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Original subtitles

...

-Moscou, 1936.

Au Kremlin,

règne l'un des plus sanglants dictateurs de l'Histoire :

Staline.

Son pouvoir est absolu.

Il proclame le résultat des élections de 1936 :

98,6 % des voix.

Impitoyable, il a exigé le sang de son peuple.

-Je ressens une immense joie de savoir que le sang

répandu par nos hommes ne l'a pas été en vain,

et que cela a donné des résultats !

-Ses sujets vivent dans la peur. Ils doivent applaudir le tyran

de très longues minutes.

Staline s'impatiente. Il sort sa montre.

Dans le public, Vassili Petrovic Nikolaïev.

Il raconte.

"Tous les camarades se regardent.

"Personne ne veut être le premier à ne plus applaudir.

"Je ne sais pas pourquoi, je me rassois."

2 jours après, il est arrêté, jeté en cellule, battu, torturé,

sans jamais perdre sa foi communiste.

Pourquoi ?

Staline et ses complices ont forgé sur son passé, sur ses crimes,

un mensonge planétaire qui continue à empoisonner les esprits.

Applaudissements nourris de l'auditoire.

...

Derrière ce mensonge, il y a l'apocalypse.

...

Qui est Staline ?

Le rempart contre le nazisme ?

Le petit père des peuples ?

Le criminel de masse ?

Staline a dit : "La mort résout tous les problèmes. Pas d'hommes,

"pas de problèmes."

Comment a-t-il étendu son pouvoir sur la moitié de la planète ?

Liesse.

...

Avec des images remises en couleurs,

voici le parcours de ce jeune séminariste qui va devenir,

comme dans les romans russes, un possédé.

...

22 juin 1941,

sans déclaration de guerre,

l'aviation allemande

attaque la Russie qui s'appelle alors l'URSS,

l'Union des républiques socialistes soviétiques.

L'avance des Allemands est foudroyante. Ils font,

dès les 1ers jours, des centaines de milliers de prisonniers.

Alors, Hitler vient réaffirmer ses buts de guerre :

se débarrasser de son pire ennemi, le communisme,

et de son chef, Staline,

conquérir ce qu'il appelle "l'espace vital de l'Allemagne".

Hitler dit : "Notre destin est à l'est.

"Nous allons mettre fin à la Russie."

Depuis septembre 1939, Hitler et son armée fanatisée

ont envahi la Pologne, la France, la Belgique, les Pays-Bas,

le Danemark, la Norvège, la Yougoslavie, la Grèce,

et avancent vers Leningrad, Kiev et Moscou,

la capitale de l'Union soviétique.

Au matin du 22 juin 1941, la Russie est en flammes.

Staline se réveille enfin. Personne n'avait eu le courage de l'appeler.

Staline,

pour éviter la guerre, avait été jusqu'à fournir à l'Allemagne

pétrole et métaux rares qui avaient aidé Hitler à vaincre la France.

Quelques semaines avant l'attaque d'Hitler,

le 1er mai 1941,

sur la place Rouge, à la traditionnelle parade militaire,

la propagande russe insistait sur la présence d'invités allemands.

Pour retarder l'échéance

et pouvoir attaquer le premier,

Staline avait stupéfié le monde

en concluant avec Hitler un pacte de non-agression

avec des clauses pour mettre la main sur la moitié de la Pologne

et les pays Baltes.

Le 23 août 1939, jour de signature du pacte avec l'Allemagne,

le photographe d'Hitler avait été envoyé à Moscou

avec l'ordre de faire des gros plans des oreilles de Staline.

Pour Hitler, les Juifs ont le lobe des oreilles mal formé.

Celles de Staline sont normales, donc il n'est pas juif.

Staline n'est ni juif ni d'ailleurs russe.

Il est géorgien.

Sa langue maternelle n'est pas le russe : c'est le géorgien.

Et même s'il a été élevé

dans la religion orthodoxe,

sa mentalité est proche des tyrans du Moyen-Orient.

1892 : la première photo de Staline enfant de chœur à 14 ans.

Il est né le 6 décembre 1878 à Gori,

une petite ville à 2 jours de marche de Tiflis,

la capitale de la Géorgie alors annexée à l'Empire russe,

le plus vaste du monde. 170 millions d'habitants.

A Saint-Pétersbourg,

règne depuis trois siècles la lignée des Romanov.

L'empereur, le tsar, un mot qui vient de César,

est alors Nicolas II, souverain faible et religieux.

Cette Géorgie de Staline est un rude pays du Caucase

où coexistent difficilement des minorités turques, arméniennes,

kurdes ou juives. Son père est un cordonnier

porté sur le vin rouge local, Vissarion Djougachvili,

auquel Joseph ressemble tant.

Joseph, fils de Vissarion,

en russe, Joseph Vissarionovitch Djougachvili dit Staline,

cachera le souvenir de ce père ivrogne et violent

comme il cachera les nombreuses infirmités de son enfance :

ses pieds palmés, les maladies qui ont tué ses deux frères,

la variole,

qui a laissé sur sa peau des traces indélébiles

que les maquilleurs du Kremlin s'efforceront de masquer.

Son bras gauche est plus court que l'autre.

Il boite depuis qu'une charrette s'est renversée sur lui à 12 ans.

Ce qu'il ne peut dissimuler, c'est son accent géorgien.

3 juillet 1941 : le carillon du Kremlin, indicatif de Radio Moscou,

annonce un discours de Staline

relayé par les haut-parleurs sur toutes les places du pays.

Il a fallu 10 jours à Staline

pour avouer que l'Armée rouge est en difficulté

face aux Allemands. Les Soviétiques, inquiets,

entendent enfin sa voix avec son accent du Caucase.

-Camarades !

Citoyens !

Frères et sœurs !

La perfide agression

de l'Allemagne hitlérienne

se poursuit contre notre patrie.

Malgré la résistance héroïque de l'Armée rouge,

l'ennemi continue à se ruer en avant !

-Dans la foule,

une jeune infirmière, Serafina Panasenko. Elle dit :

"Autour de moi, tout le monde pleure.

"Ce qui me frappe, c'est que les gens se signent. Ils prient.

"Mais, à l'école,

"on nous avait appris que Dieu n'existe pas."

Staline, nouveau dieu,

persécuteur de l'Eglise, avait pourtant étudié au séminaire.

Il y entre à 16 ans, en 1894, avec une bourse,

parce qu'il est remarqué pour sa mémoire exceptionnelle

et pour sa voix quand il chante les psaumes.

Le séminaire,

c'est le vœu de sa mère, Ekaterina,

si pieuse, qui le frappe autant que son père.

Staline a toujours préféré oublier et cacher cette famille.

Une fois au pouvoir, il revient dans sa maison natale et,

comme un bon fils,

il rend visite à sa mère.

Elle lui demande ce qu'il fait, maintenant.

Staline répond :

"Tu te rappelles le tsar ? Je suis devenu une sorte de tsar."

Elle dit :

"Tu aurais mieux fait d'être prêtre."

Sa mère refusait qu'il reste au village,

qu'il soit cordonnier comme le souhaitait son père.

Elle a choisi le séminaire. Elle veut qu'il soit évêque.

Et lui, qui ne parle que le géorgien,

il va apprendre le russe, le grec et l'arithmétique.

C'est encore un adolescent qui écrit des poèmes comme celui-ci :

"Dans l'ombre de la nuit,

"le chant de l'alouette s'envole plus haut que les nuages,

"et les doux accents du rossignol, dans les taillis,

"bercent les enfants."

Au séminaire de Tiflis, il perd la foi.

Dans ce terreau pour révolutionnaires,

il apprend des prêtres orthodoxes,

sales et méchants, et de leurs gardiens alcooliques,

les techniques répressives.

Staline les énumère lui-même. Il dit :

"Surveillance, espionnage, intrusion dans la vie intérieure,

"viol des sentiments."

Mais il apprend aussi la vertu du silence.

Pour Staline, il vaudra toujours mieux écouter que parler.

Ne jamais révéler ses sentiments.

Ne jamais se trahir.

1898 : il a 20 ans, il change, il provoque les autorités.

Il refuse de se couper les cheveux. Il se laisse pousser la barbe.

Il lit des ouvrages interdits de Zola ou de Victor Hugo

qui protestent contre l'injustice sociale.

Il est expulsé du séminaire.

Il prend alors son premier pseudonyme : Koba,

le nom d'un Robin des bois du Caucase. Il se veut chef de bande.

En 1901, à Tiflis,

il entre au Parti social-démocrate clandestin

et il est aussitôt repéré par la police secrète du tsar, l'Okhrana.

Il travaille quelques mois à l'observatoire météo,

ce qui lui laisse du temps pour lire les ouvrages de Karl Marx

qui écrit avec Friedrich Engels, dès 1847,

"Le manifeste du Parti communiste",

texte qui appelle à la fin de la propriété privée,

du capitalisme, à l'union des ouvriers du monde entier,

et à la révolution par les armes.

Marx dénonce l'exploitation de l'homme par l'homme

et le malheur d'un prolétariat qui n'a, dit-il,

plus rien à perdre que ses chaînes.

Les peintures naïves staliniennes

montrent le futur dictateur en marxiste endoctrinant les ouvriers.

Il dit :

"Pourquoi n'avons-nous aucun droit politique ?

"Comment transformer nos existences ?"

Pour lui, l'Empire russe du début du 20e siècle

est une société féodale qu'il faut détruire.

Images rares d'une famille impériale

qui se filme dans l'insouciance pour montrer à ses cousins anglais

qu'ils savent, eux aussi, jouer au tennis, qu'ils sont assez braves

pour se jeter dans l'eau glacée du lac Ladoga,

proche du palais de Saint-Pétersbourg.

Une nouvelle classe ouvrière grandit

en même temps que la Russie s'industrialise,

surtout dans le Caucase.

Les puits de pétrole de Bakou font la fortune de quelques-uns

et la révolte des exploités.

Debout, debout travailleurs !

Leur chant révolutionnaire,

c'est la "Marseillaise" en russe avec d'autres paroles.

Sur l'air de la "Marseillaise".

Debout contre les ennemis, frère affamé !

En avant ! En avant ! Le peuple crie vengeance

En avant, en avant !

-A 23 ans, Joseph Djougachvili est envoyé par les socialistes à Bakou

organiser des manifestations et des grèves interdites

qui confirment sa vocation de meneur.

Il est exalté par la lecture d'un extrémiste russe du 19e siècle,

Netchaïev,

et son "Catéchisme révolutionnaire".

"Le révolutionnaire n'a ni intérêts personnels, ni sentiments,

"ni même de nom.

"Il a coupé tout lien avec toute loi et toute moralité.

"Ennemi implacable du monde civilisé,

"s'il vit, c'est pour le détruire.

"Tout sentiment d'amitié, de gratitude et d'honneur

"doit être étouffé en lui

"par l'unique passion révolutionnaire."

Joseph Djougachvili, agitateur révolutionnaire,

est arrêté le 5 avril 1902. Sa fiche de police indique :

"Taille, 1m62, cheveux bruns, corpulence moyenne,

"âge, 24 ans." Il dira :

"Les prisons du tsar sont des maisons de repos."

En effet, la discipline et le traitement des prisonniers

n'ont rien à voir avec les futures méthodes staliniennes

d'une autre cruauté.

Il reste un an dans cette cellule.

Il passe son temps à lire,

comme ce manuel pratique du révolutionnaire

intitulé "Que faire ?", signé Lénine.

L'auteur de cette brochure

est un marxiste russe en exil : Vladimir Ilitch Oulianov

qui se fait appeler Lénine, pseudonyme tiré de la Lena,

le grand fleuve de Sibérie.

Lénine va devenir le guide de la révolution.

C'est sa statue que, près d'un demi-siècle plus tard,

les Allemands déboulonnent en priorité.

A Minsk,

en juillet 1941, l'immeuble de la police politique soviétique

devient le quartier général des SS.

Les SS ont l'ordre d'exterminer les Juifs.

La propagande allemande

exprime le racisme nazi.

-La cupidité et le désir de tuer marquent les traits de ces sous-hommes,

dignes alliés de Churchill et sa clique de ploutocrates.

-Ainsi commencent la Shoah par balles,

l'immense génocide des Juifs,

la famine des ghettos et les camps de la mort.

Coups de feu.

Désormais,

Hitler a sous sa coupe 20 millions de Soviétiques.

Alors se noue le destin tragique de l'Armée rouge de 1941,

mal commandée parce que Staline avait fait fusiller

des milliers d'officiers en 1937.

Mi-juillet 1941, Staline rédige la directive 270

qui punit les familles des soldats qui se rendent aux Allemands.

Hitler les laissera mourir de faim.

L'un de ces prisonniers soviétiques,

le soldat Ivan Tchoulinsky, raconte.

"Je chantais, pour me maintenir en vie, cet air du pays de la faim.

"Si j'avais des ailes, je m'élèverais dans le ciel,

"vers les nuages

"où il n'y a ni douleur ni châtiments."

Le destin de ces prisonniers sera tragique.

Les survivants seront déportés par Staline

car ils se sont rendus à l'ennemi.

Les Allemands

continuent leur avance.

Les paysans ukrainiens, affamés par l'ère stalinienne,

bénissent les envahisseurs allemands.

Ils seront pendus quand l'Armée rouge reviendra.

Traités de collabos,

ils seront filmés pour l'exemple.

Eté 1941 :

les commissaires politiques fusillent ceux qui reculent.

A Moscou, les usines avec leurs ouvriers et les ministères

sont évacués.

L'infirmière Serafina Panasenko s'engage.

Elle dit : "Mon père était communiste. Il nous a inculqué,

"dès notre enfance, que la patrie, c'était tout,

"qu'il fallait la défendre."

Si elles sont faites prisonnières, elles savent ce qui les attend.

Mais elles se battent pour l'Union soviétique de Staline.

Tous les hommes de 16 à 50 ans sont immédiatement mobilisés :

14 millions de soldats.

Foule en liesse.

Leur sacrifice et l'appel au patriotisme de Staline

portent leurs fruits.

Tirs en rafales.

...

Les Allemands sont arrêtés sur la route de Moscou,

au centre du front.

Tirs en rafales.

...

Explosion d'une grenade.

Tirs en rafales.

...

La bataille pour Smolensk

retarde la Blitzkrieg, la guerre éclair d'Hitler. Les Russes

ont perdu 1,5 million d'hommes et 4 millions de prisonniers.

Les pertes allemandes sont élevées, de l'ordre de 700 000 hommes,

ce qui inquiète le Führer. Hitler dit :

"Le communisme représente un terrible danger pour notre avenir.

"Ceci est une guerre d'extermination.

"Si on ne le comprend pas, nous pouvons vaincre,

"mais le problème ressurgira.

"Notre guerre n'est pas conduite pour épargner l'adversaire."

Omniprésent, Staline dirige la lutte contre Hitler.

Il s'est autoproclamé commissaire du peuple à la Défense,

commandant suprême des armées. Mais, comme Hitler,

c'est un stratège amateur. Par chance, Staline a auprès de lui

le général Joukov.

Spécialiste des chars, Staline lui fait confiance.

Joukov est le seul qui ose lui dire la vérité.

Joukov prédit :

"Les Allemands vont maintenant porter leur effort sur Kiev.

"Il faut évacuer la ville."

Staline explose. "Comment peut-on abandonner Kiev à l'ennemi ?"

Mais Joukov avait raison contre Staline.

Hitler décide de lancer ses forces vers le sud.

Les Allemands obliquent vers l'Ukraine,

encerclent les armées soviétiques,

font 600 000 prisonniers.

L'armée allemande entre dans Kiev le 26 septembre 1941.

Dans cette Ukraine divisée entre anti-Soviétiques et résistants,

les nazis commencent par attiser la haine contre Staline.

La propagande allemande montre la population devant une prison.

Elle assiste à l'évacuation des victimes du stalinisme.

La police politique a quitté le pays

avec l'ordre de vider les cellules, soit d'exécuter les détenus.

100 000 sont retrouvés les mains liées derrière le dos.

Les nazis rassemblent 34 000 Juifs d'Ukraine

pour les assassiner dans le ravin de Babi Yar, près de Kiev.

Un grand poète russe,

Evtouchenko,

écrira en leur mémoire : "Ici, en silence, tout hurle.

"Et, en me découvrant, je sens mes cheveux blanchir lentement

"et je deviens un long cri silencieux

"au-dessus des milliers d'ensevelis.

"Je suis chaque vieillard ici fusillé.

"Je suis chaque enfant ici fusillé."

A Kiev, la haine se déchaîne aussi

contre les effigies de celui qui a régné sans partage et sans pitié :

Staline.

Staline, 1903.

Il s'appelle encore Djougachvili. Il a 25 ans.

Entre 2 séjours en prison,

il rejoint la tendance la plus dure du Parti socialiste clandestin :

les bolcheviks de Lénine, toujours en exil,

toujours exalté.

Dans les congrès du Parti social-démocrate, hors de Russie,

Lénine affronte les mencheviks, les minoritaires,

plus modérés que les bolcheviks, les majoritaires.

Lénine repère Djougachvili

et favorise son ascension à la tête des bolcheviks du Caucase.

Lénine apprécie son sectarisme marxiste et,

surtout, son apport au financement des bolcheviks

avec ce qui est pudiquement appelé "les expropriations",

en fait, les braquages de banques.

Pour Joseph Djougachvili,

ces attaques à main armée sont légitimes

parce que son projet marxiste est au-dessus de la loi.

La fin justifie les moyens.

Son plus célèbre braquage a été reconstitué sous l'ère soviétique.

L'attaque organisée par le futur Staline le 12 juin 1907

du convoyeur de fonds de la banque centrale de Tiflis.

Le butin est l'équivalent de 6 millions d'euros.

Mais l'opération fait 5 morts et 16 blessés.

Beaucoup de socialistes condamnent ces actes de pur banditisme.

Djougachvili se défend. Il dit :

"Nous devons rester dans l'illégalité jusqu'à la révolution.

"Entrer dans la légalité serait devenir normal.

"Seule la lutte armée vaincra le tsarisme."

A Bakou, il se lance dans le racket. Avec Vorochilov,

secrétaire du syndicat du pétrole, il contrôle 50 000 ouvriers,

il rançonne les riches industriels, il les menace de grève

ou d'incendier leurs puits.

Il change sans arrêt d'apparence.

Il devient l'un des parrains du banditisme géorgien.

Il mérite son pseudonyme de Staline : "l'homme d'acier".

A la trentaine, son appétit sexuel est intarissable.

"Ses yeux sont brûlants", dit l'une de ses jeunes conquêtes.

Sa vie clandestine, dangereuse,

ne l'encourage pas à fonder une famille.

Pourtant, entre 2 arrestations, il rencontre une couturière :

Ekaterina Svanidze.

Il est si attaché qu'il accepte pour la première fois de se marier,

et à l'église.

Mais 3 ans après, elle meurt à 22 ans de la tuberculose.

Il dira : "Cette créature

"avait su adoucir mon cœur de pierre."

Elle lui avait donné un fils, Iakov,

que Staline accepte même de faire baptiser.

Il ne peut pas s'en occuper. Iakov est élevé par ses grands-parents.

Staline le reprend une fois arrivé au pouvoir.

Iakov est proche du garde du corps de Staline,

Nikolaï Vlassik.

Iakov, lieutenant d'artillerie, est fait prisonnier par les Allemands

en 1941.

Capturer le fils de Staline est une prise de guerre exceptionnelle.

Quand Staline apprend la nouvelle, il applique son propre décret

et fait arrêter la femme de Iakov

qu'il sépare de sa petite-fille.

L'interrogatoire de Iakov par les Allemands

leur apporte une information capitale.

Iakov, que son père n'a jamais beaucoup aimé, leur dit :

"Mon père a peur du mouvement nationaliste russe.

"La création d'un gouvernement russe opposé à Staline

"pourrait préparer la voie à une victoire allemande rapide."

Un rapport est aussitôt envoyé au maréchal Von Bock

qui transmet à Hitler.

Cette révélation donnerait le moyen au Führer de gagner la guerre

en supprimant le communisme dans le vaste territoire qu'il contrôle,

en rétablissant la propriété privée et la liberté de culte.

Mais il ne le fait pas. Pour Hitler,

pour son ministre de la Propagande, Joseph Goebbels,

les Russes sont des sous-hommes promis à l'esclavage.

Goebbels dit :

"Les Russes ne sont pas un peuple, mais un conglomérat d'animaux."

Recevant son allié, le dictateur italien Mussolini,

Hitler lui dit :

"Ce sol de Russie est le plus fertile du monde.

"Vos Italiens s'éreintent à travailler un sol pierreux.

"Ici, on trouve des espaces immenses de bonne terre.

"Ce sera le grenier à grains

"de la nouvelle Europe."

Les Allemands avaient déjà envahi la grande plaine russe

30 ans plus tôt.

1914 : Staline ne participe pas à la Première Guerre mondiale.

Après de multiples arrestations et évasions,

il a fini par être déporté en Sibérie.

Cloîtré 3 ans dans une isba,

il refait le monde avec d'autres marxistes exilés,

comme Lev Kamenev,

qui deviendra l'un des grands hommes de la révolution

et qu'il fera exécuter 20 ans plus tard.

12 mars 1917 : Staline, libéré,

arrive à Saint-Pétersbourg, rebaptisé Petrograd

après la 1re révolution de février 1917 qui a chassé le tsar.

Nicolas II dit :

"Je suis né pour le malheur et j'ai apporté le malheur à la Russie."

Le gouvernement provisoire du socialiste Aleksandr Kerenski

veut tenir les engagements de la Russie en continuant la guerre.

Il a besoin d'hommes.

Staline, convoqué pour l'armée,

est réformé à cause de son bras atrophié. Alors,

il rejoint les bolcheviks, eux aussi sortis de la clandestinité.

Il devient l'adjoint de Kamenev

à la direction de "La Pravda",

la vérité,

quotidien qui soutient alors le gouvernement provisoire.

Lénine revient de Suisse le 3 avril 1917.

Il rejette ce gouvernement

qui continue ce qu'il appelle "la guerre impérialiste".

Lénine expose son programme révolutionnaire.

Pour lui comme pour Staline, encore dans l'ombre,

il faut donner tout le pouvoir aux Soviets,

les conseils d'ouvriers

et de soldats qui se forment dans les villes.

Lénine veut la fusion de toutes les banques,

la confiscation des grandes exploitations agricoles.

Liesse générale.

...

Sur le front, les soldats paysans russes désertent

pour participer à la redistribution sauvage des terres.

...

Eté 1917 :

l'influence des bolcheviks grandit dans le pays.

Grâce au slogan de Lénine :

"Je vous apporterai la paix, la terre et le pain."

D'autres pancartes sont plus menaçantes.

"A bas le gouvernement provisoire !"

"A bas les ministres capitalistes !"

Léon Trotski, 38 ans,

est un brillant intellectuel juif marxiste

revenu d'exil à Paris puis à New York.

Il n'a rien d'un prolétaire

et a tout pour déplaire à Staline, mal à l'aise en public

et jaloux de ses talents d'orateur. Trotski a le don

de rallier les foules à la cause bolchevik.

Alors Kerenski décide de se débarrasser des bolcheviks.

Il lance une vaste opération de police.

800 bolcheviks sont arrêtés,

dont Trotski et Kamenev.

Lénine s'enfuit en Finlande

avec l'aide de Staline

qui lui a rasé sa barbiche et l'a déguisé en paysan.

Staline reste.

Il devient le messager de Lénine et prend de l'importance.

Le froid qui arrive accroît la tension du pays en proie aux grèves

et à la faim.

Après 3 mois d'absence,

Lénine décide de revenir à Petrograd

pour déclencher l'insurrection.

Le soir du 7 novembre 1917,

les bolcheviks s'emparent des points stratégiques de Petrograd,

la centrale électrique, la Poste, les ponts, et libèrent les leurs.

Le palais d'Hiver, l'ancienne résidence du tsar,

est l'ultime refuge du gouvernement provisoire de Kerenski.

Il n'est plus défendu que par un bataillon de jeunes femmes.

Les soldats de la garnison, affamés,

sont partis chercher de la nourriture.

Le croiseur Aurore, rallié aux révolutionnaires,

tire une salve à blanc. C'est le signal de l'assaut

contre le palais d'Hiver.

Les 140 jeunes femmes, héroïques, se défendent jusqu'au bout.

Tirs en rafales.

Les bolcheviks capturent les membres du gouvernement provisoire.

Leur chef,

Kerenski, réussit à s'enfuir

pour un long exil en Amérique.

Ce coup d'Etat est appelé "révolution d'Octobre"

selon l'ancien calendrier russe. La vraie date est le 7 novembre 1917.

Les bolcheviks sont au pouvoir.

Lénine forme son gouvernement.

Cette reconstitution soviétique reproduit le film d'époque

qui montre Lénine dans son attitude habituelle

avec sa sévère myopie de l'œil droit.

Lénine,

pour ne plus employer des mots bourgeois comme "ministre",

utilise le terme de "commissaire du peuple".

Il offre l'Intérieur à Trotski, qui refuse en disant :

"Nommer un Juif à la tête de la police,

"c'est donner une arme supplémentaire à nos ennemis."

Lénine lui propose alors les Affaires étrangères,

ce qui lui convient.

Pour la première fois dans l'Histoire,

une femme entre dans un gouvernement.

Une aristocrate devenue marxiste :

Alexandra Kollontaï.

Elle y restera 4 mois.

Lénine nomme Staline

commissaire aux Nationalités pour régler les velléités d'indépendance

aux frontières. Le Géorgien, qui a toute sa confiance,

avait écrit, en 1913,

une brochure intitulée "Le marxisme et la question nationale".

20 ans plus tard,

Staline fera assassiner 12 des 15 ministres

de ce gouvernement Lénine de 1917.

Pour le moment, c'est Lénine qui a encore le pouvoir.

Président du Sovnarkom,

le Conseil des commissaires du peuple,

maître de Petrograd, la capitale de la Russie.

Petrograd.

Novembre 1917.

Après ce coup d'Etat, la vie reprend son cours normal.

Les milices ne s'affrontent plus.

L'écrivain Maxime Gorki dit :

"Que va-t-il se passer, maintenant ?

"J'ai bien peur que beaucoup de sang ne coule

"bien plus qu'il n'a jamais coulé."

Lénine apparaît avec sa maîtresse, une militante française,

Inès Armand,

et son épouse, Nadejda Kroupskaïa, une bolchevik de la première heure.

Il est soumis à 2 pressions : faire la paix avec l'Allemagne

et faire face à une menace politique.

Le gouvernement provisoire avait,

depuis des mois, organisé des élections.

Lénine maintient le scrutin pour légitimer son pouvoir.

Les premières élections libres de l'histoire de la Russie ont lieu

le 25 novembre 1917.

3 semaines seulement après leur coup d'Etat,

c'est une défaite absolue pour les bolcheviks.

Ils ont 168 députés contre 400 pour les socialistes-révolutionnaires,

plus modérés et plus démocrates.

Lénine dissout immédiatement cette assemblée.

Il établit sa dictature qu'il appelle "dictature du prolétariat".

Il promet une société sans classes.

Il suspend toutes les libertés,

interdit les partis politiques,

supprime la liberté de la presse et le droit de grève.

Lénine désigne ses opposants, de droite comme de gauche,

comme ennemis du peuple

ou contre-révolutionnaires.

Pour les neutraliser, il crée une nouvelle police politique,

la Tcheka,

initiales russes de Commission de répression de la contre-révolution.

Lénine dit : "Lançons une terreur de masse impitoyable.

"Une révolution sans pelotons d'exécution n'a aucune chance."

La Tcheka, la police politique,

est organisée par le Polonais Félix Dzerjinski.

Il sort lui-même diminué des prisons du tsar

où son activité révolutionnaire l'a plongé toute sa vie.

Il a une âme implacable d'inquisiteur.

Il dit : "Nous n'avons que faire de la justice.

"Nous sommes en guerre sur le front le plus cruel."

Ce document unique

nous fait pénétrer dans les coulisses de la Tcheka.

Les tchékistes, recrutés parmi les fanatiques bolcheviks

ou les pires délinquants psychopathes, sont filmés, ici,

après le pillage d'un appartement

pudiquement appelé "contribution de la bourgeoisie". En 6 semaines,

la Tcheka, la police politique, commet 50 000 assassinats.

Plus de droits, plus de justice.

Le procureur général dit :

"Nous ne devons pas seulement exécuter les coupables.

"L'exécution des innocents impressionnera plus les masses."

Dans cet univers de terreur,

Staline séduit sa secrétaire, Nadejda Allilouïeva, 16 ans.

Il la connaît depuis l'âge de 4 ans. Ses parents,

fervents bolcheviks, avaient caché Lénine recherché par la police.

Staline avait déjà eu une aventure avec sa mère,

adepte de l'amour libre.

Il épouse Nadejda qui lui donne 2 enfants aux destins singuliers.

Courageuse, elle sera capable d'affronter,

à ses risques et périls,

le tyran rouge.

3 mars 1918 : les soldats russes et allemands

sortent de leurs tranchées et fraternisent

au mot d'ordre de la révolution internationale.

Les banderoles proclament :

"Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"

Lénine et les bolcheviks viennent de signer avec l'Allemagne

le traité de Brest-Litovsk, désastreux pour la Russie

qui perd une partie de son territoire,

la plus riche en blé et en acier.

Petrograd est jugée trop près de l'Allemagne.

Les bolcheviks choisissent de revenir à l'ex-capitale, Moscou.

Moscou, mars 1918.

Lénine pose devant le célèbre canon du Kremlin.

Le Kremlin,

la citadelle qui abrite les tombes des 47 tsars. Le tsar, aujourd'hui,

c'est un marxiste : Lénine, le dictateur de la Russie.

Son régime repose sur 3 piliers : le parti bolchevik,

la police politique et les gardes rouges,

qui vont devenir l'Armée rouge.

Mais le pouvoir de Lénine est fragile.

Il est encerclé par les forces hostiles au bolchevisme.

Dans toute la Russie se forment des armées de gardes blancs,

souvent anciens soldats tsaristes,

qui vont lutter contre les rouges, ouvriers et paysans,

souvent sans uniforme, mal armés, mal équipés, indisciplinés.

Lénine nomme alors Trotski

commissaire du peuple à la Guerre. Militaire dans l'âme,

Trotski avait brillamment organisé le coup de force bolchevik

de novembre 1917.

Toute son énergie est nécessaire.

La guerre civile commence.

Elle va durer 4 ans et faire 10 millions de morts.

Tous rivalisent de cruauté.

Il n'y a pas de prisonniers.

Ce soldat bolchevik

défie en souriant les blancs qui vont le tuer.

Le voici, à droite, les narguant jusqu'au dernier moment.

En Russie,

la mort est devenue la compagne intime de tous les instants.

Mobilisé d'office dans l'Armée rouge,

Vassili Petrovic Nikolaïev avait alors 15 ans. Il raconte.

"Notre signe de reconnaissance :

"des étoiles rouges sur nos casquettes.

"Nos camarades gisaient dans les champs,

"leurs étoiles découpées sur le front. Il y avait aussi

"des officiers blancs déchiquetés par nos baïonnettes.

"Leurs galons sortaient de leur ventre. On n'avait aucune pitié."

Lénine et une poignée d'hommes ont plongé un continent dans le chaos.

Alors se forment contre les bolcheviks

d'autres gouvernements, comme à Samara, sur la Volga,

celui des socialistes-révolutionnaires.

Déçus et désespérés, ils organisent un complot pour assassiner Lénine.

Ils se servent d'une femme,

la socialiste-révolutionnaire Fanny Kaplan.

Elle l'atteint à l'épaule et au poumon.

Fanny Kaplan dira : "J'ai tiré sur Lénine

"parce que je le considère comme un traître au socialisme

"et parce que son existence discrédite le socialisme."

Lorsqu'il revient à lui, Lénine refuse d'aller à l'hôpital,

jugé peu sûr.

Il se fait transporter au Kremlin

où les médecins ne peuvent pas l'opérer.

Il survit, mais avec 2 balles dans le corps.

Après avoir été torturée,

Fanny Kaplan est exécutée sans jugement 3 jours plus tard.

En représailles, la police politique exécute 1 300 malheureux

désignés comme "otages de la bourgeoisie".

Le 30 août 1918,

le gouvernement bolchevik officialise la Terreur rouge.

Il décrète :

"Il faut isoler les ennemis de classes dans des camps

"de concentration et fusiller tout individu

"impliqué dans des organisations blanches,

"des insurrections et des émeutes."

Tels les cavaliers de l'Apocalypse,

les bolcheviks sèment la mort et la désolation

pour se maintenir au pouvoir. Ils vont continuer pendant 20 ans,

jusqu'à ce que les Allemands soient aux portes de Moscou.

1941, début novembre,

les bombardiers allemands attaquent la capitale de l'URSS.

Les chars de la Wehrmacht sont à 70 kilomètres du Kremlin.

Hitler dit :

"La Russie est finie."

A Moscou, Staline décide de ne plus autoriser les évacuations,

de fusiller tous ceux qui seraient soupçonnés

de vouloir quitter la ville.

Dans le métro de Moscou, où il est en sécurité,

Staline prononce, le 6 novembre 1941,

un grand discours devant son gouvernement

et les responsables du Parti communiste.

Applaudissements nourris.

Staline va citer Hitler en lui faisant dire des mots qui sont,

en fait,

destinés à ceux qui l'écoutent.

Ils ont survécu à 2 décennies de terreur.

Staline les prévient que le pire est à venir.

Hitler dit :

"On ne peut gouverner que par la force.

"Tous les moyens sont justifiés.

"Quand la politique l'exige,

"il faut mentir, trahir, tuer.

"Je libère l'homme, d'une chimère, la conscience !"

-Staline a toujours menti, trahi, tué.

Il a forgé, dans son univers utopique,

une société nouvelle

et un homme nouveau,

l'homme rouge, rouge de la révolution, rouge de sang.

Sous-titrage : Vdm

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