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Hippodrome de Palerme

H�tel Acuna, s'il vous pla�t.

- Quel est son nom ? - Eduardo Acuna. C'est le patron.

- Son bureau se trouve l�. - Merci.

Gar�on !

On verra �a plus tard. Merci.

Je ne peux d�ranger M. Acuna sous aucun pr�texte.

Il est occup�.

D�sol�, j'ai re�u des ordres.

Je n'y suis pour rien.

- J'aimerais le voir. - Je me pose la m�me question.

Pourquoi voulez-vous tous voir M. Acuna. Il y a plus charmant, non ?

Dites-lui que Robert Davis de New York est l�.

- Robert Davis. - Oui ?

M. Robert Davis de New York pour vous, M. Acuna.

Jamais entendu parler. Dites- lui de partir.

Je suis habitu� � un peu plus de cordialit�.

Il commet une grave erreur.

M. Davis, vous m'impressionnez. Pourquoi voulez-vous le voir ?

Pour �a.

Quoi ?

�a.

- Ma question �tait simple. - Et je vous ai r�pondu.

- Je peux attendre ici ? - Oui, mais c'est peine perdue.

Ravissant. La robe de mari�e et la lingerie sont parfaites.

Vous pouvez y aller. Merci.

Mais que se passe-t-il donc ?

Eduardo et Delfina sont en d�saccord au sujet du trousseau de Julia.

Du coup, Eduardo le choisira tout seul.

Je ne me fie jamais au go�t des femmes en mati�re d'habits.

C'est pourquoi je suis l�.

C'est rare que le p�re choisisse le trousseau.

Les femmes s'habillent pour les autres femmes, non pour les hommes.

� notre mariage, Delfina portait des froufrous...

Et elle porte des froufrous depuis. Ton fils aime �a ?

Au d�but, il ne saura pas ce que Julia porte.

- Ta femme te pardonnera ? - Me pardonner ? Me remercier, oui.

- Merci d'�tre venue, Maria. - De rien. Au revoir, Eduardo.

- Qui �tes-vous, le fleuriste ? - En ai-je l'air ?

Est-ce que je sais � quoi ressemble un fleuriste ? Qui �tes-vous ?

Xavier Cugat, �a vous dit quelque chose ?

Je vous ai fait venir de New York, c'est bien �a ?

�a fait 2 semaines que le Salon Azur fait salle comble.

Ce n'est pas rien !

Je ne vais jamais au Salon Azur. C'est trop on�reux.

Mais oui ! Vous allez jouer au mariage de ma fille demain.

Entendu.

Vous jouerez tout doucement, comme si vous n'�tiez pas l�.

M. Acuna, vous pouvez oublier mon nom, ne pas venir au Salon Azur...

me sous-payer, mais vous ne me direz pas comment jouer.

Vous jouerez doucement.

J'aurais d� rester au Waldorf.

- Bob Davis ! - Cugie !

Que fais-tu l� ?

Je suis en vacances. J'ignorais que tu �tais l�.

Ne serais-tu pas plut�t venu aux courses ?

- Eh bien, oui... - Et te revoil� ruin� ?

Oui, il va falloir que je me remette � danser.

Mais �a me pla�t ici. Tu sais, les gens, la ville, les chevaux.

Mais ce type, Acuna, c'est un coriace. Il ne veut pas me voir.

Acuna ne veut pas le voir ?

� New York, c'est lui qui refuserait de voir Acuna.

Fernando, cet homme est le plus connu du monde.

Dis � Acuna que M. Davis ne lui accorde que deux minutes.

Non. C'est vous qui lui dites.

Oui, M. Acuna ?

Rappelez- moi de renvoyer Cugat au Waldorf. Il m'agace.

Tr�s dr�le ! Il me scie.

Tu sais, j'ai beaucoup d'influence sur Acuna. Tu disais ?

Rien du tout. Je pensais � autre chose.

Suis-moi. Je donne un concert. En jouant, on va r�fl�chir � un plan.

G�nial ! C'est d�cid�. Nous allons bosser ensemble !

- Avec toi, on va faire un malheur. - Je n'aime pas l'attitude d'Acuna.

- Je vais lui dire deux mots. - Non, j'ai une id�e.

Demain, je joue au mariage de sa fille. Tu vas chanter et danser.

Tu vas faire sensation ! Acuna te suppliera de bosser pour lui.

C'est presque l'heure, Julia.

Voil� pour quelque chose d'ancien, et voil� un sou tout neuf.

Merci, Lita.

Et ce mouchoir pour la chose emprunt�e.

Voil� quelque chose de bleu, Julia.

Le jeune mari� est cens� dormir dessus.

Je dois mettre la pi�ce dans ma chaussure.

Tu seras la prochaine � te marier dans la famille, Maria.

- Non. Pas moi. - Mais il le faut.

Papa a �t� clair, nous ne pouvons nous marier si tu ne te maries pas.

Dans notre famille, les filles se marient dans cet ordre...

Une, deux, trois, quatre.

Tu es la plus �g�e, d�sormais.

Papa passera outre cette stupide tradition.

Impossible. Papa ne passe jamais outre.

Vous n'allez quand m�me pas �pouser ces deux joueurs de tennis ?

Mais nous aimons Tony et Roddy passionn�ment.

Ils nous ont m�me donn� leurs chevali�res. Regarde !

Vous �tes de vraies gamines.

Tu ignores ce que c'est que d'aimer si fort qu'on en pleure la nuit.

�a, c'est s�r.

�a te va bien de parler. Tu repousses tous tes soupirants.

Tu as un gla�on � la place du c�ur.

- Je n'ai pas l'habitude de donner... - Quelque chose cloche chez Maria.

- Elle ne veut pas se marier. - Je n'ai pas dit �a.

Papa, tu devrais installer la climatisation dans leur chambre.

Ne vous inqui�tez pas pour Maria. C'est elle la prochaine...

ensuite, ton tour viendra, puis le tien.

- Doit-on attendre Maria ? - Oui.

Ne vous comportez pas ainsi le jour du mariage de votre s�ur.

Maintenant, sauvez-vous et faites-vous belles.

Tu as le trac, ma ch�rie ? Tu vas nous manquer.

Maman ne t'en veut pas pour le trousseau ?

Je n'en sais rien.

Elle a fini par m'avouer que la robe lui plaisait.

Ces petites disputes ne sont pas propres au mariage.

- Vraiment, papa ? - Non, elles me sont propres.

- Je ne suis pas facile � vivre. - Mais non.

En fait, tu n'es qu'un petit gar�on et je t'aime.

Et je t'aime aussi, ch�rie.

Agrafe ma robe, Eduardo.

Delfina, quand apprendras-tu � t'habiller seule ?

J'ai peine � croire que ma fille se marie.

�a ne me fait rien.

Julia. O� sont mes autres filles ?

Maria ! Lita ! Cecy !

- J'arrive, maman. - J'arrive !

Je veux vous voir align�es.

Je vais pleurer ce soir.

Commence tout de suite, il se fait tard. Tu veux un dernier conseil ?

Ne r�fl�chis pas trop lors de ta lune de miel.

J'ai fait cette erreur avec ton p�re.

Au fait, pr�vois-moi un petit discours pour apr�s le mariage.

Je suis si heureuse.

D�p�chez-vous. En rythme.

Je vais me mettre � pleurer tout de suite.

Il n'a rien vu.

Que ton fils passe le mot. Il me reste encore trois filles � marier.

- Demandez donc � papa. - Pendant qu'il rit.

Viens.

- M. Acuna. - Oui ?

�a fait 2 ans que nous fr�quentons vos filles Cecy et Lita et...

Que voulez-vous, une pension ?

- Alors, qui sera la prochaine ? - Moi !

- Il faut que Maria l'attrape. - Oui.

Mais je n'en veux pas.

- Je suis partant. - Marions-nous tout de suite.

- Je suis libre. - Et moi ?

Et moi ?

Vous �tes tous bien trop gentils.

Papa ! Papa ! As-tu vu Maria ? Elle les a glac�s sur place.

Papa, il faut faire quelque chose au sujet de Maria.

Pardonnez-moi, savez-vous o� je peux trouver M. Acuna ?

Il est rentr�.

R�flexion faite, ce vieux grincheux peut bien attendre.

Ces mariages excessifs ne vous ennuient pas ? Ils me tuent.

Si deux �tres veulent se marier, d'accord.

Mais c'est pas la peine de faire tout ce raffut. C'est l'enfer.

J'admets que mon entr�e en mati�re n'�tait pas terrible.

Je recommence ?

Belle journ�e, n'est-ce pas ?

L'air est si doux.

Et il y en a � profusion, on dirait.

�a vous ennuierait beaucoup si je vous abandonnais ?

Mais tu ne comprends pas.

� pr�sent, plus un mot sur Maria. Filez !

Puis-je vous voir un instant ? �a nous concerne tous les deux.

Je suis Robert Davis. Je suis ici pour danser et...

Bonjour.

Pourquoi ce "brrr" � la vue de cette fille ?

Elle est tr�s belle.

�a, je le reconnais.

Mais sa personnalit� est aussi froide qu'un r�frig�rateur.

De surcro�t, elle est ma fille.

Ah oui ? Vraiment ?

Et oui. Alors que me vouliez-vous ?

La permission d'aller me faire pendre.

Fernando.

Quoi ?

Tu �tais encore en train de dormir ?

Dis-moi, mon cher Fernando, pourquoi dois-je te supporter ?

Je ne sais pas, M. Acuna...

peut-�tre parce que je suis votre cousin par alliance.

�a doit �tre �a. Des nouvelles de Mme Castro ?

Mme Castro va bient�t arriver.

Tr�s bien.

Tu peux te rendormir, Fernando.

Si tu l'oses !

- Bonjour Fernando. - Bonjour, M. Davis.

C'est bon d'entendre la voix d'un �tre humain. Prenez place.

Non, merci. J'aimerais voir M. Acuna s'il est disponible.

Je doute qu'il soit en �tat de vous recevoir ce matin.

- �a a march� ? - Tr�s bien.

J'ai eu la langue un peu trop bien pendue.

Je veux pr�senter mes excuses au vieux.

M. Robert Davis veut vous voir, M. Acuna.

Je n'aime pas M. Robert Davis. Je ne veux pas le voir.

Sugg�re-lui express�ment de rentrer � New York.

Jette-le dehors !

Mais �coutez, M. Acuna, je...

C'est la premi�re fois qu'une telle chose m'arrive.

Madame.

N'entrez pas. Il est �nerv�.

- Bonjour, Maria. - Eduardo.

Je suis inquiet. Maria, outre le m�me pr�nom...

toi et ma Maria avez des tas de points communs.

Rien d'anormal, je suis sa marraine.

Dirais-tu que sa personnalit� est aussi froide qu'un r�frig�rateur ?

Ah �a, non.

Mais elle glace les hommes. Elle est trop sophistiqu�e.

Sophistiqu�e, balivernes !

Elle est aussi d�mod�e qu'une robe � cerceau.

Ridicule ! Je connais bien ma propre fille.

- Tu crois la conna�tre. - Quelque chose cloche chez elle.

Son dernier amour remonte � ses 15 ans...

quand elle s'�tait amourach�e de ce type au cheval blanc.

- Lochinvar ? - Oui.

Qu'elle oublie ce chevalier de pacotille !

Elle attend qu'un mythe devienne r�alit�.

N'importe quoi ! Ce n'est plus une enfant, c'est une femme.

Il faut que les femmes cessent de s'�prendre de leurs illusions.

Laisse Maria tranquille et cesse de te faire du souci.

Un jour, un homme viendra exciter son imagination.

Comment ?

En se montrant plus romantique que les autres.

C'est-�-dire ?

En lui envoyant des fleurs de la part d'un "admirateur inconnu"...

et des mots doux qui �veilleront sa curiosit�.

Ach�te les deux plus belles orchid�es que tu trouveras.

Apporte-les ici pour que j'y ajoute un mot.

Eduardo, ce ne sont pas tes affaires.

C'est pour son bonheur que j'agis ainsi.

Elle ne va pas g�cher ses plus belles ann�es � attendre un chevalier.

Tu as perdu la t�te ? Tu ne peux pas fabriquer pas une idylle.

Je vais inventer un admirateur inconnu et voir venir.

Je vais �crire de la main gauche, pas b�te, hein ?

Tu crois avoir r�ponse � tout.

Et si elle tombe amoureuse de ton amant imaginaire ?

Si les fleurs et les lettres l'intriguent...

je fournirai le jeune homme moi-m�me. Elle n'y verra que du feu.

Ma bien-aim�e...

Eduardo, je t'aurais pr�venu.

- Papa ! Bonjour, tante Maria. - Bonjour.

Que fais-tu l� ?

Me faut-il une invitation pour venir chez moi ?

- C'est toi, Eduardo ? - Oui, oui.

Mais que fais-tu donc l� ?

Mon seul r�le dans cette maison est-il de payer les factures ?

Quel plaisir de te voir, tante Maria.

- N'a-t-on pas sonn� ? - Tu attends quelqu'un, papa ?

Non, pourquoi ? Assieds-toi, Maria.

Je suis tr�s f�ch�e contre ton fils, Maria...

et contre ta fille Julia, Eduardo !

Je suis pass�e � l'h�tel de leur lune de miel.

- Pour quoi ? Nom de Dieu... - Ne parle pas quand j'interromps.

Pour voir s'ils ne manquaient de rien.

Ils ont tout ce qu'il faut.

Je me disais qu'ils voudraient discuter de leurs projets.

Mais ils ont fait dire qu'ils �taient sortis.

C'est plausible, Delfina.

Au m�me moment, ils ont fait monter une bouteille de champagne.

- Je me suis... - On n'a pas sonn� ?

Papa a un probl�me. Il entend sonner sans arr�t.

�a alors, des orchid�es !

Tony n'aurait pas d�.

- Et si �a m'�tait destin� ? - Apporte-moi les fleurs, Cecy.

Tiens, il y a une carte � l'int�rieur.

Je ne re�ois jamais de fleurs.

Apr�s le mariage, le mari croit que la femme n'a plus d'odorat.

Ne prends pas cet air de martyre. Elles sont pour Maria.

- Pour Maria ? - Oui, c'est vrai.

�a doit �tre une plaisanterie.

"Ma bien-aim�e, je t'envoie des orchid�es..."

- Laisse Maria lire sa carte. - Continue, maman.

C'est s�rement une blague.

"Car mon c�ur ne bat plus que pour toi depuis que je t'ai vue.

Prends soin de ces orchid�es...

dont la beaut� n'�galera jamais la tienne."

Les larmes me montent aux yeux.

L'auteur de ce mot est une �me sensible.

Je trouve �a plut�t ridicule.

Un homme charmant te fait la plus belle des d�clarations...

et tu trouves �a ridicule ?

"Ton soupirant inconnu". Et je n'aime pas son �criture.

Il �crit peut-�tre de la main gauche.

Que penses-tu de cette carte, tante Maria ?

Si elle m'avait �t� destin�e sans que j'en connaisse l'auteur...

- je l'aurais trouv�e plut�t ridicule. - Tante Maria a raison.

Cet inconnu va devoir faire mieux que �a.

Montre-moi cette carte, Maria, s'il te pla�t.

Que chuchotez-vous ?

Je disais que si ce mot n'a pas embras� le c�ur de Maria...

je crois que le prochain saura l'�moustiller.

�a me rappelle le temps o� tu me faisais la cour.

Il parlait sans cesse de la flamme que j'allumais en lui.

Je me demande parfois si elle br�le encore.

Je suis 2 fois l'homme que j'�tais autrefois.

La moiti� de cet homme me suffirait, mon ch�ri.

ANTHOLOGIE DES PLUS BELLES LETTRES D'AMOUR AU MONDE

Voici vos chansons d'amour.

Les chansons et les lettres d'amour de Napol�on.

Pose �a l� et file.

D�sol� !

Tr�s ponctuel, il est 17 h.

Tu sais, Louise, je commence � me demander comment il est.

Elle est enfin amoureuse.

D�sormais, je vais porter la bague de Tony ouvertement.

On peut dire � tout le monde qu'on est fianc�es en secret.

- Plus rien depuis pr�s de huit jours. - C'est fichu.

Je crois qu'on devrait ranger nos bagues.

Bonjour papa. Quand es-tu rentr� ?

� l'instant. Comment �a va ?

Nous, �a va, mais Maria broie du noir.

Maria broie du noir, mais pour quelle raison ?

Elle n'a pas re�u d'orchid�es de la semaine.

Comment ? Quel imb�cile je... Enfin, je veux dire...

dis-lui que personne ne se moque d'elle.

Non, ne lui dis rien.

Son soupirant a pu tomber malade.

Saluez votre m�re. � tout � l'heure. Au revoir.

Ma bien-aim�e...

bien que j'aie �t� gravement malade...

dans mon d�lire, ils...

Dans mon d�lire, ils m'ont dit que je n'avais cess� de te r�clamer.

Vous avez mon num�ro ? C'est le 3790.

Cette fois-ci, il se rase.

Non, n'apportez pas le billet de loterie ici.

Je vais m'absenter un moment.

- Je vous rejoins imm�diatement. - A-t-il eu mon message ?

Oui, et il a dit qu'il vous ferait arr�ter si vous reveniez.

M. Davis, laissez tomber. Il ne vous recevra jamais.

Fernando. Fais venir un groom imm�diatement.

M. Acuna ?

Il y a des sous et un mot sur mon bureau.

Ach�te deux superbes orchid�es...

ajoute le mot et livre les fleurs chez moi. Compris ?

Oui, monsieur. Mais d'abord, puis-je...

Fais vite ! C'est urgent. Et rapporte-moi la monnaie.

Je reviens.

"Ma bien-aim�e, ma bien-aim�e...

ma bien-aim�e, ma bien-aim�e."

- Ne le prenez pas mal. - Je ne le prends pas mal.

M�fiez-vous des soupirants trop l�ches pour se montrer.

M�me ma pendule retarde.

Mais non. Venez voir.

"Pour Mlle Maria Acuna." Merci, monsieur.

Merci du fond du c�ur.

Vous �tes un ange.

L�ve l'ancre, Cecy, c'est reparti.

Je crois l'avoir d�j� vu.

Louise, peux-tu ramasser les cartes que j'ai d�chir�es ?

"Ma bien-aim�e..."

Que diable !

Que diable !

Ne peux-tu pas commander une th�i�re pour l'h�tel sans m'appeler ?

Pourquoi dois-je supporter �a ? D'accord.

J'y ferai un saut la semaine prochaine.

En attendant, cherche un autre emploi...

o� tu n'auras pas besoin de te servir de ton cerveau embrouill�.

M. Acuna, voici votre monnaie.

Deux pesos, 50 centavos.

- Que faites-vous l� ? - J'ai livr� les orchid�es pour vous...

- � pr�sent, vous allez... - Vous avez livr� les orchid�es ?

Comment avez-vous r�ussi � vous substituer au groom ?

�a fait des jours que j'essaie de danser devant vous.

Jamais personne n'avait encore refus� de voir mon travail. �a me contrarie.

Sortez de mon bureau !

C'est une question d'orgueil pour moi. Danser m'ennuie, voyez-vous ?

Je suis venu ici dans l'intention de ne plus danser.

Dois-je vous mettre dehors ?

Ne me parlez pas sur ce ton. Je suis un type important.

Regardez-moi danser et admirez.

Pas question.

Mais si. Allez les gars. Un, deux.

- Alors ? - Excellent. Magnifique.

Mais je n'en veux pas. M. Davis...

vous suscitez chez moi le plus vif sentiment d'antipathie.

- Puis-je faire une remarque ? - Vous pouvez surtout sortir !

M. Acuna, votre immense bont� me d�route.

Sans rancune.

Quand vous changerez d'avis, appelez-moi.

Hors de ma vue !

Merci encore de votre accueil.

Tu as laiss� ce cr�tin entrer dans mon bureau.

Tu me paieras �a jusqu'� la fin de tes jours.

Tu n'es qu'un cornichon ! Moins que rien !

Tu es vir� ! Ne remets plus jamais les pieds ici, esp�ce d'andouille.

"Andouille" ?

Heureuse de te revoir, papa.

J'avais jur� t'entendre jurer.

Tiens, je te croyais...

Je ne t'ai jamais vue aussi heureuse, je me trompe ?

- Je suis heureuse. - Serait-ce les orchid�es ?

Je vais te r�v�ler un secret.

Je sais qui m'envoie ces fleurs.

Ah oui ? �coute, ma ch�rie, tout �a peut s'expliquer.

- Comment �a ? - De quoi parles-tu ?

Les orchid�es, les mots.

- Je sais qui c'est. - Ah oui ?

- Tu n'as pas l'air tr�s affect�e. - Non, pourquoi ?

- Tu le prends bien. Tant mieux... - Mais de quoi parles-tu donc ?

- Et toi, de qui parles-tu ? - M. Acuna ?

Quand vous changerez d'avis, je serai dans la chambre 920.

Papa, c'est lui dont je te parle. C'est lui.

- Lui ? - Celui qui est amoureux de moi.

- Mais non ! - Mais si !

Je l'ai vu apporter les orchid�es cet apr�s-midi.

�a y est ! �a me revient, il chantait au mariage.

Je te dis que ce n'est pas lui qui t'a envoy� les fleurs !

Si c'est lui, c'est un casse-pieds ! Et en plus, c'est un danseur !

- Merveilleux, j'adore... - Il n'a m�me pas d'emploi, oublie !

Tu lui en donneras un, fais-le pour moi.

Tu n'as tout de m�me pas l'intention de fr�quenter un homme pareil ?

Dire que je l'ai rabrou� au mariage.

Je t'interdis de tomber amoureuse de cet homme !

Et puis, il est trop tard. Il part.

� New York, j'esp�re.

Je peux sans doute le faire changer d'avis.

Tu devrais lire ce qu'il m'a �crit.

Non. R�flexion faite, ton c�ur ne le supporterait pas.

N'importe qui peut �crire une lettre d'amour.

J'aimerais t'y voir.

Quoi qu'il en soit, il ne quittera pas l'Am�rique du sud...

si je peux l'en emp�cher. Et je crois le pouvoir.

- Quelle chambre ? - J'ai un trou de m�moire.

Pas moi.

Chambre 920, s'il vous pla�t.

Invite-le � la maison ce soir.

Qu'est-ce qui te prend ? Les filles bien n'agissent pas ainsi.

- Elles n'�prouvent pas la m�me chose. - Quelle effront�e.

Impossible...

- j'ai un gla�on � la place du c�ur. - Mais non.

Cette lueur dans tes yeux n'est pas froide, elle est avide.

Peut-�tre bien.

- Le 920, s'il vous pla�t. - D'accord.

Une fois ces papiers sign�s, je lui demanderai.

Tu es adorable, papa.

Je me d�p�che. Je n'ai plus que trois heures pour me pr�parer.

Au revoir, mon papa ador�.

- Pourquoi t'�tre emport� ? - Il changera d'avis.

Tu ne le connais pas.

Acuna est l'homme le plus opini�tre d'Am�rique du sud.

Regarde �a.

Tu vois ce nez ?

Ce nez montre l'opini�tret�.

Ses oreilles indiquent l'ent�tement.

Son front est en pente.

- C'est signe de b�tise. - Et son menton ?

Son menton montre sa faiblesse de caract�re.

Ses moustaches en guidon de v�lo indiquent son manque d'humour.

Ses paupi�res tombantes r�v�lent sa stupidit�.

Tr�s flatteur, Cugat.

- M. Acuna. - Vous allez nous manquer.

En attendant, laissez-moi seul avec M. Davis.

Bien s�r. Je vous demande pardon.

M. Davis, je me trouve dans une situation d�licate.

Ce n'est rien, monsieur, l'erreur est humaine.

- Je commence quand ? - L� n'est pas la question.

- De quoi s'agit-il alors... - De ma fille.

Celle que vous compariez si galamment � un r�frig�rateur.

Je crains de ne pas vous suivre.

Elle croit que vous l'aimez.

Pardonnez-moi mais y a-t-il des cas de d�mence dans votre famille ?

Le pire, c'est qu'elle croit vous aimer aussi.

- Pauvre enfant. - Et c'est de votre faute.

- Je ne vous suis pas. - Vous lui avez apport� les orchid�es ?

Je les ai laiss�es � la porte, en effet.

Mais d'o� vient l'id�e que je suis amoureux de votre fille ?

Elle a re�u des orchid�es et des mots doux d'un soupirant inconnu.

- Elle croit que c'est moi ? - Vous excitez son imagination.

L� n'est pas mon intention. Je n'ai pas �crit ces mots.

�videmment. C'est moi qui les ai �crits.

- Voil� bien un cas de d�mence. - Pas du tout.

Faites comme si vous �tiez l'auteur de ces mots doux.

- Je vois. Et ensuite ? - D�cevez-la.

- En avouant la v�rit� ? - Bien s�r que non.

Sa fiert� serait �branl�e. Elle doit croire que vous l'aimez...

puis il faudra qu'elle perde cet engouement, pour son bonheur.

Facile. Dites-lui que je suis un goujat.

Elle doit s'en rendre compte par elle-m�me.

Ah oui ? Et comment ?

Venez chez moi ce soir et soyez vous-m�me !

Je viens donc chez vous ce soir ?

Et pour comble de d�sillusion...

vous lui direz que vous partez demain en Am�rique du nord.

Mais je ne pars pas. Je me plais ici.

Je vous paierai le voyage plus une prime.

Merci bien, M. Acuna.

Mais seul le Salon Azur m'int�resse.

Si vous me rendez ce service, vous danserez pour moi � l'avenir.

Je veux �a par �crit, et la date laiss�e en blanc.

- � quelle heure dois-je venir ? - � 21 h.

Et ne restez pas trop tard.

- J'ai un truc dans l'�il. - Une serrure sans doute.

- � ce soir, 21 h. - Et je ne resterai pas trop tard.

Regarde un peu �a.

Est-ce ton Robert Davis ?

C'est lui qui a apport� les orchid�es.

C'est "l'idole de New York".

J'aime son sourire...

- et son regard p�tillant. - Maman t'a dit :

"Ne l'effraie pas par ton intelligence."

- Sois simple et myst�rieuse. - J'entrerai avec d�sinvolture.

Comme si je ne savais pas qu'il venait.

C'est �a. Viens, Cecy.

Eduardo.

- Comment suis-je ? - Toujours aussi belle, ma ch�rie.

�a prend plus de temps, c'est tout.

Pardon ! J'avais une �pingle � la bouche. Tu es bless� ?

Je vais ressembler � un Oubangui d'ici minuit.

Fais vite, il est 21 h.

Arr�te de glousser ou je t'arrose d'eau froide.

M. Davis n'�pousera pas la s�ur d'une fille qui glousse.

Maria ne l'�pousera pas. Elle ne l'appr�ciera pas.

Il n'a que des d�fauts.

Ce n'est pas � toi d'en d�cider.

J'ai lu qu'un saumon nageait tr�s loin pour trouver un compagnon...

et Maria a assez nag�.

Elle attendra de trouver le bon mari.

Pourquoi ? Je n'ai pas attendu, moi.

C'est M. Davis. Ne restons pas l� !

- Vite, maman ! - Viens !

- Bonsoir, M. Acuna. - M. Davis.

Avez-vous re�u le contrat ?

Puis-je compter sur vous ?

Pas de soucis, elle n'aura plus d'illusions.

Maria, je te pr�sente M. Robert Davis.

- On s'est d�j� vus, non ? - Oui. Non.

Enfin, d'une certaine fa�on, mais...

Nous traduirons cette superbe phrase...

apr�s vous avoir pr�sent� le reste de notre famille.

Voici Mme Acuna. Mes filles Cecy et Lita.

M. Robert Davis doit partir t�t.

Asseyez-vous, M. Davis.

Je suis tomb�e sur une de vos merveilleuses lettres.

Quel dommage qu'un homme comme vous n'ait pas d'emploi.

M. Acuna ne vous a rien dit ?

Je danserai au Salon Azur d�s demain soir.

- N'est-ce pas, M. Acuna ? - La date restait � d�finir.

- Mais vous pensiez � demain, non ? - Bien s�r.

Travailler pour papa vous plaira, vous verrez.

J'en suis certain. J'allais oublier.

C'est pour vous. Il n'y a pas de mot cette fois car...

Je pr�f�re que vous disiez ce que vous auriez �crit.

- Puis-je fumer ? - Bien s�r que oui.

Non, merci.

Qu'ai-je dit de mal ?

Il croit que c'est un vrai.

J'en ai fait un briquet, M. Davis.

Je vois �a. J'ai cru que c'�tait un vrai au d�but.

Il a d� tuer plus d'un homme autrefois...

mais ce n'est plus qu'une antiquit�.

Pourriez-vous le pointer par l� ?

- Bien s�r mais c'est sans danger. - Sans aucun doute.

Puis-je sortir prendre l'air ?

Il y en a � profusion dans le jardin.

Vous vous souvenez ?

- Et si je l'avais tu� ? - Peu importe.

Et le vase ?

Il va avoir du mal � �tre romantique � pr�sent.

De la musique l'apaisera peut-�tre. Viens.

Apr�s mes lettres, je dois vous d�cevoir beaucoup.

Au contraire.

J'aime les hommes modestes.

Je ne sais pas comment vous le dire, mais...

J'aime aussi les timides.

Votre ville est si cosmopolite, et votre demeure si magnifique...

franchement, je ne me sens pas � ma place.

Vous �tes � votre place n'importe o�.

Mais votre style de vie ne me conviendrait pas.

Je ne l'aime pas trop non plus.

Mais vous ignorez tout de mon style de vie.

- La musique et la danse, non ? - Oui.

Nous adorons la danse et la musique nord am�ricaine ici.

Mais imaginez un homme comme moi qui danse pour gagner sa vie.

Je trouve �a merveilleux.

J'ai un gros d�faut.

- Je suis fou des courses hippiques. - Moi aussi.

Je pourrais y laisser ma chemise. Et c'est ce que j'ai fait.

J'ai aussi le jeu dans la peau.

Vous voyez...

c'est pour �a que vos lettres m'ont intrigu�e.

�coutez, comme on dit � Brooklyn : "On n'est pas du m�me monde."

Je ne suis qu'un pauvre type du Nebraska.

Un Am�ricain moyen et vieux jeu.

Mon grand-p�re �levait du b�tail.

Le mien aussi !

Mais vous �tes si moderne.

J'ai grandi avec les sauterelles. Je suis un vrai gars de la campagne.

Il se fait tard, M. Davis.

- C'est ton tour, Eduardo. - Je ne veux pas de cette carte.

Rami.

Suis-je la 1�re fille que vous n'ayez pas embrass�e ?

J'ai connu un type dans la m�me situation...

Et ?

Il n'a pas su quoi dire.

On m'a parl� d'un homme amoureux d'une fille...

et qui n'osait pas le lui avouer.

Cugat. J'avais promis de le retrouver.

J'allais oublier. Vous ne m'en voulez pas ?

- Pas du tout. - D�sol� mais j'avais promis...

Bonne nuit.

- Il s'en va ? - Tant mieux.

M. Davis.

- Maria danse bien, n'est-ce pas ? - Oui.

Vous l'auriez vue se pr�parer.

Elle a essay� toutes ses robes.

- Non qu'elle soit d�pensi�re. - �videmment. Bonne nuit, les filles.

Une fois, Maria a tenu la maison seule.

- Les factures ont baiss� de moiti�. - Et quels repas !

- Maria est une vraie petite m�nag�re. - Vraiment ?

On voit d�j� en elle l'�pouse id�ale.

C'est vrai. S�rement... Puis-je r�cup�rer mon chapeau ?

- Bien s�r. - Excusez les filles...

elles ont h�te de voir leur s�ur se marier pour se marier aussi.

- Merci infiniment... - Elles n'ont pas � s'inqui�ter.

Maria semble tr�s amoureuse.

Elle va nous manquer si elle part � New York.

Si c'est pour son bonheur.

Merci. Ce fut un vrai plaisir.

- Vous partez d�j�, M. Davis ? - Oui.

H�las !

- Bonne nuit. - Bonne nuit.

- Merci beaucoup. - Je vous en prie.

Cessez de vous m�ler de la vie de Maria.

Laissez-moi m'occuper de �a.

- Il est merveilleux, hein ? - Alors, raconte ?

Pour une fois que je voulais qu'un homme m'embrasse...

et il avait autre chose � faire.

Mais �a va changer.

Eduardo, tu as entendu �a ?

Pas question.

- J'en ai assez d'�tre renvoy�. - D�gage le passage.

- Vous m'avez trahi l'autre soir. - Moi ? Comment �a ?

En dissimulant votre vraie nature...

- derri�re une fa�ade charmante. - C'est faux.

La folie a d� frapper les femmes de ma famille.

Elles vous adorent.

- Elles me croient amoureux de Maria. - Vous entendre dire cela...

me donne la chair de poule.

Comment pouvez-vous avoir une fille aussi charmante ?

- Votre ton me d�pla�t. - Et moi, votre intrusion dans sa vie.

Ce n'est pas � vous d'en juger.

M. Acuna, je rentre � New York par le prochain vol.

- Pardon ? - D�chirez le contrat.

- J'ai d�cid� de partir. - �a vous prend d'un coup ?

Oui, monsieur. Vous vous sortirez tout seul...

de cette situation stupide.

Je vois. Vous voulez qu'elles croient que je vous ai forc� � partir.

N'est-ce pas le cas ?

Maria vous prendra pour un martyr de l'amour.

Cette remarque stupide ne vient pas de votre femme.

M. Davis, ce contrat vous engage.

Vous restez ou je vous poursuis en justice.

- Mais hier... - C'�tait avant...

cet odieux �talage de votre charme. � pr�sent, j'ai une id�e.

Vous respecterez ce contrat au Salon Azur...

- mais vous n'approcherez pas Maria. - �a rime � quoi ?

Elle croira que seul le contrat vous int�ressait.

Alors, elle vous d�testera.

�patant. Et apr�s ?

Elle vous montrera son m�pris...

et s'�prendra tout de suite d'un autre jeune homme.

L'un de ceux que je vais inviter chez moi dans un futur proche.

- Selon vous, �a se fera vite ? - M. Davis...

pour les r�actions �motionnelles f�minines, j'ai un instinct tr�s s�r.

Dois-je expliquer � Maria que...

Je me disais...

Nous voulons qu'elle vous d�teste, n'est-ce pas ?

Sans doute.

Je pensais simplement que...

Vous, vous dansez. Moi, je m'occupe de penser.

Fernando, pour la liste des invit�s � mon anniversaire de mariage...

invite les jeunes gens les plus remarquables...

et les plus charmants de mon entourage.

Attends un peu ! Je croyais t'avoir vir� hier !

Mme Acuna m'a pri� d'excuser votre comportement, c'est fait.

Je vous pardonne, M. Acuna.

Merci beaucoup.

De rien, monsieur. Je m'occupe de la liste.

"M. Et Mme Acuna ont le plaisir de vous convier...

� leur 25e anniversaire de mariage.

Bal costum�."

Je n'arrive pas � y croire, Delfina.

Normal, tu n'as pas �pous� Eduardo.

J'aurais pu si tu ne l'avais pas vu la premi�re.

- O� est Maria ? - � son cours de tennis.

Mais elle a l'esprit ailleurs.

Elle doit se demander pourquoi M. Davis ne l'a pas embrass�e.

- Bonjour Fernando. - Bonjour Lita...

Mme Acuna, Castro, Cecy.

Voici la liste de jeunes hommes que M. Acuna souhaite inviter.

- Formidable ! - Fais-moi voir �a.

Je ne vois pas le nom de M. Davis, Fernando. M. Robert Davis.

Il semble que M. Davis ne soit pas sur la liste.

Il est le seul sur la mienne.

Bonjour, tante Maria.

Sais-tu pourquoi papa ne l'a pas invit� ?

Il a dit que M. Davis devait se consacrer au Salon Azur...

- � partir de maintenant. - Merci, Fernando.

On esp�re te voir � la f�te.

Merci, Mme Acuna. C'est un honneur.

J'aimerais beaucoup rencontrer ce Robert Davis, Maria.

Je n'ai rien � faire pour le moment.

�a tombe bien. Moi non plus.

Un peu plus vite, Cugie ! On reprend.

Un instant.

- Votre p�re sait que vous �tes l� ? - Non, pourquoi ?

- Mme Castro, voici... - Je me souviens de vous.

- Vous �tes donc le Robert de Maria. - Oui... Enfin, je ne sais pas.

Venez donc vous asseoir.

Nous venons de la part de M. Et Mme Acuna.

Ils vous invitent mercredi soir.

- Merci. - � 21 h, mais...

venez plus t�t si vous voulez.

Vous �tes s�re que M. Acuna m'a invit� ?

Votre absence le d�vasterait.

Moi de m�me.

Tu en as pour une demi-heure, n'est-ce pas, ma tante ?

Oui, dans une demi-heure. Au revoir.

Asseyez-vous donc.

C'est une agr�able surprise.

On r�p�tait un petit morceau de Harlem.

Harlem ne doit pas vous dire grand-chose.

Le costume zazou ne vient-il pas de l� ?

Mais si.

- J'aimerais l'entendre. Je peux ? - Bien s�r.

Cugie, allons-y !

M. Et Mme Eduardo Acuna vous invitent � f�ter...

leur 25e Anniversaire de mariage

Tu es s�re qu'il vient ?

Papa est au courant ?

Il va te demander en mariage ?

Je vais tout faire pour �a.

Maria !

Regardez comme papa est �l�gant !

Papa, tu as �t� mari� plus longtemps que nous avons v�cu.

�a me revient, j'ai omis d'inviter M. Davis...

� venir chez nous ce soir. �a ne t'ennuie pas ?

- �a devrait ? - Je trouve �a impardonnable...

qu'il ne soit pas pass� depuis la signature de son contrat.

Il ne t'a plus envoy� de fleurs, n'est-ce pas ?

- Ni de mots doux ? - Non.

- �a ne te contrarie pas ? - Non.

Tant mieux.

Il y aura de beaux jeunes hommes ce soir.

Je veux que tu t'amuses.

Ce sera la plus belle soir�e de ma vie.

Je savais que tu saurais rappeler � M. Davis o� est sa place.

Oui, papa, c'est bien mon intention.

Papa, mamie est l�. Vite !

Merci beaucoup. Tr�s aimable � vous.

F�licitations.

Que se passe-t-il entre ta femme et mon mari ?

Ils n'arr�tent pas de chuchoter.

Tu choisis mal ton jour pour soup�onner ton mari.

Je ne sais pas trop.

Quel idiot tu fais ! Et tu te crois si malin.

Maria semblait heureuse que je n'aie pas invit� M. Davis.

- M. Davis. - Quel plaisir de vous voir !

Merci. F�licitations, Mme Acuna.

- Merci pour l'invitation. - Tout le plaisir est pour nous.

- Ravis. N'est-ce pas, papa ? - Oui, en effet.

F�licitations, M. Acuna.

On va pouvoir lui faire nos adieux.

Comment �a ?

Il a re�u une proposition de New York, n'est-ce pas ?

- � vrai dire... - Il a insist� pour partir demain.

N'est-ce pas, Robert ?

Oui, je crois bien.

- Impossible ! - Nous vous retiendrons !

Je suis s�re que M. Davis sait ce qui est le mieux.

- Pour lui. - Fais quelque chose, Eduardo.

Il m'a lui-m�me pri� de d�chirer le contrat.

- N'est-ce pas, Robert ? - Oui, monsieur.

Mamie veut vous rencontrer.

- N'est-elle pas charmante ? - C'est la plus jolie.

Il y a une chapelle chez moi, pensez-y...

si vous voulez vous marier sans toutes ces fioritures.

Mamie, nous...

Tu ne comprends pas. Nous n'avons pas besoin de chapelle.

On vient d'apprendre que M. Davis est forc� de nous quitter.

C'est le bon mot, Maria.

Mes chers amis, il y a 52 ans dans un petit village anglais...

se mariaient mes parents bien-aim�s.

Ils ont amen� en Am�rique du Sud une chanson...

et instaur� une tradition.

Ce morceau fut jou� � leur mariage...

puis au n�tre il y a 25 ans.

En l'honneur de ma ch�re m�re...

et de ma charmante �pouse...

j'ai pri� M. Cugat de nous jouer ce morceau ce soir.

Aide-nous � rendre Davis si jaloux qu'il ne partira pas.

S'il part, �a doit �tre en lune de miel avec Maria.

D'accord ?

Alors, qu'est-ce que tu attends ?

�coute, mon vieux, je tiens � finir cette danse avec Maria.

Vas-y, interromps-les.

Harc�le-le et rends-le fou de jalousie.

� l'aide !

M. Davis, comment osez-vous attaquer un de mes invit�s !

- Il �tait intenable. - Il me tapait sur les nerfs.

- C'est intol�rable. - C'est notre faute, on l'y a pouss�.

Mais il est tomb� tout seul !

Tout ce qui arrive aux Acuna me retombe dessus.

Je travaille des heures, j'ob�is, et je r�colte quoi ?

Au final ?

C'est toi ! Tu as bien choisi ton costume, esp�ce de bouffon !

M. Acuna, j'en ai assez.

Fernando, je suis en partie responsable.

Qu'y pouvez-vous si j'ai un lien de parent� avec ce vieux schnock ?

- R�p�te un peu ! - Cessez d'aboyer !

Je d�missionne et ne profitez pas de notre parent�...

pour me r�cup�rer. Vieux schnock !

Avouons tout. Il fallait bien qu'on agisse.

On n'en peut plus d'�tre vieilles filles.

On voulait rendre Robert jaloux...

pour qu'il demande la main de Maria avant de partir.

- Vous perdez votre temps. - Mais pourquoi ?

Je n'aime pas Robert et il ne m'aime pas non plus.

Ne l'embarrassons pas davantage.

Ne soyez pas contrari�, Robert.

T�t ou tard, Maria devait bien reprendre ses esprits.

Voil� qui r�gle vos probl�mes !

- �a vous ennuie si je la salue. - Pas du tout.

Pourquoi as-tu dit �a � Robert ?

Je n'avais pas le choix.

Tout le monde le harc�le pour qu'il m'�pouse. M�me mamie.

Je ne pense pas qu'il ait besoin de �a.

Il faut que je vous parle.

Emmenez-la dans le jardin. Ce sera mieux pour parler.

L'air y est si doux, vous vous rappelez ?

Je voulais juste vous dire que...

Vous �tes si belle.

J'avais tant de choses � dire. J'ai tout oubli�.

O� en �tais-je ?

Vous disiez que j'�tais belle.

Ah oui...

Pourriez-vous vous tourner, s'il vous pla�t ?

Pourquoi ?

Je ne peux pas me concentrer quand vous me regardez comme �a.

Je plaisantais.

Vous �tes sensationnelle !

� quoi bon ?

C'est ce que vous vouliez me dire, Robert ?

Ce n'est que le d�but.

Je ne sais comment vous dire le reste.

Je peux peut-�tre vous faciliter la t�che.

Je vous aime aussi.

Docteur, vous avez touch� le nerf !

Alors Robert, lui avez-vous dit au revoir ?

Pas exactement. C'�tait plus un bonjour.

Je ne pourrai pas lui dire adieu, monsieur.

- J'aime Maria. - Vraiment ?

Quel dommage.

Elle m'aime aussi.

Balivernes ! Vous l'avez entendue.

Oui, j'�tais l�. Vous pas.

- Vous partez demain matin. - Oui, mais avec Maria.

Il n'en est pas question !

Asseyez-vous, Robert !

Je vais vous faire de la peine et j'en suis d�sol�.

Maria ne vous aime pas. Elle croit vous aimer.

�a me suffit.

- Oui, mais quand elle saura ? - Saura quoi ?

Que vous n'�tiez pas l'inconnu.

Et que vous l'avez dup�e pour obtenir le contrat.

Ce n'est pas tout � fait �a.

On peut mentir � une femme pour la complimenter...

mais pas pour la faire passer pour une �cervel�e.

Elle n'en est pas une. De plus, je ne lui ai pas vraiment menti.

Vous m'y avez contraint.

Saviez-vous que Maria avait un id�al romantique � l'�ge de 15 ans ?

- Non. - Eh bien, oui.

Il s'appelait Lochinvar.

Le type sur son cheval blanc ? Une sorte de chevalier ?

Elle nourrissait l'espoir de rencontrer...

- un homme � sa mesure. - Impossible.

Elle a grandi depuis.

L'avez-vous bien observ�e ?

Elle est rest�e tr�s romantique.

Si �a n'avait pas �t� vous, �a aurait �t� un autre.

Un homme arrivant alors qu'elle attendait...

un homme qui l'intrigue, qui lui offre des orchid�es.

Si un jour, l'illusion que j'ai cr��e s'�vanouissait...

elle saurait tout � coup qui vous �tes r�ellement.

Et ce serait terrible, n'est-ce pas ?

Pour Maria, oui.

Je suis d�sol�.

J'essaie d'�tre dur mais ce n'est qu'une fa�ade, Robert.

Au fond, je suis un sentimental.

Je vous plains mais j'aime ma fille.

Je veux son bonheur. Pas vous ?

�videmment.

Si je pars, me promettez-vous de ne rien r�v�ler...

- au sujet des lettres ? - Vous avez ma parole.

J'aimerais juste qu'elle garde...

une bonne image de moi.

Son souvenir restera intact.

D'ailleurs, je vais lui �crire un mot d'adieu...

qu'elle ch�rira toute sa vie.

Il est pr�f�rable que je ne la revoie pas.

Je ne saurais que dire.

Je lui dirai avec m�nagement.

Merci, monsieur.

On est vraiment d�sol�s, Fernando.

Ce n'�tait pas notre but.

J'insisterai pour qu'Eduardo ignore sa d�mission.

Peux-tu lui glisser un mot pour Robert ?

Bien s�r, ma ch�rie.

"Ma bien-aim�e...

de mon vivant, je n'oublierai pas nos tendres baisers...

ni le battement de nos c�urs � l'unisson.

Oui, Maria, mon amour...

je ch�rirai la torture exquise de nos baisers vol�s...

et de ces doux moments savour�s ensemble.

Maria, mon amour secret."

Toi et Maria Castro !

Voil� pourquoi vous chuchotiez.

- Esp�ce de Barbe-bleue ! - Delfina, donne-moi �a.

"Nos tendres baisers"... "Le battement de nos c�urs"...

Dire que tu courtises Maria.

La marraine de ta propre fille.

La femme de ton meilleur ami.

Lui �crire le jour de notre anniversaire.

- Mis�rable ! - Delfina, je peux...

Ne change pas de sujet. Dis quelque chose !

Delfina, rends-moi ce mot !

Je regrette de devoir vous quitter, Mme Castro. Tr�s aimable.

Vous devriez les rejoindre, Mme Castro.

- On parle de vous. - Pardon ?

Les pistolets sont sur la table.

Acuna va enfin r�colter ce qu'il a sem�.

- Pourquoi ? - Il s'est fait prendre...

en train d'�crire un mot � Maria Castro.

Maria Castro ?

- Je suis innocent, crois-moi. - Ne me touche pas, sale scorpion !

Juan, il nous faudra supporter cette honte ensemble.

Et nos enfants sont grands maintenant.

Mon mari est l'auteur de ce mot adress� � ta femme.

Ses propres mots le condamnent.

On l'a pris en flagrant d�lit.

- A-t-il avou� ? - Non.

Reste en dehors de �a. Je parle � ta femme.

Je lui ai donn� 25 ann�es de bonheur.

Tu nies �tre l'auteur de ce mot ?

Je veux que mes filles quittent la pi�ce.

Et moi, j'exige qu'elles restent.

Elles retiendront cette le�on sur le mariage.

Eduardo, je suis un homme jaloux.

�te ce regard offens� de ton gros visage.

- As-tu �crit ce mot ? - Oui, c'est moi...

Papa pourra tout expliquer si on lui en laisse le temps.

- Oui, laissez-moi le temps. - Tr�s bien, on t'�coute.

Ce n'est pas le moment id�al.

Et toi, qu'as-tu � dire, sale d�vergond�e ?

Ma petite femme ador�e, vas-tu te taire ?

Je ne lui parlerai plus jamais.

Si c'est mon mari que tu voulais, tu aurais pu me le dire ?

- Je ne veux pas de ton mari. - Et elle ose rire derri�re mon dos.

Non, Delfina, devant toi.

Sales chuchoteuses !

Elle va � son bureau tous les jours et lui, il lui �crit des mots !

C'est un monstre.

- Tu ne sais pas de quoi tu parles. - Tais-toi !

Delfina sait ce qu'elle dit.

- Ils sont fous tous les deux. - Je suis fou, Eduardo.

Ce monde est fou ! Mon meilleur ami et ma femme...

Eduardo, avouons tout.

Vous entendez �a ? Elle veut tout avouer.

Hors de question. Ce n'est ni le lieu ni l'endroit.

- Il va falloir patienter. - Comment ?

Rangez cette arme ! Un coup pourrait partir.

� pr�sent, je vais tout vous expliquer.

M. Acuna n'�crivait pas cette lettre � Maria Castro.

Mais il �crivait � sa propre fille, Maria...

- un mot d'adieu de ma part. - De votre part ?

C'est lui l'auteur de tous les mots. Et les fleurs, c'est lui aussi.

Je ne comprends pas.

Il voulait un pr�tendant pour Maria, alors...

Est-ce la v�rit�, Eduardo ?

Trop aimable � toi, papa.

Mais quel est le lien avec vous ?

Quand j'ai livr� les orchid�es, Maria, vous avez tir� des conclusions.

Votre p�re m'a alors demand� de jouer les admirateurs.

Mais comment avez-vous pu accepter un tel sacrifice ?

En fait, je voulais ce contrat...

Et c'est ainsi que papa a pay� vos bons soins � mon �gard.

- Oui, mais ensuite... - Vous en avez eu assez.

C'�tait all� trop loin.

Alors papa a �crit un mot d'adieu � votre place.

D�sol�e que tout cela t'ait caus� tous ces ennuis, tante Maria.

Je suis en partie responsable.

J'�tais au courant pour les mots.

Tout le monde est donc au courant !

Personne ne pouvait se douter que je me ridiculiserais � ce point.

F�licitations, Robert.

J'esp�re que papa vous a bien pay�. Vous l'avez m�rit�.

Si j'en avais �t� l'auteur...

j'aurais �crit la m�me chose.

Je vous le jure, Maria.

Il fait des heures suppl�mentaires, papa.

Tu devrais lui donner une prime.

Me pardonnerez-vous, Maria ?

Sans doute, mais je n'oublierai jamais que tu m'as soup�onn� d'infid�lit�.

Va t'occuper de nos invit�s et laisse-moi seul un moment.

- Eduardo... - Ne dis rien.

Je sais, tu es un homme jaloux.

- Je t'avais pr�venu, tu te souviens ? - Je sais.

Mon cher, le conseil d'une femme ne vaut rien...

mais celui qui n'en tient pas compte est un idiot. Et je l'ai �t�.

J'ai �t� stupide moi aussi.

Il fut un temps o� je me d�lectais de vous d�tester.

J'y prenais un malin plaisir.

Mais � pr�sent, j'avoue que j'ai de l'affection pour vous.

Vous avez agi avec noblesse.

Je ne voulais pas vous voir cribl� de balles.

Faire un tel aveu devant Maria pour me sauver...

- a d� �tre p�nible. - Loin d'�tre une partie de plaisir.

D'apr�s vous, elle s'en remettra ?

Non, par ma faute.

Je me demande si elle nous pardonnera un jour.

M. Acuna, acceptez-vous que je ne prenne pas l'avion demain ?

Vous pouvez faire la cour � Maria tant que vous en avez la force.

Mais je crains le r�sultat.

Si ces orchid�es sont encore l� � mon retour, je...

J'y mettrai le feu.

Mlle Maria, il est d�sesp�r�.

Il n'a pas toujours fait preuve de sinc�rit�...

mais il est s�rieux � pr�sent.

Tu m'as pardonn�e. Pardonne-lui.

Non, pas apr�s ce qu'il a fait pour me s�duire.

Et toi alors, n'as-tu rien fait pour le s�duire ?

Quand le poisson mord, on l'attrape.

Je ne veux plus aucune orchid�e dans cette maison.

- Mlle Maria Acuna. - Par ici, mes gar�ons.

N'abandonnez pas, mon gar�on.

Vous n'�tes pas l'homme qu'elle croyait.

- Comme ce chevalier ? - Oui.

- J'ai de l'instinct... - Pour le c�ur des femmes.

- Je sais. - Je sais ceci :

Chaque femme souhaite �tre s�duite et enlev�e.

Mais comment s'y prenait ce Lochinvar pour s�duire sa belle ?

Il rev�tait sa plus belle armure...

se rendait au ch�teau, enfin, l� o� elle habitait.

On y donnait un bal, je crois bien...

mais Lochinvar a travers� la cour � cheval...

et a emmen� la belle sur son cheval, puis s'est enfui avec elle.

Je crois.

J'ai d�j� tout fait, alors je peux tenter �a.

Attendez, Robert !

Avant d'aller plus loin, j'aimerais en avoir le c�ur net.

Ce Lochinvar.

Lochinvar ? Qui est-ce ?

Ch�rie ! C'est tout ce que je voulais savoir.

Sous-titrage : SDI Media Group

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