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Qu'en penses-tu ?
Je vais transcrire ce passage pour hautbois.
- Mais pourquoi ? - Ce sera plus moelleux.
A ton avis ?
C'est bon, vieux.
Mais pas plus, hein ?
C'est mieux que mauvais.
Mais pas jouable en public.
Tu trouves �a pesant.
J'ai pas dit �a.
Tu veux du hautbois parce que l'air est pesant !
On a besoin d'aller dormir.
Dis qu'il ne te pla�t pas !
J'ai dit que j'aimais...
Je ne te crois pas !
Tu veux que je t'encense ! Bon, tu es Gershwin, Ravel !
Tu cherches quoi ?
Tu es Ram Bowen. Tu composes un air et je le note.
Mon opinion a-t-elle force de loi ?
- Je repousse le hautbois ! - Tu es crev�.
Je ne veux pas de hautbois !
Essaye pour le tuba.
Commence pas Ram !
J'ai besoin de dormir.
Je te consacre mes nuits.
Je passe mes journ�es � arranger ta musique.
Tu veux une m�daille ?
Faudrait que je marche.
Vas-y donc !
Tr�s bien !
Ram...
tu d�neras ici ?
Je n'en sais rien.
Je fais du poulet.
Je n'en sais rien, je te dis !
T'es de mauvais poil avec tout le monde.
Qu'est-ce qui te tracasse ?
Je ne sais pas.
J'aime l'air, vieux. Beaucoup.
�a m'a paru bien.
A Eddie aussi.
Excuse-moi.
N'y pense plus.
Tu fais le poulet en cocotte ?
Pourquoi... ne le fais-tu pas r�ti...
pour qu'on le finisse froid ?
Va dormir.
Tout � l'heure.
Poulet cocotte, hein ?
Oui. Et �a prend du temps.
Commence plus tard.
J'ai d'autres trucs � faire.
Fais les plus tard.
Pourquoi ?
Il te faut une raison ?
A toi... pas � moi.
Pourquoi as-tu besoin de moi ?
Parce que tu te sens g�nial... ou bon � rien ?
�a te touche ?
�a me touche.
Tu as ce que tu veux.
Je ne d�sire que �a ?
Tu d�sires ce que je veux.
N'en sois pas si s�r.
Laissez mes bagages... Ici !
Vous parlez anglais ?
Oui, je peux aider ?
Mon amie court apr�s un porteur qui a pris ses valises.
Je m'en occupe.
Et vous l'attendez ici ?
Oui. Pouvez-vous lui expliquer �a ?
Merci. Je m'en sortirai seule... Pour mes valises.
Aussi jolie que vous, cette amie ?
Oui. C'est une Blanche.
C'est rare, elles se ressemblent toutes.
J'ai un taxi. Donne-lui tes valises.
Qu'est-ce qui vous a retard�e ?
Qui est-ce ?
Il a propos� son aide.
La noire ?
Mignon.
Ram Bowen ! Comment va, vieux ?
�a va, Chet ?
�a a l'air de gazer.
Tu as vu Moore ?
Il re�oit ses sujets.
Vous �tes Ram Bowen ?
J'�coute vos disques. Vous �tiez � bord ?
J'habite Paris.
Je vois.
Mon amie et moi y �tions. Nous prenons nos vacances.
C'est moins cher en automne.
Lillian, trouvons un h�tel !
Si vous voulez m'entendre, venez un soir chez Marie.
Ram Bowen !
Je savais que tu accueillerais le Wild Man.
Regarde-toi !
Tu es en pleine forme !
Et plus jeune que moi.
Cette ville te r�ussit.
Son vin ou ses femmes ?
Les deux.
Para�t qu'il faudra que je me surpasse pour t'enterrer.
C'est �a... Bien s�r.
On parle beaucoup de ton jeu. Bien !
Vraiment bien.
Un de ces soirs, j'irai �branler ta baraque !
J'ai un service � te demander.
Tu composes � pr�sent ?
�a ne d�lasse pas. Jouer, oui.
Voyons un peu �a.
Pourquoi ne pas aller l'entendre ce soir ?
On est venues pour voir Paris. Tu veux t'enfermer ?
Tu as raison.
Je les connais, ces musiciens de jazz.
Si on y va ce soir, il nous croira pinc�es.
Si tu le dis.
Veux-tu que je te dise ?
Je suis pinc�e.
Bon, les gars...
Et ta musique ?
Moore va la montrer � Bernard.
O� est le Gitan ?
O� est-il ?
Sa pourvoyeuse ne veut pas faire cr�dit.
Elle est dans la cour ?
Mille balles, d'accord ?
Deux mille.
Deux ?
Plus cher pour vous. Le Gitan, c'est un ami.
Il n'a jamais eu d'ami.
Tout � l'heure !
C'est commenc�, Eddie ?
Non. On a fait une pause.
Est-ce bien correct ?
A Paris, tout est correct.
Et puis, je veux voir Ram Bowen.
C'est ici.
Vous �tes de l'orchestre ?
Je vais vous guider.
Vous connaissez Ram ?
Il a essay� de la lever, � la gare.
Elle le conna�t bien.
Une bonne table, pour ces dames.
Le boulot m'attend.
A tout � l'heure.
Jolie, la fille que tu as essay� de lever.
Essay� ? Je l'ai lev�e.
Bon, allons-y.
"Mood Indigo"
A la prochaine.
Un club de nuit ?
On peut allez aux Halles ?
On peut et on ira.
Alors vous, heu...
Vous partez sans dire au revoir ?
Vous ne nous avez pas salu�es.
Lillian Corning. Ram Bowen.
Enchant�.
Je croyais que... Connie Lampson.
Tu croyais quoi ?
Que tu la connaissais.
Tu comptais filer avec elle, hein ?
Allons prendre le petit d�jeuner... ensemble ?
Je pr�f�re le prendre seul.
Rentrons � l'h�tel.
Qui trompe-t-on ?
Vous trouvez o� je joue...
et vous restez jusqu'au bout.
Pas elle, mais moi.
J'ai d� insister pour qu'elle vienne.
Elle veut rentrer. Soyez poli avec elle.
Ne t'excuse pas pour lui.
Oui... Il vaut mieux que je file.
Oh, non ! Venez avec nous !
On a oubli� votre anniversaire ?
Vous voulez des excuses ?
Bon, je vous en fais.
Sinc�rement... je regrette.
Allez avec votre amie. Ce soir, je suis mal lun�.
Votre musique m'a transport�e.
On doit vous le dire souvent.
Jamais assez.
Rejoignez vos amis.
Ils sont d�j� partis.
Je ne suis pas ce qu'il vous faut. Au pays, peut-�tre.
Mais ici, je g�cherais vos vacances.
Je n'ai rien du guide pour touristes.
Ne vous en faites pas pour moi.
C'est pour moi que je m'en fais.
Vous ne courez aucun danger.
Boniments de femme en vacances !
J'ai travaill� dans un camp de loisirs.
Ces dames venaient r�der comme des requins.
Excusez-moi.
H� ! Une seconde !
Fatigu�e ?
Vous n'avez pas sommeil ?
J'adore marcher. Et vous voir marcher.
Paris incite � la marche.
Une ville splendide.
Ne pouvez-vous prolonger vos vacances ?
Non, l'�cole m'attend.
Comme institutrice.
- Quel est ce monument ? - Notre-Dame.
Sans regarder ?
L'a-t-on chang�e de place ?
Vous l'avez montr�e � des tas de filles.
Une ou deux.
Peut-�tre trois...
Tr�s belle.
Vous aussi. Et je n'ai dit �a � aucune femme.
Enfin... au plus � une.
Sur ce pont.
Si je vous avais eue pour prof, qu'est-ce que j'aurais appris !
Vous en savez assez.
Pas en instruction.
Et cette soupe � l'oignon ?
Elle ne partira pas.
Non, mais moi je pourrais.
Vous pourriez...
Vous fuiriez cet Eden du monde occidental ?
Contemplez �a.
Contemplez.
Apr�s ce qu'on voit, il y a ce qu'on ressent.
En d�couvrant les Champs-Elys�es, j'ai su que je resterais.
- Et �a fait ? - Cinq ans.
Sans mal du pays ?
Restez un peu � Paris.
D�jeunez n'importe o� sans vous faire expulser...
et vous direz : "A quoi bon retourner l�-bas".
On peut �viter de se faire expulser.
Et il y a nos racines.
L� o� elles sont, l� est notre foyer, non ?
Vous �tes pour les vieilles traditions, hein ?
Mon pays est mon pays. Et ma famille est ma famille.
Quels que soient leurs probl�mes, je les partage.
Je tombe sur une jolie fille, et c'est une ardente militante !
Je ne peux vous affronter l'estomac vide.
Alors, autant vous offrir cette soupe � l'oignon.
Je vous le conseille.
Tout � fait les tableaux de Paris que j'ai vus.
Magnifique.
C'est ton habitude ?
Quoi donc ?
En g�n�ral, l'homme fait les avances.
Toi, tu cours apr�s lui.
Comme �a avec tous ?
Non. Rien qu'avec les sp�ciaux.
Tu en as rencontr� beaucoup ?
Un seul. Hier.
Tu �tais m�re pour lui. Quinze jours � Paris en libert�...
�a te l'a fait para�tre sp�cial.
J'ai observ� l'assistance. Elle semblait le juger comme moi.
Il joue bien du trombone.
Il en joue bien.
�a tient � autre chose.
A ce qu'il �prouve en jouant et � ce qu'il m'a fait �prouver.
�a m'a rendue m�re, mais pas pour n'importe qui.
Tu t'y connais, en musique ?
Un de mes amis pr�tend tout en savoir, sauf ce qu'il aime.
Moi, c'est l'inverse.
C'est quoi, "Paris Blues" ?
Habille-toi.
Tu composes aussi ?
La musique est toute ma vie.
Le reste, c'est de la peau de toutou. Tu piges ?
En dehors d'elle, je ne prends rien au s�rieux.
Pas besoin de t'expliquer.
Ne cours pas de risques pour un type qui...
Tu sais quoi ?
Les gens attendent que d'autres prennent des risques...
parce qu'ils ont peur.
Je crains plus de ne pas tenter ma chance que d'�tre...
Tu pourrais t'y casser les dents.
Mon fr�re est dentiste.
Quelle existence m�nes-tu aux �tats-Unis ?
Petite ville, petit emploi, petite vie.
Tu collectionnes les poup�es ?
Non. C'est pour les enfants.
Mes enfants. J'en ai deux.
C'est eux ?
C'est fou ce que l'a�n� te ressemble.
Merci.
Veux-tu savoir si je suis mari�e ?
�a ne me regarde pas.
J'ai �t� mari�e, mais je ne le suis plus.
Alors tu ne l'es pas.
N'aie pas l'air si constern�.
Comment �tait-il, ton mari ?
Un type �patant. Tr�s tendre et tr�s gentil.
Que s'est-il pass� ?
Ce qui se passe toujours.
�a va tr�s bien, avec mes enfants.
On habite une vieille maison. Ils ont leurs amis, j'ai les miens.
Masculins ?
Des deux sexes.
On danse, dans ton patelin ?
Voici ta photo.
Je les connais, ces maisons. Tout y est calme...
parce que tout y est mort. C'est le silence de la tombe.
Chez moi, quand on n'entend rien, c'est que les enfants dorment.
Qui aime la vie doit la vivre.
Pas encore habill�e ?
Eddie et ton amie vadrouillent encore.
Ils ont l'air de se plaire.
Nous r�p�tons cet apr�s-midi. Regagne ton h�tel.
Et si ton amie n'y est pas ?
Je me prom�nerai.
Toute seule tu te perdras !
J'ai un plan de Paris.
Attends. Reste ici jusqu'� ce que je les retrouve.
Tu fais tout ce que je te dis, hein ?
Je d�sire rester.
Tu es cingl�e.
Les cingl�es, tr�s peu pour moi.
Tu aurais d� venir d�jeuner. Le poulet �tait r�ti.
J'ai �t� agraf�.
On peut le finir froid, ce soir.
Encore agraf� ?
- �a se peut. - Je vois.
Tu vois quoi ?
D�jeuner et d�ner avec la m�me, c'est rare.
Elle est ici pour longtemps ?
Je ne sais pas. Deux jours. Tu essaies de m'encha�ner ?
De te garder libre.
J'ai ce qu'il me faut.
Il ne te faut que ton travail.
Et moi... ou une de mes pareilles.
Le reste ne nous vaut rien.
Nous avons des invit�es.
Pour deux jours, qu'est-ce que tu risques...
Malgr� le froid, il y a toujours des p�cheurs.
Et ils attrapent quoi ?
Ils attrapent des vieilles chaussures... et un rhume.
C'est tellement... je ne trouve pas le mot.
Pittoresque ?
Charmant, d�paysant ?
C'est tr�s bien.
On peut manger � bord ?
Tu viens de manger !
Tu sais, j'ai un app�tit d'ogre.
Je le sais.
�a se voit ?
Pas en public.
Et en priv� non plus.
J'aime qu'une femme ait tr�s peu...
Tr�s peu de quoi ?
Ce qu'il peut y en avoir ! On en voit partout.
Paris est la ville de l'amour, et pas que l'amour fraternel.
Quand m�me... en public...
Les Fran�ais sont pratiques. En m�me temps, ils prennent l'air.
Il devrait �tre �puis�.
Pas lui. Je l'ai vu, pendant huit jours...
dix jours, compl�tement d�cha�n�. Puis soudain...
Il fallait le tra�ner chez lui.
Dr�le d'existence.
Vous �tes gens du jour, et nous de la nuit.
Deux mondes � part.
Et �a se m�lange pas ?
Je ne voudrais pas que ma soeur �pouse un gars comme moi.
Connie, elle, est du jour.
M'en parlez pas.
Ainsi que moi.
Et vous aussi, je crois.
Vous n'�tes pas comme lui.
Vous �tes plus constant.
Ne vous y trompez pas.
Il l'est pour les choses qu'il juge importantes.
La musique ?
La musique.
Oh, c'est vrai.
N'importe quel orchestre engagerait Eddie � prix d'or.
Mais il reste avec vous.
Il reste parce qu'il aime Paris... Et vous, maintenant.
C'est r�ciproque. �a ne vous �tonne pas.
Moi, si. Jamais je n'aurais cru cela possible...
avec son existence, et ce que je suis.
Il est comme �a.
C'est renier ce qu'on est vraiment.
Je ne pourrais vivre ainsi.
Jouez le jeu piano et voyez venir. Vous vous plaisez.
Vous en parlez comme d'un jeu.
Mais s'il ne s'agit pas d'un jeu ?
L�, vous m'en demandez trop.
Rentrons chez nous.
Ils veulent �tre seuls.
"Monsieur Noir", �a ne vous g�ne pas ?
Non. C'est ce que je suis.
Si c'�tait un Am�ricain qui vous le disait...
On s'amuse ou on discute la question raciale ?
Il le faut. L'enjeu est trop important pour moi.
C'est ?
Vous.
Ici, personne ne dit : Eddie Cook, musicien noir.
On dit : Eddie Cook, musicien. Point !
C'est ce que tu es.
Je suis ici � cause de cela. Je n'ai rien � prouver.
Prouver quoi ?
Que parce que je suis un Noir, je suis diff�rent ou non.
Personne ne s'en soucie. Pouvez-vous comprendre �a ?
Partout, sur la terre, on est victime de pr�jug�s.
De race, de couleur, de sexe !
A Paris, je me sens bien.
Vous avez tort !
Vous avez tort !
J'admets que vous avez de bonnes raisons pour rester ici.
Mais la situation s'est bien am�lior�e, aux �tats-Unis
Parce que les Noirs, au lieu d'�migrer � Paris, restent l�-bas...
et travaillent avec des millions de Blancs...
� ce que les choses aillent mieux.
Allons-nous demeurer l�, � discuter l�-dessus ?
J'ai des courses � faire.
Il faut que tu trouves autre chose, Gitan.
Je te conseille d'aller voir un m�decin.
S�rieusement.
Tu rigoles ?
Un toubib me fera enfermer.
Ceci te tuera plus vite.
Qu'est-ce que �a te fait, que je vive ou que je cr�ve ?
Parce que je m'inqui�te.
Ah, tu guignes peut-�tre ma guitare.
Aucune ne la vaut.
Personne ne te valait.
Quand je t'ai connu, tu �tais quelqu'un.
Je me rattraperai au cimeti�re.
Continue comme �a !
C'est ma vie. Et je suis verni.
Si je claque, je serai enterr� par des copains.
Il y a longtemps que je ne suis pas venu ici.
Je ne te voyais pas aimant les oiseaux.
Beaucoup de gens ont peur d'eux.
Ils les voient comme des serpents volants.
Mais moi...
Moi, je les ai toujours aim�s.
Leur chant, leur vol.
Quand j'�tais petit, je voulais en faire autant.
Sais-tu que c'est courant chez les gosses ?
Certains se sont tu�s en essayant de voler.
J'ai voulu, une fois. Du haut d'une colline.
C'est douloureux !
Je n'essaie plus de m'envoler... sauf en musique.
Seuls les oiseaux sont libres, et on les met en cage.
Ils semblent tristes, affam�s. Les gens sont comme eux.
Nicole est un roitelet, Marie, un sansonnet...
et moi... un coucou, hein ?
Au caf�, � Sidi-Bel-Abb�s...
dans le quartier arabe...
un arrivage. Demande apr�s moi...
Fausto.
Je l'ai connu.
Fausto le Maure.
Le roi des guitaristes de flamenco. Son jeu avait...
la splendeur de la nuit.
C'�tait � Grenade...
�coule-t-il de la drogue ?
Oui. Pour s'en procurer.
Il a un an de plus que moi.
Regarde-le.
Regarde-le bien !
Toi, dans un an !
Dans un an.
Je connais un m�decin discret. Tu iras aujourd'hui m�me !
Bien, Ram. Si tu le dis, j'essaierai.
Vas-y.
Tu en meurs d'envie.
Un "r�" naturel.
Tu trouves cet air pesant ?
�a ne fait rien.
Quelle heure ?
Onze heures et quart.
Du matin ?
Oh, non... pas de �a !
Le charme est rompu.
Tu te l�ves trop t�t.
Tard, pour moi. Je me l�ve avec les enfants.
C'est du caf� ?
C'en est.
Tu es sortie ?
J'ai aussi le journal.
D'autres gens sont debout ?
Une ville enti�re.
Tu es cruelle.
Je pourrai entendre ton �uvre en entier ?
D�s que je l'aurai achev�e.
Pour vendredi ?
On l'enregistrera sur disque. Je t'en enverrai un.
On la jouera � Paris ?
Je le pense.
Puis aux �tats-Unis ?
Peut-�tre.
�a m'impressionne.
En voici un passage.
Sans orchestration... Eddie, moi, et deux copains.
C'est tr�s beau.
J'aurais su que c'�tait de toi rien qu'� t'entendre, et d'apr�s...
D'apr�s quoi ?
Ta fa�on d'�tre avec moi.
- Ne t'emballe pas. - Le temps presse.
On a le temps.
Vendredi approche.
On a le temps de boire le caf� ?
Je t'ai regard� dormir. J'ai fait le m�nage, le caf�...
�a ne m'arrivait plus, pour un homme.
Tu veux m'emballer et m'emmener ?
Me d�clarer comme "Souvenir de Paris" ?
�a pourrait �tre si beau.
J'�loignerais les gens. Tu travaillerais tranquillement.
Excuse-moi.
Travailler ? Sais-tu combien de r�p�titions tu m'as fait manquer ?
�a marchait. Pourquoi es-tu venue tout g�cher ?
Il fallait que je t'ouvre mon c�ur.
En fait, tu me dis de choisir.
Oui, de choisir.
Entre toi et �a.
Sais-tu le temps qu'il m'a fallu pour d�marrer ?
C'est la seule chose dont j'ai jamais r�v�.
J'ai arrang� ma vie comme �a.
Je n'ai pas de temps pour ce que tu d�sires.
C'est toi que je d�sire. Et je crois que c'est r�ciproque.
Faisons ce qui aurait �t� sage. Arr�tons la partie.
Ne plus nous voir ?
Trop de complications.
Du reste, tu n'as pas assez visit� Paris.
Tu n'as m�me pas vu la Tour Eiffel.
J'appelle un taxi ?
Je pr�f�re marcher.
Je ne sais que dire.
Ne dis rien.
J'ai toujours quelque chose � dire.
Tu n'as pas choisi le bon.
Ah bon ?
Je n'�tais pas en vente.
Je n'achetais pas.
T'es pr�t, vieux ?
J'suis pr�t, vieux !
Entendu.
Certainement.
C'�tait Ren� Bernard.
Il t'attend demain apr�s-midi, � trois heures.
Tu entends, Ram ? Tu entends ?
Allez, vieux !
R�veille-toi !
Ton jour de gloire est arriv�.
Demain soir, on ferme la bo�te.
C'est �a.
Et on fait une f�te pour mon copain.
Musique ! Boissons ! La grande nouba !
F�licitations.
Je n'ai plus la force de les porter.
Laissons-les l�, avec un mot :
"Amoureux sinc�res, servez-vous."
Je garde celle-l�.
La vie est encore meilleure que je ne croyais.
- Je t'aime ! - Je t'aime aussi.
Je croyais tout avoir. Je sais maintenant ce qui me manquait.
Moi aussi, Eddie.
C'est fou, hein ?
J'attendais cela. Mais �a d�passe...
tout ce que j'avais pu imaginer.
Parce que tout est si bon.
Avais-tu d�j� connu �a ?
Non... J'adore Paris.
Mais je ne pourrai plus m'y promener seul !
Ni nulle part ailleurs !
Tu es beau.
Et je me sens belle.
Pr�s de toi, je ne suis plus quelconque. Je me sens sp�ciale.
Je te pr�viens... Je veux des enfants.
Beaucoup d'enfants.
Six. Et qu'ils te ressemblent.
Allons nous marier.
J'ai un ami.
Il vient d'�tre ordonn� pasteur. Aux �tats-Unis
Bravo pour lui.
C'est venu � l'improviste.
La femme demeure o� son mari travaille. D'accord ?
Elle veille au bien-�tre du foyer.
Reviens au pays. Rien qu'un an.
Si c'est un �chec, nous reviendrons ici !
Ce pays n'est pas le tien.
Il te sert de refuge.
Et je ne veux pas que nous fuyions.
Affrontons ce que nous devons affronter !
Je ne demande pas une faveur. Compris ?
Je ne qu�mande rien.
Tu penses � une cause, quand je ne songe qu'� nous.
Qu'� toi.
Je te reconduis � l'h�tel.
Ch�ri ? Bonjour.
J'ai ton parfum, et aussi des affiches pour les...
enfants.
Oui, c'est �a.
Pour partir d�s que possible.
- Demain, si possible. - Demain ?
Pourrez-vous me le confirmer ?
Merci beaucoup.
Eddie ?
�a ne marchera pas.
Autant partir encore d'aplomb.
C'est ridicule ! Pourquoi sommes-nous venues � Paris ?
Pour le fuir, � cause de peines de c�ur ?
Nous nous comportons en gamines. Il nous reste des choses � voir !
Je ne verrai rien.
Il nous reste deux jours ! Et nous avons tout �a � voir.
On n'a pas vu la moiti� du Louvre, la Tour Eiffel...
les Catacombes, les magasins...
Comment changer mon billet ?
Le concierge s'en occupera.
Il n'y a pas que toi qui voudrait partir encore d'aplomb.
En te voyant avec Eddie, je me disais : "Pour eux, c'est simple".
Tout ce qu'on aurait pu visiter...
On aurait d� tout visiter.
Merci d'�tre venu, M. Bowen.
Asseyez-vous.
Je vous admire depuis longtemps.
Mais vous n'�tes pas l� pour �changer des banalit�s.
Non, Monsieur.
Je la connais par c�ur. Vous �tes musicalement dou�.
Ce qui signifie ?
Que vous avez le sentiment de la m�lodie.
Je voudrais �largir le th�me, pour jouer le morceau en concert.
A quel point est-ce possible ?
Vous �tes un musicien cr�atif.
Quand vous jouez, vous composez.
Vos improvisations ont beaucoup de personnalit�.
Vous leur donnez du cachet.
Mais on est encore loin...
d'une �uvre musicale s�rieuse.
En d'autres termes, je ne fais pas le poids.
J'ignore votre vraie nature. Vous aussi.
Vous n'avez rien fait encore pour la d�couvrir.
J'ai assez b�ch� la musique pour conna�tre mes limites.
Changez de genre.
Paris est la ville id�ale pour apprendre. Composition...
harmonie, contrepoint.
Un changement de vie peut �tre opportun.
Ce n'est pas bon ?
Au contraire.
Pas assez pour �tre jou� ?
Je suis s�r qu'une maison de disques...
Mais �a s'arr�te l�...
C'est un morceau de jazz, assez prenant...
et m�lodieux.
De ceux qu'on fredonne � peine entendus.
Merci de m'avoir �cout�. Je suis tr�s touch�.
Faut-il vous dire que vous �tes ce que vous n'�tes pas ?
Non. Vous m'avez fix�.
Vous avez du talent.
Vous pouvez tr�s bien devenir un vrai compositeur.
Ou peut-�tre pas.
Ou peut-�tre pas.
Merci beaucoup, Monsieur.
Qu'est-ce que c'est ?
Qui est-ce ?
Quand pars-tu ?
Demain.
Si je t'accompagnais ?
Qu'est-il arriv� ?
Quelle importance ?
Si tu veux de moi, je viens.
Je veux de toi.
Je n'ai pas l'�me d'une martyre.
Il faut que je te parle.
Je repars demain.
Demain matin.
Reste encore trois jours.
J'ai chang� de programme.
Sans m'avertir ?
Je n'ai pas os� te le dire.
Je d�sire que tu restes ici avec moi.
Ne me demande pas �a.
Je ne veux pas te perdre.
Alors, viens avec moi.
Tu m�riterais des coups, pour me rappeler...
ce que j'essaie d'oublier depuis cinq ans.
Si je retourne l�-bas avec toi, ce sera dur... tr�s dur !
J'ai chang�. Je ne me laisse plus faire.
Mais je t'aime.
Si tu es l�, j'essaierai.
Je serai l�.
Bravo !
Ram tu es super, t'es g�nial !
Comment �a va, Ram ?
Cette jeune enfant et moi partons demain pour New York.
New York ? Et Bernard ?
Tu m'avais dit que ma musique �tait pesante.
Tu te trompais. Il la trouve mince.
T�nue.
Il est de la vieille �cole. Il ne sait pas de quoi il parle.
Il sait.
Tu ne composes plus ?
Je me consacre au trombone, et je vous ferai venir.
On ira.
Toute la bande !
Bien s�r.
On aurait du succ�s, l�-bas.
Alors, cette soir�e ? O� est l'entrain ?
Le Gitan fait le rago�t comme pas un.
Donne-lui en un peu.
Musique !
Tu es heureux ?
Oui. Tu t'en faisais pour moi ?
Pas cette fois-ci.
Jamais plus.
Jamais plus, vraiment ?
�a n'a plus d'importance.
�a en a eu ?
Peut-�tre...
Mais �a ne laissera pas de traces.
Cafardeuse ?
Ce n'est rien...
Tu pars demain ?
On a eu de bons moments.
Tr�s bons.
Allez, les gars ! Que �a saute un peu !
Mustachio ! Cette fois-ci, hein ?
Eddie, tu prends ton saxo ?
Allez, venez par-l�.
Trouve-toi un si�ge et accroche-toi !
H�, le Gitan !
�chauffez-vous les mecs.
Une toute petite prise.
Si peu, �a ne compte pas.
Bon pour le corps.
Ne la prends pas.
Pourquoi ?
Je renifle un peu de neige. O� est le mal ?
Donne-moi �a.
�coute.. c'est fini maintenant.
Pour toi... pour moi.
C'est fini !
Envolons-nous un moment...
Sors d'ici !
Sors d'ici, Ram !
Qu'est-ce que tu attends ?
Prends ta poule et file !
Va-t'en !
Va-t'en !
D�campe avec elle !
D�campe, Ram !
Fichez-moi le camp tous les deux !
- Comment va Michel ? - �a ira.
Je suis venu te dire que je pars aussi.
Connie ?
C'est une chic fille.
Tu pars demain avec nous ?
Je ne peux pas. J'arriverai dans une quinzaine.
Je n'attends pas. Mon exc�dent de bagages ira � l'Arm�e du Salut.
Ce sera p�nible de vous voir tous monter dans le train.
Connie... Allez dans le compartiment...
Allez !
Tu viens avec nous.
Je pr�f�re attendre ici. Il pourrait se tromper de quai.
Je croyais que tu ne viendrais pas.
Tu ne pars pas avec moi ?
Plus tard ?
Je reste, Lillian.
Je suis venu te dire adieu.
Je ne peux pas. J'ai besoin de continuer ma musique.
De savoir jusqu'o� je peux aller.
C'est-�-dire, seul.
Les vacances passent vite, quand elles sont bonnes.
J'aimerais faire une chose.
Te donner un cadeau d'adieu.
Il peut ne pas te plaire, mais �a m'est �gal.
Voil�...
Tu ne m'oublieras jamais.
Quand tu marcheras dans la rue, tu me verras.
M�me sachant que je suis loin.
Tu ne retrouveras pas une femme autant faite pour toi que moi.
Pendant douze jours d'automne, � Paris...
Parce que �a a �t� ton cadeau pour moi.
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