ?

* Propos en anglais

Et qu'est-ce qu'il a fait, l'Aigle-Noir ?

Il a été nommé chef des Indiens, quelque chose comme ça.

Ah, voilà pourquoi vous lui interdisez la télévision.

C'est pour pouvoir lui raconter Aigle-Noir.

Les enfants sont à Chantilly. J'y conduis Jean-Noël.

J'ignore ce qui s'est passé, mais vous avez tort tous les deux.

Faites semblant de vous faire des excuses, et n'en parlons plus.

Je ne suis pas contre des excuses, je suis même prêt à en recevoir.

- Bonjour, monsieur. - Bonjour.

Mon cher Lachaume, afin de rappeler à certaines personnes

que je suis revenu et que ce n'est pas moi qu'on a enterré hier,

j'ai été amené à prendre plusieurs décisions.

Asseyez-vous.

Premièrement, mon fils m'ayant taxe cette nuit de gâtisme et de sénilité,

est suspendu jusqu'à nouvel avis de toute activité dans mes affaires.

Deuxièmement, M. Lucien Maublanc ayant cru bon

de venir railler dans mon propre bureau la puissance Schoudler,

j'ai l'intention de lui en montrer le poids aujourd'hui même.

M. Maublanc semble tenir beaucoup à une jeune personne de théâtre,

qui semble, elle, tenir beaucoup à l'opinion de la presse.

Vous me suivez ?

J'aimerais bien que cette question soit réglée le plus vite possible.

Troisièmement, non contente

de s'être fait faire un enfant, alors qu'elle vit sous mon toit,

Isabelle ne dira pas le nom du mari à qui nous devons ce cadeau.

Ayant la ferme intention de casser les reins à ce monsieur,

je vous charge, et je m'en excuse, de ce petit travail de police.

Bien, monsieur.

Voilà, mon petit Simon. Vous avez du pain sur la planche !

Je vous ai apporté le courrier.

Merci, je vais lire ça.

Monsieur, pour...

pour Isabelle, c'est moi, monsieur.

Vous revenez de loin, Lachaume.

De très loin. Si vous aviez passé la porte sans rien dire,

vous l'auriez passée définitivement, et vous ne l'auriez pas volé.

- Vous êtes marié à l'église ? - Eh oui, monsieur.

Dommage.

Je me demande ce qui vient de vous sauver.

Si c'est la franchise ou l'intelligence.

Allez.

Simon.

Monsieur ?

Tout compte fait,

sans vouloir vous flatter, je crois que c'est l'intelligence.

- C'est ces messieurs. - Faites entrer.

Excusez-moi, j'essayais mon costume de la scène d'amour.

Pourquoi ce coup de fil affolé ?

Mademoiselle Sylvaine Dual, monsieur Simon Lachaume.

C'est moi qui ai pris la liberté de déranger votre impresario.

- Il fallait que je vous voie. - J'aurais pu être occupée.

Monsieur est administrateur de Paris-France et d'hebdomadaires.

Asseyez-vous. Voulez-vous boire quelque chose ?

J'aimerais surtout, mademoiselle, ne pas trop m'attarder ici.

J'ai déjà hésité à vous rendre visite chez M. Maublanc.

- Mais chez Lulu, c'est chez moi. - Très provisoirement.

Il me serait très désagréable que ce monsieur me trouvât chez lui,

l'ayant mis hier à la porte de mon bureau.

- Quoi ? - Oui.

Il m'avait apporté ces photos que je vous restitue.

- Vous ne les trouvez pas bonnes ? - Ravissantes, mais... irrecevables.

D'ailleurs, comme tout ce qui vient de M. Maublanc.

- Mais Lulu m'avait dit... - Cesse de dire Lulu

en parlant de ce saligaud.

Quand je pense à ce qu'il a failli nous coûter. Mon pauvre petit,

mais en couchant avec ce monsieur, sais-tu ce que nous faisions ?

Nous nous mettions la presse à dos. Et à deux jours d'une générale !

Pour les journaux, tu n'étais plus l'admirable actrice que Paris adore.

- Elle a du talent. - C'est sûr.

Mais la maîtresse entretenue d'un maniaque notoire.

Maniaque ?

Il n'a jamais essayé de vous entraîner à des enterrements ?

Si. Enfin, celui de son cousin, le poète.

Et vous le connaissiez, le poète ?

Non.

- Alors ? - Et ce n'était qu'un premier pas.

On n'aurait fait l'amour qu'entre Bagneux et le Père-Lachaise.

Je vous en prie, cher monsieur.

Est-ce pour une jeune comédienne une publicité souhaitable ?

Mais je n'ai rien fait !

Mais bien sûr, mon petit, rien du tout.

Mais vous savez, les gens ont vite fait de broder.

"Dis-moi qui tu fréquentes", "Qui se ressemble s'assemble"...

C'est d'autant plus regrettable, qu'on envisageait,

indépendamment de l'article dans Paris-France,

un reportage très important dans un de nos hebdomadaires.

- Enfin, réfléchissez. - C'est tout réfléchi.

Bon. Alors, je prends celle-ci, au cas où nous tomberions d'accord.

- Mes hommages, mademoiselle. - Je vous accompagne.

C'est drôle. Il avait pourtant l'air normal, Lulu.

Mais nous avons tous l'air normal.

Enfin, téléphonez-moi au plus vite votre décision.

Il a mon numéro et je déjeune chez moi. Par contre...

je dîne seul.

Si vous êtes libre, nous pourrions...

je ne sais pas, bavarder un peu de ce reportage.

Après la répétition peut-être. J'aimerais devenir votre amie.

- Mais bien sûr. - Je vous appellerai.

Je me demande ce que je vais faire avec Maublanc.

Je ne le vois pas avant ce soir, il est à Chantilly.

À Chantilly ? Ça, c'est amusant. J'ai beaucoup d'amis là-bas.

- Vous savez chez qui ? - Un neveu, déjeuner d'affaires.

Merci. À tout à l'heure, au téléphone.

Peut-être à ce soir.

Que tu te sois engueulé avec ton père, je comprends.

Depuis 30 ans, je ne fais que ça.

Que tu fondes ton propre journal aussi, mais une question.

Avec quoi ? Après ce que vous vous êtes dit,

le vieux crocodile n'est pas prêt de te commanditer.

Je n'ai pas l'intention de lui demander.

Ah bon ?

Et un journal coûte moins cher qu'on ne le pense.

Pour le démarrage, combien pensez-vous ?

Moi, tu sais, les chiffres...

500 millions. Jacqueline est prête à faire le tiers de la somme.

J'ai un ami, le fils des huiles Logo, qui m'assure aussi son concours.

Ça nous laisse environ 200 millions à trouver. Ce n'est pas le Pérou.

Et ça permet de se rappeler qu'on a un petit oncle.

Non ! Vous entreriez dans la combinaison ?

J'avoue que je n'y avais pas pensé, mais c'est une très bonne idée.

Excellente ! D'ailleurs, elle est de toi. Mon petit François,

ton père me prend déjà pour un dégénéré, ta mère, pour un fou,

tes oncles, pour un voyou. Ne me prends pas pour un imbécile.

Un commanditaire, ça se ménage.

Ceci dit, ton affaire m'intéresse.

Jusqu'à présent, avec les mines et les sucres,

j'étais bien obligé de jouer avec ton père.

Maintenant, je vais pouvoir jouer contre.

Tu penses, si j'accepte avec joie. Tiens, excuse-moi, mais...

depuis que je ne fume plus...

Et puis un journal peut me rendre de menus services.

Mais rassure-toi,

mes exigences s'arrêteront à la page spectacles.

- Rubrique de la danse, hein ? - Non, à mon âge. Tu plaisantes !

Non, je n'ai pas encore épuisé tous les charmes du théâtre.

Le répertoire est d'une telle richesse.

Qu'est-ce que c'est que ça ?

C'est ton père, non ?

Ah non ! S'il vient reprendre la séance d'hier soir, il tombe mal.

- Nous ne vous attendions pas. - C'est une surprise, hein ?

- Vous venez voir François ? - Oui.

Le voilà.

- Je vous offre à boire ? - Non, je vous en prie.

Si tu me demandes pourquoi Lachaume est ici,

je te répondrai que j'y suis moi-même sur son instigation.

Il ne me gêne pas. Et si de votre côté,

vous demandez pourquoi Lucien est là, je vous le dirai.

Je m'en garde, tu reçois qui tu veux.

Et ton oncle, après tout, c'est normal.

Et je te dirai que j'ai d'autres soucis en tête que Maublanc.

Non, vois-tu, mon petit, il y a du vrai dans ce que tu m'as dit hier.

- Je commence à être fatigué. - Allons donc !

Mais si. À tel point que je viens te demander un conseil.

Ça te fait rire, hein ?

J'ai beau aimer les nouveautés, mettez-vous à ma place.

Eh ben, c'est justement ce que j'allais te proposer.

Au lieu de rester braqués sur nos positions,

nous allons, si tu le veux bien, changer de place.

Tu es mon père, je suis ton fils.

Tu es un vieux tyran.

Mais si, mais si. Moi, je suis un garçon moderne.

Ou, pour employer une expression de mon âge, new look.

Tu me suis ?

Avec une certaine appréhension, mais oui.

Alors, je t'écoute.

Tu sais que je recherche mon indépendance.

C'est le fils qui parle. Que me proposes-tu ?

La direction du journal.

Tu es un excellent père, mais je suis un bon fils.

Comme je sais que tu tiens beaucoup à ce journal,

je refuse. Par délicatesse.

Puisqu'on en est aux délicatesses,

je ne vous propose pas la banque, vous vous y ennuieriez.

Merci.

Mais par contre, si tu me proposais les sucres,

je ne dirais peut-être pas non.

Les sucreries de Sonchelles, tu sais ce que ça représente, j'y ai débuté.

Tu as toujours dit que ça devait être modernisé. Es-tu toujours d'accord ?

Reprenons nos places, voulez-vous ?

Vous m'offrez de faire un stage à Sonchelles ?

Non, non, je t'offre la présidence de l'affaire, tout le groupe.

Mais en quoi consistera cette présidence ?

À ratifier vos décisions ?

Elle consistera en ce que tu voudras. Tu auras carte blanche.

Dès aujourd'hui, si tu acceptes, tu es le patron de Sonchelles.

Non, ce n'est pas sérieux ?

Une affaire de près de 15 milliards, 300 000 actions cotées en Bourse,

dont 125 000 te donnent la majorité, tu appelles ça pas sérieux, toi ?

Je m'y attendais si peu. Si je vous disais qu'il y a 15 minutes,

j'envisageais de fonder un journal avec l'aide de l'oncle Maublanc.

Ce n'est pas une mauvaise idée, mais réfléchis.

- Demain, tu me diras oui ou non. - Inutile, c'est oui tout de suite.

Allons, c'était hier notre première dispute.

Une dispute en 30 ans, ça ne pouvait pas aller bien loin.

Je vais aller annoncer la nouvelle à Jacqueline, et puis tout de même...

- prévenir l'oncle Lucien. - Va.

Jacqueline !

Alors ?

Je l'attends, le polytechnicien, au moment de l'addition.

Quand il faudra venir trouver le vieux.

- Monsieur ? - M. Lachaume pour Mlle Dual.

Elle vous attend. La loge numéro 4.

Merci.

Mais je ne vais pas la tuer, je veux lui parler.

On m'a déjà plaqué, mais d'habitude on me dit pourquoi.

Alors, elle me le dit, et je m'en vais.

Impossible ! Rigoureusement personne d'étranger.

Étranger ! Vous me connaissez.

Depuis six semaines, je suis ici tous les soirs.

- Je ne fais jamais de scandale. - Toujours possible drame jalousie.

Mais je ne suis pas jaloux, je suis curieux.

Si vous ne me croyez pas, venez avec moi.

Répétition, costumes. Personne rentrer rigoureusement.

Allons, mon petit Vlad, sois gentil.

Rigoureusement.

* Insulte en russe

Vos journaux du soir, Monsieur.

Le salaud !

* Klaxon

Nous y sommes.

C'est drôle, je ne voyais pas Sonchelles comme ça.

Ah, mais ça va changer.

Ça va changer très vite. Dans six mois, tu ne reconnaîtras plus rien.

Et ça aura une autre gueule.

Ton père est d'accord sur ce changement de gueule ?

Carte blanche ! Je n'ai accepté qu'à cette condition.

Ça m'étonnerait qu'il abandonne Sonchelles.

Oh, alors là, tu ne connais pas papa.

Il a ses défauts, mais avec lui, quand c'est oui, c'est oui.

Oui.

Attends-moi.

N'aie aucune crainte, je pars.

Monsieur Aubry est maintenant au courant.

Vous devez avoir des choses à vous dire.

- Nous pouvons parler tous les trois. - Non.

Je te laisse le soin de parler. Je me réserve celui de bavarder.

De ce côté-là, j'ai un sérieux retard.

C'est curieux. Pour moi, Sonchelles, c'était un tas d'actions en Bourse.

Et puis un nom sur des boîtes de sucre.

Et je voyais ça plus important.

Oh, mais ça l'est, ça l'est.

Si vous y ajoutez la raffinerie,

3 500 hectares de terres, là, au-dessus,

une ligne de chemin de fer, un port pour les péniches.

Tout ça s'appelle Schoudler.

Ils ont fait la prospérité de la région, le berceau de la famille.

Mon arrière-grand-père était un gros cultivateur dans le pays.

C'est mon grand-père qui a fondé l'usine.

Et mon père y a passé toute sa vie.

Il était debout le matin à 6 h. Ma mère aussi d'ailleurs.

Il y avait 5 domestiques à la maison,

mais elle lui faisait son café et lui nouait sa cravate.

C'était un couple.

Et le matin à 7 h, il était à la porte de l'usine

pour voir si personne n'était en retard.

Il ne s'absentait jamais. Sauf le jeudi et le dimanche,

pour venir me chercher au collège. Après la messe.

Ces jours-là, il ne prenait jamais un repas sans moi.

Et je le vois toujours à table avec sa serviette nouée autour du cou,

mettant du vin rouge dans son potage. Il adorait ça.

C'était un vin de la propriété du grand-père Giraud.

Il était imbuvable, mais pas question d'en changer.

Je crois qu'il était un peu avare, mon père.

François est le premier Schoudler qui sache dépenser l'argent.

Il le dépense bien d'ailleurs.

Vous aussi.

Moi, c'est par la force des choses. Je ne suis pas sûr d'aimer ça.

François doit cette vertu aux La Monnerie.

Oh, ceux-là !

Pas votre belle-mère, une sainte femme, mais les autres...

Les La Monnerie ont flatté la vanité que j'avais à un certain âge,

mais que m'ont-ils apporté ?

Et les Magnac-Lavalle ?

Vous ?

Vous, vous m'avez fait un cadeau inestimable : mon petit-fils.

Je ne vous en ai jamais remerciée.

Entre nous, je l'ai fait un peu pour moi.

Bon. Je vous laisse. Moi, je vais retrouver Jean-Noël.

Allez, au revoir.

Il t'a parlé de moi ?

De ton grand-père.

C'est curieux. Quand il parle de tout ça, il est presque émouvant.

Papa est toujours émouvant quand il parle de son père.

Toi aussi, mon chéri.

Je vais te laisser, je vais aller m'installer.

T'installer ? Et moi ?

Je ne vais pas t'imposer 6 mois d'exil dans ce trou.

Ici, le tennis, le bateau,

- les concours hippiques... - Serais-tu bête ?

J'ai joué au tennis parce que tu y jouais.

J'ai fait du bateau parce que tu en faisais.

Tu deviens bâtisseur, j'entre dans le bâtiment.

C'est logique, non ?

Tu as épousé une femme collante, figure-toi.

Si je comprends bien, mon cher, Isabelle attend un enfant.

Ne pouvant lui faire épouser le père, vous lui cherchez un suppléant.

C'est bien ça ?

Exactement. Mais comme cette décision engage la famille,

je n'ai pas voulu la prendre seul.

Ne serait-il pas souhaitable que ce suppléant appartînt à notre milieu ?

C'est ça. Non seulement un crétin, mais un crétin distingué.

Vous, vous ne voyez personne dans votre entourage ?

Non.

Je ne vois pas.

Je ne cherche pas, tant je trouve cette solution déplaisante.

- Si vous en avez une meilleure... - Oui.

Mais vous savez tous à quoi je fais allusion.

Adèle, je m'étonne, connaissant vos sentiments religieux...

Oh non, Raoul, pas de leçon de morale chrétienne.

Pas vous.

Essayons plutôt d'être cohérents.

Isabelle s'est unie avec un homme en dehors du mariage. 1er péché.

Cet homme étant marié, elle participait donc à un adultère.

Deuxième péché.

Quand elle couchait avec lui, était-ce pour avoir un enfant ?

Non, n'est-ce pas ? Alors, quelle différence

entre refuser un enfant au moment de le concevoir,

et le refuser six semaines plus tard ?

Elle commettra un péché de plus, voilà tout !

Quand on est dans une série...

- Eh ben ! - En un sens, c'est assez cohérent.

Tiens donc ! Vous trouvez cohérent

de préférer la faiseuse d'anges au notaire de famille ?

Et de charger votre nièce d'un crime

alors que vous pouvez lui offrir un sacrement ? Je m'étonne.

- De ce point de vue, il a raison. - Alors qui ?

Que penseriez-vous de notre ami Olivier ?

Olivier ? Il a l'âge de Robert.

- Il ne le paraît pas. - Ah ben, merci !

Et vous ne craignez pas qu'une telle union fasse sourire ?

Pas du tout ! Olivier est certes un peu plus âgé qu'Isabelle,

mais plus riche. On comprendra très bien.

On comprendra moins la mésalliance.

Une La Monnerie même avec tache reste une La Monnerie. Ça compte !

Dans sept mois, ça comptera même double.

En tout cas, moi, je mets un veto formel.

Pas au nom du prestige, j'en ai fait le plein. Mais de la morale.

Je me suis laissé dire qu'Olivier avait eu autrefois des mœurs...

Robert !

Bon. Eh ben, puisque vous êtes tous d'accord

et que je n'y vois pas d'objection, nous lui accordons sa main.

- Il faudrait lui demander... - C'est fait.

- Avoir son approbation à elle. - Ce sera fait.

En somme, que reste-t-il à faire ?

Le mariage. La bénédiction aura lieu dans 3 semaines,

- en l'église St-Pierre de Zurich. - En Suisse ?

L'air y est excellent. Vous n'allez pas me dire le contraire !

Ça, je dois dire, on ne peut pas être plus discret.

Et à la naissance, on sera énigmatique.

Je vous dois combien ?

50 litres de super et le lubrifiant, ça nous fait 5 200.

"Cet après-midi, élection au fauteuil de Jean de La Monnerie.

"Le professeur Lartois, grand favori."

Ça, c'est moins discret.

Enfin, ce cher professeur s'est donné assez de mal.

Pas tant que papa.

Nous n'échapperons pas au dîner triomphal.

Ça, pas question ! Pendant 15 jours, aucune obligation.

M. et Mme François Schoudler sont en vacances.

Des vacances qui vont commencer dans le bureau de ton père.

- Merci, monsieur. - Non, en 5 minutes, tout sera réglé.

Les devis sont établis. Papa n'a plus qu'à dire banco.

Avec quelques félicitations s'il est de bonne humeur.

Une simple visite protocolaire. Merci, ça va.

Monsieur le professeur, ou plutôt, mon cher maître,

vous venez de vivre des minutes inoubliables.

Votre élection a été triomphale. L'unanimité des voix, ou presque.

Oui, presque. Mais je n'aurai pas l'immodestie de douter

que nombre de ces voix ne faisait que rendre, à travers moi,

un émouvant hommage à mon prédécesseur,

le grand poète,

l'inoubliable ami.

Car vous n'ignorez pas l'amitié qui me liait à Jean de La Monnerie.

Amitié dont sa famille continue, d'ailleurs, à m'honorer.

Une famille qui, rappelons-le, compte depuis des siècles

et compte encore, parmi ses membres,

les plus éminents serviteurs de l'État.

L'agréable avec Émile, c'est qu'il renvoie toujours l'ascenseur.

* On frappe à la porte. Ouais.

- M. François vient d'arriver. - Qu'il vienne.

- Je passe à côté ? - Oui.

- Bonjour, papa. - Bonjour.

L'air de Sonchelles te réussit, tu as une mine splendide.

Même tactique. Plus je travaille, mieux je me porte.

Et depuis trois mois, le traitement a été énergique.

Vous avez reçu les rapports ?

- Et les photos des bâtiments ? - Oui, j'ai vu tout ça.

La verrière est en place, le pont roulant a été installé avant hier.

Et mercredi, j'ai inauguré le terrain de football.

- Gros succès. - Bravo.

J'ai l'impression qu'on m'aime bien.

Eh ben, tant mieux.

Je recevrai les centrifugeuses la semaine prochaine.

Ce sont les plus chères, mais c'est ce qui se fait de mieux.

La technique industrielle, tu sais. Je préfère les chiffres.

À propos, sans indiscrétion, comment finances-tu tout ça ?

Augmentation de capital.

Oui, très bien. Et qui souscrit?

Un groupe que vous connaissez bien.

Attention, je suppose que tu ne comptes pas sur moi.

Je ne peux pas souscrire, sinon pour une part infime.

- Mais... - Mais quoi ?

Vous ne parlez pas sérieusement ?

On ne va pas perdre le contrôle de Sonchelles en plein essor.

Alors, ne fais pas d'augmentation.

Comment ? Mais c'est impossible, les travaux sont en cours.

Alors là, mon ami, si tu as été imprudent,

c'est plus grave. Les affaires, c'est comme le livre de la ménagère.

On ne va pas au marché sans avoir l'argent.

J'ai cru que cette augmentation était chose acquise.

Tu as cru ? En affaires, il ne faut pas croire.

Il faut être sûr. Les traites sur l'horizon, ça ne pardonne pas.

Qui a dit d'augmenter le capital ?

Mais j'avais carte blanche.

Raison de plus pour faire attention. D'ailleurs, c'est de ma faute.

Je t'ai cru capable de mener une boîte, et tu t'es conduit en gamin.

Le dernier de mes employés n'aurait pas eu ton raisonnement.

Car je le connais, moi, ton raisonnement.

Papa est derrière, papa arrangera ça et fera l'augmentation.

Papa n'a pas de milliards en prévision de tes coups de génie.

Je vais prévenir Jacqueline que nous restons ici.

- Mais si je peux faire... - Faire quoi ?

Il n'y a qu'une chose à faire. Trouver 800 millions.

Et pour les trouver, il faut vendre. Et peut-être vendre à perte.

Allez, file !

La leçon n'a pas été trop brutale ?

Il vaut mieux que ce soit nous qui la lui donnions.

Avant que la vie ne s'en charge.

Entre, mon cher Noël, entre.

Et laisse-moi te contempler, le plaisir est si rare.

- J'espère que je ne te dérange pas. - Toi ? Jamais.

Je marquerai cette journée d'une pierre blanche.

Un coup de téléphone et une visite le même jour, tu me gâtes trop.

Allez, ça va. Laisse-nous. Je te rappellerai.

Ces Messieurs n'ont besoin de rien ?

Je ne te propose pas à boire, connaissant ta sobriété.

Eh ben, si, figure-toi. Tu vas m'offrir un petit scotch.

Alors, le scotch, Doudou. Le vieux !

Je garde quelques bouteilles pour les grandes occasions,

et c'en est une.

Dis-moi, c'est charmant chez toi.

Je ne te demande pas comment tu te portes, tu es superbe.

J'ai gardé mon teint de jeune fille. C'est le secret de ma réussite.

Ah, mon bon Lucien, j'envie ton existence, tiens !

Moi, je mène une vie de fou.

Nous n'avons même pas le temps de nous voir. Ça doit faire...

- Je ne me souviens même plus. - Moi, je me souviens très bien.

C'était chez ton fils.

- Il va bien, ton fils ? - Très bien.

Justement, je suis venu te parler de lui. Enfin, de Sonchelles.

De Sonchelles ? Tiens !

- C'est François, le président ? - Ah ben, plus que jamais !

Il a même transformé l'affaire.

Il y a des travaux en cours. Certains sont terminés. Tu es au courant ?

Vaguement, oui.

J'ai l'impression que dans les mois à venir, le rendement va doubler.

J'avoue que je n'y croyais guère, mais les chiffres parlent.

Je m'incline. Tu sais que François est un garçon remarquable.

Et cette nouvelle couche, n'a pas fini de nous étonner.

Tu as un gros paquet d'actions dedans. Nos cousins Leroy aussi.

Assez, oui.

Pourquoi ?

Parce que j'envisage prochainement une augmentation de capital.

Ça me paraît une très bonne idée.

Mais ces décisions-là, d'habitude, tu les prends sans me consulter.

Qu'est-ce qui t'arrive ?

Ben...

L'opération s'annonce excellente, je veux t'en faire profiter.

Nous allons porter le capital nominal de 2,5 milliards à 5.

Or tu n'ignores pas que l'affaire vaut au bas mot...

15 milliards. Tu me suis ?

Je te suis très bien.

Tu décides une augmentation,

et comme tu ne peux pas ou tu ne veux pas y souscrire,

tu m'offres tes droits de souscription. C'est bien ça ?

Mais dis-moi, pourquoi ne les vends-tu pas en Bourse ?

Je veux que Sonchelles reste une affaire de famille,

quitte à y perdre un peu d'argent. A ton profit, d'ailleurs.

Et tu m'offrirais quelle quantité ?

Eh ben, mettons 50 000 actions.

Mais dis donc, avec ce que j'ai déjà, tu vas perdre le contrôle.

Avec toi, ça n'a qu'une importance théorique.

Nous n'allons pas nous amuser à jouer les uns contre les autres.

Tu penses !

Eh bien, mais cet investissement me paraît tout à fait excellent.

Malheureusement, mon cher Noël, je te le refuse pour deux raisons.

D'abord, parce que je ne suis pas une entreprise philanthropique.

Ensuite, pour te rappeler à certaines convenances.

Quand on est affligé d'un cousin aussi répugnant que moi,

on s'abstient de lui demander l'aumône.

On s'adresse aux autres, aux avouables.

Aux vertueux.

Aux illustres.

Je suis néanmoins ravi de t'avoir revu.

Maintenant, si tu veux bien me laisser travailler...

Plus j'étais aimable, plus il se méfiait.

Je lui aurais donné la clé du coffre, il aurait cru qu'une bombe y était.

Décidément la bêtise est un placement de père de famille.

Inutile d'acheter de l'or, quand on a du Maublanc.

Le plus drôle c'est que l'affaire est vraiment magnifique.

Et s'il avait dit oui ?

Il ne pouvait pas dire oui, puisque ça venait de moi.

La leçon sera dure pour François, mais voilà ce qui va se passer.

Maublanc va dire partout que je suis en difficulté.

Il attend ça depuis 20 ans.

À la Bourse, il va bazarder ses Sonchelles, et les Leroy vont suivre.

Le cours baissera et on se battra pour vendre.

Canet, vous laisserez filer.

- Jusqu'où ? - À la limite

de l'affolement, y compris François. Vous m'entendez bien ?

On nous croira sans le sou,

et on rachètera les Sonchelles aux 2/3 de leur valeur.

Il fallait qu'on leur rappelle ce qu'est un chef de famille,

comme ça, ce sera chose faite.

"Mon bon Lucien, tu as une mine superbe.

"Mon cher Lucien, j'envie ton existence."

Pour en arriver à quoi, le salaud ? À me taper de 800 millions.

Vous entendez, pour 800 millions, pas un sou de plus, le richissime,

le grandissime Schoudler m'offrait la majorité à Sonchelles.

Il en est là.

À ce prix, il eut été sage d'accepter.

Je me fous de leurs sucreries.

D'ailleurs, de toute façon, je les aurai,

et pour beaucoup moins que ça.

Non seulement les sucreries, mais les journaux et le reste.

Car avant peu, ce saligaud lâchera tout en échange de son passif.

Quand la débâcle est en marche, ça va vite.

Rien n'indique qu'elle le soit. Si ce n'est une impression.

Et tes impressions, Lucien, permets-nous de nous en méfier.

Quand tu as cru que Schoudler était en difficulté sur les potasses,

ça nous a coûté cher.

Aucun rapport !

Vous ne comprenez pas que pour qu'il m'ait demandé un service,

il faut qu'il soit dans le 36e dessous.

Mon cher Lucien, tu as pris ces derniers temps de sévères culottes.

Permets-moi de t'avertir que si tu en prends une sur Sonchelles...

Ruiné, le Schoudler ! Je vous le dis.

Lessivé, raclé, plus rien !

Vous en voulez la preuve ?

- Dites à M. Schoudler de monter. - Qu'est-ce que ça signifie ?

Que le brillant héritier est suspendu à mes basques depuis 2 h,

me suppliant de le dépanner.

Bientôt son père aussi me suppliera.

Ils me supplieront tous.

Entre, mon petit François.

Après notre discussion, j'ai convié mon agent de change, M. Voisard,

afin d'avoir des éclaircissements sur mes propres finances.

M. François Schoudler, mon neveu.

Ce que j'ai refusé à ton père pour des raisons personnelles,

je n'ai aucune raison de te le refuser à toi.

Je n'en ai surtout pas le droit.

Sonchelles est une affaire de famille, elle doit le rester.

Assieds-toi, mon bonhomme, et voyons la situation en face.

Elle est sérieuse, sinon grave.

Je t'avoue que je n'ai pas su leur donner les précisions essentielles.

Tu me connais. Moi, les chiffres...

Tu es en découvert de combien ?

Ah, ça n'est pas vraiment du découvert.

Les installations et le matériel neufs forment un actif certain.

Avec l'augmentation de capital, tout était bien couvert.

Augmentation, hélas, à laquelle ton père n'a pas pu faire face.

C'est bien ça ?

Bon.

Mais admettons que nous soyons en mesure de nous substituer à lui.

De combien s'agit-il ?

Pas tout à fait 900 millions.

Mais si vous pouviez couvrir la moitié,

même le tiers, j'arriverais peut-être à trouver le reste.

Mais le tiers, ça fait 300 millions.

La banque Schoudler n'a pas pu débloquer ça ?

Je ne comprends pas.

J'étais persuadé que papa disposait de plus, d'un volant énorme.

Il a parlé de liquider des valeurs. Il avait l'air atterré.

Pourtant Sonchelles est une affaire très saine.

Allez, va. C'est à nous d'aviser maintenant.

Tu peux dire que tu as de la chance d'avoir un oncle qui t'aime bien.

Alors ?

Vous ne doutez plus de mes impressions ? Vous avez compris ?

Monsieur Berthier, le relevé de notre position Sonchelles.

Je vous le dis, avant un mois, l'hôtel particulier,

les voitures, les meubles, tout sera à vendre.

Ce sera la revanche Maublanc, Car je rachèterai tout.

Rien que pour avoir le plaisir de casser la Rolls

et de pisser sur les coussins du salon.

Vingt ans que j'attends ça.

* Brouhaha

Et la gueule de Lachaume, c'est un coup monté ? Regarde-le.

Passez-moi M. Schoudler chez lui.

S'il vous plaît.

- La Bourse, monsieur. - Oui ?

Maublanc a fait vendre. Les Leroy sont dans le coup.

En coulisses, on s'inquiète. Je vais au journal.

Oui, c'est exactement ce que je craignais.

Nom de Dieu.

Que se passe-t-il ?

On sait dans quelles mains tu nous as mis à Sonchelles.

Et les gens prudents se délestent.

À commencer par la famille.

Maublanc et Leroy ont ouvert le feu. Tu vas voir la suite !

Maublanc joue contre nous ?

Tu croyais qu'il allait nous aider ? Serais-tu idiot ?

François. * La porte claque.

* Brouhaha

Que faites-vous ?

Je brade, je liquide, je solde.

Achète, c'est le moment. J'ai du Sonchelles.

Hier, vous m'aviez promis !

Je serai d'accord avec les Schoudler quand je les verrai morts.

Ils le seront bientôt ! Ils le sont déjà !

Vous lâcherez Sonchelles ! Vous lâcherez vos mines !

Vous lâcherez tout. Tout pour sauver la banque.

Mais vous ne la sauverez pas.

Ce sont les retraits de dépôts qui vous tueront.

Vous serez forcés de fermer les guichets.

Le krach Schoudler !

Vous finirez comme tous les boursiers ruinés.

Le saut par la fenêtre ou la balle dans la tête.

Voilà ma réponse. Tu peux la porter à ton père.

Eh ben, dis donc, il en fait, une tête !

Oui, et ça a été comme ça toute la journée.

- Et les autres ? - Ils sont à table.

Ça se cause plus.

Tout ça ne les empêchera pas de bouffer du caviar.

* Coup de feu

François !

Oh, François... François...

François !

Qu'est-ce qu'il y a ?

* Jacqueline pleure.

Il faut faire quelque chose. Il faut appeler Lartois.

Noël !

* On compose un numéro.

Allô, Lartois ?

Venez tout de suite. Oui, tout de suite ! Pour François.

Un accident.

Non !

Ce n'est pas un accident.

C'est vous qui l'avez tué.

Vous avez joué avec sa vie comme avec vos titres.

Vous voulez jouer avec sa mort, pour pas que ça vous dérange.

Vous voulez la camoufler, la truquer,

pour pas que ça vous gêne demain, en Bourse.

Vous êtes un monstre !

* Jacqueline part en courant.

* Une porte se claque.

"Vous aviez raison, papa, je ne serai jamais

"ce que vous vouliez que je sois.

"Je ne serai jamais à la hauteur de ce que vous espériez.

"Maintenant, je le sais, je suis un raté.

"Je ne le supporte ni pour vous, ni pour moi, ni pour Jacqueline.

"Vous le lui direz, je n'ai pas le courage de le lui dire.

"C'est plus difficile que je ne croyais de mourir.

"Je vous demande pardon à tous.

"François."

Depuis ce matin, les agents de change reçoivent des ordres.

Ils vont liquider les Sonchelles, mais aussi les mines de Zoa.

Toutes les valeurs Schoudler.

Les retraits commencent. Vous savez ce que ça signifie.

Personne ne croit à une mort... accidentelle de François.

Personne.

Tout n'est peut-être pas perdu, mais le sera, si vous n'agissez pas.

Endiguez la panique à la banque, montrez-vous à la Bourse.

Il faut vous battre.

Me battre pour qui ? Pour quoi ?

Il y a longtemps que je ne me battais plus pour moi.

Il y a longtemps que tout ça ne m'intéresse plus.

Je me battais pour lui, pour eux,

pour ce que nous appelions la maison Schoudler.

Je ne peux plus rien perdre.

Vous n'êtes pas seul. Votre maison subsiste, vos affaires continuent.

Vous n'avez pas le droit de renoncer du jour au lendemain, d'interrompre.

Ce n'est pas interrompu, c'est fini.

- Fini. - Bonjour, grand-père.

Bonjour, mon bonhomme.

Quelle heure est-il ?

10 h.

Alors, allons-y. Moi, à la banque. Vous, au journal.

Faites tirer une édition spéciale,

avec en première page le constat de Lartois.

Le voici.

Que ça tombe en Bourse à midi et demi. En même temps que moi.

Allez, maintenant tu vas bien déjeuner, mon bonhomme.

Lâchez cet enfant !

Maman.

* Brouhaha

En tout cas, moi, je vends.

Tiens, voilà Schoudler.

Allons-y.

Quoi ? On ne sait pas où est M. Lachaume ?

Il est parti depuis une demi-heure ?

Non, ça va.

Je prends la Sonchelles !

À 23 000, oui.

À 23 000.

C'est quoi ?

Un bluff pour sauver les meubles. Moi, je continue à vendre.

J'ai ! J'ai de la Sonchelles !

J'AI DE LA SONCHELLES !

"Hier soir, en nettoyant une arme à feu,

"monsieur François Schoudler s'est mortellement blessé au visage.

"Le Pr. Lartois, de l'Académie française, aussitôt appelé,

"n'a pu que constater le décès

"et délivrer le permis d'inhumer."

Je prends la Sonchelles à 23 100.

- T'as vu ? - Et t'as vu combien il a raflé ?

C'est bien joué. C'est l'autre génération. Chapeau !

À 23 200, je prends ! Je prends !

À 23 400 ! 23 400, je prends ! Ouais !

* Brouhaha

- Qu'est-ce qu'on fait ? - Il n'y a qu'à racheter.

Salaud de Lucien !

Je prends la Sonchelles !

À 29 300, je prends la Sonchelles !

Les Leroy rachètent, ça y est. Ils doivent être dans un état...

26.

Nous venons d'apprendre l'affreuse nouvelle.

Nous tenons à t'assurer, dans une telle épreuve,

- que nous sommes avec toi. - Ce pauvre François !

Redis le nom de mon fils, et tu reçois ma main sur la figure.

Soyons calmes. Mon cher Noël, tu ne peux pas nous tenir rigueur

d'avoir exécuté les ordres de notre client.

Ce n'est pas... Ce n'est pas notre faute si Maublanc est fou.

Car il est fou.

Nous avons révisé nos plans, dès que nous avons compris.

Que c'était foutu.

Que vous n'auriez pas la peau du vieux. Vous la vouliez !

Maintenant, j'aurai la vôtre.

Ne travaillant plus pour mon compte, je vais frapper fort.

Plus pour ton compte ?

Non, je succède à mon fils.

Je touche les créances et je règle les comptes.

Avant un mois, la banque Leroy entendra parler de moi.

- Et pour longtemps. - C'est une méprise.

Mon frère et moi ne sommes pas responsables de la mort de ton fils.

Toi non plus. C'est uniquement Maublanc. N'est-ce pas, Raoul ?

J'ai entendu Lucien dire à ton fils :

"Vous finirez comme tous les boursiers ruinés,

"avec une balle dans la tête."

Ah...

Maublanc a dit ça.

Demande à Pierre.

Nous allons peut-être pouvoir nous arranger.

Mais, je vous préviens, ce sera donnant, donnant.

Tu sais très bien que nous te soutenons. Que veux-tu de plus ?

Je veux Maublanc.

Mais mon cher Noël...

- Combien ? - Je ne comprends pas.

Alors, je répète.

Je veux Maublanc. En bloc.

- Combien ? - Mais, Noël, voyons...

Le secret professionnel, l'honnêteté.

Quoi ? Veux-tu répéter ce mot-là ?

Bon.

Si tu en fais une question de principe, une affaire personnelle.

Mais, je te préviens, sans peser ce qu'il a pesé,

Lucien pèse encore lourd.

J'achète.

* Brouhaha

Voisard.

Vous êtes en train de me faire sauter.

- J'exécute les ordres. - Des ordres ?

- Maublanc. - Ah...

Et c'est moi qui passe pour un salaud.

Laissez-moi vous regarder. Vous me faites plaisir, vous me consolez.

Vous bouffez à tous les râteliers ?

Ordures ! Fumiers !

Tu ferais bien de mesurer tes paroles, Lucien.

Tu pouvais te permettre des écarts de langage, tu étais riche.

Il va falloir apprendre à être poli.

Je me suis laissé dire que tu voulais pisser sur mes coussins,

mais je crains qu'il ne te faille y renoncer.

Je le regrette d'autant plus que nous te verrons plus souvent à la maison.

Quand tu viendras me taper de quelques billets.

Pour ta pitance.

Car, fais-moi confiance, je te laisserai de quoi mourir.

Tout juste.

C'est beau, la famille !

Nous revenons de loin.

Oui, assez.

Un instant, j'ai un peu douté de vous, mon petit Simon.

J'ai beau savoir que la fidélité est parfois payante...

Très payante, ça s'appelle du flair.

Ou, si j'ai bonne mémoire, de l'intelligence.

Merci quand même.

Je vous devais tout.

C'est bien ce que je craignais.

Terrible puissance de la richesse !

On frémit à l'idée de l'emploi qui pourrait en être fait,

si elle ne reposait en des mains éclairées.

Mais Dieu pouvait-il protéger cette grande famille ?

Sous-titrage : ECLAIR

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