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Original subtitles

Une production de Daiei

Frère et sœur

D'après le roman de MUROO Saisei

Scénario MIZUKI Yoko

Caméra MINE Shigeyoshi

Décor NAKA Mikio

Musique SAITO Ichiro

Interprètes

KYO Machiko

MORI Masayuki

KUGA Yoshiko

FUNAKOSHI Eiji

URABE Kumeko

Réalisé par NARUSE Mikio

Comment vas-tu, Kizo ?

Pas très bien, à cause de ce boulot.

On ne travaille plus comme avant.

Bien sûr que non.

Avec vous, c'était bien.

On travaillait dur en portant des pierres lourdes.

J'en garde de bons souvenirs.

Kizo, on sort ensemble après le travail ?

Avec plaisir.

La vie est devenue difficile pour lui.

Maintenant, il ne travaille plus.

Depuis qu'on a bétonné les quais.

Avant, il était propriétaire de sept bateaux

et il employait 70 hommes.

Tout le monde savait qui était Akaza.

Encore tes histoires de héros au grand cœur.

Ils ne comprennent rien.

Attention.

Père, que fait donc notre fille ?

Elle dort toujours ?

Ino n'est pas encore rentré ?

Papa ?

Le prochain arrêt est devant chez Tsujiya.

Tu as congé, aujourd'hui ?

Oui.

Je passerai chez toi tout à l'heure.

Qu'est-ce que tu as ?

Ta sœur est chez toi.

Ma sœur ? Mais depuis quand ?

- Depuis cinq jours. - Ah bon ? C'est bizarre.

Bonjour, madame.

Que fais-tu ici ? Si les voisins vous voyaient...

Arrête d'aguicher les hommes ou tu finiras comme ta sœur.

Prends garde !

Bonjour, monsieur.

Bonjour.

Taichi, dépêche-toi.

De toute façon, tu le sauras bientôt.

TSUJIYA FABRIQUE DE NOUILLES

- Sân ? - Bonjour.

Tu ne travailles pas ?

Tu vas voir Ino ?

Il ne vient pas travailler ?

Dès qu'il a de l'argent, il disparaît.

Mais j'ai besoin de lui pour un boulot.

- Désolée. Je le lui dirai. - Je compte sur toi.

Sa sœur, Môn, lui a payé ses études d'infirmière

avec l'argent qu'elle a soutiré aux hommes.

Puis, elle a été renvoyée de son premier emploi.

Je ne veux pas que tu aies d'histoire avec Sân.

Môn a eu le culot de rentrer au village.

Si tu te laisses faire, je me pends ici même.

Toiichi, tâche d'être raisonnable, d'accord ?

Malgré ses airs innocents, Sân est comme sa sœur.

Regarde-la bien, avec une mère qui était coiffeuse.

Ces filles sont rouées et ont la langue bien pendue.

- Bienvenue. - Bonjour.

Il fait chaud dehors ? Veux-tu un rafraîchissement ?

Ça va, ici ?

Tout doucement.

Si on ne me volait pas dans la boutique...

Ah bon ?

La dernière fois, c'était six gâteaux.

Des enfants ?

Non, ton père et ton frère.

- Ils n'aiment pas le sucré. - Ton père pique les gâteaux.

Pas pour lui, mais pour ses anciens ouvriers.

Ino vole dans la caisse.

Quelle misère, ce qui arrive à notre famille.

C'est dramatique.

Comment va papa ?

Bien, mais il exagère, comme d'habitude.

Môn est rentrée ?

En vacances ?

Non, elle est partie.

Volontairement ?

Qu'est-ce qu'elle a fait ?

Rien.

À la fabrique, on m'a raconté que...

Qu'est ce qu'on t'a dit ?

Qu'il ne faut pas aguicher les hommes, comme Môn.

"Aguicher les hommes" ?

C'est vrai ?

Tu crois vraiment que Môn le fait ?

Tiens, mange.

On dit que cette vieille Tokiko perd de plus en plus la tête.

C'est pour ça qu'elle invente des histoires.

Prends une limonade, ce sera meilleur.

Merci.

On me l'a donné, mais il est trop voyant.

Il était à Môn ?

Moi aussi, j'ai un cadeau.

- Tiens. - Qu'est-ce que c'est ?

Des sandales en bambou. C'est idéal pour l'été.

C'est la meilleure qualité, avec de jolis rubans.

Ça a dû te coûter cher.

Tu m'as dit que tu en voulais des comme ça.

Avec ton petit salaire... Merci.

- Peux-tu garder la boutique ? - Bien sûr.

Je vais faire des courses.

Elle est vieille... Ça se voit.

C'est normal. Elle a servi à ton frère, à ta sœur et à toi.

Reste là, si des clients arrivent.

Tu viens boire un coup ?

Arrête, il est trop tôt.

J'ai un truc à te demander.

Merde.

Qu'est ce qu'il y a ?

- Tu me caches une petite amie ? - Tais-toi.

Papa, tu veux essayer ?

Espèce d'imbécile !

À la maison !

Quelle bonne humeur !

Tu me dégoûtes.

Qu'as-tu dit ?

Je ne veux pas voir Môn à la maison !

Toujours en train de bouder !

Elle rêve de promenade au clair de lune... Ridicule !

Comment tu peux plaire aux mecs avec cette gueule ?

Finalement, tu reviens en cloque.

Puis, tu te plains d'avoir mal partout.

Tu passes tes journées à dormir, comme une bûche.

Comme on ne sait pas ce que tu vas pondre,

tu ferais mieux de ne pas le garder.

J'ai horreur des cris de bébé, la nuit.

On dirait que ton jules est plus malin que toi.

Après s'être bien amusé, il te laisse tomber.

Tu n'as même pas son adresse.

Et toi, malgré tout, tu aimes encore ce sale con.

Quelle idiote d'être toujours amoureuse !

Tu verras, ton bébé va grossir

et quand il sortira de ton ventre,

tu seras rejetée de la société.

Après tu devras partir à Tokyo et tu crèveras avec le petit !

Que cela te serve de leçon !

Ah bon ? À cause de l'histoire de ma sœur,

on t'interdit de me parler ?

Oui, c'est la vieille.

Mon père aussi a été adopté par elle.

Ils ne savent que travailler.

Le mot "amour" leur fait faire des grimaces.

Pour eux, l'amour est néfaste parce qu'il trompe les jeunes.

Ils ont perdu un fils à la dernière guerre.

Si je pars avec une femme, c'est la catastrophe.

Ce n'est pas seulement à cause de ta sœur.

De toute façon, si on s'entend bien,

il n'y aura pas de problèmes. N'est-ce pas ?

Taiichi, tu ne peux pas retourner dans ta vraie famille ?

Non, ils ont sept fils, impossible.

Je ne veux pas qu'ils se disputent.

Vous êtes vieux jeu.

Ma sœur se débrouille toute seule.

Cela ne regarde personne.

C'est la campagne.

Tokyo est de l'autre côté de la rivière.

Sân, tu es déjà sortie de ton village,

mais il y a des gens qui ne connaissent pas Tokyo.

À Tokyo, on est beaucoup plus libre qu'ici.

Pourtant, ce n'est pas loin. C'est juste à côté.

Dis, Kizo...

tu es d'accord ?

Moi-même,

dans ma vie, je n'ai jamais perdu.

Donc, je ne supporterai pas

d'être un perdant !

Vous avez bien raison.

Écoute-moi bien,

je suis né ici, et depuis,

je vis toujours avec cette rivière !

- Qui est ce vieux ? - Arrête.

Avant, on était beaucoup plus solidaire.

Aujourd'hui, les jeunes ouvriers sont devenus trop durs.

Ils ne respectent plus personne, au travail.

Dites patron, rappelez-vous...

tous les premiers de l'an,

nous, vos 70 hommes, étions tous en rang dans votre jardin.

Pour les vœux, on buvait du saké ensemble.

C'était magnifique.

Pour organiser les fêtes,

vous étiez toujours le premier.

Bon, je vais recommencer cette année.

Pour les fêtes...

Je déteste la radinerie.

Patron, vous êtes resté digne.

Dites, patron...

moi aussi, je suis arrivé ici à 7 ans,

et à 15 ans, j'ai commencé à chercher des pierres,

jusqu'à 20 ans où je suis devenu indépendant.

J'ai appris ce métier en me blessant,

tous les jours avec des paniers lourds.

Je n'étais pas à la rivière, les bras ballants,

sous le soleil brûlant.

Tu as tout à fait raison.

À chaque saison des pluies, le niveau montait.

Même si elle se prolongeait,

nos paniers restaient au fond de la rivière.

avec les pierres qu'on avait trouvées.

Ils tenaient bien

jusqu'à ce que les pluies cessent.

Mais maintenant,

ils ne font que bétonner !

Oui, c'est vrai.

S'il te plaît, encore du saké.

Bois encore.

Ne t'inquiète pas,

c'est le seul bar qui accepte mes dettes.

Je ne pense pas pouvoir vivre autre part.

Je reste ici !

Je ne bougerai pas.

Bien sûr que non.

Je ne veux même pas que vous ramassiez des cailloux, comme nous.

S'il te plaît, encore à boire.

Qu'est ce qu'il y a ?

Qu'est ce qui t'arrive ?

Sân est arrivée, tu sais ?

Laisse tomber.

Elle n'arrive pas à se contrôler.

Mais, c'est ma fille.

Ta fille que tu as trop gâtée. Regarde le résultat.

Môn, où vas-tu ?

Où vas-tu ?

Va où tu veux.

Ino, sois plus gentil avec elle.

Tu n'as pas le droit de me parler comme ça.

Toi non plus. Tu n'es qu'un paresseux.

Il faut choisir le bon moment pour se mettre en colère.

Maintenant, pour Môn, ce n'est pas le moment.

De toute façon, c'est le rôle de ton père.

Et comme il se tait,

nous aussi, on va la laisser tranquille.

Merci, mais je dérange tout le monde ici.

Oui, tu nous embêtes.

Sân ne pourra plus se marier comme les autres.

Ino, Môn a travaillé pour me payer des études.

Elle m'a donné ma chance.

Qu'est-ce que tu dis ? Tais-toi, la gamine.

Môn, attends !

Laisse-moi, j'ai déjà décidé de partir.

Mais comment tu vas faire, avec ton bébé ?

Je vais me renseigner à l'hôpital.

Arrêtez !

Je ne suis pas une bête.

Je veux me racheter

mais vous me traitez comme une traînée.

Maintenant, ça suffit !

Ino, ce n'est pas toi qui me nourris, je suis indépendante.

Quoi ?

Arrêtez, je vous en supplie.

C'est moi qui élèverai mon enfant.

Il est déjà vivant !

Les hommes ne ressentent pas ça.

Je ne l'abandonnerai jamais.

Ne vous inquiétez plus, c'est fini.

Papa m'a dit...

de prendre mes responsabilités

et qu'il ne voulait plus voir sa fille déshonorée.

Ne joue pas le grand frère.

tu me donnes mal à la tête, c'est tout.

Je saurai me défendre comme une grande.

Comme ça, je ne gênerai personne.

Môn !

Sân ?

La future mariée ?

Oui, il paraît.

C'était bon.

Merci beaucoup.

Bonjour.

Bienvenue.

Ça sent bon.

Regarde, j'ai acheté cette marmite avec ton argent.

C'était peu.

J'ai fait l'appoint.

Je voulais l'avoir avant que tu n'arrives.

As-tu des nouvelles de Môn ?

Elle est venue une fois, pour le nouvel an.

Veux-tu manger quelque chose ?

Choisis toi-même.

Bonjour.

Je voudrais savoir... où habite monsieur Akaza.

Sa boutique est ici.

Je m'appelle Obata.

Je voudrais voir Môn.

Môn ?

En fait,

je suis venu pour discuter avec vous à son sujet.

Môn n'est plus ici, elle vit à Tokyo.

Pourriez-vous patienter un peu ?

Oui.

Sân, emmène-le à la maison.

Je vais aller chercher Papa.

Venez.

Mika ?

Peux-tu garder la boutique ? Je te donnerai quelque chose, après.

Excusez-moi...

vous êtes sa sœur ?

Attendez ici, s'il vous plaît.

Papa ?

Il est venu ! Le père !

Quoi ?

Il est à la maison.

L'homme de Môn ?

C'est un jeune étudiant,

donc, sois raisonnable. Pas de violence.

Peut-être est-il venu discuter du bébé qu'il a fait à Môn.

Il a l'air d'une crapule ?

Non, plutôt bien élevé.

Voici du thé, si vous voulez.

Sân ?

Peux-tu garder le magasin ?

Ne restez pas là. Entrez, s'il vous plaît.

Qu'est-ce que vous voulez ?

Je ne me suis pas encore présenté,

je m'appelle Obata.

Si je suis ici aujourd'hui, c'est malgré l'interdit de mon père.

Il avait décidé de me cloîtrer,

je ne pouvais pas sortir.

Je suis désolé de vous avoir causé tant d'ennuis.

Bref, je suis venu chez vous aujourd'hui

dans l'idée de dédommager Môn.

Je n'ai pas arrêté d'y penser.

Est-ce que vous l'avez fait avorter ?

Vous êtes venu simplement pour vous donner bonne conscience ?

Vous croyez que tout est terminé ?

Pas du tout !

Que l'on vous pardonnera si vous payez ?

Non,

mais je voudrais faire de mon mieux.

L'enfant est mort-né.

Depuis ce jour, Môn n'est plus la même.

Où habite-t-elle actuellement ?

Je voudrais la voir pour lui présenter mes excuses et m'expliquer.

Je ne veux pas laisser les choses en l'état.

Aucune idée.

On a essayé de la retenir ici mais en vain.

Et à présent, nous sommes sans nouvelles d'elle.

Madame ?

C'est pour le visiteur, de la part de Sân.

Ah bon ? Merci.

Même si vos excuses sont sincères,

je doute que Môn veuille vous voir.

Il vaut mieux rentrer chez vous.

M. Obata,

ne refaites plus ce genre de conneries.

Cette fois-ci, c'est vous qui avez gagné.

Mon mari est toujours comme ça, ne vous inquiétez pas.

Si vous le pouvez, restez dîner avec nous.

Non merci...

madame.

Je dois partir, merci beaucoup.

Je vous en prie.

Si un jour Môn revient ici,

je lui dirai que vous êtes venu.

Demandez-lui son adresse.

Et puis...

prenez ça.

- Ce n'est pas grand-chose. - Qu'est ce que c'est ?

C'est vraiment une somme très modeste.

Non, je ne peux accepter.

Si, cela pourra vous servir.

Il n'y a pas de raison.

Je vous en prie.

C'est la seule chose que je vous demande.

Ce n'est pas grand-chose.

mais si vous avez pitié de moi,

acceptez, s'il vous plaît, je vous en conjure.

Je vais m'en aller.

Attendez.

Comment ça s'appelle ?

C'est une fleur de buis.

Elle est vraiment belle.

Je ne sais pas si ça vous plaira.

Vous me faites grand plaisir. Merci.

Quel âge avez-vous ?

Je viens d'avoir 24 ans.

Donc, vous avez un an de différence avec Môn.

Voici mon adresse.

Pouvez-vous la donner à Môn ?

D'accord, à sa prochaine visite.

Il paraît qu'elle déménage souvent.

Chaque fois, on lui demande son adresse,

mais elle ne la donne jamais.

Eh bien, si vous la voyez...

Attendez !

Je suis le frère de Môn.

J'ai des choses à vous dire. Venez avec moi.

Avez-vous revu Môn ?

Non, jamais.

Ah bon ? Jamais ?

Écoute-moi, c'est toi qui a abusé de ma sœur.

Tu as fait souffrir ma famille. Comment oses-tu venir ici ?

Quand nous étions petits,

Môn et moi dormions toujours ensemble.

Lorsqu'elle voulait faire pipi,

je l'accompagnais aux chiottes.

Bébé, je la portais sur mon dos.

Je préférais être avec elle qu'avec mes copains.

Jusqu'à ses dix-sept ans,

rien ne nous séparait.

Nous étions toujours ensemble, à table.

Nous nous entendions mieux qu'un frère et une sœur.

Quand elle est revenue enceinte de toi,

je l'ai engueulée en la traitant exprès de salope.

Ils ont commencé à me haïr et à s'attendrir sur Môn.

Je ne regrette rien.

Si je ne l'avais pas fait, Môn n'aurait pas pu s'en sortir.

Mais toi, je savais que tu viendrais un jour.

j'attendais

le moment où je pourrais te raconter notre histoire, à Môn et moi.

La fille d'un ouvrier

n'est pas faite pour un étudiant bien mis comme toi ?

On peut oublier.

Mais je ne suis pas comme mon père qui se fout de tout.

Je ne te laisserai pas repartir comme ça !

Tu as fait le voyage juste pour t'excuser ?

C'est la seule chose que je puisse faire.

Et avec Môn ?

Si je la vois, on en discutera.

Tu vas l'épouser ?

Je ne sais pas. Peut-être.

Menteur !

Ne me battez pas !

Quoi ?

Un salaud comme toi est capable de tout oublier.

Môn a souffert plus que ça !

Môn n'est plus comme avant.

Elle ne veut plus vivre avec toi.

Elle est pire qu'avant, mais elle est plus sûre d'elle.

Elle a déjà perdu l'innocence que tu aimais.

Il ne lui reste plus rien.

C'est à cause de toi.

Si tu l'avais pas touchée, elle ne serait pas devenue...

ce qu'elle est maintenant.

Ne reviens plus jamais !

Et jure-moi que tu ne la feras plus jamais pleurer.

C'était de ma faute.

Vous avez raison.

Je suis le frère de Môn.

Si tu étais à ma place,

tu me comprendrais mieux.

Rentre chez toi.

Tu trouveras l'arrêt d'autobus par là.

- Tu l'as trouvé ? - Non.

Qu'est-ce qu'il fait, ce crétin ?

Sân !

Allons vivre ensemble à Tokyo.

Après, il sera trop tard.

La date de mon mariage est arrivée.

Je suis complètement coincé, je dois partir.

Mais je ne suis pas encore prête.

Ça ne fait rien, on se débrouillera.

Mais...

Nous réfléchirons à Tokyo, mais pas ici.

J'ai pris ma décision.

Mais...

San, c'est toi qui voulais vivre à Tokyo.

On ne peut pas partir sans rien dire.

Je t'attendrai à l'arrêt d'autobus. Tu viendras ?

D'accord ?

Je t'attends. À tout de suite.

Je suis désolée. Tu n'avais pas faim ?

- As-tu mangé ? - Oui.

Il y avait quelqu'un ?

Peux-tu rester, ce soir ?

Oui.

Qu'est ce que tu as ?

- Dis donc, cet Obata... - Pourquoi est-il venu ?

Pour s'excuser.

Et c'est tout ?

Il regrettait tellement, le pauvre.

Tu vas à la maison ?

Maman, il faut que je m'en aille.

Déjà ? Es-tu si occupée ?

Oui. Mais j'étais contente de te voir.

Moi aussi.

Bon, ce n'est pas la peine d'insister.

- À la prochaine ! - Rentre bien.

Au revoir.

Deux billets pour la gare.

Merci beaucoup.

Ils doivent me chercher, à la maison.

Merci beaucoup.

Tu le connais ?

Attends-moi là, qu'on ne nous voie pas.

- Et les billets ? - Je vais les acheter.

C'est fait ?

Le train part bientôt.

Qu'est ce que tu as ?

Taiichi...

Je vais rentrer seule.

Pourquoi ?

Ne te fâche pas.

Si on part à Tokyo ensemble,

qu'y fera-t-on, sans perspectives d'avenir ?

Même si on trouve un hôtel, on ne pourra pas y vivre.

En plus, si la police nous cherche, ce sera affreux.

Mais qu'est-ce que tu me racontes ?

On y va !

S'il te plaît, réfléchis d'abord.

Non, je ne veux pas.

Écoute, si on s'entend bien, cela viendra tout seul.

Je suis sûre qu'on s'en sortira.

Mais maintenant, on court à l'échec.

C'est prématuré. Nous ne sommes pas encore assez forts.

Attendons d'être sûrs de nous.

Tu ne m'aimes plus ?

Pourquoi refuses-tu de me comprendre ?

Réfléchis encore.

J'ai beaucoup réfléchi. Partons !

Non. Tu ne cherches qu'à fuir.

Pourquoi n'as-tu pas le courage de leur dire que tu me préfères ?

Ça ne servirait à rien.

Tu es vraiment nouille.

Petite Sân !

Si tu m'aimes, dis-le à ta famille.

Ose dire que tu refuses ce mariage,

Que pour moi, tu quitterais la maison.

Dis-le, sinon tu n'es pas un homme.

Je m'en vais.

Petite Sân !

Non, ne viens pas !

De sa vie, cet étudiant ne s'est jamais mouillé.

Une vie nette et droite, mais sans le moindre intérêt.

Je n'ai rien de commun avec ce type !

Je suis incapable de discuter avec ces gens.

J'ai mon jugement personnel, n'est-ce pas ?

D'accord.

Patron ?

Merci beaucoup.

Bonjour.

Bonjour.

Taiichi ?

Remplace-moi.

Bonjour.

Une limonade, s'il vous plaît.

Bonjour.

Sân, tu ne prends pas le chemin habituel.

Tu es passée à la boutique ?

Maman était là ?

Non, Papa dormait.

Papa garde la boutique ? C'est chic.

Ça fait si longtemps.

Tu as maigri. Surtout le visage.

Moi ? Peut-être un peu.

- Tu es devenue adulte. - Tu crois ?

Ce n'est pas honteux.

Appelle-la.

Bonjour !

Bonjour !

Elle ne nous entend pas.

Maman ?

Chère mère ?

Je vous ai entendues. Entrez.

Comme elle a vieilli !

Elle n'est pas contente de nous voir ?

- Bonjour. - Pardonne-moi ce long silence.

Soyez les bienvenues.

J'étais sûre que vous viendriez pour la fête.

Depuis hier, je prépare des gâteaux.

Ah bon ?

Sân est rarement là.

C'est vrai.

Avant, elle était très attachée à la famille.

Elle m'a dit qu'il fallait beaucoup étudier pour être sage-femme.

C'est pour cela. Mais c'est bien.

Bon courage, alors.

Il fait chaud !

Tu as eu chaud, dehors ? Où as-tu rencontré Môn ?

- À côté. - Ah bon ?

J'ai vu la nouvelle mariée à la fabrique de nouilles.

À la cérémonie, tout le monde portait des kimonos d'automne,

sans attendre la fin de l'été.

La vieille était impatiente.

Le kimono de la mariée avait l'air très lourd.

La vieille Tokiko portait un kimono doublé.

Après, à cause des boutons de chaleur,

impossible de prendre un bain pendant un mois.

Tu racontes des bêtises, comme d'habitude.

Tu me connais.

Monsieur Obata est venu ici.

Obata ?

Ah bon ? Quand ?

Il y a à peu près trois mois. N'est-ce pas, Sân ?

Oui.

Qu'est-ce qu'il est venu faire ?

Tiens, voici son adresse.

Il est venu pour s'excuser.

- Il a vu Papa ? - Oui.

- Qu'est ce qu'il a dit ? - Ton père ? Rien de spécial.

Il n'était pas agressif ?

Non plutôt calme c'est très rare chez lui.

Il l'a appelé "Monsieur Obata".

Pourtant, j'avais très peur qu'il devienne violent.

Heureusement, il était très poli.

Désolée de t'avoir donné du souci.

Il n'avait pas besoin de venir.

- Ino ne l'a pas rencontré ? - Non.

Tant mieux ! Comme il est bavard,

il est capable d'exagérer.

Il n'était pas là.

C'est un beau garçon tu ne trouves pas ?

Qui ?

Lui.

Idiote ! Tu aimes encore celui qui t'a laissée tomber ?

Arrête. Ça suffit comme ça.

Tiens, maman.

- C'est un cadeau ? - Voici le mien.

- Tiens. - Qu'est-ce que c'est ?

- Des tissus. - Ah bon.

Ah ! il y en a pour trois kimonos d'été.

Pour Sân. Tu aimes le style occidental.

Pour moi aussi ?

Tiens.

Ce n'était pas la peine d'en offrir à tous.

Voulez-vous du thé ?

Non, merci. Je préférerais de l'eau de notre puits.

C'est la meilleure du monde.

C'est vrai. Prends-en autant que tu veux.

Change-toi, il y a mon vieux kimono d'été.

Ça te fera une mignonne robe.

Mignonne ?

Pourquoi pas ?

Je ne m'habille plus comme une petite fille.

Ah bon ? Tu as un petit ami, n'est-ce pas ?

Pas du tout. Tu dis n'importe quoi.

Je ne pense pas aux hommes toute la journée.

Le mariage n'est pas tout dans ma vie. Il faut que je travaille.

Oh là là !

L'important, c'est de vivre non ?

Vivre ?

Oui, c'est dur.

D'après mon expérience, les hommes sont tous des salauds.

Une femme de mauvaise vie, comme moi,

peut facilement plaire aux hommes

et se moquer d'eux en elle-même. C'est la technique.

Mais c'est eux qui nous l'ont apprise.

Je ne sais plus combien de fois j'ai cru en eux.

Finalement, ils étaient tous pareils.

Maintenant, je laisse aller.

Môn, qu'est-ce qui t'a séduite chez Obata ?

Quelle question !

Je suis sûre tu en trouveras un mieux que lui.

Sans doute.

Cela doit bien exister.

Le monde est vaste.

J'ai connu des hommes assez bien,

mais ceux qui étaient beaux étaient trop prétentieux.

Et ceux qui avaient de l'argent étaient trop brutaux.

Finalement, il n'y a que lui qui me semble bien équilibré.

Mais s'il vient me chercher, je ne le suivrai pas.

Dans ma tête, je l'aime toujours.

Maintenant, il est trop tiède pour moi.

Voilà. C'est bien frais.

Je vous donnerai de la pastèque bien fraîche.

Vous êtes là ?

Il faut profiter de la fête des morts.

Bon travail.

Vous de même, vous qui gagnez beaucoup.

C'est bien dit.

Tu peux aller déjeuner.

Dites, patron, s'il vous plaît,

c'est dur de travailler pour les fêtes sans toucher de prime.

Encore ?

Elle s'est vraiment endormie.

Laisse-la tranquille. Elle se réveillera.

Elle a l'air fatigué.

Elle ne doit pas dormir beaucoup.

- Toi aussi, fais attention, - À quoi ?

L'autre jour, on m'a dit t'avoir vue à la gare.

Il vaut mieux que ce fils adoptif épouse une autre que toi.

Qu'ils étaient pressés pour le mariage !

Pour toi, il est trop tôt, n'est-ce pas ?

Je le croyais plus sincère.

Chagrin d'amour ?

Tu étais réveillée ?

N'aie pas de regrets.

Si tu le veux, tu peux avoir tous les hommes.

Je vais te trouver quelqu'un de bien.

Maman, j'ai vu Obata dans l'autobus qui va à la gare.

Il était en train de manger des gâteaux.

Les gâteaux que je lui ai donnés ?

Il est comme un gosse.

Bonjour, Ino.

Tu travailles ?

Pour moi, ni fête, ni vacances !

Tu es là ?

Ne t'allonge pas comme une morte.

On mange les gâteaux à midi. D'accord ?

Je préparerai de bons plats pour ce soir.

Viens ici, Môn.

Il vaut mieux rentrer vite pour t'amuser avec tes clients.

Ici, c'est une maison honnête.

Je ne veux pas que tu foutes le désordre.

Ino !

De tout façon, elle est incorrigible même si je l'engueule.

Ça suffit.

Ino, arrête. On ne se voit déjà plus beaucoup.

Ça ne sert à rien d'être gentil avec elle.

Regarde comme ils sont jolis, les cadeaux de Môn.

Je t'en achèterai des tonnes.

Mais non, c'est pour toi.

Je refuse de porter des affaires achetées avec de l'argent sale.

Elle ne reviendra pas ici avant d'avoir un travail sérieux.

Silence. On va manger.

Môn, mangeons.

C'est l'entracte, vous m'entendez ?

L'entracte ?

Repos. Baisser de rideau entre deux actes, au théâtre.

Comme c'est l'entracte, on arrête le spectacle.

Du thé vert.

Déjà terminé ? Tu veux autre chose ?

Je n'en veux pas, à cause de quelqu'un.

Ne ressasse plus le passé.

Le passé se poursuit.

Ce type n'avait pas le droit de venir

mais il a profité de ta faiblesse de caractère.

As-tu vu M. Obata ?

- Oui. - Où ça ?

Je l'ai suivi à partir de chez nous.

Et alors ?

Que lui as-tu fait ?

Je l'ai bourré de coups.

Il ne les a pas rendus. Il a eu très peur.

J'étais content.

Ino, répète ce que tu viens de dire.

Je l'ai tabassé.

Salaud !

Tu as osé !

Qui t'a demandé de faire une chose pareille ?

Comment as-tu pu être aussi lâche !

- Qu'est-ce qui te prend d'agir ainsi ? - Môn !

Je me suis donnée à lui mais ça ne te regarde pas !

Comment ?

Arrêtez !

Qui t'a demandé de le battre comme plâtre ?

Tu es un lâche, un porc !

Espèce de folle !

Ino, arrête !

Ne t'en mêle pas.

Quel abruti !

Ino, arrête !

Tu n'as rien compris.

Voilà, tue-moi. Tue-moi !

Salaud ! Tue-moi !

Encore !

Arrête, Ino !

Eh, toi !

Je sais que tu ne connais que des traînées

mais moi, je n'entre pas dans ton jeu.

D'après toi,

je suis une putain alcoolique,

une débauchée qui ne peut plus se marier

et qui ne donne pas son adresse à ses parents.

Ça, oui !

Mais quelqu'un

qui vient présenter ses excuses...

De quel droit pourrait-on profiter de sa faiblesse ?

Je déteste de telles gens !

Graveur de tombe !

Es-tu un homme ?

Quelle honte de lui montrer que le frère de Môn n'est qu'un lâche !

Crétin !

Calme-toi. Les voisins vont nous entendre.

Laisse-moi, maman.

Je n'imaginais pas que mon frère était comme ça.

Je ne le supporterai plus jamais.

- Tu en veux encore ? - Vas-y seulement. Continue !

Arrête !

Idiot !

Tu crois que tes coups de poing me feront changer d'avis ?

C'est bon pour impressionner les gamines.

Ici, tu ne sauras jamais ce que je fais à la ville.

Encore !

Ça suffit, maintenant !

Vous êtes tous les deux pareils !

Bats-moi !

Disparais d'ici et rentre chez toi !

Tu es vraiment devenue une femme terrible.

Maman...

ne t'inquiète pas.

Je t'en supplie, conduis-toi dignement.

Comme une jeune femme honnête.

Tout à l'heure, je t'ai trouvée pire que ton frère.

Tu sais, je ne suis pas aussi mauvaise que tu imagines.

Mais...

je suis...

déjà perdue.

- Garde bien la maison. - D'accord.

Ne bois pas trop.

À tout à l'heure.

On va par là ?

Allons-y.

Patron, une cuillère !

Quelle chaleur pour prendre l'autobus ! Que disais-tu ?

Je disais que...

j'allais devoir travailler très dur longtemps.

"Longtemps"...

Quand reviendras-tu ?

Je ne sais pas.

Quand j'aurai envie de voir papa, maman.

Et aussi Ino, qui n'est ni gentil ni beau.

Mais je reviendrai quand même le voir.

Môn, porte-toi bien.

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