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« Quand dans la disgrâce et le regard hostile des hommes, Seul, je me lamente sur ma condition de proscrit
Que j'importune le ciel, sourd à mes pleurs inutiles, Que face à moi-même je maudis mon destin »
(Sonnet 29, William Shakespeare)
Donc à propos de l'avenir, pouvez-vous parler d'un projet sur lequel vous travaillez ?
Eh bien, je travaille actuellement sur un téléfilm adapté d'un de mes romans.
Oh, je vois. Un téléfilm…
J'ai toujours voulu creuser le domaine des romans graphiques
et je suis heureuse de dire que je travaille sur un projet avec l'artiste Junichiro Wakamatsu.
Je suis sûre que ce sera une formidable collaboration.
Nous allons nous concentrer sur l'émergence des technologies 3D immersives
et sur la convergence entre le monde du jeu et le monde réel.
Le jeu et la réalité ?
Nous utilisons un réseau neuronal artificiel pour construire l'histoire.
Récemment, nous avons entré une histoire simple dans un réseau neuronal robotique,
puis indiqué au système de souligner des éléments abstraits et concrets dans l'histoire principale.
Nous lui avons alors demandé de recréer l'histoire sur base de ces éléments soulignés.
Puis nous lui avons sans cesse demandé d'étoffer l'histoire, en une boucle de rétroaction continue.
Des répétitions sans fin, donc ?
Oui, au bout d'une dizaine d'histoires créées par le réseau de neurones,
cela a commencé à prendre un aspect hallucinogène très troublant
lorsque l'imagination du réseau a fonctionné de manière autonome.
Donc vous répétez cela continuellement ?
Oui, exactement, cela fait progresser l'histoire par la répétition.
C'est vraiment l'avenir du récit à l'ère numérique.
Donc ces rétroactions en boucles font partie intégrante du processus ?
Oui, je présume donc que l'imagination du réseau s'améliore à chaque fois.
Salut…
Je ne m'attendais pas à ce que tu sois sorti si tôt…
Qu'est-ce que tu me veux ?
J'ai besoin que tu jettes un coup d'œil à "Niveau 4".
Quoi ? Encore ?
Quel est le problème, cette fois ?
Nous pensions être tirés d'affaire après avoir résolu les difficultés
causées par les gros fichiers de sauvegarde qui plantent le système.
Mais là, on doit faire face à des neuro-vers qui infiltrent la base de données de notre simulateur.
Ils continuent de nous entraîner dans ces chemins narratifs dont on n'arrive pas à se sortir.
Les marionnettes dansent, mais pas sur la bonne chanson,
et maintenant le patron crise, car on risque de devoir complètement re-mapper le serveur.
Coup dur.
Qu'est-ce que j'en ai à faire ? C'est pas mon problème.
… Écoute, peux-tu nous aider à faire un parcours et noter les principaux bugs ?
Tu es le seul en qui je peux avoir pleinement confiance pour bien faire les choses.
Peut-être ?
Mais qu'est-ce que j'y gagne ?
Deux millions…
Je ne comprendrai jamais comment un mec comme toi
n'a pas fini à la tête de la société.
Il y a ceux qui maîtrisent les jeux de tir,
et ceux qui maîtrisent les jeux d'entreprise.
Bref, j'y jetterai un coup d'œil.
Génial.
On vise toujours un lancement en mars
donc on a intérêt à trouver une solution, et vite.
Il y a déjà une forte hausse d'intérêt en Corée.
Je m'en occupe.
Bien. Je te contacterai pour te transmettre les fichiers VRX.
OK, salut.
À plus tard.
Kaito, c'est dommage que tu n'aies pas pu venir aux retrouvailles.
Presque tous ceux de l'ancienne bande étaient là et demandaient après toi.
Oui, je n'ai pas pu venir…
J'avais une échéance et j'ai pratiquement dû m'enchaîner au bureau.
Oh, tu te souviens de Kuniko ?
Comment j'aurais pu l'oublier ?
Elle était l'amour de ma vie.
Arrête, votre aventure a duré trois mois ?
L'as-tu seulement baisée à l'époque ?
Ne réponds pas, je ne veux pas savoir, en réalité.
Elle est toujours aussi sexy.
Il me semble que c'était hier qu'on la voyait se promener sur le campus,
les seins qui sautillent…
On peut changer de sujet, s'il vous plaît ?
Kuniko est devenue un écrivain et journaliste célèbre, à présent.
Je suis surpris que tu ne l'aies pas croisée.
Après tout, vous gagnez tous les deux votre vie en écrivant.
Enfin, elle est…
Elle est beaucoup plus connue que toi.
Il y a une différence entre un obscur journaliste et une romancière reconnue.
Nous sommes des types d'auteurs différents…
Ouais, la différence, c'est qu'elle a du succès et pas toi.
Vous saviez qu'une de ses nouvelles avait été traduite pour le New Yorker ?
Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour quinze minutes au pieu avec elle…
Comment allaient tous les autres ?
Oh, tu sais…
Ils bossent 24 heures sur 24, font des enfants, engraissent : classique.
« Le top 10 des ventes de romans cette semaine : 2. "Les amants adultères" de Kuniko Ozawa. »
« La Chine et l'Égypte négocient des pièces d'avions militaires ! » « Nous avons besoin de capacités défensives plus fortes »
« Compétition 2006 de nouvelles de Yokohama Prix spécial du jury à Kaito Nakamura »
Mais de quoi ça parle ? Vous appelez ça les « informations » ?
Ça ne parle que de Pearl Harbor ? Qu'est-ce qu'ils racontent ?
Je ne comprends pas…
Hé, qu'est-ce que c'est que ça ?
Regarde…
C'est au sujet d'avant l'attaque…
Quel bazar…
Vous vous rendez compte, ça fait 12 mois qu'on n'a pas fait d'évaluation !
Le temps passe vite, n'est-ce pas ? Je ne sais pas où il s'en va…
Oui…
Donc, reprenons par le début…
Vous êtes content, ici, avec nous ?
Pardon ?
Ça fait maintenant cinq ans que vous êtes parmi nous…
Êtes-vous épanoui dans votre travail ?
Oui. Je trouve que c'est un métier gratifiant.
Vraiment, Kaito ?
Votre travail vous plaît ?
Ou est-ce avoir un travail en temps de crise, qui vous plaît ?
Je suis content, de mon travail.
J'aime ce qu'on fait ici…
J'aime l'histoire et j'aime ce qu'on essaye de promouvoir, la cause nationaliste.
D'accord…
Je consulte votre dossier et je ne suis pas mécontent de ce que vous faites pour nous.
Vous êtes ponctuel…
Vous avez de bonnes idées…
Vous rendez vos articles dans les délais impartis…
Vous êtes poli…
Et il semble que vous vous entendez bien avec le reste de l'équipe…
Je vous remercie.
Vous n'avez pas à me remercier.
Ce sont les faits tels que toute personne objective les noterait dans votre évaluation.
Pour être franc, je ne vois pas de réel progrès depuis la dernière fois…
Ce qui n'est pas une mauvaise chose.
Mais est-ce une bonne chose ? Je ne sais pas…
Vous allumez les informations
et vous voyez une soif de croissance, croissance, croissance, année après année.
Mais vous et moi,
nous ne croissons pas constamment.
Nous atteignons un plateau…
puis nous déclinons régulièrement.
Kaito…
Oui
Kaito, vous n'êtes pas en train de décliner régulièrement.
Pas encore…
Vous êtes confortablement installé sur ce plateau.
Ce qui est une réussite, en quelque sorte.
Bonsoir…
Bonsoir, Kaito. Comment vas-tu ce soir ?
Un peu stressé…
Eh bien, j'espère que je vais pouvoir te détendre un peu.
Les préservatifs sont là…
Je sais…
Ne sors pas de ton personnage.
Merci, Kaito.
Pourquoi ne pas m'appeler plus tôt, la prochaine fois ?
J'apprécie toujours les moments passés ensemble.
Je dois travailler tard pour les payer.
« Les amants adultères », de Kuniko Ozawa
« Compétition 2006 de nouvelles de Yokohama » « Prix spécial du jury à Kaito Nakamura »
Commençons par les récents efforts sud-coréens pour soulever la question des femmes de réconfort
et à nouveau alimenter d'inutiles tensions entre nos nations.
Oui, les gauchistes coréens aspirent à briser l'alliance
entre les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud,
et ils savent que c'est le sujet idéal pour détruire notre unité défensive
contre les communistes chinois et nord-coréens.
Ce dont il s'agit, dans le fond, c'est de la nécessité de détruire
notre partenariat stratégique en Asie sur base d'une pure invention.
Qu'avez-vous trouvé lors de vos recherches récentes sur le sujet ?
J'ai particulièrement porté mon attention
sur la compétence légale
et les précédents pour un gouvernement et l'armée
de contrôler les activités des représentants d'entreprises privées.
Il est évident que nous ne pouvons pas être tenus responsables
des actes d'entrepreneurs privés commis durant la guerre.
Le fait est que ceux qui ont mis en place ces soi-disant femmes de réconfort
étaient des proxénètes privés ; le Gouvernement ne peut pas en être tenu responsable.
Que répondez-vous aux critiques qui feraient valoir qu'en utilisant le service
l'armée a tacitement validé les pratiques de ces intermédiaires ?
Juste ceci : ni l'armée ni le Gouvernement
ne savaient que ces femmes fournissaient ce service sous la contrainte,
et donc les théories de « validation » ne peuvent avoir un quelconque poids.
Si de telles femmes ont réellement existé comme ils l'affirment,
on ne peut attendre du Gouvernement japonais qu'il soit tenu responsable
puisqu'il n'y avait aucune intention délibérée d'avoir recours à ces services privés
parce qu'ils étaient obtenus par la force.
Il est donc raisonnable pour le gouvernement japonais
d'exprimer des regrets pour ce qui est arrivé, mais pas d'en prendre la responsabilité directe…
Bien sûr.
Souvenez-vous qu'en temps de guerre,
nous ne disposions pas des mêmes protocoles stricts d'assurance qualité
qu'aujourd'hui pour chaque contrat d'approvisionnement de l'armée japonaise.
De nombreux braves avaient besoin d'un soulagement sexuel,
ce qui était absolument nécessaire au maintien d'un bon moral,
et des prestataires civils fournissaient un service comme d'autres des armes ou de la nourriture.
Maintenant, si une partie de la nourriture était volée dans une autre ferme
mais livrée à l'armée avec l'assurance qu'elle n'était pas volée,
comment exiger de l'armée japonaise qu'elle ait recherché l'origine des produits
alors que nous étions attaqués et faisions face à des préoccupations bien plus urgentes ?
Gloire à l'Empereur !
Gloire !!!
Gloire !
Crache-moi au visage quand je jouis…
Bonjour…
Bonjour. Quel est le problème ?
Je crois que quelque chose est en panne.
J'ai besoin qu'on m'examine.
Confirmé. J'arrive.
Eh bien, il semble qu'il n'y a rien de grave.
Pouvez-vous décrire le problème avec plus de précision ?
Pas vraiment…
Je…
Je ne sais pas comment décrire cela correctement.
J'ai…
j'ai eu…
des problèmes de vision…
D'accord…
Comme des problèmes de lentilles ?
Lentilles ?
Non.
Je peux parfaitement assimiler les stimuli externes.
Le problème a lieu en mode veille.
N'aie pas peur…
Je suis désolé…
Mais c'est ma première fois…
Ça se voit. Mais il n'y a rien à craindre.
J'imagine que non…
Qu'est-ce qu'une femme comme moi a de si effrayant ?
Rien, je présume…
"Questions et réponses avec Kuniko Ozawa" fête son nouveau roman au Café Lumière.
- Revenons au livre… - Oui, bien sûr.
- Il traite de l'ambition et de ce qu'on est prêt à faire pour satisfaire ses rêves. - Oui.
Ce sujet était-il votre choix de départ ?
En relisant le livre, je me suis aperçue que tout ramenait au même sujet.
C'était donc volontaire ?
Ce n'était pas vraiment planifié, les choses se sont développées naturellement.
- L'idée de donner un sens à son travail… - Oui, continuez…
Je pense que tout s'arrange à la fin…
Un processus tout à fait inconscient…
Oui, rétrospectivement, je parle d'un moi lointain…
J'ai écrit cela à la sortie de l'université, donc j'étais en prise avec ces idées…
Peut-on réaliser pleinement ses rêves ?
Une entière satisfaction personnelle, professionnelle ? Je ne sais pas…
"Dans une année de quatre lunes" Chapitre 1 : Les larmes amères d'un univers froid.
Salut Kaito.
Salut.
Je… je me demandais… si tu as du temps ce week-end…
Ça te plairait peut-être qu'on dîne ensemble.
J'ai lu un article sur ce très bon restaurant thaï à Shibuya qui vient d'ouvrir et j'ai pensé…
Oh, Kaito…
Merci.
Mais…
En fait…
Je vois quelqu'un, donc…
Pardon. Oui, je comprends, oui…
Désolé de t'avoir dérangée…
Merci quand même…
Tu as l'adresse de Kuniko ?
Tu as mon argent ?
Ça ne me regarde pas, mais tu la harcèles, cette salope d'auteure ?
Elle est drôlement sexy pour son âge…
Bon amusement avec elle…
Je n'ai pas voulu que ça se passe comme ça.
Je n'ai pas demandé ça.
Mais je ne peux pas ignorer
ce qui me ronge depuis des années.
Beaucoup diront que j'avais le choix. Mais l'avais-je vraiment ?
Cette ombre m'a consumé.
Elle m'a dévoré.
Alors que je m'enfonce davantage dans cet enfer
nommé Japon…
Il y aura de la beauté dans mon héritage,
mais elle ne sera appréciée
que quand ce pays aura sombré dans le désespoir le plus profond.
Les millions d'heures
à penser à ce qui aurait pu advenir.
Tout l'espoir balayé à chaque putain de minute.
Je n'ai que le néant.
Toute l'énergie gaspillée.
Tout l'amour que j'ai donné.
Tout ce que je voulais, c'était m'échapper de ce jeu.
Le temps va et vient avec comme seule constante :
la douleur.
J'ai imaginé toutes les horreurs possibles à infliger à mon prochain.
Je me suis retenu…
Mais plus maintenant.
Vous devriez vous soucier moins de mes actes
que du monde qui a engendré quelqu'un comme moi.
Attendez que je me propage. Vous ne pourrez pas contenir l'ombre
qui engloutit la lumière du jour.
Kaito ? Qu'est-ce que tu fous là à cette heure du…
Bonjour.
Bonjour.
Ça fait longtemps…
Je ne pensais pas vous revoir un jour dans cet immeuble.
Travailler en indépendant était la meilleure décision que j'ai prise.
Peut-on vous offrir à boire ?
Juste une eau gazeuse.
Une eau gazeuse et deux thés, merci.
Qu'avez-vous pensé de l'expérience globale ?
Il y a quelques problèmes graves, mais si vous les réglez,
je pense que les joueurs vont adorer.
À quel point la situation est-elle problématique dans ce monde-là ?
Il y a des soucis.
Mais en vous connectant à l'esprit des gens
et en jouant avec, à quoi vous attendiez-vous ?
N'êtes-vous pas tenté de rentrer au bercail
et de retravailler avec nous
pour mener "Niveau 4" à l'étape supérieure ?
J'aime ma vie telle qu'elle est.
J'ai noté chaque bug que j'ai pu trouver
et indiqué quelques corrections à apporter au code.
Tout est là.
Entrez, je vous en prie.
Nagisa, ça me fait plaisir de vous revoir.
À moi aussi, ma belle.
Merci.
Bien…
Si je devais vous demander
de conserver sur votre disque tous les fichiers VRX sur lesquels vous avez travaillé
pendant qu'on parcourt tout ce que vous avez fait,
seriez-vous prêt à faire un autre test pour un demi-million et à nous remettre votre analyse finale ?
Je pense que oui…
Montez à 750 K et on travaille ensemble.
Très bien.
Je ne sais pas pourquoi
un gars comme vous
n'a pas voulu rester avec nous
et faire son chemin vers le haut de l'échelle…
Je ne vais pas
progresser dans un endroit pareil, nous le savons tous les deux…
« La vie est un rêve mensonger. Elle ne réveille que ceux
Qui rejettent le monde. » (Atsumori, Zeami Motokiyo, théâtre Nô, couplet d'ouverture)
Tomoki…
Rejoins-moi.
C'est tellement plus épanouissant ici à l'intérieur que là-bas.
Salut…
Salut…
J'essaye d'entrer en contact avec Tomoki.
Je suis sans nouvelles d'elle.
J'ai vu ses résultats. Elle a un virus que je n'ai encore jamais vu.
L'entreprise veut la rappeler pour effectuer d'autres tests.
On ne sait pas quels seront les effets à long terme.
Tu as de ses nouvelles ?
Non.
J'ai été très pris par la négociation d'une nouvelle mission.
On dirait que je vais bientôt avoir quelques Bitcoins supplémentaires…
Quel est ce nouveau boulot ?
C'est une nouvelle expérience de réalité virtuelle flippante.
Même si ça bugge encore de partout.
Attends un peu, Tomoki n'a pas été exposée à des entités de jeu neuronal, récemment ?
Je ne crois pas…
Oh… merde…
Quoi ?!
Eh bien, je testais ce logiciel de jeu en ligne.
Et je communiquais aussi avec elle sur la même connexion réseau.
Il a pu y avoir des convergences…
Eh merde, ce n'est pas bon.
Que dit-on au sujet des logiciels de réalité virtuelle à distance des programmes gynoïde ?
"C'est comme prendre un bain avec un grille-pain"
Putain…
Fais en sorte qu'elle vienne dès que possible faire un examen de maintenance.
Bien sûr, je suis désolé…
J'avais perdu ça de vue en me laissant emporter par le jeu.
Je suis tellement pris par l'action, tu sais ce que c'est.
Si tu as des nouvelles de Tomoki, dis-lui de me contacter… Salut.
"Dans une année de quatre lunes" Un roman de Kaito Nakamura
Qu'as-tu fait aujourd'hui ?
Pas grand-chose.
Et toi ?
J'ai commencé travailler à un nouveau roman.
Bonsoir.
Qu'est-ce que tu veux ?
J'aimerais juste discuter.
Shinya essaye d'entrer en contact avec toi.
Tu vas me laisser dehors ?
J'étais en train de faire quelque chose, mais…
Alors, de quoi voulais-tu discuter ?
Notre avenir…
Eh bien quoi, "notre avenir" ?
Bonjour ?
Bonjour. C'est Kaito Nakamura. Est-ce Kuniko ?
Oui… Kaito…
Ça fait si longtemps !
Est-ce que je peux venir discuter ?
Oui, pardon, c'est une telle surprise.
J'allais sortir manger un morceau, mais on peut sans doute discuter avant.
Et ensuite, je ne sais pas, on pourrait aller manger ensemble…
D'accord…
J'ai su par les autres que tu écrivais pour un tabloïd ?
Oui.
Tu étais un écrivain formidable quand tu t'occupais de la revue de l'université…
J'ai toujours pensé que tu deviendrais notre nouveau Kobo Abe…
Les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaite.
Pourquoi n'es-tu pas venu aux retrouvailles, le mois dernier ?
J'avais beaucoup de travail.
J'ai regretté de manquer ça.
Oui…
Pourquoi es-tu venu me voir, Kaito ?
Tu te souviens que tu m'avais donné une lettre avant de partir pour l'Europe ?
Bien sûr.
Tu te souviens de la dernière phrase de cette lettre ?
Oui.
Moi non plus, je ne l'ai pas oubliée.
"Quand tu es devant moi
et que tu me regardes,
"que sais-tu de la souffrance en moi
et que sais-je de la tienne ?"
Est-ce que tu te souviens qui en est l'auteur ?
Kafka.
Oui.
Tu as toujours adoré Kafka…
Je ne dirais pas "adoré". J'admirais sa technique.
Tu n'es pas venu ici pour parler de notre passé, n'est-ce pas ?
Gloire à l'Empereur !
Tu as toujours été la meilleure, Kuniko,
mais tu aurais pu aller plus loin…
Quand tu es devant moi
et que tu me regardes,
que sais-tu
de la souffrance en moi
et que sais-je de la tienne ?
Et si je devais me jeter à tes pieds
et pleurer en t'en parlant
que saurais-tu de plus à mon sujet que tu ne sais de l'enfer
lorsqu'on te dit que c'est chaud et terrifiant ?
Ne serait-ce que pour cela,
nous autres, êtres humains, devrions nous comporter mutuellement
de manière aussi respectueuse,
aussi réfléchie,
aussi affectueuse
que nous le ferions à l'entrée de l'enfer."
Pour Oshima Nagisa
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