All language subtitles for Ulysse(1954)FR-EN-FHD

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Original subtitles

ULYSSE

Cette histoire fabuleuse parle d'un monde

où réalité et surnaturel coexistent,

où dieux et hommes s'affrontent.

C'est le poème d'Ulysse,

chanté par le grand Homère il y a 3 000 ans.

Allez, jeunes filles, partez !

La journée est terminée.

Et restez dans vos chambres.

Ne suivez pas l'exemple des servantes

qui, pour satisfaire les hôtes, ont trahi cette maison.

Allez !

Euryclée !

Euryclée !

Le soleil a laissé une traînée turquoise dans le ciel.

Et soudain une grande ombre noire,

avec la forme d'une voile, l'a recouvert.

Qu'en dis-tu ?

Depuis des années, tu tentes en vain de lire,

dans la forme des nuages et le vol des oiseaux,

le retour d'Ulysse.

Tu dois cesser de te tourmenter ainsi, Pénélope.

Comment le pourrais-je ?

Lorsque la lumière abandonne le ciel,

que la nuit noire tombe en silence,

mon tourment et ma douleur augmentent.

J'ai peur de ne plus résister.

Tu les entends !

Les princes,

mes prétendants !

Voilà des années que chaque soir,

ils envahissent ma maison.

Chaque soir, ils détruisent, boivent et hurlent.

Depuis des années.

Qu'y a-t-il ?

C'est Femio qui chante.

Depuis dix ans, les Grecs tentaient d'assaillir Troie.

Depuis dix ans, en vain.

Un jour, épuisés et sans espoir,

ils abandonnèrent le campement.

Et sur le sable blanc,

il ne restait plus qu'un grand cheval de bois.

Oh, Troyens !

Pourquoi l'avez-vous traîné jusque dans vos murs ?

Car dans son ventre creux,

l'astucieux Ulysse préparait votre ruine.

Ne saviez-vous, Troyens,

que c'était mettre un terme

à la victoire et à la paix ?

Mais dans la nuit, Ulysse descendit du cheval,

fit entrer les Grecs revenus dans l'obscurité,

brisa la grande porte sacrée,

et les dieux ayant fermé les yeux,

mit le feu aux murailles.

Oh, hurlement des massacrés !

Oh, agonie des assassinés !

Grand fut le massacre des Troyens,

ivres et sans défense.

Le massacre fut grand,

mais plus grande encore la morgue d'Ulysse.

Il alla au temple du dieu Neptune,

roi de la mer et protecteur de Troie,

et renversa sa statue.

C'est alors que Cassandre le maudit !

Soyez maudits, Grecs profanateurs !

Et sois maudit, Ulysse !

La colère de Neptune

s'abattra sur toi,

tu ne connaîtras plus la paix,

et tu finiras dans les abysses...

Ça suffit ! Ça suffit, Femio.

La reine !

C'est Pénélope !

La reine !

Pénélope !

Cela fait des mois que tu n'es venue.

Choisis un autre chant.

Ces souvenirs sont trop tristes à entendre.

Pas pour nous ! Ce ne sont pas nos souvenirs.

Assez ! Respectez au moins sa douleur.

La douleur disparaîtrait si elle se résignait...

Et choisissait l'un de nous...

Personne ne peut chanter la mort d'Ulysse

sans avoir vu son corps brûler.

Tu vois, Pénélope, un simple chant te perturbe.

Tu doutes de sa vie et nous, nous sommes sûrs de sa mort.

Où est Ulysse ?

Où est-il détenu ?

Tu devais choisir le jour de tes noces

une fois ta toile achevée.

C'est vrai.

Mais cette toile est une excuse,

car elle ne se termine jamais.

Le souvenir d'Ulysse m'empêche de la finir,

la douleur et les larmes voilent mes yeux

et ralentissent mes mains.

Choisis plutôt l'un de nous.

Aucun de vous ne vaut mon père !

Ne sommes-nous pas des hommes ?

N'avons-nous pas un cœur noble ?

Vous avez surtout très faim !

Vous avez dévoré les brebis !

La moitié du troupeau n'a pas suffi.

Vous dilapidez les biens d'Ulysse

et salissez sa demeure

avec vos banquets.

Tu n'as rien à dire, vieil homme.

Il a raison.

Vous avez envahi ma maison,

détruit ma tranquillité, ainsi que la promesse...

Il s'agit aussi

du sort d'Ithaque qui n'a plus de roi.

C'est vrai !

Aucun de vous ne mérite d'être roi.

Nous aurons donc un roi fantôme.

Une ombre !

Même ton peuple en a assez !

Laissez mon peuple tranquille.

Vous êtes des étrangers sur cette île.

Je suis encore la reine, ici !

Et le peuple d'Ithaque aime sa reine,

il comprend sa douleur

et respecte ses souvenirs.

Tu es trop cruelle avec ta beauté.

Et trop jeune pour dormir seule.

Ulysse est vivant.

Ulysse reviendra.

Et ce jour-là, vous devrez vous repentir !

Toi, Femio, reprends ton chant,

lorsque Cassandre apparaît et qu'elle les maudit.

Donne-moi à boire !

Ucanta, Velandra, vous aussi, partez...

C'est une honte !

Qu'avez-vous à la place du cœur ? Tu as grandi ici...

Tu oses commander ?

- Je suis le fils d'Ulysse. - Un écervelé...

Si j'avais dix hommes armés, je vous mettrais dehors.

Viens, gamin ! Viens te battre contre nous !

Attention !

Saute, petit !

Télémaque, saute !

Va, cours, va voir maman...

Cours, Télémaque, fuis, fuis !

Un jour, cette toile sera terminée

et tu choisiras un mari.

Aucun d'eux ne vaut un sourire d'Ulysse.

Et puis, qu'arrivera-t-il à mon fils ?

- Ils le tueront. - Non, ils n'oseront pas.

Que s'est-il passé, Télémaque ?

Je veux partir.

- Où ? - Loin d'ici.

Je ne peux plus les supporter.

Je veux trouver mon père.

Tu m'abandonnes ?

Il faut que je sache, mère.

J'irai voir les vieux compagnons d'Ulysse.

Ne me laisse pas seule avec ces gens.

Tu crois mon père vivant ?

Oui, Télémaque.

Dis-moi la vérité, mère.

Tu ne le crois pas ?

Tu ne peux pas m'abandonner !

Mon fils, ne m'abandonne pas.

Si tu m'abandonnes, que me restera-t-il ?

Ta présence, ta voix,

depuis toujours comblent ma solitude.

Ton visage et ton regard

me rappellent le visage et le regard d'Ulysse.

Ils m'ont aidée à retrouver la force qui m'abandonnait.

Reste avec moi, Télémaque,

si tu veux que je résiste.

Tu dois résister, mère,

tu dois y croire...

Qu'importe ce que je crois.

Ulysse est loin,

c'est la seule vérité aujourd'hui.

Je tisse la toile le jour,

et je la défais la nuit.

Je réussis ainsi à tromper ceux qui attendent.

Et à me tromper moi-même...

Ulysse...

Nausicaa !

Que fais-tu ?

Où vas-tu ?

Il y a un homme !

- Il y a un mort ! - Où ça ?

Derrière le rocher.

Sois prudente !

Ne le touche pas.

Il est vivant.

Où suis-je ?

Dans le royaume d'Alcinoos, je suis sa fille.

Mais où ?

Sur l'île de Phéacie, tu ne connais pas ?

À côté d'Ithaque.

- Ithaque ? - Tu ne connais pas Ithaque ?

Qui es-tu ? Quel est ton nom ?

Mon nom...

Je l'ai oublié.

Te souviens-tu

du nom de ta patrie ?

Non, rien.

Appelez Caros, il faut rapidement

l'emmener au Palais.

Sois prudente, c'est peut-être un dieu.

Ils prennent parfois forme humaine.

J'espère que non.

J'aimerais que ce soit un homme.

Tu connais mon habileté à préparer les philtres.

Mes remèdes sont connus jusqu'en Inde.

La nature n'a plus de secrets pour moi.

J'ai guéri son corps, quant à son esprit...

L'as-tu saigné ?

Esculape dit que ça ne guérit pas,

que cela ne sert qu'à faire croire qu'on est médecin.

Comment peut-il avoir tout oublié ?

Il y a deux possibilités :

ou les dieux lui ont accordé l'oubli,

ou de lui-même, il a décidé d'oublier

quelque péché ou délit.

Je penche pour la deuxième.

Père !

Le voilà.

Que ton règne grandisse en puissance et toi, en sagesse.

Mon médecin dit que tu as perdu la mémoire.

J'ai tout oublié.

Mais tu sais saluer un roi.

Ta noble attitude montre

que tu as déjà été reçu par un roi.

T'en souviens-tu ?

Je ne me souviens de rien.

De rien !

C'est étrange.

Qui que tu sois, tu seras mon hôte.

Donnez les ordres pour le banquet,

les danses et les jeux.

Qui veut se battre ?

Vas-y, toi, vas-y...

Non, je n'y vais pas !

Qui veut se battre contre Gracos ?

Un moment, l'ami !

- Qui est-ce ? - L'hôte du roi.

- Empêche-le ! - Pourquoi ?

Un coup sur la tête lui rendra peut-être la mémoire !

Il sait se battre, il a dû être lutteur.

Diomède pense que c'est un soldat.

Un vrai dur, hein ?

On verra...

Désolé !

Père, il a gagné, il a gagné !

Oui, Nausicaa, il a gagné.

Pourquoi ce regard ?

Parce que je vois ma petite fille devenir une femme.

Un héros ! Vous avez déjà connu un héros ?

Agamemnon, Ajax, Ulysse ! En voilà des hommes !

Ulysse avait des mains énormes.

Il a rompu le cou d'un bœuf avec le poing.

Celui-là n'est pas aussi doué que les autres.

C'est un moineau, pas un aigle.

Prends l'éponge.

Voici un présent du roi Alcinoos pour toi.

Remercie ton roi.

Et ceci est mon cadeau.

C'est un onguent rare.

Il sent bon, n'est-ce pas ?

Il sent le printemps.

C'est une formule secrète, magique.

Une dame me l'a vendu.

En une nuit, il guérit les blessures

et rend la jeunesse.

La jeunesse ?

Donne-m'en un peu, j'en ai besoin.

La jeunesse...

Elle est si loin...

Tu es le plus jeune de tous ici.

Tu es né sur la plage, il y a peu de jours,

lorsque tu as ouvert les yeux.

Je t'appellerai Stenos.

Je te souhaite la bienvenue.

Qu'y a-t-il ?

Que s'est-il passé ?

Je ne sais pas.

C'était comme...

Un nom, une voix.

C'était mon nom, c'était Nausicaa.

Nausicaa ?

Peut-être, oui.

Novio, quarante-cinq pas.

Eurithaque, quarante-huit.

C'est Eurithaque qui lance ?

Qui doute encore de ma victoire ?

On verra le jour des noces !

Espérons qu'il soit bientôt fixé.

La toile était un mensonge.

Tu épouseras Velandra et moi, j'épouserai Pénélope.

Quel est l'enjeu ?

- La dot de Pénélope. - Si l'un de vous l'épouse ?

Bien sûr !

Pair, j'ai gagné.

Il reste encore les étables et les armées.

- Je peux me refaire... - J'ai encore gagné !

Pénélope ! J'ai perdu toute ta dot.

Au moins tu es certaine que mon amour est désintéressé.

Sale espionne !

Tu as dévoilé le secret de la toile.

Maudite espionne !

Assez !

Va-t'en, maintenant.

Ne reviens jamais dans cette maison.

Qu'allons-nous faire ?

Rien. Télémaque, ta mère doit se marier.

Sinon, nous mourrons !

As-tu peur de la mort ?

Je suis vieux,

c'est à ta vie que je pense et à celle...

Arrête !

Sa colère est juste, bien qu'inutile.

En voilà un autre.

Quelles sangsues !

- Tu le connais ? - Je ne le vois pas.

C'est un bon conducteur.

- Antinous de Céphalonie. - Fils de Molo.

Ce misérable !

Nous sommes trop nombreux pour un seul lit.

Occupe-toi du char.

- Où vas-tu ? - Voir Pénélope.

Personne ne lui a manqué de respect

en entrant dans sa chambre.

Ah oui ? Eh bien, je serai le premier.

- Où vas-tu ? - Laisse-moi !

Qui es-tu ? Réponds ! Je suis le fils d'Ulysse.

N'aie crainte, Télémaque, je serai ton ami.

Je te salue !

Ta beauté dépasse les vers

du poète.

Qui es-tu ?

Je suis Antinous, de l'île de Céphalonie.

Je suis au courant pour la toile.

Que viens-tu chercher ici ?

Toi !

Je ne suis pas venu pour ton argent,

ni simplement pour dormir sous ton toit.

Je n'ai pas traversé la mer pour te contempler,

mais pour accomplir ton destin.

Comment oses-tu me parler ainsi ?

Je connais, moi, ta solitude.

Tu as été veuve avant d'être femme.

Le fantôme d'Ulysse doit disparaître.

Il faut un homme capable de repousser les prétendants !

Et de te reconduire à la vie...

Ça suffit ! Si tu veux une chambre, tu l'auras.

Ce n'est pas une chambre dont j'ai besoin.

Choisis le jour qui mettra fin à ta solitude !

À ta douleur

et à tes longs silences.

Laisse-moi un jour pour réfléchir.

Quelle différence cela ferait-il ?

Décide-toi, Pénélope, maintenant !

Je choisirai lors des jeux d'Apollon.

Va le chercher, rejoins-le !

Pars, maintenant !

Va-t'en !

Ta longue attente est terminée.

Va-t'en, te dis-je !

Que veux-tu ?

Tu as entendu cet homme ?

Ma mère a fixé le jour des noces !

- Elle aussi a trahi Ulysse. - Ne dis pas ça.

Nous ne devons pas nous résigner, mais agir.

Comment ? Je suis âgée et toi, si jeune.

Nous trouverons quelqu'un qui nous aidera.

Qui ? Une autre femme et un autre enfant ?

L'arc d'Ulysse !

L'arc qu'il était seul à pouvoir tendre.

Quel âge avait-il lorsqu'il le tendait ?

Tu m'as l'air bien expert.

C'est drôle, les mains se souviennent

même si l'esprit a oublié !

L'utiliseras-tu lors des jeux ?

Je ne sais pas.

Une autre victoire pour ton épouse !

À quatre ans, Nausicaa voulait déjà épouser un guerrier.

- Un guerrier... - Peut-être en es-tu un ?

Si en ce jour, ton nom et tes aventures

pouvaient te revenir à l'esprit !

Mon nom ?

Mes aventures ?

C'est comme chasser dans le noir.

Il faut du temps pour guérir.

Va-t'en !

Comme tu voudras...

La solitude peut également être un très bon remède...

Un très bon remède.

Tu crois qu'il aimera une robe aussi simple ?

Ne t'inquiète pas, c'est ta jeunesse qu'il aime.

Et non ce que nous y ajoutons.

Belle journée pour un mariage.

J'espère que tu seras heureuse.

Pourquoi ne le serais-je pas ?

La loi ne permet pas aux jeunes filles

de connaître le fiancé.

Là, c'est le fiancé qui ne se connaît pas lui-même.

Que devrais-je connaître ?

Si l'arbre donne de beaux fruits,

qu'importent les racines.

Qu'il est laid !

Si je ne lui plais pas ?

Si je vois un doute dans ses yeux ?

Quelle horreur ! Il doit me voir.

Nausicaa, où vas-tu ?

Tu n'as pas le droit !

Pourquoi empêcher les fiancés de se voir le jour des noces ?

Tu es le roi, tu as le droit de changer les lois.

Du moins aujourd'hui, pour ta fille.

Et puis, elles peuvent venir avec moi !

C'est bon, allez-y, accompagnez-la.

Vite !

Stenos !

Il n'est pas là.

Soyez maudits, Grecs profanateurs !

Et sois maudit, Ulysse !

La colère de Neptune s'abattra sur toi.

La troisième voile...

La voile ! Tirez les rames...

Donne-moi du feu !

Que veux-tu faire ?

Un sacrifice pour Neptune, le dieu des Troyens !

Où était-il quand on les a massacrés ?

- Tu as défié un dieu... - Tu es prêtre ou marin ?

Retournez à vos places ! Toi aussi !

Du nerf avec cette corde !

J'ai dit : levez les rames !

Nous allons mourir !

- Le gouvernail est cassé ! - Et la voile ?

La voile aussi. Jetons les chargements à la mer.

- L'or ? Tu es fou ! - On est trop lourd.

- L'or, l'argent... - Tout le butin de Troie ?

Ce butin va nous faire couler.

Obéis !

Jetez le chargement à l'eau !

Neptune voulait un sacrifice.

Il n'y a pas de Neptune ici.

Il n'y a que l'eau et la mort !

Toi aussi, jette le chargement !

Aide-moi !

La voile !

Attention !

Tout à la mer, allez !

Tout à la mer !

Bonne chasse, Ulysse.

On ramène de l'eau et du gibier.

Préparez le feu pour le sacrifice à Athéna.

Silence !

La faim vous brouille la vue !

Laissez-le, vous allez encore le perdre.

Regardez !

C'est l'empreinte d'un pied, ça ?

Regarde !

- Où ça ? - Une autre.

Ce sont les traces d'un dieu.

C'est sûr !

Ou d'un homme avec de grands pieds !

Ne restons pas ici, retournons à bord.

La peur te fait oublier la faim.

Nous partirons lorsque nous aurons trouvé du gibier.

Du raisin, Ulysse, il y a du raisin !

Il y en a beaucoup.

Il y a des brebis !

Allons-y !

Où sommes-nous ?

C'est du lait.

Elles sont là !

C'est la grotte d'un géant.

Ulysse, regarde !

C'est bon.

Viens avec moi.

Mais où sommes-nous ?

Celle-là est prête.

Préparez-la, vite.

Je n'aime pas cet endroit.

- Les empreintes... - N'aie crainte !

Regarde ce fromage !

Tiens-la bien.

Faisons du vin. C'est meilleur que du lait !

Qu'est-ce qu'une fête sans vin ?

Prenons le maximum et partons vite !

Mange encore un peu.

Réfléchis, Ulysse !

Tourne-la bien.

C'est bien grillé.

Vite !

Passez-nous le fromage, il y a des affamés ici.

Donnez-le, vite !

Euryloque, je comprends ta hâte.

Mais fais attention, le vin est précieux !

Vite, fais vite !

Regarde !

Ne bougez pas !

Qui êtes-vous ?

Vous ne répondez pas ?

Vous êtes des voleurs ?

Non, pas des voleurs.

Nous sommes des Grecs revenus de Troie.

Je vois...

Bienvenue !

N'oublie pas les lois de l'hospitalité.

Les lois de Jupiter.

Que m'importent les lois de Jupiter !

Je suis Polyphème, fils de Neptune.

Le fils de Neptune, nous sommes perdus !

Pitié !

Pas très tendres,

ces Grecs !

Mais quelle viande !

Ulysse, non ! Où vas-tu ?

Ceci peut rendre un Grec plus appétissant.

- Qu'est-ce ? - Du vin.

Du vin ?

On dirait du sang.

C'est en effet le sang de la terre.

Pourquoi me l'offres-tu ?

Parce que c'est bon.

Tu aimeras et tu nous laisseras partir.

Fais-moi goûter.

C'est bon.

De quoi est-ce fait ?

De raisin.

Ces grains rouges qui poussent au soleil ?

J'aime ça, donne-m'en encore.

- Il n'y en a plus. - Ah bon ?

Mais j'en veux encore.

Allons chercher des grappes !

Polite, Yosef, venez !

Remplissons toutes les outres avec du vin !

Fourbes ! Vous voulez sortir.

Mais vous resterez ici.

C'est moi qui irai les chercher.

Vous, vous resterez ici.

Je reviendrai vite.

Allons-y...

Vous êtes fous ?

Nous ne déplacerons jamais ce rocher.

- Nous sommes piégés. - Il nous tuera.

Nous sommes restés ici trop longtemps.

- Que veux-tu faire ? - Prenons cette massue.

Vite, avant qu'il n'arrive.

Là, doucement.

Plus par là.

Allez !

Posez-la ici.

Contre le mur.

Venez, affûtons la pointe.

Pourquoi ?

Que fais-tu ?

Donne-moi cette hache.

Pour quoi faire ?

Tenter de fuir.

On le tue ?

Non, s'il meurt, qui déplacera ce rocher ?

J'ai une meilleure idée. Faites un feu.

Aide-le, Catos.

Vite, Polidès !

Attention, mettez-la dessous.

Cachez-la.

La pointe dans le feu.

Voici le raisin.

Faites le vin.

Je vous fais peur ?

Très bien, je m'en vais.

Je m'en vais loin.

Allez, venez ici.

J'ai dit : venez !

N'ayez pas peur.

Vite, faites vite !

Prenez-en un autre.

Du vin pour Polyphème.

Fils de Neptune.

Il en faut un autre.

Très bon ! Encore !

Du vin pour Polyphème.

Encore du vin pour notre hôte. Courage !

N'ayez crainte !

Ici, ici.

Et voilà !

Encore, encore !

Du vin pour Polyphème, fils de Neptune.

Bravo à toi,

pour avoir su ce qu'il y a dans ces petits grains.

Je te mangerai

en dernier.

Comment me mangeras-tu ?

Cru ? Bouilli ? Poivré ?

Ou grillé ?

Noyé...

dans ce fleuve brûlant

que tu m'as fait avaler.

Doucement.

Je suis aveugle !

Je suis aveugle !

Maudits !

Où êtes-vous ?

À mort !

Je vous tuerai tous !

Aidez-moi !

Misérables !

Je suis ici ! Par ici.

Je suis là !

Viens, Ulysse.

Soyez maudits !

Adieu, Polyphème.

Ne nous oublie pas et n'oublie pas notre vin.

Il va nous repérer.

Qui est le patron ici, Neptune ou Ulysse ?

Le dieu puissant, ou l'homme astucieux ?

Allez, aveugle alcoolique, continue de crier !

Remplis la mer avec tes pierres !

Jettes-en une autre, une autre !

Si ton père te questionne,

dis-lui que c'est Ulysse qui t'a aveuglé.

Celui qui a détruit Troie,

fils de Laërte et roi d'Ithaque !

Ramez et hissez la voile !

Vite, courage !

Hissez !

Lève la barre !

Tiens !

Cet agneau est trop grillé.

De l'eau.

Tiens.

Donne-m'en.

Il n'y a pas de vent mais le courant est bon.

Tu es content ?

Pas toi ?

Je ne sais pas.

Il y a deux hommes en moi.

L'un aime la maison, la famille, le foyer.

L'autre, en revanche, aime les voyages,

la mer, les îles inconnues aux formes étranges,

les démons géants...

Il y a tant de choses que je n'ai encore jamais vues.

Je te comprends.

C'est pour ça que je suis là, même si j'ai peur.

Moi aussi, j'ai peur.

Il y a une odeur étrange.

Je la sens aussi.

Un parfum sec, poudreux, comme des fleurs mortes.

Quel silence !

On n'entend même pas les rames.

Regarde !

Le rocher des sirènes !

Les sirènes !

Leurs chants nous perdront.

Elles vont nous détruire. Fuyons, Ulysse !

Il est peut-être trop tard.

Prends la cire, bouche-leur les oreilles !

Qu'ils ne regardent pas les rochers.

Qu'ils rament !

C'est la seule solution.

Vite !

N'ayez crainte. Ne regardez pas les rochers !

Mettez-vous ça dans les oreilles.

Toi, vite, aux rames !

Polidès !

Quoi ?

- Attache-moi. - Quoi ?

N'obéis à aucun de mes ordres !

- Que veux-tu ? - Entendre leur chant.

- Tu es fou ! - Attache-moi.

Tu l'auras voulu.

Serre fort.

La cire, dans les oreilles ! Toi aussi, vite !

Plus serré !

Encore plus serré !

Ne levez pas les yeux, continuez de ramer.

- Que fais-tu ? - C'est un ordre.

Pourquoi ?

- Je veux entendre leur chant. - Tu es fou !

Écoute-moi...

Mets la cire, vite !

Vite, la cire !

Ulysse !

Ulysse, c'est moi.

Pénélope !

Oui, Pénélope.

Ta fidèle Pénélope.

Tu es arrivé à Ithaque, ton voyage est terminé.

Tu es à Ithaque.

- Ithaque ! - Oui, Ithaque.

Cessez de ramer !

Je t'attends depuis mille nuits.

N'en as-tu pas assez de la mer ?

Ne regrettes-tu pas ton lit ?

Tu es à la maison, Ulysse.

Tu es à Ithaque, Ulysse.

- Cessez de ramer ! - Reste, Ulysse !

C'est Ithaque !

Arrêtez-vous !

C'est moi, père !

Télémaque.

Je suis devenu un homme.

Et je ne connais même pas ton visage.

Reste !

Reste, père, dans ta maison.

Télémaque !

Reste dans ton royaume.

C'est ton fils qui t'appelle. Ton fils !

Détachez-moi !

Père, ne me laisse pas.

Détachez-moi !

Arrête-toi, père.

Détachez-moi, maudits...

N'entendez-vous pas ma femme et mon fils ?

Ne m'abandonnez pas...

C'est fini !

Enlevez la cire.

C'est fini !

Qu'as-tu entendu ?

Les dieux sont farceurs et sans pitié, Euryloque.

Et leurs mensonges sont cruels.

Ithaque est si loin, cependant.

Je ne sais pas ce qui se passe.

Tiens la barre à gauche.

C'est étrange,

le vent ne fait pas avancer le bateau.

- C'est le courant. - Il n'y en a pas.

On est attirés vers la terre

par une force inconnue.

Je n'ai jamais vu ça,

impossible de contrôler le bateau.

- Amène la voile. - Comment ?

Allons à terre.

Tu ignores ce qui nous attend derrière ces roches.

Non, mais je veux le découvrir.

Amenez la voile !

Euryloque ?

Polite ?

Ils sont partis, Ulysse.

Ils t'attendent chez moi.

Qui es-tu ?

Circé.

La sorcière ?

Quel mot affreux.

Pourquoi pas "déesse" ?

C'est toi qui as dévié le bateau ?

Je me sentais seule.

Que veux-tu ?

T'aider.

Ravitailler ton bateau et te permettre

de retourner à Ithaque.

Pourquoi veux-tu m'aider ?

Depuis longtemps, des hommes passent près des côtes.

Ils sont réputés pour être beaux et courageux.

Et chaque fois, ma solitude en est plus grande.

Lorsque le vent a porté ton nom jusqu'à moi

et que l'écho m'a appris tes exploits,

j'ai guetté ton bateau,

et pour une fois, l'écho et le vent

n'ont pas menti.

Qu'as-tu ?

C'est étrange !

Tu as le même visage fier,

le même regard que Pénélope.

C'est étrange.

Pourquoi étrange ?

Les différences sont dans l'esprit de l'homme.

Mais Pénélope aurait refusé

le baiser d'un étranger.

Même un étranger comme Ulysse ?

Où est votre maîtresse ?

Pourquoi ne me répondez-vous pas ?

Sourdes et muettes !

Des servantes parfaites.

Tu me cherchais ?

Je n'arrive pas à te voir.

Pourquoi cette obscurité ?

Pour protéger ton sommeil.

Je n'aime pas la pénombre.

À bord, je dors toujours sur le pont.

C'est le soleil qui me réveille.

Sortez !

Le soleil est déjà haut.

Tu as dormi longtemps.

Il y a si longtemps que je n'avais pas

dormi dans un lit.

- Où sont mes compagnons ? - Ils sont ici.

Je veux les voir.

Plus tard.

Tu as tant à apprendre sur cette île.

Je ne peux pas, je dois repartir.

Polite !

Euryloque !

Piodes ! Craiton !

Que font ces porcs ici ?

Dehors, dehors !

Allez, dehors !

Pourquoi ne réponds-tu pas ?

Où sont-ils ?

À tes pieds.

Sorcière !

Tu as osé changer des héros en porcs !

C'est plus facile que tu ne crois.

Tu veux me faire la même chose ?

Ce ne sera pas aussi facile.

Tu hais les hommes !

Tu me hais aussi peut-être.

Rends-moi mes compagnons.

Je n'ai fait ça que pour t'éloigner d'eux,

car tu es aussi seul que moi.

Rends-les-moi, déesse, démon, sorcière, ou quoi que tu sois !

Je ne veux pas te garder, si tu es mon ennemi.

Reprenez votre forme humaine !

Nous t'avons cherché.

Où étais-tu passé ?

Comment vous sentez-vous ? Ça va ?

- Oui, nous avons mangé. - Nous avons dormi.

J'ai juste un peu mal, ici.

Bien, retournez au bateau.

En effet,

Ulysse est pressé de partir.

Je vous ferai porter des provisions.

Merci.

Préparez-vous à partir, vite !

Allez, vite !

Adieu, Circé.

Merci d'avoir rendu mon île moins déserte.

Je dois partir.

Je le sais, je te dis adieu.

On doit appareiller rapidement.

Le vent ne s'est pas encore levé.

Il ne se lève jamais avant le crépuscule.

Le crépuscule, dis-tu ?

Alors, il faut attendre que le vent se lève.

Je ne veux pas qu'ils se tuent à ramer.

Ce sont de braves garçons.

Je leur dois un peu de considération.

Ils t'en seront reconnaissants.

Mes amis ! Cela fait si longtemps !

Avez-vous eu du vin ?

On en a assez de manger, de boire, de traîner ici.

Nous avons une famille qui nous attend à Ithaque.

Moi aussi.

Moi aussi !

Une fois le bateau repeint,

on partira.

On ne veut plus attendre.

On en a assez.

Le mât est réparé, ainsi que la voile,

on a des provisions.

Partons maintenant.

Tu oublies que c'est moi, le capitaine ?

Alors, viens avec nous.

Là, tout de suite ?

Mais cela fait six mois !

Six mois ?

Tant que ça ?

J'ai l'impression qu'un seul jour s'est écoulé.

Alors, décide-toi !

Oui, bien sûr.

C'est beau, non ?

J'ai choisi la couleur.

Elle te va bien.

C'est très beau.

Regarde, Euryloque !

On doit rapporter ce genre de tissu à Ithaque.

Ulysse, nous partons.

Sans toi !

Attendez ! C'est impossible.

Neptune veut détruire votre bateau.

Il va y avoir une tempête.

- Ce qu'elle dit est faux ! - Elle ment.

Si tu l'écoutes, on sera bloqués ici.

Arrête et dis aux hommes de repeindre le bateau.

On partira d'ici peu.

Puisses-tu avoir la force de rompre

l'enchantement qui t'aveugle.

Adieu, Ulysse.

Ils ne partiront pas.

Ils ne peuvent se débrouiller sans moi.

Ils ne partiront pas.

Circé !

Où sont-ils ? Le bateau est parti.

Où sont-ils ?

Regarde.

- Se sont-ils noyés ? - Oui.

Noyés.

Morts.

Ils n'ont pas voulu t'écouter.

Ils étaient mes compagnons.

Je les ai abandonnés.

Ce sont eux qui t'ont abandonné.

Je les ai abandonnés.

Euryloque,

Polite, Leocrito !

Ne les regrette pas trop.

Ce n'était pas de grands hommes.

C'est pour ça que je les aimais.

Tant que tu vivras,

ils ne seront pas vraiment morts.

Viens,

rentrons.

Que fais-tu ?

Tu penses pouvoir m'abandonner ?

Je l'ai fait depuis longtemps.

Depuis la mort de mes amis.

Crois-tu que ton voyage

sera plus long que le leur ?

Ne me retiens pas.

Écoute-moi.

Je vais te permettre

d'oublier tes rêves mesquins,

ton petit royaume, ta femme vieillissante.

Reste,

et cette nuit,

l'Olympe aura un autre dieu :

Ulysse !

Immortel ?

Voilà mon cadeau,

le plus grand que l'on puisse faire.

Non.

Il y en a de plus grands.

Naître, mourir, et vivre comme un homme.

Oui, vivre comme un homme,

détruit par la peur.

Seul celui qui a peur connaît le courage.

Et la vieillesse.

La chair qui se flétrit,

et la mort au final.

Le terrible héritage humain.

J'accepte cet héritage.

Je n'ose pas espérer mourir

au combat ou dans la tempête.

Je n'en demande pas tant.

Un frisson imprévu...

Un peu de fraîcheur, le soir...

et malgré tout...

cet amas de chair craintif a osé combattre un dieu

sans connaître la défaite.

Si un jour, les hommes parlent de moi,

ce sera avec orgueil, car je suis l'un d'eux.

Cela ne te réchauffera pas dans la mort.

Je t'offre la lumière.

Il ne me déplaira pas de fermer les yeux

le moment venu.

Demande-leur s'ils sont heureux.

Agamemnon !

Ajax, Achille !

Mes compagnons morts !

Achille, au visage encore vexé et sombre.

C'est le visage d'un mort.

Cela ne devrait pas t'affliger.

Tu dois être un roi au royaume des morts.

Épargne-moi tes consolations, Ulysse.

Je préférerais être un esclave vivant

que le roi des morts.

Ma vie fut brève

et glorieuse, mais ma mort est longue.

Ajax, je souffre d'avoir été l'instrument de ta fin.

Que sais-tu de la souffrance ?

Seuls les morts la connaissent.

Viens, Ulysse, l'Olympe t'attend.

Va à l'Olympe.

Le monde m'a aimé.

Tout le monde a aimé Agamemnon,

excepté celle que j'aimais.

À mon retour, elle m'a embrassé.

Mais dès que j'ai fermé les yeux pour l'aimer,

son amant m'a enfoncé un poignard dans la gorge.

Reste avec Circé.

Viens !

Me reconnais-tu ?

J'aurais dû peindre le bateau cette nuit-là,

au lieu de partir.

Tu as souffert ?

C'est ici que je souffre.

Viens, Ulysse.

Mère !

Je ne t'ai pas appelée, toi !

Mère !

Tu es morte ?

Oui, à force de t'attendre.

Va-t'en, te dis-je !

Tu as été absent trop longtemps.

Je sais.

Retourne à Ithaque.

Pénélope t'attend encore. Le mensonge et le danger

guettent ta maison.

Oui, mère, j'y retournerai.

J'y retournerai.

Mère !

Mortel entêté ! Tu es plein de ce songe si bref

que tu appelles "la vie".

Amoureux de tes faiblesses et de tes péchés.

Fasciné par la mort.

Même les dieux ne peuvent rien pour toi.

Va, puisque tu l'as choisi.

La mer t'attend.

- Le voilà ! - Où est-il ?

Là, près du rocher.

Alcinoos, roi de Phéacie, écoute-moi.

Mon passé m'est revenu, mon nom et ma patrie aussi.

Je suis Ulysse. Fils de Laërte, roi d'Ithaque.

Destructeur de Troie.

Par-delà la mer se trouvent ma maison,

mon peuple,

mon fils,

ma femme.

J'ai voyagé longtemps,

poursuivi par la colère des dieux.

J'ai lutté contre les tempêtes,

j'ai écouté le chant des sirènes,

j'ai été ensorcelé,

j'ai connu la mort.

Mais je suis là,

encore vivant !

Là-bas, au-delà des mers, ma patrie m'attend.

Donne-moi, roi Alcinoos,

un bateau pour rentrer à Ithaque.

Ulysse, roi d'Ithaque, notre voisin,

nous te donnons un bateau

et espérons qu'il te mène

jusqu'à ton royaume.

Nausicaa !

J'emmènerai tes larmes avec moi.

Dans un monde de mal et de haine,

elles font partie de l'amour.

Ainsi, Apollon nous sera favorable demain.

Si je gagne,

je dormirai dans le lit d'Ulysse,

et pour remercier les dieux,

j'égorgerai toutes les chèvres de l'île.

Tu es né pour gouverner,

tu t'apprêtes à tout détruire en un jour.

Pauvre vainqueur...

Pourquoi ? Ça ne vaut pas la peine d'être roi ?

Le futur roi devra avoir le sommeil léger.

Que veux-tu dire ?

Les épées seront partout.

Le poison, dans les coupes !

- Les complots, à chaque pas ! - Arrête !

Ulysse est au fond de la mer, ou mort sur quelque plage.

- Je ne pense pas à Ulysse. - À qui penses-tu ?

À Télémaque.

Mais ce n'est qu'un enfant.

As-tu vu ses yeux ?

Que veux-tu dire ?

Après ce mariage,

il n'y a pas que les chèvres qui saigneront.

Vous ne croyez pas ?

Pénélope !

Pardonne mon audace !

- Je dois te parler. - De quoi ?

Tu es triste,

apeurée, perturbée.

Il ne faut pas.

Tu ne dois pas avoir peur.

Je te rendrai heureuse.

- Toi ? - Oui, bien sûr.

Ne crois-tu pas à ma victoire ?

Cela dépend de ton courage.

Mais je préférerais que ce soit toi.

Enfin ! Tu parles comme une vivante.

Celle que tu devrais être.

Celle que j'aime.

Si tu m'aimes vraiment,

je te demande une preuve, une promesse.

Tout ce que tu veux.

Il te suffit de demander.

Sauve mon fils !

- Télémaque ? - Il ne doit pas mourir.

Personne n'y touchera.

Je le protégerai comme s'il était mon fils.

J'aimerais pouvoir te croire.

Tu dois me croire !

Comme tu dois croire en mon amour.

Je m'en remets à toi.

Pénélope !

Un mendiant arrivé de l'île de Phéacie

veut te parler d'Ulysse.

Tant de gens ont déjà essayé

pour avoir en échange une nuit d'hospitalité.

Il a été son compagnon pendant la guerre.

Si tu l'as connu, parle-moi de lui.

Pourquoi ne parles-tu pas ? Qui es-tu ?

Je suis un ami d'Ulysse.

Nous avons combattu dans les murs de Troie.

Tant de nuits, dans l'attente de la bataille,

plein de tristesse, il parlait de toi.

Que disait-il ?

Elle est brune, disait-il,

superbe dans sa jeunesse,

avec un sourire si tendre

et une façon de toucher ses cheveux,

pendant qu'elle file la laine

ou qu'elle regarde l'enfant endormi.

Il parlait aussi de son fils Télémaque,

qui dormait en souriant dans son berceau

le jour où le bateau partit pour Troie.

Parfois, il parlait du jour de son départ,

lorsque près du bateau, pleurant dans ses bras,

tu as murmuré...

"Je serai là quand tu reviendras."

"Quand tu reviendras."

Et quelquefois,

lorsque au-dessus des murs hostiles,

brillaient les étoiles et que tout ce qu'il aimait

se trouvait au-delà des mers...

il me parlait de cette maison.

De cette chambre

où tu l'attendais.

J'attends depuis trop longtemps.

Au début, il y avait la guerre,

mais elle ne finissait jamais.

D'abord des mois, puis des années,

et je me demandais :

où est-il ?

Est-il avec ses soldats ?

Il y a peut-être des femmes.

De belles femmes pleines de vie.

Peut-être m'a-t-il oubliée ?

Mais Pénélope est fidèle,

c'est facile pour Pénélope d'être fidèle.

Et un jour, la guerre prend fin.

Tout le monde est heureux.

Les hommes rentrent chez eux.

Les rois, les serviteurs,

mais lui, non.

Le seul parmi tant d'autres.

Et l'attente recommence.

De nouveau, des mois, des années...

Les années ont des milliers d'heures, de jours,

de nuits.

De nuits !

Et dans mon lit désert, je ne dors pas,

j'attends.

Tu as raison.

Il est sans doute trop tard pour revenir.

Attends !

Écoute encore.

Demain, il me faudra choisir un nouveau mari,

c'est comme une prison.

J'ai fait une promesse.

Personne ne peut me libérer.

Toi seule peux te libérer.

Moi ?

Et comment ?

Te souviens-tu du jour où tu as épousé Ulysse ?

Une flèche de son arc a traversé

les trous de douze haches.

Oui, et la récompense, c'était moi.

Personne n'arrivait à tendre cet arc.

Seul Ulysse y parvenait,

avec l'aide de la divine Athéna.

Je te remercie, étranger.

On te donnera un lit.

Désires-tu autre chose ?

Mon désir s'est éteint en te voyant

et en te parlant.

Puisses-tu dormir en paix.

Je te remercie, Pénélope.

Argo !

Tu m'as reconnu.

Tout doux.

Tais-toi.

Eh oui, mon chien, nous avons changé tous les deux.

Te souviens-tu lorsque nous allions chasser à l'aube ?

Tu étais toujours le premier,

rapide sur la piste, féroce avec la prise.

Tu es si vieux que tu ne peux lever la tête.

Tu m'as reconnu !

Toi seul me donnes l'impression d'être rentré chez moi.

Il t'a reconnu ?

- Qui es-tu ? - Télémaque.

Mon fils !

Père !

Silence !

Personne ne doit savoir.

Je ne peux attendre.

Je le dirai à tous, je les ferai trembler !

Pas tant que nous ne serons pas prêts.

Pourquoi ces habits ?

Pourquoi reviens-tu en étranger ?

Les dieux m'ont donné ce conseil,

et bien d'autres encore.

Et mère ?

Elle est désespérée.

- Allons la voir... - Non !

Elle ne doit pas savoir non plus.

Pas avant demain.

Je saurai alors si elle aime Ulysse

autant que le jour de son départ d'Ithaque.

Hé, toi ! Comment es-tu entré ?

Comme les autres mendiants, par la porte des serviteurs.

Va-t'en, avant que je ne lâche les chiens !

Laisse-moi demander la charité.

Dehors !

Télémaque est mon ami, il le permet.

Télémaque ne compte plus ici.

Laisse-le venir !

Hé, toi ! Viens ici.

Viens.

Charité pour un fils de la malchance !

Ô nobles et illustres princes !

Charité pour un fils de la malchance.

Va la demander à Télémaque.

Il se peut qu'il ne soit plus là d'ici peu.

Les pauvres étaient bien accueillis

dans la maison d'Ulysse.

Clochard et en plus insolent !

Tu parles comme si tu commandais.

Nous sommes tous deux des invités.

Dégage, sale mendiant !

Charité pour un fils de la malchance.

Assez, jetez-le dehors. Dehors, clochard !

Tu as soif ? Bois.

Fais-le jeter dehors.

Je te remercie.

Que les dieux te récompensent !

Tiens, prends ça et pars.

Tu vaux mieux que les autres.

Fuis le plus vite possible.

Mais que dis-tu ?

Tu es fou ? Va-t'en !

Jusqu'à la compétition,

c'est encore moi qui décide !

Il a raison !

Nous sommes encore ses hôtes.

Je suis content de te voir.

Mais que signifient ces haches ?

C'est une idée de la reine, elle vous en parlera.

Où est-elle ?

Un peu de patience, Antinous.

Elle s'habille comme il convient.

Un homme amoureux n'a pas de patience.

C'est vrai !

C'est ce que nous pensons.

La reine !

Que les dieux te protègent !

Ta beauté resplendit autour de nous

comme le soleil dans le ciel.

Le jour est arrivé.

Et me voilà prête à tenir ma promesse.

J'épouserai le vainqueur.

Nous avons tant attendu !

Pour vous, j'ai choisi un jeu

que j'avais oublié depuis longtemps.

Voici l'arc d'Ulysse.

J'épouserai celui qui lancera la flèche

à travers le trou des haches.

Ce n'était pas prévu !

Si tu as peur, renonce aux jeux.

Je n'ai pas peur, Pénélope.

J'accepte le défi.

Donne-moi cet arc !

J'ai été l'un des premiers à demander la main de Pénélope.

Il est juste que je commence.

Tu peux aussi être le premier à partir.

Je n'arrive pas à le plier !

Laisse-moi essayer !

Inutile, je n'y arrive pas.

Tu es trop gros, Leodes.

Cet arc est maudit des dieux.

Donne-le-moi.

Il y a quelque chose

de bizarre.

Apollon nous a enlevé notre force masculine.

Vous n'en aviez pas...

Donne-moi cet arc.

Courage...

Allez, Antinous !

- Il est ensorcelé. - Comme la toile, Pénélope !

Je n'accepte pas ceci !

N'oublie pas ta promesse.

La reine accepterait-elle

que je bande cet arc ?

Tu oserais te mesurer à nous ?

Je ne puis faire pire.

- Quelle insolence ! - Incroyable !

Le mendiant veut se mesurer à nous !

Pénélope, accepterais-tu ce mendiant pour époux ?

N'aie crainte, ma reine.

Je ne demande rien,

j'ai déjà une femme.

Tu peux tenter ta chance, étranger.

Tu ne dois pas le permettre.

C'est une offense.

- Une bouffonnerie ! - On ne va pas...

Partez, dehors !

La comédie est finie, c'est terminé !

C'est Ulysse !

Emmenez la reine.

Surveille la porte.

L'autre porte !

Antinous !

Tu as été le premier, en orgueil

comme en arrogance !

Tu seras le premier à mourir !

Ici, Vilassio ! Tiens !

- La lance ! - Ici.

Ils vous ont trahis.

Maudite !

Crotone, tue-le !

Que les dieux te maudissent !

Non, Ulysse, par pitié !

Par pitié !

Je t'avais prévenu,

je n'offre pas deux fois la vie à un homme.

Attention, père !

Athéna !

Je te remercie,

déesse parmi les déesses,

amie de cette terre.

Tu as soutenu mon attente

et protégé ma maison.

Merci pour son retour.

Ils étaient mes ennemis,

mais c'est terrible d'apporter la mort dans ma maison

le jour de mon retour.

Ce n'est pas ta faute.

Que l'on purifie cette cour par le feu.

Les morts ne doivent pas se venger.

Oui, père.

Télémaque, Filezio est mort.

Sa vengeance est juste, mais terrible.

L'Ulysse que j'ai connu était si différent !

Il n'était pas cruel, il ne tuait pas.

Montre-moi son visage.

Rends-le-moi tel que je l'ai connu.

Le chemin du retour fut long et ensanglanté.

Tu es revenu, enfin !

Notre jeunesse a été gaspillée

dans la fureur de la guerre.

Dans ma longue absence,

mon désarroi et ta solitude...

Tu es revenu !

Pensons aux années qui nous restent.

Tu es revenu !

Le palais d'Ulysse, les rochers de Polyphème,

le sourire de Pénélope, les charmes de Circé...

Tout cela n'est désormais que poussière.

Mais l'immortalité que le héros a refusée de la déesse,

c'est le poète qui la lui offrira.

Le chant d'Homère nous restera à jamais

tel le sourire d'un dieu.

Adaptation : Daniela Aronovich-Loiseau

Sous-titrage : Télétota

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