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Original subtitles

...

- Je voudrais parler au commissaire. - À quel sujet ?

- J'ai tué quelqu'un.

- Entrez.

- Je vous écoute.

- Je m'appelle Pierre Tardivet. V, e, t.

Je suis professeur de calcul au collège Chateaubriand.

...

C'était il y a 10 ans.

J'avais décidé de me marier.

- "Universitaire, 30 ans,

"désire connaître en vue mariage jeune fille, 25 ans, sérieuse,

"active, cultivée, santé parfaite, taille, corpulence et aspect moyens."

Ça fait cinq lignes. - J'avais compté quatre, moi.

-40 signes par ligne. Comptez vous-même.

Chaque espace compte pour un signe. - Ah bon ?

Dans ces conditions, supprimez ça,

les deux dernières lignes, et mettez simplement :

"Physique indifférent."

-"Physique. . ." - Indifférent.

-"Indifférent."

- J'ai toujours pensé que le mariage était une affaire sérieuse.

Mes élèves avaient leurs problèmes,

j'avais les miens.

La petite annonce avait bien rendu.

Il fallait faire un choix, avoir de la méthode,

éviter les pièges les plus subtils.

Je connais les femmes.

Enfin, je croyais les connaître.

Pouvais-je prévoir ? Non.

Ce n'est pas ma faute.

On frappe à la porte. Entrez.

- Un parloir pour vous. - Ah. Merci.

"Georges Vausange."

Georges Vausange ? Ah oui.

Georges Vausange.

Ah, voilà. Vausange, Marie-José.

- La voici à Étretat. Elle avait 5 ans.

- Un peu jeune, pour moi.

-6 ans.

8 ans.

11 ans.

15 ans.

- En somme, vous assistez à sa croissance.

- Oui.

-16 ans.

C'est tout. Après 16 ans, plus rien.

- Plus rien ?

- On ne peut pas lui reprocher

de perdre son temps chez les photographes.

Montre-lui celle avec Véronique.

C'est sa sœur cadette. - Ah oui.

Elle a été photographiée sans le vouloir,

il y a 1 mois, à l'occasion d'un baptême. Tenez.

- Pardon.

Très jolie.

- Marie-José, c'est l'autre.

- Oui. Celle qu'on voit derrière.

- Quand pourrais-je la voir ?

- Vous acceptez ?

- De la rencontrer, oui. Sans engagement de ma part.

Si vous voulez bien me fixer un rendez-vous.

- Ça, c'est plus délicat.

Elle n'est pas au courant de notre démarche.

- Si elle l'apprenait, quelle catastrophe.

-"Quelle catastrophe" ?

- Elle a un défaut: elle est fière.

- Je ne peux tout de même pas l'épouser sans la connaître.

- Vous aimez la musique ?

- Oui. Comme tout le monde.

Quel rapport ?

- Marie-José travaille dans un magasin de disques.

Vous connaissez Furtwängler ? Wilhelm Furtwängler.

- Oui. De réputation. - Bon.

- Et la 5e Symphonie ? Vous connaissez la 5e Symphonie de Beethoven ?

- Papapapa- - Papapapa-

5e Symphonie de Beethoven.

...

Le destin qui frappe à la porte.

...

Vous aimez Beethoven ? - Beethoven ?

Je plains les gens qui ne l'aiment pas. Pas vous ?

- Si, bien sûr. Ils ne savent pas ce qui leur manque.

...

- Cette musique qui tombe du ciel.

On ne pense plus à soi, on ne se voit plus, on est...

- Ah, ça.

...

Et Furtwängler ? Vous aimez Wilhelm Furtwängler ?

- Vous ne l'aimez pas ? - Si. La preuve.

- Il faut le voir conduire. Il est vraiment inspiré.

'Ça...

Vous savez que Furtwängler est à Paris ?

- Oui. Il donne un concert samedi.

Je compte bien y aller. - Quelle coïncidence ! Moi aussi.

On ne s'en lasse pas. J'avais loué deux places.

Si vous voulez, je peux vous en donner une.

Ma mère ne peut plus m'accompagner.

- Merci. J'ai la mienne.

- C'est un fauteuil au 1er rang.

Vous ne perdrez pas un geste de Wilhelm Furtwängler.

- Je le verrai de plus haut. - Je n'insiste pas.

Vous ne serez pas seule. - Avec qui voulez-vous que j'y aille ?

- Avec moi. Si je ne vous suis pas trop antipathique.

- Ne dites pas de bêtises.

Furtwängler, la 5e.

-2950. - Seulement Furtwängler ?

- C'est enregistré sur 7 faces.

- Ah oui, bien sûr. Où avais-je la tête ?

- Voilà votre paquet, monsieur. - Merci.

- Bonsoir, monsieur.

- Tenez, pour quelqu'un. Ne le perdez pas.

À samedi, peut-être. On ne sait jamais.

Marie-José était venue au concert. Je l'avais revue plusieurs fois.

J'avais été invité aux fiançailles de sa sœur.

- M. Gérard Durieux ?

- C'est en face. - Merci.

- Maman ?

M. Pierre Tardivet.

- Enfin ! Depuis le temps que ma fille nous a parlé de vous.

- Papa.

- Ah ! Vous voilà, vous.

- Papa croit connaître tout le monde. Tu ne connais pas M. Tardivet.

- C'est tout comme. À votre santé !

- Pardon, madame. - Non. J'ai assez bu. Toi aussi.

- C'est un beau jour pour les enfants,

et mélancolique pour les parents.

- Au bonheur de Mlle Véronique !

- Il était temps qu'elle se marie. On ne pouvait plus la tenir.

Tout le contraire de sa sœur. Véronique, c'est du champagne.

Marie-José, c'est de la camomille. Hein, ma camomille ?

- Papa me fait un compliment.

- J'aime la camomille.

On peut en boire tous les jours, tandis que le champagne...

- Vous permettez ? - Excusez-nous.

Vos parents sont gentils. - Tout le monde est gentil.

M. Gérard Durieux, M. Tardivet.

- Je m'en souviens très bien.

Un mélomane averti.

- Mes félicitations. - À charge de revanche.

Mais où est l'héroïne de la fête ? Véronique ?

Véronique ?

- Vous êtes M. Tardivet. - Ma fiancée.

- Comment l'avez-vous su ?

- Le soupirant de Marie-José ! Vous avez le physique de l'emploi.

Vous êtes formidable. Tu permets ?

J'en profite avant qu'il ne me fasse des scènes de jalousie.

Venez, on va danser. Je peux danser avec M. Tardivet ?

Je te prête Gérard. Ne me l'enlève pas.

D'ailleurs, j'ai un otage. Venez.

- Je ne sais pas danser. - Je vais vous apprendre.

Musique de bal.

- Vous ne dansez pas ? - Je n'ai pas envie de danser.

- Pour me faire plaisir. - Non, Gérard. Pas aujourd'hui.

...

- Là ! 1, 2, 3.

1, 2. Là, balancez-vous.

Ce n'est pas difficile.

Vous êtes professeur de calcul ? - Oui.

- Comptez avec vos pieds. 1, 2, 3, 4.

1, 2, 3, 4.

Qu'est-ce qu'on apprend, dans les collèges ?

1, 2, 3, 4.

Laissez-moi faire, vous allez voir. 1, 2.

Et hop, et hop, et hop.

Et hop, et hop, et hop.

...

- Voulez-vous me faire un cadeau de fiançailles ?

Un charmant cadeau. Un très charmant cadeau.

- Dites, si c'est dans mes moyens.

- Un sourire. Un vrai sourire.

- Je regrette. Ce n'est pas dans mes moyens.

Et puis, qu'est-ce que vous feriez d'un sourire de moi ?

- Marie-José !

...

Marie-José, revenez, voyons. C'est ridicule.

Courez après elle et ramenez-la.

- Qu'est-ce qu'elle a ? - Rien. C'est moi qui suis une brute.

- Ce n'est que moi, Marie-José. Dites-moi quelque chose.

- Laissez-moi seule.

Retournez-y. Je vous rejoindrai plus tard.

- Qu'est-ce que vous voulez que je fasse avec ces inconnus ?

Je suis venu pour vous, moi. Uniquement pour vous.

Vous n'êtes pas heureuse ? - Mais si.

Ça ne se voit pas ?

Ça ne se voit pas sur mon visage, le bonheur ?

Il est joli à regarder, le bonheur. Surtout de profil.

- Ah. Allons, allons. - Je vous demande pardon.

Je suis une idiote.

Ne vous occupez pas de moi, c'est sans intérêt.

- Mais je suis votre ami, moi.

Ne l'oubliez pas.

Et un ami, il faut bien que ça serve à quelque chose.

Alors votre chagrin, en ami, on partage, hein ?

- Oh ! Ce n'est pas un chagrin.

Une légère déception, tout au plus.

Oui. J'avais cru que Gérard...

Des idées de jeune fille.

Un rêve absurde.

Tout ça, parce que lui et moi, tous les soirs,

on fumait des cigarettes en bavardant, j'avais pris ça...

Ce n'était que de la fumée.

Et puis, un soir,

ma sœur est venue me chercher,

et c'est Gérard qui l'a raccompagnée.

Vous voyez,

c'est vraiment une histoire stupide.

- Elle est amusante, votre sœur,

mais l'idée de vivre avec elle ne me viendrait jamais à l'esprit.

- Elle est tellement jolie.

- Peut-être. Mais il y a beauté et beauté.

Il y a celle qui saute aux yeux, qui vous aveugle.

Et il y a celle qu'on découvre peu à peu, car elle vient du dedans,

de l'intérieur, comme on dit. Ne vous mettez pas dans l'ombre.

J'ai quelque chose à vous dire. Je veux vous le dire dans la lumière.

La première fois que je vous ai vue, qu'est-ce que j'ai fait ?

- Vous m'avez offert une place. - Une place à mes côtés.

Elle est toujours à votre disposition,

parce que pour moi, vous êtes quelqu'un de très bien.

- Oh ! - Si.

Je vous trouve... - Vous me trouvez...?

- Je vous trouve toutes les qualités. Voilà.

Maintenant, on oublie tout et on retourne Là-bas. Et on sourit.

La vie est belle.

Vous voyez, on a déjà le même pas.

- Ah, on démarre.

- Au revoir, vous deux.

- Et n'oubliez pas son médicament tous les matins.

- Sois tranquille, maman. Elle me soignera.

- Maman, attrape.

- Écrivez-nous. - Écrivez vite.

- Venise.

Elle en a, de la chance, votre fille, d'avoir épousé mon fils.

- Merci, Pierre. Merci pour tout.

- Il y a pas de quoi.

- Tu ne peux pas savoir ce que représente Venise pour moi.

C'est un peu idiot, ce que je vais te dire,

mais vivre son rêve, c'est merveilleux.

- Venise ! Ah non, pas à moi. Moi, je suis de Belleville.

- Papa, on peut aller jouer ? - Oui. Moins on vous verra...

- Attention aux portières.

- Ça fait 12 ans qu'on est à Venise, Madame et moi.

Alors en 12 ans, Venise...

-"12 ans" ? - Oui, 12 ans.

On était venu pour 8 jours, on n'est pas reparti.

- Vous avez eu le coup de foudre ?

- Non. Une occasion à profiter de suite. Un salon de coiffure.

- On fait la permanente Etienne, une exclusivité.

- Une exclusivité, ça ne se refuse pas, même à Venise.

-12 ans, c'est peu, si on veut tout voir.

On peut rester des heures devant un tableau de Carpaccio.

- Ah oui.

Si vous vous placez au point de vue tourisme, ça !

Pour le reste, Venise, c'est le monde à l'envers,

où les oiseaux sont par terre,

où les lions, les chevaux se promènent sur les toits.

C'est pas normal, ces oiseaux qui vont à pied,

dans une ville où tout le monde se promène en bateau.

À Venise, pour les passages cloutés, tintin.

- On ne va pas à Venise pour les passages cloutés.

- Question de goût. - Les passages cloutés me manquent.

- Question d'habitude. - Et pour les odeurs, oh !

Pardon, on est gâtés. Et puis les cloches, ça n'arrête pas.

Et quand ce ne sont pas les cloches, ce sont les moustiques.

Bizz, Bing, Boum.

C'est ça, Venise. - Alors pourquoi y restez-vous ?

- Parce que je suis un entêté. Si vous voulez mon avis sur Venise...

- Non. Je ne vous le demande pas.

- Monsieur ! Monsieur !

Permettez que je porte votre valise.

- Non, on ne permet pas.

On ne fait pas porter sa valise à un étranger.

- Bravo. Vous laissez pas avoir.

Qu'est-ce que je vous avais dit ? Vous sentez l'odeur ?

- C'est merveilleux.

- Dis donc, votre femme est de bonne composition.

Voilà votre autobus. Dépêchez-vous.

Vous descendez au 3e arrêt. Impossible de vous tromper.

Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous avez mon adresse.

Ayez l'œil sur les valises

et puis sur Madame, hein ?

...

- Vous avez fait un bon voyage ?

- Un peu long dans sa dernière partie.

- Vous allez pouvoir vous reposer. Vous avez notre meilleure chambre.

Dépêchez-vous de prendre les valises de Madame.

- Je vais m'occuper des formalités.

- Mais rien ne presse.

- Si, si. Je préfère régler ça tout de suite.

...

Marie-José ? - Viens voir, c'est d'une beauté.

- Plus tard. Pour le moment, on déménage.

- On change de chambre ? - Non, d'hôtel.

- Mais cet hôtel me plaît infiniment.

- Quand on a fixé un prix, on s'y tient.

Tu étais à l'agence avec moi.

Combien nous a-t-on fait ? - 1600 lires par jour.

- Là, les 1600 en font 1800.

Plus 15 % pour le service, le petit déjeuner,

le repas, la taxe. Total : 4200 lires.

Des jeunes mariés, ça ne pense qu'à l'amour! Eh bien non.

4200 lires ! C'est joli, Venise, mais il ne faut pas en abuser.

Dieu merci, il y a d'autres hôtels. Allez, viens, chérie.

On va demander là. Monsieur ?

- Monsieur.

Nous n'avons plus de chambres.

C'est complet. - Ah.

Complet. Ils prétendent que c'est complet partout.

Quel pays ! - Pierre, je n'en peux plus.

- Que font tous ces gens à Venise ? Nous, ça s'explique, mais eux.

- Il faut trouver une solution. Les cloches sonnent.

- Il manquait plus que ça. Mais la voilà, la solution.

Nos coiffeurs, les Benoît. Ils vont nous trouver quelque chose.

Allez, encore un petit effort. Tu voulais des souvenirs.

...

C'est par là.

Allez, viens.

...

- Et ces gens-là sont venus du bout du monde.

Ils peuvent pas repartir comme ça. Alors profitons-en.

Et on va s'arranger, entre Français.

Que la lumière soit.

Qu'est-ce que vous en dites ?

Ici, vous êtes chez vous, en France.

Paris, tout le monde descend, ça vous dit rien ?

Le Sacré-Cœur, l'Arc de triomphe,

Notre-Dame,

le Moulin-Rouge.

Ils n'ont pas ça, ici. Il peut toujours soupirer,

le pont des Soupirs. - C'est amusant.

- C'est même émouvant.

- Mais c'est votre chambre.

- On couchera avec les gosses. À la guerre comme à la guerre.

- C'est impossible. - Impossible n'est pas français.

Vous ne pouvez pas me faire ça à moi.

- M. et Mme Benoît nous offrent l'hospitalité.

- Parisien chaud lapin, le cœur sur la main.

Comme ça, pour votre nuit de noces, vous ne serez pas dépaysés.

Elle est là, la petite.

- Avouez que vous serez mieux ici qu'à l'hôtel.

- Ça, aucune comparaison.

- Laissons-les, Albert.

- Enfin, je me comprends à demi-mot.

Vous gênez pas pour nous, faites comme chez vous.

- Celui-là ! Vous savez ce que je vais vous faire, ce soir ?

Un bifteck aux pommes.

- Frites.

- Alors, tu es contente ? -"Contente" ?

- On est tout de même casés, non ?

- Nous ne pouvons pas rester ici. - Pourquoi ?

- Tu te rends compte, c'est effroyablement laid.

- Mais pour une nuit. -"Une nuit" ?

Notre nuit de noces. - Ah oui, c'est juste. Excuse-moi.

Je n'y pensais pas. Je me suis fait tant de mauvais sang.

- Pierre, viens voir.

- Ah, c'est la chambre des enfants.

On trouvera mieux demain. -"Demain" ?

Notre 1re nuit, Pierre, avec ces gens derrière ce rideau.

Tu as l'air de trouver ça naturel.

- Puisqu'on ne peut pas faire autrement.

Et puis moi, tu sais, du moment que tu es là,

le reste, le décor...

- Elle te plaît ? Je l'ai brodée moi-même.

- Ça a dû te prendre du temps.

- Le temps de la réflexion.

Comment me trouves-tu ?

J'ai un peu le trac, tu sais. - Pourquoi ?

- J'aurais voulu que cette première nuit

soit le plus beau souvenir de notre vie,

qu'on puisse jamais y penser sans un pincement là.

- Tout le monde a eu sa nuit de noces. Il ne faut pas

te monter la tête. Après, tu serais déçue.

Nous sommes à Venise. C'est déjà beau, non ?

On ne peut rien demander de plus.

- Pourquoi ? Il faut toujours demander plus.

- Non. L'essentiel, c'est de garder sa place.

On doit se contenter de ce que la vie vous donne.

- Pierre, comment peux-tu tenir

de pareils raisonnements, être aussi résigné ?

Que cherches-tu, dans la musique ?

-"Dans la musique" ? - Oui.

C'est quelque chose qui nous permet de nous quitter,

de nous dépasser, de ne pas garder notre place.

Enfin, Pierre, tu n'as pas changé à ce point-là.

C'était si extraordinaire, quand on s'est rencontrés.

On avait les mêmes goûts, la même façon de penser.

- Non. Ce n'était pas si extraordinaire que ça.

Je suis content que tu me parles de tout ça,

parce que je ne voudrais pas qu'il y ait de mensonges entre nous.

- Je ne t'ai rien caché.

- Moi, si.

Je veux que tu m'aimes pour moi,

pas pour la fausse idée que tu t'en fais.

La 5e de Beethoven, c'était pas vrai.

La rencontre dans la boutique, c'était pas vrai.

Furtwängler, c'était pas vrai.

- Qu'est-ce que tu dis ? - La vérité.

J'avais passé une annonce pour me marier.

Tes parents ont répondu, et nous avons organisé cette comédie.

- Tais-toi. Je t'en supplie, tais-toi.

- J'aurais préféré des présentations normales,

mais tes parents ont tellement insisté.

C'est comme ça, c'est comme ça. On n'y peut rien changer.

Ça ne m'empêche pas de t'aimer, au contraire.

Car je t'aime, tu m'entends ? Je t'aime.

Tu m'en veux ? - Mais non.

- Je suis content de t'avoir tout dit. Déjà, dans le train, j'ai failli.

Puis j'ai pensé qu'à Venise, avec le décor...

- Oui, avec le décor.

- Maintenant, tout est balayé.

On respire mieux, non ?

Maintenant, on se connaît bien, pas vrai ?

- Oui. Maintenant, on se connaît.

- J'avais eu raison de tout lui avouer.

Désormais, plus de malentendus.

Pendant 10 ans, aucun nuage entre nous.

Marie-José était heureuse.

Plus question de concerts, mais elle avait des compensations :

frigidaire, machine à laver, le chauffage... Tout.

Elle était gâtée.

Elle s'entendait bien avec ma mère, une femme admirable.

- Marie-José !

Qu'attendez-vous pour étendre les draps ? Qu'il pleuve ?

- Moi, j'étais bien noté, je n'avais pas a me plaindre.

Je menais la vie que j'avais toujours désirée.

Il ne me manquait qu'une chose pour être tout à fait heureux :

une petite voiture. Une auto, quoi.

J'en avais tellement envie que je finis par l'avoir.

Malheureusement. Mais n'anticipons pas.

- Le voilà, le fameux carrosse. - C'est un modèle courant.

- C'est beaucoup dire.

- Moi, j'ai le modèle au-dessus. Ça tient bien la route.

- Combien l'as-tu payée ?

- On la donne en prime à tout acheteur d'une boîte d'allumettes.

- Bandit ! -Au revoir.

- ASSASSIN !

Ils rient.

- Il a de la chance.

Crissement de pneus.

- Il n'en a pas profité longtemps.

- Il roulait tellement vite.

- S'il y a de la casse, il s'en fout, l'assurance payera.

- Il est dans un état.

- Je témoignerai contre les assassins de la route.

- Taisez-vous, vous n'étiez pas là.

Trouvez un téléphone et appelez Auteuil 62-11.

Dites qu'on envoie vite une ambulance.

- Il ordonne, il nous prend pour des domestiques.

Je lui retirerais son permis.

- Prêtez-moi votre cravate. - Et ma chemise ?

- Je suis médecin.

- Oh là là.

2 mois dans le plâtre.

Et pendant ce temps-là, le manque à gagner.

Qui me remboursera mes cours particuliers ?

Et ma voiture ?

- Et les chambres qu'on avait retenues pour les vacances,

et les arrhes versées.

- Et mon costume, tout neuf, que j'avais porté 3 fois.

- Il est pas commode, ce matin.

- Pourquoi ne l'avez-vous pas envoyé à l'hôpital ?

- J'ai pensé qu'il serait mieux chez moi que dans une salle commune.

Mieux soigné, aussi, et mieux nourri. Buvez.

- Qu'est-ce que c'est ? - Un calmant.

- Vous avez une idée en tête.

- J'assume les responsabilités de l'accident que j'ai causé.

- Pas dommage. Vous avouez, hein ?

- C'est ma faute. Je l'ai reconnu.

Et celle de Napoléon Bonaparte, qui créa la Légion d'honneur.

Nous avions fêté la rosette

de mon ancien patron.

Je vous ai accroché. C'est bien fait pour moi.

- Bien fait pour vous ! Et moi ? Qui est la victime, ici ?

- Vous avez raison. Je vous présente mes excuses.

Allez, mesdemoiselles. - Attention à ma jambe.

- Du calme. - Ne touchez pas à ma jambe.

Le plâtre, c'est fragile.

- Bonjour. - Bonjour, madame.

- Je t'ai apporté ce que tu m'as demandé. La monnaie et la note.

- Oui.

- Docteur, je vous remercie pour vos si jolies roses.

Si tu voyais la corbeille que m'a envoyée le docteur !

J'ai cru que c'était une erreur.

- C'est moi qu'on écrase, et c'est toi qu'on fleurit.

- Je n'envoie des fleurs à mes clients que lorsqu'ils sont morts.

- Regarde. Je vais t'en mettre une dans un vase.

- Les fleurs me donnent la migraine.

Je demande un contre-examen.

- C'est votre droit. Vous pouvez venir avec nous à la radio, madame.

- Attention.

Des roses ! On n'a pas idée de ça.

- Je vous en prie.

- Docteur ! Mon petit docteur chéri.

Voilà le nez dont je vous ai parlé. Mon mari l'a choisi.

Il est amusant. Avec ce nez, je pourrai changer de coiffure.

Quand m'opérez-vous ?

- Ariane ? Ariane, pour madame.

- Aujourd'hui ? - Impossible.

- Demain ? - Impossible.

- Mais, docteur chéri... - Après-demain matin.

Vous regardez ? - Qu'est-ce que c'est ?

- Des moulages de mes clientes.

Avant... Après.

Avant... Après.

- Vous faites aussi

de la chirurgie ? - Esthétique.

Je ne démolis pas les voitures, je répare les visages.

C'est passionnant.

Commençons par l'épaule.

Ça te plaît ?

- À moitié. - Ton sein droit n'est pas réussi ?

- J'aurai l'autre quand ? - Après mon émission, je t'opère.

- Je suis votre femme-sandwich. - Tu me le dois. Ça coûte cher.

- Tout est hors de prix. - Un sein comme celui-là.

- On verra ma tête, à la télévision ? - Comme tu voudras.

- D'un côté, j'aimerais bien, mais de l'autre...

- Intéressante, hein ?

Fais-moi le plus de clichés possible, face et profil.

Bravo, monsieur Tardivet.

Dans 8 jours, vous sauterez comme un cabri et vous partirez.

- Si ça ne tenait qu'à moi, je serais parti depuis longtemps.

- Le temps vous a paru si long ? - Interminable.

Au fond, je ne me plais bien que chez moi, avec ma mère.

- Et votre femme ? - Naturellement.

Mes enfants, ma radio, chez moi.

- Venez dans mon bureau. - Pour quoi faire ?

- Je vais vous montrer quelque chose d'intéressant.

- Ah.

- Entrez.

J'espère que vous êtes content.

Tout est réglé : l'indemnité, la voiture, le costume,

sans procès.

- Je reconnais que vous vous êtes montré correct et compréhensif.

- Merci.

Mais comme je suis scrupuleux,

j'ai décidé de vous offrir une compensation supplémentaire.

- À quel titre ?

- Disons que c'est à titre amical. - Ah.

- Regardez.

- Mais c'est ma femme. - Vous êtes physionomiste.

Soyons sérieux. Vous avez, monsieur, l'immense chance

d'être le mari d'une femme charmante, intelligente et sensible.

Et même de beaucoup mieux que ça, non ?

Elle n'a pas le physique de son personnage.

Elle a un physique ingrat.

Mais heureusement pour vous deux, son visage est fait de telle sorte

que je peux en faire un visage harmonieux.

Il s'agit d'une intervention tout à fait classique.

Regardez bien.

Voici la femme que je vous offre.

- Non. - Quoi, "non" ?

- Je n'en veux pas.

- Ne me dites pas qu'à cette femme-là,

vous préférez celle-ci.

- Je la trouve très bien comme elle est, ma femme.

- Vous imaginez qu'elle est heureuse ?

- C'est la 1re fois que j'entends ça. Pas heureuse avec moi ?

- Mais avec elle ?

- C'est idiot, ce que vous dites là. Elle a tout ce qu'il lui faut.

- C'est sûr ? - Je sais ce que ça me coûte.

- Je vous offre l'occasion

de lui faire un plaisir qui ne vous coûtera rien.

Laissez-moi lui offrir ce visage.

- Si votre visage ne vous convient pas,

on a droit d'en changer ?

- Oui. Le devoir de corriger la nature,

quand elle a mal fait son travail.

- Si je changeais de tête,

ma pauvre mère aurait le droit de me demander où est passé son fils

et elle me donnerait une claque, et elle aurait raison.

Et l'air de famille ?

Je ressemble à mon père, je ne vais pas le renier.

Vous me voyez revenir à la maison avec des yeux en amande ?

Le tableau. - Il ne s'agit pas de vous.

Votre femme est malade. - Elle ne s'est jamais si bien portée.

- Mais la laideur est une maladie.

- On n'en meurt pas. - Si.

- Ma femme est heureuse.

Vous m'avez cassé une jambe, vous ne me casserez pas mon ménage.

Qui vous dit qu'une jolie femme ne me tromperait pas ?

Je connais les jolies femmes.

C'est du propre, en général.

- Inutile de poursuivre une discussion qui ne mène à rien.

Vous êtes un honnête homme ? - Bien sûr.

- Vous pensez qu'avant de refuser un cadeau exceptionnel,

il convient de demander son avis à l'intéressée ?

- À ma femme ? Si vous voulez. - Promettez-moi de lui en parler.

- Qu'est-ce que je risque ?

- Et de lui montrer ces photos. - D'accord.

- J'ai votre parole ? - Bien sûr.

Pas heureuse avec moi ?

On voit que vous n'êtes jamais venu chez nous.

Vous avez ma parole.

- Vous n'étiez pas ici quand je suis venue, la 1re fois.

- Je ne suis ici que depuis 2 ans.

- C'est pour cela.

- J'ai assisté le docteur quand... - Quand il m'a...

- Non. Avant. Quand il vous a...

- Ah oui. Je me souviens. J'étais blonde.

9h 30?

- Bonjour. Excusez-moi, je suis en retard.

Bon. C'est parfait, ça.

Nous allons vous faire un moulage pour modeler un nez à forme fixe.

Vous êtes charmante, et j'ai pas de temps à perdre.

Et votre nez actuel me donne toute satisfaction.

- Mon docteur chéri, vous êtes méchant, avec moi.

- Détendez-vous. Voilà.

Fermez les yeux. - Et si vous vouliez m'écouter...

- Allez, continuez.

- Bonjour. - Bonjour. Quoi de neuf?

- Mme Winter a eu une dépression nerveuse.

- C'était à prévoir.

- Le procureur Vincent a téléphoné pour son lifting.

- À 8 h. Et Tardivet ?

On l'a changé de chambre ?

- Il est parti hier. - Il en avait pour 8 jours.

- Il vous remercie pour vos soins. - C'est tout?

Et sa femme ? Il ne vous a pas parlé de sa femme ?

- Si. Il m'a dit qu'elle refusait.

-"Qu'elle refusait" ?

Musique classique.

...

On sonne à la porte.

...

- Monique, va voir qui c'est. - Je fais mes devoirs.

- On va régler ça tout à l'heure.

...

- Bonjour. Je suis l'assistante du Dr Bosc.

- Ah oui, oui. Entrez, je vous en prie.

Mon mari n'est pas là.

- Ça ne fait rien. Au contraire.

Votre mari a oublié ça. - Pas la peine de vous déranger.

- Ça ne me dérange pas.

Vous pouvez regarder.

- Qui c'est, maman ?

- Fais tes devoirs, tu veux ?

- Votre mari ne vous a pas dit que le patron vous offrait un visage ?

-"Un visage" ? - Il ne vous a pas montré ces photos ?

- Non, jamais.

- Pourquoi a-t-il prétendu que vous refusiez d'être opérée ?

Pourquoi a-t-il menti ?

Bon. N'insistons pas.

Il y a une petite différence, non ? - Oh, si j'étais comme ça...

- Ça dépend de vous. - Oh non. Ce serait trop beau.

- Puisque je vous dis que le patron vous fait cadeau de l'opération.

Le patron est formidable.

- Il ne peut pas autant me transformer.

- Bien sûr.

- Quel intérêt aurait-il ? - Aucun. Il aime son métier.

Il voudrait que tout le monde soit heureux. C'est un saint.

Un saint, toutes proportions gardées,

parce que quand une cliente lui plaît...

Vous, c'est pas pareil. Vous lui êtes sympathique.

Et comme il dit,

il est juste que celles qui ont de l'argent payent

pour celles qui n'en ont pas.

Je sais ce que c'est, je suis passée par là.

Moi non plus, je n'y croyais pas, à l'évidence.

Ça ne vous dit rien ?

Voilà comment j'étais, avant.

Bourrée de complexes. J'en voulais au monde entier.

Et à présent, pour me mettre de mauvaise humeur...

Alors, qu'est-ce que je lui dis, au patron ?

- Non. Je ne peux pas accepter.

- Vous êtes folle.

Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous refusez.

- Oh... Je verrai. Je ne vis pas seule.

-"Pas seule" ? "Pas seule" ?

Enfin, chacun est libre.

Pas vrai ?

Vous connaissez le numéro de la clinique.

- Maman, maman ? Qui c'était ?

- Personne.

Pourquoi m'as-tu caché ça ?

- Ça m'était sorti de la tête. Ce n'était pas important.

- Pourquoi as-tu dit que j'ai refusé ? - Je connaissais ta réponse.

Après 10 ans de mariage, on se connaît.

- On ne s'adresse plus la parole.

- Fais-moi une scène si tu veux, je sais que tu ne le penses pas.

Une femme comme toi n'aurait jamais accepté

de se laisser charcuter.

- Je veux devenir jolie. - Toi ?

- Oui, moi. Ça dépasse l'imagination ?

- Pour quoi faire, "jolie" ? On est ensemble.

- Tu n'as pas envie d'avoir cette femme-là ?

- Non. Je n'ai pas envie de te tromper.

- Tu es désarmant.

- Et toi, d'une naïveté !

On n'opère pas quelqu'un pour ses beaux yeux.

Le docteur cherchait un cobaye pour ses expériences.

Il est venu te relancer jusqu'ici.

Je ne veux pas que ma femme serve de cobaye.

Même s'il m'offrait 1 million, je refuserais, moi.

- Toi, toi, toujours toi ! Et moi, je ne compte pas ?

Il s'agit de mon visage.

J'ai le droit d'en disposer.

- Il m'appartient aussi. On est mariés sous le régime de la communauté.

- Arrête de plaisanter.

- Tu te vois avec une autre tête ? Mes amis se moqueraient de moi.

J'aurais l'air d'un imbécile.

- Je t'en prie ! - Quoi ? C'est sérieux ?

- C'est grave. Je n'aime pas la manière dont tu t'es comporté.

Le Dr Bosc est un homme admirable, généreux, désintéressé...

- Un bluffeur,

un charlatan,

un aventurier ! Tiens, lis.

Lis.

La malheureuse starlette voulait changer de nez.

Résultat : les os qui pourrissent, le visage qui tombe en charpie.

Choisis : le mensonge, le bluff, l'escroquerie ou la réalité.

Alors ?

Tu as de la chance, tiens, d'avoir un mari comme moi.

Allez, embrasse-moi, va. Je te pardonne.

Avoue que tu l'as échappé belle. C'est fini, n'en parlons plus.

L'incident était clos. La vie avait repris son cours.

Ma femme était partie pour Carcassonne

afin d'y soigner sa grand-mère.

Et chaque jour, Marie-José nous envoyait des nouvelles.

On frappe à la fenêtre.

- Courrier. - Merci.

- Elle n'annonce pas son retour ? - Pas encore.

- Elle aurait tort de se gêner. Je fais tout son travail.

Pas un mot pour la bonne ? - Elle t'embrasse.

- Tout de même. - Ne sois pas injuste.

Sur une carte, que peut-elle dire de plus ?

- Elle a qu'à écrire une lettre.

- Encore une, la dernière.

- Je ne sais plus quoi mettre. - Mettez n'importe quoi.

Dites que le changement d'air vous a transfigurée.

- C'est ignoble.

- Toutes les femmes opérées ont en province une parente

qui leur sert de boîte aux lettres.

Voilà pour 8 jours. - C'est long, 8 jours.

- Oh non. Vous n'allez pas recommencer à gémir.

"Raté" ? -Si C'était raté ?

- Ça arrive. - Oui, dans les journaux.

- Je donnerais...

-10 ans de votre vie pour être 8 jours plus vieille.

Entre nous, je peux vous le dire, mais ne le répétez pas.

Le docteur vous a réservé une surprise.

- Une surprise ?

- Il vous a fait la tête de Fernandel.

- Vous m'avez fait peur. - Petite nature.

- Donnez-moi un miroir. - Non. C'est défendu.

- Dites, à quoi je ressemble ?

- À Cléopâtre. Celle qui aurait dû se faire couper le nez.

Elle soupire.

...

- On pouvait plus tenir ? Mais elles sont toutes les mêmes.

- Vous ne savez pas ce que c'est. - Encore 5 minutes.

Ce n'est pas long. - C'est maintenant ?

- Oui. Vous êtes contente ?

Il faut être contente, et surtout, être calme.

Allons, venez.

Par ici.

Attention aux marches.

- Si c'était à refaire... - On se tait et on se détend.

Voilà. Fermez les yeux.

Mais non. Ce n'est rien. Voyons, voyons.

- Alors ? - Vous avez confiance en moi ?

- Oui. - Vous croirez ce que je vous dirai ?

- Oui.

- Vous me croirez si je vous dis que c'est une réussite complète ?

- Oui. - Vous le jurez ?

Je vous préviens, ce n'est pas joli à voir, alors du cran.

Ouvrez les yeux.

- Mais c'est affreux.

- Dans 8 jours, tout sera effacé, gommé, dégonflé. C'est comme ça.

- C'est vrai ? - Mais écoutez-la, cette idiote.

Mais c'est merveilleux. On va le laisser respirer, ce visage.

Et on va s'occuper de lui : traitement, coiffure...

Et dans 10 jours, votre mari viendra me faire des excuses.

-"Quel est le plus petit nombre de 3 chiffres ?"

- Non, monsieur Baignols.

Les élèves rient.

Chut.

Non, monsieur Baignols.

...

Inutile de vous gratter le derrière.

La solution n'est pas dans votre fond de culotte.

...

Allons, allons, allons.

- Quelqu'un pour vous, au parloir.

- Un parent d'élève ? - Une dame.

- Bon. Merci bien.

Alors ?

Madame.

- Eh bien oui, c'est moi. Tu ne me reconnais pas ?

- Tu as fait ça ?

- Quel accueil !

- Tu as écouté ce charlatan ?

- Tu me fais une scène parce que je suis jolie ?

Regarde-moi.

- Je te regarde et je ne te reconnais pas.

J'étais tellement contente, en venant ici.

Il y a 1 mois que je ne vivais plus.

- Menteuse ! C'était ça, Carcassonne ?

- Eh bien oui, c'était ça.

Regarde-moi, Pierre, ne sois pas bête.

Oui, c'était ça, Carcassonne. Ça valait le voyage, non ?

Allez, embrasse-moi. - Ne me touche pas.

Excuse-moi. - Pierre !

- Ce soir. Plus tard.

La cloche sonne.

- Pierre !

...

- Vous cherchez quelqu'un ? Puis-je vous être utile ?

- Non, merci. - La sortie, peut-être. Par ici.

Je vous accompagne ? - Je connais.

- C'est un plaisir, pour moi. - Je vous en prie.

Allez, dodo.

Bonsoir, mon poulet.

Qu'est-ce qu'on dit ? - Bonsoir.

-"Bonsoir" qui ? T'es pas contente d'avoir une jolie maman ?

- Où est ton ancienne tête ? - Elle l'a laissée à Carcassonne.

- Et la tête de grand-mère, pourquoi on lui change pas aussi ?

- Bonsoir, ma chérie. Dors bien.

Bonsoir, mère.

...

Pierre. - Quoi ?

- Comprends-moi. Je ne me suis pas fait opérer par plaisir.

Tu ne sais pas par où je suis passée. - Pour aller à Carcassonne ?

- Ne sois pas méchant. - Vous deviez rire, avec ton docteur.

Si on peut appeler "docteur" ce faussaire.

Ton visage, c'est de la contrefaçon.

- Je peux me regarder dans une glace. - Pour y voir une étrangère.

- Je n'ai plus honte de moi. - Tu as bien vécu jusque-là.

Tu ne t'es jamais plainte. - On se fait à tout.

J'étais résignée. Un jour, j'ai appris qu'on pouvait en sortir.

- T'as rencontré le Dr Bosc, oui.

- Je croyais que ça te ferait plaisir, que je sois jolie.

J'ai lutté, tu sais.

Et un matin, j'ai décidé de risquer le tout pour le tout.

- À pile ou face ?

- Je n'ai jamais cessé de penser à toi.

J'étais un objet, à tes yeux ?

J'ai voulu redevenir une femme, la tienne.

- Mais je ne t'ai jamais trompée.

- Pire, tu m'avais oubliée. Oui, tu m'avais oubliée.

Regarde-moi, Pierre.

Je te déplais tant que ça ?

Le téléphone sonne.

Ça doit être pour moi. - À cette heure-ci ?

- Oui.

...

Allô ? Bonsoir, docteur.

- Alors ? J'ai attendu votre coup de fil.

Cette 1re journée s'est bien passée ?

Votre mari a dû trouver que l'air de Carcassonne vous a fait du bien.

- Oui... Oui, beaucoup de bien.

Il est ravi.

Mais si, si, docteur.

Je vous assure, je suis très contente.

Non, non. Je vous appellerai demain, docteur.

Oui, c'est ça. Merci d'avoir téléphoné.

Bonsoir, docteur.

Pierre ?

Elle frappe à la porte.

Pierre, voyons, c'est stupide.

...

Pierre !

...

- Vous ne déjeunez pas ? - Je n'ai pas faim.

- Le docteur vous a mise à la diète ? Tant mieux, ça fait des économies.

- Maman, où est papa ? Il est malade ?

- Non, il n'est pas malade. - Il a mal au cœur.

- Ah.

Bonjour, papa. - Bonjour.

- Tu piques.

- Bonjour, maman. - Bonjour, mon garçon.

- Bonjour, Pierre. - Bonjour.

- Le tien est là. - Oui.

- Tu veux des biscottes ? - Non. J'ai pas faim.

- Maman non plus n'a pas faim. Pourquoi t'es pas rasé, papa ?

- Tu es trop curieuse.

Viens mettre ton manteau, tu vas être en retard. Allez.

- Tu ne trouves pas qu'on est idiots ?

Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. - J'ai très bien dormi.

- Menteur. Si tu te voyais ! Ah, tu es beau.

Tu as fini de bouder ? - Je ne boude pas.

Tu n'appelles pas le Dr Bosc pour lui donner de tes nouvelles ?

Ne te gêne pas pour moi.

- Je lui avais promis de l'appeler.

- Sans lui, j'aurais encore une femme normale.

-"Normale" ? On sonne.

Tu veux que je te dise ce que tu es ?

Un enfant de 6 ans, cabochard et buté.

Tu as pris une attitude imbécile et tu n'en démords pas.

Ce qui est fait est fait.

Je suis devenue jolie, il faut en prendre ton parti.

Il faudra bien qu'on se réconcilie un jour ou l'autre. Alors ?

Tu veux pas qu'on essaye de s'expliquer loyalement ?

-"Je pense beaucoup à vous.

"Grand-mère va un peu mieux. Je suis allée sur les remparts.

"Il y avait beaucoup de touristes, surtout des Belges.

"Je vous embrasse tous les quatre. À bientôt. Marie-José."

Carcassonne. -Nous expliquer loyalement ?

- J'en ai écrit beaucoup.

- Nous allons en recevoir d'autres ? Bien organisé, le service du docteur.

Enfin". - Et l'argent du voyage ?

Elle en a fait quoi ? - Oui. Oh, ça...

- Oui ou non,

tu lui as donné de l'argent ?

- Ce n'est pas la question. - Si, précisément.

Elle ne t'a pas rendu cet argent. Alors où est-il passé ?

Je croyais

que l'opération était gratuite. - C'est la vérité.

- Et alors ? - Je me suis achetée une robe.

- Et un manteau. Avec l'argent du voyage.

- Je n'ai jamais dépensé beaucoup d'argent pour moi.

- Moi vivante,

je ne vous laisserai pas mettre mon fils sur la paille.

Je ne suis pas née d'hier. - Moi, je suis née d'hier.

Je remercie le Dr Bosc de m'avoir faite ce que je suis.

- Envoyez-lui une carte postale. Fracas.

Pierre claque la porte.

- Peut-être encore un peu. Enfin, tout cela a l'air si simple.

- C'est enfantin, madame. Voilà.

Excusez-moi une seconde.

- Pendant ce temps-là, les maris se crèvent pour gagner de l'argent.

Vous leur envoyez des cartes postales de Carcassonne,

et ils payent les factures.

Et tout ça pour enrichir un médecin marron, un escroc,

un charlatan.

On lui a jamais dit ses 4 vérités. Moi, vous allez m'entendre.

Qu'est-ce qui vous prend ? Lâchez-moi !

Canaille, voleur, assassin ! Je vous dis de me lâcher !

- Pauvre con.

- Quoi ? On se retrouvera.

Bruit de pas.

...

Claquement de porte.

Bruit de pas.

...

On frappe à la porte. Oui ?

- Tu ne viens pas ? Qu'est-ce que je dirai ?

- Tu ne manques pas d'imagination.

- Pour l'anniversaire de Véronique.

- L'anniversaire de Véronique, c'est tous les ans la même comédie.

- Viens au moins pour le dîner.

- Je n'ai pas faim.

Le vernissage de ta nouvelle tête, très peu pour moi.

Je ne sais pas faire les discours d'inauguration.

- Tu n'es pas gentil. Si nous étions tous les deux...

-"Si nous étions tous les deux" ?

- Il n'y aurait pas de malentendus.

- Tu parles des enfants ? - Tu sais de qui je parle.

- Heureusement que ma mère est là pour m'ouvrir les yeux.

Tiens, regarde-nous, nous deux.

Le jour et la nuit. J'ai l'air d'être le mari de cette femme-là ?

Je suis veuf. J'ai perdu ma femme dans un accident de voiture.

- Je ne demande qu'à reprendre la vie comme avant.

- Impossible. Va montrer ta jolie robe.

Moi, il faut que je travaille pour payer la facture.

- Ne t'inquiète pas pour ça. - Que veux-tu dire ?

- Rien de blessant. - Tu es ma femme...

- Je m'arrangerai.

- Dépêche-toi, tu vas rater ton autobus.

L'horloge sonne.

...

Musique de bal.

- Vous êtes trop bête. - Vous me plaisez, je vous le dis.

- Drôle de façon de le dire. - Je vous le fais comprendre.

- Vous mettez les points sur les i, et les mains où il ne faut pas.

...

- Dr Bosc, 17, boulevard Suchet. Un génie.

- Merci. J'irai le voir demain.

...

- Changement de cavalière.

- Voulez-vous danser ? - C'est mon tour.

- Non, c'est à moi. - Ah non !

- Vous permettez ? Pardon.

...

- Vous êtes complètement fou. - Non.

- Je peux danser avec qui je veux.

- Non.

Vous n'avez pas le droit de faire de jaloux.

- Elle prend une jolie revanche.

- Une revanche sur qui ? - Sur toi, sur moi.

Jacques a une façon de la regarder.

Vous êtes tous les mêmes, devant une jolie femme.

- Plains-toi.

- Moi, c'est pas pareil. Je suis jolie naturellement.

- Changement de cavalière.

...

- J'ai pensé que tu allais passer la soirée avec ma sœur.

- Elle est jolie, ta sœur.

Elle est charmante, intelligente. - Elle rattrape le temps perdu.

...

- À quoi ? Quand je danse...

...

- À rien.

...

- Dites tout de même.

- Il y a 10 ans, à cette heure-ci, vous filiez à l'anglaise,

et je vous ai laissée partir.

- Tout s'arrange.

On finit tout de même par danser ensemble.

- Oui, tout s'arrange.

Tic-tac.

...

Musique douce.

...

- Tu sais quelle heure il est ?

- Vous partez ? - Si tu veux profiter du taxi.

- Je vais vous déposer. - Je prends mon manteau.

- Où est Véronique ? - Véronique...

- Ah, c'est toi.

- Heureusement. Si c'était Gérard... Tu n'es pas un peu folle ?

- Oh, Gérard ! Jacques, comment le trouves-tu ?

-"Jacques" ? - Qui sort d'ici.

Vous avez dansé ensemble toute la soirée.

- Tu ne vas pas faire de bêtises ?

- Elles sont faites. Ça durera ce que ça durera.

Moi, les romans-fleuves...

- Et Gérard ?

- Gérard et moi, c'est loupé.

On n'a plus rien à se dire, ni à faire ensemble.

Pas même l'amour. Au fond, Gérard, je ne l'ai jamais aimé.

Un petit béguin. Pour moi, le mariage, c'était la liberté.

- Oui ! Véronique ?

Il est discret. Il prévient toujours quand il arrive. Et sérieux.

Voilà un garçon pour toi.

- Tes parents s'en vont. - Je descends.

- Vous ne m'en voulez pas trop ?

- Je ne vous comprends pas.

- De ne pas avoir couru après vous pour vous rattraper.

- Mais non, mais non. Ce soir, je ne regrette plus rien.

Crissement de pneus.

- Et voilà. Vous allez retrouver votre mari, et moi, ma femme.

Ma femme ! C'est une façon de parler.

- Et moi qui vous croyais heureux.

- Je n'ai pas mérité de l'être.

- Vous n'avez rien à vous reprocher, je vous jure.

Bonsoir.

- Pensez tout de même à ce que je vous ai dit.

...

- Tu as vu l'heure ? - Mais quelle heure est-il ?

-2 h 30 du matin.

- Non ! Déjà ?

- Oui, déjà. Descends un peu, j'ai à te parler.

- Maintenant ? - Oui.

Que voulais-tu dire par : "Je me débrouillerai" ?

- Je vais travailler. Je ne veux plus entendre de reproches.

- Jusqu'ici, tu dépensais peu pour ta toilette.

- Je ne m'occupais pas de moi.

- Et à présent, ça en vaut la peine ? - Oui.

Hé, là !

Un peu de silence. Vous n'êtes pas encore couchés ?

- Elle rentre à l'instant, 2 h 30 du matin.

Elle prétend revenir de chez sa sœur.

- Oui. J'ai passé une excellente soirée.

Tout le monde a été gentil avec moi. On a dansé, on a bu, on a ri.

- C'est quoi, ce ton ?

- Le ton d'une femme libre.

- Madame a décidé de travailler pour s'acheter des fourrures.

-"Des fourrures" ? Tu me donnes une idée.

- Qui va s'occuper des enfants ?

- Vous avez tout fait pour les éloigner de moi.

Je peux à peine les embrasser. - Elle est folle.

- Où allez-vous travailler ?

- Gérard va me reprendre.

- Ça doit être du propre, le magasin de Gérard.

- Bonsoir.

- Si tu vas travailler chez Gérard,

je lui dirai ce que je pense de sa femme.

- C'est entendu. Je trouverai autre chose.

- Et comment ?

- Et pourquoi pas par les petites annonces ?

- Et en effet, 8 jours plus tard, elle avait trouvé un emploi.

Qui le lui avait procuré ?

Tout à coup, j'aperçus

cette personne excentrique et tapageuse.

Je la reconnaissais. Une cliente du Dr Bosc.

Ainsi, une fois de plus, le Dr Bosc, toujours lui,

était intervenu.

...

Bruit de porte.

...

- Où sont les enfants ?

- Partis.

- Partis où ? - À la campagne.

- Avec ta mère, bien sûr. - Oui.

Plus d'enfants, plus de belle-mère, ton rêve.

- Elle n'a pas le droit de me voler mes enfants.

- Je les lui ai confiés.

- Elle te les a demandés ? Elle te sait faible, elle en profite.

- Mais non. C'est ton idée.

Tu m'as dit que tout s'arrangerait, si on restait seuls.

Eh ben, voilà, nous sommes seuls. Le couple idéal.

C'est émouvant, non ?

Pierre sifflote.

Un œuf ou deux ? - Je n'ai pas faim.

- Tu as tort. Ils viennent d'être pondus.

...

- Pierre, où sont les enfants ?

- Ils resteront en lieu sûr

jusqu'à ce que leur mère revienne à la maison.

- Je ne l'ai jamais quittée.

- Où passes-tu tes journées ? Et tes boutiques ?

Je ne suis pas dupe. - Que veux-tu dire ?

- Je me comprends.

...

- C'est ignoble, ce que tu fais. - Je te le fais pas dire.

Pas d'œufs ? Excellent pour le teint, les œufs.

Un jus de citron, peut-être ?

- Jamais je ne te le pardonnerai.

...

...

- Tu ne viens pas avec nous ?

- Non. Je ne suis pas habillé. Et moi, les galas...

- On aurait pu souper ensemble. - Oui.

Je ne suis pas très en forme, ce soir.

- Alors ?

Il aime jouer le trouble-fête.

Tu n'es vraiment pas gentil.

- Je suis un type impossible. Dépêchez-vous.

Le téléphone sonne.

...

Allô ?

- Allô, Gérard ?

Ma rie-José.

Il faut que je vous voie tout de suite.

Oui, c'est très grave.

Enfin, c'est très grave pour moi.

Non, je ne suis pas chez moi...

...

Qu'est-ce que je peux faire ?

Voulez-vous me le dire ?

- Un homme qui croit qu'une jolie femme est une courtisane,

c'est sans espoir.

Il n'est plus fait pour vous.

Il avait épousé une femme...

- Une femme pas très gâtée par la nature.

- Et il se réveille auprès d'une créature ravissante.

Il réagit à sa manière,

qui est celle d'un mari trompé.

Comique.

- Salut, patron. Donne-moi un calva.

- Moi aussi, il y a 10 ans, je me suis fié aux apparences.

Je suis passé à côté.

La guinguette des bonheurs manqués.

C'est rigolo, non ?

Il devrait y avoir plus de monde.

10 ans.

En ce moment, Véronique...

C'est une bonne fille.

Je lui laisserai l'appartement, la voiture...

Tout ce qu'elle aime en moi.

- Vous allez vous séparer ? - Oh oui.

Sans histoire, d'ailleurs.

On m'offre quelque chose à Montréal.

J'avais réservé ma réponse jusqu'à maintenant.

Montréal, ça ne vous dit rien ?

Ça ne vous dit rien ?

Vous avez des cigarettes ? - Quelle marque ?

- N'importe. Gitanes.

Alors, Montréal ?

- Ça n'est pas possible. - Pourquoi ?

- Gérard, je ne suis pas libre.

- Je n'ai plus que des Gauloises. - Merci.

Soyons sérieux, Marie-José. C'est de notre âge.

Et n'ayons pas peur des mots.

Vous n'avez jamais aimé votre mari.

Vous avez eu pour lui de la reconnaissance.

Mais l'amour, c'est autre chose.

Vous avez payé, vous ne lui devez plus rien.

Et vos enfants sont marqués Tardivet 100 %.

Ils ne vous appartiennent plus. Alors pourquoi rester ?

Par pitié ?

On n'a pas pitié des imbéciles.

On n'a pas le droit de gâcher sa vie à cause d'eux.

Marie-José, regardez-moi.

Le temps des regrets est fini, bien fini.

C'est merveilleux, ce qui nous arrive ce soir.

Nous sommes intimidés.

Nous n'avons pas le courage de nous avouer

que nous nous aimons.

Eh bien, oui, je vous aime. Vous aussi, et depuis longtemps.

Ce soir, tout ce qui a été gâché depuis 10 ans

peut être sauvé, si vous le voulez.

Dites-moi que tout n'est pas foutu.

- On ferme, messieurs dames.

Ça fait 400 F, avec le téléphone.

- On n'a pas de temps à perdre.

J'ai mis 10 ans pour venir ici.

- Vos cigarettes.

Pardon.

Bonsoir.

- Je vous raccompagne.

- Non. - Mais si.

- Non. J'habite à 300 m. Je préfère marcher.

- Comme vous voudrez.

- Bonsoir.

- Bonsoir.

...

- Bravo.

Tu pourras dire au Dr Bosc que je l'emmerde.

- Pierre !

- Silence!

J'ai bouffé toutes les cerises de Châtillon.

Quand on les a cueillies, on était heureux.

Le temps des cerises, ça se chante.

Heureux, heureux, heureux !

Tu vois, c'est facile à dire.

- Pierre, tu te fais du mal. Écoute...

- Ne me touche pas, hein.

- Tu as fini de faire l'imbécile ? Ressaisis-toi.

Je suis ton amie. J'ai toujours été gentille.

- Bas les pattes.

"Amie" ? "Amie" ?

J'étais monté avec les cerises pour faire la paix avec ma femme.

J'avais apporté deux verres.

Deux verres.

Inutile. C'est raté.

Foutu le camp, ma femme.

Plus de femme, plus d'enfants, plus personne.

Je suis seul, dans la vie.

La vie... Tout loupé, oui.

Les examens, toujours le dernier. Reçu de justesse.

Ils se foutent tous de ma gueule, Là-bas. Je les méprise.

Je leur disais : "Je suis heureux, avec ma femme."

Puis le Dr Bosc est venu.

Le Dr Bosc.

Dr Bosc !

Fracas.

- Pierre ! - Et hop, terminé ! Fini, tout ça.

Pourtant je l'aimais bien, ma femme.

Ma petite Marie-José.

Tu entends, salope ? Je l'aimais.

Oui. Oh, tu t'en fous, quoi.

Une femme que j'avais emmenée à Venise.

Féerique, Venise.

Je t'en foutrais, moi, des 5e Symphonies.

Parce que Beethoven, je l'emmerde.

- C'est entendu. Maintenant, va te coucher.

- Avec qui ?

Le Dr Bosc m'a pris ma femme.

Le Dr Bosc...

Sais-tu ce qu'il m'a donné à la place ?

Il m'a donné ça : une traînée.

Elle part retrouver ses amants.

- Tu sais que c'est pas vrai.

-1, 2, 3...

Il crie.

Je suis chef de famille, seul maître à mon bord,

et ma femme est la reine des garces.

Entrez donc !

Entrez donc ! Qui n'a pas son billet ?

Il y en aura pour tout le monde.

- Pierre !

Tais-toi. Tu es ignoble.

Veux-tu te taire, à la fin ?

Mais tu es complètement fou.

- Pour tout le monde, sauf pour moi.

Pierre Tardivet,

surnommé "Tard-levé" par des petits morveux.

Je le sais, moi. Je sais tout ce qui se passe ici,

pendant que je suis en bas comme un pauvre type !

- Oh oui, tu n'es qu'un pauvre type.

- Tu me plais.

Le Dr Bosc a fait de toi une putain.

Je suis le seul à pas m'envoyer ma femme.

Je veux ma part.

Ma part !

Ma part.

- Pierre ! - Tu peux gueuler.

- Pierre ! Pierre !

Au secours !

- Sale...

Ouvre-moi. Marie-José, ouvre-moi.

C'est pas vrai !

Ouvre-moi !

Oui, je sais.

Je me suis conduit comme une brute.

Je voulais lui faire oublier cette scène.

J'avais même pensé à faire revenir les enfants.

En 10 jours, on n'échangeait pas 10 mots.

Marie-José ne me fit aucun reproche.

Et puis ce soir, en rentrant chez moi...

Où vas-tu ?

- Je pars, Pierre. Je te quitte.

Ça te surprend ? - C'est pas vrai.

- Adieu, Pierre. Sans rancune.

- Si tu pars, les enfants, tu ne les reverras jamais plus.

- Ne fais pas de chantage. Un peu de dignité.

Laisse-moi un souvenir possible.

- Tu me détestes ? - Non. Je te plains.

- Écoute-moi.

On ne peut pas se quitter, tout casser en 5 minutes.

Marie-José, dis-moi quelque chose.

- Je t'ai laissé une lettre. Laisse-moi.

- C'est ça ! Fous le camp !

Ordure ! Sale ordure !

- À Orly.

- Marie-José !

Marie-José...

- Oui, deux places ont été prises à ces noms, pour Montréal.

- L'avion part quand ?

- Il a décollé il y a 5 minutes.

...

- Dr Bosc.

La femme crie.

- Attention : l'aéroport de Gander

annonce l'arrivée du vol Air France 056

en provenance de Paris et à destination de Montréal.

L'avion stationnera au point A4.

- Mesdames, messieurs,

la météo est mauvaise. Le vol pour Montréal est retardé.

Il va falloir attendre un certain temps.

Des chambres sont à votre disposition.

- Je vais chercher nos bagages.

- On aurait pu prévenir au départ !

- Suivez-moi.

- S'il vous plaît, par ici.

- Mme Tardivet ? Un télégramme pour vous.

*-Attention, s'il vous plaît.

La compagnie Air France a le regret d'informer ses passagers

à destination de Montréal, sur le vol 056,

que le départ est reporté

en raison des mauvaises conditions atmosphériques.

Les passagers sont priés de bien vouloir se conformer

aux instructions des hôtesses. Merci.

'Ça Va ?

- Madame, monsieur, veuillez me suivre.

Madame Tardivet, voici votre chambre.

- Et moi ?

- Monsieur Durieux, la 11, au bout du couloir.

- Merci.

Bien... Bonsoir.

- Bonsoir, Gérard.

...

- Oui ? - Départ dans une demi-heure, madame.

On frappe à la porte.

- Oui ? - Départ dans une demi-heure.

...

- Tu n'es pas prête ? Nous allons rater l'avion.

- Entre.

- Qu'est-ce que c'est ?

- C'est un télégramme de mon père. C'est Pierre...

- Quel imbécile !

- C'est ma faute. - Tu ne pouvais pas prévoir.

- Je n'aurais pas dû partir. - Il t'a rendue assez malheureuse.

Qu'est-ce qu'on peut faire ?

- Il faut que je rentre à Paris. Mes enfants ont besoin de moi.

- Et moi, tu crois que j'ai pas besoin de toi ?

- Ne sois pas égoïste. - Je pense à toi.

- Alors laisse-moi partir.

- Quand as-tu reçu ce télégramme ? - Hier soir.

- Alors depuis hier...

- Je ne voulais pas t'en parler. On se serait torturés toute la nuit.

Et cette nuit-là, je ne voulais pas qu'on y touche.

J'ai eu sept heures de bonheur.

Sept heures. Et je les ai volées.

- Mais enfin...

C'est injuste. Tu ne peux pas renoncer à tout.

- Aide-moi, Gérard.

Tu sais très bien que j'ai raison.

- Alors je rentre avec toi. - Oh non.

Ta présence à Paris compliquerait tout, tu sais.

Le procès, la presse,

ton nom mêlé à cette histoire...

Tout ce qu'on insinuerait.

Et les sales ragots.

Et notre amour traîné dans la boue.

Notre amour.

Tout ce qui me reste.

Gérard,

je veux que ce soit toi qui me dises de partir.

C'est la plus grande preuve d'amour que tu puisses me donner.

Je t'en supplie.

Je t'en supplie.

On frappe à la porte.

- Messieurs dames, excusez-moi.

L'avion va décoller.

- Je ne pars pas, mais M. Durieux vous suit.

- Alors dépêchons-nous. Il est temps.

- Tu vois, ils sont très pressés.

- Et puis non. - Oh si, Gérard.

Va-t'en.

Je t'en prie.

- Mon amour.

- Monsieur, s'il vous plaît, vite. - Oui, je viens.

...

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