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Zulu
C'est bon.
Aujourd'hui, débute le procès de Cusani,
que beaucoup appellent le procès de la Première République.
Au Tribunal de Milan, arrive le cyclone judiciaire,
qui a frappé le système des partis.
Le juge Giuseppe Tarantola
a dû se plier aux exigences de journalistes et photographes.
Vu l'affluence,
deux écrans télé géants ont été installés
pour retransmettre le procès.
Comme l'a confirmé Me Spaziali, Cusani ne sera pas présent.
Mais on s'attend
à voir défiler au tribunal, les VIP de la Première République.
M. le Procureur ! Juste une question !
Une déclaration ?
Moment historique pour Mains Propres.
Pourquoi Cusani n'est pas là ?
Messieurs, je vous en prie !
Je vous en prie !
Bon travail.
Bon travail à tous. Merci.
C'est un cyclone judiciaire !
Je voudrais dire la chose suivante : prise de conscience.
Prenez conscience de cette situation.
Je lance la balle dans l'autre camp,
à ceux qui feront de la politique demain.
S'ils ont des squelettes au placard ou honte du passé,
qu'ils ouvrent le placard et s'écartent.
Que ceux qui posent leur candidature,
regardent au fond d'eux-mêmes.
S'ils sont propres, qu'ils continuent tranquillement.
Prise de conscience, écrivez-le.
Oui. Merci, Rachele.
En marge de l'inauguration d'un hyper
à Casalecchio di Reno, près de Bologne,
une déclaration de Berlusconi
crée la pagaille dans le monde politique.
- Cavaliere ! - Oui.
Si vous étiez à Rome, le 5 décembre,
pour quel maire voteriez-vous, Rutelli ou Fini ?
Vous connaissez ma réponse.
Sûrement Gianfranco Fini.
Je n'hésiterais pas une seconde.
Il rassemble une mouvance modérée,
qui, une fois unie, peut garantir un futur à ce pays.
- Je vous remercie. - C'est moi.
L'appui inattendu aux postfascistes,
c'est la première prise de position politique
de la part du Cavaliere.
Il n'en fallait pas plus
pour déchaîner la polémique.
Communistes de merde !
On se tire !
Pas avec les fascistes, putain !
Mais ils ne sont plus fascistes.
Il y a quelques nostalgiques,
mais les dirigeants veulent se refaire une virginité.
Pourquoi se priver de leurs voix ?
Pourquoi ?
Ils sont pour la patrie, la nation, l'Italie.
La Ligue prône le fédéralisme.
Ils sont incompatibles.
Si tu perds la Ligue, tu perds le Nord et les élections.
En théorie.
Mais dans la pratique,
on a trouvé une solution.
Laquelle ?
Une coalition
avec deux alliances distinctes.
Le Pôle du Bon Gouvernement, au sud, avec la droite nationale,
et le Pôle de la Liberté, au nord, avec la Ligue.
Putain, c'est un génie !
C'est toujours un plaisir de te voir.
Ça y est, tu me l'as apporté ?
Le livre ne doit pas sortir.
Non, ma chérie. Il sortira, y a pas à chier.
Avec le premier numéro de l'année.
Regarde. Le lancement est prêt.
Une merveille.
C'est pas fantastique ?
JE NE SAIS PAS DIRE NON
Apporte-moi vite le manuscrit.
C'est pas une requête.
Dans ce cas, c'est simple,
les Italiens se rinceront l'œil,
en matant un vieux qui te prend par-derrière.
Pour moi, c'est un classique.
On se le regarde ensemble ?
Non, laisse. C'est vintage.
J'ai un truc plus récent.
Je suis sûre que ta femme appréciera.
C'est sa maison d'édition, non ?
Tu es sur un siège éjectable.
Le livre ne sortira pas.
Pastore est arrivé le jour où on a chopé Chiesa.
Il a inauguré l'enquête Mains Propres.
Un coup du sort.
Je ne te dis pas ce que je lui ai fait faire.
Repêcher un pot-de-vin dans la cuvette des W.-C.,
à mains nues.
Vous n'êtes pas de Milan ?
Je suis de Gênes.
Vous y retournez ou mon mari vous assomme de boulot ?
Mes parents sont morts. Je n'ai plus personne là-bas.
Je suis désolée.
C'était il y a longtemps.
Je me soigne du mieux que je peux.
Avec des vitamines, des produits naturels.
Je me méfie des labos pharmaceutiques.
Je ne fume presque jamais.
Que disent les médecins ?
Que c'est un miracle si je suis vivant.
Tu sais quel est mon premier souvenir ?
J'avais 4 ans. Chez nous, c'était pas bien grand.
Moi et ma sœur jumelle, on dormait ensemble.
Toujours enlacés.
Un matin, je me suis réveillé car elle était froide.
Son visage avait une couleur étrange.
Je ne comprenais pas.
Je me suis mis à la pincer.
J'adorais l'embêter.
Rien.
Elle ne réagissait pas.
C'est la première image qui s'est imprimée dans ma mémoire.
Angiolina morte dans le lit avec moi.
J'ai toujours pensé
que ça aurait pu être moi, celui qui ne s'était pas réveillé,
et qu'on emmenait dans un balluchon.
Moi aussi, je suis un miraculé.
Enfin, bon...
Tu veux quitter le Parquet, hein ?
J'ai fait ce que j'avais à faire.
Il reste beaucoup à faire.
Je l'ai su aux obsèques de Falcone, en parlant avec Borsellino.
Les pots-de-vin au Nord et la mafia au Sud,
c'est les deux côtés de la même médaille.
On doit creuser pour comprendre les intérêts qui relient
les entrepreneurs au crime organisé.
C'est le seul moyen de remonter
à l'origine de la pourriture du pays.
Je sais que tu veux le faire.
Tu es comme moi.
Pour la énième fois, j'étais à son chevet.
Pour la énième fois, je parlais avec le toubib.
Il disait : "Votre mère est une femme forte.
"Elle pourrait vivre encore six mois ou bien un an."
J'étais seule.
Tu n'étais pas là. Il n'y avait personne.
Tu es venue pour me culpabiliser ?
Encore ?
Non.
Pour te dire comment ça s'est passé quand elle est morte.
C'est-à-dire ?
Quand le toubib est parti,
je lui ai donné à manger.
Elle a avalé une bouchée de travers.
J'étais très fatiguée.
Tu l'as laissée s'étouffer ?
Tout est allé très vite.
Je ne dormais plus. J'étais déphasée.
Je venais d'être embauchée au journal.
Tout ce que je voulais, c'était travailler.
Et moi, j'ai passé ma vie à culpabiliser.
Mais au moins, je n'ai tué personne.
C'est vrai, tu n'as tué personne.
En fin de compte, tu lui as rendu service.
Maman était très malade,
elle n'en pouvait plus.
Elle serait morte peu après.
N'y pense plus.
Je peux rester ici, cette nuit ?
Bien sûr.
Merci.
La nouvelle d'une Mussolini candidate à la mairie de Naples
a trouvé un large écho dans la presse internationale.
La politique n'est pas la vocation de la petite-fille du Duce.
Son premier amour, c'est le monde du spectacle.
À l'instar de sa tante Sophia Loren.
À 14 ans, Alessandra a joué avec sa tante
dans Une journée particulière d'Ettore Scola.
En 81-82, elle a présenté Domenica in,
avec Pippo Baudo.
Alors...
On va simuler un débat.
N'ayez pas peur de vous attaquer les uns les autres,
mais ne parlez pas tous en même temps.
Bien, commençons.
Cala...
Il faut réduire le rôle de l'État.
Il faut dire stop à la sociocratie,
qui a détruit l'Italie pendant des décennies.
Et réduire le poids des partis.
Le mot parti ne devrait même plus exister.
Il me donne la nausée.
On doit abattre tous les partis !
J'aimerais que quelqu'un réduise les impôts.
Parce que...
la pression fiscale étouffe l'économie de la nation.
Très bien.
Et vous, Castello ?
Vous voudriez quel genre de leader ?
Moi...
Quand les politiques parlent, j'y pige que dalle.
Ils me font sentir bête.
Je voudrais quelqu'un qui parle clairement,
qui appelle un chat un chat,
et qui arrête le charabia.
Avec ce genre de leader,
j'aurais l'impression que la politique s'adresse à moi.
Je ferais partie de quelque chose.
Comme dans une famille.
Pas mal, non ?
Merci.
Tu es là ?
Je n'arrivais pas à dormir.
- Des cauchemars ? - Oui.
Ma maison était pleine de rats.
Ils bouffaient tout.
- Tu veux vraiment venir avec moi ? - Oui.
Peu importe où on vivra et la vie qu'on mènera.
Ce qui m'importe, c'est toi.
J'aurais voulu que papa nous voie ensemble.
Moi aussi, j'aurais aimé.
Je me demande ce qu'il dirait
de ce qu'on va faire.
Il dirait que tu es courageux.
Tu renonces à tout pour punir ceux qui l'ont tué.
Mais c'est dommage,
car dans cette maison, il y a tes affaires,
tes souvenirs.
C'était ton royaume.
Ça ne l'a jamais vraiment été.
Tu mérites de vivre ta vie.
Ne pense qu'à ça.
À ce que tu désires.
À ce que tu veux vraiment.
Je m'occupe d'elle.
Lève-toi, fais pas ta rosière.
Elle est morte par ma faute.
Je m'en occupe, je t'ai dit.
Toi, pense à disparaître.
Tire-toi, je t'ai jamais vu.
On se connaît pas.
Quitte Bologne, et ne reviens plus jamais ici.
Là, il y a tes empreintes.
Je la garde, au cas où t'aurais envie
de raconter ce qu'on a fait.
Je fais quoi ? Je vais où ?
Refais ta vie, ailleurs.
Venturi, j'ai besoin de toi. Faut nettoyer une maison.
Tu es venue.
Non, attends. Attends.
Quoi ?
Je revois ta tête quand on t'a arrêté.
Tu t'y attendais.
Arianna, on en a déjà parlé.
Tu l'as tué ?
Tu me le dis maintenant, ou tu ne me revois plus jamais.
Je n'avais pas le choix.
Pourquoi ?
Il voulait tout me prendre.
T'es vraiment un homme de merde.
Tu l'as toujours su.
Et ça te plaisait.
Va te faire enculer.
Allô ?
- C'est qui ? - Papa ? Salut.
Ça va ? Tout va bien ?
"Bien", c'est beaucoup dire.
Que se passe-t-il ?
Rien. Je voulais juste entendre ta voix.
Je suis là.
Je vais m'absenter quelque temps.
T'es sûr que tout va bien ?
Oui, tout va bien.
Je dois te quitter. Allez, salut.
T'es bizarre, toi.
Je tiens ça de qui ?
Pas de commentaire.
Le voilà !
Patelli !
M. le député Patelli, on vous accuse de quoi ?
Vous allez collaborer ?
- J'ai rien à dire. - La Ligue est au courant ?
Personne n'est au courant.
Patelli ! Que se passe-t-il ?
Laisse tomber.
La Ligue a touché un pot-de-vin ?
Vous avez touché 200 millions de lires du groupe Ferruzzi ?
Deux cents millions ?
Bonjour.
Une seconde chance est le plus beau cadeau
que la vie puisse t'offrir.
L'Italie en aurait besoin aussi. Mais pour l'instant,
seconde chance et Seconde République
ne coïncident pas vraiment.
En de telles circonstances,
un gars comme vous serait très utile.
Utile à qui ?
Depuis qu'on s'entraide,
j'ai suivi votre travail avec beaucoup d'attention.
Vous avez obtenu d'excellents résultats.
Parfois en piétinant les règles,
mais toujours avec classe, hein !
Et puisque mon talent,
au fond, c'est découvrir le talent des autres,
j'ai parlé de vous à certaines de mes relations,
qui appartiennent à une branche, disons, particulière,
des forces de l'ordre.
Vous me proposez de faire partie des services secrets ?
Vous avez le profil de l'emploi.
Motivé. Incorruptible.
Sans rien à perdre, ni peur de mourir.
Comment vous savez que je suis malade ?
Devinez...
Donc, vous savez qu'il me reste peu de temps à vivre.
Peu ou beaucoup,
que voulez-vous en faire ?
Continuer
avec Di Pietro à jouer aux cow-boys et aux Indiens
ou faire vraiment la différence ?
Voyez-vous, Pastore, à certains moments,
la loi ne suffit pas.
Au contraire, c'est un frein.
Mais vous l'avez compris depuis longtemps, n'est-ce pas ?
Tu as disparu.
Ah, t'avais remarqué.
Je t'ai cherchée partout.
Je devais des excuses à pas mal de gens.
Je fuguais tout le temps.
À chaque fois, ils me retrouvaient.
Et moi, je fuguais à nouveau.
Je recommençais à voler.
- À voler ? - Oui.
J'épiais les fenêtres des maisons, avec les lumières allumées,
la vie de ces familles.
J'attendais que les gens sortent, puis, j'entrais.
J'ouvrais le frigo et je bouffais.
Je faisais comme chez moi.
Et je volais un objet.
Tu ne t'es jamais fait choper ?
Si.
Une fois.
Le lieutenant Andrea Giuliani.
C'est lui qui m'a emmené au commissariat.
Il m'a passé un de ces savons !
"Que vont dire tes parents ?"
Je lui ai ri au nez et j'ai dit : "Connais pas."
Il me regarde et me dit :
"Rentre dans le rang,
"ou tu finiras en maison de correction.
"Choisis."
Et alors ?
Tout le temps que j'ai passé à l'orphelinat,
Giuliani est venu me voir.
Il m'a pris sous son aile.
C'est grâce à lui si j'ai fait l'école de police.
Quelles vies de merde, tous les deux !
On mérite une part de bonheur, hein ?
Allons au Panama.
Moi, je voulais y aller avec toi.
C'est toi qui as disparu.
Mais je suis revenue.
Je sais pas.
Tu sais pas quoi ? Qu'est-ce que tu dois savoir ?
Ici, j'ai fait un tas de bonnes choses.
Je devrais rester encore un peu.
Alors, reste.
Tiens.
Au-dessous du volcan
Au cas où tu changerais d'avis.
Berlusconi...
Je croyais que c'était un homme extraordinaire.
Mais il fait des trucs bizarres.
Il entre en clinique pour maigrir, par liposuccion,
et on lui fait une liposuccion du cerveau !
Pour s'allier avec les fascistes, on lui a aspiré le cerveau !
Il a effrayé les modérés. La presse l'a déjà carbonisé.
Un tel adversaire, c'est un cadeau du ciel.
Faut arroser ça.
- Pitié. - Deux Negroni !
Sa première bourde : se fier aux journalistes.
On lui dit d'indiquer son favori : il le fait.
Paf, les gros titres ! Il a été victime
d'un journalisme qu'il a créé.
Cet homme,
va bientôt
péter les plombs.
Il est Chevalier du Travail,
mais on devrait l'appeler Chevalier de l'Apocalypse.
Il a 4 000 milliards de lires de dettes.
Comment il a fait ?
Moi, je devais 300 mille lires à un type,
il couchait sur mon palier pour les récupérer.
Pourquoi tu m'as appelé ?
J'ai vu ce fumier de Rivalta.
Où ça ?
À la télé.
Avec Berlusconi. Il s'est refait une virginité.
T'aurais dû le crever il y a 16 ans.
C'est vrai.
Il y a un truc que j'ai pas pigé.
Comment t'as fait pour sortir ?
Je pensais que tu m'avais balancé.
Je t'avais filé le pistolet.
Mais j'ai jamais été emmerdé.
J'ai la gueule d'une balance ?
Un peu.
Salaud.
Je suis comme Primo Greganti.
Au camarade G !
Au camarade G !
S'il avait parlé, il aurait fait sauter le parti.
On a eu du cul.
Tu l'as dit.
Et maintenant ?
T'as vu ce qu'a dit Sama ?
Gardini aurait apporté au PCI, le pot-de-vin d'Enimont.
Il l'a donné à qui ?
Mystère et boule de gomme !
On dit quoi dans les couloirs ?
Dans les couloirs, rien.
Mais ?
Mais...
Toi, tu sais.
Putain, toi, tu sais !
Je fais sauter le parti, si on me fait chier.
Et sans l'aide de Greganti.
Allez, accouche.
Non.
Beppe, tu me dois bien ça.
Bonjour. Le Professeur est là ?
Entrez.
Merci.
Professeur, vous croyez en Dieu ?
Ma foi...
J'y crois
d'une façon moins compliquée que les catholiques.
Je ne peux croire
à l'existence d'un Dieu providentiel qui intervient.
Dieu, s'il existe, est indifférent au monde.
Moi, je crois aux opportunités.
J'ignore si c'est Dieu ou le destin,
mais quand elles se présentent,
il faut les saisir.
Le congrès.
Oui.
Vous savez...
Je n'ai pas oublié ce que vous m'avez dit.
Et alors ? Vous avez décidé de faire quoi ?
Voyez-vous,
je fais de la politique avec l'esprit
d'un scientifique en laboratoire.
Je veux vérifier mes théories.
Je ne suis pas un adepte de la vie à la hussarde.
Mon existence est entièrement programmée.
Dans le moindre détail.
Dans ma cuisine, il y a quinze boîtes de biscuits,
au cas où il neigerait et qu'on ne pourrait pas sortir.
Vous avez 75 ans.
C'est le moment ou jamais d'agir. Demain, il sera trop tard.
Au congrès, mettez le paquet sur la sécession.
Bossi s'en branle.
Il veut le pouvoir.
Vous saviez qu'il va s'allier avec Berlusconi ?
Le scélérat !
Plus personne ne défendra la cause du Nord.
Je parle au nom de beaucoup de gens.
Vous devez être notre phare.
Vous devez partir en guerre contre Bossi.
Votre heure de gloire est arrivée.
Oubliez les biscuits.
Je fais sauter le parti, si on me fait chier.
Et sans l'aide de Greganti.
- Beppe, allez, accouche. - Non...
Allô ?
Dottore, comment allez-vous ?
Eh bien... le moment est venu de décider.
J'ai du nouveau pour vous. Il faut qu'on se voie.
C'est une période difficile, j'ai peu de temps.
Faites-moi confiance. C'est important.
Si vous le dites.
Vous ne le regretterez pas.
Bon, voyons voir.
Faisons une chose.
Si vous y tenez vraiment, le 19 décembre, à l'Hôtel Jolly,
on sera tous réunis.
Le 19 décembre ?
Très bien, j'y serai.
Au revoir.
Allô ?
Rachele ? Bonjour, c'est Veronica Castello.
Bonjour.
Pardon pour le dérangement.
Je venais aux nouvelles.
Vous avez pris une décision ?
Oui...
Non...
Ton essai a plu à tout le monde.
Mais ?
Mais ton image télévisuelle fait un peu peur.
Tu n'es pas vraiment le premier choix.
Les pontes ne l'ont pas vu.
Donc, je ne peux rien te dire.
Ma popularité n'est pas un atout ? Les gens m'aiment.
Oui, mais le dernier mot revient à Berlusconi.
Je vois. Vous me tenez au courant ?
Oui, dès qu'on a décidé.
Merci. Au revoir.
Excuse-moi.
Je voulais voir ta gueule.
On se connaît ?
Non.
Mais tu connais Davide Corsi.
Mon Dieu !
Ça y est, t'as compris.
J'étais pas au courant.
Si j'avais su qu'il aimait les filles comme toi !
Quoi, "les filles comme moi" ? Tu me connais même pas !
Oh que si.
Mes Ruines
Une nouvelle de Davide Corsi Décembre 1993
Moi, en 5 ans, il ne m'a pas écrit une lettre.
Second Congrès National de la Ligue du Nord,
secouée par le scandale du pot-de-vin
touché par le trésorier Patelli.
12 décembre
Vous assumez vos responsabilités ?
À présent, la Ligue est contre le pool Mains Propres ?
M. le député, vous saviez pour le pot-de-vin ?
Vous vous expliquerez au congrès ?
Vous étiez au courant ?
Hé, Bosco !
Excusez-moi.
S'il vous plaît, une seconde d'attention !
Je profite que vous soyez là, après il sera trop tard.
Il fait quoi, ce con ?
Rendons à Di Pietro, le fric que soi-disant on a empoché.
Il arrêtera de nous faire chier !
Nous, de la Ligue, on est pas des voleurs !
Bravo !
Marchons la tête haute. On va leur montrer, putain !
Voilà.
Bravo !
- Allez, Bosco ! - On va leur montrer !
Vive Bosco !
Aboulez le fric !
Je mets tout ce que j'ai.
Bravo !
Fais tourner !
Soyez pas pingres, je vais le compter.
D'Alberti, sors le blé !
Vive les gens honnêtes !
À bas, les voleurs !
Allez, la Ligue !
Bosco ! Bosco ! Bosco !
Salvetti...
Bosco... Super, l'idée de la collecte.
J'ai à vous parler.
Qu'y a-t-il ?
C'est une surprise.
Allons boire un café. Excusez-nous.
À tout à l'heure.
Salut.
Excuse-moi pour Marta. Tu l'as lu ?
C'est quoi ?
J'ai pris ta biographie et j'en ai fait un roman.
Tu l'as lu ?
C'est Pretty Woman.
Quoi ?
Il fait d'une pute, une femme respectable.
J'ai quitté Marta.
Bravo. Joli coup.
C'est pas un coup.
Je suis tombé amoureux de toi.
Mais ça, tu ne le supportes pas.
Ça te terrorise.
Tu te dégoûtes.
Tu ne conçois pas qu'on puisse voir du bon en toi.
Mais il existe.
Tu sais quoi ? C'est pas Pretty Woman.
Lui, c'est pas un beau milliardaire.
C'est juste un écrivain.
Secrétaire...
- T'as une minute ? - Pourquoi ?
Vous en faites des têtes !
Miglio veut te trahir.
Quoi ?
Je me suis mis au service du Professeur.
J'ai organisé des dîners avec lui et les gars,
pour le bien de la Ligue.
Mais il n'a pas arrêté de dire du mal de toi.
C'est vrai, ça ?
Allez, dis-lui. N'aie pas peur.
Au début,
on croyait que c'était sans importance.
Il t'en veut. Si Miglio te déclare la guerre,
je saurai choisir mon camp.
Nous, on saura choisir notre camp.
On sera avec notre secrétaire.
On y va.
T'es vraiment une merde, toi !
Arrête. Je t'ai fait une faveur.
L'Italie que j'ai décrite dans le Décalogue d'Assago,
sera divisée en trois macro-régions.
République du Nord, République d'Étrurie,
et République du Sud.
La sécession ne sera plus seulement un mot
qu'on prononcera timidement,
tel le rêve que le parti se prépare à abandonner.
Parce que c'est ce que la direction est en train de faire :
elle brade notre rêve d'indépendance
dans le souk de la politique romaine.
La sécession doit redevenir
l'étoile Polaire qui éclaire le parcours de notre Ligue.
On était de jeunes et éphémères chroniqueurs judiciaires.
On devait suivre l'affaire du pot-de-vin de Mario Chiesa,
et on s'est retrouvés avec l'enquête du siècle.
Les arrestations à tire-larigot, c'est une manne.
Si quelqu'un se tue, c'est mieux, t'as de quoi pisser de la ligne.
Du coup, moi... j'ai mené ma propre enquête.
J'ai creusé dans l'affaire Enimont
et j'ai acquis la conviction
qu'il y avait un complot derrière les suicides.
Mais j'ai réalisé que je ne faisais pas mon métier.
Car je donnais les réponses avant de poser les questions.
Alors, j'ai repris mon livre et je l'ai récrit entièrement.
Pour la simple raison que je n'ai pas les réponses.
Pour Enimont, j'ignore si les suicides sont liés.
Je ne crois pas.
Il y a des points controversés, ça oui.
Je me suis limitée à les montrer au lecteur.
Merci.
Berlusconi...
s'il nous accorde de la visibilité sur ses télés,
on le défendra contre le PDS qui veut les lui piquer.
Donnant, donnant.
Mais c'est nous qui y gagnons.
Car nous sommes son seul salut.
Secrétaire, merci pour tes lumières.
Mais si tu t'allies avec Berlusconi et que tu renonces
à la sécession,
sache que je ne me tairais pas.
T'es sourd ou quoi ? J'ai dit que Berlusca
ne sera qu'un instrument entre les mains de la Ligue.
Avec lui, on sera au gouvernement et on prendra le Nord.
C'est ça !
Luca, c'est Bibi.
Il faut que je te voie. Rencontrons-nous.
Je n'ai confiance qu'en toi.
Zeno et moi, on veut se livrer à la justice.
Comment ça marche ? On fait quoi ?
Je vous emmènerai chez Di Pietro. C'est ce qu'il veut.
C'est bien, ce que tu fais.
Pour une fois.
N'en parle à personne.
On se voit ici, demain.
Emmenez vos affaires.
On ira où ?
Moins tu en sais, mieux ce sera.
T'imagines si la vie était toujours comme ça ?
Comme en ce moment.
Bibi...
Sois prudente.
Il ne s'agit pas de chercher la petite bête.
Il s'agit de crédibilité.
On parle de deux personnes qui nous représentent au Parlement.
Vous et le sénateur Citaristi.
On veut savoir qui prêche le faux !
Il n'a jamais été fait mention,
explicitement,
par le secrétaire administratif,
de financements non enregistrés régulièrement.
Point. Question :
Saviez-vous qu'il y avait, comme on sait qu'il y a des arbres,
un financement illicite du parti de la part d'entrepreneurs ?
Je l'ai appris par les journaux.
Vous l'ignoriez avant cette enquête ?
Je n'étais pas au courant de contributions
versées à notre parti,
non enregistrées selon les termes de la loi du financement public.
Donc, vous ne le saviez pas ?
Je ne sais toujours pas
si le parti a reçu des financements,
non enregistrés légalement.
J'ai toujours été au courant
de la nature illégale
des financements aux partis et à mon parti.
Je l'ai compris à l'âge où je portais une culotte de zouave.
Ce matin, on a vu un monsieur
qui l'a appris, il y a quelques jours.
Voyez-vous, en Italie, le système
de financement des partis
et des activités politiques, en général,
contient des anomalies et des abus,
je pense, à partir du...
début de l'histoire républicaine.
C'est un chapitre que nous pouvons qualifier d'obscur
dans l'histoire de la démocratie républicaine.
Mais depuis des décennies, le système politique
avait une partie,
pas tout, une partie de son financement,
qui était un financement,
disons, de nature irrégulière ou illégale.
On ne le voyait pas si on ne voulait pas le voir.
Ceux qui savaient
faisaient semblant de ne pas le voir.
On ne le voyait pas si on ne voulait pas le voir.
Les partis étaient tenus
de présenter des bilans au Parlement.
Les bilans étaient systématiquement falsifiés.
Tout le monde le savait, y compris ceux qui auraient dû
exercer des fonctions de contrôle,
nommés par le président de la Chambre des députés.
Mais au journal officiel du Parlement, nulle trace
qu'on ait mis à l'ordre du jour,
la question de la véracité des bilans des partis politiques.
Hé !
T'es là, alors qu'à l'intérieur, il y a le procès du siècle ?
Il y a même des journalistes japonais.
Allons faire un tour.
Aujourd'hui, on enterre la Première République.
Elle me manque déjà.
Tu crois qu'on la regrettera, la Première République ?
Viens ici.
Quoi ?
Allons au ciné. Il y a Jurassic Park.
"La vouivre sort de sa planque,
"s'allie avec les fascistes et dévoile sa vraie nature.
"Modérée, mon œil ! S'il s'avère exact
"que Berlusconi se présente comme candidat,
"les digues de la démocratie ne tiendront pas le choc,
"face à un empire médiatique sans rivaux.
"Si l'électeur, c'est le téléspectateur,
"il faut s'attendre au pire."
C'est trop ronflant ?
Tu le détestes, c'est sûr.
Mais non, pas lui.
Je déteste ce qu'il représente.
Je ne supporte pas
l'hédonisme complaisant et débraillé.
Explique-lui, Leo.
Ton père a trempé dans ce milieu, avant d'ouvrir les yeux.
Il faut qu'on y aille.
Je dois rentrer à Milan.
Salut, Viola.
Salut.
On se voit à Noël ?
Peut-être. On verra.
Viola...
Tu m'attends en bas ? Je dois parler avec Alberto.
Alors...
Qu'as-tu à me dire que Viola ne puisse pas entendre ?
Tu n'es pas vexé ?
Tu sais ce qu'il y a là-dedans ?
La fin de votre supériorité morale.
La preuve que vous aussi, les bons,
les justes, les supérieurs,
vous avez palpé comme les autres.
J'encule votre supériorité morale.
Tu as joué la comédie, hein ?
Pas toi ?
Tu as joué l'ami de la famille pendant 40 ans. Fais pas chier !
- Tu vas le donner aux magistrats ? - Non.
Tu t'attendais au pire. Tu as raison.
Le pire est arrivé.
Salut, papa.
Zeno...
Je vous attends là-bas.
Vous lui avez fait quoi ?
Cher Antonio...
Je vous ai souvent menti, en service.
J'ai commis beaucoup d'erreurs.
Mais l'Italie est malade et quelqu'un devrait la guérir.
La question est : comment ?
Quel est le bon remède ? Croire en la justice ?
C'est vous, Dottor Di Pietro, qui pouvez guérir l'Italie ?
Ou bien, les guerres ne se gagnent qu'en donnant des coups bas ?
Mais la réponse est peut-être ailleurs.
Trop peu de gens veulent changer les choses,
et ils sont condamnés à perdre
contre ceux qui sont prêts à tout pour une once de pouvoir.
- À l'aéroport. - Moi, j'arrête.
Vous n'entendrez plus parler de moi. Je pars au bout du monde.
Mais je ne pars pas seul. J'ai une compagne de voyage.
Merci, Antonio. Pour tout.
Leo !
Arianna...
J'y ai réfléchi.
Adaptation : Giacinto Pizzuti, Nice Fellow
Sous-titrage : VDM
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