All language subtitles for La.Fille.Au.Bracelet.2019.FRENCH.1080p.BluRay.DTS.x264-UKDHD.FR

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Original subtitles

Murmure des vagues

...

Musique intrigante

...

...

Oui ?

- Je viens voir Lise.

- Pour ? - Pour rien, pour lui rendre visite.

- Vous ĂŞtes qui ? - Je m'appelle Diego.

- Vous êtes rentré comment, là ?

- Ben le portail était ouvert, donc voilà.

- Désolé, Lise est occupée.

- Vous êtes sûr ? C'est elle qui m'a demandé de venir.

- Elle s'est trompée. Et c'est une propriété privée, ici.

- OK.

Vous lui direz que je suis passé ? Pour qu'elle m'appelle.

- Tu t'appelles Diego comment ?

- Vous demanderez Ă  Lise.

- Diego comment ?

- Diego Maradona !

- Je te dérange pas ? - Non.

- C'est qui, ce Diego ? - Qui ?

- Un type qui est venu ici avec la bouche en cœur.

- C'est un ami.

- J'avais compris, merci. Mais c'est qui ?

Diego comment ?

- Je sais pas. - Tu sais pas comment il s'appelle ?

- Ben si, Diego.

- Mais il sort d'oĂą ?

Tu l'as pas connu dans tes cours par correspondance.

- Une amie me l'a présenté. Elle l'a connu sur Facebook.

- Je veux plus le voir.

Je veux plus qu'il rentre ici et toi, t'as pas le droit de sortir.

Comme ça, c'est réglé.

Reste concentrée. Tu feras ce que tu veux après.

En attendant, je veux pas de vagues.

Tout se sait.

Donc plus de Diego ni plus personne.

C'est pas un moulin, ici.

D'accord ?

J'ai pas entendu. On est d'accord ?

- Oui, papa.

- Tu travaillais ?

- Je relis mes interrogatoires. L'avocate me l'a demandé.

- Ça se passe bien, avec elle ?

- Elle est stricte, mais ça va.

- Sûre ?

- Oui. J'aime bien son style.

- Bon.

Je te laisse réviser ton texte, alors.

- C'est pas une pièce de théâtre, non plus.

- T'es pas à l'école, toi ?

- Ben non, on est mercredi.

Tu fais quoi ? - Rien, je m'ennuie.

- Tu veux pas jouer au foot ?

- Non, je me repose.

- On va dehors ? - J'ai pas envie.

Mon bracelet me gĂŞne pour jouer au foot, en plus.

- Tu feras goal.

- J'ai pas envie, tu me lâches.

- Si tu vas en prison,

est-ce que je pourrai prendre ta chambre ?

- Oui, si tu veux. Je m'en fous.

- C'est vrai ? - Ben oui.

Mais pour l'instant, tu dégages.

Musique intrigante

...

- Comment tu te sens ?

- Ça va. Normal.

Et toi ?

- Ça va.

Je viendrai pas à ton procès.

T'as entendu ce que j'ai dit ? - Oui.

- Tu m'en veux ? - Non, pas du tout.

- Je pourrai pas venir.

Y a plusieurs raisons. J'ai mes patients...

- Maman, c'est bon. T'as pas Ă  te justifier.

Tu l'as dit Ă  papa ?

- Oui.

Il l'a plutĂ´t mal pris.

En tout cas, il sera lĂ . Tu seras pas seule.

- Oui, je sais.

- Je serai pas lĂ , mais je t'enverrai des forces.

- Je sais.

Musique intrigante

...

- Il y a six jurés.

Essaie de tous les regarder quand tu t'exprimes,

mĂŞme si c'est difficile.

Regarde le juge, l'avocat général,

et l'avocat des parties civiles quand il t'interrogera.

Et oublie pas que, toi-même, tu seras constamment observée.

Pas forcément par des gens qui t'aiment ou te veulent du bien.

...

Bonjour, maître. - Bonjour.

Je vais l'accompagner par la porte de derrière.

- D'accord. Je me gare lĂ  ?

- Si vous voulez.

...

- Sois confiante.

T'es prĂŞte.

- Bonjour, Lise. Vous venez avec moi ?

- Je suis rentrée chez moi juste avant 15h.

Flora avait reçu des amis la veille, donc j'ai pas été étonnée

par les bouteilles un peu partout dans le salon.

Ensuite, j'ai voulu me servir un verre d'eau,

mais tout était sale.

Je me suis dit qu'il était tard, qu'elle devait se lever et ranger.

Donc je suis montée à l'étage.

La porte de sa chambre était ouverte.

Quand je suis entrée, je l'ai vue tout de suite.

C'était horrible.

Je me souviens pas de tout exactement,

mais j'ai des flashs.

Il y avait du sang.

Les draps étaient rouges.

Il y en avait aussi sur les murs.

Sur la tĂŞte de lit.

Son corps était méconnaissable.

Ă€ cause des blessures sur tout le corps.

Seulement son visage avait été épargné.

Et ses yeux étaient ouverts.

- Quelques indications pour la Cour.

Comme les relevés téléphoniques l'indiquent,

Mme Dufour a appelé la police à 14h52,

puis elle a appelé sa mère à 14h54.

Y a-t-il des questions, maître ?

- J'ai une seule question pour ma cliente.

Flora est votre fille unique, vous l'avez élevée seule

et vous aviez une relation très forte avec elle.

Lui connaissiez-vous des ennemis ?

- Non. Aucun.

- Merci.

- Mme l'avocat général ?

- Pas de question, monsieur le président.

- Maître, pour la défense.

- Bonjour, madame.

J'ai également une question, si vous le permettez.

Quand vous êtes rentrée chez vous,

êtes-vous passée par la porte principale,

et cette porte était-elle ouverte ?

- Oui.

La porte était ouverte.

- Ça veut dire que n'importe qui venant de l'extérieur

pouvait ouvrir la porte sans avoir de clé ?

- Oui.

- Je vous remercie, madame.

- Mme Dufour, je propose qu'on en reste lĂ .

La Cour vous remercie pour votre témoignage.

Vous pouvez rejoindre votre place.

Mademoiselle Bataille.

Pouvez-vous vous lever, je vous prie ?

Quel âge avez-vous ?

- J'ai dix-huit ans.

- Au moment des faits, vous aviez donc...

- Seize ans, presque dix-sept.

- Vous êtes domiciliée à Nantes, allée Monthor, chez vos parents ?

- Oui, avec mon petit frère.

- Vous avez d'abord été placée en détention provisoire ?

- Oui.

- Combien de temps ? - Six mois.

- Le juge d'instruction vous a remise en liberté

le 21 décembre 2016

et vous a assignée à résidence avec bracelet électronique.

- Oui.

- Quelles étaient vos relations avec la victime, Flora Dufour ?

- On était amies, meilleures amies.

- Vous venez d'entendre le témoignage de Béatrice Dufour.

Est-ce que vous pouvez, de votre point de vue,

nous relater les évènements,

en commençant par exemple par la soirée qui précède ?

- On a fait la fĂŞte chez Flora,

et j'ai dormi chez elle.

- À quelle distance se situe votre maison du domicile de Flora ?

- Cinq minutes Ă  pied environ.

- Pourquoi n'avez-vous pas dormi chez vous à l'issue de la soirée ?

- J'avais envie de dormir chez Flora.

- C'est Flora qui vous a demandé de dormir chez elle ?

- Non.

- Est-ce vous qui lui avez demandé si vous pouviez dormir chez elle ?

- Non. Ça s'est fait comme ça.

J'étais fatiguée, je me suis couchée.

- C'est donc de votre propre fait que vous êtes restée dormir ?

- Oui.

- Et oĂą avez-vous dormi ? - Dans sa chambre.

- Savez-vous si d'autres personnes ont dormi sur place ?

- Pour nous, on était seules dans la maison.

- Et le matin ?

- Je me suis levée un peu tard,

je me suis pressée d'aller chercher mon frère à l'école.

En partant, tout était normal et Flora dormait encore.

J'ai pas fermé la porte, parce que j'avais pas les clés.

- Vous vous êtes pressée

de partir chercher votre jeune frère à l'école.

Pouvez-vous nous indiquer

Ă  quelle heure vous ĂŞtes partie du domicile de Flora Dufour ?

- J'étais en retard, je suis partie entre 11h20 et 11h30.

- Et ensuite ?

- Je suis partie en scooter chercher mon frère à l'école.

Il faisait beau, on est passés au parc des Dervallières.

On est restés là-bas une heure environ.

Puis on a rejoint mes parents Ă  la mer.

On a une maison de famille Ă  La Bernerie.

Dans l'après-midi, les policiers sont venus me chercher.

- Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

- Non, c'est tout.

- Mademoiselle Lise Bataille,

vous affirmez donc que,

ce samedi 7 juin 2016,

vous n'avez ni agressé ni tué Flora Dufour ?

- Oui, c'est bien ça.

- Voici l'état général du corps de la victime

tel qu'il a été photographié sur la scène du crime à 15h17.

Le corps de la victime

présentait sept plaies de profondeur variable,

mais toutes provoquées

par le même objet tranchant et dentelé,

type couteau de cuisine.

Toutes les plaies, Ă  l'exception de l'entaille A,

sont superficielles.

L'entaille A présente une plaie fusiforme aux berges nettes,

située face postérieure droite

du cou.

La dissection met en évidence

une section de la carotide interne droite

avec infiltration hémorragique.

L'examen a révélé la présence de sang sur la langue,

dans la trachée et les bronches,

dans l'œsophage et dans l'estomac.

- Monsieur l'expert,

vous fixez le crime entre 12h et 13h.

- Oui.

- Quelle est la fiabilité de cette estimation ?

- Plus on est proche de l'heure d'un crime,

plus on peut être précis.

Ă€ 15h30,

un début de rigidification des membres supérieurs

était perceptible.

On peut considérer que le décès est survenu trois heures avant,

en s'accordant une marge de sécurité confortable,

donc entre 12h et 13h.

Nous sommes souvent prudents en matière de datation,

mais cette fourchette est fiable.

- Monsieur l'expert, la Cour vous remercie.

- Merci.

- Des questions pour l'accusée sur cet aspect de l'affaire ?

Maître ? - Non.

- Mme l'avocat général ?

Mlle Bataille, levez-vous, je vous prie.

- Combien de temps met-on, en scooter,

du 20, avenue des Frênes, lieu de résidence de la victime,

jusqu'à l'école Arthur Rimbaud ?

- 15, 20 minutes.

- Plutôt 15 minutes, selon le chronométrage

réalisé par les policiers à la demande du juge d'instruction.

C'est en cote D312.

Ă€ quelle heure ĂŞtes-vous partie du domicile de Flora Dufour ?

- 11h30.

- Alors pourquoi n'étiez-vous pas à l'école Arthur Rimbaud à midi ?

- Je suis peut-ĂŞtre partie Ă  11h40.

- Vous ĂŞtes peut-ĂŞtre partie Ă  11h40 ?

Alors peut-ĂŞtre ĂŞtes-vous partie Ă  11h50 ou Ă  12h20,

voire Ă  12h40 ? - Non, impossible.

Je suis partie à 11h30 à quelques minutes près.

- Vous n'êtes pas très précise.

À supposer que vous ayez retrouvé votre frère peu après midi,

qu'avez-vous fait ensuite ?

Car c'est seulement Ă  13h40

que vous avez été identifiée à la station-service de Villeret,

qui n'est qu'à vingt minutes de l'école.

- On est passés au parc des Dervallières.

- Combien de temps seriez-vous restés au parc ?

- Une heure environ.

Il faisait beau et c'était agréable.

- Vous êtes restés une heure au parc ?

Ce n'est pas rien.

Pourtant, dans sa première déposition,

votre frère n'évoque même pas ce passage au parc.

Comment vous l'expliquez ?

- Je l'explique pas.

Je crois qu'il en a parlé après. - Oui.

Il en a parlé dans sa deuxième déposition,

plus de sept mois après les faits,

alors que vous n'étiez plus en détention provisoire.

- Ces insinuations sont déplaisantes et malhonnêtes.

Lise n'a pas à rendre compte des dépositions de son petit frère,

qui avait 8 ans au moment des faits.

- Reprenez, Mme l'avocat général, en posant des questions.

- À supposer que vous soyez allés au parc,

ce que rien ne permet de prouver,

qu'avez-vous fait ensuite ?

- Comme je l'ai dit,

on a rejoint nos parents Ă  La Bernerie avec mon scooter.

- En faisant un arrĂŞt Ă  la station-service de Villeret,

où vous avez été identifiés à 13h40, n'est-ce pas ?

- Oui.

- M. le président, j'aimerais à présent

que nous visualisions ces images de vidéosurveillance.

- Bien sûr.

Madame l'huissier,

pouvez-vous lancer la vidéo, s'il vous plaît ?

...

- Mademoiselle Bataille,

pouvez-vous nous dire ce que vous avez vu ?

- J'ai payé l'essence,

et au moment de partir, Jules voulait un sandwich.

Je lui ai donné de l'argent et on est repartis.

- En effet.

M. le président, j'aimerais passer un autre extrait vidéo,

la continuité de la caméra 1 à la minute 40, s'il vous plaît.

- Madame l'huissier.

- Mademoiselle, s'il vous plaît, regardez attentivement les images.

Mme l'huissier, pouvez-vous effectuer un agrandissement ?

Cela aiderait l'accusée à mieux voir l'image.

C'est une attitude que vous prenez souvent ?

- J'étais fatiguée.

- Vous prenez cette position lorsque vous êtes fatiguée ?

- LĂ , en tout cas, je l'ai prise.

- Pourquoi prendre cette position précisément à ce moment-là ?

- Parce que j'en avais envie, c'est tout.

- Mlle Bataille, si je vous dis

que vous ne semblez pas dans votre assiette sur ces images,

que répondez-vous à cela ?

- Que je suis pas d'accord.

J'étais épuisée, j'avais très peu dormi.

- Mais ce n'est pas une position dont vous êtes coutumière ?

Mademoiselle ?

Votre silence me renvoie à cette dernière question.

Vous n'avez rien dit aux policiers lors de votre garde Ă  vue,

ni au juge d'instruction

pendant vos trois premiers interrogatoires.

Ça a été souligné, évidemment.

Que signifiait ce silence ?

Étiez-vous pétrifiée, choquée ? Choquée par ce que vous aviez vu...

ou fait, peut-ĂŞtre ?

- Avez-vous terminé, madame l'avocat général ?

- Oui, monsieur le président.

- Mademoiselle Bataille,

vous venez de voir, comme nous,

les photographies de votre ancienne amie Flora

lorsque les policiers sont arrivés sur la scène du crime.

Que vous inspirent ces images ?

Dites-nous ce que vous éprouvez en vous les remémorant.

Rien ?

Essayez.

- Je sais pas.

...

...

- C'était bien ? - C'était super.

- Ils vont te mettre en prison ?

- J'espère. Comme ça, je te verrai plus.

- Ils vont te mettre en prison ou pas ?

- ArrĂŞte, Jules. Tu sais bien que non.

- Je pourrai venir avec vous, demain ?

- Non, t'es trop petit.

- Papa, je pourrai venir demain ?

- ArrĂŞte, Jules. - T'es trop petit, je te dis.

Quelqu'un entre.

- Comment ça s'est passé ?

- Ça t'intéresse ?

- Elle est oĂą, Lise ?

- Dans sa chambre.

- Elle est pas dans sa chambre, ni avec Jules.

...

- Bonsoir, pardon de vous déranger, c'est le papa de Lise.

*-Ah, bonsoir.

- Elle serait pas chez vous ?

*-Non, pourquoi ?

- Elle est partie se promener et elle est pas rentrée.

Je me demandais si elle était pas avec Noémie.

*-Non, on l'a pas vue.

- Ça vous dérange pas si je parle à Noémie ?

Elle répond pas sur son portable.

*-Je vais la chercher, ne quittez pas.

- Merci. Désolé.

*-Noémie !

*C'est le père de Lise.

*-AllĂ´ ? - Lise est pas avec toi ?

*-Ben non.

- Tu sais pas où elle est ? *-Franchement, j'ai aucune idée.

- Il y a pas un endroit oĂą elle aime aller ? Un bar ?

*-Un bar ? Où ça ?

- Un bar ou autre chose. Je sais pas, je cherche.

*-Elle a son bracelet électronique. On peut la retrouver.

- Oui, mais je préfère pas en arriver là.

Donne-moi le numéro de Paco.

*-Qui ça ?

- Paco, le jeune avec les cheveux bouclés.

*-Ça m'étonnerait qu'elle soit allée le voir.

- Si elle est pas avec toi, elle est avec lui.

*-Je sais pas. - Elle serait avec qui ?

Elle a un autre copain ? *-Non.

- Bon, donne-moi son numéro.

*-Je suis allée chez lui, mais j'ai pas son numéro.

- Il habite oĂą, ce Paco ? *-Rue verte.

*Devant l'arrĂŞt de bus.

*Mais c'est Diego, pas Paco. - OK, merci.

J'ai déjà vérifié, c'est branché. Je sais pas ce qu'elle fout.

- Elle vient de partir, sinon ils auraient déjà appelé.

- Si le pénitencier m'appelle, je dis quoi ?

- Tu réponds pas.

- Bien sûr que si.

- Tu me demandes mon avis, je te le donne.

- Putain...

Musique intrigante

...

- Bonsoir, monsieur.

- Je viens chercher Lise, je suis son père.

- Y a pas de Lise, ici.

- Y a pas de Diego non plus ?

- Si, mais il est pas lĂ , ce soir.

- Il est oĂą ?

- Vous voulez quoi ?

- Récupérer ma fille. Je sais qu'elle est déjà venue ici.

- Oui, c'est possible. - Non, c'est sûr.

Me prenez pas pour un con.

La chambre de Diego est oĂą ?

- C'est pas la question.

- Si, c'est la question. Elle est oĂą, sa chambre ?

- Écoutez, entrez vérifier, si vous voulez.

...

Bon, ça suffit, monsieur. S'il vous plaît.

...

- Lise !

...

- Lise !

...

- Maman !

Maman !

- Jules !

Jules ! - Viens voir !

- Quoi ? - Ils ont éteint le phare.

- Je m'en fous, du phare ! Viens, on rentre.

- Comment ça se fait ? - Viens !

Sonnerie de portable

...

- Elle est pas chez ce type, je vais prévenir l'avocat.

*-C'est bon, on sait oĂą elle est.

- Ah bon ?

*-Noémie l'a trouvée avenue des Frênes.

- Avenue des FrĂŞnes ? *-Oui.

*Va la chercher. Je suis Ă  La Bernerie avec Jules.

- Elle fout quoi avenue des Frênes ? Ça va pas bien chez elle !

*-Ă€ tout de suite.

...

- T'as interdiction d'approcher de la maison de Flora.

- Personne m'a vue.

- Noémie t'a vue, donc t'es pas invisible.

Je te rappelle que tu portes un bracelet électronique.

- Je sais.

- J'aurais dit quoi au service pénitentiaire ?

- Ils ont appelé ? Non, alors c'est bon.

- Et si le juge apprend que t'as dézoné ?

- J'ai pas dézoné, j'étais à 500 mètres de la maison.

- C'était quoi, ton idée ?

On est lĂ  pour t'aider.

Mais si tu joues pas le jeu, on peut rien faire.

Tu te rends compte de l'enjeu de ce procès ?

- Ben oui.

- Et pourquoi t'as pas répondu au juge

quand il t'a demandé ce que t'inspiraient ces images ?

Moi j'aurais répondu : "Ça me révolte, ça me peine."

J'aurais dit un truc qui montre que je suis pas indifférent.

- Tu crois que je suis indifférente ?

- J'ai pas dit ça.

Mais la Cour t'observe et tu te simplifies pas la tâche.

Encore une fois, je dis ça dans ton intérêt.

- Quand le procès sera terminé,

tu pourras arrĂŞter de me dire ce que je dois faire ?

Merci.

- Lise était une enfant joyeuse, pas du tout une taiseuse.

Au contraire, elle était très loquace.

On parlait beaucoup et elle était proche de nous.

- Pourtant, vous en parlez au passé.

- Parce qu'inévitablement,

la mort de Flora et ce qui a suivi ont changé la donne.

Et on peut dire que...

à cause de cela, effectivement, elle s'est renfermée.

Mais au moment des faits, ou juste avant,

tout était comme d'habitude, Lise était une fille ordinaire,

très travailleuse, une personnalité curieuse.

- Vous diriez qu'elle était bien dans sa peau ?

- Complètement, oui.

- Y a-t-il des questions

pour la partie civile ? Maître ?

- Je n'ai pas de questions.

- Madame l'avocat général ?

- Monsieur Bataille, bonjour.

Où étiez-vous la semaine qui a précédé le crime ?

- J'étais chez moi, je travaillais.

- Et votre fille était où durant cette semaine ?

- Elle avait passé la semaine à la mer pour réviser,

et elle est juste partie pour la fĂŞte de Flora.

- Le jour du crime,

vous ne l'aviez donc pas vue depuis une semaine ?

- Pas depuis le dimanche qui précédait.

- Donc vous pouvez dire

qu'elle était une lycéenne ordinaire et épanouie de manière générale,

pas qu'elle était sereine dans les jours précédant le crime,

puisque vous ne l'avez pas vue. Par ailleurs,

vous nous dites que votre fille vous parlait volontiers,

que la communication était facile entre vous ?

Il acquiesce.

- ĂŠtes-vous au courant du conflit entre Flora et Lise

un mois avant les faits ?

- Oui.

- De quoi s'agissait-il ?

- Flora avait mis en ligne une vidéo qui n'aurait pas dû l'être.

Lise était en colère, mais ça s'est arrangé rapidement.

- À l'époque, vous saviez que le conflit venait d'une vidéo ?

- Je savais qu'elles étaient fâchées à cause d'une vidéo sur internet.

- Vous ignoriez que c'était une vidéo à caractère pornographique

de votre fille, n'est-ce pas ?

- Je ne savais pas les choses aussi précisément.

- Vous ne vous parliez pas tant que ça.

- Il y a forcément une distance dans une relation père-fille.

- C'est important de le dire. Vous ignoriez précisément

l'évènement récent le plus marquant de la vie de votre fille.

Un évènement marquant, comme on peut comprendre,

qui l'a blessée, meurtrie, révoltée.

- Je savais qu'elle avait été meurtrie.

- Vous ignoriez Ă  quel point,

ne connaissant pas le contenu de cette vidéo.

- C'est votre interprétation.

- À présent, évoquons l'arrestation de votre fille.

Pouvez-vous nous exposer votre version des faits ?

- Nous étions à la mer, la police a demandé à lui parler

et elle les a suivis.

- Donc vous n'avez pas observé de résistance de sa part ?

- Ça a été rapide.

- Oui, précisément,

c'est qu'elle n'a pas contesté, n'est-ce pas ?

- Quand on n'a rien Ă  se reprocher, pourquoi s'enfuir ?

- Elle aurait pu simplement demander

pourquoi on venait l'interpeller de la sorte,

ou du moins s'en étonner.

- Elle était étonnée.

- C'était votre impression ?

- Bien sûr.

- Comment a-t-elle manifesté son étonnement ?

- Elle était étonnée, c'est tout, ça se voyait à son expression.

- Lorsque votre fille s'est éloignée,

quelle a été votre première réaction ?

- J'ai demandé aux policiers ce qu'ils lui voulaient.

- Vous étiez surpris. - Forcément.

- VoilĂ , vous ĂŞtes surpris, vous demandez ce qui se passe.

Comment expliquez-vous

que votre fille n'ait pas exprimé sa surprise ?

- Elle était surprise.

- Elle ne l'a pas exprimé verbalement.

- Ça ne change rien.

- Madame l'avocat général, vous avez d'autres questions ?

- Oui, monsieur le président.

J'ai encore une question pour monsieur Bataille.

Monsieur, cela fait maintenant deux ans

que vous clamez haut et fort que votre fille est innocente.

Mais Ă  l'issue de l'enquĂŞte,

elle est la seule accusée dans cette affaire.

Alors si ce n'est pas Lise qui a tué Flora Dufour,

dites-nous qui a commis ce crime.

- Je ne sais pas.

- Je vous remercie.

*-Ah mais carrément !

*Rire de Flora

*Faites comme si j'étais pas là.

*Oh lĂ  lĂ  !

*C'est extraordinaire, ce qui se passe.

*Ça va, ça se passe bien ? *-C'est filmé.

*Rire de Flora

*-Des commentaires ?

*Rires

*...

*Oh lĂ  lĂ ...

*-Allez, c'est bon. *-Finissez.

*-Non, c'est bon.

*-T'es malade, tu peux pas terminer lĂ .

*-Non, si. Je l'ai fait.

*C'est bon, je l'ai fait.

*-Ça va, tu l'as sucé deux secondes.

*Tu peux pas le laisser comme ça, il est pas fini.

*Allez ! *-C'est bon, elle l'a fait.

- Mademoiselle Rigaud,

Lise vous avait-elle parlé de son contentieux avec Flora ?

- Bien sûr. - Elle vous a dit quoi ?

- Que ça se fait pas.

Tout le monde parlait de Lise comme d'une fille pas bien,

comme d'une salope.

Pardon. - Continuez.

La Cour en a vu d'autres.

- C'est tout.

Elle regrettait que Flora ait fait ça dans son dos.

- Qu'elle l'ait filmée dans son dos ?

- Non, ça elle l'avait bien vu, même si elle suçait Nathan.

Mais elle a pas compris que Flora poste la vidéo sans la prévenir.

- Vous avez indiqué lors de l'instruction

que vous étiez avec Lise quand elle a vu la vidéo en ligne.

Est-ce que vous le confirmez ? - Oui.

On était chez elle.

Pouvez-vous nous raconter cet épisode ?

Quelle a été sa première réaction ?

- Elle a voulu retirer la vidéo.

Elle connaissait les codes de Flora,

mais on a découvert que Flora les avait changés exprès.

Elle lui a laissé un message lui demandant de retirer la vidéo.

- Un message vocal ? - Oui.

Flora répondait pas, son téléphone sonnait dans le vide.

- Flora n'a pas retiré la vidéo ? - Non.

Lise savait que ça allait circuler vite,

elle s'est énervée.

- En effet, Lise a adressé à Flora quantité de noms d'oiseaux,

et au milieu de ces insultes, elle lui a dit : "Je vais te tuer."

Quel médium a-t-elle utilisé pour les insultes ?

Était-ce de nouveau par téléphone ?

- Non, sur Snapchat.

Si elle voulait vraiment la tuer, elle l'aurait pas dit comme ça.

- Pardon, mais Lise n'a pas simplement dit : "Je vais te tuer."

Si on s'en réfère au dossier,

Lise Bataille a menacé Flora Dufour

en écrivant, c'est en cote D419, je cite :

"Je vais te tuer."

Ensuite, elle a récidivé : "Je vais te tuer."

Et enfin : "T'es morte."

- Moins Flora répondait, plus Lise s'énervait.

Moi aussi, j'aurais été hyper énervée, à sa place.

C'était que des paroles.

C'est comme les "Je t'aime" entre copines, ça veut rien dire.

Tout le monde dit "Je t'aime".

- Comment ce contentieux a-t-il évolué ?

Cette histoire s'est-elle oubliée, éteinte toute seule

ou les choses ont-elles été mises à plat ?

- Elles ont été réglées.

J'étais là quand Lise a demandé à Flora des explications,

et surtout des excuses.

Et là, Flora s'est excusée.

Elle avait pas réalisé qu'en postant la vidéo,

tout le monde en parlerait autant.

- Et après ?

- Elles se sont dit "Je t'aime" et c'est redevenu comme avant.

- Je vous remercie, mademoiselle.

- Vous ĂŞtes le jeune homme Ă  qui Lise a fait une fellation,

scène qui a été filmée et mise en ligne par Flora

environ un mois avant le crime ?

- Oui, c'est ça.

- Pouvez-vous nous décrire le contexte

et votre état d'esprit pour en venir à faire cette vidéo ?

- On avait eu un devoir de maths.

Lise avait dit qu'elle aurait une meilleure note que moi,

ou que sinon elle me taillerait une pipe.

J'ai eu 14 et elle 13,5.

- C'est donc Lise qui a eu l'idée de ce gage ?

- Oui, mais je savais pas qu'elle le ferait vraiment.

- Avait-elle la réputation de faire ces choses facilement ?

- Je savais qu'elle était ouverte,

des copains Ă  moi avaient fait des choses avec elle,

mais ça m'a quand même surpris.

- Vous n'étiez pas encore en couple avec Flora ?

- Non.

- Mais vous flirtiez déjà ?

- Avec Flora, on était sur le point de se mettre ensemble.

Je savais qu'elle le voulait,

et moi, je me disais de plus en plus que ça m'intéressait.

- Comment saviez-vous qu'elle le voulait ?

- On me l'avait dit. - Qui ?

- C'est Lise qui me l'avait dit.

Elles étaient meilleures amies et elle avait fait son porte-parole.

- Donc...

Lise vous avait dit

que sa meilleure amie voulait ĂŞtre en couple avec vous.

Et pourtant Lise vous a administré une fellation

Ă  son initiative,

en guise de gage, et cela devant l'intéressée,

c'est bien cela ?

- Oui, en quelque sorte.

- Comment ça, en quelque sorte ?

- Enfin, oui, c'est ça.

- Pour la partie civile, y a-t-il des questions ?

- Oui, monsieur le président.

Nathan, vous étiez très souvent avec Flora avant sa mort.

Vous étiez celui avec qui elle passait le plus de temps.

D'après vous et d'après ce que Flora vous a confié,

le contentieux entre Lise et Flora était-il réglé au moment des faits ?

- Non, pas du tout.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

- Flora s'était excusée,

mais Lise refusait de lui pardonner.

- Pourtant elle se sont revues, tout semblait terminé.

- Elles se sont vues, mais quelque chose était différent.

Ça la mettait très mal à l'aise.

- Vous l'aviez remarqué ?

- Oui.

Et surtout elle me l'a dit.

Elle m'a dit qu'elle lui faisait peur.

- Elle vous disait que Lise lui faisait peur ?

- Oui.

Elle me disait :

"Elle me fait trop peur",

"Elle me fait vraiment flipper", des choses comme ça.

- Quand vous l'a-t-elle dit ?

- Elle me l'a dit au moins deux fois.

La première, c'était juste après les menaces de mort.

- Elle prenait donc au sérieux les menaces de Lise ?

- Ah oui, très au sérieux.

- Et ensuite elle vous a répété qu'elle avait peur de Lise ?

- Oui. La nuit d'avant la fĂŞte.

- La nuit qui précède le crime ?

- Oui.

- J'en ai terminé, M. le président. Merci, Nathan.

- Madame l'avocat général, avez-vous des questions ?

- Pas de questions, M. le président. Tout a été dit.

- Maître, en défense ?

- Oui.

J'ai un peu de mal Ă  vous suivre.

Vous prétendez que Flora avait peur de Lise.

Alors pourquoi l'aurait-elle invitée à sa fête ?

- Elle voulait pas aggraver les choses avec elle.

Elle pensait que c'était le mieux,

ou en tout cas le moins pire, Ă  faire.

- Mais vous, pourquoi n'être pas resté dormir chez Flora ?

Pourquoi l'avoir laissée seule avec Lise

si Flora vous avait dit que Lise lui faisait peur ?

- J'avais pas le droit de rester dormir chez elle.

Mes parents m'avaient demandé de revenir et il était...

1h, à peu près, quand je suis rentré.

La fête était pas du tout terminée, mais j'avais pas le choix.

Et Ă  ce moment-lĂ ,

je savais pas que Lise resterait dormir chez Flora.

- Monsieur le président, pourrions-nous visualiser la vidéo

qui figure au dossier sous la cote D71 ?

Cette vidéo a été retrouvée sur le téléphone de Flora Dufour.

Elle a été authentifiée,

et les images ont été prises par le téléphone de Noémie Rigaud

Ă  23h41 le 6 juin 2016,

c'est-Ă -dire durant la fĂŞte qui s'est tenue chez Flora Dufour,

donc quelques heures avant qu'on la retrouve morte.

- Madame l'huissier, pouvez-vous lancer la vidéo ?

*Musique entraînante

*Ils chantent.

*...

- Quelle est votre question, maître ?

- Ma question s'adresse Ă  la Cour.

Voyez-vous deux ennemies sur cette vidéo ?

- On peut tout autant voir dans cette vidéo une stratégie,

plus ou moins habile, de la part de Lise,

pour donner l'illusion d'une relation apaisée avec Flora.

- Je m'adresse aux jurés.

Avez-vous l'impression, au vu de cette vidéo,

que Flora a peur de Lise ?

- C'était à une fête, avec 30 personnes autour.

Flora Dufour n'allait pas partir en courant.

- Y a-t-il encore des questions à poser à notre témoin ?

- Plus de questions, monsieur le président.

- Pour ma part, M. le président,

j'aimerais que l'accusée nous éclaire sur un point

qui a été soulevé à l'interrogatoire de M. Meurin.

- Mlle Bataille.

Levez-vous, je vous prie.

- Mademoiselle, qu'avez-vous ressenti

lorsque Flora s'est mise en couple avec Nathan Meurin ?

- Rien.

Enfin, j'étais contente pour elle.

- Mais le fait qu'il puisse devenir l'ami de Flora

n'avait aucune incidence sur votre désir pour lui ?

- Non.

À cette époque, je voyais d'autres garçons.

J'ai jamais focalisé sur Nathan.

- Mais vous éprouviez des sentiments pour lui.

- Non.

- Vous n'éprouviez

aucun sentiment pour le garçon à qui vous avez fait une fellation ?

- Non, aucun.

- Diriez-vous que vous ĂŞtes ce qu'on appelle une fille facile ?

- Comment ça ?

Alors pourquoi on demande pas à Nathan si c'est un garçon facile ?

On l'a fait car on en avait envie tous les deux.

Si j'avais su que ça ennuyait Flora, on l'aurait jamais fait.

Sur le moment, on pouvait pas le deviner.

Musique intrigante

- Je vous remercie.

...

- T'as eu peur, hein ?

- Espèce de merde !

...

- Tu savais qu'elle avait eu plein de copains ?

- Je sais qu'elle en a eu, oui.

- Non, mais vraiment plein.

- Elle a eu des aventures de lycée.

Normal, quoi. On a tous commencé au lycée, non ?

- Non mais lĂ , c'est autre chose.

Apparemment, elle taille des pipes à des types qu'elle connaît à peine.

Et elle raconte ça très tranquillement.

Tu savais, ça ?

Ça me dépasse.

J'avais l'impression qu'on parlait de quelqu'un d'autre.

Et moi j'étais là, mais en fait...

j'étais pas là.

T'avais raison, j'aurais pas dĂ» y aller.

- Non, t'as bien fait d'y aller.

- Tu crois ? - Évidemment.

Qu'est-ce qui est prévu demain ?

- Je sais plus.

Fracas à l'extérieur

...

- Tu fermes ta gueule, sinon t'auras pas ma chambre.

Le réveil sonne.

...

- Je t'accompagne.

...

- Nous avons analysé le corps de la victime,

mais aussi, bien sûr,

les draps qui recouvraient le matelas,

la housse de couette, les taies d'oreillers.

Nous avons retrouvé à la fois des empreintes papillaires,

salivaires et pileuses,

et à chaque fois, les données concordaient.

- Dans votre rapport,

vous mentionnez les ongles de la victime.

Vous pouvez nous en dire plus ?

- Oui. Des prélèvements sur écouvillon stérile

ont été effectués sur tous les morceaux d'ongles

pour tenter de recueillir d'éventuelles cellules

laissées par contact.

LĂ  aussi, nos conclusions sont les mĂŞmes.

- Sous ses ongles également, vous avez trouvé des dépôts ?

- Oui.

Et l'ADN est celui de Lise Bataille.

- C'est donc en se débattant que Flora aurait griffé Lise ?

- C'est une interprétation.

Mon rĂ´le est de recenser les empreintes,

d'identifier le profil génétique observé.

En l'espèce, c'est bien celui de Lise Bataille.

- Mesdames et messieurs les jurés,

Flora Dufour a été molestée, poignardée à sept reprises.

On a trouvé l'empreinte génétique d'une seule personne

sur le corps de la victime.

Et, monsieur l'expert vient de nous l'assurer,

c'est celle de Lise Bataille.

- Maître, pour la défense.

- Le ministère public aime à solliciter

la capacité d'interprétation des jurés,

pour ne pas dire leur imagination.

Mademoiselle Bataille,

confirmez-vous ce que vous avez toujours dit,

Ă  savoir que vous avez dormi chez Flora Dufour

la nuit du 6 au 7 juin ?

- Oui.

- Pouvez-vous nous décrire cette nuit ?

- Dans le détail ? - Oui.

Dites-nous comment s'est passée la nuit.

- Je me suis couchée un peu avant Flora,

je me suis endormie tout de suite.

Après, elle est venue me rejoindre,

elle s'est couchée et ça m'a réveillée.

- Vous avez donc dormi dans le mĂŞme lit ?

- Oui, dans le lit de Flora.

- Comment étiez-vous habillées ?

- Moi, seulement une culotte parce que j'avais pas mes affaires.

- Et Flora ?

- Elle avait un grand t-shirt.

Puis elle l'a enlevé parce qu'on avait trop chaud.

- Comment se fait-il que vous aviez si chaud ?

- Elle a un petit lit,

et on était l'une contre l'autre, ça donne chaud.

- Vous êtes-vous enlacées ?

- Euh... oui.

- Vous êtes-vous embrassées ?

- Un peu.

Elle avait bu, donc elle sentait l'alcool,

j'aimais bien.

- Vous êtes-vous étreintes ?

- Oui.

- Était-ce parfois, sinon violent, du moins engagé ?

- Oui. Surtout quand j'étais en bas.

- En bas ?

- Quand je la léchais, elle me tenait la tête.

- Elle vous griffait ?

- Un peu.

- L'expertise faite sur vous le lendemain des faits

ne relève aucune contusion.

Seule une griffure très superficielle a été observée

près de votre oreille.

C'est en cote B111.

Elle vous griffait parce qu'elle jouissait ?

- Oui, elle ressentait du plaisir

et elle me tenait la tête comme ça, c'est tout.

- Et après ?

- Après, on s'est caressées et on s'est endormies.

- Avez-vous dormi l'une contre l'autre ?

- Oui, au début en tout cas, c'est sûr.

- Étiez-vous nues l'une et l'autre ? - Oui.

- Toute la nuit ?

- Oui, toute la nuit.

- Monsieur l'expert,

avez-vous observé des traces ADN

correspondant au code génétique de ma cliente

sur tout le corps de la victime ?

- Oui, absolument.

- Y compris sur son sexe ?

- Oui, des traces salivaires.

- Donc les traces observées sur le corps de la victime,

sur sa bouche et sur son sexe,

sont compatibles avec l'existence d'un rapport sexuel

cette nuit-lĂ  ?

- Je vous le confirme.

- Et vous confirmez aussi

que dès lors qu'il est établi que Flora Dufour et Lise Bataille

ont dormi nues l'une contre l'autre

et ont eu certains attouchements,

il était inévitable que l'ADN de Lise Bataille

se retrouve sur le corps de la victime ?

- Oui, c'est juste.

- Nous avons enfin un élément tangible,

un fait qui ne relève d'aucune interprétation,

n'en déplaise à l'avocat de la défense.

L'ADN de Lise Bataille était le seul sur le corps de la victime.

J'y vois davantage un élément à charge pour l'accusée

qu'un élément à décharge.

Par ailleurs, M. le président,

j'ai une question sur cet épisode, si vous le permettez.

- Je vous en prie, madame l'avocat général.

- Mlle Bataille,

avez-vous parlé avec Flora lorsqu'elle s'est couchée

ou durant la nuit ?

- Non.

Quand on était l'une contre l'autre,

elle a juste dit qu'elle aimait mon odeur.

- Et après ?

- Après, on s'est endormies,

et ensuite c'était le matin

et je suis sortie de chez elle sans la réveiller.

- C'était la première fois que vous faisiez l'amour ?

- On a pas vraiment fait l'amour.

On s'est fait du bien, c'est tout.

- Et vous avez souvent partagé des nuits de la sorte ?

- Oui, plein de fois.

- Hier, on nous a révélé que Flora Dufour avait peur de vous.

Aujourd'hui, vous prétendez avoir passé une nuit avec elle

durant laquelle vous vous ĂŞtes fait du bien.

Il est un peu difficile

de vous suivre, et mĂŞme de vous croire.

Comment qualifieriez-vous votre relation avec Flora ?

Étiez-vous amoureuses ?

- Non, pas du tout.

On était amies.

- Je vous remercie.

Monsieur l'expert,

quel est votre domaine de spécialisation ?

- Mes recherches portent essentiellement

sur l'analyse des blessures Ă  l'arme blanche.

- Votre rapport est assez précis.

Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer

que les coups ont été donnés par une personne gauchère ?

- La localisation des blessures sur le corps

et l'orientation de la lame

lors de la pénétration dans les tissus cutanés

nous apprennent que l'objet était manipulé par la main gauche

du meurtrier ou de la meurtrière.

- Pouvez-vous indiquer Ă  la Cour

les dimensions estimées de la lame du couteau ?

- Oui.

Celle-ci fait entre 6,5 et 7 centimètres de long,

et entre 2,2 et 2,6 centimètres de large,

et le bout est pointu.

- M. le président,

pourrions-nous procéder au bris du scellé 39 ?

Il s'agit d'un set de couteaux. - Bien sûr.

Mme l'huissier, s'il vous plaît.

Pouvez-vous le présenter à la Cour ?

Très bien, présentez-le aux parties.

Les parties ont constaté

que le scellé numéro 39 n'était pas brisé ?

Parfait.

Madame l'huissier, pouvez-vous briser le scellé numéro 39 ?

Et l'apporter à madame l'avocat général, s'il vous plaît ?

- Mlle Bataille, reconnaissez-vous ce set de couteaux ?

- Je sais que c'est celui de notre maison Ă  La Bernerie.

- Vous le reconnaissez ?

- Oui.

- Et vous constatez comme moi qu'il y manque un couteau ?

- Oui.

- L'instruction a fait son enquête auprès du fabricant.

Le couteau manquant est un couteau Ă  manche rouge.

Plus édifiant, c'est un couteau pointu,

dont la lame fait 6,7 centimètres de long

et 2,3 centimètres de large,

des dimensions compatibles avec celles observées par M. l'expert

quand il a estimé la taille de l'arme du crime.

Alors, je me tourne vers vous.

D'après vous, où est ce couteau rouge ?

- Je sais pas.

- Vous ne savez pas.

Avez-vous utilisé ce set de couteaux

pendant votre semaine Ă  La Bernerie avant le crime ?

- Oui, c'est possible.

- C'est même sûr, on a retrouvé vos empreintes sur le vaisselier.

- Parfois, j'ai cuisiné. J'ai pu me servir des couteaux.

- Et le vaisselier était complet ?

- Non, il manquait déjà un couteau.

- Vous en êtes sûre ? - Oui.

- C'est curieux car dans une précédente déposition,

vous déclariez aux enquêteurs

que vous n'aviez jamais remarqué l'existence de ces couteaux.

À présent, vous êtes sûre qu'il manquait un couteau ?

- Oui.

- Comment la mémoire vous est-elle revenue ?

C'est un phénomène familial, les choses vont et viennent.

Comme votre frère qui avait oublié de mentionner

que vous aviez passé une heure au parc des Dervallières.

- C'est un vieux set de couteaux qui est là depuis très longtemps.

C'est une maison de vacances avec beaucoup de passage,

rien n'est vraiment Ă  sa place.

Le couteau non plus n'était pas à sa place dans le set,

depuis très longtemps.

- Mais on n'a pas retrouvé ce couteau.

Qu'il ait totalement disparu, comment vous l'expliquez ?

Je vous le redemande,

après les recherches des policiers,

le couteau ne figure ni dans le set ni ailleurs.

Comment expliquez-vous qu'il se soit volatilisé ?

- Je peux pas tout expliquer.

- Pardon ? Je n'ai pas compris ce que vous avez dit.

- Quelqu'un a dĂ» le prendre. - Qui ?

- Je sais pas, quelqu'un qui avait besoin d'un couteau.

- Personne ne s'en souvient.

Ce n'est pas si fréquent, de prendre un couteau avec soi.

- Ou alors il était cassé.

- Le couteau rouge s'est cassé. De mieux en mieux.

- Je ne sais pas oĂą il est. Je l'ai jamais vu, jamais pris.

- Ça a l'air de vous irriter, de parler de ce couteau.

Je me trompe ?

- J'ai rien de plus Ă  dire.

- Mademoiselle, comprenez-vous

qu'en niant toute implication dans ce crime,

vous vous privez de la possibilité de vous expliquer

sur ce qui a déclenché votre colère et ce passage à l'acte ?

Mlle Bataille, vous me confirmez que vous êtes gauchère ?

- Oui, j'écris de la main gauche.

Musique mélancolique

...

Sonnerie de reprise de l'audience

...

- Madame Bataille,

votre témoignage ne figurait pas à l'ordre du jour.

Mais en vertu du pouvoir discrétionnaire dont je dispose,

j'ai accédé à la demande de l'avocat de votre fille,

qui a proposé que vous témoigniez.

Je rappelle Ă  la Cour

que vous êtes la mère de l'accusée et qu'à ce titre,

vous n'ĂŞtes pas tenue de prĂŞter serment.

Avant que la Cour vous pose éventuellement des questions,

vous avez la parole.

- Tout ce que je sais, c'est que ma fille n'a rien fait.

- Avez-vous des éléments plus factuels

à nous présenter pour étayer votre propos ?

- Lise était au mauvais endroit au mauvais moment

et cette histoire la poursuit jour et nuit.

- Évoquons la personnalité de votre fille, voulez-vous ?

Votre mari hier a dressé un portrait de Lise

en soulignant combien cette affaire l'avait transformée.

À votre tour, pouvez-vous nous décrire la personnalité de Lise

telle que vous la percevez ?

- Cette accusation a tout changé pour elle.

L'incarcération, d'abord, a été un choc pour nous tous,

mais même après,

elle a vécu isolée du monde, isolée de ses amis.

Elle a cessé d'avoir une vie sociale.

- Vous avez l'impression qu'elle s'est ostracisée ?

- C'est la situation qui l'a ostracisée.

Elle a pu reprendre sa scolarité, mais par correspondance.

Forcément, ça l'a éloignée des autres.

Ça a été douloureux de plus l'entendre parler ou rire.

Sauf parfois, quand même, avec son petit frère.

C'était notre seule joie, ces deux dernières années.

- Y a-t-il des questions Ă  Mme Bataille ?

- Non, pas de questions, M. le président.

- Madame l'avocat général ?

- Madame Bataille,

vous avez dit que le drame de votre fille

était de s'être trouvée au moment endroit au mauvais moment.

Mais n'avez-vous jamais douté, durant ces deux années ?

- Quand votre fille est arrêtée, puis incarcérée,

quand tout le monde la considère coupable,

vous finissez par vous interroger.

Donc oui, bien sûr, j'ai douté.

C'est pourquoi j'ai tout repassé en revue.

Les quelques mois qui ont précédé la mort de Flora,

l'attitude de Lise avant la soirée, son retour à La Bernerie,

son attitude quand elle nous a rejoints lĂ -bas.

Je suis revenue dessus des milliers de fois.

Le président m'a demandé des éléments,

mais je n'ai rien observé.

J'ai rien trouvé.

Aucun indice,

aucun élément concret, aucune hypothèse crédible.

- On pourrait objecter que vous ĂŞtes aussi affirmative

car vous parlez de votre fille.

- Et vous doutez de ce que je dis car vous êtes l'avocat général.

Mais vous avez raison.

Chercher des éléments tangibles, c'est votre rôle.

- Je vous remercie.

- Mme Bataille,

revenons sur un élément qui a interpellé notre Cour

et je le sais, une partie de l'auditoire.

Votre mari accompagne votre fille depuis le début des débats.

De votre côté, vous avez mandaté pour cela l'avocate de Lise,

vous avez présenté une demande pour être excusée.

- J'avais du travail.

- J'entends bien.

Mais d'une manière générale, même si la loi ne les y oblige pas,

les proches sont présents les jours de procès.

- Je n'ai rien Ă  ajouter.

- Vous aviez du travail et vous ĂŞtes lĂ .

Le justificatif que vous aviez fourni Ă  la Cour

est-il un justificatif de complaisance ?

- M. le président, Mme Bataille a fourni un justificatif

en bonne et due forme.

- Lise aimait Flora comme une sœur.

Elles ont grandi ensemble,

elles étaient amies depuis la petite école.

La mort de Flora a été un choc. On perdait l'une des nôtres.

Je le dis avec tout le respect pour la douleur de Béatrice,

la mère de Flora.

Mais quand Lise s'est retrouvée en détention,

ça ne tenait pas debout.

Et à force de vous repasser les éléments en boucle,

vous vous rendez compte que ça sert plus à rien.

Ça m'a mangé le cerveau.

Je voyais bien que ça nous rendait la vie impossible.

C'était valable pour moi, mon mari, mais surtout pour Lise.

On a tenté de protéger notre fils, mais ça devenait intenable.

Notre vie était comme suspendue à ce drame

et au cauchemar de l'instruction.

Ce qu'a subi Flora est innommable, affreux.

Mais que Lise ait été au mauvais endroit au mauvais moment

ne devrait pas lui coûter sa jeunesse.

Alors à ma manière, j'ai fait ce que j'ai pu.

Pour que la vie continue.

J'ai repris le travail,

d'autant que...

on pouvait plus se le permettre. On est en libéral, avec mon mari.

Comme il avait tout arrêté, lui aussi...

C'était égoïste de ma part, ça m'éloignait de tout ça.

Mais c'était aussi une conviction profonde.

On n'est coupables de rien, Lise n'est coupable de rien.

La vie doit reprendre ses droits,

même si c'est impossible, en définitive.

- Permettez-moi une remarque, madame.

Ce que vous nous exposez n'explique pas votre absence ici.

Si j'insiste lĂ -dessus,

et je vais être très franc avec vous,

c'est parce que votre absence pourrait être interprétée

comme un abandon,

voire...

une forme d'aveu de votre part.

- D'une certaine manière, on peut se dire que j'ai lâché.

J'ai lâché parce qu'on était deux.

Parce que mon mari tenait le cap quand ça me semblait insurmontable.

Je savais qu'il serait toujours lĂ  pour nous.

Je me suis sûrement trop reposée sur lui.

- Vous avez lâché votre fille ?

- Moi, je sais que ma fille est innocente.

Alors, ce procès...

Ă€ la fois j'en attendais rien et je le redoutais.

Pardon de dire ça, mais c'est la vérité.

- Que redoutiez-vous, si vous savez que votre fille est innocente ?

- Je crois que j'avais pas la force

de revivre encore et encore cette affaire.

Je m'en suis rendu compte trop tard et je me suis dérobée.

J'ai pas pu faire autrement.

- Madame Bataille, la Cour vous remercie.

Vous pouvez rejoindre votre place.

- Mademoiselle Bataille, vous souhaitez dire quelque chose ?

- Oui.

- Levez-vous.

- C'est mon procès, pas celui de ma mère.

- Que voulez-vous dire ?

- J'ai jamais eu l'impression que ma mère me lâchait.

Ni mon père, d'ailleurs.

Ils ont chacun leur façon de fonctionner.

C'est tout.

Musique mélancolique

...

- J'ai pas envie d'aller Ă  La Bernerie.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? C'est bien, La Bernerie.

Faut qu'on vide la maison.

Si on fait rien, on va devenir fous.

- Tu veux faire quoi ?

- J'ai envie de rester avec Diego.

- Tout le week-end ? - Oui.

Je peux ?

- Mais oui.

- C'est vrai ?

- Ben oui, c'est vrai.

- Merci.

- Elle a plus douze ans.

Les cloches sonnent.

...

Merci, bonhomme.

...

- Jules.

Jules !

- Quoi ? - C'est quoi, ce couteau ?

- Ben c'est un couteau. - Tu l'as trouvé où ?

- Dans la boîte à outils dans la petite cabane.

- Vous faites quoi ? Vous bossez ou quoi ?

- Regarde.

Il l'a trouvé dans la petite cabane.

- Pose ce couteau.

Sans rien toucher, montre-moi exactement où tu l'as trouvé.

OĂą exactement ?

Sans toucher !

- Dans la boîte.

- Au fond de la boîte ?

- Jules ! C'est important, lĂ .

- En fait, j'ai un peu fouillé

et j'ai vu le couteau.

- Où exactement, dans la boîte ?

Au-dessus ou dans la partie basse de la caisse ?

Tu le sais forcément. Sois précis.

- En bas.

J'ai ouvert et j'ai pris le couteau.

- T'es sûr ? - Oui.

- On ne touche Ă  rien, Jules !

Touche plus Ă  rien !

Impossible qu'ils l'aient pas vu Ă  la perquisition.

- Pourtant, il y était.

- Alors quelqu'un l'a mis là ? - Pas forcément.

- Si, forcément ! Ils ont tout ratissé.

Ils auraient pas trouvé un couteau grand comme ça ?

- Faut croire que oui.

- Faut que t'ailles dans le salon.

- Qu'est-ce qui vous arrive ?

- Bonjour. - Bonjour.

- Bonjour.

- Attends-moi dehors, s'il te plaît. Je te rejoins.

- OK.

- C'est Jules qui l'a trouvé.

- Où ça ?

Tu l'as trouvé où ?

- Dans la petite cabane. - Ouais.

- Tant mieux, ils arrêteront de nous faire chier avec ça.

Et c'est pour ça que je suis venue ?

- Bien sûr que c'est pour ça.

On fait quoi avec ce couteau ?

- Ben on le leur donne.

- On le présente au tribunal ?

- Mais bien sûr, et qu'ils le gardent !

De quoi t'as peur ?

Ben dis-le.

T'as peur qu'il y ait mes empreintes dessus ? Du sang ?

- Non, j'ai pas peur.

Je voulais juste être sûr qu'on puisse le présenter.

- Vous pouvez, c'est bon. T'es rassuré ?

- Arrête, s'il te plaît.

- Si t'as d'autres questions, c'est le moment.

- Non, j'ai pas d'autres questions.

Je te demande pardon.

- J'appelle l'avocate.

- Je peux repartir avec Diego ? - Non.

Tu attends qu'on l'ait eue.

On va avoir la police judiciaire. Tu vas nulle part.

- Je suis allé dans la cabane.

Je cherchais un cutter dans la boîte à outils

pour couper du scotch.

J'ai fouillé, mais j'ai pas trouvé de cutter dans la boîte à outils.

Mais je me suis souvenu que j'avais caché un couteau.

Et ma mère m'a posé plein de questions sur ce couteau.

- Tu nous dis que tu avais caché le couteau ?

- Oui. C'était il y a longtemps, j'étais petit.

Quand je jouais au foot, on utilisait une corde,

qu'on mettait entre les poteaux pour faire la barre transversale.

J'avais pris ce couteau pour couper la corde Ă  chaque fois.

- Comment avais-tu caché le couteau exactement ?

- Je l'avais mis tout au fond.

Il y a une sorte de plancher dans la caisse Ă  outils.

Je glissais le couteau en dessous.

- Tu peux nous montrer ?

- Ouais.

- Approche-toi.

Les parties peuvent-elles approcher également ?

Mesdames et messieurs les jurés,

vous pouvez vous approcher aussi.

- Je peux avoir un tournevis ?

- Un tournevis ?

- Ou sinon, donnez-moi un crayon.

- Tiens.

- Merci.

VoilĂ , c'est lĂ  qu'on mettait le couteau.

- Vous venez de dire "on". Qui est ce "on" ?

- Moi.

- Votre sœur était-elle au courant ?

- Non.

- Vous êtes tenu de dire la vérité.

Êtes-vous sûr que votre sœur n'était pas au courant ?

- Oui. Elle jouait jamais au foot avec nous.

- Les parties peuvent rejoindre leur place.

Jules, s'il te plaît, remets-toi à la barre des témoins.

Y a-t-il des questions à poser à ce jeune témoin ?

- Pas de questions, M. le président.

- Madame l'avocat général ?

- Je n'ai rien à dire sur cette histoire de boîte à outils

qui ne change rien et ne prouve absolument rien.

- L'expertise et la contre-expertise du couteau

que le ministère public a exigées

à votre demande, madame l'avocat général,

ont établi que ce couteau n'est pas l'arme du crime.

Vous avez donc eu tort d'en faire une pièce à conviction.

- Jules, merci, tu peux aller te rasseoir.

Mlle Bataille, levez-vous, je vous prie.

Je souhaiterais avoir une précision de votre part.

Qu'avez-vous éprouvé quand on a retrouvé ce couteau ?

- Rien de particulier.

- N'avez-vous pas été soulagée

quand l'analyse a établi que ce n'était pas l'arme du crime ?

- Pas vraiment.

- Pourquoi ?

- Pour moi, ça change rien.

- Tout de même, il constituait un élément

qui aurait pu ĂŞtre retenu Ă  charge contre vous.

D'ailleurs, madame l'avocat général ne s'en est pas privée.

- Je savais que ce couteau n'a rien Ă  voir avec le crime.

- OĂą serait le couteau du crime, selon vous ?

- Certainement pas chez moi.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

- Si je tuais quelqu'un, je remettrais pas l'arme chez moi.

- Que feriez-vous, alors ?

- J'en sais rien.

Je le jetterais dans la mer, ou dans la Loire.

Pour ĂŞtre tranquille.

- Vous pensez que l'arme du crime est dans la Loire ?

- J'en sais rien.

Si je le savais, je serais pas ici à attendre que ça se passe.

- Y a-t-il des dernières questions à poser à l'accusée ?

Puisque tout a été dit, je prononce la clôture des débats.

L'audience est suspendue,

elle reprendra avec les plaidoiries

et le réquisitoire de madame l'avocat général.

- Merci.

Musique intrigante

...

- Qu'est-ce qui fait société ?

C'est l'art d'ĂŞtre les uns avec les autres.

Or, c'est parce que je représente ici la société

que l'attitude de Mlle Bataille m'interpelle.

Mademoiselle, votre froideur m'inquiète,

et vos trop nombreux silences sont assourdissants.

On a beaucoup souligné l'intelligence de Mlle Bataille.

L'intelligence n'est ni un élément à charge ni à décharge.

Mais c'est l'usage de l'intelligence qui est Ă  questionner.

Mademoiselle Bataille excelle en matière de dissimulation.

Elle a su se taire quand elle ne voulait pas s'exposer.

Elle a su faire parler ses proches, à commencer par son frère Jules,

quand elle avait besoin d'une parole Ă  son secours,

fût-ce en contradiction avec des déclarations antérieures

faites Ă  un magistrat instructeur.

La charge serait trop frontale pour une si jeune femme ?

Dois-je rappeler que l'affaire est tragique,

et que Flora Dufour a été poignardée sans ménagement ?

Sept coups de couteau

et pas un seul regret de la part de l'accusée.

Lise Bataille préfère se murer dans une sorte de mutisme,

essayant probablement d'échapper à ses propres démons.

Le moins que l'on puisse dire,

c'est que Mlle Bataille était bien moins secrète

lorsqu'elle s'exhibait sur ces vidéos postées sur internet.

Lise Bataille avait annoncé son crime,

distillant la peur chez la victime.

Elle a fait en sorte d'isoler Flora Dufour,

et finalement de l'étreindre au sens propre du terme

pour mieux la tenir sous son joug, pour mieux la tuer en définitive.

Flora n'est pas morte par l'opération du Saint-Esprit

ni même d'un esprit maléfique.

Elle est morte de la main résolue et déterminée de Lise Bataille.

Lise Bataille est coupable du meurtre de Flora Dufour.

Elle avait prémédité son acte.

Au regard de l'ensemble de ces éléments,

je requiers Ă  l'encontre de Mlle Lise Bataille

la peine de 15 ans de réclusion criminelle.

J'attends avec confiance votre décision.

- J'ai pour ma part

l'intime conviction

que Lise Bataille ne serait pas sur le banc des accusés

si elle n'avait pas affiché cette liberté de mœurs,

pourtant bien banale,

sur laquelle le ministère public a tant insisté.

N'en déplaise à ceux qui s'en offusquent,

on peut avoir seize ans et une vie sexuelle.

Seize ans

et une envie de vivre et de rire,

qu'on a volée à Lise Bataille.

Que savons-nous des adolescents de 16 ans, 17 ans, voire 18 ans ?

Que savons-nous de leurs codes ?

De la relation qu'ils entretiennent avec leur corps ?

Que savons-nous de leurs désirs, de leurs fantasmes,

ou mĂŞme de leurs blessures, de leurs chagrins ?

Que savons-nous de leurs amitiés,

de leurs amours ?

Quoi qu'il en soit,

la liberté sexuelle est un acquis,

depuis bien longtemps,

alors...

ne basculez pas dans un procès d'arrière-garde.

La Cour d'assises est la plus noble

et la plus exigeante des juridictions,

mais elle n'a pas Ă  verser dans le jugement moral.

Si vous condamnez Lise Bataille,

vous aurez jugé.

Vous n'aurez pas rendu justice.

Ce procès

n'a pas apporté de preuves.

Il vous appartient d'en tirer les conséquences

au regard du Code pénal.

En prononçant l'acquittement,

vous ferez non seulement acte de droit,

mais acte de caractère.

En prononçant l'acquittement,

vous réhabiliterez une jeune femme injustement pointée du doigt.

En prononçant l'acquittement,

vous affirmerez bien plus qu'une intime conviction,

vous affirmerez le principe mĂŞme de la justice.

- Mademoiselle Bataille.

Levez-vous, je vous prie.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose Ă  la plaidoirie de votre avocat ?

- Oui.

- Oui ?

- J'aimerais dire deux choses que j'ai pas dites.

- La loi vous y autorise. Prenez la parole.

- Le premier soir du procès,

je suis allée devant la maison de Flora,

dans sa rue.

Je sais que Béatrice m'a vue, d'ailleurs.

J'aurais pas dĂ» venir,

d'abord parce que j'en avais l'interdiction,

et parce qu'en le faisant, je vous ai heurtée.

Je voulais vous dire que si je suis venue,

c'est parce que Flora me manque.

Et la deuxième chose que je veux vous dire,

c'est que je me suis pas manifestée depuis la mort de Flora.

Je vous ai jamais parlé, je vous ai même pas écrit.

Je m'en sentais pas capable.

Je savais qu'en vous voyant je reverrais Flora,

et c'était insupportable.

Mais je vous demande pardon.

J'aurais dĂ» le faire.

Je vis tous les jours avec un regret.

Si je pouvais revenir en arrière, je partirais pas de chez vous.

Je serais restée avec Flora le matin du crime.

Mais on peut pas revenir en arrière.

En tout cas, si c'était à refaire,

je viendrais vous voir, je vous promets.

- Les débats sont terminés.

La Cour répondra aux questions

telles que formulées dans l'acte d'accusation.

L'audience est suspendue.

- Levez-vous, la Cour se retire.

Musique intrigante

...

- Venez avec moi.

...

- La Cour avait à répondre à deux questions.

Lise Bataille est-elle coupable d'homicide volontaire

contre la personne de Flora Dufour,

au sens de l'article 221.1 du Code pénal ?

Si oui, Lise Bataille a-t-elle agi avec préméditation ?

...

Tenant compte du contexte des faits et de la personnalité de l'accusée,

la Cour a répondu "non" à la majorité de 4 voix au moins.

En conséquence,

Lise est acquittée des charges qui pesaient contre elle.

Musique douce

...

...

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