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HISTOIRE D'AIMER
Récapitulons, tu passe à la banque et tu prends l'argent,
tu passe à l'assurence et tu retires la police, c'est clair ?
- Si c'est Lazzari ou Corsini, tu es là ? - Non. Ca c'était hier !
Aujourd'hui, je n'y suis pas pour la Banque Populaire de Novare,
le Crédit Italien et la Financière Méditerrenéenne.
- Je réponds ? - Laisse-moi faire. Allez, va !
Bonjour. Vous êtes branché sur le répondeur automatique
de l'ingénieur Andrea Sansoni.
L'ingénieur étant momentanément absent, vous êtes prié de laisser votre nom,
votre numéro de téléphone et votre éventuel message.
Attention, parlez après le signal sonore.
- Fulvio ? Fallait dire que c'était toi. - Passe-le-moi.
Tu la rappelleras, Gabriella est sortie.
Elle avait un tas de courses à faire. Rappelle-la plus tard. Ciao !
Il devait me montrer les couleurs de la moquette.
Impossible ma chérie. Tu as un tas de choses à faire.
A propos, après l'assurance, passe chez l'armurier et prends le fusil.
- Mais j'ai pas de port d'armes. - Qu'est-ce que tu en ferais ?
On ne te demande pas de tirer mais de rapporter le fusil.
- Et si je me fais arrêter ? - Quoi ?
- Qui aurait l'idée de t'arrêter ? - Les flics m'arrêtent toujours.
Ils ont raison, tu passes tout le temps au rouge.
C'est arrivé une seule fois et c'était orange.
Ensuite, va chez le notaire et remets-lui cette enveloppe de ma part.
Avec le fusil ?
Non.
- Va chez le notaire en premier. - C'est pas juste.
Pourquoi c'est toi qui va à la chasse et moi qui vais chercher le fusil ?
L'iverse serait prématuré, n'en déplaise à toutes les excitées du genre MLF.
Donne-moi mon café.
Il y a deux gendarmes qui sont là.
- Des gendarmes... Où ça Rosa ? - Comment ça, à la porte ?
- Tiens-moi ça. - Mais qu'est-ce qu'on va faire ?
Je m'y attendais. Ca y est c'est la guerre.
La guerre ?
Oui. Moi contre le ministère des Finances.
Les gendarmes ! Vérification des impôts, contrôle fiscal et tout...
Si tu te défends pas comme un diable, il te persécutent, te harcèlent,
te ruinent, te mettent sur la paille.
Tu n'es pas là ?
Non, à quoi bon ? Je suis là.
Ils reviendraient demain ou même ils camperaient ici.
Récapitulons bien :
ici, nous sommes en location. Les meubles ne nous apparteiennent pas.
On est séparés par consentement mutuel,
et je suis ici de passage pour te payer ta pension alimentaire.
Rosa n'est pas la domestique,
c'est une parente éloignée venue te tenir compagnie.
C'est clair ? Je suis prêt à l'affrontement.
Ce n'est pas monsieur qu'ils viennent voir, c'est madame.
- Ca c'est drôle. - Pourquoi ?
- Qu'est-ce que tu as encore fait ? - Rien du tout, je te jure.
Très bien. Débrouille-toi, j'ai à faire.
S'ils t'arrêtent,
fais-toi d'abord accompagner chez l'armurier et le notaire.
Bonjour messieurs et bravo !
Retirez-lui son permis de consuire sinon je m'en charge.
Au revoir, chérie.
- Sansoni Gabriella ? - Oui, c'est moi.
Madame, veuillez nous suivre.
Comme ça ? En robe d'intérieur ?
- De quoi s'agit-il ? - Je n'en sais rien.
Vous êtes convoquée en urgence au tribunal.
- Prends une pilule. - Pourquoi ? J'en ai déjà pris 12.
Plus tu seras calme, mieux ça vaudra.
Chemin faisant, ma fille, dis une prière à Saint Joseph.
- Il peut m'aider ? - Ca te fera passer le temps, au moins.
Vous avez dû recevoir une lettre de convocation.
Je n'ai pas fait attention.
- Nationalité ? - Italienne.
- Vous jouissez de vos droits civiques ? - Franchelent, je...
Madame, jouissez-vous oui ou non ?
Oui, je jouis.
Enfin, je crois...
"Accusée ou condamnée pour exercice de la prostitution,
"actes obscènes sur la voie publique, exhibitionnisme, ébriété, blasphème,
"incitation à la débauche ou tapage nocturne..."
Vous me prenez vraiment pour un monstre incarné !
Non. Pour Sansoni Gabriella.
Asseyez-vous, je vous prie.
Acceptez-vous d'être jurée ou non ?
- C'est obligatoire ? - Obligatoire.
S'agissant d'une femme, compte-tenu de vos tâches ménagères,
il suffirait d'un certificat médical pour être dispensée.
- Puis-je téléphoner ? - Au docteur ?
Non, à mon mari.
C'est plutôt un ligne intérieure mais peut-être...
Ca marche.
Allô Andrea ? C'est Gabriella.
Tu sais, ce matin les gendarmes ? Devine !
On veut que je sois jurée à un procès. Je dois dire oui ?
Je suis au tribunal dans le bureau du greffier...
- Marcaccini. - Marcaccini, ciao.
Alors, qu'est-ce qu'il a dit ?
- Rien. Il n'était pas à la maison. - Quoi ?
Avec qui vous avez parlé ?
J'ai eu le répondeur mais il va me rappeler.
Quand ?
Je n'en sais rien. Dès qu'il reviendra.
Nous voilà frais ! Ma petite dame, il faut se décider !
Est-ce que vous auriez le journal d'aujourd'hui ?
Pour quoi faire ?
C'est pas que je crois aux horoscopes, mais je suis Bélier ascendant Taureau.
Ce mois-ci, j'ai une influence néfaste de Saturne,
mais si Venus entre en conjonction et annule Saturne,
je serai toute disposée à...
"Consciente de la suprême responsabilité morale et civile
"de la charge qui m'est confiée,
"je jure d'écouter avec attention et d'examiner avec sérénité
"les thèses tant de l'accusation que de défense,
"de former mon intime conviction sans a priori et en toute impartialité
"et surtout de n'avoir en mon fort intérieur au départ
"ni aversion, ni préférence
"afin que la sentence soit bien celle qu'attend la société,
"affirmation de vérité et de justice. Je jure également de garder le secret."
Dites "Je le jure".
- Allons, dites "Je le jure" ! - Je... le jure.
Veuillez mettre votre écharpe.
Allons-y.
- Madame, venez. - Oui, monsieur.
Saint Joseph qui es là-haut, ne me laisse pas au cachot.
Saint Joseph, ça va mal, aide-moi au tribunal.
Patron des condamnés, fais-nous amnistier.
Avocat des malheureux, fais pour le mieux.
Je suis innocente.
Monsieur l'avocat, j'ai une de ces peurs !
Il ne se passera rien aujourd'hui, soyez tranquille.
C'est toujours pour les lendemains que je me fais du mouron.
La Cour ! Veuillez vous lever.
L'audience est ouverte.
Procédure pénale contre Candela Tina.
- Laquelle est présente. - Bien, Maître.
Greffier, lisez les chefs d'accusation.
"En vertu des articles 584, 585, 570, avant-dernier alinéa du Code Pénal,
"comparait ce jour, Candela Tina
"pour avoir dans la nuit du 12 février 1974,
"dans la localité de Fiumara Grande,
"occasionné la mort de son époux, Benacciô Gino,
"lors d'une dispute qui les opposait l'un à l'autre."
- Arrête, je te dis ! - Non !
- C'est à toi d'arrêter ! - Tu vas voir si c'est à moi !
Tu vas voir, ça va mal finir !
Viens ici ! Viens ici !
Mais arrête ! Je vais te tuer !
- Ça va mal finir, viens ici ! - J'en peux plus !
T'entends ? C'est fini ! Cette fois, je ne te pardonne pas, lâche-moi !
Ça, c'est la meilleure, c'est toi qui dois me pardonner !
Trop, c'est trop !
- Lâche-moi ! - Espèce de garce !
- Arrête ! - Salope !
- Je vais te tuer ! - Sale assassin !
Ça, c'est le crime, ça, c'est elle, et ça, c'est le mari.
- Et ça, le mobile du crime. - C'est-à-dire ?
C'est évident, la jalousie. L'impératrice est à côté du diable.
Voilà ce que donnent les tarots pour elle,
mais si nous faisons les tarots pour lui, la victime...
- Tout devient beaucoup plus clair. - Vous trouvez ?
Le diable est tombé de la tour et l'impératrice...
ça fait deux heures que ça dure, cette histoire.
Ça te paraît possible ?
Si elle a tué son mari, elle devait avoir ses raisons.
Et nous devons les trouver ce soir ?
Il y a un procès pour ça, non ?
- Tu vois ce type ? - Le samouraï ?
- Tu sais qui c'est ? - À la voix, je suppose un japonais.
Bravo, c'est un japonais... Regarde-moi ça !
Un japonais... mais c'est le japonais !
Tu sais ce que me vaudra, ce péril jaune ? 15 milliards!
S'il me donne l'exclusivité pour ses ordinateurs,
c'est 15 milliards, nets d'impôt.
Étant donné que je pourrai traiter en dollars,
je fais passer ça en Suisse. Tu m'as compris ? Tiens, voilà.
Si seulement Gabriella... Attends voir.
Monsieur Tanikazi !
Voilà, c'est ça.
- Qu'est-ce qu'il a dit ? - Qu'est-ce que j'en sais !
Peut-être qu'il va faire des tarots électroniques.
Ils ont certains brevets. c'est du solide, t'en as pour la vie.
Tu te souviens des kamikazes qui se precipitaient sur les bateaux ?
Elle m'accapare avec ses tarots et m'empêche de parler affaires.
- Je suis désolée, je ne savais pas. - Tu ne sais jamais rien !
Réfléchis, j'organise une soirée pour coincer le japonais
et tu le distrais avec tes tarots.
Ils voulaient que je parle de mon procès.
C'est toi qui as commencé.
Il s'en est fallu de peu pour que tu mettes ton écharpe tricolore.
Être juré aux assises, c'est pas ordinaire !
Et on parle de la crise de la justice !
Toi jurée !
Une sentimentale qui au cinéma pleure même pour un Mickey.
J'ai pas été choisie, il s'agit d'un tirage au sort.
Je m'en doute. S'ils t'avaient connue, ils fauraient éliminée.
N'empêche que toi qui te moques de ça...
Tu sais ce que disait mon horoscope ?
"Journée favorable, ne manquez pas une grande occasion."
Tu l'as pourtant manquée,
la grande occasion c'était de ne pas y aller.
On aurait pas eu à subir les histoires de madame la jurée
et j'aurais coincé le japonais.
Nagasaki est une très belle ville.
Je voudrais aller à Nagasaki.
À Nagasaki, il y a la mer.
Les habitants sont très gentils.
- Andrea ? - Merci, monsieur.
- Andrea ? - Nagasaki, c'est moi, j'écoute.
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Je voudrais que tu m'expliques.
Ça m'aurait étonné.
À ce train-là, je ne saurai jamais le japonais.
Sois gentil, il y a des mots que je ne comprends pas.
Qu'est-ce que ça veut dire, "homicide par imprudence" ?
C'est simple, chérie, si je te donne un coup de poing,
que tu tombes du lit et que tu succombe: aussitôt,
on me jugera pour homicide par imprudence.
Mais au moins, je dormirai !
Tu vois, Andrea, une chose m'étonne.
Si tu la voyais!
Un joli visage, sympathique.
Elle n'a absolument rien d'un assassin.
Écoutez, Gino, je l'ai pas tué.
On ne tue pas celui qu'on aime.
Et Gino, je l'aimais.
Oui, je l'aimais.
Je l'aimais, lui, mon Gino.
Il m'est apparu dans un nuage de fumée.
Comme Mandrake.
Faut dire que Mandrake, j'en rêvais toutes les nuits.
Pourtant, ça a mal commencé,
vu que plus un homme me plaît, plus je me méfie.
Et lui, il m'a plu tout de suite.
Vous voulez m'accorder cette danse ?
C'est qu'il tiendrait à moi ?
Tu me fais rire !
Oh, ce que c'est drôle !
Tu me fais rire !
- Comme ça, je vous fais rigoler ? - Oui.
Señorita, je vous ai gentiment demande de m'accorder une danse.
Je peux plus m'arrêter.
Je n'y peux rien, vous me faites rigoler !
Ensuite, Monsieur le Président, quand j'ai senti sa main sur mon visage,
ça m'a fait un effet magique
et je suis tombée follement amoureuse de lui.
On a dansé toute la nuit.
Un tango si ardent, si passionné
qu'il m'a demandé si j'étais argentine.
À minuit dans ses bras c'est tout mon corps qui tremble
Et mon amour pour toi à nul autre ressemble
À minuit dans mes bras je sens mon corps qui tremble
Entre ses bras, je ne me Iassais pas de faire les figures les plus chavirées.
Mais lui, il en pouvait plus et soudain, il m'a...
Il m'a mis les mains aux fesses.
Ce fut ainsi qu'il tomba amoureux de moi.
Tu crois pas que tu vas un peu vite ?
Arrête ton cinéma, pas la peine de jouer les mijaurées.
Tu pourrais me faire la cour, tout de même.
Tu vas voir ce que je vais te faire.
- Enlève-moi ces fringues d'andalouse. - Et toi, ôte-moi ces fausses moustaches.
Pas la barbe, elle est vraie ! Pas touche à la barbe !
Non.
- Oui t'es, la gonzesse d'un sultan ? - Je vais la retirer toute seule.
C'est le boulot à Gino, ça, je déchire tout, moi.
Où t'es ?
Arrête !
Monsieur le Président, étant d'un naturel plutôt gai,
j'étais chaque fois la première arrivée et la dernière partie,
d'autant plus qu'il me fallait deux heures pour remettre tout en ordre.
C'est comme ça que j'ai attendu qu'ils soient tous partis
et que j'ai commencé à ranger et à faire le ménage.
Pourquoi vous ?
Parce que je suis employée dans une maison spécialisée.
Je nettoie partout et eux, ils me faisaient rentrer gratis.
J'avais le droit de consommer et en échange, je nettoyais.
Oui aurait dit que ce soir-là,
c'était tout le destin de ma vie qui allait se jouer.
Mandrake ?
C'est bizarre, je te connaissais pas, toi, tu me connaissais pas,
et maintenant qu'on a fait connaissance,
il me semble que je t'attends depuis toujours.
Pas de bobards, ma jolie, arrête ton charme et ça ira mieux.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? - c'est dégueulasse !
- Il fallait que ça tombe sur Gino! - Tu devrais être content, non ?
Tu parles si je suis content ! Tiens !
- Qu'est-ce qui te prend ? - Arrête !
Arrête, mets ça en place. Je te comprends pas.
On peut dire que tu m'as bien eu !
Tu m'as drôlement fait aux sentiments, sale garce.
Ouand c'est le Carnaval, on a le droit de faire des blagues.
- Mais toi alors, tu exagères. - Surtout pas de chantage !
Madame me fait croire à une aventure pas compliquée,
on parle ensuite d'amour et après...
Et après ?
Madame veut que je l'épouse.
Ouoi ? Je veux quoi ?
Que tu m'épouses ? Que toi, tu m'épouses moi ?
Moi ? T'es malade.
Jamais j'épouserais un mec comme toi, même si j'attendais un mouflet !
T'as compris ?
J'ai compris que t'as compris que tu vas m'épouser.
Non.
Écoute bien, tu vas m'épouser.
- Moi et toi ? - Toi et moi.
- Mandrake, tu m'as regardée ? - Je t'ai bien regardée.
- Moi t'épouser, jamais de la vie ! - Justement, je t'ai bien regardée.
- Moi ? - Je vais tout démolir !
- J'ai dit non ! - Tiens !
Qu'est-ce que tu fais, tu te fous de moi ?
Oui, je t'épouserai pas. Rumba !
- Oh si, tu vas m'épouser. - Non.
- Non et non ! Pas question. - Tu vas m'épouser !
- Non ! - Si, tu vas m'épouser!
- Oh que si, tu vas m'épouser. - Non.
- Si ! - Non !
- Oh que si ! - Non !
- Tu vas m'épouser, si ! - Non !
C'est vrai que je voulais vraiment pas.
Mais il était si cabochard
qu'à la fin, je me suis rendue compte que si je continuais à dire non,
ce serait encore pire que si je disais oui.
Je vous crois, je vous assure.
Alors, chère madame, laissez-moi faire.
Pourtant, on ne m'a pas encore demandé de donner mon avis.
Eh bien soit, donnez-le.
Par exemple, il me semble important de convoquer
Don Nicola Galimberti, le prêtre qui les a mariés.
Nicola Galimberti.
L'un de vous a-t-il lieu de mettre en doute
la légalité du mariage Benacciô ?
Non.
Je lis toutefois que la cérémonie fut répétée à trois reprises
parce que la mariée, les deux premières fois, avait dit "non".
Mais la troisième, elle a dit "oui", je ne vois pas ce que ça change.
C'est capital !
Un homme qui s'entend dire "non" deux fois devant le prêtre
et qui insiste encore, ça veut dire qu'il est vraiment épris.
Ça nous mène à quoi ?
Un homme qui aime une femme à ce point, c'est rare,
et ça, monsieur, une femme le sait,
et si elle se sent aussi aimée que ça, elle ne devient pas assassin.
Alors le procès est tini, rentrons à la maison, l'acquittement est décidé.
Voyons, un peu de logique. Il est mort, ce Benacciô.
Or vous ne l'avez pas tué, je ne l'ai pas tué,
quelqu'un a bien dû s'en charger, trouvons qui,
ce procès n'a pas d'autre but
et, madame, ne faisons pas de romantisme à bon marché.
- Pardonnez-moi, votre Honneur. - Ne m'appelez pas votre Honneur.
Et lisez moins de romans policiers.
Voyons, gens de bon sens, de quoi il retourne.
Première question, l'accusée est-elle coupable
d'avoir volontairement donné la mort à Maurice Vaudrémont ?
Donné la mort ? Elle l'a assassiné.
Pardon, elle l'a délivré.
Tu vois comme ils parlent ? comme ils discutent ?
Ça, c'est un vrai procès, pas comme le nôtre.
Pour tout, c'est le président qui décide.
C'est juste. Autrement, ce serait un président à la noix.
- Alors je sers à quoi, moi? - Le mieux, c'est de dire amen à tout.
Oui, comme à la maison.
Ont eu dans la voix des intonations
qui ne trompent pas une femme.
Je crois que raccusée a toujours été sincère
et que ses intentions étaient pures.
Selon moi, le président a déjà décide la sentence.
- Toi aussi, on dirait. - Moi non.
Chut ! Taisez-vous, on n'entend rien !
Y a pas à entendre ! Crétin, tu crois que c'est de la radio ?
Tu diras qu'on a vu "Autant en emporte le vent".
J'ai oublie l'histoire et s'il m'interroge ?
Tu n'as qu'à inventer, mais ne dis pas qu'on a vu "Justice est faite".
- Quel mal y a-t-il à ça ? - Aucun.
Il dit que je suis obsédée et il se moque de moi.
- Qu'est-ce que vous avez vu ? - "Autant en emporte le vent".
Tu as manqué une occasion, à l'Astra, on donne "Justice est faîte".
Fulvio ?
Fais-moi voir où tu as mis la cuisine.
J'avoue que je l'avais mise là et je la trouve plus.
Je sais pas où elle est passée.
Je vais t'expliquer, c'est moi qui ai tout changé.
À la place de la cuisine, il y a la salle de bain et ici le séjour.
Et à la place du séjour, j'ai mis la salle à manger.
- Oui est l'architecte ? - Toi, mais c'est moi qui habiterai ici.
Mais il manque la chambre à coucher.
Justement, au lieu d'en avoir une, on en aura deux.
- Comment ça, deux ? - La mienne et la tienne.
À nouveau logis, nouvelles commodités.
J'en ai assez de déménager tout le temps. En 12 ans, on a changé 7 fois.
Erreur !
Changer le plus souvent possible de domicile est la meilleure façon
de couper aux taxes, surtaxes et impôts.
Sinon le percepteur te coince.
C'est pourquoi je construis, j'habite, je vends, je réalise,
et du même coup, j'échappe au fisc.
C'est ça, mais du même coup, moi, je finis par dormir seule.
Non, dis donc !
Oui est-ce qui a froid l'été ? Toi.
Oui est-ce qui a chaud l'hiver ? Toi.
Oui se relève la nuit, à moitié endormie, pour aller chercher des biscuits ?
C'est bien toi, reconnais-le.
Alors, ils dormirent dans deux chambres séparées
et purent enfin connaître le bonheur.
Peut-être. m'as-tu demandé ce que j'en pense ?
Es-tu capable de penser autre chose ?
La vie conjugale est aussi faite de câlins dans un lit.
Gabriella, de grâce, surtout pas de ce romantisme à bon marché.
Pardon, Andrea, tu as raison.
Voici que commencèrent discussions, discordes et prises de bec.
En un mot ou en deux, une pente dangereuse,
un précipice qui devait, hélas, mener droit à l'assassinat.
Oui ! À l'assassinat.
Car il s'agit d'un assassinat et non d'un accident.
Est-ce vrai, oui ou non, que peu après les noces,
Tina Benacciô fut hospitalisée 15 jours
pour épuisement dû à une vie harassante ?
Comment ça, harassante ? J'étais une femme comblée.
Je manquais de rien.
On avait une belle petite maison au bord de la mer,
parce que l'air marin, ça faisait du bien à Gino,
et moi, j'étais si heureuse.
On se levait de bonne heure tous les deux
et je prenais le train, l'autobus, le métro, et j'allais à mon boulot.
Votre mari ne travaillait pas ?
Lui ? Non, jamais. Il avait bien trop de personnalité.
Comme il était pas du genre à rester les bras croisés,
il se donnait du mal pour me dégoter un rouget ou un petit colin.
C'est ma passion, surtout bouillis.
En somme, vous subveniez seule aux besoins du ménage.
Bien sûr.
Et cet enfer vous semblait une vie normale ?
Pourquoi, ça peut être autrement ?
La preuve, c'est que vous avez dû être soignée pour surmenage.
C'était pas à cause du travail ! ce qui me tuait, c'était les dimanches.
Pourquoi, vous ne vous reposiez pas ?
Ça m'aurait bien plu, mais vous entendez ?
Celui-là, c'est le rapide de 10h20.
Mince ! J'étais en train de rêver qu'un train m'emmenait.
Il s'en est fallu de peu.
Oui sait où je partais comme ça...
sans moi ?
Ouais, j'étais tout seul, sans toi.
Tu étais sans moi.
Tu vas pas être jalouse d'un rêve, tigresse.
Si.
Sans moi, hein ?
Allons-y.
Trop de trains, Monsieur le Président. Trop de trains.
Et le prochain va passer à 12h25.
Bref, on m'a envoyée dormir à l'hôpital.
Comment l'accusée peut-elle concilier
le tableau de la vie conjugale idyllique qu'elle prétend nous brosser ainsi
avec le fait que leurs voisins, gênes par leurs disputes sempiternelles,
se présentèrent en date du 28 avril atin de déposer une plainte
à la gendarmerie ?
Répondez à cette demande.
- Ouelle demande ? Quoi ? - Vous avez entendu ?
J'ai entendu, mais c'est qu'on me donne des pilules qui me...
Il faut dire ce qu'il y a, Monsieur le Président,
j'ai toujours ét2 du genre un peu excitable
et à peine j'ai le malheur de penser à mon amour avec Gino
que je peux pas m'empêcher d'être toute remuée.
Je crois le sentir dans ma cellule tout près de moi,
qui me parle au creux de l'oreille,
qui se met à me caresser tout doucement.
Alors les bonnes soeurs, pour me calmer...
Bien. Je formulerai ma question autrement.
La Cour peut-elle savoir pourquoi l'accusée s'est crue obligée
de proférer des menaces uniquement parce que son mari fréquentait
un certain bar ?
Je m'en souviens, et comment, Monsieur le Président.
On avait déménagé parce que je gagnais bien,
mais d'être plus à l'aise, à mon Gino, ça lui a monté à la tête.
Vous voyez, Monsieur le Président ? Qu'est-ce que vous auriez fait ?
Oui, je l'ai menacé parce que sa façon de prendre son café me plaisait pas.
Qu'il est vulgaire.
- Salut, je me tire. - Tu fais ce que tu veux.
Un petit quelque chose pour les pauvres. Merci.
Un petit quelque chose pour les pauvres.
Un petit quelque chose pour les pauvres.
Ah oui, merci.
Vous admettez que la découverte de cette trahison vous blessa.
Sûr que ça m'a blessé.
En voyant la camionnette tanguer, j'étais plutôt furax.
N'empêche que je regrette ces temps-là.
Bah quoi ?
Puisque tu aimes le genre putain. Voilà !
Pas besoin de te déguiser, reste naturelle, ça ira.
Trop aimable.
Je t'ai vu... Et t'as le toupet de chanter notre chanson.
Je me la siffle à chaque fois, t'es bien placée pour le savoir.
Ah oui ?
Je t'avertis, la prochaine fois, je te cogne.
Je la démolis, ta belle petite gueule !
Ça alors !
- Tu comprendras mieux comme ça. - On peut dire que tu m'as couillonnée.
Je prétends que t'as pas lieu de te plaindre,
j'ai un faible pour toi assez fort et je te le prouve,
mais pour le reste, je suis libre de faire ce qui me plaît, compris ?
Alors une fois pour toutes, tu la boucles !
Je vais te tuer !
Assassin, va !
- Non, laisse-moi ! - Attention où tu mets les pieds.
Merde !
Tu veux faire du karaté ?
Tu le sais que je t'aime.
Tu le sais, dis.
Comment vous expliquer ça ?
Notre amour, c'était comme une médaille avec un revers,
parce qu'à la fin, Gino s'arrangeait pour se faire pardonner.
Il était d'avis qu'après s'être tabassés, c'était encore meilleur.
Un artiste du plumard comme il était, la jalousie, ça le stimulait.
C'est vrai que ça stimulait.
Et vous lui pardonniez ?
Il avait la caresse longue, Monsieur le Président.
Comment lui résister ?
Il avait une caresse qu'il faisait partir de là
et qui me descendait piano, piano...
Giù, giù...
Il faut l'avoir senti sur soi pour le comprendre.
Gino aimait me caresser longtemps, Monsieur le Président.
J'ai la peau fraîche et Gino aimait me boire comme...
J'ai compris, ça suffira !
Pour vous peut-être,
moi, en tout cas, je pardonnerai pas, parce qu'il y a pas deux Gino sur Terre.
Tu rentres un peu tard, non ?
Je rentre quand ça me plaît.
Tu rentres en pleine nuit et tu me gifles.
Plus tu poseras de questions et plus tu recevras de beignes.
Tu n'es qu'un goujat. Je m'inquiète et monsieur est je ne sais où !
Je vais te le dire : chez une autre.
- Je vais te démolir ! - Tu quoi ?
Mais tu n'es pas frigide. Tu es la meilleure de toutes.
Il y en a pas deux sur Terre comme toi.
Tu es le meilleur de tous.
Oh oui !
Demande-moi n'importe quoi !
- Demande-moi n'importe quoi ! - Donne-moi deux Alka-Seltzer.
- Ouoi ? - Deux Alka-Seltzer, vite, ma chérie.
- Tchao. - Tu rentres un peu tard, non ?
Tu me dis ça à moi...
Ouelle soirée, j'ai cru mourir. Tu parles, tu parles,
et lorsque tu te dis ça y est, c'est gagné, les allemands te doublent.
Allô ?
Non, je regrette. Bonsoir, monsieur.
Brusasca de San Francisco.
Quelqu'un qui a mal aux dents, il voulait une pharmacie.
À propos de pharmacie et mes Alka-Seltzer ?
Où as-tu passé la nuit?
Entouré de beautés. Ballets roses, verts, jaunes, bleus.
Gabriella, mais où veux-tu que j'aie passé la nuit?
Brusasca exige que je le rembourse.
Palanca me taxe d'une contribution à son parti,
le ministre des Finances me poursuit, alors ou je coince le japonais,
ou on vendra la maison.
Bonne nuit.
- Oui. - Qu'est-ce qu'il y a ?
Tu as les pieds gelés.
Réchauffe-les-moi.
J'ai la tête dans un étau, les oreilles qui sifflent,
la bouche amère, l'estomac en feu et les reins en bouillie.
Objection recevable.
Quel est votre conclusion ?
Il se peut également qu'il ait trouvé la mort par la noyade.
- Ou par la puanteur. - Quelle puanteur ?
Vous confirmez que l'état des travaux est celui d'il y a trois ans ?
Pas de doute, dès qu'on a vu que l'argent allait manquer, on a stoppé.
L'eau des égouts a lentement entraîne le corps de la victime
le long du collecteur numéro cinq.
C'est-à-dire la canalisation sur le côté.
De là, suivant le parcours souterrain des égouts,
il a rejoint les canaux externes de nos stations d'épuration.
Comment se fait-il que vous n'ayez aucune trace du corps ou des vêtements ?
C'est impossible, Monsieur le Président.
Le produit des égouts et des autres déchets urbains
se trouve canalisés vers les vrilles helicoïdales, un remous mécanique,
qui permettent la réduction, la pulvérisation, la stérilisation
et l'épuration biologique.
C'est ce même sort qu'a subi le corps de la victime.
Il a été' traité, involontairement certes, comme un facteur de souillure.
Je ne sais si je me fais bien comprendre.
Non ! Je veux mourir avec toi !
Gino, je viens ! Je veux mourir! Je veux te rejoindre !
- Puis-je aller l'aider ? - Non, ce n'est pas votre rôle.
Gino ! Mon Gino !
Monsieur le Président, il est donc, puisque l'accusée vient de l'admettre,
irréfutable qu'elle savait que son mari, Benacciô Gino,
la trompait continuellement
avec la laitière, avec la poissonniere,
et puis encore avec une cousine du second degré.
Je renonce à ces trois témoignages
étant donné que l'accusée vient de le confirmer, n'est-ce pas ?
Je confirme.
Vous en avez oublié quelques-unes,
l'infirmière de la mutuelle, rien qu'au dispensaire,
l'assistante sociale, mais une fois, par la suite, elle s'est repentie,
la femme du propriétaire du garage
et la Rosetta au gros cul.
Accusée, je vous en prie !
Monsieur le Président, j'y suis pour rien si...
Un peu de silence!
D'ailleurs, quand tout le monde l'a su partout,
on l'a plutôt appelée "Rosetta couche-toi là".
- Ouvre ! - Rien à faire ! Je t'ouvrirai pas.
Je casse tout, tant pis. Ouvre !
Ouvre ou j'enfonce la porte et je te dérouille.
Non, j'ouvrirai pas.
Je voulais pas lui ouvrir,
parce qu'une pute qu'il avait connue à Rome
était venue nous inviter à ses fiançailles. Rien que ça !
Il lui avait raconté qu'on était frère et soeur.
Il est allé chercher le voisin, Marius, le mari de Rosetta,
pour qu'il vienne me convaincre d'ouvrir.
Marius, c'est un brave homme,
trop brave même, tout le monde en profite,
sa femme la première.
Et comme je voulais pas que Marius ait l'air bête,
j'ai accepté de faire la paix avec Gino.
Qu'est-ce que tu tous ici ? Gino avec Rosetta ?
Dès que j'ai le dos tourné, ça y est, espèce de salaud !
- Toi, tu vas dérouiller ! - Non, Marius.
Allez sors ! Espèce de salope ! T'as pas honte ?
Sous mes yeux ! Tu profites que je suis trop bon !
Tu trouves pas que tu exagères ?
Si j'avais su, je t'aurais permis d'entrer.
En tous cas, je te croyais plus cabocharde.
Marius t'a convaincue trop facilement.
Peu importe qu'il y en ait eu 10 ou bien qu'il y en ait eu 100,
l'important est que l'accusée prétend que chaque fois, elle pardonnait.
Mais ce que ne dit pas Candela Tina, bien entendu,
c'est que son mari Benacciô Gino, lui, ne lui pardonnait pas à elle.
Eh non, bien au contraire !
Car, Messieurs de la Cour,
l'accusée également avait bien des choses à se faire pardonner.
Eh oui !
Elle devait se faire pardonner, tenez-vous bien,
le fait qu'elle avait un amant. Je dis bien un amant : Borghi Emilio.
- Identité ? - Borghi Emilio, dit "Les Pognes".
- Profession ? - Boxeur professionnel.
Poids mi-lourd, Monsieur le Président. 18 rencontres,
2 défaites au poing et les autres par K0.
En attendant la revanche, je travaille comme gardien de nuit.
Confirmez-vous avoir eu des rapports intimes avec l'accusée ici présente ?
On s'est rencontrés souvent et volontairement vers 5 h du matin.
Ouand je descendais en tant que gardien de nuit
et que l'accusée montait en tant que femme de ménage.
Moi j'avais pas l'intention de pécher, mais elle me provoquait.
Elle se deshabillait dans le cagibi et elle laissait la porte entrouverte.
Moi, j'ai de l'éducation, je frappais avant d'entrer,
mais sitôt entré, elle me sautait dessus.
- Elle me forçait à... - Non, non, arrête, non !
- Qu'est-ce que vous faisiez ? - L'homme n'est pas de bois.
Mais la femme non plus,
et se bagarrer tout le temps, ce n'est pas une vie.
Monsieur le Président, Messieurs de la Cour,
une femme qui trahit est une femme prête à tuer,
et tel fût le motif de l'altercation qui précéda le crime.
Altercation provoquée,
oui, provoquée et voulue par l'accusée.
Son mari ayant découvert qu'elle le trompait,
ils avaient eu leur énième bagarre
et il l'avait sommée de mettre fin à cette liaison.
Mais elle refusa de céder,
et connaissant les réactions violentes de son mari,
elle se mit à préméditer un homicide afin de s'en libérer.
Oui, Monsieur le Président, tel est le mobile du crime,
mobile qui cloue l'accusée à ses horribles responsabilités.
Ça va peser contre elle, cet amant.
Le fait qu'elle avait un amant a fait très mauvaise impression.
- Ben, y a de quoi. - Pourquoi donc ?
Tu as décidé de la défendre,
mais au fond, elle est un peu putain, ta Tina.
Vous êtes tous les mêmes.
Je m'y attendais, tu es bien un homme !
- Je devrais être quoi ? - Honnête et objectif.
Et non pas ce que tu es : moraliste, hypocrite et un peu cochon.
- Je suis cochon, moi ? - Oui, comme les magistrats et les jurés.
Une femme qui a un amant est pour vous forcément putain et assassin.
Assassin, non, mais...
- Bonjour, Madame le Juge. - Bonjour.
Fulvio, tu coucherais avec moi ?
Je disais ça comme ça, mais qu'est-ce qui t'arrive ?
Ouand je bois de l'alcool, ça me rend nerveux.
Mais à dire vrai, je crois que non.
Comment, non ?
- Tu disais que tu disais ça comme ça. - Fulvio, réponds. Oui ou non ?
Ben, tu sais l'amitié qui me lie à toi, et puis surtout à ton mari...
Alors pour une foule de raisons, essaie de me comprendre,
mets-toi à ma place un instant. Oui, je veux bien !
Après quoi tu dirais que je suis une putain.
Non, je dirais que tu es une femme juste, sérieuse, objective.
Mais l'accusée, elle, tu trouves que c'est une putain !
Écoute, Gabriella, tu veux me convaincre ou tu essaies de...
Avec tout le respect que j'ai envers le ministère public,
qui et ses justices occupent un siège plus haut que le mien,
soutenir que Borghi Emilio,
boxeur d'occasion,
le visage tuméfié par des volées de coups de poing
puisse représenter le mobile d'un soi-disant crime passionnel,
le meurtre de l'infortuné Benacciô Gino
duquel nous avons pourtant entendu chanter les vertus,
c'est bien sûr entièrement faux et ridicule.
Et qui plus est,
et qui plus est, nous n'avons pas la moindre peur à leur révéler,
parce que nous sommes fort certains de notre innocence,
et qui plus est, disais-je,
Candela Tina n'avait pas un amant,
mais plusieurs, oui, je le dis, car telle est la vérité.
Plusieurs !
Mais pas tous ensembles, Monsieur le Président.
Jamais plus d'un à la fois
et sûrement pas autant que le dit Monsieur l'Avocat.
Parce qu'après Borghi Emilio, menteur et vulgaire,
que j'ai pu avoir ?
Ah oui, bon, Matteo, dit "Dédé la bricole".
Il avait fabriqué sa voiture avec des pièces de récupération,
alors c'était son surnom.
Moi, ça me plaisait pas tant que ça, car j'aime bien passer inaperçue,
surtout dans certains petits hôtels où vaut mieux rencontrer personne.
Ne dis pas ces choses-là, Gino,
je sais que vous êtes tous des baratineurs.
T'es pessimiste, poupée.
Non, j'aspire à des relations spirituelles.
Qu'est-ce que t'entends par là ?
Regarder le paysage la main dans la main.
- Et puis c'est tout ? - Ben après, on verrait.
Ah ! Après, on verrait...
- Tu viens, on monte ? - Ben, y a pas le feu, dis donc.
On peut manger d'abord, et puis...
- Le type là-bas, c'est pas ton mari ? - Ouoi, où ça ?
Là, derrière.
Oui, c'est lui !
Ça, c'est la meilleure !
Alors ça, c'est la meilleure !
- Où tu vas ? - Lui casser la figure !
- C'est pas le moment ! - T'es malade ?
Tu sais pas qu'ici, ils louent les chambres à l'heure ?
Si, je le sais, c'est même pour ça qu'on est là.
Ah oui, c'est vrai.
- Je réglerai ça à la maison. - C'est ça.
Je m'en fiche, moi !
Garçon !
Garçon !
Heureusement que tu disais que tu voulais passer inaperçue !
Que tu es chou!
Mon amant est joli, mon amant est un bel homme !
Tais-toi.
Mais que tu es mignon, mon chéri ! Tu as de beaux cheveux !
Faites pas bande à part ! Venez donc avec nous ! Madame...
- Il veut faire une partouze ? - Il en serait capable, je le connais.
Alors il se fâche pas ?
- On y va ? - On verra bien !
Voilà, c'était ça, ma vie.
Et d'un autre côté, Monsieur le Président,
qu'est-ce que j'aurais dû faire avec un mari comme ça ?
Hein, dites !
Je pouvais boire de la Javel et en finir avec la vie
ou bien les vitrioler lui et ses maîtresses ?
J'allais pas m'arracher les cheveux de jalousie.
Pour ça, faut du temps, et j'ai pas de rente.
Alors je travaillais, pour moi et pour lui.
Lui, le pauvre, quand il essayait, il se faisait renvoyer.
Pour finir, il se faisait une raison,
surtout qu'il avait rien contre,
mon pauvre Gino.
Peut-être qu'il agissait comme ça parce qu'il sentait que ça finirait mal.
Ah, la vie, quelle blague !
Tu t'imagines que ça va durer et crac, la bonne blague un jour est finie.
Ça finit au lit, oui !
T'es spirituel !
- Et voilà les spaghettis ! - Avec un peu de fromage !
Les spaghettis à la Gino !
Je les ai fait breveter à l'époque de mon service militaire.
- T'as fait ton service militaire ? - Ah, j'ai fait pire !
J'ai roulé ma bosse, quoi !
J'aurais pas cru !
Ma vie est un roman,
il me faudrait mille et une nuits pour tout te raconter.
Viens les voir ! Viens ici !
Regarde !
Ils ont bonne mine ! on dirait un feu de cheminée.
On a peut-être fait naître un grand amour.
Me fais pas marrer,
dis plutôt qu'on leur a pique la dernière chambre de libre.
Peut-être même qu'ils se marieront.
- Je peux te dire un secret ? - Oui.
Je sais comment on devrait taire pour jamais s'embêter.
Et comment ?
- Comme ça ! - Non...
- Et alors, tu te plains, hein ? - Tu me le dis, ton secret?
C'est simple, ce serait de faire ça à jet continu en journée continue.
Qu'est-ce qu'on fait ? on ne bouge plus d'ici?
- C'est ça ! - Qu'est-ce qu'on est bien!
Attends, je peux plus respirer.
Ouelle femme irait tuer un homme pareil ?
Dites-moi, Monsieur le Président,
un homme comme ça, on ne peut pas le tuer.
Un homme comme ça, on ne peut pas le tuer !
L'audience est suspendue jusqu'à cet après-midi.
- Bien, et à quelle heure ? - on ne peut pas tuer un homme...
- Ma foi, à 16h ! - Plutôt 16h30, n'est-ce pas ?
On ne peut pas tuer un homme comme ça !
Parfait, à 16h30.
L'audience est suspendue !
- Monsieur l'avocat ? - Cet après-midi !
Écoutez-moi, je n'ai pas...
on ne tue pas un homme comme ça, je l'ai pas...
on ne tue pas un homme comme ça !
Non, on ne tue pas un homme comme ça.
Ah non, pas ça. ce que tu voudras, mais ça, non.
- Pourquoi ? Andrea va rentrer tard. - C'est pas pour ça, mais je...
- Tu as peur ? - Oui.
Non, pas du tout. Euh... oui, j'ai peur.
Tu n'as jamais parlé avec l'au-delà ?
J'ai jamais eu l'occasion, je voyage beaucoup.
Les esprits sont bons, ils ne font jamais de mal.
Je sais, mais je ne suis guère porté sur ce genre de...
Et cette façon de se vêtir de draps, ça me dit rien du tout.
Assieds-toi !
Pose les mains là, près des miennes.
Gabriella, à quoi ça sert tout ça ?
Il faut que je demande aux morts comment il est mort.
Que je parvienne à savoir la vérité.
Et après tu amèneras quoi au tribunal ? Le guéridon ?
C'est pour moi que je le fais.
Ça me rendra forte de savoir la vérité, la vérité vraie.
Oui te dira la vérité vraie ? Le mort ?
Je les connais, ces gens-là. Méfie-toi.
Ah non, pas dans le noir !
Qui est là ?
Tu dois te concentrer et fermer les yeux.
Comment on fait pour se concentrer ?
Pense intensément à Gino Benacciô.
- Mais je le connais pas, ce gars-là ! - Tais-toi, je sens le fluide venir !
Esprit, es-tu là ?
Esprit, es-tu là ? si tu es bien là, réponds!
- C'est toi qui as fait ça ? - Non, ce n'est pas moi!
- C'est pas moi non plus ! - Elle a bougé, pourtant.
- Je m'excuse, je reviens... - Attends, nous y sommes !
Je désire parler à Gino Benacciô,
mort le 12 février 1974 à Fiumara Grande.
C'est lui, il est là, je le sens !
Est-ce toi, Gino Benacciô ?
C'est Benacciô Gino !
- Tu es encore en colère contre moi ? - Non.
Chérie, tu parles avec une table
et c'est moi le méchant qui ose se moquer de toi.
- Qu'est-ce que ça me plairait... - Ouoi donc ?
De pouvoir se bagarrer tous les deux, je te taperais dessus avec une joie...
Mais rien à faire, j'en suis incapable.
- J'espère bien, ce serait infernal. - Oui.
Pourquoi veux-tu changer ? Tu me plais, reste comme tu es!
- Crétine et obeissante. - Non, gentille et raisonnable !
Mais je ne raisonne pas si bien que ça.
Et plus je pense au procès, plus je n'y comprends rien.
Toutes les preuves sont contre elle.
Et il n'y a aucun mobile.
Et sans mobile, on doit exclure le crime passionnel.
C'est toi en réalité qui t'obstines à compliquer une chose simple.
Tu dis qu'il la trompait et qu'elle le trompait,
qu'ils se disputaient du matin au soir, qu'il la battait, qu'elle lui rendait.
Dans ce cas, rien d'étonnant à ce qu'un beau jour,
ça se termine par un crime.
- Mais ils s'aimaient, pourtant. - Ca, c'est toi qui le dis.
Prends nous deux, par exemple.
Je te suis fidèle, tu l'es également, on ne se dispute pas.
Eh bien, je suis certain que je ne te tuerai jamais
et que tu ne me tueras jamais.
Andrea, tu es sûr de bien m'aimer, tu es sûr de...
Crocetti Amelia, veuve Aleardo.
- Profession ? - Dame de compagnie.
Autrement dit ?
Autrement dit ? c'est pourtant clair.
Si une personne a un moment de dépression ou se sent un peu seule,
je m'en charge.
Bon, adonnée à la prostitution.
Pourquoi prostitution ? Ne tombons pas dans la vulgarité !
Pourquoi vous êtes-vous décidée si tard à venir témoigner ?
Je suis, on ne se refait pas, d'un naturel très réservé.
Je n'aime guère la publicité dans les journaux.
Mais cette fois, j'ai jugé bon de sortir de ma réserve.
Parce que ça m'a paru un devoir civique,
consciente de l'importance de mon intervention
pour établir la vérité.
Je présume que les journalistes préparent déjà leurs gros titres :
"La super témoin vide son sac", "La super témoin..."
Laissez ça ! Venez-en aux faits !
La nuit de l'assassinat, Monsieur le Président,
j'étais en fait, par hasard, via Simonetti,
à l'angle de la via dei Piroscafi,
quand soudain, j'entendis des cris comme si deux personnes se disputaient.
Bien que je ne sois pas d'un naturel curieux,
j'avais très envie d'aller voir.
Voilà, j'arrive !
Non !
Va-t-en !
- Je vais te tuer ! - Arrête !
Je jure que je vais te tuer !
- J'en peux plus ! - Assassin !
Va-t-en !
Qu'est-ce que tu fais ? Viens !
T'énerve pas, toi ! Oui, j'ai tout le temps, moi!
Étant du genre qui aime bien aider son prochain qui a des ennuis,
je me précipitais pour secourir la victime.
Et ne découvrant aucun cadavre,
lequel fût à mon avis emporté dans le courant des égouts,
j'eus, je l'avoue, c'est compréhensible, un de ces chocs !
Mais c'est entièrement faux, il n'y a pas un mot de vrai.
- Non, ce n'est pas vrai. - Même pas une virgule !
C'est ce que vous dites, vous, qui n'est pas vrai.
Oui, ce que dit madame...
est la vérité.
Vous admettez avoir frappé avec une pelle votre mari Benacciô Gino ?
Avec une pelle ?
Vous vous rendez bien compte que c'est là un aveu de culpabilité ?
Oui, c'est bien pour ça que j'avais rien dit jusqu'ici,
mais là, il faut que je parle,
sinon, ça rime à rien.
Ici, chacun a sa vérité.
Oui, je suis coupable, Monsieur le Président,
mais pas d'avoir tué Gino.
Je suis coupable
parce que je savais jamais ce que je voulais.
J'avais fait la connaissance d'un ingénieur, un homme bien.
Il avait de bonnes manières, il disait "Mes hommages".
Un monsieur quoi, un vrai.
Je n'en avais jamais rencontré de comme ça.
Alors, cet ingénieur, je lui avais fixé rendez-vous
dans le seul truc élégant que je connaissais.
C'est de ma faute. J'ai eu tort parce que j'avais complètement oublié
que c'était l'anniversaire de notre première rencontre,
et que Gino avait la manie des anniversaires.
Il n'était pas rentré chez nous depuis cinq jours.
C'était pas la première fois.
Je ne savais même pas où il se trouvait.
Tout d'un coup, je l'ai vu apparaître.
Je le savais bien que tu t'en serais souvenue, señorita.
Moi, c'est pas étonnant.
Mais toi, ça fait cinq jours que t'as oublie de rentrer à la maison.
Ma beauté, si j'étais rentré, t'aurais aucun mérite à t'en souvenir.
Qu'est-ce qu'il y a ? T'as le cafard ?
Ah, tristesse des souvenirs !
La tristesse du présent.
Allons, señorita, les années qui passent et qui s'envolent
on s'en tape, on se plaît toujours.
Gino, après ça, tu diras que c'est du chantage aux sentiments.
Et tout comme j'avais oublié notre anniversaire,
dans les bras de mon Gino,
j'oubliais l'autre qui m'attendait dehors.
- Va pas si vite ! - J'accélère !
Non ! Non, je t'en prie, arrête ! Laisse-moi descendre !
Non, pas question, tu vas tout me dire, et vite !
Autrement, je nous éclate contre un mur, compris ?
Non, arrête ! Non, arrête !
Non, Gino, non !
C'était un accès de jalousie maladive,
parce qu'il avait découvert que j'avais rendez-vous avec un autre.
Et l'autre, le pauvre, il avait rien compris,
et il m'attendait toujours.
Gino, arrête !
Ouelle saloperie ! Tu pouvais pas choisir un autre soir ?
Madame a rien trouvé de mieux que le soir de notre anniversaire ?
- Calme-toi, je t'en prie ! - Dis-moi qui c'est !
- Fais pas ça ! Je te le dirai ! - Oui ?
Arrête, je te le dirai ! Arrête-toi et je te dirai tout !
C'est comme ça que tu me dis tout ?
- C'est comme ça ? - Arrête !
Est-ce qu'on est des gens raffinés, oui ou non ?
Bien sûr, puisque tu le dis.
Alors d'abord, on discute et après, on se tape!
Je discute pas avec toi, Tina, je veux savoir qui est ce mec !
C'est quelqu'un !
Quelqu'un qui ?
C'est quelqu'un qui m'a jamais cogné dessus !
- À présent, il te faut des bourgeois ! - Pas d'insultes, hein ?
Je me suis laissé aller à une aventure.
T'es une putain, on sait !
- C'est pas la première fois ! - Avec un bourgeois, si !
Y a pas de différence sociale quand on fait l'amour!
Ouoi, qu'est-ce que t'as dit?
J'ai dit que lui, il s'était épris de moi.
Et toi ?
Disons que son charme a su me séduire.
Oui t'a appris à causer comme ça ?
Lui !
Il t'a sabotée ! Ouelle ordure ! Il t'a sabotée!
- Donne-moi ça ! - Non !
Tu vas voir ! Viens ici ! Viens ici !
Lâche-moi ! Mais lâche-moi !
C'est fini ! Cette fois, je ne te pardonne pas !
Ça, c'est beau alors, c'est toi qui dois me pardonner !
Arrête !
Je vais te tuer!
Non, non, non ! Arrête, Gino !
Gino !
Et c'est là que vous l'avez tué !
Après avoir pris la pelle et l'avoir frappé.
- Au secours ! - Non ! Oui !
C'était qu'une dispute de plus et il y en avait eu des pires!
Oui, peut-être, mais ce soir-là, vous l'avez tué !
Non ! Ca a été un accident.
Arrête ! Au secours ! Arrête !
Ingénieuse construction de l'accusée,
habile tentative d'une personne voulant se disculper,
mais qui a le défaut de n'avoir aucune base comme en a l'accusation.
Personne ne pourra jamais confirmer, et pour cause,
cette version fantaisiste de l'accusée.
Mais si, j'ai un témoin moi aussi.
C'est l'ingénieur avec qui j'avais pris rendez-vous.
Il a tout suivi de sa bagnole, il pourra tout vous dire.
Nous demandons à la Cour qu'il comparaisse aujourd'hui.
- Soit, comment s'appelle-t-il ? - Silvio. Il s'appelle Silvio.
Ingénieur Silvio. Après ?
Après, euh... j'en sais rien.
Vous nous dites comment il s'appelait, votre mystérieux ingénieur ?
J'en sais rien.
Ça m'est sorti de la tête.
Ça m'est sorti parce que je l'ai pas revu depuis ce soir-là, cet ingénieur.
Voilà ! Voilà ! ce type, il m'emmenait dans...
Ah zut ! Comment ça s'appelle ? ça porte un drôle de nom !
- Une garçonnière. - C'est ça ! C'est là qu'il m'emmenait.
Ça me revient, un machin bizarre, bien arrangé, mais tout noir.
Voilà, je me rappelle, il y avait un couvre-lit en fourrure
et puis des miroirs partout, au point que si on se tournait,
on avait comme l'impression d'être partis ailleurs.
Et c'est encore rien, fourrures, miroirs et murs noirs,
il y avait même une armoire pleine de...
Bien sûr, c'est facile !
Nous n'avons plus qu'à visiter toutes les garçonnières de la ville.
Eh ben !
Monsieur le Président, ce ne serait pas la première fois
que l'on retrouverait un témoin à partir d'éléments fragmentaires.
Maître, vous admettrez que c'est un peu vague.
On sait qu'il est ingénieur,
qu'il se prénomme Silvio et possède une garçonnière.
Vous trouvez que c'est peu ? Ah, oui !
Santini ! Santini, il s'appelle !
Silvio Santini ! c'est ça, ça m'est revenu !
- Il y a un peu d'espoir, tu sais ? - Eh bien, espère.
J'espère que si on retrouve un certain ingénieur Silvio Santini,
ça ira.
Ça va pas ? Vous êtes pas un peu dingue ? Vous pouvez pas taire attention.
Et après, tu dis que je conduis mal.
Moi, c'est autre chose, je suis un peu nerveux.
À un autre moment, je t'aurais peut-être dit non,
partir comme ça à l'improviste...
Mais je crois aussi qu'on a besoin d'un second voyage de noces.
Seule une femme intelligente comme toi pouvait comprendre
que c'est l'unique moyen pour surmonter cette crise.
- Et si tu me disais où nous allons ? - Non.
Du reste, je ne veux pas le savoir, tout ça n'a pas d'importance.
Partir, oublier les ennuis présents, revivre les joies du passé.
Ouand je t'ai connu au début, c'était ça,
tu étais fantaisiste, original, imprévisible.
Le vieux lion au moment le plus inattendu se réveille et griffe encore !
Merci, voilà !
Seuls, tous les deux, sans téléphone. c'est la même chose qu'en 62.
Recommençons le duo de 62, mais rappelle-moi
ce que nous avons fait en 62, car j'avoue que...
Pour la première fois, j'ai decouché et je suis partie chez toi
avec juste une chemise de nuit pendant trois jours.
Elle n'a pas beaucoup servi, ta chemise de nuit.
Mais cette fois, j'ai pas eu le temps d'en apporter une.
- Vous pouvez passer. - Merci.
Le procès !
- Ouel procès ? - Le mien.
- Vous avez un procès en cours ? - Oui !
- C'est seulement... - Halte-là, ce n'est plus pareil.
Si madame a un procès en cours, elle ne peut...
Mais non, c'est pas comme accusée, madame a été nommée jurée.
Viens, on ne va pas renoncer à partir.
Mais je ne peux pas. Sérieusement, je ne peux pas.
Je ne peux pas partir !
Écoute-moi bien, Gabriella chérie,
il y va de notre mariage, c'est capital pour nous.
Et moi, ce procès, ça m'est complètement égal !
Mais moi non.
Eh bien, fais ton choix, ou moi ou le procès.
- J'ai choisi. - Ah !
Toi et le procès.
Il reste peu d'audiences, on va retrouver ce Santini.
Santini ou pas Santini, tu pars avec moi.
- Non ! - Non ?
Alors tu sais ce que je te dis ?
Crétine, imbécile, demeurée,
idiote, mythomane, fanatique, sorcière,
ni comme femme, ni comme épouse, ni comme jurée,
que je fais tout de travers, que j'abîme tout !
Due je suis dépensière et c'est pas tout, attends ! Écoute ça.
Connasse, ça il me l'a bien dit une quinzaine de fois,
et puis pour compléter le tableau, il m'a traitée aussi de frigide !
Frigide, moi ?
- Non, frigide, non ! - Si.
Pas ça ! À toi, te dire une chose pareille...
Et on devait faire ce voyage en amoureux.
Pour le reste, je suis d'accord, mais frigide, non.
Comment ça, pour le reste ?
Non, je voulais dire... ça dépasse les bornes,
traiter de frigide... une fille comme toi !
Qu'est-ce que tu en sais ? Après tout, il a peut-être raison.
Par pitié, arrête, ne disons pas de sottises.
Gabriella, je ne suis pas un homme si...
- Je ne suis pas un homme... - Pourquoi te mettre dans cet état ?
Je ne me mets dans aucun état. J'ai toujours pensé que ton...
qu'Andrea ne te comprenait pas et d'ailleurs si je ne me suis pas marié,
c'est parce que je voulais une femme comme toi.
Et pourtant, si j'ai garde le secret, c'est par respect,
parce que je suis un imbécile.
- Oh, Gabriella ! - Qu'est-ce qui te prend ?
Mon amour est un amour pur, tu sais ?
Mais pourquoi tu m'as frappé ?
Ah non, non !
Oh je... Pardonne-moi, Gabriella, mais il ne fallait pas commencer.
C'est ta faute parce que moi...
Moi, je l'ai fait que par légitime défense,
je ne voulais pas...
Inutile de t'excuser. Duel crétin.
Dix années de dévotion,
d'amour muet et secret.
Et soudain rien que nous,
tous les deux.
- Oui a pu me donner le courage ? - Moi.
- Comment ? - Mais oui, moi.
Et moi alors ?
Enfin, ça fait si longtemps que j'en rêve, depuis que...
Non, ne le dis pas, je le sais.
Depuis que toi et moi avons dansé sur cet air qui faisait...
Non, depuis que les soeurs nous parlaient du plaisir des sens
et de la luxure qui conduit droit en enfer.
- Ah oui, le péché. - Tu n'es pas d'accord ?
C'est que je me sens un peu frustré.
Je croyais t'avoir conquise alors que tu...
Enfin je me sens frustré, quoi.
Pourquoi ? Tu sauves une gourde du paradis.
C'est pas là que finissent les frigides.
Frigide ?
Eh oui, ça, c'est...
c'est un souvenir de quand j'étais soldat
et puis je trouve que ça aide un peu.
Un machin bizarre, bien arrangé mais tout noir.
Il y avait un couvre-lit en fourrure
et puis plein de miroirs partout, au point que si on se tournait,
on avait comme l'impression d'être partis ailleurs.
Et c'est encore rien, fourrure, miroirs et murs noirs,
il y avait même une armoire pleine de...
Beau salaud, dégoûtant, criminel !
Putain, traînée, radasse, garce. Oh oui, on se bat, Gabriella.
- Santini ! - Oui, Santini, frappe-moi.
- L'ingénieur Silvio Santini ! - Oui, si tu veux, tabasse-moi.
Tu lui as donné un faux nom et elle ira au bagne par ta faute, degoûtant,
et tu ne t'es pas dénoncé. Tu as ta réputation à sauver ?
Là, j'y comprends plus rien, explique.
Il faut t'expliquer ? Et ta conscience, alors ?
- Fulvio Imberti. - Ingénieur, bien sûr.
Non, architecte.
- Témoin volontaire ? - Bah, volontaire...
N'avez-vous pas demandé à être cité ?
Non, enfin...
C'était... si... pratiquement oui, témoin volontaire.
Mais j'ai pas l'habitude de la police et des juges,
j'ai bien peur de ne pas faire ou dire...
Est-ce que vous confirmez posséder une garçonnière
correspondant à la description faite par l'accusée ?
Garçonnière... Une chambrette, avec deux meubles, quoi.
Aux murs noirs et des miroirs partout ?
Oui, c'est un peu voyant, ils le disent tous.
- Oui tous ? - Tous mes amis, quoi.
Je leur laisse exprès la clé sous le paillasson,
ils y vont quand ça leur chante,
si bien que moi, les très rares fois où j'ai vraiment voulu y aller,
c'était toujours occupé. Remarquez, ça m'arrive pas souvent,
mais c'est toujours occupé quand je veux y aller.
Maintenant, venons-en vite à la confrontation, levez-vous.
Reconnaissez-vous en la personne de ce témoin le dénommé Santini Silvio ?
Non, on me bourre de pilules, mais j'y vois quand même.
- Vous en êtes sûre ? - Mais, oui, certaine.
Et d'abord, l'autre était bel homme, pas ordinaire et trapu comme celui-là.
Pourquoi est-ce que vous vous êtes présenté ?
Par scrupule, parce que toutes les garçonnières sont pareilles
et j'en ai une qui correspondait à la description.
C'est ça ! Mais ce n'était pas celle-là, c'est tort clair.
La preuve s'il en est, mais nous le savions,
que le fantomatique témoin de la défense n'existe pas,
n'a jamais existé. lnsister nous paraît superflu.
Si qu'il existe et comment, je le revois comme si c'était hier,
et ce qui est sûr, c'est qu'il a rien à voir avec celui-là.
C'était un typé grand, bél homme, élancé, les yeux noirs,
les mains longues.
Avec ce petit gros, je n'aurais pas marché.
Un portrait-robot semble nécessaire.
C'est ça, félicitations, bravo.
Mon témoin existe, je n'en démordrai pas,
parce que je l'ai connu un matin où j'étais endormie.
Alors il s'agit d'un rêve.
Non, j'étais endormie.
Mais lui était bien réveillé, et comment !
Mince, qu'est-ce que j'avais envie de dormir ce matin-là...
Eh oui, ça m'arrivait,
Gino, la nuit, ça lui prenait souvent... Vous comprenez, Monsieur le Président.
Et je me levais le matin à 5h tapantes.
Voilà pourquoi ce fameux matin j'avais qu'une envie, roupiller.
- Où travailliez-vous alors ? - Je m'en souviens pas.
Pour moi, vous savez, tous les parquets se ressemblent.
Ce que je me souviens, c'est que je me croyais seule comme d'habitude,
alors qu'il était là, lui. Il me l'a dit ensuite.
Il a tout de suite eu le coup de foudre.
J'Y croyais pas.
Mais il m'a expliqué que ma blondeur, ma minceur, ma classe
l'avaient ébloui.
Tais-toi. Garde les yeux fermés et écoute ma voix.
- Oui tu es ? - Un inconnu.
Un inconnu ?
Tu as dû souvent imaginer que tu couchais avec un inconnu, non ?
Oui, disons quelques fois.
Je t'ai regardée et je t'ai comprise, le mâle te plaît.
Oui, je suis une femme.
Tu es sensuelle, passionnée, féline et douce.
Tu aimes être caressee comme ça, avec délicatesse, oui ?
Mais je sais pas qui vous êtes.
Peu importe, deux inconnus se rencontrent...
ça peut se faire ?
- S'aiment... - 0h si...
- Et se disent adieu. - Oui.
C'est ce qui est arrivé à Stella et à Walter.
Ils étaient vos amis ?
Non, les amants passionnés du roman-photo "Vertige de la passion".
Lui, un type de la haute, et elle, une simple domestique.
Du fauteuil à la garçonnière, ça n'a pas traîné.
Ainsi débutèrent nos rencontres,
rares, brèves et clandestines.
Monsieur le Président, qui était le plus coupable dans l'histoire ?
Moi, qui vraiment sans l'avoir voulu, l'ai provoqué,
ou lui, qui n'a pas su résister à mes charmes ?
Oui !
Il parla tant et si bien qu'à la fin,
c'était sûr que j'avais tort et lui raison.
Et que, comme il le répétait,
même si notre liaison était un amour impossible,
nous ne pouvions pas résister à un tel appel de nos sens.
Bref, c'était un intellectuel.
Réponds, toi.
Si c'est Brusasca, Antonelli, De Pasqualis, je ne suis pas là.
Pour De Paoli du Crédit Italien, j'arrive.
Pour Birelli de la Banque Populaire, je reviens dans une demi-heure.
Allez, réponds.
Ils sont tous sortis.
- Et qui c'était ? - Bah...
Faut dire qu'après la passion érotique,
on avait comme une espèce Œétourdissement,
il fallait le temps de se ressaisir...
et de récupérer.
Pourquoi nous sommes-nous rencontrés si tard ?
Il faut que tu partes déjà ?
Non, je veux dire dans la vie.
Ah, dans la vie! c'est mieux tard que jamais.
Eh oui.
- Tu me donnes deux Alka-Seltzer ? - Alka-Seltzer, bien sûr, tout de suite.
Je te donne deux Alka-Seltzer. Deux Alka-Seltzer, c'est ça...
Je les lui ai donnés.
Il avait tout le temps mal à la tête ou bien des brûlures d'estomac.
Le pauvre n'était pas gâté par le sort.
Sa femme au lit avait aucun tempérament, elle était frigide,
pas tout à fait normale, non plus, un peu arriérée.
C'est un infarctus, Gabriellina ! Ouelle douleur !
Oh mon Dieu, ça brûle.
Je fume trop. Oui, deux paquets par jour.
Puis je me surmène, je m'énerve.
Infarctus ou pas, tu viens au procès.
- Mais je suis intransportable. - Je ferai venir la Cour ici.
Non...
Pour Brusasca, Colantuoni et Vaccaro, je suis en Suisse dans une clinique.
Pour la Banque Populaire de Novare, je reviens tout de suite.
Pitié, réponds.
Non, non, toi!
Ya ? Nein, Sansoni ist nicht da, lui au Japon.
Moi domestique, message noté, je lui dirai bien sûr.
Oui. Voilà.
Brusasca réclame son argent et la banque me le refuse.
Qu'est-ce que je peux faire, me suicider ?
Tu feras ce que tu voudras, mais viens d'abord au procès.
Voyons, réfléchis, au fond,
personne d'autre n'a compris que c'est moi...
- Moi, je l'ai compris. - Mais non, tu n'as rien compris.
Je sais que la pauvre fille risque d'être condamnée au bagne par ta faute.
Mais chérie, réfléchis, être impliqué dans un procès,
tu connais la bêtise des gens, on m'accusera de complicité.
Pense aux journaux, mon nom sera en première page !
Je les vois au ministère des Finances,
"Champagne pour tous, finalement nous l'avons épinglé !"
Pas question, c'est de la démence. De quoi parlons-nous ?
Je dis ça pour toi, Gabriellina, tu sais que je ne pense qu'à toi.
Depuis qu'on est mariés, tu ne fais que penser à moi.
Si tu m'avais obéi, on serait partis et ça ne serait pas arrivé.
- À mort ou au bagne, en tout cas ? - Oui ça ? Ta Candela ?
- Tu exagères. - Non, moi.
Je te jure que si tu ne te présentes pas, je te tue.
Laissons le procès se terminer. Peut-être en appel, c'est ça, en appel,
j'écrirai à la Cour une belle lettre expliquant tout.
- Une lettre anonyme ? - Oui, la signer, c'est inutile.
- Pourquoi la signer ? - Tu es répugnant.
Tu dois te présenter demain.
Bon, j'accepte, tu as gagné,
mais laisse-moi au moins le beau geste, non ?
Demain, je me présenterai tout seul. Parole d'honneur.
Et toi, fais mine de ne pas être au courant.
Je tiens à m'assumer et en prendre toutes les responsabilités.
Oui, car j'ai noté,
que le ministère public, le ministère public a tenu,
et sans une seule seconde d'hésitation,
à exiger pour la malheureuse la peine maximale.
Juste condamnation, si, juste et méritée,
si la malheureuse e'tait coupable, Monsieur le Président,
mais elle ne l'est pas !
Pas une preuve, pas un témoignage,
n'ont pu du reste étayer la fragile construction
qu'a essayé de fabriquer l'accusation
et qui a été superficielle et inconsistante.
À un point que j'ai rarement vu
lors de ma longue carrière en cour d'assise.
C'est pourquoi j'en appellerai non seulement à la clémence,
mais au sens aigu de la justice qui anime toujours cette Cour.
L'accusée n'a rien à ajouter à la plaidoirie ?
Accusée, je vous parle, vous n'avez rien à ajouter ?
- Moi ? - Oui, vous.
Y a que Gino, je l'ai pas tué.
On ne tue pas celui qu'on aime.
Et à moi, Gino, il m'a tout de suite plu. Il...
Eh bien ?
Il m'est apparu dans un nuage de fumée, Mandrake...
ça ne va pas recommencer!
La Cour se retire.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
Alors ?
- Pardon ? - Oui ou non ?
Mais je...
Ma question était est-ce que la Cour a suffisamment d'éléments
pour être à même de rendre son jugement ?
Puis-je passer un coup de fil ?
À qui voulez-vous téléphoner ?
À mon mari.
Oui, son aide sera précieuse.
Sans lui, nous ne saurions y parvenir, madame.
Il faut absolument que je le joigne.
Veuillez remarquer qu'il y a pas de téléphone ici.
- Sachez que ce n'est pas une erreur. - Je fais un saut au bar.
On ne saurait sortir d'ici que la sentence rendue.
- Écrivez que la jurée s'abstient... - Ah non !
Vous votez "non" ou vous vous abstenez ?
Non, je ne peux juger, si je ne...
Allez ouvrir.
Monsieur le Président, par ordre du ministère public,
je vous informe qu'il s'est produit un fait nouveau.
- D'une exceptionnelle gravité. - Parlez.
Il y a une autre plainte contre la personne de Candela Tina.
Comment ça, une autre plainte ?
"Je soussigné, accuse auprès de la haute autorité de la justice
"ma femme, Candela Tina, d'abandon de domicile conjugal.
"Je vous demande de la retrouver de toute urgence.
"Respectueusement, Benacciô Gino."
Vous soutenez bien être Benacciô Gino ?
J'ai bien l'impression que c'est moi, oui.
Enfin, comme l'indique l'accusation ci-jointe.
Il est évident qu'il ne peut s'agir que d'un cas d'homonymie.
Faites entrer l'accusée.
Je suis condamnée à 30 ans ?
- Là ! - Ah oui, là.
Monsieur, je suis condamnée à 30 ans ?
- Ah, Gino. - Tchao, Tina.
Je suis condamnée à 30 ans ?
Qu'est-ce que tu racontes ?
Je t'en prie, parce que sinon, je vais perdre les pédales.
Laisse-moi écouter ce que dit le Président.
Je vais être condamnée à 30 ans ?
Candela Tina, vous parlez avec votre mari, Benacciô Gino.
Ah oui, bien sûr.
Vous vous rendez compte ?
Ce n'est pas grave, le médecin me l'a dit,
il paraît que ça peut arriver avec les calmants.
Oui, je parle dans ma cellule et à présent je parle ici, c'est rien.
Raccompagnez-la à son banc.
Il faut que j'y aille.
- Il faut que j'y aille. - Oui, oui, va.
Benacciô, est-ce que vous accusez votre femme de tentative d'homicide ?
Mais non !
J'ai dit que je l'accuse seulement d'abandon du toit conjugal
parce que quand je suis rentré à la maison, il y avait plus personne.
Je suis le mari, non ? J'ai des droits.
Est-ce que vous avez basculé dans la décharge, oui ou non ?
Pour ça oui que j'y ai plongé dans cette décharge.
Et ensuite qu'avez-vous fait ?
- Je suis parti vivre ma vie. - Pendant trois ans ?
Pendant trois ans.
Il faut dire que si je me fâche, je me fâche vraiment et je me tire.
Et puis quoi ?
Chacun a le droit de mener sa barque comme il veut.
Vous n'avez rien su du procès ? Vous ne lisez pas le journal ?
Si, je lis le journal, j'en lis même plusieurs.
La Gazette du Sport, Magazine pour les Sports, l'Écho Sportif.
Ils parlent jamais d'aucun procès, je le jure.
Et de retour après trois ans,
vous prétendez retrouver votre femme à la maison ?
Je le prétends, oui.
Alors quoi ? on ne peut plus faire ce qui vous semble, peut-être ?
Très bien, je suis bon bougre et j'oublie cette histoire.
Je lui pardonne, d'accord.
Voilà, tout est en place.
J'ai remis tout exactement comme avant.
Plus question de deux chambres à coucher,
une seule, pour toi et moi.
Tu avais raison,
la vie conjugale est aussi faite de câlins dans un lit.
Tout est en place.
J'ai remis tout exactement comme avant.
Plus question de deux chambres à coucher, une seule, pour toi et moi.
Tu avais raison,
la vie conjugale est aussi faite de câlins dans un lit.
J'étais bien tout seul.
Libre, au loin. T'entends ce que je te dis ?
Idiote ! Je t'avais oubliée et j'étais drôlement content.
Alors pourquoi tu es revenu, dis-moi ?
Fallait pas te gêner. T'étais libre et au loin
et ta femme était en prison, c'était tout ce qu'il y avait de bien.
Non! Non, Gino !
Gino !
Gino, non !
Donne-moi ça.
Mais dis donc, c'est ma photo. Même que je suis pas mal.
C'est le procès, non ?
Mais alors, tu as appris l'histoire.
Et tu as pensé à moi pendant tout ce temps.
Mais...
Mais alors, tu le savais bien.
Tu le savais que j'étais en prison, salaud !
- Bien sûr. - Tu le savais bien !
Oui, je le savais bien que tu étais en prison !
Mais moi, j'étais mort et toi, en taule,
et ça valait mieux puisque tu m'aimais plus.
Comment ça, je t'aimais plus ?
Tu es à tuer, abruti, à tuer...
Qu'est-ce que tu peux être gourde !
Gino ! Gino !
Tu veux savoir pourquoi je suis revenu ?
Parce que je t'aimais trop, pauvre conne.
Si tu m'avais moins aimée, ça m'aurait évité trois ans de taule.
D'abord, qui t'a dit que je t'aime ?
Hein, qui te l'a dit ? Qui ?
Chaque gifle me le dit.
Gino !
Ah, j'y comprends rien. Je me reconnais plus.
Moi si.
Alors, dis-le-moi, Tina,
pourquoi je suis revenu ?
Tu sais, avant, je n'étais pas du genre qui pense,
mais attention, Gino,
parce que des idées, à présent, j'en ai plein la tête.
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