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DU MIEL PLEIN LA TÊTE
Mon docteur, le Dr Edwards,
m'a bien expliqué la maladie de grand-père.
Il a Alzheimer, et donc il oublie plein de choses.
Moi, j'oublie de faire mes devoirs ou de me brosser les dents.
Grand-père, lui, il oublie presque tout.
Mes parents veulent le placer,
mais ça ferait qu'empirer les choses.
Alors, je l'emmène à Venise pour qu'il aille mieux.
Il se souvient de Venise,
alors que ça date d'un siècle,
son voyage de noces avec grand-mère.
Coucou, maman et papa.
On s'amuse bien, avec grand-père.
Et j'ai mon inhalateur,
alors flippez pas.
Là, on petit-déjeune dans le train.
Tu veux dire quelque chose ?
- À qui ? - Maman et papa.
On s'amuse bien.
Y a personne.
On leur dit crotte.
On leur dit crotte.
À demain
ou après-demain.
Gros bisous !
Tu vas où ?
Aux gogues.
Merde, grand-père !
PAPA
Grand-père !
Ça, c'est nous : mon grand-père Amadeus et moi.
Moi, je comprends qu'il soit comme ça.
Papa et maman s'inquiètent sans arrêt
de ce qui pourrait arriver
au boulot, à la nouvelle maison, à moi.
Ou alors, ils ressassent le passé.
Mais parfois, mieux vaut se concentrer
sur ce qui se passe ici et maintenant.
Tout a commencé quand grand-mère est morte.
Margaret incarnait le chic dans notre petite communauté.
Ils vont la brûler ?
Qui ?
Ta grand-mère, patate !
Ça va pas ? Jamais.
Alors,
elle va se faire manger par les vers.
Elle est dans un cercueil.
Ils grignotent les cercueils
avec leurs petites dents pointues.
On peut parler d'autre chose ?
C'est comment, l'Angleterre ?
T'as des nouvelles copines ?
Pas vraiment.
T'as rencontré la reine ?
Oui !
Elle vous passe le bonjour.
La mort de Margaret
laisse un grand vide dans nos cœurs.
Mais tant qu'elle reste dans nos mémoires,
elle n'est pas oubliée.
Elle n'est jamais oubliée.
Amadeus va dire quelques mots.
Merci.
Ma Maggie
était merveilleuse.
Avec un cœur énorme.
Et quels seins !
Énormes et magnifiques.
Elle riait toujours
de mes bourdes... blagues idiotes.
Jusqu'à la fin.
Quels melons fabriquent du lait ?
Les mamelons.
Je la mangeais toujours,
sa tarte aux pommes.
Celle avec une croûte à la cannelle
et la crème qui mousse.
Elle n'en faisait plus depuis des lustres.
Je sais.
À dire vrai,
je ne raffolais pas de cette tarte.
Mais j'en mangeais toujours.
Parce que
nous avons
tous
nos petites habitudes.
J'aurais adoré manger autre chose.
Du cake, peut-être ?
J'aime pas ça.
Une tarte aux noix de pécan ou...
Comment ça s'appelle ? Si, vous savez...
Des choux à la crème !
Ils font d'excellents choux à la crème au...
Au croisement, là-bas.
Il y a... C'est une nouvelle maison.
Ils ont remachiné la maison.
Ils ont tout bourré...
Je vous pisse à la raie !
Je vous pisse à la raie.
Cela dit,
je me damnerais pour sa tarte,
maintenant.
Ma bien-aimée Elizabeth.
Elizabeth ?
C'est sa mère.
Nick,
j'espère qu'un jour tu trouveras une femme
aussi merveilleuse que ta mère.
Comment je vais faire sans toi ?
Arrivederci, mon amour.
Arrivederci.
Grand-mère.
Après l'enterrement,
papa a proposé à grand-père de vivre avec nous en Angleterre.
Mais il voulait pas.
Il voulait pas laisser grand-mère toute seule.
On est repartis sans lui.
Trois mois plus tard, il a appelé.
Il ne se souvenait plus du chemin jusqu'au cimetière.
VÉTÉRINAIRE AMADEUS NICHOLAS ROSS
Tildy !
Ma petite principessa !
Je te prends ça.
Lui, je l'ai déjà vu quelque part.
Entrez donc.
Tiens, viens t'asseoir là.
Tu veux un biscuit ?
Vous êtes venus en car ?
Non, on vit en Angleterre, tu te rappelles ?
Je le sais, ça !
Grand-père ?
Y a du lait sur l'étagère ?
Le lave-vaisselle est plein.
Margaret !
Maggie, ton fils est là !
Papa.
Maman,
n'est pas là.
Je le sais, ça !
Bien sûr.
C'est l'habitude.
Tu cherches quelque chose ?
Où est Roberta ?
- Roberta ? - Ta femme de ménage.
Virée.
Tu l'as virée ?
Pourquoi ?
Elle volait.
Volait quoi ?
Les bijoux de ta sœur.
Je n'ai pas de sœur.
T'en voulais une, non ?
Ces bijoux-là ?
Tout y est.
Content qu'elle ait tout rapporté.
Un café ?
Grand-père,
t'es pas censé enfermer ça quelque part ?
Si les Russes débarquent,
il faut un revolver à portée de main.
C'est pas un vrai.
Tu vas voir !
T'as du lait ?
D'accord, café noir.
Nom d'un chien !
Papa !
T'as perdu la tête ?
Donne !
T'as complètement perdu la tête ?
Ça sort d'où ?
Pas du supermarché, en tout cas.
Mon cœur, ça va ?
Punaise.
J'ai une idée.
Viens habiter chez nous.
Seulement si tu me donnes de quoi m'occuper.
Y aura de quoi faire.
Pas vrai, chérie ?
Il pourra s'occuper du jardin.
On te veut près de nous.
Mais j'ai besoin
de prendre mes...
Ces trucs.
Ça et ça, aussi.
Tout ce que tu voudras.
Je ferai expédier un container.
Mais plus de revolvers.
Terminé.
- Cindy est d'accord ? - Qui ?
Ta mère.
Sarah ?
Maman sera d'accord. C'est promis.
Ici,
votre salle de bains, Amadeus.
Et des serviettes propres sur le lit.
Tu m'accompagneras à l'école.
Ma chambre est en face.
Où est Jack ?
- Qui est Jack ? - Mon chien.
S'il est attaché dehors, il aime pas ça.
Jack est mort.
À Noël, il me semble.
Tiens,
je te donne Benny.
Il est tout doux
et il sent moins mauvais que Jack.
Chérie, je dois vraiment partir.
Je ne peux pas rater ma réunion.
J'ai un pitch, cet aprèm.
Je vais être en retard.
Je peux pas rater ma réunion.
On est venus ici pour ma carrière.
On était d'accord.
Après l'Amérique, c'est mon tour.
- Je dois partir. - Pour une fois !
Je m'y colle depuis que Tilda a 4 ans.
C'est faux.
C'est vrai !
Me fais pas ça.
Je t'en supplie.
Désolée du retard, voici.
Allez à la page 4.
À l'évidence,
Matilda a eu des difficultés d'adaptation.
C'était un gros changement ?
As-tu l'impression qu'il y a un mieux ?
Ta famille américaine te manque.
Elle s'est adaptée, non ?
Oui, absolument.
Elle perd déjà son accent américain.
Dieu merci !
Non.
Si. Enfin, tu pourrais.
On voit ici
que ses notes s'améliorent
un petit peu.
Navré, je dois partir.
Tilda, ma chérie, à plus.
Je le prends ou vous...
Je me demandais comment tu vivais les choses.
Bien, merci.
C'est formidable.
Y a-t-il autre chose ?
Je voulais vous présenter
nos activités extra-scolaires.
Elles pourraient aider Matilda
à consolider ses nouvelles amitiés.
Par e-mail ?
Pardon, j'ai un pitch à présenter.
C'est important.
Je t'aime. Bravo. À tout à l'heure.
Merci infiniment, Mme...
Seager.
Mais oui ! Je le sais, ça.
On est ravis que tout se passe si bien.
On est fiers de toi, ma chérie.
Au revoir. Merci.
Mes parents travaillent beaucoup.
Papa, dans une banque.
Il a été muté à Londres
après avoir passé trop de temps avec Penny,
sa chef dans le Connecticut.
Maman, qui a grandi ici,
voulait se rapprocher de sa mère.
Et papa a découvert que maman avait fricoté
avec son nouveau patron à la fête de Noël
pour se venger de Penny.
Papa était très fâché.
Mais grand-père a dit :
"Si le coq se le permet,
la poule peut se le permettre."
Papa devait pas être d'accord,
il fait que travailler, maintenant.
La police a appelé.
Comment ça ?
Ton père est avec eux.
Où ?
Au commissariat.
Pourquoi ?
Il est blessé ?
Non, pas du tout.
- Alors, quoi ? - Assieds-toi.
Je suis assis !
Trêve de blabla. Accouche !
Je ne blablate pas !
J'essaie de te dire ce que ton père a fait.
Je suis tout ouïe.
Il a signalé une disparition.
Celle de ta mère.
C'est pas grave.
- Je m'excuse. - C'est rien.
Je nettoie vite fait.
Mme Ross. Je viens chercher mon beau-père.
Qui a signalé
la disparition de sa femme ?
Il nous a donné ceci.
Vous la connaissez ?
Oui,
c'est ma défunte belle-mère.
Jeune.
La photo de la personne disparue.
Désolée.
Je peux le ramener ?
Merci infiniment.
Tenez, Amadeus.
C'est Maggie.
Elle est pas magnifique ?
Tous les garçons lui couraient après.
Ils voulaient tous sortir avec elle.
Mais elle m'a choisi...
Elle voulait...
Vous vouliez la montrer aux policiers ?
Grands dieux, pour quoi faire ?
À vous de me le dire.
Pour me vanter, peut-être ?
On rentre ?
Je préfère rester ici,
avec cette policière.
Elle est très gentille.
Elle le porte sur son visage.
C'est vrai, mais elle est aussi très occupée.
Allez, rentrons.
On se lève.
Merci infiniment.
1, 2, 3,
4, 5.
Attends voir, une minute.
- 5 ? - Bouge pas mes pions.
- C'était... - Tu sais compter ?
1, 2, 3, 4, 5 ! Merci.
Je vérifiais, comme tu aimes gagner.
Et tu détestes perdre.
Mais là,
avec un 3, je gagne.
Encore.
À vous.
Amadeus ?
Laisse-lui le temps.
Je réfléchis
à mon prochain coup.
On joue pas aux échecs.
Laisse-le réfléchir !
D'accord. Pardon.
Allez-y.
Par la gauche,
ils m'intercepteront ici.
Ce serait pas stratégique. Par contre,
la voie est libre, par là.
Tu crois ?
Regarde. Pas par là,
tu l'as dit.
Sans compter le risque d'embuscade
si tu passes par ici.
Par là, c'est sans danger.
Merci !
421 !
Mince !
C'est pas vrai !
Il est où ?
Il était où ?
C'est important, sinon...
6 !
- Ah oui ? - Oui. 6.
En tout cas, ça y ressemble.
1, 2, 3,
4, 5, 6,
7, 8,
9...
On a un gagnant !
Amadeus !
Vous avez fait 6.
Chérie !
Pas 10.
- Maman ! - Quoi ? Désolée.
Il faut respecter les règles.
Où est le problème s'il gagne ?
Ça rime à rien !
Qui vote pour les règles de grand-père ?
Enfin !
Qu'est-ce que c'est ?
Ses affaires. Pour qu'il se sente chez lui.
Merci de m'avoir prévenue.
De rien.
Attends...
Ça se présente mal.
Arrête-les, il va...
Espèce d'abruti.
Et le rétro, alors ?
Génial ! Merci.
Impec ! Le camion est nickel !
Merci infiniment
pour votre professionnalisme !
Ça va, Sandra, je leur donne un pourboire !
Merci, m'sieur.
Fais gaffe à rien casser, maintenant.
- Oui, chef. - Je dis ça, je dis rien.
Merci, m'sieur.
Comment c'est possible ? Où est la caméra cachée ?
Voilà, c'est bien.
C'est quoi ? Un frigo ?
Ça, c'est sa bibliothèque.
- Pardon ? - Pour ses livres.
Combien t'a coûté le transfert de son frigo pourri ?
Je sais pas. Le bureau a payé.
Comment c'est possible ? Je fais pas garde-meuble.
C'est carrément déprimant !
Ce sont ses affaires.
Il y tient. Ça lui fait plaisir.
C'est l'essentiel.
Bande de bras cassés !
Qu'est-ce que je viens de dire ?
Et toi : "Oui, chef !"
Vous allez payer la casse.
Où va le frigo ?
Le frigo,
dans la salle de bain.
Sans vouloir être désagréable,
pardon, mais ça fait beaucoup trop.
Ce sont vos affaires,
mais on met tout soit dans la grange,
soit dans votre chambre.
Et j'ai bien dit "tout".
On y va, les gars !
Je peux ?
Entrez, mon grand !
Elle est bonne.
On a retrouvé ça.
Les revoilà !
J'en connais une qui va être contente.
Je vais vous donner un petit...
Non, je vous en prie.
Vous avez été généreux.
Sûr ?
Prenez soin de vous.
T'es une sacrée poupée.
Je peux avoir le pain ?
Le pain.
Quoi, le pain ?
Je peux l'avoir ?
Je m'adressais à ton père.
Arrêtez, c'est agaçant, on mange.
On peut passer une soirée sympa ?
Dis-lui d'arrêter.
On peut rien faire, ici. J'étais mieux chez moi.
Tu es chez toi.
Je me marrais mieux, là-bas.
Ne jette pas ta nourriture.
Non, continuez !
Continuez à claquer de la langue
et à jeter la nourriture, je m'en fiche.
Non, j'ai plus envie.
Quel dommage !
C'est votre faute.
On s'ennuie, hein ?
Comment t'as connu grand-mère ?
Oui, ça faisait longtemps.
Racontez-nous plutôt
comment vous avez connu votre patron.
C'était comment, déjà ?
J'ai dû le lui dire.
J'étais en colère.
Je me souviens pas.
Pratique.
C'est de famille de plus se souvenir.
- Comment ? - Rien.
C'est pas facile à admettre,
mais il va pas bien.
Laisse-lui le temps de se remettre.
On devrait l'emmener chez le médecin
pour écarter
la présomption de démence précoce.
Il va bien.
On va tous bien,
notre couple va bien,
tout le monde va bien...
Arrête.
Je dois dormir un peu.
Je comprends rien.
Ce prof de maths explique comme un pied.
Il est gogol ?
Tu peux pas dire "gogol", ici.
Il a la tête dans le fion ?
Ça veut dire quoi ?
C'est quand quelqu'un
vit avec la tête à la place du fion.
Du lait dans ton café ?
J'ai 10 ans.
Le café stimule le cerveau.
D'accord, alors !
Saloperie de machine.
Pourquoi ils font des trucs compliqués ?
Faut ajouter de l'eau.
Satané machin.
Je peux t'aider ?
Attends.
Faut laisser infuser.
Tu peux m'aider ?
Tes amis peuvent pas t'aider ?
Tu faisais bien des calculs quand t'étais vétérinaire ?
Oui, bien sûr !
On faisait pas ça, de mon temps.
On laissait nos fractions
prendre la taille qu'elles voulaient.
Je fais pareil, tu crois ?
Mais oui ! Pourquoi pas ?
Elles m'ont l'air bien
comme ça.
Quelqu'un a vu le miel ?
Vous avez mangé du miel ?
Je suis allergique au miel.
T'es bien jolie.
Si on allait prendre un café ?
Tous les deux, en amoureux.
Mince. C'est terrible.
Dégage !
Va-t'en !
Aucun problème.
Va-t'en !
Entendu, soignez-vous bien.
Merde !
- Quoi ? - Le jardinier est encore malade.
Ça fait des semaines.
- Grand-père pourrait aider. - Oui !
Ça m'occuperait.
Vous êtes sûr de savoir faire ?
C'est pas un bébé.
D'accord...
Il faudrait nettoyer les rosiers et les platebandes.
Et tailler la haie.
3 ou 4 centimètres.
Inutile de le préciser, Sandra.
Sarah.
C'est joli aussi.
- Qui a fait ce café ? - Moi !
T'es bien jolie.
À plus tard !
Qu'est-ce que vous faites ?
Je taille le...
Quoi ?
Le trucmuche.
J'ai dit comme ça !
C'est bien ça.
Pile.
À mon avis,
c'était mieux avant.
Je laisse cette partie comme ça ou
je rase tout ?
C'est vous qui voyez.
Tu rêvais d'un jardin anglais.
Quel rapport ?
Un jardin anglais n'a pas un trou dans la haie.
C'est pas un jardin anglais, c'est un massacre.
Ça me déplaît pas,
ça agrandit.
C'est pas mal.
Mais putain, faut des années pour avoir une haie.
Maman, t'as dit le mot interdit.
- Pardon, chérie. - Attention.
Tu comptes réagir ?
Les ravages vont continuer ?
Achète une nouvelle haie.
"Achète une nouvelle haie" ?
Pardon, elles viennent d'où ?
De votre jardin.
Elles vous plaisent ?
Vous tenez absolument
à me rendre folle ?
J'essaie de présenter mes excuses,
Sandra.
Je n'ai pas taillé... Sarah !
Je me suis pas... coupé comme il faut.
- La... - Haie.
Vous comprenez
un peu pourquoi je suis
contrariée ?
On organise une fête, bientôt.
Les gens vont venir
et à la place d'une belle haie,
ils ne verront rien !
Un trou béant !
Et dans le jardin,
ils ne verront pas de fleurs, vous les avez coupées.
- Je peux... - Quoi ?
Papa, on te remercie
de proposer ton aide.
Mais je crois que ce que Sarah veut dire,
et on est tous d'accord,
c'est que si tu as des questions sur le jardinage,
ce serait bien de consulter Sarah
avant de...
C'était l'idée de maman.
D'accord, j'en ai une meilleure.
Et si
t'arrêtais de jardiner, complètement ?
Elizabeth adorait les roses, elle.
Maman s'appelait Margaret.
- Bonjour, chérie. - Coucou, maman.
Tu as une voix
bizarre.
Je supporte mal la vie avec Amadeus.
Le charmant Amadeus ? Comment ça ?
Il est de plus en plus étrange.
Il oublie tout.
Je suis convaincue qu'il a un truc.
Sois patiente.
Apprends à prendre tout ça
avec humour et sagesse.
C'est essentiel.
C'est l'occasion d'apprendre
sur toi-même.
Ça s'appelle l'amour.
À propos, comment va Nick ?
Il fait l'autruche, pour changer.
Il refuse l'évidence.
Ça t'arrive.
Ça nous arrive à tous.
Bien, je dois raccrocher. Je te rappelle.
N'oublie pas. Sagesse et humour.
D'accord, salut.
Bisous.
Tous les matins, grand-père m'emmenait à l'école.
Parfois, il était lui-même, mais pas toujours.
Par exemple, il a commencé
à ranger des choses n'importe où.
Une fois, il a mis un poulet rôti
dans son armoire.
Maman a mis une semaine à le trouver.
La nuit, il errait dans la maison.
Maggie, tu m'entends ?
Oh non, il pleut
à longueur de temps.
D'ailleurs, je crois...
Papa dit qu'avec l'âge on déraille,
mais que ça ira.
Maman n'en parle plus,
elle passe son temps au travail.
J'ai faim.
- Raconte-moi une histoire. - Une histoire ?
Sur toi, et papa à mon âge.
Une fois, j'ai emmené ton papa
faire du camping avec des amis
dans la prairie derrière la maison.
Grand-père nous a dit que ça grouillait d'ours, la nuit,
pour nous faire peur.
C'est vrai !
Il a dit qu'on devait s'armer
des outils de la remise
pour se défendre contre les ours.
Et pouvoir faire nos allers-retours à la grange
sans se faire croquer.
T'aurais vu la tente : fourches,
haches, scies, la totale.
T'as pris ta canne à pêche !
Tu t'en souviens ?
Comment oublier ?
Comme si on pouvait
chasser un ours
avec une canne à pêche !
Donc grand-père sort pisser un coup,
et on entend un bruit bizarre,
un rugissement.
Grand-père rapplique :
"J'ai vu un ours !"
"Ça hurle pas, un ours."
"Détrompe-toi, fiston."
Je crois toujours pas
aux ours hurleurs.
C'était moi.
Tu l'avais jamais dit.
T'avais jamais demandé.
Papa,
j'ai vu un médecin.
Il aimerait t'examiner.
Pourquoi ?
Parce que
je suis devenu débile, c'est ça ?
Je suis débile ?
- C'est ça ? - Pas du tout.
Tu crois que je suis...
Tu crois que je perds la boule ?
J'irai pas voir ton fichu médecin.
Penses-y.
Il pourrait t'aider.
On dirait ta mère.
Elle voulait que tu consultes ?
Je sais plus.
Je me rappelle plus de rien.
Mais ce que je sais,
c'est qu'il peut certainement pas m'aider.
J'en suis sûr et certain.
Tu lui as parlé ?
Il refuse.
Génial. Tu fais quoi ?
Rien.
Je dois le forcer ?
Comment on force un vieux monsieur ?
Comme tu m'as forcée à accepter son bazar ?
Sans prévenir.
Il a Alzheimer, Nick.
Je suis épuisée. Je peux pas continuer comme ça.
On dort plus depuis des semaines,
c'est trop dur !
On s'en sort pas.
On a besoin d'aide.
Demain, je vais à Berlin.
C'est pas dans l'agenda.
James m'a appelé hier.
On doit boucler le contrat Pfeiffer.
On a un souci. J'ai mon pitch,
tu étais de médecin avec Tilda
et Thérèse n'est pas là.
Comment on fait ?
C'est réglé.
- Ah oui ? - Papa y va.
Tu plaisantes ?
Une idée de Tilda.
Elle lui a fait une pochette tour de cou.
Quoi ? Comme l'Ours Paddington ?
Avec ses coordonnées ? Rassurant.
Je connais pas.
L'Ours Paddington ?
Ça doit être anglais.
Le sarcasme n'aidera pas.
Il l'emmène déjà à l'école
et Tilda sait aller chez le médecin.
Il veut se rendre utile.
Laisse-le faire.
Coucou, t'es où ?
À Berlin, tu sais ?
Cool !
Grand-père est venu te chercher ?
Bien sûr, on est sur place.
Tu me le passes ?
Il remplit des documents.
Des documents ?
Passe-le-moi.
C'est à nous !
Bisous.
J'ai rendez-vous. Matilda Ross.
- Tu es très en retard. - Pardon.
Tu es seule ?
Les mineurs doivent être accompagnés.
Mon grand-père est aux toilettes.
Ça risque d'être long.
Il a l'estomac dérangé.
Le pauvre.
Je préviens le Dr Edwards.
Encore.
Tout va bien. Pas d'obstructions.
Vous m'aidez ?
Bien sûr.
Tu utilises le nouvel inhalateur ?
- J'ai une question. - Bien sûr.
C'est quoi, Alzheimer ?
Pourquoi ?
Mon grand-père a ça.
Enfin, ma mère le dit.
Est-elle médecin ?
Voilà.
Mais mon père la trouve chiante, à tout savoir.
Parle-moi de ton grand-père.
Il est souvent désorienté.
Il a mauvaise mémoire ?
Carrément, oui.
C'est normal.
Ça arrive, avec l'âge.
Vous avez déjà mis un poulet dans une armoire ?
Vivant ou mort ?
Mort.
Non, j'avoue.
Ma chérie,
je t'ai fait ton gâteau préféré.
J'ai utilisé ta recette.
Je l'ai oublié dans la cuisine.
Je reviens
tout de suite.
Ne bouge pas !
Imagine :
tous ces livres,
c'est le cerveau de ton grand-père.
À cause de la maladie,
certains livres se mettent à tomber.
Quand un livre tombe,
ton grand-père oublie son contenu.
Selon sa forme,
certains livres se relèvent.
Mais d'autres tombent à leur tour.
Plus la maladie progresse,
plus les livres tombent.
À la fin,
beaucoup de livres tombent de l'étagère
définitivement.
Et un jour...
Il ne saura plus rien ?
Qu'est-ce que je peux faire pour l'aider ?
Donne-lui des choses à faire
pour qu'il se sente sollicité
et utile.
C'est important.
Quand il dit ou fait des choses
un peu bizarres,
fais comme si c'était tout à fait normal.
Rejoins-le dans son monde.
Ça l'aidera.
Tiens,
qui a mis ça là-dedans ?
Ça va aller, bougez pas.
Ça va,
vous n'avez rien ?
Je voulais faire un gâteau.
Ne pleurez pas.
Ne pleurez pas, tout va bien.
Ne pleurez pas, tout va bien.
Tout va bien.
Quelqu'un a mis ses talons longs dans le four.
Ses talons longs ?
Vous m'en voulez.
Non, pas du tout.
On goûte le gâteau ?
Quoi ?
On goûte le gâteau ?
J'adorerais, mais je suis au régime.
Vous savez quoi ?
Un tout petit morceau,
pour goûter.
Sortons-le du four.
Dis donc !
Pas mal.
Maggie adorait cette recette.
Ah oui ?
C'est délicieux !
Vous en voulez ?
Tu fais quoi ?
Je cherche le miel.
- T'as fait ça ? - Non, ton père.
Goûte, c'est meilleur que ça en a l'air.
J'ai mangé.
- Et Berlin ? - C'était bien.
- Tout va bien ? - Pas vraiment.
Ton père a oublié Tilda.
Non.
Selon elle, il est venu.
C'est ce qu'elle dit.
J'ai parlé à la secrétaire.
Quand je suis rentrée,
la cuisine était en feu.
Et ton père aussi.
J'ai dû l'éteindre.
Un peu plus, et ton père était mort.
On l'aurait identifié
grâce à ses dents.
Heureusement, Tilda n'était pas rentrée.
C'est dingue !
Ça ne doit plus arriver.
Et je regrette, mais c'est ta faute.
Ma faute ?
Comment ça ?
T'es en plein déni de réalité !
La réalité que tu nies, c'est que tu n'étais pas là non plus.
T'aurais pu décaler ton pitch.
C'était à toi
de l'emmener, c'était convenu !
Je viens de commencer, je peux pas appeler Serge...
Serge ?
Et revoilà Serge !
Tu lui as pitché tes nichons ?
Pardon ?
Tu lui as pitché quoi, cette fois ?
Tes nichons ou ton cul ?
Joli.
T'es pas un saint. Toi aussi, t'as déconné.
Papa.
Ferme la porte des toilettes.
Qui enlève le frigo de sa chambre ?
J'ai passé l'été
avec grand-père, à visiter Londres.
On a joué les touristes.
Il m'a appris
qu'il faut provoquer la chance une fois par jour
parce qu'on peut avoir de la chance sans le savoir.
Le Dr Edwards m'a dit qu'avec Alzheimer,
on se souvient souvent mieux
des événements lointains.
Alors avec grand-père,
on regardait souvent un vieil album photo.
Même si je connaissais
ses histoires par cœur,
j'adorais les écouter :
il avait l'air si heureux !
Ça, c'est au Lido,
à la plage.
Grand-mère et moi, on avait à redire
sur le "mode de vie".
Margaret aimait se baigner toute nue.
Ah bon ?
Le maître-nageur se fâchait.
Elle enlevait son maillot et entrait dans l'eau toute nue.
Elle s'en tirait toujours,
elle aurait vendu un frigo à un Esquimau.
C'est où, ça ?
Saint Machin-chose.
Regarde les mouettes !
Margaret les aimait bien
jusqu'à ce que l'une d'elles chie
sur sa salade caprese
pendant qu'elle mangeait.
Elle me manque, grand-mère.
À moi aussi, princesse.
À moi aussi.
Quand je serai mort, on sera ensemble
là-haut.
Je veux pas que tu meures.
Dis pas de bêtises, princesse.
Personne n'y coupe.
Et quand...
Quand Maggie et moi, on se retrouvera,
on va faire une sacrée nouba !
On va foutre le boxon !
Je croyais pas au paradis,
mais je trouvais ça adorable qu'il essaie de me réconforter.
C'est moi qui aurais dû le réconforter.
Après ça, j'ai commencé à le filmer,
comme mes parents avec moi quand j'étais bébé.
Je me disais que quand il ne se souviendrait plus de rien,
il aimerait regarder ces vidéos.
Joyeux anniversaire. Ça fait quoi ?
Quoi donc ?
D'avoir 76 ans.
J'ai 76 ans ?
Je croyais que j'en avais 42.
Ta couleur préférée ?
Le rouge.
Ton animal préféré ?
Le chien.
Ça fait quoi, de tout oublier ?
C'est comme avoir
du miel plein la tête.
Tout collant.
Depuis quand tu as du miel dans la tête ?
Depuis que j'ai plus les idées claires.
Mais j'ai...
Voyons voir...
Paf, le chien !
C'est quoi ?
Y a tout, à l'intérieur.
Tout ce dont je dois me souvenir.
Ça vient de...
Ça a été écrit par...
Grand-mère me l'a fait.
Je peux ?
JACK, MON CHIEN
MATILDA, MA PETITE-FILLE
MARGARET EST MORTE MARGARET, MA FEMME
Elle savait qu'elle allait mourir ?
Non.
C'est moi qui ai dû l'écrire.
Elle...
Elle est morte,
c'est ça ?
Oui, grand-père.
Tu vois, je le savais, ça.
Avez-vous des projets, ce soir ?
Je vais demander à ma femme.
Maman.
On va passer une soirée formidable.
D'abord, on trinque.
Amadeus, joyeux anniversaire.
Quoi ?
Trinquons à votre anniversaire.
J'ai pas soif.
Ah non ?
On réessaie ?
Joyeux anniversaire !
J'ai pas soif !
Elle a Alzheimer, la bonne femme ?
L'aïoli.
Le champagne est bon !
Papa.
C'est pour le pain.
Papa, c'est pas du savon.
Ça ne va pas sur le visage.
Ça se mange.
Seigneur...
Non, ma chérie.
Arrête, Tilda.
Tu l'encourages.
Arrête. Dis-lui.
C'est toi, sa mère.
Merci beaucoup.
Merci.
L'huile d'olive est excellente pour la peau.
Où en étions-nous ?
Je vais prendre
le bar.
Le bar.
Avec des asperges.
Comment dit-on quand elles sont
encore bien dures ?
Al dente.
Madame ?
Le tartare de thon.
Et la demoiselle ?
Gratin de macaronis.
Excellent choix,
c'est notre plat signature.
Et toi, papa ?
Je veux rentrer à la maison.
On va rentrer mais d'abord,
on va dîner
pour ton anniversaire.
Tu peux prendre...
Le foie de veau.
Annulez.
Il n'aime pas ça.
Qu'est-ce qui te fait envie ?
Je mange quoi,
d'habitude ?
Une salade caprese ?
Deux salades.
Deux caprese.
Merci.
Ça va aller.
Je veux rentrer à la maison.
POUR TILDA
Qu'est-ce qui va pas ?
C'est tellement...
Dur ?
C'est terriblement, terriblement...
Quand on se souvient plus de rien.
Tout est vide.
Quand on veut écrire,
on n'y arrive pas.
Y a quelque chose à l'intérieur
qui bloque tout.
Tu te rappelles ce que tu voulais écrire ?
Écris, toi.
Pour Tilda,
Ma chère...
Chère...
Petite-fille ?
C'est moi qui décide.
Un jour viendra
où je n'arriverai plus
à me souvenir
que tu
es toi.
Mais quoi qu'il arrive,
il y a une chose dont tu dois te souvenir
par-dessus tout :
c'est que je t'aime
et que tu es la plus merveilleuse
des princesses
dont je puisse rêver.
Joue pas les caïds
T'es pas à la hauteur Joue pas les caïds
Tu cherches les embrouilles
Mais tu te pavanes comme une ballerine
Ta gueule ! Ferme ta gueule !
Tu débloques ou quoi, crétin ?
Tu débloques ?
M. Ross,
par ici.
Je te tiendrai la main.
- Tu veux ? - On est ici pour toi.
Tu viens, trésor ?
Viens avec nous.
Je vais vous attendre ici.
Je suis le Dr Holst.
On va discuter un peu.
Ça va, aujourd'hui ?
Vous avez déjà demandé.
Non.
- Alors... - Alors quoi ?
Comment ça va ?
Déjà demandé.
Peut-être, mais j'aimerais une réponse.
- À quoi ? - Ma question.
Ça promet, cette discussion !
Vous êtes venu avec qui ?
Mes parents.
Votre petite-fille ?
C'est ce que j'ai dit.
Quel âge a-t-elle ?
Elle a encore un temps fou devant elle !
Savez-vous quel âge elle a ?
Je peux même pas vous dire
quel âge j'avais
quand elle est née.
Tu avais
66 ans.
66 ans.
66 ans.
M. Ross,
combien font 9 + 3 ?
Allons !
Vous ne savez pas
combien font 9 + 3
et vous prétendez être médecin ?
Pas étonnant qu'ils aient perdu les colonies.
Je suis de Louisiane, je n'ai rien perdu.
Vous étiez du bon côté.
C'est parti.
J'ai une question.
Vous êtes prêt ?
Qu'est-ce qui est blanc et vit dans une bouteille ?
Désolé...
Vous n'avez pas répondu à ma question.
Blanc, dans une bouteille ?
Du lait.
Y a quoi dans un milkshake ?
Du lait.
Que boivent les vaches ?
Du lait.
Faux.
De l'eau.
Les vaches boivent de l'eau.
Maintenant, excusez-moi...
Où allez-vous ?
J'ai à faire.
On conclut notre discussion ?
Mon assistant
vous fixera
un rendez-vous.
Là tout de suite,
on m'attend au bloc.
Il était vétérinaire.
On revient.
Pour notre fête de l'été,
grand-père devait rester dans sa chambre
et en échange,
il pouvait assister au feu d'artifice.
Puis-je ?
- Serge. - Sarah !
- Tu es là ? - Cache ta joie.
Et ta femme est là.
Elle s'ennuie, seule à la maison.
Nick est au courant.
Quoi ?
Nick est au courant.
- Comment ? - Je lui ai dit.
- C'est une blague ? - Du tout.
Je ne serais pas venu si j'avais su,
surtout avec ma femme.
C'est quoi, cette tenue ?
C'est le 4 Juillet.
Faut bien représenter les colonies.
Vous avez tout sucé ?
Excellent !
Vous voulez goûter ?
Au secours.
Non, pitié, maman.
Quelle joie de vous voir.
Quel beau guerrier !
On se connaît ?
Espèce de vieux briscard.
Je dois filer.
Non, attendez. Faisons la fête !
Surtout pas. Laisse-le partir.
Bravo, chef. La musique est extra.
Oui, ça va.
C'étaient des 33 tours,
à mon époque.
Des 33 tours.
Je vais pisser.
Vous surveillez le stand ?
- Y a un souci. - Lequel ?
Te fâche pas.
- Pourquoi je me fâcherais ? - Promets.
Promis.
- Serge est là. - Pardon ?
Serge est là.
- Tu plaisantes ? - Pas du tout.
- Dis-lui de partir. - C'est mon patron.
Fais-le ou je m'en charge.
Non, pas question.
Vous devez être Nick.
Veinarde, quel bel homme.
En parlant de veine, voici Nora,
ma femme.
Mais oui, enchantée.
Ravie de vous rencontrer.
Voici Nick.
J'ai la main...
Pas trop calme, l'Angleterre,
après New York ?
On était dans le Connecticut, c'est moins animé.
Sarah s'invente des animations.
Pas vrai, chérie ?
Elle réveille le bureau, en tout cas.
Sans déconner ?
- Alors, cette sauce ? - Délicieux.
C'est quoi ?
De l'aubergine.
Solanum melongena.
Moi, je dis aubergine.
Pas de quoi se formaliser, si ?
C'est démodé, aubergine ?
On dit aubergine
depuis 11 ans.
Je raffole de l'aubergine,
mais peu importe.
Ça m'importe, à moi.
Alors pourquoi t'en parles jamais ?
On peut avoir un instant ?
Tout va bien.
Écoutez, je voulais vous dire...
Ce qui s'est passé à la fête de Noël...
On a dérapé.
Vous savez ce que c'est : la fête,
l'alcool, on se lâche.
Je vais pas édulcorer la chose,
on est tous passés par là.
- Même vous. - Même moi ?
Penny ?
De votre bureau.
Elle vous l'a dit ?
Elle avait besoin de se confier.
Nicko, vous aussi, vous avez trempé votre biscuit,
mon salaud.
Goûté au nectar...
Ça va ?
Pourquoi frappez-vous mon mari ?
Demandez-lui, à elle.
Les Russes débarquent !
Tout va bien ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Je t'aime.
C'est la première fois que tu me le dis.
Et moi, je t'ai déjà dit
à quel point je t'aime ?
Si tu me l'as dit,
alors j'ai oublié.
Mais tu n'y es pour rien.
Où est Sandra ?
Sarah.
Elle revient dans quelques jours.
Pourquoi elle est partie ?
Vous vous êtes disputés ?
Tu peux me le dire.
Je suis ton père.
Tu te souviens de rien ?
Tout a disparu.
Il reste plus qu'un énorme vide.
On ne sait jamais.
On ne sait jamais comment ça va évoluer.
Une détérioration peut être suivie
d'une période de stabilité.
Votre père
cache ses troubles derrière son humour.
Je trouve ça intelligent et sympathique.
Mais la question qui se pose est :
êtes-vous prêt à vous occuper de lui ?
S'occuper de quelqu'un atteint de démence
est un travail à plein temps très difficile.
Si un jour,
ou plutôt,
le jour où vous réaliserez
que vous ne pouvez plus répondre à ses besoins,
vous devrez étudier les solutions possibles
avant d'être acculé.
Je comprends, vous savez.
Mon père souffrait de démence.
Je crains qu'il n'y ait aucune
issue idéale dans de tels cas.
On ne peut que limiter la casse.
Il faut désormais
trouver un bon établissement
et le mettre sur liste d'attente.
Leighton Fisher.
Bonjour Pam, mon père est là ?
Il s'est absenté, ma puce.
Il est sorti déjeuner ?
Non, il a pris sa journée.
Il visite une maison de retraite.
Une quoi ?
Pour ton grand-père.
Oui, c'est bien ça.
Papa
ferait jamais ça.
J'ai pu mal comprendre.
C'est pas vrai.
Merde.
Pour être franche,
peu de nos résidents veulent venir.
Certains régressent
dans un nouveau cadre, mais ils s'adaptent.
On leur assure une routine, ça aide,
et des tas d'activités.
Ils se font des amis.
C'est un vrai plus.
Mais...
Hilda, non !
Je suis Hilda.
Appelez-moi Bunny.
On s'est vus au théâtre ?
Ou était-ce à l'opéra ?
La Traviata !
Non, vous devez confondre.
Un Américain !
Quel bel accent !
En effet.
Une partie de jambes en l'air ?
Vite fait ?
Ça suffit, Hilda.
Réfléchissez !
Vous savez sans doute
que les comportements sexuels déplacés sont fréquents avec Alzheimer.
Hilda est un cas... exigeant.
Mais nous sommes vigilants.
Nous protégerions votre père
des sollicitations féminines.
Il ne le souhaiterait pas, croyez-moi.
C'est elles qu'il faudrait protéger.
- Je lui dis quoi ? - Rien.
Il ne comprendra pas.
C'est comme le premier jour de maternelle.
Les enfants pleurent, se roulent par terre.
Mais trois jours plus tard, ils ne veulent plus repartir.
Ne culpabilisez pas
de confier votre père à quelqu'un d'autre.
Ça lui fera du bien.
M. Ross,
c'est une décision difficile, mais soyez sans crainte,
nos résidents sont en sécurité.
Nous faisons tout pour qu'ils soient heureux.
À quoi tu penses ?
Venise.
Raconte-moi encore
le pigeon et la salade de grand-mère.
Avec grand-mère, on voulait
t'emmener à Venise quand tu serais plus grande.
On voulait te montrer
où on était tombés a...
Te montrer où...
Pour voir...
Tu savais
qu'à Pittsburgh, y a plus de ponts qu'à Venise ?
Je te crois pas.
Tu veux qu'on aille vérifier ?
À Pittsburgh ?
À Venise, patate.
Je n'arrive même plus à trouver le chemin vers...
Et si on y allait
ensemble ?
Je suis plus bon
à rien.
Je sers à rien.
C'est pas vrai.
Je t'aime.
LONDRES - VENISE
- Je peux lui parler ? - Enfin.
- Je peux ? - Elle dort.
À cette heure-ci ?
Elle dort peu, dernièrement.
Le téléphone, ça existe.
C'est elle qui est partie.
Épargnez-moi le numéro du macho.
C'est vous qui avez gâché sa fête
et éventé l'aventure avec Serge.
Joli travail.
Proprement sidérant.
Je suis désolé.
- Dites-le-lui. - Je suis là pour ça.
Comment va Amadeus ?
Mal.
Je vais faire du thé.
Il n'y a plus de thé,
j'ai changé mon fusil d'épaule.
Voilà qui est mieux.
C'est un martini.
Tu fixes un martini.
Si c'est tout, je remonte.
Je suis désolé.
D'avoir été un connard.
De l'avoir frappé.
Mais il l'avait cherché,
et je le referais.
Rentre à la maison.
Qu'on recolle les morceaux.
Grand-père dort dans ton lit ?
Il a fait un cauchemar.
Les Russes allaient encore débarquer.
Tu es formidable, tu sais ?
Je suis fière de toi.
Je peux m'occuper de lui, on peut le garder.
Grand-père ne peut plus rester seul à la maison, tu le sais.
C'est trop dangereux.
Tu veux le placer aussi ?
Non, je veux qu'il soit en sécurité
et heureux.
Dans une maison de retraite ?
Mets-moi en maison de retraite.
J'y serais heureuse.
Tu exagères.
L'endroit est très beau,
pas loin d'ici, on pourra y aller tous les jours
lui rendre visite et faire des virées ensemble.
Des virées ensemble ?
Je sais à peine ce que c'est.
Vous travaillez tout le temps.
On travaillera moins.
T'as déjà dit ça.
Ça va bien se passer.
Promis.
D'accord. Bonne nuit.
"C'est promis."
Papa et maman m'ont promis mille fois
de moins travailler.
Ils le font jamais.
Y a que le boulot qui compte.
Dans le Connecticut,
le père de Smilla disait que la pire bêtise parentale
était de ne pas tenir ses promesses.
Toute la nuit,
j'ai repensé au Dr Edwards,
à grand-père et à l'importance d'une raison d'être.
C'est pourquoi j'ai pris les choses en main.
Grand-père, réveille-toi.
Réveille-toi !
Ils sont revenus ?
Non, ils dorment encore.
Tant que l'ennemi dort,
on risque rien.
Exactement.
Maintenant, allons conquérir l'Italie.
J'ai une intervention au bloc.
Non, grand-père, t'es en vacances !
Rendez-vous dehors dans 10 min.
Qu'est-ce que tu cherches ?
Quelqu'un a volé la direction...
Le truc qui tourne.
Il est de ce côté.
On est en Angleterre, tu te rappelles ?
Pourquoi les frères siamois vont-ils en Angleterre ?
Je sais pas.
Pour que l'autre puisse conduire.
Qu'est-ce qu'on attend ?
Je peux pas conduire, moi.
Je me souviens plus comment...
Tu sais, les...
C'est une automatique.
Mets ton pied sur le frein.
Appuie là-dessus.
Elle ronronne joliment.
Et accélérateur.
C'était la marche arrière.
Sans déc, Sherlock.
Sherlock qui ?
Holmes, patate.
Des voleurs !
Lève-toi ! Faut descendre !
Tu veux tenir le volant
comme sur le tracteur ?
Non, je dois garder ma ceinture.
- Pousse-toi ! - C'est un sens unique !
Moi, je le sais, ça.
Pas eux !
Satanés Anglais !
Poussez-vous !
Même pas peur !
C'est rouge !
Je vois, oui.
Qu'est-ce que tu fais ? C'est vert.
Donc, je m'arrête.
Deux billets pour Venise
en Orient-Express.
- Ton âge ? - 10 ans.
Parfait, tu as 20 % de réduction.
Génial !
Ça vous fera...
6 824 livres, s'il te plaît.
Quoi ?
Un souci ?
Votre code.
1916.
T'es sûr ?
La bataille de Verdun.
La Grande Guerre.
C'est bon.
Bon voyage.
Merci beaucoup.
Vous proposez
un avis de disparition non inquiétante ?
C'est tout ?
- C'est nul. - C'est de ça qu'il s'agit.
Elle est avec un adulte.
Un adulte diminué,
je le répète.
C'est elle qui s'occupe de lui.
Vous l'avez vu ici chercher sa femme morte !
Aucun souvenir.
Vous avez Alzheimer, vous aussi ?
Pas que je sache.
Aidez-nous, alors !
J'essaie.
- Continuez. - Merci bien.
- Votre père... - Pas le mien.
Il est parti avec votre fille.
On envoie un hélico avec une caméra infrarouge ?
Ce serait parfait.
- Votre père est adulte. - Pas vraiment.
Merci infiniment
pour votre aide !
Avec plaisir.
- Précieuse ! - Bonne chance.
Pas jouasse, la dame.
Sais-tu à quel point je...
Tu sais...
Je...
Tu sais, je...
Tu es une fille intelligente.
Comme ton papa.
Très intelligente.
Je n'ai pas toujours été un bon père.
En tout cas, t'es un excellent grand-père.
Tout va bien ?
La nourriture est très bonne.
Merci, c'est très gentil.
Seulement,
tout est servi
en très gros morceaux.
Je veux dire...
C'est très dur à...
À découper ?
Oui, les steaks sont énormes, de nos jours.
Voulez-vous une pizza ?
Je vous ferai couper des parts.
Génial !
C'est une idée géniale !
Vous êtes très gentil, monsieur.
- Vous aussi. - Je suis d'accord.
Merci, merci beaucoup.
Tout pour les anciens combattants.
Santé.
"Aujourd'hui, j'ai parlé au Dr Edwards
de grand-père, d'Alzheimer,
et de la joie.
La joie est essentielle
pour nos cerveaux.
C'est le meilleur des engrais.
Elle aide le cerveau à grandir et peut le réparer.
Le Dr Edwards dit qu'on n'atteint ses objectifs
que dans la joie.
Peu de personnes âgées ont des objectifs
parce qu'elles n'ont personne à rendre heureux
et personne qui soit fier d'elles.
Plus personne n'a besoin d'elles.
Alors, elles tombent malades.
Leur cerveau se ratatine
et ne se répare plus parce qu'elles ne s'amusent plus.
Papa et maman auraient dû aller voir les grands-parents plus souvent.
Mais ils ne pouvaient pas avec tout leur travail.
Grand-mère a emporté avec elle la raison d'être de grand-père.
Si je peux lui en donner une nouvelle
et lui montrer que j'ai vraiment besoin de lui,
peut-être qu'il ira mieux."
Je peux vous aider ?
Vous avez une très jolie montre.
Elle appartenait à mon père.
Veillez à la lui rendre.
Me revoilà !
Grand-père ?
Maggie, j'adore tes seins.
Laissez-moi tranquille,
vieux pervers !
Qu'est-ce qui se passe ?
Il a voulu me violer.
- Qui êtes-vous ? - Et vous ?
Je suis désolée.
C'est mon grand-père.
Il a Alzheimer.
J'étais enchanté.
Amadeus.
Amadeus Alzheimer.
Dirk. Dirk Nowitzky.
Vous êtes plus petit qu'à la télé.
Pardon pour la confusion.
Il pensait pas à mal.
C'est pas grave.
Ravi de vous avoir rencontré,
M. Nowitzky.
Et au fait,
votre femme
est très douce et agréable à toucher.
Coucou, maman et papa.
Moi et grand-père, on va super bien.
Où sont les trucs ?
Les toilettes ?
Juste là.
Merde, grand-père !
Par là !
Non, sauve-toi. Je les retarde.
Non, on va à Venise.
- Et maintenant ? - Attendons qu'ils partent.
Bonne idée !
J'ai envie de faire pipi.
Je dois m'asseoir sur ces toilettes.
D'accord, assieds-toi, alors.
Tu devrais t'asseoir.
Oui, grand-père.
Maggie s'asseyait, elle aussi.
Ah bon ?
Y a personne.
On leur dit crotte.
À demain
ou après-demain.
Gros bisous !
Très mignon.
Votre père et votre fille sont dans un train,
en vadrouille.
Vous allez trouver ce train.
Beaucoup de trains
dans ce pays
sillonnent la campagne,
ou pas,
selon l'opérateur des concessions.
Notre fille a 10 ans
et son grand-père est sénile, il oublie tout.
Comme tout le monde.
Ce matin, j'ai égaré mes clés.
Ma femme dit que ma tête est mal vissée.
Vous ne nous aiderez pas à retrouver notre fille ?
J'ai contacté la police des transports.
Une enfant en voyage avec son grand-père
n'est pas prioritaire.
Ils nous diront s'ils les voient, mais il y a...
Beaucoup de trains, oui.
La carte de crédit
nous aidera peut-être.
C'est malin. Très malin.
Dites-nous si vous cherchez un boulot.
Qui est là ?
Le Premier ministre suédois.
J'ai très envie de pisser.
M. le Premier ministre...
Ce ne sont pas des WC pour vous,
M. le Premier ministre.
Hé, mon pote,
ouvrez-moi.
Ça marche pas.
Tournez le verrou
vers la gauche.
- La gauche... - Oui.
Tournez le verrou vers la gauche.
C'est la police ?
Non, c'est le Premier ministre suédois.
Il faut qu'on présente bien.
Je rigole, je m'appelle Mickey,
je fais le ménage.
C'est toi qui as arrêté le train.
Et vous,
vous êtes le grand-père qui a Alzheimer.
Alzheimer ?
Qui a Alzheimer ?
Ils nous cherchent ?
Trésor,
on est à Bolzano.
Tu as arrêté l'Orient-Express.
Tu fais la une !
J'avais pas le choix,
j'aurais perdu mon grand-père.
Raison inattaquable.
Qui a Alzheimer ?
Mais
vous êtes américain ?
Pur jus.
Pourquoi vous êtes ici ?
J'avais juré de partir si l'autre cornichon était élu.
Dont acte.
Je prépare un gros coup :
libérer Melania.
Elle attend que ça.
- Vous êtes d'où ? - Du Connecticut.
Mais on a immigré à Londres.
Vous pouvez nous aider ?
Bien sûr.
Entre immigrés, on se serre les coudes.
- Tu fais quoi ? - Je dors pas.
Oui, moi non plus.
Tu cherches toujours le miel ?
Oui.
Ça alors !
Le coquin !
J'ai pas arrêté de lui réclamer mon miel !
Tu sais ce qu'il disait ?
Qu'est-ce qu'il disait ?
"Je suis allergique au miel !"
C'est la merde.
Un whisky ?
Ça fait du bien de bien s'entendre.
On s'engueule plus que les autres ?
- Oui. - Tu crois ?
Oui, beaucoup plus que les autres.
Pourquoi ?
À cause de nos parents ?
- Je crois pas. - Pourquoi, alors ?
Parce qu'on tient l'un à l'autre.
Voilà pourquoi.
- C'est quoi ? - Rien. Pas elle.
- C'est qui ? - Serge.
Serge ?
Il te dit bonjour.
Il me dit bonjour...
Oui, lis.
Salut, Serge.
Ça va, ta mâchoire, dugland ?
Arrête, c'est pas drôle. Il en bave, le pauvre.
"Il en bave, le pauvre" ?
Sa femme l'a fait muter à Huopalahti.
- Sa femme ? - Son père dirige la boîte.
C'est où, Huopalalapah ?
Huopalahti.
À côté d'Helsinki.
Bien.
Je savais que ça te plairait.
Elle t'a pas fait muter, toi ?
Je n'étais
que la dernière d'une série de fredaines.
Tu dois te sentir horriblement mal.
- C'est presque humiliant, non ? - Non.
- Tu es sûre ? - Oui.
Je te déteste.
- Mais non. - Si, je t'assure.
- Non. - Je te déteste.
- Tu m'aimes. - Non, j'aime Serge.
Non, moi.
Je te déteste à un point...
- Tu m'aimes. - Un tout petit peu.
Bonjour, ici Mickey de New York.
Je vis à Bolzano.
Je suis passé de la finance à la serpillière.
Abrège.
Bref.
Chers Nick et...
Ta maman ?
Sandra.
Chers Nick et Sandra,
votre fille me charge de vous dire
qu'elle et Amadeus vont très bien.
Soyez tranquilles.
Une fois dans la ville des amoureux,
elle vous appellera.
"La ville des amoureux" ?
- Ben quoi ? - C'est cucul.
Refais-le en disant Venise.
Non, bella. Jamais plus d'une prise.
Et je suis bien coiffé, là.
Attends.
Tu viens de l'envoyer ?
Réveille-toi.
Tu devais attendre qu'on soit là-bas.
Maintenant, ils savent où on va.
La ville des amoureux, ça peut être Paris aussi.
Donc j'irais de Londres à Paris, en passant par le Tyrol du Sud ?
On fait bien Boston - Seattle via New York.
Le voilà !
Venise ?
Notre fille a des goûts de luxe.
De qui tient-elle ?
De ta famille.
- C'est quoi, tout ce monde ? - La cavalerie.
Buenos dias. Noches c'est la nuit.
Tu vois une lune, toi ?
La cavalerie !
D'accord, professeur.
- Tes dangereux criminels ? - En personne.
Murali, votre chauffeur.
Grimpez à l'arrière, vite.
- Pas à l'avant ? - On vous verrait.
J'ai une tête à me faire contrôler.
Avanti, avant qu'ils ferment la frontière.
Y a plus de frontières dans l'UE.
- Pas possible ? - Si.
Bonne chance.
Je vous souhaite de voir Venise.
Merci pour tout.
Prends soin de toi, d'accord ?
Qu'est-ce que ça pue.
Moi, j'adore ce parfum.
T'es une jolie fifille.
À quoi tu vois ça ?
Je suis vétérinaire, tu te souviens ?
Je le vois à sa tête.
Mais
elle a des couilles.
Où ça ?
Pas sur la tête, c'est sûr.
Oh merde, les poulets.
J'avais pas raison ?
Qu'est-ce qui se passe ?
La police !
Merde.
Bonjour, que puis-je pour vous ?
Permis de conduire
et papiers du véhicule.
- Tu as entendu ? - Bien sûr !
On ne répond pas au chef.
Tu transportes quoi ?
Des moutons.
Répète un peu ?
Pas de "bêêê" avec moi, capito ?
Je peux y aller ?
Bien sûr que non.
Descends
et ouvre l'arrière.
Le moment est mal choisi pour les déranger...
Sors du véhicule
et ouvre.
Merde !
Hayon baissé ?
Ça mérite une amende.
Il a dû tomber quand je me suis arrêté.
Maligne, la petite.
J'ai une brebis maligne.
Je sais pas encore laquelle,
vous serez les premiers informés.
Perumal.
Murali Perumal.
Combien de nuits ?
On ne sait pas trop.
Voyons...
Il reste des suites.
1 800 euros.
Vous plaisantez ?
- Viens. - On reste.
C'est grotesque.
Imaginons que ce sont des lires.
- Merci. - Bon séjour.
Plus de pain.
Regarde toutes ces lignes.
On est censé trouver son chemin avec tout ça ?
On va partager.
Mange-la, toi. J'ai envie de mouton.
De mouton ?
Lui.
On en attrape un.
Non, grand-père. Pas de mouton.
Un petit mouton ?
La moitié d'un petit mouton.
La moitié d'un tout petit...
Un tout petit minuscule mouton ?
Minuscule.
Tiens, ta moitié.
J'aime pas les grenades.
Grand-père.
Tu as peur de mourir ?
Moi, si.
Il te reste
un jour ou deux
avant que ce soit ton tour.
Non, je pense
que j'ai peur que tu meures.
Faut pas, parce que
grand-mère et moi,
on sera toujours là-haut
à veiller sur toi.
Et on sera très fiers de toi.
À chaque fois que je te manquerai,
il te suffira
de lever les yeux.
Tu as dit quelque chose ?
Juste que je t'aime, grand-père.
Je peux vous aider ?
On a faim.
J'aimerais vous donner ces tomates,
mais elles vont au marché de Venise.
Suivez-moi, on va vous trouver à manger.
Où sont les tomates ?
Je me réjouissais à l'idée
d'une salade de tomates.
Elles étaient pour le marché.
J'ai une blague sur les marchés.
Une religieuse va au marché des producteurs.
L'un d'eux vend des légumes.
Elle dit au maraîcher :
"Je voudrais un concombre."
Le maraîcher répond :
"Prenez-en 2."
Elle lui dit : "Pourquoi 2 concombres ?"
Alors, il dit à la religieuse :
"Comme ça,
il en restera un à manger."
Pardon,
je ne comprends pas.
Si elle en mange un,
il lui restera l'autre
pour...
Manger le jour suivant.
Et sinon, vous faites quoi de vos journées ?
Je peux expliquer ma blague ?
Non, grand-père.
C'est vrai que les rapports sexuels vous sont interdits ?
C'est exact, mon enfant.
Nous vivons dans la chasteté.
D'où ma blague sur le concombre !
C'est quoi, la "chasteté" ?
Nous nous abstenons d'aimer un homme.
Et nous ne nous laissons pas aimer.
Nous nous réservons à Dieu.
Alors,
c'est comme si vous étiez toutes mariées à Dieu ?
Oui, en quelque sorte, mon enfant.
Alors, personne peut être jaloux ou infidèle ?
Vous accepteriez de recevoir mes parents ?
Bien sûr.
Mais pourquoi cette question ?
Ils auraient bien des choses à apprendre de vous.
Au purgatoire,
on peut se faire pardonner nos péchés.
Se purifier.
Ainsi, Dieu peut nous accueillir au paradis.
Vous croyez au paradis ?
Bien sûr.
Le paradis parachève nos vies.
Et à notre mort,
nous y vivons tous ensemble
avec Dieu.
Vous pensez
que mon grand-père ira au paradis ?
D'après ce que tu m'as dit de ton grand-père,
j'en suis certaine.
C'est vrai ?
Oui.
Tu sais,
Matilda,
ce que tu fais pour ton grand-père
est extraordinaire.
Tu es une jeune fille exceptionnelle.
Tu cherches quelqu'un ?
Oui.
Margaret, tu l'as vue ?
C'est ma grand-mère.
Elle est au paradis.
Viens.
Je vais t'aider.
Grand-mère ?
Margaret ?
Grand-mère ?
Où est-elle ?
On va la trouver.
Grand-père,
je l'ai trouvée.
Maggie.
Tu es partie et je ne pouvais pas te suivre.
Je te cherche depuis tellement...
Tellement longtemps.
Tu es si belle.
Je t'aime
de tout mon cœur.
De tout mon cœur.
Qu'est-ce que vous racontez ?
Il parle italien !
On dirait pas.
Merci.
Elles sont pas du coin.
Vous m'avez fait chauve !
Pourquoi ?
Regarde tes dents.
Mais signorina,
c'était pour il y a 2 jours.
La chambre est prise.
On a eu un empêchement
et mon grand-père est très fatigué.
Je vous en supplie.
Il ne nous reste qu'une suite.
- Assez chère. - C'est pas grave.
J'ai la carte de grand-père.
2 400 euros.
Votre code, monsieur.
Tu te souviens ?
La bataille de Verdun.
Chambre 19.
Pourquoi les hommes italiens
portent-ils la moustache ?
Pour ressembler à leur mère !
Mon copain Tocard me l'a racontée.
- Elle est bonne ! - Je sais.
Chambre 19.
Ressembler à leur mère ! 1
Qui êtes-vous ?
Quelqu'un nous regarde dans le miroir.
Il fait tout ce que je fais.
Tu vois ?
C'est toi.
Et ça, c'est moi.
C'est notre reflet.
Quoi ?
Va-t'en !
Dehors.
Dégage !
C'est plutôt comme ça.
Prends l'autre moitié.
Regarde.
J'aime pas
ce type.
Tu sais,
j'apprends
des tas de choses
grâce à toi.
C'était
la journée la plus sympa,
la plus coolissime de ma vie,
je t'assure.
Merci.
Merci mille fois, grand-père.
Moi aussi.
14 hôtels et personne n'a rien vu.
On est sûrs qu'ils sont à Venise ?
J'essaie de me rappeler
l'endroit où il avait séjourné
avec ma mère pour leur lune de miel.
Au Lido ?
Place Saint-Marc ?
Je n'écoutais pas vraiment
quand il rabâchait ça.
Même si on en bave,
je nous sens de nouveau complices.
Comme avant.
On forme une équipe.
Tu entends les oiseaux ?
Ça n'a pas l'air d'aller.
Je t'ai entendu pleurer.
Tu es malade ? Je peux t'aider.
Je suis vétérinaire.
Il est malade.
Oui, il est un peu vert.
Vous pigez ?
J'ai fait une blague, comme vous.
La vôtre était plus drôle.
Je l'ai dite à tout le monde !
C'est par où, la plage ?
La plage est au Lido.
- Tout va bien ? - Oui.
Je peux vous aider ?
Ne sortez pas.
Il fait nuit !
Grand-père ?
Vous avez vu mon grand-père ?
Avec le chien ?
Oui.
Gauche.
Droite.
Là, dehors,
prends un bateau.
Je vous emmène où ?
Au Lido.
Au Lido, c'est parti.
Ça va ?
Grand-père ?
Je ne vous connais pas.
Mais si.
Je suis ta princesse.
On a le même nom de famille.
Ross.
Allez-vous-en.
Allez-vous-en.
Viens, on retourne à l'hôtel.
Allez-vous-en.
Allez !
Du balai.
"Pour Tilda,
Un jour viendra
où je n'arriverai plus à me souvenir
que tu
es toi.
Mais quoi qu'il arrive,
il y a une chose dont tu dois te souvenir
par-dessus tout :
c'est que je t'aime
et que tu es la plus merveilleuse des princesses
dont je puisse rêver."
Et merde.
Maman ?
Papa ?
Ça va ?
Mon Dieu...
- Ça va ? - Ça va.
Où est grand-père ?
Cette vue est incroyable.
Une autre.
Papa.
Tu te souviens, tu es venu ici avec maman ?
Je vous aide.
- Je ne suis pas un enfant ! - Désolée.
Je sais manger tout seul.
Ils n'ont rien à boire, ici ?
Je meurs de faim.
Laissez-moi vous aider, s'il vous plaît.
Un petit peu.
C'est bon ?
Encore ?
Tenez.
Tout mou.
Tout mou ?
- Délicieusement mou. - Et mouillé.
Encore ?
Avant de rentrer à Londres,
on a attendu minuit
pour voir le feu d'artifice du "Redentore".
On a adoré.
Même si grand-père a trouvé
que c'était nul
à côté de son feu d'artifice à la garden-party.
9 mois plus tard, j'ai eu un petit frère.
Maman a voulu l'appeler Amadeus,
comme grand-père,
mais il n'a pas compris.
Il demandait sans arrêt
comment s'appelait le bébé et d'où il venait.
Par contre, il a compris
que papa et maman avaient plus de temps pour lui
parce que comme promis, ils travaillaient moins.
Je passais à grand-père les chansons de sa jeunesse.
Selon le Dr Edwards, la musique est souveraine
pour transformer la vie des malades d'Alzheimer.
La musique peut les soulager un moment
et les ramener à notre réalité.
Il est resté avec nous quelque temps après Venise.
Une aide à domicile venait nous aider.
Grand-père l'aimait beaucoup.
Mais elle a fini par nous quitter.
Grand-père aimait trop sa blouse.
Quand il a été placé,
on allait le voir souvent.
Maman lui achetait la glace au miel qu'il adorait.
Sauf quand il la trouvait
beaucoup trop froide.
C'est le fils.
Je sais.
Comment ça ?
Il ressemble à mon fils.
Selon le Dr Edwards, les malades d'Alzheimer
sont très sensibles.
Ils ont besoin d'affection,
alors passer du temps avec eux,
c'est important.
Pendant notre dernière visite, il y a eu un orage.
Un vrai déluge, comme si le ciel pleurait.
Mais nous,
on est restés dans le jardin
en rigolant.
Le lendemain, son cœur s'est arrêté.
Je suis contente d'avoir été là.
J'ai pu le voir tous les jours,
sauf le jour où on m'a enlevé les amygdales.
"L'impasse qui a enlisé le Congrès conduit les critiques
à déplorer que les intérêts partisans
soient devenus plus importants que les affaires de la Chambre."
Qu'est-ce que c'est ennuyeux !
Tu l'as dit, bouffi.
Tu me reconnais ?
Bien sûr que oui.
Tu es ma petite principessa.
Et là, il est mort.
Arrivederci, grand-père.
Allons-y.
Au revoir, vieux coquin.
On se retrouve là-haut.
Il y a un temps pour tout,
un temps pour toute chose
sous les cieux.
Un temps
pour naître, un temps pour mourir.
Pour pleurer
et pour rire.
Pour embrasser
et pour s'éloigner des embrassements.
Pour se taire
et pour parler.
Pour planter
et pour arracher ce qui a été planté.
Où est Tilda ?
Là-bas. Elle voulait pas voir l'inhumation.
Grand-père ?
T'as dit quelque chose ?
DÉDIÉ À MONIKA ET HERBERT SCHWEIGER
DU MIEL PLEIN LA TÊTE
Sous-titres : Mariette Kelley
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