All language subtitles for Les jeux sont faits

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Original subtitles

An-

- Ève.

Ève.

Pas rythmés

an-

Chant militaire

an-

- Ils n'ont pas cessé de défiler depuis ce matin.

- Elle dort.

- Vous croyez qu'elle peut guérir ?

- Ne me traitez pas en gamine ! Répondez !

- Vous allez avoir besoin de tout votre courage.

Lucette...

- Laissez-moi.

Je ne veux pas avoir de courage.

C'est trop injuste, Ă  la fin. Que deviendrai-je, sans elle ?

- Je vous en prie, calmez-vous.

- Je n'en peux plus.

Je n'en peux plus.

Un jour, on espĂšre, le lendemain, plus d'espoir. C'est Ă  devenir folle.

Savez-vous au moins ce qu'elle est pour moi?

C'est plus que ma sƓur,

c'est aussi ma mĂšre et ma meilleure amie.

Vous ne pouvez pas comprendre. Personne ne peut comprendre.

- Lucette, c'est ma femme.

- Excusez-moi, André. Pardonnez-moi.

Mais sans elle, je me sentirai si seule au monde.

- Et moi, Lucette ?

Ne pensez pas "Je suis seule" tant que je serai lĂ .

Nous ne nous quitterons jamais.

Je suis sûr que c'est la volonté d'Eve.

Nous vivrons ensemble, Lucette.

An-

- T'as vu ? - Qu'est-ce que j'ai vu ?

- C'est comme ça depuis ce matin. Ils ont des doutes.

- Peut-ĂȘtre.

Mais pas de ce qui leur arrivera demain.

-Il vaudrait mieux... - Quoi ?

- Attendre.

-3 jours.

Pour les endormir. - T'as peur ?

- Pierre !

- Une insurrection ne se remet pas.

Les armes sont distribuĂ©es, les gars sont prĂȘts.

Si on attend, on ne les tiendra plus en main.

Voilà 7 ans que ces salauds défilent dans nos rues.

7 ans que nous vivons sous la botte d'Aguirra.

Et il suffira d'un jour.

Demain soir, nous coucherons dans sa chambre.

D'accord ?

Alors c'est pour demain. Et nous les aurons.

Le groupe nord attaquera la préfecture.

- Lucette !

Lucette.

- Pierre.

- Vous pouvez filer. Réunion ici, ce soir, à 18 h.

Rien de neuf? - Rien du tout.

Ce petit mouchard voulait entrer.

- Qui ? Lucien ?

- Pierre, écoute-moi.

C'est pas ma faute. Ils m'ont fait si mal.

Ils m'ont battu pendant des heures et j'ai presque rien dit.

Vous ĂȘtes trop durs. â™Ș ai que 18 ans.

Je ne suis pas un traĂźtre.

Ils m'ont proposé de travailler pour eux.

C'est trop facile, tu y es pas passé.

Tu partiras pas d'ici sans m'avoir répondu.

- Sale petit donneur.

Rires

an-

- André.

- Tu ne dois pas te lever. - Reste ici, Lucette.

Je veux parler à André seule.

Tu ne toucheras pas

Ă  Lucette. Inutile, je sais.

Il y a des mois que je te vois faire.

Tout a commencé depuis ma maladie. Tu ne toucheras pas a Lucette.

Tu m'as épousée pour ma dot, et j'ai vécu l'enfer.

Je ne me suis jamais plainte. Mais tu ne toucheras pas a ma sƓur.

Tu as profité de ma maladie.

Je guérirai, André.

Je guérirai, je...

Et je la défendrai contre toi.

Je guérirai, André. Je la sauverai, je veux guérir !

Coups de feu

an-

- Dumaine.

- Qui c'est ? - Dumaine.

- Ils l'ont buté.

- Qui ça ? - Qui veux-tu ?

- Les salauds !

- Section !

Halte !

Dégagez la chaussée ! - Paulo, qu'est-ce qu'il y a ?

- Passe-m'en une.

- Je vous dis de dégager.

-Il y a de la bagarre dans l'air.

- Une derniĂšre fois,

je vous ordonne de dégager la chaussée.

Pleurs

an-

- Rose.

Eh bien, Rose, oĂč courez-vous comme ça ?

- Rue Laguénésie, rue Laguénésie,

rue Laguénésie, rue Laguénésie...

Des voix scandent "rue Laguénésie".

An-

an-

- Madame, rue Laguénésie, s'il vous plaßt?

- Pardon, monsieur. Rue Laguénésie, s'il vous plaßt?

â™Ș ai un rendez-vous urgent. Je ne sais pas oĂč c'est.

Ça vous fait rire ?

EspĂšce de vieux jeton !

Vieux jeton !

Le bus freine.

- Vous ne pouvez pas me dire oĂč est la rue LaguĂ©nĂ©sie ?

Je sais que j'y ai un rendez-vous, mais je ne sais pas avec qui.

- Faites la queue, comme tout le monde ?

- A LA QUEUE 1

A LA QUEUE ! A LA QUEUE!

- Vous me voyez, vous. Ça fait plaisir.

- Bien sûr qu'on vous voit. Mais passez à votre tour.

Cloche

- Vous allez vous tenir tranquille ?

Est-ce que vous allez arrĂȘter votre tĂȘte ?

An-

Pardon. C'est bien avec vous que j'ai rendez-vous ?

- Mais oui, monsieur.

- Vous allez pouvoir me renseigner.

Qu'est-ce que je fais ici ?

- Rassurez-vous, je ne vous retiendrai pas longtemps.

â™Ș avais besoin de vous pour une petite formalitĂ© d'Ă©tat civil.

Vous vous appelez bien

Pierre Dumaine ? - Oui, madame, mais je...

- Attendez.

Voyons... Euh...

Elle marmonne.

Ah, nous y voilĂ .

Dumaine, Pierre.

Vous ĂȘtes nĂ© en 1910.

- En juin 1910, oui.

- Vous étiez contremaßtre à la fonderie d'Ansevers.

- Oui.

- Vous avez été tué ce matin à 10 h 30.

-"Tué" ?

- Oui.

Ah, c'est donc ça. Je suis mort.

Mais qui m'a tué ?

- Une seconde.

Pousse-toi, Régulus, tu es sur le nom de l'assassin.

Attendez... Ah, voilĂ .

Vous avez été tué par Lucien Derjeux.

- Le petit salaud. Eh ben, dites donc, il m'a pas raté.

- Ah, Ă  la bonne heure.

Au moins, vous, vous prenez bien la chose.

Je voudrais pouvoir en dire autant des autres.

- Ça les ennuie, d'ĂȘtre mort ?

- Que voulez-vous ? Il y a des caractĂšres chagrins.

- Je ne laisse personne derriĂšre moi.

Je suis tranquille.

- L'essentiel, c'est d'avoir fait

ce qu'on avait Ă  faire. Vous ne pensez pas ?

- Vous savez, je ne suis qu'une simple employée.

Je vais vous demander une petite signature.

LĂ .

LĂ ... Maintenant, vous voilĂ  mort pour de bon.

- OĂč faut-il que j'aille ?

- Mais oĂč vous voudrez.

Non. Non, par lĂ .

Cloche

- Soyez le bienvenu parmi nous.

Vous ĂȘtes nouveau ?

Et vous ? - J'ai été pendu en 1778.

C'était une erreur judiciaire.

Cela n'a d'ailleurs aucune importance.

Vous avez quelque chose de précis à faire ?

- De précis" ?

- Oui. Par exemple

aller voir si votre femme vous pleure ou si elle vous trompe.

Si vos enfants veillent sur votre corps,

en quelle classe ils vous font enterrer...

- Tout marchera trùs bien sans moi. - À la bonne heure.

Alors voulez-vous de moi pour guide ? - Trop aimable.

- Du tout, du tout. Tout le plaisir est pour moi.

Nous attendons les nouveaux

pour les initier à leur nouvelle étape.

Ça distrait.

- Il y a foule.

- Pas plus que d'habitude.

Seulement, maintenant, vous voyez aussi les morts.

Comment les distinguer des vivants ? - Les vivants sont toujours pressés.

Tenez, celui-ci...

C'est sûrement un vivant.

Ah non, vivante.

Ne vous inquiétez pas, vous apprendrez vite.

- Vous en ĂȘtes bien sĂ»re ?

- Je ne me trompe jamais. C'est professionnel.

-Il m'a empoisonnée. - Mais oui, madame.

- Mais pourquoi?

- Vous le gĂȘniez.

Il a eu votre dot, il lui faut celle de votre sƓur.

- Et elle l'aime ?

- Toutes mes condoléances. Voulez-vous me donner

une petite signature ?

Parfait. Vous voilĂ  morte officiellement.

- OĂč faut-il que j'aille ?

- OĂč vous voudrez. Les morts sont libres.

Non. Non, par lĂ .

- Mesdames et messieurs, encore quelques francs,

et Halcide va réaliser devant vous une performance sensationnelle.

D'un seul bras, d'un seul, il arrachera un poids

de 100 kilos.

â™Ș ai dit 100 kilos.

â™Ș ai dit 100.

- Venez donc. Il y a mieux Ă  voir.

Nous avons un club.

- Une minute. â™Ș ai toujours aimĂ© les Hercule.

- Allons, messieurs dames,

vous ne voudrez pas laisser dire que l'haltérophilie se meurt

faute d'encouragements.

Encore 12 francs, et Halcide commence.

12 francs, 12 fois 20 sous. Allez, 1 franc Ă  droite.

- Attention, petite, on te vole.

- Allez, plus que 10 francs, et on commence.

- Mais arrĂȘtez-le ! ArrĂȘtez-le donc !

- Cette dame est aussi une nouvelle. - Oui, elle n'a pas l'habitude.

-"L'habitude" de quoi ?

- Ah oui, c'est vrai.

- Encore quelques francs et Halcide va réaliser devant vous...

- Elle va se faire passer quelque chose en rentrant.

Et voilà. - C'est tout ce que ça vous fait ?

- Que voulez-vous que j'y fasse ? - Rien.

C'est odieux, de ne pouvoir rien faire.

- Tenez, allons-nous-en.

- Allez, quelques francs encore, messieurs dames,

et Halcide commence !

- C'est lĂ .

- Vous dites ?

- Je rĂȘve de le voir de prĂšs.

- Aguirra ? Vous voulez voir Aguirra ?

Curieuse idée.

Un misérable usurpateur sans aucune envergure.

-Il m'intĂ©resse. - Ne vous gĂȘnez pas.

- Venez.

Je ne suis pas le seul.

- Cet usurpateur a toujours des visites.

- Des amis ? - Non.

D'anciens amis.

- Tu te rends compte ? Il est beau, ton patron.

- Ça ! Si j'avais su ça avant, j'aurais jamais marchĂ©.

- Ça irait, sans tunique ? - Certainement.

Mais la tunique avantage encore Votre Excellence.

- Dans mon plat Ă  barbe.

-Il est Ă  vous ? - Je suis ici chez moi, mon ami.

â™Ș Ă©tais roi de ce pays il y a 400 ans.

Et à cette époque, on respectait mes meubles.

-Il n'en a plus pour longtemps.

- Comment ça ?

- C'est pour demain.

- Quoi ? - Le soulÚvement général.

- Vous en ĂȘtes sĂ»r ?

- J'ai tout prĂ©parĂ©. Ça vous intĂ©resse ?

- Je veux le voir pendre.

- Ne vous emballez pas.

Ces choses-là ne réussissent pas toujours.

Il est plus malin qu'il n'en a l'air.

- C'est parce que vous avez manqué votre affaire.

- Le coup du 23 mars ? C'est moi.

Je n'avais rien laissé au hasard. Il nous a eus.

-Il m'a eu aussi, mais il n'aura pas les autres.

- Vous ĂȘtes bien sĂ»r de vous.

- VoilĂ  3 ans qu'on y travaille.

Ça ne peut pas rater. - J'en disais autant.

- Les jeunes morts se font toujours des illusions.

- Vous ĂȘtes pessimiste.

-"Pessimiste" ?

â™Ș ai servi cet homme pendant des annĂ©es.

Je croyais en lui, je suis mort pour lui.

Et à présent, je vois ce guignol.

Il fait écrire ses discours par son secrétaire.

Ils en rigolent, tous les deux.

Je me suis fait couillonner toute ma vie.

- Et moi ?

â™Ș ai appris que c'Ă©tait mon meilleur ami qui nous avait vendus.

Il est ministre de la Justice.

- Regardez ça.

Je l'ai connu quand il était gratte-papier.

Je l'ai aidé, j'ai travaillé pour lui,

je me suis vendue pour le sortir de prison.

â™Ș ai fait sa carriĂšre.

- Et aprĂšs ?

- Je suis morte dans un accident de chasse.

Et l'accident de chasse, c'était lui.

- Ça prouve quoi ? Que vous avez ratĂ© votre vie ?

- Du moment qu'on meurt...

- Si on meurt trop tĂŽt. - On meurt toujours trop tĂŽt.

- Pas moi. Vous entendez ? Pas moi.

â™Ș ai tout prĂ©parĂ© pour le renverser. Ce sera liquidĂ© demain.

â™Ș ai pas ratĂ© ma vie. Je suis heureux, moi.

Je ne veux pas ĂȘtre des vĂŽtres.

En plus d'ĂȘtre morts, vous avez mauvais moral.

Cloche

- Qu'est-ce que c'est?

- Le chef de la police, Excellence.

Il dit que c'est grave. - Faites entrer.

'Ça alors !

Le mĂŽme. C'est lui qui m'a descendu.

Petite saloperie ! - Ne vous donnez pas cette peine.

- Je le sais, mais j'aurais aimé lui casser la figure.

- Qu'est-ce que c'est?

- Un incident déplorable, Excellence.

Je,je...

- Eh bien, je vous écoute.

- Un de nos indicateurs a fait une bĂȘtise.

Il a tué Pierre Dumaine.

- Pierre Dumaine est mort, et vous appelez ça un incident?

Savez-vous ce qui va se passer ?

Sans Dumaine, plus d'insurrection. La Ligue n'osera rien tenter.

- Je lui ai dit de le suivre. Il a cru bien faire.

-Il fallait cette insurrection.

Avec nos renseignements, c'était une occasion unique.

Les meneurs liquidés d'un coup.

Et la Ligue assommée pour 10 ans.

- Vous ne vous sentez pas bien ? - Tout n'est pas perdu.

- Je vous le souhaite, Landrieux.

Si demain la Ligue ne bouge pas,

c'est vous qui répondrez de l'excÚs de zÚle de votre mouchard.

3 ans d'effort, une police comme on n'en avait jamais vu.

Ça vous coĂ»tera votre place. Rires

- Ça vous fait rire ? Mes copains vont se faire tuer.

- Vous devenez pessimiste. - Vous me dégoûtez.

An-

- Eh bien, c'est du joli, de vous noyer Ă  votre Ăąge.

Allez, signez. LĂ .

Vous voila bien avancée, maintenant.

La sortie est par ici, mon enfant.

Allez.

Fini pour aujourd'hui.

- Non, madame Tarbezac.

Veuillez consulter votre registre au chapitre "Réclamations".

- Bien, monsieur le directeur.

- Allons, bon. Encore des complications.

- C'est une saloperie, d'ĂȘtre mort.

-Il y a des compensations. - Vous n'ĂȘtes pas difficile.

- Pas de responsabilité, une liberté totale...

De jolies mortes, des distractions de choix.

- Comme Aguirra.

- Vous vous placez toujours du point de vue de la Terre.

Vous verrez.

Vous finirez par vous faire une raison.

- J'espÚre que non. La sagesse des morts me dégoûte.

Ce sont les vivants qui m'intéressent.

Tenez, ce vieux clochard.

C'est un pauvre type, le dernier des hommes,

mais il est vivant.

C'est vivant.

Personne n'est revenu sur Terre ?

- Vous permettez ? - Je vous en prie.

- Ça ne va jamais trùs loin, mais ça passe le temps.

- Qu'est-ce que vous faites lĂ  ?

-Il n'y a pas de quoi rire.

- Vous étiez si drÎle, avec lui.

-Il est vivant, vous comprenez. - Merci bien.

- Pauvre vieux !

Je lui donnais toujours quelque chose.

Et à présent...

C'est nous qui aurions besoin de lui.

Si seulement je pouvais me glisser dans sa peau et retourner sur Terre.

Rien qu'un petit moment.

- Ça m'arrangerait bien, moi aussi.

- Vous avez des ennuis, de l'autre cÎté ?

- Un seul, mais qui compte.

Qu'est-ce qui vous fait rire ? - Je vous imaginais dans sa peau.

- Celle-lĂ  ou une autre.

- Vous perdrez toujours au change.

Vous ĂȘtes belle.

â™Ș Ă©tais belle.

- Vous ĂȘtes belle.

La mort vous va bien. Et vous avez une de ces robes.

- Vous tenez Ă  rester auprĂšs de ce vieux ?

- Non, plus maintenant.

Vous habitiez la ville ?

- Non. - Vous n'ĂȘtes pas d'ici ?

Je suis arrivé il y a 7 ans.

C'est bĂȘte.

Si je vous avais rencontrée plus tÎt...

- Qu'est-ce que vous auriez fait ?

- Rien.

- Tenez. Regardez ces deux-lĂ .

Elle, c'est Ă  peu prĂšs votre genre, en moins bien.

Lui, c'est un type comme moi. Ils se rencontrent...

Et voilĂ . Ils ne se sont mĂȘme pas regardĂ©s.

- Allons nous asseoir.

- Pourquoi on se déguise pour monter à cheval?

- Je l'ai souvent dit Ă  Madeleine. - Asseyez-vous, chĂšre amie.

- Oh, pardon.

- Sans importance. C'étaient des relations de mon mari.

-"Asseyez-vous, chĂšre amie."

Je dois travailler sérieusement. - Du tout, vous avez des dispositions.

Il vous plaĂźt, cet endroit ?

- Oui, mais pas les gens qui y viennent.

- J'y venais souvent.

- Oh, je dis pas ça pour vous.

- Vous n'ĂȘtes pas bavard. - C'est vrai.

Pourtant, je voudrais vous dire des tas de choses,

mais tout fiche le camp dĂšs que je commence Ă  parler.

Tenez. Je vous trouve belle, par exemple.

Eh bien, ça ne me fait pas vraiment plaisir.

C'est comme si je regrettais quelque chose.

- LĂ  :2 - Comme vous voudrez.

- Face à face ou à cÎté de moi?

- À cĂŽtĂ© de vous.

- Deux portos.

- Elle est jolie. - TrĂšs jolie.

- À quoi pensez-vous ?

- Je pense qu'on habite depuis 20 ans la mĂȘme ville.

Et on a failli ne pas se connaĂźtre.

- Si Marie n'avait pas connu Lucienne. - On se serait ratés.

- ON l'A ÉCHAPPÉ BELLE.

- À votre santĂ©.

- À votre santĂ©.

- Pourtant, vous m'ignoriez.

- Moi ?

DÚs que je vous ai vue, j'ai pensé : "Elle est faite pour moi."

Je l'ai pensé et je l'ai senti dans mon corps.

Je suis plus fort et plus solide qu'avant, Jeanne.

Aujourd'hui, je soulĂšverais des montagnes.

Je vous aime.

- Allons danser.

- Mais je danse trĂšs mal.

- Ça ne fait rien. Venez.

- Tout le monde va nous regarder. - Non, personne.

- C'est vrai.

- Mais vous dansez trĂšs bien.

- C'est la premiÚre fois qu'on me dit ça.

- Vous deviez danser avec moi. - Je commence Ă  le croire.

- Dites-moi. Qu'est-ce qui se passe ?

Tout Ă  l'heure, je ne pensais qu'Ă  mes ennuis.

Maintenant, je suis lĂ , je danse...

Et je ne vois que vous.

- Oui. Si c'était ça, la mort ?

- Quoi donc ? - Danser avec vous, toujours.

Oublier tout le reste.

La mort vaudrait mieux que la vie, vous ne trouvez pas ?

- Serrez-moi fort.

Serrez-moi plus fort.

Musique douce

an-

- C'est une comédie.

Je n'ai mĂȘme pas effleurĂ© votre taille.

- Nous dansons chacun tout seul.

- Mon Dieu.

Ce serait si doux, de toucher vos épaules.

â™Ș aimerais tant respirer votre souffle quand vous me souriez.

Mais ça aussi, je l'ai manqué. Je vous ai rencontrée trop tard.

- Je donnerais mon Ăąme pour revivre un instant

et danser avec VOUS.

- Votre Ăąme ?

- C'est tout ce qui nous reste.

An-

- Je dois vous quitter. On m'attend.

- Moi aussi.

Cloche

- C'est nous deux qu'on attend.

- Ah, vous voilĂ .

Vous ĂȘtes en retard de 5 minutes.

- C'est bien vrai,

vous nous attendiez ?

- Article 140.

"Si, par suite d'une erreur imputable Ă  la seule direction,

"un homme et une femme destinés l'un à l'autre

"ne se sont pas rencontrés de leur vivant,

"ils pourront demander et obtenir

autorisation de retourner sur Terre sous conditions

"pour y réaliser l'amour et y vivre la vie commune

"dont ils ont été indûment frustrés."

C'est bien pour ça

que vous ĂȘtes ici ?

- C'est-Ă -dire...

- Désirez-vous retourner sur Terre ?

- Mon Dieu, madame...

- Je vous pose une question précise.

- Nous le désirons, madame, si c'est possible.

- C'est possible, madame. C'est possible.

Ça complique Ă©normĂ©ment le service, mais c'est possible.

Vous prétendez

ĂȘtre fait pour Madame ?

- Oui.

- Madame Charlier, vous prĂ©tendez ĂȘtre faite pour Monsieur ?

- Oui.

- C'est parfait.

Vous étiez authentiquement destinés l'un à l'autre.

Il y a eu une erreur au service des naissances.

Beau couple.

Voici les conditions.

Vous reviendrez Ă  la vie,

vous n'oublierez rien de ce que vous avez appris chez nous.

Si, au bout de 24 heures,

vous avez réussi a vous aimer en toute confiance,

de toutes vos forces,

vous aurez droit Ă  une existence humaine entiĂšre.

Si, dans 24 heures,

c'est-Ă -dire demain, Ă  10 h 30,

vous n'y ĂȘtes pas parvenus,

s'il demeure entre vous la plus légÚre défiance,

vous reviendrez me voir et reprendrez votre place parmi nous.

C'est entendu ? - Entendu.

- Eh bien, vous ĂȘtes unis. Toutes mes fĂ©licitations.

- Merci, madame. - Mes vƓux vous accompagnent.

- Pardon, madame,

mais qu'est-ce que vont penser les vivants ?

- C'est louche.

- Ne vous inquiétez pas.

Nous remettrons les choses

en l'Ă©tat oĂč elles se trouvaient Ă  la minute mĂȘme oĂč vous ĂȘtes morts.

Personne ne vous prendra pour des fantĂŽmes.

- MERCI, MADAME.

- Soyez les bienvenus parmi nous.

Ah, c'est vous.

Vous aviez une réclamation a faire ?

- Je vous avais demandé si des gens retournaient sur Terre.

Nous y retournons.

- C'est une faveur spéciale ?

- L'article 140. Nous étions faits l'un pour l'autre.

- Je vous félicite sincÚrement.

â™Ș allais me proposer comme guide, mais dans ce cas...

Vous vous passerez de moi.

- Je vous demande pardon. C'est vrai que vous retournez ?

- Mais oui. Pourquoi?

- Je vous aurais demandé un service. - Dis.

- Je suis mort depuis 18 mois. Ma femme s'est remariée.

Je m'en fous, mais c'est pour ma fille, elle a 8 ans.

Le type ne l'aime pas. Si pouviez la mettre ailleurs.

-Il la bat? - Tous les jours, madame.

Je vois ça tous les jours sans pouvoir l'empĂȘcher.

Ma femme le laisse faire. Elle l'aime.

- On s'en occupera, de ta gosse. - Vraiment ? Vous voulez bien ?

- Promis. OĂč habitez-vous ?

-13, rue Stanislas. Mon nom est Astruc.

Vous n'oublierez pas ? - Promis.

- Merci, messieurs dames. Et bonne chance.

- Comment vous appelez-vous ? - Eve.

Et vous ? - Pierre.

- Bonne chance.

- En arriÚre. Je vous dis de dégager.

Une derniÚre fois, je vous ordonne de dégager la chaussée.

- Eh lĂ , pas de bĂȘtise.

Dégagez, nom de Dieu. Ils vont tirer.

- En avant ! Marche !

Lucette pleure.

An-

- Tu m'as fait peur. â™Ș ai cru qu'il t'avait eu.

- C'était moins cinq.

Le pétard m'a fait sursauter. Je me suis cassé la figure.

- Mon vieux, j'aurais juré que...

- Moi aussi.

- Tu veux qu'on t'aide ? - Non, non. Ça va trùs bien.

- Ces fumiers, ils crĂąneront moins demain.

- Demain, rien du tout.

- Qu'est-ce que tu dis ?

- T'occupe pas.

Ça Pùse, ça gratte...

Ouf, ça soulage.

18 h, chez Dixon. Ça tient toujours ?

- Ça va ? Je viens avec toi ?

T'en fais pas, je crains rien.

- Ne le lùche pas, il a l'air sonné. - Je prends ton vélo.

Pleurs

an-

- Ève z

Ève, ma chérie. Tu m'as fait si peur.

Si tu savais ce que j'ai crié. - Je sais.

- Je... Je vais chercher le médecin.

- C'est inutile.

- Mais si, mais si, voyons.

- Tout à fait inutile. - Je préfÚre.

- Donne-moi une glace, veux-tu ?

- Tu veux...? - Mon miroir, sur la coiffeuse.

Je me vois.

- Qu'est-ce que tu me dis ?

- Rien.

Lucette, qu'est-ce qu'il y a entre André et toi ?

- Mais il n'y a rien. Qu'est-ce que tu veux qu'il y ait?

Je l'aime beaucoup.

-Il m'a épousée pour ma dot. - Eve.

-Il me hait, Lucette. -Il te veille tous les soirs.

-Il m'a trompée 20 fois. Il reçoit des lettres par paquet.

- Tu n'as pas le droit. - Ouvre son secrétaire.

- Je ne toucherai pas a ses papiers. Je ne te crois pas.

Je connais André mieux que toi.

- Tu en es déjà à le connaßtre mieux que moi?

Tu sais ce qu'il a fait?

- Je ne veux plus t'écouter. Tu veux me faire mal.

- Lucette ! - Tais-toi !

- Mme Charlier. -3e étage.

- Merci. - l'escalier de service est Ă  droite.

On frappe Ă  la porte.

- Entrez.

- Une espĂšce de type demande Ă  parler Ă  Madame.

Il dit qu'il vient de la part de Pierre Dumaine.

- OĂč est-il ? - Je l'ai laissĂ© Ă  l'office.

- Mais faites-le entrer au salon. - Bien, madame.

- Me voilĂ .

- Oui, mais il ne fallait pas monter par l'escalier de service.

- C'est rien.

- Oh, pardon.

- Venez.

C'est vous ? - Ben oui, c'est moi.

Asseyez-vous. - Non, j'aime mieux rester debout.

Vous habitez ici ? - Oui.

- C'est beau, chez vous.

- Pourquoi riez-vous ? - Pour rien, je vous demande pardon.

- C'était plus facile, là-bas.

Ève.

Il faut venir chez moi.

- Ou :2 - Chez moi.

- Je quitterai certainement cette maison.

Je vous suivrai partout, mais pas tout de suite.

- Je m'en doutais.

L'amour, c'était trÚs joli chez les morts.

Mais ici, il y a tout ça.

-"Tout ça" ? - Les tapis, les bibelots...

- C'est ça, votre confiance en moi ?

Ce n'est pas tout ça qui me retient. C'est ma sƓur.

Il faut que je la défende.

- Comme vous voudrez.

- Pierre !

Vous ĂȘtes injuste.

Ne nous disputons pas, Pierre. Nous n'avons pas le temps.

- Le médecin vient dans 5 min. - Mon pauvre André, je m'excuse.

Je me sens tout Ă  fait bien.

- Je vois ça.

Tu ne me présentes pas ? - Inutile.

- Note que je n'y tiens pas.

Tu choisis si drĂŽlement tes relations.

- Non, Pierre. - Tu l'appelles déjà Pierre ?

- André, je t'interdis...

- Ce n'est pas le moment de me donner des ordres.

Tu es libre d'aller chercher tes amis dans les faubourgs,

mais je t'interdis, moi, de les recevoir sous mon toit.

Surtout devant Lucette. - Tu es ignoble, André.

- André.

- Dans notre milieu, on ne se bat pas avec n'importe qui.

- Vous avez peur.

- Pierre, je vous en prie.

Viens, Lucette. - Ne me touche pas.

- C'est bon.

Vous vouliez que je parte avec vous, emmenez-moi.

Je n'ai plus rien Ă  faire ici.

- Excellent exemple pour ta sƓur.

- Ève, ne soyez pas triste.

Ève...

Vous pensez à votre sƓur.

Voulez-vous retourner la chercher ?

Vous ĂȘtes sĂ»re que vous ne regrettez rien ?

- Comment aurais-je des regrets ?

Tout ne fait que commencer entre nous.

- Vous avez aimé cet homme ? - Jamais, Pierre.

- Vous l'avez tout de mĂȘme Ă©pousĂ©.

- Je l'admirais.

- Lui ?

- J'Ă©tais plus jeune que ma sƓur.

- Ève, ce sera dur.

- Quoi donc ? - Nous deux, ce sera dur.

- Non, Pierre. Pas si nous avons confiance comme avant.

- Avant, c'était avant.

- Pierre, il faut avoir confiance.

Il faut tout reprendre des le commencement.

Venez avec moi.

Flûte

an-

Vous entendez ? - C'est l'aveugle.

- Nous lui avons enviĂ© sa peau. - C'est pas le mĂȘme air.

- Pardon, monsieur.

Voulez-vous nous jouer "Ferme tes jolies yeux" ?

- Merci, madame. Ça vous portera bonheur.

An-

- Maintenant, tout est pareil.

-Il joue toujours aussi faux.

-Il y a toujours le soleil.

- Encore ces deux-lĂ .

Ils ne se sont toujours pas vus. Tout est pareil.

- Sauf que cette fois, il m'a regardée.

- C'est vrai. Allons nous asseoir.

Qu'est-ce qui se passe ?

- Rien.

- Asseyez-vous, chĂšre amie.

- Bonjour, Ève.

- Qui est-ce ? - Ève Charlier.

- Que fait-elle avec ce type ?

- Deux portos.

- Vous désirez, madame ? - Un thé.

- Et pour Monsieur ? - La mĂȘme chose.

- Chine ou Ceylan ?

- Pardon ?

- Ceylan pour les deux.

-"Chine ou Ceylan."

- J'aime bien vos mains.

Qu'est-ce que c'est? - Un accident quand j'avais 14 ans.

- Que faisiez-vous ? - J'étais apprenti. Et vous ?

- À 14 ans, j'allais au lycĂ©e.

- Vos amis nous regardent.

- Ce ne sont pas mes amis.

- Je les croyais plus jolis. - Nous étions moins difficiles.

- Nous les gĂȘnons, maintenant.

- Ce ne serait pas plutĂŽt

vos amis qui vous gĂȘnent? - Que voulez-vous dire ?

- Comme ça.

Ils ont rarement dĂ» vous voir avec un homme comme moi.

- Je me moque de ce qu'ils peuvent penser.

- Vous ĂȘtes bien sĂ»re de ne pas avoir un peu honte de moi?

- Pierre, c'est vous qui devriez avoir honte.

Venez danser.

- Personne ne danse. - Venez, j'y tiens.

- Pourquoi ? - Parce que je suis fiĂšre de vous.

Vous vous souvenez ?

â™Ș aurais donnĂ© mon Ăąme pour revenir sur Terre et danser avec vous.

- J'aurais donné la mienne

pour serrer votre taille et sentir votre souffle.

- Serrez-moi fort, Pierre.

Serrez-moi bien fort que je sente vos bras.

- J'ai peur de vous faire mal.

Valse

an-

- Vous ne pourriez pas demander l'avis des danseurs ?

- Vous n'aimez pas les valses ? - Vous aimez les paires de gifles ?

- M'accorderez-vous cette danse ?

- Dites donc, je vous parle. - Pas moi, monsieur.

- Pierre, je vous en prie. - Oh, ça va.

OĂč est-ce que tu te crois ? Laisse ces messieurs tranquilles.

- J'ai horreur qu'on me touche. - Tu veux te faire boucler ?

- ArrĂȘtez.

Votre chef interdit toute provocation Ă  la Milice.

André Charlier, secrétaire de la milice.

C'est mon mari.

- Je m'excuse. - Je ne vous en demande pas tant.

Filez si vous ne voulez pas d'histoires.

Pierre !

Pauvres imbĂ©ciles. Vous ĂȘtes contents de vous ?

Vous pouvez répéter partout que je quitte mon mari,

et que j'ai un amant qui travaille de ses mains.

Pierre !

-"Secrétaire de la milice."

- C'est pas ma faute. - Ce n'est pas non plus la mienne.

La femme pour qui j'étais fait.

- Je leur ai dit que je partais. Nous sommes liés.

- Qu'avons-nous de commun ?

- NOUS avons HOÎFG amour.

- C'est un amour impossible.

Savez-vous Ă  quoi je travaille ? Je mĂšne la lutte contre vous.

- Contre moi ?

- Contre Aguirra et sa milice, votre mari et vos amis.

C'est Ă  eux que vous ĂȘtes liĂ©e, pas Ă  moi.

Vous connaissez la Ligue ?

- La Ligue pour la liberté ? - Je l'ai fondée.

- Je déteste la violence. - La nÎtre, pas la leur.

- Je ne me suis jamais occupée de ces choses.

- C'est bien ce qui nous sépare.

- Vous ĂȘtes revenu pour moi.

- Bien sûr. Mais je hais ceux qui vous entourent.

- Je ne les ai pas choisis. -Ils vous ont marquée.

- Ayez confiance en moi.

Nous n'avons pas le temps de douter.

- C'est une feuille.

- C'est bĂȘte, j'ai cru...

- Quoi ? - J'ai cru que c'était eux.

- C'est vrai.

Ils doivent ĂȘtre lĂ , autour de nous.

Le vieux, avec sa perruque, et les autres.

Au spectacle, comme chez Aguirra.

Ils s'amusent de nous.

- Pas tous.

Il y en a un qui espĂšre en nous.

Le pĂšre de la petite fille.

- Ah oui. - Nous lui avons promis, Pierre.

Venez.

- C'est pas pour les autres que nous étions revenus.

- Commençons par le plus facile.

- C'est lĂ .

Ça doit ĂȘtre la mĂŽme.

Comment t'appelles-tu ? - Marie.

- Marie comment? - Marie Astruc.

- Ta maman est lĂ  ?

- Faut pas entrer. Elle est avec oncle Georges.

- Qu'est-ce que tu fais lĂ  ?

- Qu'est-ce que c'est? - Ouvrez, bon Dieu !

- Bon, ça va. Ne vous énervez pas.

- Ça vous amuse, de dĂ©foncer les portes ?

- C'est vous, madame Astruc ?

- C'est moi.

- C'est votre fille ?

- Ça vous regarde ?

- Ça se pourrait.

On vous demande si c'est votre fille.

- Que faisait-elle dehors ?

- Dites donc, ma petite,

quand on a qu'une piĂšce, on doit mettre les gosses dehors.

- Tant mieux si elle vous dérange.

Nous venons la chercher. - Chercher quoi ?

- La petite.

- Foutez-moi le camp !

- Sois poli, mon bonhomme. On s'en va, mais avec la gosse.

- Avec la gosse ? Vous avez des papiers ?

- Ceux-là. Ça vous suffit ?

- AmĂšne-toi ici.

- Laisse tomber, Georges.

Ça regarde la police. - C'est ça.

- Allez trouver les flics.

Ne les perds pas.

Ça te servira de piùce à conviction quand tu porteras plainte.

- Au revoir, Marie.

- Au revoir.

- Nous aurons au moins réussi ça.

Pierre, nous la garderons, si tout marche bien.

- Tout marchera bien.

- Bonjour, Dumaine. - On t'attendait.

- Bonjour. - Les copains voudraient te voir.

- Je sais, à 18 h chez Dixon. - C'est avancé. C'est tout de suite.

- J'accompagne Madame et je descends. - Non, c'est urgent.

- À ce point-là ? C'est quoi ? - On t'expliquera là-bas.

- Bon. Je reviens.

Vous avez entendu ? Je dois y aller.

Vous ne m'en voulez pas ? - Je vous attendrai chez vous.

- C'est au 3e, la 1re porte Ă  gauche. - Merci.

- C'est pas aussi grand que chez vous.

Quand vous y serez, dites-moi bonjour par la fenĂȘtre.

- Tu y es ? - Une minute, quand mĂȘme.

- Pierre !

TrĂšs bien.

- C'est vrai ? - TrĂšs bien.

- À tout à l'heure.

Alors, on y va ?

C'est Dumaine.

Bonsoir.

Bonsoir, les gars. Il y a du nouveau.

- Hein ? - Vous en faites, des gueules.

Nous sommes repérés. Demain, on ne bouge pas.

- Comme tu dis, c'est du nouveau. Qui t'a renseigné ?

- Je peux pas vous le dire.

- Ce serait pas Charlier ?

- Qui ça ? - Charlier.

Le nouveau secrétaire de la milice.

Nous sommes renseignés. Nous aussi, nous avons du nouveau.

Tu étais chez lui. Tu as passé la journée avec sa femme.

- Elle n'a rien Ă  voir lĂ -dedans.

- Qu'est-ce que tu fricotes avec sa femme la veille d'un jour pareil?

- Ève est ma femme.

Rires

Assez rigolé !

Si nous bougeons demain, ce sera un massacre.

Et vous me parlez de la femme de Charlier!

- Écoute, Dumaine.

Ce matin, tu pétais le feu. "C'est pour demain."

Tu nous quittes, un inconnu te tire dessus,

il aurait tiré à blanc, ça se serait passé pareil.

Tu te relĂšves et tu files chez Charlier.

Et maintenant, tu nous sors ces salades.

Tu nous prends pour des imbéciles ? - C'est donc ça ?

La Ligue, c'est moi qui l'ai fondée.

- On te demande juste ce que tu faisais chez Charlier.

- Et au Pavillon du parc ?

- Tu as volé son gosse à un type rue Stanislas.

Tu l'as menacé de la police en lui lançant des billets de 1000.

D'oĂč sortait cet argent ? On t'Ă©coute.

- Je ne peux pas vous expliquer. Je vous dis de ne pas bouger,

et c'est tout. - Réponds.

- Je ne peux pas, nom de Dieu. Je suis votre chef, oui ou non ?

- Plus maintenant.

- Tu es content, hein, Dixon ? Tu vas l'avoir enfin, ma place.

Pauvres abrutis,

moi, j'aurais donné la Ligue ? Vous me connaissez.

Voyons, Paulo.

Tout le monde, alors.

Si vous croyez ça, descendez-moi ! - On se passera de tes conseils.

- Vous aurez ma peau, mais vous serez tous crevés demain.

- Ça va comme ça. Tire-toi.

Écoutez, les gars.

- On frappe Ă  la porte.

Qu'est-ce que vous avez fait ?

Je ne veux pas profiter

de votre argent. - Mais c'est aussi ma chambre.

- Je sais.

- Vous avez vu vos amis ? - Ils me prennent pour un traĂźtre.

- Pourquoi ? - Ils m'ont vu avec vous.

Vous comprenez ?

On frappe Ă  la porte.

- Ne restez pas lĂ .

C'est toi ? Qu'est-ce que tu veux ?

Qu'est-ce que tu viens faire chez un mouchard ? Alors ?

- Sauve-toi, ils veulent te descendre.

- Tu me prends pour un traĂźtre ?

- Je ne sais pas, mais il faut que tu t'en ailles.

- Adieu, Paulo. Merci tout de mĂȘme.

- Allez-vous-en, Ève.

Vous avez entendu ? Il faut pas rester ici.

- Et vous, vous partez ?

- Non.

- Mon pauvre Pierre. Alors je reste aussi.

-Il ne faut pas.

- Je n'ai pas peur de la mort. Je sais ce que c'est.

Et de toute façon, nous allons mourir.

- Pourquoi ?

- Parce que nous avons manqué notre coup.

Allons, Pierre, avouez-le.

Vous n'ĂȘtes pas revenu pour moi, mais pour vos amis.

Ils vous ont lùché et ça vous est égal de mourir.

On va venir vous tuer, et vous restez ici.

- Et vous, c'est pas pour Lucette que vous ĂȘtes revenue ?

- Peut-ĂȘtre.

- Nous avons perdu, Ève. Il y a plus qu'à attendre.

Regardez.

- Quoi ? - Nous.

C'est la derniĂšre fois que nous nous voyons ensemble dans une glace.

Ça pouvait aller.

- Oui, ça pouvait aller.

Vous Ă©tiez juste assez grand pour que je mette la tĂȘte sur votre Ă©paule.

Bruit de pas dans les escaliers

an-

- Les voilĂ .

On frappe Ă  la porte.

- Prenez-moi dans vos bras.

Embrassez-moi.

An-

an-

- Ils vont tirer dans la serrure, ils vont tirer sur nous,

mais j'aurai senti votre corps avec mon corps.

Ça valait la peine de revivre.

Bruit de pas dans les escaliers

an-

- Ils sont partis.

- Ils reviendront.

Ève, qu'est-ce qu'il y a ? - Non, n'approchez pas.

- Ève.

Il n'y a plus que nous deux.

Nous sommes seuls au monde.

Il faut nous aimer, Ève. Il faut nous aimer.

C'est notre seule chance.

Ils ne sont pas venus.

- Ils ne reviendront plus.

- Sais-tu pourquoi ?

Quand ils ont frappé, nous avons commencé à nous aimer.

- Et nous avons gagné le droit de vivre.

- Nous avons gagné, Pierre. Quelle heure est-il ?

- Dans une heure, l'épreuve est finie.

Qui. -Nous étions la

- Qu'allons-nous faire de cette vie nouvelle ?

- Ce que nous voudrons. Nous ne devons plus rien Ă  personne.

Moteurs de voitures et pas rythmés

an-

- Tu regrettes tes camarades ? - Regrettes-tu Lucette ?

- Non.

An-

- Non. Et toi ?

An-

Ça va durer longtemps ?

- Ne les écoute pas. Nous sommes seuls au monde.

- Oui, seuls au monde.

Nous partirons. Je serai heureux de travailler pour toi.

Les copains, la Ligue, tout... Tu remplaceras tout.

â™Ș ai plus que toi, toi seule.

Mais ça n'arrĂȘte pas, ça n'arrĂȘte pas.

- Ne pense qu'Ă  nous. Dans une heure...

- Ça va ĂȘtre un massacre.

- Ils t'ont insulté. Ils ont voulu te tuer.

Tu ne leur dois rien.

C'est envers moi que tu as des devoirs.

- Oui.

Il faut que j'aille lĂ -bas.

- C'est pour eux que tu es revenu.

- Non, c'est pour toi.

- Alors ?

- Je peux pas les laisser.

- Nous n'avons pas encore gagné. Il nous reste 1 heure.

- M'aimerais-tu si je laissais faire ?

- Tu as tout fait. - Non, pas tout.

Il y a réunion des chefs de section dans une demi-heure.

â™Ș essaierai de les arrĂȘter.

Quoi qu'ils décident, je reviendrai avant 10 h 30.

Si tu m'aimes, laisse-moi partir.

- Tu reviendras ? - Je te le jure.

- Eh bien, va.

Va, Pierre.

C'est la plus belle preuve d'amour que je puisse te donner.

- Pourquoi n'essaies-tu pas de revoir Lucette ?

- À quoi bon ?

- Tu peux réussir. Nous avons réussi, tous les deux.

- J'irai.

Va.

Mais n'oublie pas ce que tu m'as juré.

Pas rythmés

an-

Eh oui, c'est moi.

- Qui te permet? - Assieds-toi.

- Ève z

- Je t'ai dit de t'asseoir.

Non, Lucette. Non.

Si tu t'approches, je tire sur André.

â™Ș ai trĂšs peu de temps Ă  te consacrer.

Nous allons causer devant Lucette. Je vais lui expliquer qui tu es.

Si je n'arrive pas a la convaincre, je te tuerai.

Vous ĂȘtes bien d'accord, tous les deux ?

Alors je commence.

Il y a 8 ans, tu avais gaspillé la fortune de ton pÚre.

Tu cherchais un beau mariage.

- Telles sont, camarades, les derniĂšres instructions.

Vous regagnerez vite vos postes et attendrez les consignes.

Dans 20 minutes,

l'insurrection sera déclenchée. - ET DUMAINE ?

- C'est vrai que c'était un mouchard ?

- À prĂ©sent, camarades, je vais vous parler de Dumaine.

Nous avons eu la chance de le démasquer juste a temps.

Il n'a fourni aucune explication. Il a préféré disparaßtre.

- C'est faux !

Si j'étais un traßtre, pourquoi je serais ici ?

Me voila, camarades.

VoilĂ  le traĂźtre, le vendu qui a pris la fuite

aprÚs avoir touché l'argent d'Aguirra.

Qui vous a redonné du courage quand tout allait mal ?

Qui a fondé la Ligue ?

Qui a lutté des années contre la milice ?

Langlois et Dixon m'ont bassement attaqué.

Je n'ai pas voulu me défendre.

Devant vous, je me défendrai. Pour vous.

Téléphone

- Oui ?

Oui?

Notez.

Carrefour d'AlĂšne. Ancien garage Dubreuil.

- Vous me croyez ? - Camarades !

- Tais-toi, Dixon.

Tant qu'ils ne m'auront pas condamné, je suis encore leur chef.

- Et la femme de Charlier, Pierre ? - OUI, PIERRE.

- Nous y voilĂ . La femme de Charlier.

Oui, je connais la femme de Charlier. Oui, je la connais.

Et savez-vous ce qu'elle a fait?

Elle a quitté son mari pour vivre avec moi.

C'est elle qui m'a renseigné.

Nous sommes trahis, les gars. Trahis !

Les troupes dĂ©filent depuis ce matin. Ils ont mĂȘme des chars.

Aguirra sait ce que nous préparons. Il a laissé faire pour nous écraser.

- Comment savoir

si c'est vrai ? - C'est une question de confiance.

Condamnerez-vous votre camarade ou le croirez-vous sur parole ?

- Camarades, moi, je le crois. Il n'a jamais menti.

- Moi aussi.

- Moi aussi, Pierre. - MOI AUSSI !

- Alors écoutez-moi. Il ne faut rien faire aujourd'hui.

Le téléphone sonne.

An-

an-

- Oui ?

Oui?

OĂč?

Non.

Quoi?

Non, attendez les ordres.

Ça a commencĂ©. Le groupe nord attaque la prĂ©fecture.

- Pierre, on fait quoi ?

- Je n'en sais rien et je m'en fous.

Vous n'aviez qu'a m'écouter hier. Maintenant, démerdez-vous.

- Pierre, nous avons eu tort. Mais ne nous lĂąche pas.

Il y a que toi qui sais ce qu'ils ont préparé.

- Quelle heure est-il ? -10 h 25.

- C'est bon. Je reste.

Un coup de téléphone et je reviens.

- Voilà, Lucette. Voilà la vie d'André.

Est-ce que j'ai menti, André ?

- Je te répondrai pas, tu es folle. - Bien.

Lucette, va chercher les lettres dans son secrétaire.

Va les chercher, si tu tiens à la vie d'André.

Le téléphone sonne.

- Ne bouge pas.

An-

AllĂŽ ?

C'est toi, Pierre ?

Mais oĂč es-tu ?

Non, tu ne peux pas. Ce n'est pas possible.

Il ne faut pas.

Je t'aime, Pierre. Nous sommes revenus pour nous aimer.

- Comprends-moi. Il faut que tu me comprennes.

Je ne peux pas lĂącher les copains.

Oui, ils n'ont aucune chance, mais je ne peux pas.

- Non, Pierre, ne fais pas ça.

Tu m'as menti, tu m'abandonnes.

Tu ne m'as jamais aimée.

- Mais si, je t'aime, Ève. Je t'aime.

Mais j'ai pas le droit de lĂącher les copains.

Ève,Ève!

Coups de feu

- La milice !

An-

- Tout n'est pas perdu, Pierre.

Il en viendra d'autres qui reprendront votre Ɠuvre.

- Je sais.

- D'autres, pas moi.

- Pauvre Pierre.

- Et Lucette ?

Pauvre gosse.

Dans des dizaines d'années, ce sera une morte comme nous.

Un petit moment Ă  passer.

- Je ne m'attendais pas a vous trouver ici.

Ça n'a pas marchĂ© ?

-600 tués et blessés, 2000 arrestations...

- Et vous deux ?

Vous n'avez pas...? - Non, nous n'avons pas.

- Oh, croyez que je prends part...

Vous m'excusez ?

- Je vous ai aimée, Ève.

- Non, Pierre. Je ne crois pas.

- Je vous ai aimée de toute mon ùme.

- AprĂšs tout, c'est possible.

Mais qu'est-ce que ça peut faire, à présent?

- Oui. Qu'est-ce que ça peut faire ?

- A bientĂŽt. - A bientĂŽt.

- Monsieur, vous ĂȘtes mort ?

On est faits l'un pour l'autre. - On nous a parlé de l'article 140.

C'est vrai qu'on peut revenir sur Terre ?

- On vous renseignera rue Laguénésie.

- Mais oĂč se trouve-t-elle ?

- LĂ -bas.

Allez danser ensemble. - Danser ?

- Oui.

Si vous ne vous ĂȘtes pas trompĂ©s, elle sera lĂ .

- Merci, madame.

- Vous avez l'air drĂŽle. Il va rien nous arriver ?

- On peut essayer de recommencer

sa vie ?

- Essayez.

- Essayez tout de mĂȘme.

Valse

an-

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