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...
-Voilà. -Merci.
Eléonore, je bois à votre beauté.
-Je culpabilise de vous arracher à vos occupations, commissaire.
-Je suis serein,
..j'ai moi-même formé mon 2d. -Je me sens si seule, sans Firmin.
-On peut résister à tout, sauf à la tentation, n'est-ce pas ?
-Bon appétit. -Magnifique !
Merci, Mlle. Magnifique !
-Jean, vous êtes un ogre. -Ha ! Ha ! Ha ! Ha !
Eléonore...
-Commissaire !
-Qu'y a-t-il, Ménard ? -C'est affreux.
On a tiré sur l'inspecteur Lampion. -Quoi ?
-Il a abattu l'individu, mais...
-Il est blessé ? -Une balle en pleine poitrine.
On sait pas s'il va s'en sortir.
-C'est vous qui avez pris l'appel :
..qu'a dit exactement notre indicateur ?
-Qu'il avait logé Henri Marelle rue du Four de la Terre.
-Et moi, qu'ai-je dit ? -Inutile de ressasser tout ça !
-Qu'ai-je dit, moi ?!
-Vous avez dit à l'inspecteur... -Plus fort, Ménard.
-Qu'aller le cueillir..
..était un jeu d'enfant, et qu'il pouvait s'y rendre seul.
-Exactement.
J'ai bien dit ça.
J'aurais dû le prévoir, mais j'ai été aveuglé par un jupon.
-Commissaire...
-Docteur ! Est-ce qu'il est vivant ?
...
Lampion ! J'ai cru que vous ne vous réveilleriez jamais.
-Commissaire... -Ne dites rien ! Ne bougez pas.
J'ai vu le médecin : la balle n'a pas perforé le poumon.
Il vous faut juste du calme,
..du repos, du silence...
Vous avez eu le malfrat.
Vous êtes un héros, Lampion.
Le préfet parle d'une décoration ! -Commissaire... Je vous ai déçu...
-Pardon ?
-Je vous ai déçu, commissaire ?
-Non... Non, Lampion, au contraire.
...
Le clocher sonne.
...
-Y'a personne ? -Non, Mlle Louise.
-Mes parents savent pourtant que je reviens aujourd'hui.
-Le dîner sera servi à 19h. -Je les déteste.
-Encore en train de fouiner !
-Non, je serai très bien chez moi.
-Vous ne pourrez pas monter les 4 étages jusqu'à ce lieu insalubre !
-Insalubre ? -Et bruyant !
Non ! Il faut vous mettre au vert. C'est un ordre !
-Je n'ai pas les moyens..
..de m'offrir une villégiature. -Bah, je les ai, moi, les moyens !
-Tu es Louise ? -Qui êtes-vous ?
-On ne t'a rien dit ?
-Non. -Je suis Clémence.
Je m'occupe de tes frères. -Pourquoi ?
-Ta mère, Mme Simonet...
-Bonjour, Louise.
-Vous vous êtes lavé les mains ? -ON VOULAIT VOIR LOUISE.
-Allez ! A la salle de bains.
-Eh bien, qu'attends-tu ?
Ne reste pas plantée là.
-Louise a quand même 18 ans !
Il faut qu'elle trouve un mari ! -Bon courage !
Avec sa tête d'enterrement, on dirait qu'on lui a mangé sa soupe.
Faut sourire, pour plaire. -T'en sais quelque chose, toi !
-Regarde !
Lucien m'a offert un coeur. C'est du plaqué.
-Ce serait plus convenable qu'il t'offre une alliance.
-Elle s'est mis du rouge..
..sur les lèvres ! -On ne montre pas du doigt, Pierre.
-Il n'y a pas de mal à s'arranger un peu, hein ?
-C'est meilleur qu'au pensionnat.
-Beaucoup plus cher, aussi. Et plus gras. Débarrassez, Guite.
-Bien, M. -Que comptes-tu faire, maintenant ?
Rien, comme d'habitude ?
-Je sais pas, j'y ai pas pensé.
-Dieu merci, on ne te demande pas de penser, mais de te rendre utile.
-Ffff ! Hou ! -Ha ! Ha ! Ha !
-Ha ! Ha ! Ha ! -Chut, les enfants...
-On s'est sacrifiés en vain pour que les Soeurs..
..fassent de toi une jeune fille convenable, certes,
..mais je ne vais pas en plus te nourrir à ne rien faire.
-Ha ! Ha !
-Ca suffit ! C'est insupportable ! Clémence, éloignez-moi ces enfants.
Qu'ils mangent dans la cuisine, comme les cochons qu'ils sont.
Vous mangerez avec eux : une domestique ne prendra pas ma place.
-Prends tes remèdes, Henriette. -Retourne donc à ton étude,
..rédiger les testaments de ceux qui avaient de l'ambition, eux !
-Maman... -Va-t'en, disparais.
-Elle est calmée. C'est une chance, elle a rien cassé, cette fois.
-Ca te regarde pas. Aide-moi, au lieu de fourrer ton nez partout.
Tu finiras par perdre ta place, ici et chez les autres.
Fais-moi le fond de plat ! -J'ai plus le temps.
Je suis déjà en retard à cause de la dingue.
-Les enfants ne sont plus là ?
-Mlle Clémence..
..les a emmenés se coucher, M.
-Bien. Mme va se reposer. Veillez à ne pas la déranger.
-Monsieur !
Quelqu'un a glissé cette lettre pour vous.
...
-"C'est ton cul de garce que tu devrais tremper dans le bénitier.
"L'odeur du foutre empeste..
"..tout le village."
C'est insupportable ! -Ca suffit comme ça.
Je préviens la police. -Pas question.
-C'est la seule chose à faire.
-Non, la police s'intéressera certes au corbeau,
..mais aussi à ce qu'il écrit ! -Et après ? Je m'en fiche, moi.
Mais toi, non. Hein ? Ma petite soeur a des choses à cacher,
..elle aussi ? Des secrets honteux ?
-La ferme ! On entre.
T'es en retard, Guite.
-Tes douleurs au dos, ça va mieux ? -Un peu mieux, Dr.
Me Simonet en a reçu aussi. -De quoi je me mêle ?
Y'a du travail à la cuisine.
-Regardez ce paysage, Lampion !
C'est magnifique ! Tellement bucolique !
-J'aime pas trop la campagne : tout ce vert, ça m'angoisse.
-"C'est un trou de verdure où chante une rivière,
"..accrochant follement aux herbes des haillons d'argent."
-"Le Dormeur du val".
-Oui : pile ce qu'il vous faut ! -Euh... Le type dans les glaïeuls,
..il dort pas : il est mort.
-Nous y voilà ! Nous faisons tout droit, Lampion ?
Hein ?
Emile ! -Hein ? Quoi ?
-Vous m'avez fait peur !
-Qu'est-ce que j'ai fait ? -Je vous ai cru mort !
Vous êtes livide, Lampion, il faut reprendre des couleurs.
Ne bougez pas.
Excusez-moi, mon père,
..nous cherchons la demeure de Mlle Dubreuil.
-Emilie est à la sortie du village.
-C'est donc vrai : cette vieille chère Emilie est sur la paille.
Elle loue sa lugubre demeure.
Elle en est réduite à partager la maison du gardien avec sa bonniche.
Grandeur et décadence !
Dimitri Kochenko, collectionneur esthète,
..l'homme scandaleux de ce village. Il en faut bien un, n'est-ce pas ?
Tout le monde me déteste,
..évidemment.
Un étranger au regard de braise...
Enfin un peu d'animation dans ce trou !
-Tu viens, Hector ?
Bonne journée, MM. -Bonne journée, Mme.
Alors, Lampion, où allons-nous ?
-Laissez-moi vous accompagner.
C'est ici, MM.
Chère Angélique ! Ce prénom est fait pour vous, décidément :
..toujours fraîche comme la rose.
Sinistre, n'est-ce pas ?
-Ce M. a eu la gentillesse de...
-Justement, nous n'avons plus besoin de vous. Merci beaucoup.
-N'effarouchez pas la vieille dame, elle n'a jamais vu le loup :
..2 hommes dans sa maison, elle ne s'en remettra pas.
Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha !
-C'est qui, ce triste sire ? -J'en sais rien, mais à l'évidence,
..vous lui plaisez. -Quoi ?
J'ai l'air d'une tapette ? Mademoiselle...
-Je ne sais pas si tout ceci est très convenable.
-Je vous demande pardon ? -2 hommes seuls dans cette maison !
Je pensais n'avoir qu'un locataire. -M. Lampion a eu un grave accident,
..je l'ai simplement accompagné.
-Nous veillons, avec quelques dames, à préserver ce village..
..de tout scandale. Mère m'a appris à dénoncer et à combattre le vice.
Angélique, voulez-vous prendre les manteaux de ces messieurs ?
-Je vais garder mon écharpe.
La maison est fraîche. -N'est-ce pas ?
En été, tout le monde envie sa fraîcheur. J'y suis née. Hélas,
..les tracas de la vie m'obligent à la louer. Vous prendrez ma chambre.
Si vous le désirez, Angélique peut s'occuper de la maison,
..pendant la journée, moyennant un petit supplément.
-Je suis très ordonné, ce ne sera pas nécessaire. Merci.
-Si, il accepte. Combien ? -Pendant cette période difficile,
..Angélique a la gentillesse de m'héberger... 150 !
Angélique est une perle, et un peu l'âme de la maison.
-Voilà, 150.
...
Quel calme !
Je suis content d'avoir déniché cet endroit ! Musarder dans les bois,
..respirer la pureté de ce lieu... Je vous envie, Lampion, vraiment.
Bon, il est temps que je parte. -Emmenez-moi avec vous !
-Non, restez tranquille. Reposez-vous dans votre chambre.
-Elle est tellement froide...
-Ah bon ? Angélique ! -Oh non ! Commissaire !
-Angélique, vous ferez du feu dans la chambre de M. Lampion.
-Mlle, elle chauffe pas. -Préparez-lui un dîner consistant :
..une viande rouge. -Mlle, elle mange une soupe.
-Pourvu que je la croise pas dans les couloirs, elle me fait peur.
-C'est une question..
..d'autorité et de prestance. Entraînez-vous, Lampion !
...
On entre.
-Je vous avais pas entendu entrer.
Klaxon.
Il fredonne.
...
-Ah !
-A quoi vous rêvassez, bon sang !?
-Je rêve jamais. -J'ai failli vous tuer !
-Tant mieux ! -Et ce crapaud aussi.
"Le crapaud respirait toujours.
"Sans abri, sans asile, il rampait. On eût dit que la mort,
"..difficile, le trouvait si hideux qu'elle le refusait." Victor Hugo.
Maintenant, écartez-vous, il faut achever cette bête.
-Non ! Non !
-Que faites-vous ?
Où allez-vous ? Ce vélo ne marche plus !
Si vous me promettez de ne plus faire de bêtises,
..je ne dirai rien à personne. Mais il faut promettre, hein ?
Certaines maisons ont du charme, car elles ont une âme.
Celle-ci a été abandonnée, mais elle est restée, comment dire...
-Vivante ? -Oui,
..peut-être. -C'est beau.
Je m'appelle Louise.
-Jean Larosière.
-C'était la maison d'un peintre. Il est parti il y a 5 ans.
On l'a jamais revu. -Les artistes sont des originaux.
Les dames du village n'aiment pas trop cela,
..n'est-ce pas ?
-Ce sont des sorcières. -Ah ?
Bon !
Venez, je vous ramène.
-Maintenant que t'as fait ta petite affaire, tu te cavales ?
-Guite, je suis en retard, le patron m'attend.
On se voit demain !
-Tu peux toujours courir, la prochaine fois !
Lucien ?
C'est toi ? Arrête, c'est pas drôle.
Je dirai rien, je vous promets !
...
-Prenez soin de vous, Louise.
-Merci.
...
-Encore une.
-"T'as confessé à maman que les enfants de choeur..
"..tripotent ton tout petit goupillon ?"
-Je t'interdis de lire ces mensonges.
Je suis sûr que c'est ce dépravé. -Dimitri Kochenko ?
Je ne crois pas, maman. Je l'ai vu lire une de ces lettres, ce matin.
Il était blanc de rage.
-Que ce monstre contre-nature en reçoive,
..c'est normal. Mais nous ? Moi ?!
-J'ai pas attendu qu'il se décide à venir manger.
J'y ai mis le plat sur la table : j'allais pas poireauter après lui.
Faudra qu'il s'y fasse, le babache !
-On raconte que Guite se conduit mal,
..avec les garçon. -Elle fricote avec le Lucien.
C'est pas le 1er ni le dernier. -Quelle honte !
...
Une porte claque.
Le plancher grince.
...
L'horloge sonne.
-Ah ! -Vous n'êtes pas couché ?
Vous ne guérirez jamais, si vous menez une vie de patachon !
-C'est vous qui m'avez réveillé. -Ca m'étonnerait.
Je suis le policier le plus furtif de France. Allez ! Au lit !
Bon, où vais-je dormir, moi ?
-Vous êtes revenu pour moi ? -Ne dites pas n'importe quoi.
Je m'inquiète pour une jeune fille un peu trop seule.
La vôtre est plus accueillante. -Je peux dormir ici, patron.
-Certainement pas !
Je sais me sacrifier quand le devoir l'exige. Bonne nuit.
Le clocher sonne.
-Oh ! Pardon, commissaire ! Je savais pas...
-Veillez à n'utiliser que le côté gauche du lavabo, d'accord ?
Moi, je vais à la messe. -Vous allez à l'église ?
-Je compte observer les paroissiens du village en plein recueillement,
..et y lier quelques connaissances. -La jeune fille sera là,
..n'est-ce pas, commissaire ? -N'allez rien imaginer.
Et cessez de m'appeler commissaire,
..nous sommes ici incognito !
-Comment doit-on s'appeler ? Jean ? Et vous, Emile ?
-Le mieux serait qu'on ne s'appelle pas.
D'accord ?
Chut !
Belle messe, n'est-ce pas, Mlle Dubreuil ?
-Je vous croyais reparti.
-Mlle Villiers. -Ravi. Jean Larosière.
-Rose, pour les amis. -Rose est une âme charitable.
-J'essaie de soulager la misère humaine. C'est une tâche ingrate.
-Tout le monde vient prendre le thé à la maison cet après-midi !
Ne me dites pas que vous êtes pris, on s'ennuie toujours, le dimanche !
-Henriette, le moment est mal choisi.
-Il est idéal !
Evidemment, vous êtes invitée, Mathilde, avec le père Hector.
Vous aimez la tarte à la rhubarbe ? -J'adore !
C'est aussi amer que la vie.
Nous pourrons dire du mal de tout le monde, comme d'habitude !
Ce vêtement vous donne une prestance extraordinaire.
C'est anglais, comme coupe ? -Qu'est-ce qui vous prend ?
-Incroyable ! J'aurais parié qu'il s'agissait d'épaulettes.
Mais non, il n'y a que du muscle ! -Enlevez vos sales pattes,
..ou je vous casse la figure. -Ne me tentez pas, Jean.
A plus tard.
-Ce parasite s'impose partout. -Soyons charitables, Rose.
Même si je reconnais que c'est parfois difficile.
-Eh bien, je vous attends à 16h !
-Seigneur ! Que cette pauvre enfant est disgracieuse !
-Bon, eh bien, à cet après-midi. -A tout à l'heure.
-Excusez-moi, mon père.
Guite était pas à la messe ? -Non, toi non plus, d'ailleurs.
Comme d'habitude.
...
-Eh !
J'ai ramené du saignant. Et y'a du courrier à la boîte aux lettres.
-Un dimanche ? -Et alors ?
Y'a pas toujours besoin d'un facteur, ici. Hein, ma pépète ?
Bisou maman ! Hé ! Hé ! Hé !
...
-Je les déteste.
-Quand je suis triste, je lis des poèmes.
Après, ça va toujours mieux.
Tiens, je te le donne.
-C'est vrai, Clara ? C'est pour moi ?
-C'est un accident de chasse.
-La respiration est sifflante, mais rien d'inquiétant.
Inutile de garder votre écharpe. Je passerai refaire votre bandage.
-Vous êtes le seul Dr du village ?
-Oui.
-Tout ça est très embêtant.
-Qu'est-ce qui vous prend, Lampion ?
-Nous avons reçu une lettre un peu... Euh...
-Vous n'avez pas que des amis, ici.
-Absurde ! Je ne bois que de l'eau. -Et vous n'assassinez pas..
..vos patients. -C'est donc vrai !
Mon Dieu !
Dans ces conditions, je peux plus vous louer cette maison !
-Expliquez-vous, au lieu de jouer les pudibondes.
-Cet homme est-il toujours nu ?
-Emilie, je vous ai déjà auscultée, vous aussi.
-Qu'auriez-vous pensé si vous aviez reçu cette chose ?
Mère disait qu'il n'y avait pas de fumée sans feu.
-C'est vrai.
-Lisez, Emile.
-"Ta salope de mère..."
-Oui ? Continuez.
"Ta... doit se retourner dans sa tombe.
"Les 2 fornicateurs sodomites s'enfilent sur son lit de mort."
-C'est tout ? -C'est déjà pas mal.
-Ma maison n'a jamais été mêlée à un scandale. Je n'y survivrais pas.
-Emilie...
Ces lettres sont mensongères. Faites comme moi :
..mettez-les au feu.
-Vous en avez reçu, vous aussi ? -Oui.
Dans la dernière, ce détraqué s'en prenait à vous.
Mais je n'en ai rien cru, évidemment.
Vous n'étiez pas épargnée non plus.
-Mlle !
-Charmant petit patelin.
-Mme, y'a pas de rhubarbe, en cette saison.
-Eh bien, nous mangerons des sablés.
-Si Guite n'arrive pas, je devrai en plus servir !
-Toujours une oreille qui traine, toi !
-On a glissé une lettre pour vous sous la porte.
-De quoi je me mêle ?
De quoi je me mêle ?
-"Méfie-toi du boucher qui te soigne.
"Le poivrot n'en est pas à son 1er crime."
-Qui peut écrire de telles horreurs ?
-Vous êtes bien sensible, Lampion. -C'est les oignons. Y'en a assez ?
-Vous appelez ça des épluchures ?
Ce n'est pas compliqué de n'en retirer qu'une infime partie :
..comme ça.
-Vous croyez que c'est un maître chanteur ?
-Non, il enverrait les lettres aux intéressés.
Ca, c'est le plaisir de nuire : une femme sûrement aigrie et frustrée,
..comme il y en a dans tous les villages.
Instruite, vocabulaire recherché, pas de fautes d'orthographe...
Le thé chez la femme du notaire risque d'être passionnant.
-J'espère qu'il y aura quelque chose à grignoter.
-Nom de Dieu ! Lampion !
-Je me sens bien mieux, maintenant. J'ai juste besoin de repos.
Je vais profiter de la douceur de cet endroit.
-Bonsoir, Louise.
-Ah ! Les charmes de l'homme mûr !
-C'est pas dans cette tenue qu'elle trouvera un parti.
-Qu'est-ce que l'apparence, si l'âme est pure ?
-Vous verrez, notre village est un havre de paix.
-Malgré les lettres ? -Pardon ?
-Je parle de celles qu'un corbeau répand partout comme de la fiente.
-Ma mère en a reçu une, ce matin. -Louise !
A vrai dire, j'avais oublié. J'ai à peine lu la lettre,
..vu qu'elle concernait Mathilde. -Non ? Dites-nous !
De quoi pourrait-on accuser une personne si irréprochable ?
-Comment le saurais-je, M. Kochenko ?
Ma lettre vous concernait. Elle dit que vous dépouillez les morts.
-Quel horrible raccourci !
-Ces ragots me consternent ! Les lettres s'en prennent même à Rose,
..la plus méritante d'entre nous. -Quoi ? Je veux savoir..
..ce qu'a écrit ce cinglé. -Inutile.
-J'insiste !
-Il était question de vous et de Jeanjean, le chiffonnier.
-Ha ! Ha ! Trop drôle ! Rose et l'ivrogne du village !
Ha ! Ha ! Quel tableau ! Cro-Magnon et la grenouille de bénitier !
-Fermez-la, pédéraste ! -Monsieur !
-Je vais me sentir mal... -Une gorgée de thé, peut-être ?
Elle étouffe.
...
-Elle est morte.
Incroyable !
Il doit s'agir d'un poison très violent. On dirait du cyanure.
-Il faut prévenir la police.
-La police, c'est moi !
Commissaire Larosière. Et voici l'inspecteur Lampion.
L'enquête est en marche !
-Mais... On n'a pas pu la tuer ! Qui pouvait en vouloir à Emilie ?
-Il suffit de voir..
..à qui profite le crime : Emilie a refait son testament à l'étude,
..cette semaine,
..en faveur d'Angélique, sa bonne. Qu'en pensez-vous,
..Larosière ? Enfin, commissaire. -Elle n'était pas visée isolément :
..n'importe qui aurait pu boire ce thé.
-C'est absurde, ça n'a pas de sens. -Au contraire, mon père.
Le corbeau est ici, dans cette pièce.
Il ne croasse plus :
..il tue !
Ecoutez ça : "Le Simonet n'a pas pu faire enfermer la dingue,
"..alors il va la crever."
-Nous avons affaire à un fou.
-Merci, Lampion. Même diminué, vous m'êtes d'une aide très précieuse.
-Même si la vieille demoiselle avait des habitudes spéciales...
-Appelons un chat un chat : elle couchait avec la bonne.
-C'est tout de même pas une raison suffisante pour supprimer Emilie.
Ca peut être un crime passionnel : elle hérite !
Angélique est capable de tout !
-Retenez que, pour l'assassin, un mort en vaut un autre. Tout est là.
Peu importe qui buvait le thé. Il va continuer. Oui !
Il va continuer, Lampion.
-Qu'est-ce que vous foutez là, vous ?
-J'envisageais de me reposer.
-C'est Mlle, qui repose ici, jusqu'aux obsèques !
Débarrassez vos affaires ! C'est pas convenable,
..dans la chambre d'une morte.
Je vais vous faire une belle toilette.
-Cette maison doit valoir une coquette somme.
-Je l'ai pas tuée ! Compris ?
Je vais vous mettre votre blouse préférée. Elle vous va si bien !
Elle fredonne.
...
-"Mathilde, la bigote racornie au cul bouché,
"..a accouché d'un bâtard." Belle prose, hein ?
Dur d'imaginer Mathilde vivant dans le péché, et pourtant...
Qu'avez-vous, Lampion ?
Vous ne dites rien ! -Elle va dormir dans ma chambre...
Dans le lit où je dors. -Pourquoi vous chuchotez ?
-A cause de la présence de la mort.
-Mangez ! Vous êtes aussi pâle qu'Emilie !
Concentrez-vous sur l'enquête.
Partons du principe que les accusations portées sont vraies.
-Vous avez raison, ça me détendra. -Alors, que nous dit le corbeau ?
Que Jean Villiers boit. -Il boit que de l'eau.
-Et alors ? Qu'en déduisez-vous, Lampion ?
-Que le corbeau ment ? -Non, il ne ment pas.
Seulement, ce bon Dr ne boit plus.
Ces gens respectables cachent des secrets honteux.
...
-Je peux pas, commissaire. -Enfin !
C'est pas votre 1er cadavre ! Voyez le bon côté des choses :
..cette femme ne ronfle pas. -Quand je dors avec quelqu'un,
..il est pas mort !
-Votre vie privée vous regarde. -Evidemment.
-Quoi ? Je ne vous juge pas ! -Non, mais vous êtes blessant.
Assez souvent, même.
-Pas du tout. A part Kochenko, je n'ai rien contre les homosexuels.
Il est 1h du matin, allez vous reposer.
-Je pourrai pas fermer l'oeil, commissaire. S'il vous plaît...
Je sais pas si on devrait faire ça.
-Cessez de geindre. On la remettra en place demain, ni vu ni connu.
Vous restez de votre côté, d'accord ?
-Je ne bouge pas d'un pouce, patron.
Ils ronflent.
...
-Eh... Eh !
-Désolé, je voulais pas, c'est parce qu'il y a un trou,
..au milieu.
-Taisez-vous, Lampion.
-Qu'avez-vous fait de la dépouille ?
-A cause de vous, maintenant, on croit que je suis de la jaquette !
-C'est cocasse. -Vous faites tout de travers.
Vous trempez ! -Pardon ?
-Votre pain ! Vous le trempez !
Après, ça dégouline et ça fait des miettes gluantes au fond !
Moi, je ne trempe jamais ! -Moi aussi, ça m'écoeure,
..mais je laisse un petit fond. -Pendant que vous mangez,
..moi, je m'appuie la grand-messe : assis, debout, à genoux, encensoir,
..goupillon !
Tout le toutim, quoi ! Merci, Lampion, merci !
-Et voilà ! Merci, commissaire...
Les cloches sonnent.
...
-Vous n'avez rien de plus gai à faire, ce matin ?
-Je suis pas là pour la vieille.
Vous m'aimez bien, non ? Vous m'avez défendue, l'autre jour.
-Oui... Bien sûr.
-Vous êtes le 1er à être gentil.
-Alors !
"Le 1er trou est creusé pour la vieille, tous les autres suivront."
Pour une fois, la lettre est signée :
.."Clara".
-A genoux, tous ! Implorons l'aide de Dieu !
-Ha ! Ha ! Ha ! -Ca suffit, espèce de cinglée.
-Ha ! Ha ! Ha !
-Maman, je t'en prie, relève-toi !
Nous devons accompagner Emilie aux portes de la vie éternelle !
S'il vous plaît, entrez.
-Pardon.
...
C'est elle, Clara ?
-Elle est revenue pour se venger. -Personne ne revient de là-bas.
-Elle est revenue, et ils vont mourir de peur.
Ils n'y peuvent rien.
Vous non plus, M. le commissaire : on n'arrête pas les morts.
Elle est belle, hein ?
-"Sur l'onde calme et noire où dorment..
"..les étoiles, la blanche Ophélia flotte comme un grand lys."
-On l'a retrouvée là, j'avais 14 ans.
Même morte, elle était si belle... On aurait dit qu'elle dormait.
-Mourir à 20 ans !
-Ca te tient, hein ? Tu peux pas t'en passer !
-Ah !
Faites sortir le chien ! -Pourquoi ?
On est en famille, là ! Toi aussi, tu couines comme une chienne.
Je vais t'en donner pour ton argent, ma cochonne.
-Ah ! Ah !
Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Ah ! Ah !
-Je viens souvent ici. Son père, on le voyait presque pas.
C'était un peintre, il s'appelait Malaverde. Il était un peu connu.
Il peignait là.
Clara... Elle avait toujours un mot gentil, pour moi. Elle était...
Je sais pas comment dire. -Originale ? Libre ?
-Toutes les femmes..
..en crevaient de jalousie : les hommes bavaient quand elle passait.
Même mon père.
-Vous avez froid ?
Vous n'aimez pas beaucoup votre père, n'est-ce pas ?
-Lui non plus, il m'aime pas. Il est toujours blessant,
..cruel...
Il voulait pas de moi, ma mère non plus. On les a obligés à se marier.
...
-Louise !
Sans donner raison à votre père, on dirait que vous faites exprès de...
-De quoi ?
-Votre cape est en loques, vos bas sont troués,
..c'est une catastrophe ! Et cette coiffure, ça pendouille...
Ca ne ressemble à rien. -Je m'en fiche !
Vous êtes comme les autres. Je vous déteste !
...
-Que fais-tu ? Tu es devenu fou ?
C'est pas le moment de recommencer, que vont dire les gens ?
C'est une porcherie, ici. Guite n'est pas venue ?
-Fous-moi la paix ! Je me fiche de ce que les gens pensent !
-Regarde-toi pleurnicher ! T'es pas un homme, tu me fais honte !
-Va-t'en !
Et vire ces crétins qui attendent : le docteur, il reçoit plus !
Y'a plus de docteur !
-Hum !
Hum, hum !
Hum !
-Vous êtes là depuis longtemps ?
-Un peu... Je savais pas s'il fallait vous réveiller.
Je suis Lucien Bolet.
C'est vous, le policier ? -Inspecteur Lampion, oui.
-J'aimerais mieux voir le chef. Il est pas là ?
-Non, le commissaire n'est pas là. Revenez demain.
-C'est rapport à Guite.
C'est pas normal. -Guite, c'est votre petite amie ?
-Elle est introuvable !
-Vous vous êtes disputés ? -Oui, mais avec elle,
..ça dure jamais longtemps. Je m'inquiète pour elle.
On se fiche des bonniches, ici. Les gens disent, comme vous,
..qu'elle est avec un autre ! -Bon... Où elle loge, cette fille ?
-Que de secrets sont déversés ici, n'est-ce pas, mon père ?
-Des secrets inviolables.
Je vous écoute. -J'aimerais vous entendre moi,
..mais il ne s'agit pas d'une confession, bien sûr.
-Un interrogatoire ?
-Non. Je voudrais que vous me parliez de Clara.
-Elle s'est noyée.
-Je connais les faits. -C'est parfois dur à accepter.
Elle n'avait que 20 ans.
-Que pensiez-vous d'elle ? -Je ne sais pas trop qu'en dire,
..je l'ai très peu connue. Je faisais mon séminaire, à l'époque,
..et je rentrais rarement chez ma mère.
Je suis mauvais juge, bien sûr, mais Clara était très belle.
Il y avait quelque chose en elle de très vivant, de très gai.
-Ca ne peut pas être un suicide ? -Non, certainement pas.
C'est ma mère qui m'a appelé pour m'annoncer la triste nouvelle.
Je prononçais mes voeux, ce jour-là.
Je prie souvent pour Clara.
-Quelqu'un est venu fouiller chez elle. Elle s'est peut-être sauvée.
-Vous saviez que votre petite amie chapardait chez ses patrons ?
Elle crie.
Fracas.
-Ecartez-vous !
...
-Je l'ai vue tomber !
Je l'ai vue tomber !
-Ca va, Lampion ? -Je l'ai vue tomber !
-Henriette !
Oh ! C'est ma faute !
C'est ma faute. -Pourquoi vous dites ça ?
-Elle avait l'air à bout, ce matin, elle parlait toute seule.
J'aurais dû rester avec elle.
Elle a fait une tentative de suicide, il y a quelques mois.
J'étais arrivé à temps.
Et voilà... C'est terrible.
...
-Le notaire a retrouvé les restes d'une lettre calcinée.
Il semblerait que le corbeau ait acculé cette femme au suicide.
Buvez, Lampion.
Lentement !
-Je sais qu'elle était fragile des nerfs, mais cette image m'obsède !
Je sais pas pourquoi, mais j'ai levé les yeux, et je l'ai vue.
Le corps qui bascule et qui tombe.
Un autre.
-Je ferme toujours la petite porte à clé, depuis que des gamins..
..sont montés là-haut.
-Où est cette porte ? -Derrière l'église.
Elle mène au clocher. Et aujourd'hui, elle était ouverte.
-Mais évidemment ! J'arrête pas de la voir tomber !
-Vous avez trop bu, Lampion. -Je vois clair, commissaire !
Comme de l'eau de roche ! -Vous voyez double, surtout.
-J'ai vu Henriette tomber à la renverse.
Elle avait les mains tendues, elle est tombée de dos. On l'a poussée !
-Et, pendant que je me précipitais vers le corps disloqué,
..l'assassin a fui par la petite porte.
La lettre n'a servi..
..qu'à attirer Henriette là-haut. -Elle a brûlé la lettre.
Hé ! Tu parles ! Ha ! Ha ! Ha ! -C'est pas possible.
2 meurtres ? 2 femmes mortes assassinées ?
-Et une disparue !
Une disparue ! La petite bonne : Guite !
-Et c'est maintenant que vous me le dites ?
-Oh !
Oh là là !
-Réfléchissez, Lampion.
-Elle a pas fait le service durant le thé chez Simonet.
Elle avait donc déjà disparu dimanche.
Kochenko l'a pas vue non plus... Il éternue.
-Vous allez attraper la mort. -Non, l'air frais me fait du bien.
Elle a dû être surprise en flagrant délit de vol, et elle a fui !
-Non. Vous étiez brillant, tout à l'heure.
Mais 2 fois par jour, c'est trop demander. Je suis inquiet.
-C'est gentil, mais je vais mieux.
-Je ne parle pas de votre soûlographie !
Voilà une jeune femme qui a le tort de fouiner partout !
Il faut la retrouver, vite !
-Quelle idée saugrenue ! J'emploie cette fille de temps en temps,
..uniquement pour récurer : personne ne touche mes oeuvres.
Comment saurais-je où la trouver ?
Elle est si insipide que je la croiserais sans la reconnaître.
Mais je n'oublierai pas ce que j'ai vu l'autre jour.
-Une allusion et je vous assomme. -Inspecteur,
..cet objet est fragile, merci.
-Guite a en commun avec vous le fait d'avoir commis des larcins.
-Je ne me laisserai pas insulter chez moi ! J'en ai marre, de...
Fracas.
-Quels rapports aviez-vous avec Clara ?
-Aucun. Je me suis installé ici il y a 2 ans. Je ne sais rien.
-Qu'avez-vous volé au peintre ? -Les objets s'abîmaient.
Tout était à l'abandon : je leur ai redonné vie.
On ne peut pas parler de vol. -Vous me faites penser..
..à un charognard. Alors ? -La tête, là-bas,
..et un vase, sur le guéridon. Ne touchez plus à rien !
Merci. Une toile, dans ma chambre.
-La chambre, c'est par là ?
Ca aussi, c'est une toile. -Oui, mais elle est moins réussie.
Il doit s'agir d'un autoportrait de Malaverde, j'imagine...
-Vous êtes un sale type, Kochenko, mais vous avez du goût.
Je déteste ce pédé. Enfin... Cet homosexuel.
-Ca, il est pas très reluisant, mais il est pas pédé.
-Qu'en savez-vous ?
-Je le sais, c'est tout.
-Ah oui ! Vous savez de quoi vous parlez. Joli, le coup du vase !
-Pardon ?
-Oui, ça l'a déstabilisé, et il a craqué.
-Il m'a tout bonnement échappé. -Bravo quand même !
-C'est tout de même bizarre.
-Quoi donc ? -Aucune lettre n'accuse Henriette,
..alors pourquoi a-t-elle été tuée, elle aussi ?
-Je commence à croire..
..que la maladie a développé un espace inconnu de votre cerveau.
Tout est là, sous mon nez, et je n'ai rien vu.
-Ah !
Buvez, ça vous réchauffera.
-On a envoyé mes frères chez ma grand-mère, et mon père..
..est enfermé dans son bureau avec cette sainte-nitouche de Clémence.
Je savais pas où aller. -Vous avez bien fait, mon petit.
-Maman m'aimait pas, mais c'était pas sa faute.
Elle était malade.
Et maintenant, elle est morte !
J'aurais pu l'en empêcher.
-Vous ne pouviez rien faire, Louise,
..je vous le promets. Vous voyez quelque chose..
..qui pourrait la relier à la mort de Clara ?
-Non.
Elle était même pas là quand c'est arrivé.
Elle faisait une cure, dans un hôpital.
Elle, elle m'avait dit qu'elle partait en vacances.
-Pleurez, pleurez, ça soulage.
...
Louise,
..il faut manger.
-Vous êtes tellement gentil. -Pas toujours.
Désolé de vous avoir blessé,
..l'autre jour.
-De toute façon, je sais bien que je suis moche.
-Mais non. Regardez-moi.
Vous êtes belle. Simplement, vous ne le savez pas.
Vous vous sentez assez forte pour répondre à quelques questions ?
Après, je vous demanderai un service.
-Je ferais n'importe quoi, pour vous.
-Bonjour, M. Simonet. Non, restez, Mlle Clémence. Vous aussi, Louise.
Quel dommage que votre femme ait brûlé la lettre du corbeau.
Etrange... Pour quelle raison, à votre avis ?
-Je n'en sais rien. Ma pauvre femme était dérangée.
-Elle vous a confié quelque chose ? Vous étiez presque de la famille...
-Non, rien.
-Clémence n'a pas vu partir Henriette.
Nous avons passé un long moment dans mon bureau,
..pour des problèmes d'intendance. -Dans notre jargon,
..nous appelons ça un alibi. Pourquoi en auriez-vous besoin ?
-Qu'insinuez-vous, commissaire ? Cette enquête n'avance pas !
Vous piétinez ! Vous attendez qu'il nous assassine tous un par un ?
-Réussir un crime parfait,
..c'est comme un tour de magie : il faut obliger les autres..
..à regarder ailleurs.
-Les désorienter. -Exactement :
..créer un leurre. Où est votre manteau ?
-Pardon ?
-Celui que vous portiez hier, où est-il ?
-Il est là, sur le canapé.
-C'est de la qualité.
Le mien est si usé que, forcément, quand il pleut, je m'enrhume.
Oh ! Il manque un bouton ! -Et après ?
Que voulez-vous que ça me fasse, bougre d'âne ?!
-Il va falloir le remplacer.
Voyons dans la doublure... -Inutile, inspecteur.
Vous êtes chanceux,
..je l'ai retrouvé. Et vous ne devinerez jamais où.
En haut du clocher. Le corbeau n'a pas poussé votre femme au suicide :
..il ne lui a jamais écrit. Vous l'avez poussée.
En tombant, elle a tenté de se raccrocher à quelque chose,
..mais vous n'avez eu aucune pitié.
-C'est ridicule, j'aimais ma femme. Et je vous l'ai dit :
..j'étais avec Clémence, au moment du meurtre.
-Vous confirmez, Mlle ?
-Sachez qu'un faux témoignage vous rendrait complice d'un crime.
-Soyez pas impressionnée, ils ont aucune preuve.
-Je suis désolée, André.
J'étais seule avec les enfants. Il est sorti juste après Mme Simonet.
-Clémence...
-D'un côté, une femme qui vous empoisonne la vie,
..de l'autre, la belle Clémence.
La mort d'Emilie Dubreuil a été le leurre que vous attendiez :
..on croirait à un nouveau crime du corbeau.
-Clémence,
..je l'ai fait pour vous. -Non, j'ai pas voulu ça.
J'ai pas voulu qu'il la tue.
-Lampion.
...
Je vais consulter le dossier de Clara Malaverde, à Lille.
Voyez si vous ne trouvez pas un indice dans la maison abandonnée.
Coincer Simonet ne suffit pas :
..le corbeau court toujours.
-J'espère avoir autant de chance que vous : sans ce bouton,
..pas de preuve. -Il n'y avait pas de bouton,
..dans le clocher. -Quoi ?
Comment l'avez-vous eu ? -Je ne suis pas fier de moi,
..mais je n'ai pas eu le choix. -Louise.
-Au revoir, Lampion.
Au revoir !
-J'ai dit à Clémence de déguerpir. Vous l'avez pas arrêtée..
..parce qu'elle est jolie ? -L'adultère n'est pas un crime,
..et elle n'est pas si jolie que ça.
-Au moins, elle a pas le nez rouge quand elle pleure.
-Ne soyez pas si triste, Louise... Prenez ça.
Je vous emmène ! Lille, vous connaissez ? Allez, montez !
...
-M. Larosière ! Nous avons reçu les dernières chemises de chez Belin !
-Je suis venu pour ma nièce, Louise. Elle a besoin de vous !
Vous avez carte blanche. -Mais il y a tout à faire !
-Justement, je vous la confie. Trouvez-lui un bon coiffeur.
Mettez tout ça sur mon compte. Merci ! A tout à l'heure, Louise.
-Regarde, elle a un nouveau manteau.
-Voilà, M. -Merci beaucoup.
"Interrogatoire de M. Malaverde."
"Clara adorait la vie, je ne l'ai jamais vue aussi heureuse.
"Ma fille nageait parfaitement, elle n'a pas pu se noyer."
...
-Police !
Arrêtez ! Police !
Police ! Arrêtez !
Police !
Ah !
Il est essoufflé.
...
...
...
-Même morte, elle était si belle. On aurait dit qu'elle dormait.
Vous n'aimez pas !
-Mais si, au contraire ! Vous êtes d'une beauté surnaturelle !
-C'est grâce à vous.
-Les prétendants vont se bousculer. -Je n'aime pas les hommes jeunes.
Vous venez ? -Oui.
-Qu'y a-t-il, le chien ? Où tu vas, vérole ? Viens ici !
Eh ben ! Il en tient une bonne aussi, lui !
-Vous partirez,
..quand vous aurez eu le coupable ? -Je suppose, oui.
-Et que me direz-vous ? Que vous ne m'oublierez pas, c'est ça ?
-Je ne vous oublierai pas. Mais vous, si. Et c'est bien.
Il fait quoi, cet imbécile, là ?
Pousse-toi !
Il klaxonne.
-C'est l'inspecteur ! On l'a tué, aussi !
-Où est le docteur ? Vite ! Il se vide de son sang, aidez-moi !
-Jean ! Jean !
-Bon, faites du café très fort.
Allez !
-Me touchez pas !
-La ferme, ou je vous noie ! -Ah ! Hou !
La blessure s'est rouverte, il a perdu beaucoup de sang.
C'est grave. Il s'en sortira pas sans transfusion.
-On a le même groupe.
Essayez de trouver la veine du 1er coup.
Le docteur tremble.
...
Quel idiot j'ai été, de l'envoyer là-bas. Je me pardonnerai jamais..
..d'avoir risqué sa vie.
-Vous vous entendez bien ? -Plus que ça. Il est de ma famille,
..c'est un petit peu le fils que j'ai jamais eu.
J'ai mauvais caractère, je le houspille souvent,
..mais je voudrais personne d'autre à mes côtés.
Il est tout ce que je ne suis pas, il est sensible,
..attachant...
Sortez-le de là, docteur, je vous en prie.
-Faut que je le recouse, votre ami. -Quoi ? C'est pas la 1re fois..
..que vous opérez soûl ?
-J'ai commis une erreur, ça vous est jamais arrivé ?
-Non,
..et je n'ai tué personne.
-Le pouls est faible, mais il devrait s'en sortir.
Bon, commissaire...
-Villiers ! Vous n'avez rien à me dire ?
-Après tout, je m'en fiche ! A l'époque, je buvais beaucoup.
La femme avait chuté dans les escaliers : des côtes fêlées...
J'ai fait un bandage serré, comme celui-là. Je suis rentré chez moi,
..pour boire. Mais voilà, la rate avait éclaté, et elle est morte..
..dans la nuit. J'aurais dû voir que la tension chutait !
Une hémorragie interne !
Elle aurait peut-être pas survécu, mais j'aurais dû l'opérer !
Je l'aurais sauvée, moi : je suis un bon médecin.
-Sans doute. D'ailleurs, à ce propos :
..à quoi ressemble le visage d'une noyée après plusieurs heures ?
Pas beau à voir, non ? Bleui, boursouflé... C'est ça ?
-Oui, affreux.
...
-Qu'est-ce qu'il fait ?
-Il a ordonné qu'on exhume le cercueil de Clara.
-Quelle honte !
-Il demande une contre-autopsie.
-Prions pour le repos d'Henriette,
..et celui de Clara, aussi.
-Je suis désolé, vu les circonstances, de vous ennuyer.
-Ca ira, commissaire. Je préfère ne pas penser.
-Vous êtes venue ici quand la maison était habitée,
..je veux savoir ce qu'il y manque aujourd'hui.
-Jean ?
-Non ! Restez où vous êtes !
-Ah !
-Le crâne fracassé. Buvez, Lampion.
-C'est bon.
-Oui, j'ai ajouté du céleri, pour donner du goût.
-Pourquoi la tuer ? Elle n'avait pas reçu de lettre.
-Non, mais elle en avait volé et caché une dans son jupon.
"Clara, mon amour.
"Ces moments passés ensemble près de notre étang sont inoubliables.
"La vie sans toi est insupportable. On pourrait croire que le bonheur..
"..nous est interdit, mais crois en moi, je t'en supplie,
"..patiente encore.
"Même si les conséquences sont terribles, je ferai ce qu'il faut..
"..pour que nous ne soyons plus jamais séparés.
"La lumière se fraie un passage pour éclairer la vérité,
"..elle ne sera pas belle.
"Je t'aime comme tu m'aimes."
Lampion ! Le rapport d'autopsie !
C'est quoi ? -Quelques notes, mes réflexions,
..mes DSI. -Vos quoi ?
-DSI : Détails Sans Importance. -Vous m'épatez toujours, Lampion !
Alors allez-y, je vous écoute. -J'ai trouvé cette chambre étrange,
..spartiate, trop sobre : un lit, un vieux fauteuil sans valeur,
..pas de superflu, rien d'efféminé. Ca ne colle pas avec vous,
..M. Kochenko. -Formidable !
Nous voilà tous réunis..
..pour parler décoration !
-Chaque détail compte, voyons ! Comme la négligence du Dr Villiers,
..par exemple.
-Vous voulez déterrer d'autres cadavres ?
-Cette femme est morte un jour avant Clara.
Et elle travaillait chez vous, Mme. -Et après ?
-Bien ! Tous ces souvenirs ne me concernent pas.
Pouvez-vous aller parler de tout cela ailleurs que chez moi ?
A moins que vous ayez encore un détail capital à nous confier ?
-Certainement : Clara n'est pas morte noyée.
-Impossible. -On l'a jetée à l'eau,
..après l'avoir frappée à la tête.
Quelle était sa faute ? Son péché ? Elle avait aimé ! Passionnément !
Vous avez toujours voulu que votre fils soit prêtre, n'est-ce pas ?
-Oui, pourquoi ? -Il a fallu vous battre,
..pour élever un enfant sans père, pour cacher cette honte.
-Le père d'Hector a été emporté par la grippe !
-Ca suffit, maman.
Je suis né sans père, mais je n'ai aucun reproche à faire à ma mère.
-Elle vous a pourtant..
..empêché de vivre.
Elle a fait de vous un prêtre pour effacer sa faute.
-Foutaises !
Hector a toujours eu la vocation. -Jusqu'à ce qu'il rencontre Clara.
C'est à vous, n'est-ce pas ?
Vous l'aimiez au point de renoncer à vos voeux.
Vous l'avez tuée !
-Non... Non !
C'était un accident.
Hector, je ne te reconnaissais plus.
Tu étais devenu fou.
Je voulais juste la raisonner, qu'elle laisse mon fils tranquille.
Elle a ri, elle a dit que j'étais une vieille grenouille de bénitier,
..qu'ils allaient partir, tous les deux...
Je l'ai frappée !
Elle est tombée...
Hector, ne me regarde pas comme ça.
-Ca devait arriver.
Cette fille allumait tout le village !
Emilie l'avait prévenue ! Mathilde était bouleversée : on l'a aidée.
Jean a signé le permis d'inhumer. -Et Mathilde n'a rien dit,
..pour la mort de sa cuisinière.
-J'étais soûl, quand les 2 sorcières sont venues me voir.
Je l'aimais bien, cette gosse.
-Ordure ! Ordure !
-On ne se fait pas justice, quelle que soit la souffrance,
..M. Malaverde !
J'ai demandé justice pour Clara !
Personne ne m'a cru ! La police ne m'a pas écouté ! Vous l'avez tuée !
Je vous hais tous ! Aves vos misérables secrets !
Vous n'êtes que de la merde ! Je veux tous vous voir crever !
Un par un !
-C'est l'inspecteur Lampion, qui m'a permis d'y voir plus clair.
-Ca aussi, c'est une toile. -Oui, mais elle est moins réussie.
C'est un autoportrait de Malaverde.
-Malaverde, le père de Clara, et Dimitri Kochenko ne font qu'un.
Vous n'avez jamais cru à la noyade de votre fille. Fou de douleur,
..vous êtes revenu vous venger. -Non !
Je suis l'homme scandaleux du village. Il en faut bien un, non ?
-Personne ne vous a reconnu. Vous avez commencé à leur envoyer..
..des lettres anonymes, mais ça ne suffisait pas.
Alors, vous avez mis du poison dans une tasse, au hasard.
La dernière lettre du corbeau est signée Clara.
Ils ont tous tremblé,
..en entendant son nom. -A genoux, tous !
-Mais croyez-vous que votre fille vous aurait gardé son amour ?
Qu'elle vous aurait laissé briser le crâne d'une bonne trop curieuse,
..sans vous haïr ?
-Elle fouillait partout. Elle m'avait reconnu.
-Personne n'a rien dit ?
Vous saviez tous comment Clara est morte, et personne n'a rien dit ?
-Oui. Mathilde a tué, mais le village est coupable.
Il faut que la surface du cloaque reste toujours lisse,
..que personne ne sache ce qui se passe derrière les portes closes.
C'est facile :
..il suffit de clouer un cercueil et de se taire.
...
Lampion !
Je vous attends ! -Ouais !
-Faudra en parler autour de vous, hein !
Bisou !
...
-Allez, va-t'en.
-Attendez-moi, j'en ai pour 5mn.
-Vous coupez pas le moteur ? -Non.
-Vous partiez sans me dire au revoir ?
-Je préfère avoir des regrets que des remords.
-Et vous en aurez ?
-Inévitablement.
Au revoir, Louise.
Quoi ? -Rien ! Rien du tout !
-C'est le mot : il ne s'est rien passé. Rien.
-En tout cas, je suis pas mécontent de retrouver mon petit chez moi.
-Vous avez raison, Lampion, les vacances, à la longue, ça lasse.
Sous-titrage MFP.
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