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���
- La soir�e va commencer.
Entrez, messieurs dames.
- Salut!
Musique de bal-musette
���
- Un peu de champagne? - Why not?
- Champagne? - Yeah, sure.
- Bottoms up.
- Let's have another one, Jacques. - Right.
Mademoiselle.
Mademoiselle.
- D'un coup de couteau Je te ferai dans la peau
Une belle boutonni�re
- Boutonni�re?
- Non, non, non.
- Ils sont dangereux?
- �a, quand on leurmarche surles pieds...
- Vous d�sirez? - Une autre, mademoiselle.
- Je vous l'apporte.
Vite, un autre champagne.
- Vous n'auriez pas du whisky?
- Ah non, monsieur. Ici, c'est pas une pharmacie.
- Qu'est-ce qu'il y a comme �trangers.
Rires - Attention � la marche!
- Reste avec nous!
- Puisque nous avons une assistance distingu�e...
- T'as les chevilles enfl�es?
- Distingu�e, dis-je,
nous allons vous pr�senter le clou de notre nouveau spectacle.
- Oh, sortez-le!
Rires
- Un num�ro exceptionnel.
- � poil! � poil! � poil!
���
- Je vois que vous appr�cierez certainement.
Voici donc M�lisande.
Sifflets - Oh, d�gage. Envoie.
Camille Saint-Sa�ns: "Le Cygne"
- On y voit que dalle! - Ils font des �conomies.
- On va rien voir.
- Qu'est-ce que c'est? - La Lune.
- Oh, bouclez-la, quoi!
���
- Coucou, la voil�!
Rires
���
- Patron, pourmoi, la cuisse! - Chut!
Sifflets
- Emmerdez pas la petite. Fermez-la.
- Si on peut rien dire...
- Oh, les salauds!
- Plus ils gueuleront, plus ils auront soif.
���
- Elle a pas de seins.
- On dirait un gar�on. - De quoi tu te plains?
���
Sifflets
Applaudissements
���
- She is charming.
- Oui. Cette musique...
- Vous aimez?
- J'aime Saint-Sa�ns.
- Et moi?
- Oui, bien s�r, bien s�r.
Sifflets
���
Applaudissements
���
���
Applaudissements
- She took the wrong metro.
Ou l'Op�ra doit �tre en gr�ve.
Sifflets
- Vous allez la boucler?
- Les cons, �a pense pas.
Sifflets
- Il siffle. Il est content.
Il aime. Moi, j'aime aussi.
- Chez nous, quand on aime, on applaudit.
���
Excuse me.
Applaudissements
���
���
- Je vous avais dit qu'elle marcherait.
Et... attendez un peu.
���
- Ce qu'elle est belle, tout en bleu. - C'est une id�e � moi, �a.
- C'est risqu�. - Pourquoi?
- Elle est jeune. - Elle est pas � poil.
�a excite la client�le.
���
Applaudissements
���
- BIS! BIS! BIS!
BIS! BIS! BIS!
BIS! BIS!
- Tu vois. Quand c'est beau, �a pla�t.
Dans tout cochon sommeille un homme.
Ne prends pas froid.
Je vais te frictionner. Viens.
- H�!
II faut retourner. - Pourquoi?
- S'ils le veulent, il faut bisser le num�ro.
Tu as compris? - T'es cingl�. Elle est pass�e 2 fois.
Tu nous ferais crever. Elle est patraque, tu le sais.
- Et saluer! Elle a pas salu�.
- Saluer...
- Et le respect du public, t'en fais quoi?
- LE RIDEAU, LE RIDEAU!
AH...
On ouvre la porte.
- Oh!
Alors? On barbote?
- Mais non, je...
- Albert, viens vite!
- Oui, j'arrive.
Qu'est-ce que vous fichez l�?
- Je n'ai rien pris.
- Parce que je suis arriv�e � temps.
- Sortez d'ici!
Je venais voir... - La m�nagerie?
C'est pas la cage aux singes.
...voir M�lisande.
- Dehors! Les rancarts, c'est � l'ext�rieur.
On travaille, ici.
- Qu'y a-t-il? - J'en ai trouv� un dans notre loge.
- Un quoi? - Un type, tiens.
Un voleur, s�rement. En smoking.
- Tableau suivant!
Magne-toi, Lili!
- En smoking? C'�tait peut-�tre pas un voleur.
- Mais si, c'est l'astuce.
Un type en smoking, �a donne confiance.
S'il est pris, c'est plus un voleur, c'est un kleptomane.
Et les h�taires en vison, c'est plus des putes, mais des �g�ries.
Il y a que le pognon qu'on admire.
Allez, tu vas t'allonger. Tu l'as pas vol�.
�a a bien march�, pour toi.
- Oh... Il y en a qui ont siffl�.
- On emp�che pas le train des veaux d'entrer en gare.
- Ah, there he is.
- O� �tiez-vous donc, Jacques?
- Maryan,
vous �tes une affreuse Am�ricaine mal �lev�e.
On ne pose jamais cette question � un gentleman.
En France, on appelle cela "aller se laver les mains".
- Au moins, les changements de costume, c'est pas compliqu�.
Toujours � poil.
Ils n'ont jamais vu de fesses, ces puceaux?
- C'est toi qui as d�plac� ma photo?
- Non, c'est pas moi.
�a doit �tre le pierrot qui est entr� ici.
Il en faisait, une t�te, quand on l'a vir�.
- Il s'est expliqu�?
- Il a pas eu le temps.
Je lui ai ferm� son clapet avant qu'il farfouille.
- Quel �ge il avait? - Je sais pas.
20 ans au plus.
Si c'est pas un voleur, c'est un cavaleur. Il voulait te voir.
- Moi? - Albert me l'a dit.
- Il m'a demand�e?
- Je connais, depuis le temps que je suis ici.
Tous des cl�bards, timides ou rouleurs de m�caniques.
Libres pour un soir, pas pourla vie.
Il avait m�me pas de fleurs.
- Il n'avait peut-�tre pas d'argent.
- Grouille-toi, la Pompadour! - J'�cris � ma famille.
J'arrive, j'arrive.
Dors. Je te r�veillerai.
- Louche pas, Gloria. Louche pas.
Attention...
�a y est. Vous pouvez y aller.
Valse
���
-A'ie!
���
- Elle danse bien, Gloria. - Avec Jacques, c'est facile.
Il �crase pas les pieds, lui.
- Mais t'as des grands ripatons.
- Oh!
Tu verrais Gloria sans Jacques...
C'est comme �a? Eh ben, tu vas voir!
���
- OH... LA MUSIQUE!
- Vous allez en avoir, de la musique.
Et de la belle! - Tu fais quoi?
- Pourquoi t'arr�tes?
- Gloria!
Camille Saint-Sa�ns: "Le Cygne"
Tu vas danser quelque chose, et sans Jacques.
- OH OUI, GLORIA!
���
- Oui, Gloria, une danse.
���
- Eh bien, maintenant, vas-y.
���
Rires
- Bouge pas, je te prends.
- Non, je veux pas!
- Gloria! Tu t'es pas fait mal?
- GLORIA!
- Venez, venez!
- Gloria!
Les enfants crient.
- Gloria!
Gloria!
���
- Estelle, qu'est-ce qui se passe?
- C'est rien. Je m'en occupe.
Jouez, jouez.
���
- Elle lui parle sur un ton... - C'est son habilleuse.
- Florence, laisse faire Estelle, ma ch�rie.
- Avec ces gosses,
on ne peut plus s'amuser tranquillement.
- Notre h�te a le style de Decugis. Son service est impeccable.
Le v�tre aussi, ma belle enfant.
- Oh! - Formidable!
Formidable. - Sur la ligne.
- Non, non.
- Joli!
Si elle jouait comme �a au th��tre, elle serait R�jane.
Malheureusement, elle ne cultive que les revers.
Ils rient.
Rassis, ces sandwiches.
- OH...
- Bravo. - Bravo.
Vous venez, mesdames? - Vous avez la dent dure.
Vous mordez votre prochain la bouche pleine.
- Je suis critique. Je peux m'offrir ce luxe.
- D�vastateur de r�putation et de buffet.
- Gloria?
- Herv�! - Gloria, o� es-tu?
- Cette enfant m'agace, par moments!
- Gloria? - Qu'est-ce qu'il y a, encore?
- Mais c'est rien.
Gloria fait des siennes avec son flirt.
- Un faux m�nage � leur �ge. Bravo.
La petite a de qui tenir. Telle m�re, telle fille.
- Mari�s ou pas, ils ont une jolie enfant.
C'est l'essentiel. - Vous trouvez?
Quand la petite saura �a, sensible comme elle est...
- Pensez-vous qu'Herv� �pousera Florence?
- Il faudrait qu'il divorce d'Alice.
- Elle n'acceptera pas? - Elle n'acceptera pas la s�paration.
Et je ne sais pas si Herv� y tient tellement.
Un homme laisse plus facilement tomber une femme que son argent.
- Que ferais-je sans toi?
- Sans moi? C'est impossible. On va se voir tous les jours.
- �a va pas �tre facile.
- Pourquoi?
- Tu vas � Biarritz et mes parents
vont � Deauville. - Quoi?
- Je m'en fiche. Ils iront tout seuls. Je resterai ici.
- Non, on t'emm�nera. Mon grand-p�re t'aime bien.
- Oui, mais pas ma m�re. - Et ton p�re?
- Il m'aime, mais c'est ma m�re qui d�cide. Elle g�che tout.
- On sera pas ensemble?
- Si. - Comment �a?
- Parce que je le veux.
Mon p�re fait ce que je veux.
Tu verras, j'y arriverai.
Il me refuse rien, mon p�re.
- Une fois mari�s, on fera ce qu'on voudra.
- On ne se quittera plus et on sera bien partout.
- Il y a qu'avec toi que je me sens bien.
Ils voudront que je t'�pouse?
- On va se fiancertout de suite. Ils seront bien forc�s.
Tu veux bien?
- Oh, moi, oui.
Ils pourront plus nous s�parer?
- Pas si on se fait un cadeau de fian�ailles.
Sinon, �a fait des histoires.
Comme ma cousine. Mais � la fin, elle l'a �pous�, son violoniste.
- Moi, j'ai rien.
- Moi, j'y ai pens�.
Allez. Viens, viens.
Il faut pas qu'il nous voie, lui.
Hennissement
- Oh...
Miaulements
- Viens.
���
���
���
Je voulais te l'offrir pour mon anniversaire.
Ce sera mon cadeau de fian�ailles.
- Gloria, je voudrais t'embrasser.
- Oh, �a, c'est pas d�fendu.
C'est bien, de s'aimer. Le cur� l'a dit.
- Oh, le cur�...
���
���
- Chut. Tais-toi, la Roussotte.
Elle a raison. Ils ont faim, ses petits.
Viens. On va leur chercher � manger.
- Mmm.
Excellente, cette cr�me.
J'en reprendrai.
Ah...
Je sens que je vais m'endormir, au th��tre, ce soir.
- Vous ferez quand m�me votre critique.
- Mais le sommeil est une opinion.
Oh! Mademoiselle!
Klaxon
- �a y est! - Quoi?
- Ils y sont arriv�s. - Qui?
- Ceux qui veulent la guerre. Sans Jaur�s, on y serait.
- Qu'est-ce qui se passe?
- Non, le poisson. Elle adore �a.
...le tsar et le roi d'Angleterre.
- S'attacher � vous doit �tre le bonheur.
- Ils ont dit: "On va l'avoir, la guerre."
- Tu nous emb�tes, avec la guerre.
- La guerre?
- On plaisante pas avec la guerre.
- Mais c'est en premi�re page.
- Qui parle de la guerre?
- Ce journal. Il y a eu un attentat � Sarajevo.
- C'est pas possible.
- Ils ont tu� l'archiduc. D'ici � ce que je change de k�pi,
y a pas loin. - Vous y croyez, � la guerre?
- Vous parlez, que j'y crois.
- Pourquoi ils parlaient de la guerre?
- Ils savent pas ce qu'ils disent. Ils ont pas d'instruction.
La guerre, c'est l'histoire de France.
C'est du pass�. Il y en a plus.
- Pourquoi?
- On s'est battus contre tout le monde.
Te tracasse pas.
On ne fait pas la guerre pendant les vacances.
- Mes cocos ch�ris!
Mes cocos ch�ris!
"L'�tudiant serbe Princip
"abat � Sarajevo l'archiduc Fran�ois-Ferdinand d'Autriche
"et sa femme."
Mais comprenez!
Si l'Autriche-Hongrie attaque la Serbie,
avec le jeu des alliances, c'est la guerre.
Miaulement
- Oh!
�claboussure
Oh!
Criminel!
Brigand! Je vous tuerai!
Bandit, je vous tuerai! Assassin!
- Faut pas m'en vouloir.
Je suis oblig�. Je ne sortirai pas de l�.
J'avais des ordres.
- Eh bien, eh bien! - Pourquoi?
- Madame m'a donn� l'ordre. - Pourquoi vous les avez tu�s?
Je vous d�teste. - Il faut pas m'en vouloir.
- L�chez-moi!
L�chez-moi!
- Sarajevo, un coup de pistolet,
en 70, le coup de la d�p�che d'Ems
et en Alg�rie, un coup de tue-mouche.
La destin�e des hommes ne tient qu'� �a.
- C'est un peu simpliste. - Pla�t-il?
- Vous confondez pr�textes et causes.
Nous n'y pouvons rien. L'agressivit� est dans la nature de l'homme.
Regardez ces enfants.
En quoi les d�guise-t-on? � quoi jouent-ils? Aux soldats.
Ils adorent �a.
- Pauvres gamins. S'ils savaient ce qu'on pr�pare.
- C'est la paix qu'on pr�pare. - Vous croyez?
- Certainement. J'en suis s�r.
Cette guerre sera la derni�re. Ce sera l'ultime.
Nos enfants n'y retourneront pas.
- Pour celle de 70, j'avais 20 ans et j'ai entendu la m�me chose.
J'ai eu de la chance. Je m'en suis tir� sans �gratignures.
- Vous ne rirez plus quand l'hydre germanique nous aura d�vor�s.
La multitude boulotte les moins nombreux.
C'est la loi naturelle de la vie. - Non, c'est de vivre.
- Faites votre guerre.
Mon petit-fils ne fera pas la sienne. - Oh!
- Allons, mes amis. C'est l'anniversaire de ma fille.
Ne parlons plus de guerre. - Florence...
Pas un mot de ce qui se passe � Gloria.
Sanglots
���
- Attends-moi. Je dois donner mon v�lo.
H�, mon v�lo. - Donnez.
- On dit qu'ils sont � Chagny, les Boches.
- � Creil, oui.
- Ils coupent les mains des enfants. - Oui, en Belgique.
- S'ils sont partis, c'est qu'ils avaient peur.
- Mais non, c'est �crit. C'est pour mieux nous prot�ger.
- Papa aussi est parti nous d�fendre.
Pas dans le m�me sens.
- Tu comprends, toi?
- Non.
En tout cas, ne crains rien. Je suis l�.
- Vous avez raison d'�loigner Gloria. La situation est dramatique.
J'ai un des tracts que les Allemands ont lanc�s sur Paris.
"Parisiens, rendez-vous. Nos arm�es sont devant la ville."
Joffre veut se replier derri�re la Seine.
Heureusement que Gallieni d�sob�it et attaque sur la Marne.
- Toute une vie pour revoir �a... Non.
- Que comptez-vous faire?
- Mettre mon petit-fils � l'abri.
- Amenez les barri�res!
- Derri�re les barri�res!
- Allez, messieurs dames, d�gagez. - Reculez.
- Allons, d�gagez, s'il vous pla�t.
Derri�re les barri�res.
- En arri�re, tout le monde.
Allons, messieurs dames.
Acclamations
D�gageons. Ne poussez pas. D�gagez le quai.
���
- Mais c'est � Paris, qu'on est.
O� on nous emm�ne? - � la Foire du Tr�ne.
- � la foire?
� la foire � quoi? - Au casse-pipe, con.
O� veux-tu qu'ils nous emm�nent, ces minables?
- Bravo!
- Allez-y, les petits gars!
On les aura! On les aura!
- Les pieds gel�s.
- D�p�chons. Grouillons un peu.
- Tiens, Paris-Lausanne. Un peu d'air...
�a te dit, de changer de train? - Et la France?
- Elle est immortelle.
- Vous, �a suffit. Taisez-vous.
D�gagez. Suivez les autres. Sortez par l�.
Dehors, dans les taxis.
- C'est la 1re fois que j'en prends. - Pourvu que ce soit pas la derni�re.
- Vive la France!
- En voiture, s'il vous pla�t.
- Venez, les enfants.
- Ah, viens, mon ch�ri.
- Tu vas prendre de belles couleurs, l�-bas.
Tu seras heureuse, tu aimes le chocolat.
- Je pense pas au chocolat. Papa est � la guerre.
- C'est triste, mais tous les hommes sont � la guerre.
- Et toi, pourquoi t'y es pas?
- Ben... - Il est malade. L�. Oh...
Elle est assommante. - Attention au d�part.
- Allez, dis au revoir. - Au revoir, mon ch�ri.
Bon voyage, hein.
- Attention au d�part!
- Allons, allons, allons.
Estelle, fais-la monter, voyons.
- Allez, ch�rie. - Jacques...
- Fermez les porti�res.
- Tiens, pour que tu ne m'oublies pas. Jusqu'� ce qu'on se retrouve.
- Allons, pressons, madame.
- Il y a peu de chances pour qu'ils se revoient.
Sifflet
- Mais les livres?
- Tous les livres sont fournis par notre institution.
Notre surveillante va s'occuper de votre petite.
Voulez-vous la conduire � sa chambre? Vous permettez?
- Ah...
Je voulais vous dire.
Dans nos conditions,
seules les �tudes sont comprises.
Pour le reste, il y a de petits suppl�ments.
- Notre banquier a ordre de tout vous r�gler chaque mois.
- Il y a autre chose.
Nous enseignons tous les cultes. - �a, j'y tiens.
- Vous avez raison. Ce qui importe, c'est de croire.
Comme l'a dit Napol�on: "Pas de bonne morale sans religion."
Gloria ne sera pas d�pays�e.
La liste de nos pensionnaires est un Bottin mondain.
Nous avons m�me une fille d'ambassadeur.
Que peux-tu r�ver de mieux? - Repartir.
Repartir avec maman.
- C'est une enfant qui sait ce qu'elle veut.
- Excusez-la. Elle est nerveuse.
Elle est parfois difficile.
- Peut-�tre lui faudrait-il de l'exercice pour la d�velopper.
- Oh non. Elle est plut�t fragile.
- Ou de la danse. C'est excellent.
- Oh oui. Je voudrais danser.
- Nous avons une ancienne ballerine.
2 cours par semaine?
- Si elle y tient. Klaxon
- Veuillez m'excuserun instant.
- Tu as �t� tr�s impolie.
- J'aurais d� mentir? - Il s'agit pas de mentir,
mais d'�tre bien �lev�e. - Et de pas dire ce qu'on pense?
- Il faut dire ce qu'on pense de bien, pas le reste.
- J'aime mieux me taire.
- Bon. Je te laisse. Embrasse-moi.
Eh ben, tu m'embrasses?
- J'ai du chagrin, maman.
- Pas de pleurnicherie. Sois raisonnable.
Pense � ton p�re.
- S'il a une permission, il viendra? - Bien s�r. C'est promis.
J'enverrai Estelle te chercher. Mais il faut pas y compter.
Avec toutes ces offensives... Au revoir.
Je vous la laisse.
- Maman!
Maman, je t'en supplie, emm�ne-moi.
Je ne veux pas rester toute seule. - Tu ne seras pas seule.
- Je ne veux pas rester. - Enfin, Gloria!
- Laissez, madame. Allons, du courage.
Tout le monde en a besoin. M�me les enfants.
Surtout toi, une petite Fran�aise.
Ne vous inqui�tez pas. Tout ira bien.
- Je t'�cris en arrivant. Toi aussi, �cris-moi.
N'oublie pas.
- Non, moi, je n'oublierai jamais.
Sir�ne
���
- Passeport.
N�gociant?
Vous partez pour affaires?
- Non.
- Alors pour quelle raison?
Voyage d'agr�ment?
- Pas exactement.
- Ce gar�on part aussi?
- Oui. Je l'emm�ne avec moi.
- Pour quelle raison?
- Raison de famille. C'est mon petit-fils.
- Ce n'est pas une raison suffisante.
- Comment �a?
- Vous avez l'autorisation des parents?
- Il est orphelin.
- Vous n'�tes plus mobilisable.
- Vous reviendrez quand? - Je ne sais pas.
- Nous sommes oblig�s de savoir.
La France est en guerre.
- Que puis-je r�pondre.
Vu les �v�nements, on sait quand on part.
Le reste d�pend de tant de choses.
- Mettez...
"affaire de famille".
"Dur�e: ind�termin�e."
- Cet interrogatoire... Qu'est-ce que �a leur fait, si on voyage?
- Si on est pas libres d'aller o� on veut...
- Et de pas revenir
si �a nous chante.
- Que Monsieur pr�pare ses billets. - Ah oui.
Avec toutes ces questions...
C'est la guerre de la libert�, qu'ils disent.
- En guerre, on invente des tracasseries nouvelles.
- Sur lesquelles on ne revient jamais.
- Monsieur a trouv� ses billets? - Oui, oui.
- Billets, s'il vous pla�t.
Cabine 108. 2 premi�res.
- Dont un enfant mineur.
- Oh, par exemple! Le petit.
Il �tait l� il y a un instant.
Vous l'avez vu? - Il a d� redescendre.
- Jacques?
Jacques!
Vous n'avez pas vu un petit gar�on? - Il est redescendu.
- Jacques!
- H�, monsieur! O� allez-vous?
Vous ne pouvez pas passer.
- Je vous en prie, laissez-moi.
- N'insistez pas. Nous avons des ordres.
- Non, monsieur. C'est interdit.
- Vous cherchez quoi?
- Un petit gar�on. Il doit partir avec moi.
Vous ne l'avez pas vu?
- Que fais-tu l�?
- Rien. Je veux pas partir. - Tu veux pas partir?
- Je cherche mon petit-fils. - L�chez-moi!
- Je l'ai, monsieur. - L�chez-moi!
L�chez-moi! - Jacques!
Jacques, mon ch�ri. - Tenez.
- Merci. - Je veux pas partir.
- Mais pourquoi tu ne veux pas partir?
Corne de brume
- Je veux pas partir. - Viens, mon ch�ri.
���
- Je veux pas!
- Tu m'as fait peur.
Nous allons faire un beau voyage. �a se passera bien.
Non. Tu vas pas recommencer. Viens.
- Passez, monsieur.
- Merci, monsieur. J'ignore ce qui lui a pris.
- C'est forc�. Les enfants, tout ce remue-m�nage, �a les effraie.
- On ne reviendra pas. - Qu'est-ce que tu en sais?
- Si, je le sais. On reviendra jamais. Tu l'as dit.
- Dans tout ce que je fais, je ne pense qu'� toi, mon petit.
Mais...
Il faut me comprendre.
C'est pour ton bien, Jacques.
- Gloria...
Gloria...
Gloria...
- Ah... C'est �a.
C'est �a.
Mais voyons, mon petit. Ce n'est pas s�rieux.
- Si. - Ce sont des enfantillages.
Bient�t, tu n'y penseras plus.
- Jamais je ne l'oublierai. Gloria non plus n'oubliera jamais.
- Peut-�tre, peut-�tre.
Mais tu apprendras que les femmes sont changeantes.
Alors tu penses... les petites filles.
Mouche.
Mouche.
Vois-tu, mon petit.
M�dite cette phrase du po�te:
"L'absence est � l'amour ce que le vent est au feu.
"ll �teint le petit,
"et il allume le grand."
Corne de brume
���
- C'est l�, mon capitaine.
Klaxon
- Les voil�! - Allez, va pr�venir.
Par ici, messieurs dames.
- Merci. Vous allez voir.
Toute sa maison est � la disposition du service de sant�.
Elle n'a qu'une pi�ce pour elle. C'est une femme admirable.
Ma ch�re Alice, je vous l'avais promis.
On a du retard, mais le voil�.
- Ah! Je vous remercie, monsieur, d'avoir bien voulu
nous apporter votre talent.
- Je suis qu'un amuseur.
- C'est un beau r�le dans notre triste vie.
Voulez-vous vous rafra�chir?
- Ma ch�re Alice, notre ami est un peu press�.
- Eh bien... Vous allez pouvoir passer tout de suite.
Vous avez vos partitions? Notre pianiste est excellent.
- Je ne chante qu'accompagn� par Madame.
Mon accompagnatrice.
- Dans ce cas, si vous voulez bien me suivre, madame.
- � l'horizon se l�ve
On sonne le r�veil
Et c'est encore le r�ve
Les g�ants de l'An deux
Sont remplac�s par d'autres
Et ces soldats joyeux
France, ce sont les n�tres
- Nous cherchons Alice de Clermont.
- Madame est tr�s occup�e, aujourd'hui.
- Regardez
Vos amis
Les voici Les voyez-vous?
Les hussards, les dragons, l'arm�e
Ils mourront tous...
- Elle en a pourlongtemps, celle-l�?
- Fiers enfants
De la race...
- Celui-l�, qui c'est? - Herv� de Clermont.
C'est son mari. Elle ne le voyait pas beaucoup plus en temps de paix.
Applaudissements
- J'ai pas le temps. Tout � l'heure.
Elle joue "Avec Bidasse"
- Ah!
Excusez-moi de vous avoir fait attendre.
Vous d�sirez, messieurs?
- Excusez-nous de vous d�ranger.
Nous voudrions vous parler seuls � seule.
- Et depuis que je sers la France
Bidasse
Est mon meilleur copain
Quand on n'a pas eu de punition
On a chacun sa permission
Avec l'ami Bidasse
On ne se quitte jamais...
- Prenez place, messieurs.
Je vous �coute.
- Je croyais, madame, que la vie militaire m'avait inculqu�
la ma�trise de moi-m�me.
Et cependant,
la mission qui m'incombe aujourd'hui, aupr�s d'une femme admirable,
dont l'action impose le respect...
m'�treint d'une �motion si profonde
que je ne puis trouverles mots.
- Ne les cherchez pas, monsieur.
Mon mari...
Il a �t� tu�, n'est-ce pas?
O� cela?
- Devant Craonne.
Votre mari a �t� bless� au cours d'une attaque,
o� sa conduite a �t� superbe.
- "Superbe"!
- Il est d�c�d�
au poste de secours.
Assist� d'un aum�nier,
il s'est endormi dans la paix de Dieu.
- Est-ce la seule paix concevable pour les hommes?
- Ses derni�res paroles furent pour vous.
- Pour moi?
Pour moi... aussi.
- Mais... Je...
Je dois vous remettre ces objets,
pour vous et mademoiselle votre fille,
� qui nous pr�sentons nos condol�ances.
- Je n'ai pas de fille.
- Mais...
Excusez-moi, madame,
je croyais... D'apr�s nos renseignements...
Sonnerie d'horloge
Le minist�re vous fera parvenir la citation � l'Ordre des arm�es,
qui, naturellement, avec la Croix de guerre,
� titre posthume...
- Je vous remercie, messieurs.
J'ai �t� tr�s sensible � votre d�marche.
Je vous remercie de votre d�licatesse.
Mais laissez-moi, je vous prie.
J'ai besoin d'�tre seule.
On chante au loin.
Applaudissements
���
On ouvre la porte.
- Oh, c'est pas possible!
Rires
Je vais les faire taire. - Non, non.
Laissez-les.
Ils ont v�cu des mois avec la mort.
Qu'ils l'oublient un peu.
Je ne veux pas qu'ils la retrouvent chez moi.
- Malgr� votre malheur,
vous pensez quand m�me aux autres.
Vous �tes une sainte, Alice.
- Oh non...
Les saintes font les miracles.
Je n'ai m�me pas su rendre Herv� heureux.
Je ne suis qu'une femme qui souffre comme les autres.
Je songe � l'autre, justement,
� celle qui lui a donn� ses derni�res ann�es de bonheur.
Tout sera boulevers�, pour elle.
- Bien s�r.
Sans Herv�, maintenant...
- Je songe aux difficult�s qui l'attendent.
Que va-t-elle devenir demain?
- Je voudrais bien pouvoirl'aider.
Malheureusement... - C'est bien
ce qui me fait peur.
Personne ne l'aidera.
Personne.
Vous qui connaissez Florence,
vous irez le lui remettre.
C'est le dernier objet qu'il a touch�.
Il lui appartient � elle.
- Mais, je...
Non, parce que...
- Si, St�phane.
Vous irez.
Vous avez du c�ur.
Vous irez car, vu sa situation, elle sera tenue � l'�cart,
et dans l'ignorance de cette nouvelle
que personne n'ira lui apprendre.
Il le faut.
- Oui.
�videmment.
Bien s�r.
- Pour le reste...
- � quoi pensez-vous?
- � tout ce qui nous reste de lui.
- Gloria?
- Je l'aimais d�j� sans la conna�tre.
Comme elle doit �tre belle, maintenant.
Sifflement de train
- Dis-toi que ton p�re a �t� un h�ros.
Tu peux �tre fi�re de lui.
M. Perreau a appris qu'on allait le d�corer
de la Croix de guerre � titre posthume,
avec deux �toiles.
- Pourquoi tu n'es pas venue avec Antoine?
Et la voiture?
- Elle vous pla�t pas?
C'est une voiture historique, mon taxi.
Il a fait la Marne.
Dites-moi o� on va.
- Villa Ballu.
Rue de Clichy, vous passez devant le Casino,
et c'est � gauche.
- On ne va pas � St-Cloud?
- Ta maman a fait preuve d'un courage admirable.
- Pourquoi n'est-elle pas venue avec toi?
- Parce qu'on d�m�nage dans une nouvelle maison.
- "Dans une nouvelle maison"?
- Il faut que tu comprennes.
Pour nous seules, c'�tait beaucoup trop grand.
Avec tout le personnel qu'il fallait...
- Vous auriez pu vous en apercevoir!
- De quoi?
- Que ce n'�tait pas un impr�sario,
mais un marchand de viande.
- Oh, les grands mots!
Que voulez-vous, ceux... Pardon.
Ceux qui ont une parole sont pauvres,
et les riches n'ont pas de parole.
- Cette chatte, toujours dans vos pattes!
C'est comme vous, bougez-vous!
Posez �a l�.
Faites attention! - Je suis d�sol�.
- Pour quelle raison a-t-il refus�?
- Il dit qu'organiser une tourn�e est al�atoire.
- Avec moi? Merci!
- Si la tourn�e est surprise par la paix,
tout l'itin�raire sera � reconsid�rer...
C'est pas le bon moment.
- C'est comme vous. Vous arrivez au mauvais moment.
- Pouvez-vous nous aider?
- Oui, madame. - Merci.
- H�, oh!
Tiens, reste plus que �a.
- "Pa-ri-ki-ri", faut s'y faire.
Pendant qu'on levait la patte ici, on estropiait la mienne � Verdun.
�a les fait rire, les gens de th��tre.
- Les gens de th��tre vous disent ce que je pense, l�!
- Vieille taupe!
- Vous n'avez pas 100 F, par hasard? - Bien s�r.
- Voil�.
Mettez tout �a l�.
Oh, ma ch�rie!
Ma Gloria!
Mon enfant.
Mon ange. - Maman!
- Comme tu m'as manqu�, ma petite fille,
dans cette �preuve terrible.
J'aurais voulu que tu sois aupr�s de moi.
- J'aurais tant voulu le revoir, maman.
- C'est fini, maintenant.
- Nous ne le reverrons plus.
Plus jamais!
- Ma petite mignonne, calme-toi, voyons.
Dis-toi que l� o� il est,
il doit �tre heureux de nous voir tous r�unis.
- Maintenant, nous ne nous quitterons plus.
Je te le jure.
- Maman, pourquoi tu n'es pas en noir?
- Euh... Je...
Je ne peux pas te le dire.
- Pourquoi? Pourquoi?
- Je t'expliquerai, mais plus tard.
- Mon Dieu!
- Elle se trouve mal. - Aidez-moi, Estelle!
- Il faut l'allonger.
On va la mettre dans sa chambre.
- C'est � cause de l'�motion.
- D�j�, � la gare, elle �tait bien p�lotte.
- Tu as voulu savoir.
Eh bien...
tu sais, maintenant.
Ma ch�rie,
pourquoi je n'�tais pas en noir?
Je ne le puis pas.
Je n'en ai pas le droit.
On t'a cach� la v�rit�
parce qu'on voulait r�gularisernotre situation.
Avant de t'en parler.
Peut-�tre avons-nous eu tort de tant attendre.
La guerre nous a surpris
sans que ton p�re ait pu prot�ger notre avenir.
Mais enfin...
On n'y peut plus rien.
Maintenant, il faut lui pardonner.
- Je n'ai rien � lui pardonner.
Et m�me...
je te serai toute ma vie reconnaissante
de m'avoir choisi un p�re tel que lui.
- Je suis heureuse de ta compr�hension.
Elle prouve que tu es une grande fille
et que j'ai eu raison de te dire franchement la v�rit�.
Je t'en remercie.
Bonsoir, mon ange.
- Maman?
Tu as des nouvelles de Jacques?
- Jacques qui?
- Il �tait venu avec son grand-p�re � notre f�te,
� Saint-Cloud.
- Est-ce que je sais o� il est?
- Ils �taient venus � la gare quand je suis partie.
- Depuis le temps,
je les ai perdus de vue.
Je ne te comprends pas.
Je te parle de choses graves,
et c'est tout ce que tu trouves � me r�pondre?
� me parler de ce gamin?
Mais enfin, c'est pas s�rieux.
- Mais si!
Pour moi, c'est tr�s s�rieux.
Crois-tu que seules les m�res ont des secrets?
Moi aussi, j'ai le mien. - Tu es folle!
Dors!
- La physique et la chimie, j'en ai jusque-l�!
"Tous les corps sont form�s d'�l�ments appel�s atomes."
� quoi servent les atomes?
- S'ils sont crochus, je sais.
�a donne l'amiti�, comme nous deux.
- Et s'ils ne le sont pas? - Demande � ton p�re.
- Il sait pas compter. C'est ma m�re qui tient la caisse, au magasin.
Sans elle, je sais pas o� on irait.
Ils nous barbent, avec leurs atomes.
- "Les atomes, c'est l'avenir."
- Pas le mien, en tout cas.
Mon avenir, il y a que �a qui m'int�resse.
- Attends!
Ah!
Je suis au ciel! - Tiens, prends tes livres.
On voit que t'as fait de la danse.
- Heureusement qu'� Lausanne, j'avais les cours.
La danse, c'est ce qui me plaisait le plus.
- Tu as eu plus de chance que moi.
- Oui et non.
Ma m�re n'a pas voulu continuer � me les payer.
Pas voulu ou pas pu. On est un peu fauch�es.
Mais toi, pourquoi tu n'as pas continu�?
- Dans la poissonnerie, pour eux, �a sert � rien.
Moi, le poisson me fait horreur. D�j�, �a commence par "poi"...
Allez, il faut que je rentre. - Au revoir.
- J'en sens d�j� l'odeur.
- Mademoiselle?
Mademoiselle?
Mademoiselle?
Mademoiselle Gloria Lauri�re? - Oui. Que me voulez-vous?
Vous m'avez d�j� suivie.
- Vous n'avez rien � craindre, soyez-en s�re.
Une dame voudrait vous voir,
vous parler.
Une amie, une grande amie.
- Qui cela?
- Venez.
- Voulez-vous monter vous asseoirun instant?
Pardonnez-moi si je vous ai fait aborder ainsi.
Je n'avais pas d'autre moyen de vous parler.
Je suis...
Alice de Clermont.
J'�tais l'�pouse de votre p�re.
Vous le savez?
- Vous l'�tes toujours.
Je le sais aussi.
- Celle qu'on appelle l�gitime,
celle qu'on d�laisse.
Mais les sentiments demeurent, eux.
Vous �tes encore trop jeune
pour comprendre tout cela.
La fid�lit�.
- Je crois, au contraire, en comprendre tout le prix.
- Alors je vous en f�licite.
Mais ne m'en veuillez pas,
si je suis un peu am�re.
- Comment pourrais-je vous en vouloir?
Vous avez d� �tre si malheureuse.
- Si j'ai voulu vous conna�tre,
c'est pour que vous sachiez,
toutes deux,
que vous n'avez pas en moi une ennemie.
Oh, ma ch�rie...
Comme tu lui ressembles.
Je n'ai jamais eu d'enfant.
Je te consid�re comme ma fille.
Veux-tu �tre celle que je n'ai pas eue?
- Vous ne comprenez rien, mon cher.
Il faut monter une pi�ce gaie, comique.
La Dame de chez Maxim's, la M�me crevette,
c'est mon emploi.
- Non, pas les "oseilles". Vous valez mieux que �a.
- Trouvez des gens � convaincre de ma valeur.
Vous connaissez des m�c�nes.
Un critique ne vit que de �a.
- J'oriente leur go�t, pas leur fortune.
Je n'�cris pas par int�r�t, je dis ce que je pense.
Et m�me, je ne pense qu'� vous.
Miaulement
���
Feydeau n'est qu'un amuseur, ce n'est pas durable,
tandis que des dramaturges comme Porto-Riche ou Lavedan resteront.
- Je ne veux pas rester, mais subsister!
- Pour �tre pris au s�rieux, il faut �tre ennuyeux.
On dit "b�iller d'admiration" et non "rire d'admiration".
- Vous me voyez jouer des drames avec mon cheveu sur la langue?
Vous ne comprenez rien, je me d�brouillerai sans vous.
- Il le faudra bien.
Aucun impr�sario... - Je me passerai d'eux!
Je ferai ce que je veux.
Et pour monter la pi�ce, je vendrai mes bijoux.
- Vous n'y pensez pas!
Br�ler vos �conomies aux feux de la rampe!
- Emp�chez-la. - Je ne fais que �a.
Florence, si �a ne marchait pas,
vous perdriez... - Tout! Ce serait la mis�re.
- Je te remercie.
Tu as confiance en mon talent!
- Elle est folle!
- Regarde, maman,
ce que je viens de trouver.
- Qu'est-ce qui te prend?
C'est plein de poussi�re.
- C'�tait dans le d�barras, dans une caisse.
- Et puis apr�s? - Mes lettres.
Des lettres de Jacques. - "Jacques"?
Tu ne vas pas recommencer, avec lui?
- Vous m'avez cach� ses lettres!
- Et alors? - Vous m'avez menti!
- Gloria, �a suffit!
- Il m'�crivait, mais ses lettres restaient sans r�ponse.
C'est votre faute!
- Je te prie de te taire!
- Vous �tes des monstres!
- Ah non! - Florence!
- On n'a voulu que ton bien. - Toi aussi, tu m'as menti.
C'est honteux!
- Laissez-moi la corriger!
- Pas �a, Florence, voyons!
Puisque personne ne veut parler, je vais le faire.
Tu vas tout savoir.
Oui, ces lettres t'ont �t� cach�es.
Sur l'ordre du grand-p�re de Jacques.
Il a �crit � ta maman pour cela.
Jacques avait fait une fugue, tu comprends.
- "Une fugue"?
II doit �tre de la m�me esp�ce que vous, son grand-p�re!
- �a suffit! - Florence!
- Nous n'allons pas nous laisser insulter!
- Calmez-vous!
Gloria va vous demanderpardon.
- Jamais!
- Florence!
Florence.
Laissez-moi faire.
Je vais lui parler.
On frappe.
- Entrez.
Vous cherchez quelqu'un? - C'est-�-dire...
Oui, peut-�tre.
Ce que j'ai � vous dire est un peu difficile, mademoiselle.
- On a l'habitude, ici.
Je vais vous aider.
Vous m'avez beaucoup admir�e, ma gr�ce, mon talent, etc.
Et vous venez me le dire.
- Oui, en effet.
Et aussi que... - Je vous �coute, monsieur.
- Vous me rappelez un souvenir d'enfance
qui ne vous dira peut-�tre rien.
C'est une histoire si ancienne.
Imaginez un instant deux enfants tr�s jeunes,
un gar�on et une fille,
qui se sentaient tr�s attir�s l'un vers l'autre,
et que la guerre a s�par�s.
Et celui qui n'a pas oubli� �crit.
Oui, il �crit m�me beaucoup.
Longtemps.
Mais cette correspondance assidue reste sans �cho.
- La poste est mal faite, voil� tout. - Non.
Ces lettres ne lui ont jamais �t� retourn�es.
Elles restent simplement sans r�ponse.
Elles ont atteint l'indiff�rente. - C'est vite dit, monsieur.
- Quand deux �tres s'aiment, il n'y en a qu'un qui aime vraiment.
- En �tes-vous s�r? - Certain.
On n'a pas voulu r�pondre.
Voil� la v�rit�, n'est-ce pas?
Les filles sont changeantes.
Grand-p�re me l'avait dit, il y a longtemps.
- Savez-vous ce qu'il y avait dans ces lettres?
- Des choses tr�s simples.
Elles disaient que le gar�on ne voulait pas perdre la fille.
Ces enfantillages, parfois...
L'une d'elles n'avait qu'un mot.
Un nom, un seul nom recopi� � l'infini sur toutes les pages.
Un petit nom.
- Lequel?
- J'ai l'impression que c'�tait le v�tre, mademoiselle.
- M�lisande?
- Non.
- Je n'avais pas oubli� le v�tre, Jacques.
- Je savais bien.
Pourquoi n'avoir jamais r�pondu?
- Aucune d'elles ne m'est parvenue.
- C'est impossible, voyons. - Si!
Et un jour, je les ai toutes retrouv�es,
cach�es. Oui, cach�es.
Mais il �tait trop tard.
Et ce fut sur l'ordre de ce grand-p�re.
- Il �tait trop loyal pour tromper un enfant.
Il n'est plus, mais il n'�tait pas mesquin.
- Pensez-vous que je vous mens?
Je ne vous attendais pas.
Cela n'est-il pas la preuve de ma sinc�rit�?
Regardez.
- Il m'avait sembl�, lorsqu'on m'a chass� de votre loge...
Ce petit Arlequin, c'�tait moi.
- C'�tait nous.
- Vos parents ont d�rob� mes lettres? - Ma m�re.
Mon p�re a �t� tu� � la guerre. - Excusez-moi.
- Penser � vous m'a aid�e dans cette �preuve.
Je n'esp�rais plus vous revoir.
Et vous �tes l�.
C'est � peine croyable.
- Mais non, c'est simple.
Ce n'est pas un hasard. Je suis avec des amis am�ricains.
Je leur sers un peu d'interpr�te.
Avec eux, les bo�tes de nuit sont un rite.
L'apr�s-midi � Notre-Dame, le soir � Pigalle.
- Somme toute,
religieuse ou danseuse, nous devions nous retrouver.
Musique classique
���
Rires
- Vous permettez? - Non.
La place est prise.
Where did Jacques go?
Maryan, where is yourfianc�?
- He is getting me some cigarettes.
���
- Comment je suis devenue danseuse?
Rien ne se serait pass�, sans cette femme.
Parfois, un ange passe dans votre vie.
Pour moi, ce fut Alice.
La bonne f�e d'un conte assez triste.
La mort de mon p�re a �t� le signal d'une premi�re d�b�cle.
Ce qu'on appelle un revers de fortune.
Ma m�re s'illusionnait, avec son th��tre.
Et moi...
- Ta maman a beaucoup de soucis.
Faut pas lui en vouloir.
En te cachant les lettres,
elle a cru bien faire.
- Celui qui a tu� mon p�re a cru bien faire aussi.
- En voil� un raisonnement.
Ta m�re n'a tu� personne, elle. - Si!
Elle a tu� chez un autre un sentiment auquel je tenais.
- C'est trop compliqu�.
Tu r�fl�chis trop pour moi.
- Un incompris doit bien r�fl�chirtout seul.
- � quoi? - � tout!
� soi-m�me, aux autres, � l'avenir.
- L'avenir, c'est tout de suite.
Pour vivre sa vie, il faut la gagner.
Pense d'abord � ce que tu vas faire.
- J'y pense depuis Lausanne. - Ouais...
C'est danser, que tu veux? - Oui.
La ma�tresse de ballet croit en moi.
- Il nous manquait plus que �a: danser!
- Elle m'a m�me donn� une lettre pour maman
pour que je continue la danse.
- Tu ferais mieux de la garder. - Pourquoi?
La danse, �a vaut bien le th��tre!
- Ne lui en parle pas, �a vaudra mieux.
Ce n'est pas le moment.
- Mais c'est toujours le moment de me contrarier.
Eh bien, on va voir. - Non.
Il ne faut pas la d�ranger.
Elle re�oit pour un projet de th��tre. Encore un.
C'est pas avec tout �a qu'on mangera.
- Vous d�butez � Lyon le 27, aux C�lestins.
Vous aurez tout juste le temps de r�p�ter.
- Mais c'est merveilleux!
- Lorsque le probl�me financier est r�solu,
les autres le sont comme par enchantement.
L'argent, entre les mains d'un magicien,
est une cl� qui ouvre toutes les portes,
m�me celles du coffre-fort des commanditaires.
- Peut-on savoir qui? - Son nom est sans importance.
Ce n'est pas son nom qu'on veut, mais son argent.
C'est votre nom qui importe,
ch�re grande artiste.
Eh bien, tout est r�gl�.
Et d'avance...
mes hommages, petite madame.
- C'est le moment, au contraire.
Tu vois que tu te trompes.
- Au revoir. � bient�t.
- Mes enfants, nous sommes tir�es d'affaire!
- J'y croirai quand on sera � Lyon.
- Ah! On �coute aux portes?
On peut pas dire que ton emploi est discret.
- Ce serait plut�t le genre d�vou�.
- D'o� vient cette lettre? - Elle est pour toi.
- De qui? - Lis-la, tu verras.
- Une r�clamation? - Non, un projet
surmon avenir � moi.
- Je vois que tu l'as lue avant moi.
C'est pas s�rieux?
- Pourquoi?
Et toi, avec ton th��tre? - Pas d'impertinence.
- C'est une impertinence, d'avoir un id�al?
- "Un id�al", � ton �ge?
- Toi, c'est le th��tre, moi, la danse.
- Pour une femme, il y a 10 m�tiers plus s�rieux.
- Je ne veux pas de 10 m�tiers, j'en veux un seul que j'aime.
- Les vocations sont
comme les hommes.
On peut �tre tout aussi heureuse avec 10 hommes.
- Pas moi. Je n'aimerai pas 10 fois.
- Oh, tu m'agaces, � la fin!
II faut des ann�es, dans la danse, pour avoir une bonne situation.
Des ann�es de le�ons.
Et qui paiera ces le�ons qui co�tent tr�s cher?
- On est tir�es d'affaire, non?
- Tu penses que je vais payer tout �a?
Ce serait jeter l'argent par les fen�tres.
- C'est d�j� fait. - M�fie-toi!
- Tr�s bien. M. Perreau m'aidera, lui.
Il t'a prouv� qu'il peut aider.
- Oui, mais moi, c'est diff�rent.
J'ai d�j� fait mes preuves au th��tre.
Il n'a eu qu'un mot � dire. - Il en dira deux.
- Tiens-toi tranquille et ne va pas l'emb�ter.
- J'irai le lui demander. - Je te le d�fends!
- Rends-moi ma lettre! - Non. �a suffit!
Voil� ce que j'en fais, de ta lettre.
Pense � tes �tudes plut�t qu'� l'Op�ra!
- Eh ben, eh ben!
Qu'y a-t-il?
- Rien.
Je n'ai pas de chance, avec les lettres.
Claquement de porte
Je vous ai vus tous les trois.
C'est elle qui nous fait vivre?
- C'est-�-dire... - Ne me dites rien.
J'ai tout compris.
Acclamations
���
"La Marseillaise"
���
- L'�TENDARD SANGLANT EST LEV�
ENTENDEZ-VOUS DANS NOS CAMPAGNES
MUGIR CES F�ROCES SOLDATS?
ILS VIENNENT JUSQUE DANS NOS BRAS
�GORGER NOS FILS ET NOS COMPAGNES
- Aux armes, citoyens
Formez vos bataillons
Marchons
- MARCHONS
QU'UN SANG IMPUR
ABREUVE NOS SILLONS
Acclamations
- Amour sacr� de la patrie
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Libert�, libert� ch�rie
- Viens, on les laisse brailler.
- Tu crois?
- Combats avec tes d�fenseurs
Musique au loin
���
- Les cours, c'est fini. - On va se faire remarquer.
- Tu peux y aller, ils ont tous gagn� la guerre!
Et nous, leurvictoire, on s'en fiche.
- Ton triomphe et notre gloire
Aux armes, citoyens
Formez vos bataillons
Marchons
- MARCHONS
QU'UN SANG IMPUR
ABREUVE NOS SILLONS
- Ils vont voir qu'on est parties.
- Un jour pareil, ils feront pas attention � nous.
Et tu vas pas laissertomber Alice. Tu lui dois ta place.
Tu n'irais pas la remercier? Eh ben!
- Alors, deux places seulement!
C'est tout, monsieur!
- J'�tais l� avant elles!
Clochette
- Ma hantise, c'est le poisson.
Pourvu que j'y �chappe!
Et c'est ce qui m'attendait.
- Alice est extraordinaire.
Sans elle, je ne sais pas ce que nous serions devenues.
Elle a fait de son h�tel particulier un h�pital.
Tu vas voir.
- Tu en as, de la chance.
� ta place, je me d�goterais un beau parti.
Il y a que �a de s�r. - On est trop jeunes pour penser
au mariage. - Menteuse!
T'y penses pas, avec ton fant�me?
- Mon fant�me? - Ton Jacques.
- Si je t'ai racont� �a... - T'y penses toujours.
C'est pas s�rieux, ma petite, les fant�mes.
Tandis qu'un fils
de grande famille...
Les riches peuvent �tre beaux et intelligents.
Et � force de faire la fine bouche,
on se retrouve avec un moche pauvre. - Jolie mentalit�!
Tenir de pareils propos en ce jour, et � votre �ge!
- Et reluquer des fillettes, � votre �ge,
vous croyez que c'est bien?
On veut pas de vos bonbons, vieux saligaud!
Viens, ne restons pas ici.
Allons-y � pied. - C'est pas la porte � c�t�.
- Que faisiez-vous? - Je n'ai rien fait du tout!
Brouhaha
- Vous voulez que j'appelle un agent?
- Satyre!
C'est l�. - Mince, alors!
Qu'est-ce qu'on fait?
- On sonne.
- Vous d�sirez?
- On vient voir Mme de Clermont.
- Personne n'entre � cause de l'�pid�mie.
- Qu'y a-t-il?
- Elles viennent voir l'infirmi�re-major.
- Vous savez lire?
Mme de Clermont n'est pas visible.
- Elle est malade?
- Je n'ai pas � vous r�pondre.
Allez.
- �a alors!
Cette grippe espagnole est une vraie peste.
Comment les Espagnols ont pu nous apporter �a jusqu'ici,
puisqu'on a fait la guerre aux Allemands?
- Et si...
- Au revoir.
Merci.
- Alice?
- Oui.
- Je suis malheureuse.
- Sois courageuse, mon enfant.
Et ne crains rien.
Je suis l�, Gloria.
Je suis l�.
Musique douce au piano
���
- Merci, mademoiselle.
Applaudissements
���
- Candidate suivante, s'il vous pla�t.
- Parfait, ma Gloria. Pas une faute.
- Mademoiselle Holtz.
- J'ai bien regard� le barbichu. C'est du tout cuit.
Tu es fatigu�e? - Non, non.
- Bravo! Magnifique, ma ch�rie.
- Bas les pattes, je t'en prie!
On s'en va.
- On n'attend pas les autres? - Non.
- Je te l'avais dit. Elle n'est pas normale.
- Je te comprends pas, ils sont mignons.
On n'est plus des m�mes. - Ils sont collants.
- C'est plut�t ton fant�me qui est collant.
Jacques te tracasse? - Je t'en prie, Lili.
J'ai la t�te ailleurs.
- Je le vois bien!
Sois contente, ton quadrille, c'est dans la poche.
Mais qu'est-ce que tu as?
- Tu as bien dans� aussi. - Te fatigue pas.
Ils ont �t� de glace, quand je suis pass�e.
Et puis je suis rondouillarde.
J'ai compris: c'est pas ici que je prendrai du galon.
Soit tu as de l'avenir, comme toi,
soit tu cires les planches pour un salaire de bonne.
Moi, je voulais sortir de la mar�e,
mais maintenant...
Au cabaret, je me fais 10 fois ce que je gagne ici.
- Justement, je voulais te demander de m'aider.
- � quoi?
- Dans ton cabaret, il n'y a pas une petite place pour moi?
On serait ensemble.
- Tu cherches du boulot, toi?
- Oui. J'en ai besoin.
M�me si je suis accept�e dans le quadrille.
Avec mon salaire ici,
on aura du mal � s'en sortir.
- Et ta m�re?
- Ma m�re? Parlons-en, de ma m�re.
Tiens.
En panne, avec sa tourn�e.
Je dois faire quelque chose.
Ce qu'Alice nous avait laiss�,
il n'en reste plus rien.
J'ai tout surle dos, maintenant.
M�me ma pauvre Roussotte.
La pauvre b�te, � moiti� aveugle.
Je dois de l'argent au v�t�rinaire.
J'ose plus y aller.
Tu comprends pourquoi je suis ailleurs.
- Je montre mes fesses, au cabaret! Faut bien.
Toi, c'est pas ton genre de te tr�mousser le croupion.
Moi, mon orgueil descend pas si bas.
- Moi...
je n'ai que la mort du cygne � offrir.
- Mon taulier tombera raide mort si tu lui annonces �a.
- Il n'en est pas mort, le patron.
Comme vous voyez.
Mais c'est ainsi que, pour vivre, je me suis retrouv�e ici.
Et M�lisande a peur que ce ne soit pas la mort du cygne,
mais celle de la grande danseuse qu'Alice souhaitait me voir devenir.
- On va la ressusciter, cette danseuse.
- Je ne sais pas, je ne sais plus.
- Gloria, vous parlez comme si on ne s'�tait pas retrouv�s.
- Je ne peux pas y croire encore.
Votre vie doit �tre faite, toute trac�e.
En Am�rique. - � 20 ans, la vie n'est jamais faite.
Quant au bonheur, l�-bas, on y songe pas, on n'a pas le temps.
On ne songe qu'� l'argent.
- Mais vous ne pouvez pas tout abandonner.
- Si c'est pour te retrouver, Gloria.
- Est-ce possible?
- Oh!
Je vous cherche partout,
et on m'a conduite dans...
cet endroit.
Vous avez trouv� mes cigarettes.
Vous savez que je ne peux pas rester 15 min sans fumer.
C'est une mauvaise habitude que vous m'avez donn�e.
Mais je ne vous en veux pas un instant...
mon ch�ri.
Vous ne m'avez pas pr�sent�e.
- Non. Les pr�sentations sont inutiles, Jacques.
- En effet.
Elles sont d�j� faites.
On frappe. - M�lisande, �a va �tre � toi!
- Eh bien...
nous allons vous laisser.
Nous partons pour Reims, demain matin, Jacques.
Vous venez?
- Gloria! Gloria!
- Ce n'est rien. Allez!
- Je reviendrai, Gloria.
- Non, non. Partez, Jacques!
On vous attend, j'ai tout compris.
- Je vais tout vous expliquer.
- Non.
Vous devez partir.
Je veux vous pr�server de reprendre une parole
que vous avez d�j� donn�e.
- Voil� encore celui-l�!
Ouste, dehors! D�gagez, compris?
II comprend pas.
"Go, go!" C'est fran�ais, �a!
On rentre ici comme dans un moulin!
D�p�che-toi, ils t'attendent.
Qu'est-ce que tu as? T'en fais, une t�te.
Qu'est-ce que tu as? - Je ne le verrai plus!
- Qui �a?
- Jacques. - �a y est, �a la reprend.
C'�tait lui?
C'est pas vrai?
II est dr�lement mont� en graine, ton fant�me.
Mais...
Qu'est-ce que tu as?
On frappe. - Tu te grouilles!
- Elle est toute blanche!
- Pour un cygne, c'est ce qu'il faut.
- J'y vais.
J'y vais.
- T'as dr�lement chaud.
Attends.
Je viens avec toi.
- Elle vient, oui ou merde?
Faites donner l'intro, �a les calmera.
D�p�chez-vous! Allez!
- Faites donner l'intro!
- Albert, la lumi�re!
- Gloria...
comment tu te sens?
O� vas-tu?
- Tout le monde est pr�t? - Oui, patron.
- Bon. Alors, lumi�re!
Qu'est-ce que tu fous l�? Va prendre ta place!
- M�LISANDE! M�LISANDE!
- � mon commandement, attention...
- M�LISANDE! M�LISANDE!
M�LISANDE! M�LISANDE!
M�LISANDE!
- Oh! Vite, venez m'aider!
Aidez-moi.
- Qu'y a-t-il?
Elle tient plus sur ses cannes. Rallumez!
Rallumez tout!
Mais bon Dieu, rallumez la salle!
- Allons, d�p�chons! La matin�e va commencer!
Entrez, messieurs dames!
Un spectacle unique pour les amateurs d'art,
de nature, de beau sexe:
toutes les plus belles femmes de Paris!
Allons, d�p�chons. La matin�e va commencer!
Entrez, messieurs dames.
- C'est vous, encore vous!
- Veuillez m'excusez, mademoiselle. - Y a de quoi.
- Elle a quitt�?
- Elle a d� quitter, parce qu'elle est malade.
- Malade? - Oui, malade.
Tr�s malade. Vous avez fait du joli travail.
- Depuis quand? - Depuis votre arriv�e.
- Je vais vous expliquer... - J'ai pas le temps.
- On va m'attendre.
Je suis en retard.
Je suis pr�te.
Je suis pr�te!
- Que dit-elle?
- Oh, rien.
Elle veut aller travailler, la pauvre.
Elle ne se rend pas compte. - C'est la fi�vre.
- C'est une bonne petite, docteur.
- Je sais, je sais.
- Elle conna�t mes soucis.
Je suis toute seule avec elle, ici.
- O� est sa m�re?
- Elle est loin, en province.
Je lui ai demand� de revenir.
- Vous avez bien fait.
Qu'elle revienne.
Vite, si possible. - C'est si grave?
- Jacques...
Jacques!
Estelle, est-ce qu'il va revenir?
Dis-moi qu'il va revenir, Estelle.
Mon petit Arlequin.
- Qui appelle-t-elle?
Vous avez tort de ne pas renseignerle m�decin.
Vous semblez savoir bien des choses que vous me cachez
et que vous devriez me dire si vous voulez la sauver.
- Il s'agit d'un enfantillage
sans importance.
Une toquade de petite fille.
Elle avait dix ans.
Musique de bal-musette au loin
���
- Vous g�nez plus!
- Vous m'avez inqui�t�, je veux savoir.
- Enfin inquiet. Vous ne saurez rien.
Je ne dirai rien. Partez.
- Non. Vous ne comprenez pas.
- Oh que si. Gloria me dit tout.
Je connais votre histoire. Elle me la raconte depuis des ann�es.
- En la retrouvant, j'ai su qu'elle �tait tout pourmoi.
- "En la retrouvant"...
Dans cette bo�te, on paie pour lorgner. Mais pas ici.
C'�tait trop tentant?
"Cette danseuse ressemble � une fille que j'ai connue dans le temps.
"Oui, c'est elle.
"Mon amour d'enfance."
Vous auriez �t� un homme,
vous auriez d�fendu � votre Am�ricaine de venir dans la loge.
Elle l'a vue s'approcher de l'homme qu'elle aime. Imaginez!
- �a s'est pass� si vite.
- Gloria est tr�s sensible. Il fallait �tre prudent.
- Je n'ai pas r�fl�chi. J'�tais si heureux de la revoir.
- Que vous n'avez plus pens� qu'� vous. �go�ste.
Finalement, l�-dessus, vous �tes bien un homme.
- Je ne pensais pas qu'on me poursuivrait jusqu'ici.
- On agit comme �a, en Am�rique? Retournez-y.
- Non! Ils sont partis ce matin. Tous.
- Bon voyage! Et vous avec.
- Non. Je ne les reverrai jamais.
J'ai rompu avec tout ce pass�.
- Partez, si vous aimez Gloria. - Non. J'ai d�cid� de rester
et de la revoir.
- C'est trop tard.
Ses jours sont en danger. Vous ne la reverrez pas!
- Pourquoi vous m�fiez-vous de moi?
- Gloria est ce que j'ai de plus cher au monde.
Je l'ai vue grandir,
changer d'ann�e en ann�e,
avec toujours en elle cette id�e fixe,
presque maladive:
vous.
Qu'elle s'en lib�re.
- Au risque de la perdre?
- Pas la peine de rester. - Non. Si je savais o� aller,
elle saurait que je suis revenu. - Vous la d�cevriez.
- C'est bon.
J'esp�re que plus tard, vous ne regretterez rien.
Car c'est vous...
qui aurez contribu� � nous s�parer.
Dites-lui...
que j'ai tout abandonn� pour elle.
Que je l'attendrai.
Toute ma vie.
On frappe.
- Pressons un peu!
- Ne partez pas.
- On va commencer.
- Estelle s'est affol�e, comme d'habitude.
Elle peut nous faire faire 200 km pour rien.
Oh! Par un temps pareil.
Attends-moi. Je te tiens au courant.
- Prends ton temps, prends ton temps.
Claquement de porte
- C'est elle. C'est Madame.
Oh...
Notre pauvre petite Gloria. - Allons. Ne dramatise pas.
Ton t�l�gramme aurait pu �tre plus clair.
J'ai essay� d'appeler, impossible de te joindre.
(-Notre ligne a �t�... )
- Heureusement qu'un ami du th��tre a pu m'accompagner.
- Estelle a eu raison de vous pr�venir, madame.
- Le docteur ne quitte plus la maison. Il est d'un d�vouement...
- Mais... Est-ce grave � ce point, docteur?
- Certainement, madame. - Je veux la voir.
- Non. Je vous en prie. - Je ne peux pas voir ma fille?
- Laissez-la reposer.
Je vous le demande.
- Qu'est-ce qui est arriv�?
De quoi souffre-t-elle?
- J'ai d'abord pens�... Des sympt�mes semblaient indiquer
une s�quelle de la grippe espagnole qui...
- C'est impossible. Cette �pid�mie s'est termin�e apr�s la guerre.
- Il n'y a pas de trait� de paix pour les microbes.
- Pourvu qu'on la sauve. - Tu dis des sottises.
� son �ge! - Pr�cis�ment, madame.
C'�taient les plus jeunes qui �taient les plus menac�s.
- C'est absurde.
- Mais je cherche, madame. Je cherche.
Au-del� du point de vue m�dical, quelque chose m'inqui�te davantage:
un �tat de langueur qui serait inexplicable
si je ne savais...
- Quoi donc?
- Un manque d'impulsion � lutter contre le mal.
Son moral est atteint profond�ment.
Et les malades qui se laissent aller...
- Vous ne pouvez pas me dire ce qu'elle a?
- Seule l'�volution de la maladie...
- Devra-t-elle mourir pour que vous sachiez?
- Je ne suis pas encore en mesure de me prononcer avec certitude.
Si vous pensez que je me trompe... - Il est plus que temps de la soigner.
- Vous pouvez demander � un autre.
- �a pourrait me rassurer surun �tat qui...
- Qui risque de s'aggraver d'un instant � l'autre.
Si vous le d�sirez, je vais vous donner le num�ro
d'un confr�re...
- Non. Je vous remercie.
Je sais o� m'adresser. - � votre aise.
- Je pr�f�re y aller. - Comme vous voudrez.
Mais faites vite. - J'ai une voiture, je le ram�nerai.
La porte claque.
- Ne lui en voulez pas trop. Je la connais, elle souffre.
- Non.
Ce n'est pas elle qui souffre.
C'est sa fille.
Apr�s ce que vous m'avez dit, je comprends bien des choses.
Non. N'entrez pas.
�a vaut mieux.
Sonnette
- Estelle!
- Jacques!
Mon petit Jacques!
Quel malheur!
- Je veux la voir.
- C'est pas possible. Vous ne pouvez pas.
C'est le docteur qui ne veut pas. Il est pr�s d'elle.
Il ne la quitte pas. Il ne permet pas...
- Je veux le voir.
Il le faut, Estelle.
Va lui dire et fais-lui comprendre.
Je te le demande.
Je vous remercie, docteur.
Je voulais vous demander de me permettre
de la voir, quelques instants. - Je n'ai pas le droit.
- Ai-je le droit de l'abandonner?
- Dans l'ignorance o� je suis du mal qui la ronge,
je dois �tre prudent.
Si cela �tait contagieux...
- �a m'est �gal.
- Pas � moi, monsieur.
Votre vie peut �tre en danger, et surtout celle des autres.
- Une seule vie compte pour moi: la sienne.
- Jacques.
Jacques! C'est vous qui �tes l�...
Pr�s de moi?
Ne souriez pas ainsi, Jacques.
Mais... pourquoi?
- Certains sourires sont plus anxieux que la gravit�.
Vous ne savez pas mentir.
M�me quand vous ne dites rien.
J'ai vu les visages autour de moi.
Estelle, avec ses yeux rouges,
qui me parle comme quand j'avais 7 ans.
On m'aura toujours trait�e comme une enfant.
Jusqu'au bout.
- "Jusqu'au bout"?
�a n'a pas de sens, voyons!
- Je dois �tre folle, comme dit ma m�re.
Je crains de n'avoir plus le temps de recouvrerla raison.
- Allons. Vous �tes un peu d�prim�e, Gloria.
Simplement d�prim�e.
- D�prim�e?
Vous m'avez fait bien du mal, Jacques.
- Non. Je n'ai fait que ce que les circonstances...
- Vous ont forc� de faire?
Non, Jacques.
J'ai compris qu'� c�t� de la vie id�ale,
il y a la vie mat�rielle.
- Que dites-vous?
- Que les tentations les plus pures
sont retenues � terre par des fils ridicules...
mais de fer...
difficiles � briser.
- Je ne comprends pas.
- Je n'ai pas le droit...
de vous faire quitter une route o� vous �tes d�j� si engag�.
Nos deux destin�es sont s�par�es.
Il est trop tard pour les r�unir.
Voil� tout.
- Il n'y a plus de s�paration possible entre nous, Gloria.
- Si.
Prenez ma main.
J'ai la fi�vre. Mes forces m'abandonnent.
Je sens que je ne serais pas une bonne femme pour vous.
J'ai toujours eu le pressentiment que je mourrais jeune.
Je ne suis pas faite pour ce monde.
- Gloria!
- Vous m'oublierez.
Ma m�re fera du th��tre.
Je ne danserai plus jamais.
On pleurera encore un peu, peut-�tre,
pour mon anniversaire.
Et on dira, dans quelques ann�es:
"Tiens,
"elle aurait 30 ans aujourd'hui."
Puis...
40.
Les jeunes vieillissent moins vite au-del� de la vie.
Et puis, un jour,
plus personne ne parlera de personne,
parce qu'il n'y aura plus personne pour se souvenir
de personne.
- Non, Gloria. Je suis l�.
Et la vie vous attend.
La vie nous attend.
- Non, Jacques.
Qui sait si je verrai demain.
Il faut m'ob�ir, il faut.
C'est la plus grande preuve d'amour que je puisse encore vous donner.
Je n'ai v�cu que pour cet absolu, Jacques.
Cela aura �t� le sens de ma vie.
Je lui demandais tout, � cette vie.
J'avais raison, vous voyez, puisque vous �tes l�.
Laissez-moi, maintenant, Jacques. - Non.
- Si. Si. Il faut m'ob�ir.
Je vous le demande, Jacques.
Sinon...
Pour que vous ne me fatiguiez pas,
Estelle va venir vous chercher.
Comme quand vous aviez 10 ans.
Je voudrais que cette fois
nous soyons tous les deux seuls pour nous s�parer.
Vous allez partir.
Mais nous ne nous quitterons plus.
Plus jamais.
Je garderai votre image en moi.
Souvenez-vous du temps o� nous �tions des enfants.
Nous ne nous disions pas vous.
Mon petit Arlequin.
Embrasse-moi.
Je suis heureuse.
- Dites-moi que ce n'est pas vrai.
Qu'elle ne peut pas...
Qu'il y a un espoir.
- N'a-t-elle pas eu raison d'esp�rer, elle?
De croire en vous?
II faut esp�rer, toujours.
Et nous l'aiderons � lutter de toutes nos forces.
Apr�s tout,
un miracle, c'est tant d'amour qui survit.
Sous-titrage: Eclair Media
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