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Pour Alf Bold
Pr�sentent
Avec
Un film de:
SATANTANGO
Un matin d'octobre avant les premi�res gouttes
des longues pluies d'automne qui, tombant sur le sol dess�ch�,
transforment les chemins en bourbiers et coupent la ville de l'ext�rieur...
Futaki fut r�veill� par le son des cloches.
La chapelle isol�e, � 8 kms de l�, ne poss�dait pas de cloche.
M�me sa tour avait �t� d�truite pendant la guerre.
La ville �tait trop �loign�e et ses bruits ne parvenaient pas jusque l�.
ON APPREND QU'ILS ARRIVENT
Qu'y a-t-il?
Rien. Dors.
Je prends ma part et je m'en vais ce soir.
Ou demain, au plus tard.
Demain matin.
- Tu as fait un cauchemar? - Oui.
J'�tais assise dans la chambre.
Soudain, on a frapp� � la fen�tre.
Je n'ai pas os� l'ouvrir.
J'ai regard� � travers les rideaux.
Je n'ai vu que son dos, il allait vers la porte.
Et sa bouche, lorsqu'il a cri�. Mais je n'ai pas compris ce qu'il a dit.
Il n'�tait pas ras�.
Ses yeux paraissaient de verre.
J'ai voulu crier, mais je n'ai pas pu.
Apr�s, Mme Halics a regard� par la fen�tre, en souriant.
Tu sais comment elle est, quand elle sourit.
Elle m'a regard�, puis elle a disparu aussi.
Lui, il a donn� des coups de pied dans la porte pour l'enfoncer.
J'ai couru vers le buffet. Mais je n'ai pas pu pu ouvrir le tiroir.
La porte a c�d� avec fracas.
Et l'inconnu s'est engag� dans le couloir.
J'ai r�ussi � ouvrir le tiroir et j'ai pris le couteau.
Il m'approchait en gesticulant.
Tout � coup, je l'ai retrouv� couch� sous la table de la cuisine.
Il avait des casseroles rouges et bleues. Elles roulaient dans tous les sens.
Et puis le sol s'est mis � bouger.
La cuisine s'est mise � tanguer...
comme une voiture.
- J'ai �t� r�veill� par des cloches. - O� �a? Ici?
Elles ont sonn� deux fois.
- On finira par devenir fous. - Non.
Il va se passer quelque chose.
C'est mon mari, j'en suis s�re.
Cache-toi!
Tu fais ce que je te dis, est-ce que c'est clair?
Commence � tout emballer. Allez!
On s'en va ce soir. Prends les v�tements,
les bottes, les manteaux, la radio, tout!
On doit partir ce soir, tu comprends?
- Tu as compris? - Tu es fou! Qu'est-ce que tu racontes?
J'ai parl� � Kraner. On a l'argent.
Si on le partage en huit, on ne partira jamais d'ici.
Tu crois qu'ils te laisseront faire? Halics, le directeur et Futaki?
Je n'ai pas trim� pendant un an pour tout distribuer.
Qu'ils aillent se faire foutre. Il ne nous resterait rien.
L�, on peut acheter la ferme.
Tu as perdu la t�te. Tu es fou.
J'ai laiss� ma canne dehors.
D�gage!
Schmidt, tu es l�?
Tu voulais partir avec l'argent?
Je n'aurais pas cru �a de toi.
Je peux tout expliquer.
- Kraner est de m�che? - Fifty-fifty.
Et maintenant, on fait quoi?
Ce qu'on fait? T'es dans le coup aussi.
On attend la nuit et on se tire.
Comment �a?
On partage en trois.
Mais je ne veux pas �tre ruin�!
Tout ce que je te demande, c'est de me pr�ter ta part.
Juste quelque temps... Un an.
Le temps qu'on trouve o� s'installer.
C'est tout ce que t'as � me demander?
Tu disais que tu voulais rester ici.
Je ne veux pas finir ma vie ici.
Tout ce que je demande, c'est un pr�t.
J'ai trim� autant que les autres.
Et tu me parles d'un pr�t?
- Tu ne me fais pas confiance? - Bien s�r que non.
Tu es avec Kraner.
Vous vouliez partir avec tout le fric.
Et je devrais te faire confiance?
- Et les autres? - Je peux pas savoir.
On doit attendre la nuit pour partir.
On a dit la m�me chose avec Kraner.
Pourquoi es-tu revenu?
Pourquoi, j'aurais du laisser la femme derri�re moi?
C'est vrai. Elle ne m�rite pas �a.
- Et les Kraner? - Ils veulent aller dans le nord.
La femme de Kraner a entendu parler d'une scierie.
Il pleut.
J'entends.
Je vais vers le sud. Les hivers y sont plus courts.
Je louerai une ferme.
Pas loin d'une grande ville.
Je passerai mes journ�es les pieds dans l'eau chaude.
Ou bien...
je serai gardien dans une usine de chocolat.
Ou pion dans un dortoir de filles.
Et je tenterai de tout oublier.
Les pieds dans l'eau chaude, avec rien � faire.
Juste regarder passer cette putain de vie.
Mais o� veux-tu qu'on aille?
On se fera arr�ter dans la premi�re ville.
On nous demandera m�me pas nos noms.
- T'auras les poches pleines d'argent... - Justement.
Faire une valise et partir comme des voleurs...
- C'est pas tes oignons. - Pardon?
Rien.
Doucement, ne le r�veille pas.
Qu'est-ce qu'on attend? Pourquoi on ne partage pas?
Allez.
�a ne peut pas attendre?
Faisons le partage.
T'inqui�te pas, tu auras ton fric.
Attendons que Kraner nous apporte l'autre moiti�.
C'est tr�s simple.
On partage ce que tu as.
Et le reste, on le partage � la croix.
Apporte-moi la lampe de poche.
Le document...
Pour que tu voies que je ne te roule pas.
Comptons.
C'est exactement �a.
Mme Schmidt! Vous �tes l�?
- Mme Schmidt! - Planque tout!
Envoie-la au diable!
Si elle entre ici, je la tue!
- Ta femme reste longtemps. - Je vais lui casser la gueule.
- Que voulait-elle? - Elle devient folle.
Elle dit qu'Irimias et Petrina sont sur la route,
peut-�tre d�j� au bar.
Ils sont peut-�tre d�j� arriv�s...
Le contr�leur les a vus partir.
Il a dit aussi qu'il les avait vus en ville.
Ils sont sur le chemin de la ferme.
La Bible l'a rendue folle.
- Et si c'est vrai? - Alors?
Ils sont morts depuis un an et demi.
Ne crois pas �a, c'est un pi�ge!
Sanyi Horgos a peut-�tre menti.
- On ne le sait que de lui. - Morts depuis un an et demi!
Je m'en suis dout� � l'�poque, mais personne ne m'a �cout�.
Il nous a menti. Bien s�r qu'il a menti.
Vous divaguez.
Tout �a va changer, vous verrez.
Irimias est un grand magicien.
Il construirait un ch�teau avec de la bouse de vache...
s'il voulait.
Pas question.
- Tu ne d�joueras pas mes plans. - Je n'en ai pas l'intention.
Un mort ressuscit�? Futaki! Toi, au moins, sois sens�!
Ils ont des soup�ons et veulent nous faire sortir.
- Je vais au bar. - C'est peut-�tre vrai.
Insens�s.
On ne peut pas �chapper � Irimias.
Tu le sais. Alors?
Bande d'insens�s.
- Si tu ne le crois pas... - Ecrasez!
Mais je vous conseille de laisser... mon argent ici sur la table.
Laisse ta femme y aller d'abord.
Et l'argent?
Laissons-le l� o� il est.
Tu as confiance en elle?
Bon, j'y vais.
Vous l'avez entendu? Ils sont ici. Mon mari m'envoie vous le dire.
Mais vous devez le savoir, on a vu Mme Halics ici.
Mon mari dit qu'il faut abandonner l'argent.
Se cacher et s'enfuir? Pas question!
Vous irez voir Irimias et Petrina...
Je savais que le petit Horgos avait tout invent�. �a se voyait dans ces yeux!
Et on l'a cru depuis le d�but.
- Alors tu es impliqu�e aussi?! - Laissez tomber, venez plut�t avec nous!
Alors, on y va?
Schmidt partit le premier. Futaki titubait derri�re lui.
Il tentait de trouver son chemin dans le noir avec sa canne.
La pluie incessante �touffait les jurons de Schmidt.
Futaki �tait gai, il l'encourageait de ces mots:
"Tu verras, on aura la belle vie! La belle vie!"
RESSUSCIT�S D'ENTRE LES MORTS
Elles ne sont pas � la m�me heure.
Aucune n'a la bonne. Celle-ci retarde.
Et l'autre semble indiquer plut�t la vuln�rabilit� perp�tuelle.
C'est un peu la brindille sous la pluie.
On ne peut pas se d�fendre.
La brindille et la pluie?
Tu es un grand po�te, tu sais?
- Il y a � manger, par ici? - Je ne crois pas.
Qu'est-ce que vous attendez?
- On a des convocations. - Montrez.
Vous savez lire? Quel �tage est-ce?
- Au deuxi�me. - Suivez-moi.
Papiers.
Convocations et cartes d'identit�.
Remplissez ceci et lisez le verso.
Suivez-moi.
- Irimias? - Oui, c'est moi.
Asseyez-vous.
- Vous �tes gitan? - Non. Je suis Petrina.
- Petrina? C'est quoi comme nom? - Roumain.
- Vous avez connu votre m�re? - Non.
Irimias...
Ici...
Tout d�pend de mon humeur.
Apr�s votre lib�ration, pourquoi n'avez-vous pas cherch� du travail?
Vous auriez au moins pu essayer.
Vous �tes sous surveillance.
Mais vous n'aviez aucune envie de trouver du travail.
Vous nous connaissez, commissaire.
Pas si bien que �a.
Je parle de votre avenir... En effet, vous �tes jeune...
Moi non plus, je ne suis pas amoureux de mon m�tier.
Mais vous imaginez �tre ch�meur toute votre vie?
Oui.
Ce document, ici, dit que vous ne respectez pas le travail...
ni ceux qui travaillent dur.
Ce sont de belles paroles.
Mais le temps passe.
Avez-vous une femme et des enfants?
Vous comptez sur l'aide de votre fils?
Quand vous aurez la jambe cass�e, la colonne vert�brale bris�e,
et que vous ne pourrez plus vous d�brouiller seul?
Nous sommes aussi du c�t� de la loi.
Nous la connaissons et jusqu'ici nous ne l'avons pas enfreinte.
D'apr�s ce document, vous n'avez fait que �a.
- Non... - Et avec de louables efforts.
Ce ne sont que des apparences.
Et o� est la v�rit�, alors?
Nous respectons la loi.
Pourquoi seulement depuis maintenant?
�a ne date pas de maintenant.
Vous la respectez depuis l'enfance?
- C'est �a. - Mon grand-p�re la respectait d�j�.
C'�tait votre grand-p�re.
Parlez de vous, pas de votre grand-p�re.
Nous sommes des citoyens honn�tes, commissaire.
Et je vous rappelle que nos services ont �t� utilis�s pendant de nombreuses ann�es.
Comment est-ce arriv�?
Vos vies n'ont rien d'une trag�die.
Soyez modestes. Ce n'est pas tragique.
- Vous nous connaissez, commissaire. - Oui.
Ce n'est pas une trag�die, c'est de la friponnerie.
Pourquoi changer?
En rester l�? Vous ne voulez pas changer?
Pas que la vie humaine aie tant de valeur que �a.
Le maintien de l'ordre semble �tre l'affaire des autorit�s.
Mais c'est l'affaire de tous.
La libert�, par contre, �a n'a rien d'humain.
C'est une chose divine...
et nos vies sont trop courtes pour pouvoir bien le comprendre.
Si vous cherchez un lien, pensez � P�ricl�s.
Ordre et libert� sont li�s par la passion.
On doit croire dans les deux et on souffre des deux.
Des deux. De l'ordre et de la libert�.
Mais la vie humaine est pleine de sens, elle est riche, belle et sale.
Tout est li�.
Seule la libert� est trait�e avec d�dain, comme un d�chet.
Les gens n'aiment pas la libert�. Ils en ont peur.
Ce qui est �trange, c'est que la libert� n'a rien d'effrayant.
L'ordre, par contre, peut souvent faire peur.
Je dois attirer votre attention sur certains points.
En fait, votre seul choix est de collaborer.
Si vous respectez vraiment la loi...
...alors je vais aller plus loin...
En fait, vous alliez me l'offrir.
On vous respecte, commissaire.
Pas un commissaire. La loi!
Vous �tes la loi, commissaire.
Oh, non. La loi, c'est nous tous.
- Restons-en l�. - Pour l'instant, vous �tes hors-la-loi.
Vous savez tr�s bien pourquoi.
Je ne dois pas tout vous lire.
Je ne le r�p�terai pas.
Ou bien vous travaillez pour moi,
ou bien vous n'aurez pas de choix...
Monsieur Irimias.
Vous pouvez partir.
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