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Bonjour Charles. Bonjour Louise.
Bienvenue sur InPower.
Ravi. Je suis ravie de te recevoir et de partager un peu plus sur ton parcours.
Ma première question pour tous mes invités, c'est de se présenter de la
façon dont tu le souhaites. Ok. Alors je m'appelle Charles Pépin, comme un
problème, comme un parapluie en argot.
Je suis romancier et philosophe, enfin philosophe et romancier.
J'ai enseigné la philosophie plus de 20 ans et je me suis consacré à l'écriture
depuis quelques années en arrêtant l'enseignement et en essayant d'avoir
plus de temps pour écrire plus et du coup j'écris moins puisque je fais n
'importe quoi, je me disperse, j'accepte plus de propositions comme celle-là.
À l'époque où j'étais prof, je n'aurais pas pu accepter.
Et maintenant, j'accepte. Et donc, du coup, j'ai moins de temps pour écrire.
Je m'excuse pour toutes les personnes qui vont regarder cette vidéo et qui
sont fans peut-être de tes ouvrages. It's on me.
Mais vous allez pouvoir en apprendre plus sur Charles.
Je me demande comment on arrive à se dire, ouais, en fait, j'ai envie d
'étudier la philo et potentiellement d'en faire ma vie parce que je ne sais
pas si c'était le cas à ton époque.
Mais je sais que moi, on m'a mis dans la tête très, très vite.
Tu ne vas rien pouvoir faire de la philo à part prof de philo. Parce que tu avais
cette tentation ? Alors, je n'avais pas forcément la tentation d'éduquer la
philo, parce que comme je t'ai dit un peu avant de commencer, désolé s'il
écoute ce podcast, mais mon prof de terminale n'était pas passionnant.
Mais j'avais une appétence pour la matière, de manière générale, pour tout
ce qui touche à la littérature.
Et donc, ce fameux choix. Alors, ça y est, j'ai l'impression d'être très
vieille, mais à l'époque.
À mon époque, il y avait encore des filières, genre L, E, S, S, qui étaient
à deux ans, mais voilà.
Je voulais faire L, et en fait, on m'a dissuadé en me disant, en vrai, t'as des
bonnes notes dans toutes les matières, fais E, S, quoi.
Alors que, si je m'étais écoutée, j'aurais fait L.
Non, écoute, moi, c'est pas venu tout de suite, le désir d'être prof de philo,
mais j'ai senti quand même cette espèce de tentation revenir, comme ça,
de façon un peu lancinante.
D'abord, quand j'étais à Sciences Po,
Je trouvais qu'il n'y avait pas assez de philo, que c'était un peu superficiel
comme enseignement quand même.
Et du coup, je voulais aller en fac de philo en même temps, mais je ne trouvais
pas le temps.
Donc, je lisais par moi-même, mais pas assez.
Ensuite, quand j'ai été admis à HEC après Sciences Po, là, j'ai vraiment eu
peur d'aller à HEC et que ce soit encore plus superficiel, selon moi.
Du coup, là, je suis allé en fac de philo pendant un an en demandant à HEC
un report d'intégration.
Mais alors, pourquoi tu as voulu faire HEC si tu t'es mêlé à Philo ? Parce qu
'autant HEC, il y en a un peu. J'ai voulu faire HEC parce que j'aime l
'économie, parce que j'ai toujours été tenté par l'entrepreneuriat, parce que j
'aime bien des figures d'entrepreneurs, parce que j'aime bien la vie réelle, j
'aime bien inventer des choses.
J'avais cette part de moi aussi qui était différente, pas spécialement une
part de philosophe ni d'amateur de littérature.
Et puis aussi, j'étais jeune, j'avais 20-21 ans au sortir de Sciences Po.
Et d'ailleurs, il y a eu un truc très conjoncturel, c'est que mon prof de
philo de Terminal, qui a eu une rencontre décisive pour moi, dont je
parle d'ailleurs dans mon dernier livre, qui porte pour titre « La rencontre, une
philosophie ». Il y a un chapitre consacré à Bernard Clarté.
En fait, c'est lui qui a monté une prépa HEC l'année où moi je sortais de
Sciences Po.
Donc c'est un peu le hasard. Il a rappelé certains anciens élèves.
C'était avant qu'on devienne très proche.
Du coup, peut-être que je n'aurais même pas eu l'idée. C'était un peu un hasard
s'il ne m'avait pas proposé comme ça.
Ensuite, je me suis retrouvé à HEC.
Là, c'était carrément l'allergie.
Je ne sais pas que je n'étais pas bien, parce que je suis en général assez bien
partout, mais je n'avais vraiment rien à faire là.
Je trouvais les gens plutôt intéressants, mais leurs centres d
'intérêt n'étaient pas les miens.
Leur goût n'était pas les miens, leur façon de vivre n'était pas la mienne. D
'ailleurs, je ne vivais pas sur le campus, etc. Donc là, j'ai commencé à
aller en fac de philo en même temps qu'HEC.
À l'époque, on appelait ça une maîtrise.
Et je l'ai fait en deux ans.
Et au sortir d'HEC, je me suis dit, voilà, c'est l'heure du choix, de la
décision. J'étais pris aux études économiques chez Paris-Bas. Non, à la
Société Générale, pardon, je confonds.
Donc, je pouvais commencer avec un bon job, quand même assez, voire très bien
payé pour l'époque.
Et en plus, études économiques, c'était un peu théorique, c'était intéressant.
C'est les économistes dans les banques, c'est plutôt un truc qui me plaisait.
Et face à ça, j'avais l'idée de devenir prof de philo, mais je n'avais pas de
concours, j'avais juste une maîtrise.
Et en fait, est arrivé un autre élément, qui est la littérature.
C'est-à-dire que je voulais surtout, à l'époque, être romancier plutôt que
philosophe. Et donc, je me suis dit que si j'étais à la Société Générale des
études économiques, je n'aurais jamais le temps d'écrire de romans.
Tandis que si j'étais prof de philo,
A l'époque, je me disais, d'ailleurs, je le dis encore, même si ça fait bondir
les profs, pour moi, enseigner 14 heures la philo au lycée, ça s'appelle plutôt
un mi-temps.
Quand on est engagé, c'est 14 heures.
Du coup, je me suis dit, c'est la belle vie, je vais passer la grecque de philo,
je vais aller au lycée, j'aurai des élèves trop sympas qui auront 5 ans de
moins que moi, et je leur raconterai ce qui est ma vie, parce que je n'ai pas
vraiment besoin de travailler.
Je vis dans ces notions de philo depuis 6-7 ans, à l'époque.
Donc je me suis dit, je vais passer la grecque, ou le capès, mais surtout pour
écrire des romans.
Et surtout, je me suis aussi dit, parce que j'avais une pression familiale pour
devoir gagner ma vie, gagner de l'argent, je me suis dit, je ne le tente
qu'une fois.
Et puis voilà, incha'Allah, si je l'ai, soit le capès, soit la grecque, je vais
enseigner la philo. Et si je ne l'ai pas, je vais à la Société Générale. En
fait, non, parce qu'ils n'allaient pas m'attendre un an.
Mais en gros, je cherche un boulot.
J'ai été tenté par d'autres choses. Je pense avec étonnement qu'à l'époque, j
'étais tenté par la pub.
Parce que quand on est jeune, on ne comprend rien.
On dit que c'est des créas, des créatifs. Alors que pour moi, aujourd
'hui, les créas dans la pub, ce n'est pas du tout de la créativité. Pour moi,
c'est carrément une figure presque repoussoire. Mais je reconnais que quand
j'avais 21 ans, je me cherchais.
Et je ne voyais pas ces créatifs au service simplement du capitalisme le
plus marchand.
Bref. Je passe la grecque et je l'ai du premier coup.
Donc un peu un coup de chance aussi parce que je tombais sur des sujets qui
me plaisaient vraiment.
J'étais un peu en état de grâce.
Tous les sujets m'ont plu, donc j'ai eu la grecque du premier coup.
C'est quoi juste comme concours la grecque ? Tu dissertes pendant 8 heures
? La grecque, il y a un écrit avec des épreuves qui durent 6, 7 ou 7 heures.
Dissertation, explication de texte et après il y a un oral.
Il y a 3 euros et c'est le grand amphi de la Sorbonne et c'est...
assez intéressant comme épreuve, parce qu'on a un grand oral de 40 minutes, et
on a 6 ou 7 heures pour le préparer.
Donc c'est aussi un truc physique où il faut savoir comment je mange, comment je
gère mon temps.
Tout ça, ça m'a beaucoup fait marrer.
Donc j'ai eu la grecque de philo, et là je suis parti enseigner à Cambrai.
Et là, je me suis d'ailleurs pas mal consacré à l'écriture de mes premiers
romans. Donc finalement, c'était pas du tout une vocation.
C'était juste un... C'était pas très clair.
C'est un peu comme ça qu'on chemine.
Ce truc est venu me parler, me tenter à répétition.
Mais j'y suis plutôt allé, en fait, à reculons, plutôt pour être romancier.
Il se trouve qu'après, non seulement mes deux premiers romans n'ont pas du tout
rencontré le succès que moi, je visais, en fait.
Et en plus, je me suis rendu compte que quand j'étais sur l'estrade, je me
souviens de cette belle estrade en bois au lycée Fendon de Cambrai.
En fait, j'étais bien.
C'était vraiment ma place. J'adorais ce métier. J'adorais la rencontre avec les
élèves. J'adorais ça.
Mais j'ai mis des années à l'accepter. Pour moi, c'était plutôt pour faire
autre chose.
Et puis, avec le temps, il s'est passé un truc assez marrant.
Souvent, la vie nous donne des signaux.
C'est qu'en fait, quand j'existais en tant que romancier...
Quand je faisais des romans, quand j'allais dans des salons littéraires.
En fait, le retour du monde, ce que le monde me renvoyait, ne me satisfaisait
pas. Ça ne me plaisait pas.
Je ne sais pas, il y a un truc qui ne marchait pas.
Je parlais peut-être de choses trop intimes. Je blessais mes proches. En
même temps, je n'avais pas assez de succès à mon goût.
Je trouvais ces salons un peu moisis.
Le monde littéraire français est un peu particulier.
Il y a beaucoup de vieux qui grenouillent comme ça. Il faut être un
peu courtisan.
Rien ne me plaisait en fait.
Et pourtant, mes petits romans ont quand même pas mal marché pour des premiers
romans. Mais en gros, il y a un truc qui n'allait pas.
Et puis parallèlement, dès que je faisais des choses en tant que prof de
philo... des articles, des conférences, des interventions dans des
bibliothèques, des médiathèques, un peu d'intervention en entreprise déjà,
puisque j'avais depuis le début un pied en entreprise parce que ce monde me
plaisait aussi.
Depuis le début, j'étais formateur en entreprise, en prise de parole en
public, des choses comme ça.
Et en fait, là, j'existais en gros comme le prof de philo qui va en entreprise ou
qui va ailleurs. Et là, le rapport au monde était incroyablement facile,
incroyablement fluide, simple.
Les gens...
ne cherchait pas à te coincer, à être rival, concurrent.
Donc je me suis dit, mais en fait, d'année en année, c'est plutôt les
autres qui m'ont renvoyé cette idée que j'étais en fait philosophe.
Donc non seulement j'ai mis du temps à accepter même l'idée d'être prof de
philo, parce que c'est au bout de 6-7 ans d'études, mais en plus j'ai mis
beaucoup de temps à accepter l'idée d'être, on va dire, philosophe, même si
j'ai encore un peu de mal avec le mot. Pour moi, le philosophe, c'est plutôt
Nietzsche ou Hegel que d'autres.
Et puis du coup, j'ai commencé à faire des livres de philosophie, mais
doucement, très modestement. Un truc qui s'appelait une semaine de philosophie,
où j'avais pris sept sujets de disserte et j'en faisais un par jour.
Et puis ça devenait, de dissertation scolaire, des petits essais.
Et puis à un moment, des essais plus longs.
Et puis finalement, j'ai accepté ce que le monde me renvoyait.
Et j'ai accepté cette existence là où elle était le plus objectivement
reconnue.
Et c'était marrant parce qu'en fait, j'ai toujours été égueulien, au sens où
mon prof de philo Bernard Clarté que j'évoquais était très égueulien.
Et Hegel est un philosophe non pas de l'intériorité mais de l'objectivation.
Pour Hegel, tu es ce que tu fais, tu es ce que les autres te renvoient comme
image, ce que Sartre vulgarisera beaucoup, même si c'est un peu
parfois... On n'est pas exactement ça, on peut se sentir un peu à l'étroit dans
ce costume social, mais quand même, ce que tu fais et ce que les autres te
renvoient objectivement, c'est quand même ta valeur.
Et donc voilà, tout ça pour dire qu'au bout de pas mal d'années, je dirais au
moins 10, presque 15 ans, je me suis mis à dire, ok, ben voilà, je suis
philosophe, je suis essayiste, c'est mon métier, et c'est ça, et puis le reste
existe. J'ai continué à faire des romans, j'ai écrit un roman qui s
'appelle La Joie il y a 5 ans, mais c'est presque un plaisir.
En plus, alors que mon véritable métier se trouve dans la philosophie.
Mais il se trouve quand même que mon cœur reste dans la littérature.
Et que, en fait, ce que j'essaye de faire de livre en livre, et là, dans le
livre que je suis en train de faire, c'est beaucoup plus présent, c'est quand
même quelque chose de très littéraire.
Et là, je suis en train de travailler sur un essai où la langue est vraiment
celle d'un romancier. Donc voilà, les deux vont peut-être se rejoindre à
terme. avant que je ne sois trop vieux pour avoir l'énergie vitale d'y arriver.
Ok, bon c'est passionnant. C'est une réponse un peu longue, désolé. Non mais
c'est pas grave, on est là pour prendre le temps.
Je me demandais en fait, en t'entendant parler de ça et un peu de cette dualité
entre ton amour premier qui était la littérature et la philosophie qui t
'intéressait mais qui était peut-être plus perçue en effet comme un moyen de
travailler. Ou même un métier. Un métier. Et est-ce que tu as ressenti
quand même une frustration ?
face à cette réalité où en fait toi t'aurais aimé que la littérature marche
plus que la philo mais c'est l'inverse qui s'est passé comment tu acceptes le
fait qu'en fait ok t'aimes les deux t'en aimes plus un autre parce que il y a une
théorie assez intéressante qui revient dans pas mal d'épisodes et je crois que
c'est le deuxième où j'en parle mais où des personnes que je reçois me disent un
peu ce que t'es en train de décrire où en fait ce qui marche c'est ce pourquoi
on est fait
Il y a un alignement qui va se faire.
Je ne dirais pas ça.
Parce que oui, toi, tu avais toujours cet amour. Et si en soi, les romans
avaient très bien marché, tu t'y serais consacré. D'abord, tout ce que tu dis,
ça fait un peu penser à cette idée de l'étoile intérieure, ce pour quoi je
suis fait, ma finalité.
Franchement, moi, je n'y crois pas trop.
Je crois plus en la vie dans son pouvoir de rectification, de réajustement, de
rencontre aussi, encore une fois. C'est pour ça que j'ai fait ce livre
récemment. tellement je pense ça.
Donc moi, je ne pense pas que je sois fait plus pour la philosophie ou la
littérature ou gagner de l'argent si j'avais été entrepreneur.
Mais en revanche, une fois que tu fais, tu vois si ça te plaît.
Mais ce n'est pas pour ça qu'autre chose ne t'aurait pas plu autant.
Donc ça, c'est pour moi une idée importante.
Mais je crois aussi aux vertus de l'échec, en quelque sorte. C'est le
titre d'un de mes livres.
Et je l'ai vraiment vécu. C'est-à-dire qu'en fait, j'ai eu un sentiment d'échec
avec ces deux premiers romans.
Et du coup, j'ai bifurqué vers autre chose. Et il se trouve que cette autre
chose m'a beaucoup plu et m'a rempli de bonheur et de plus de succès et de
reconnaissance. Mais en fait, peut-être, si je n'avais pas bifurqué vers ça, je
ne l'aurais pas rencontré et ça ne m'aurait pas manqué pour autant.
En fait, je pense que dans un être humain, il y a beaucoup de potentialité,
beaucoup de possibilités et ça va dépendre des kairos, des occasions en
grec, des rencontres et puis voilà.
C'est un peu réducteur de dire, voilà, je suis fait pour ça, c'est mon étoile
intérieure. Je pense qu'en fait, on en a plusieurs, carrément.
Ce qui est hyper décapabilisant aussi, parce qu'en effet, ceux qui pensent qu
'il y a vraiment ce truc pour lequel t'es fait, ça peut être un peu anxiogène
pour les personnes qui nous écoutent et qui ne trouvent pas. En fait, c'est
faux.
Quand on dit ça, on minimise la
vraie vie.
C'est-à-dire...
Les aiguillages, les carrefours, les pas de doigt, les bifurcations. Et puis,
bien sûr, les rencontres.
Et puis d'ailleurs, ça viendrait d'où ? Cette chose pour laquelle je suis fait,
elle serait en adéquation avec quoi ? Mon génome, mon âme ? Ça ne veut rien
dire. En fait, on est beaucoup plus multiple que ça. On est beaucoup plus
complexe. Donc moi, j'ai énormément de plaisir parfois à être seul, à écrire, à
la campagne, dans une chambre d'hôtel.
Et j'ai l'impression d'être fait pour ça, mais sauf qu'au bout de cinq jours,
j'en ai barre.
Et parfois, je suis dans l'agitation parisienne, je fais des conférences, j
'ai le temps de rien, je m'occupe de mes enfants, je vois des amis, j'ai l
'impression que le temps passe et que je ne me réalise pas, mais en fait, j'adore
aussi ça.
Et puis, je pense que c'est aussi l'alternance, l'alternance de phases, en
fonction de son tempérament, ça peut être six mois, six mois. Moi, j'ai un
petit rêve de vie.
d'être moitié à Paris, je veux dire à l'échelle d'une semaine par exemple,
moitié à Paris, un peu dans une vie sociale aussi familiale, enfin ça c'est
quand mes enfants sont un peu plus grands, et puis peut-être la moitié à la
campagne, à écrire, on n'est pas obligé d'être, tout le monde dit oui sur son
axe à l'idée, d'accord, mais on peut avoir plusieurs axes, et puis aussi
parfois c'est pas très, c'est assez nourrissant.
D'être pas si bien aligné que ça.
Parce que parfois, on fait des bonnes choses parce qu'on n'est pas exactement
à sa place.
Et du coup, ça crée une sorte de tension, de désir. Je crois que
paradoxalement, si on est trop aligné, on peut rater plein de choses aussi.
Ça t'est déjà arrivé d'être dans cette situation où t'avais l'impression
justement que t'étais pas à ta place ? Oui, bien sûr, quand même. Ça m'est
arrivé de faire des conférences.
dans des endroits où vraiment je me sentais trop en désaccord avec les
pratiques et les valeurs. Je ne le refais pas, mais j'étais plus jeune, j
'ai fait certaines erreurs.
Ça m'est arrivé, oui, d'associer mon travail de philosophe à certains noms de
marques que je ne citerai pas aujourd'hui.
Et en fait, aujourd'hui, je trouve que je n'aurais pas dû le faire parce que je
n'avais juste pas assez réfléchi. En fait, moi, comme tu l'entends dans l
'entretien, moi, j'aime bien avancer, faire des choses.
Parfois, je fonce un peu sans réfléchir assez, ce qui est dommage pour un
philosophe. Mais du coup, avec le temps, j'ai compris que... Mais encore une
fois, c'est souvent l'expérience qui t'enseigne, en fait.
Finalement, il y a des gens sur le papier...
ils sont super, ils développent des valeurs humanistes, et puis quand tu les
vois, que tu bosses avec eux, en fait, c'est un peu fake.
Et puis d'autres, ils n'ont pas l'air, et puis en fait, au quotidien, si.
Donc souvent, il faut quand même y aller pour savoir.
Voilà, donc c'est un peu pareil, c'est un peu comme ça que j'ai vécu les
choses, et j'ai aussi eu des très très belles rencontres.
à l'occasion de conférences, des gens que je vois souvent.
J'ai des très belles rencontres de tous types. Par exemple, quand j'ai fait de
la philosophie dans la prison de la santé, j'ai adoré faire ça.
Mais aussi, quand j'ai travaillé pour Chanel, j'ai adoré. Ça a été un truc de
long terme. On s'est vus pendant plusieurs mois, plusieurs années.
Donc voilà, j'aime bien quand même tenter des choses et puis au contact de
la rencontre, voir ce que ça m'apprend.
Et puis voilà, on ne peut pas tout savoir avant d'y aller.
Pour parler un peu de cet échec que tu as rencontré ou que tu as vécu comme tel
au début de ta carrière, je pense qu'en plus, en début de carrière, c'est
particulièrement marquant. Ça peut être paralysant. Je pense à un ami qui est un
peu en train de vivre cette phase où en fait, ça peut...
te toucher vraiment au plus profond de ton être, voire t'empêcher d'avoir envie
de recommencer.
Comment tu l'as vécu ? Quel conseil tu donnerais aux personnes qui sont peut
-être dans cette situation et qui n'ont pas envie de se laisser bloquer par ça ?
Parce que ça peut un peu traumatiser dans le sens où après, ça ne te donne
plus envie de réessayer quoi que ce soit.
Bien sûr.
D'abord, premier conseil, un conseil qui peut te surprendre, ce sentiment d
'échec, d'abord, chéris-le.
avant de vouloir le combattre, ou de le fuir, comme beaucoup qui sont dans le
déni, il faut le chérir. En l'occurrence, dans mon cas, en fait, je
vais essayer de dire ça sans être mégalo, mais en vérité, le livre a un
peu marché, j'avais une très bonne critique, je me suis fait repérer, j
'aurais dû être content.
En fait, j'avais un très fort sentiment d'échec, parce que je...
parce que j'avais pété un câble, en gros, parce que je m'imaginais tout de
suite traduit dans le monde entier, parce que j'étais contre mon mégalo, et
parce que j'étais jeune, et parce que j'avais aussi renoncé à plein de choses
pour me donner la chance d'écrire, donc j'en attendais beaucoup.
Ce que je veux dire, c'est que ce sentiment d'échec, dans mon cas, j'en
ris aujourd'hui, je confesse avoir été presque trop arrogant, mais ce que je
veux dire, c'est qu'il est intéressant, parce que pour le coup, il dit quelque
chose de ton ambition, et il dit quelque chose de ce qui compte pour toi.
C'est comme, il y a des gens, ils divorcent, et ils sont très très
tristes, et tout le monde leur dit, mais non, mais tu ne devrais pas, il y a deux
couples sur trois à Paris divorcent, ou ailleurs, ou un couple sur deux en
France. Et donc, c'est comme si ça délégitimait le sentiment d'échec. Je
trouve que ce n'est pas bien, parce que ce sentiment d'échec, il faut au
contraire l'accueillir, et essayer de l'analyser, et d'entendre ce qu'il te
dit, de ce qui compte pour toi.
Donc, premier conseil, bavez-en un peu, mais au moins, comprenez de quoi ce
sentiment d'échec parle.
Parce que parfois, il nous dit quelque chose d'un rêve déçu.
Parfois, il nous dit qu'en fait, on a tenté quelque chose qui n'était pas fait
pour soi, on n'aurait pas dû.
Et il faut l'accueillir. Alors que souvent, on est invité par les autres à
passer à autre chose. Donc, premier conseil, accueillez ce sentiment d'échec
et entendez ce qu'il a à vous dire. Deuxième conseil, souvent,
cet échec est plus facile à accueillir quand on comprend combien il dit que
nous avons osé quelque chose.
Donc le voir comme la preuve rétroactive qu'il y a eu de l'audace, ça c'est
vraiment une des thèses de mon livre « Les vertus de l'échec », et non pas
comme quelque chose qui me stigmatise ou m'humilie, etc.
Et on rejoint un conseil, qui est un conseil de psychologie de base, qui est
que voilà, un échec, c'est pas mon échec à moi, c'est pas l'échec de ma personne,
c'est pas l'échec de mon moi tout entier, c'est l'échec de mon projet, de
mon initiative, de mon aventure, de mon travail.
Mais ça c'est très important psychologiquement, de faire la part des
choses. et de ne pas s'identifier à son échec.
Mais d'ailleurs, je donnerais le même conseil dans le succès.
Oui, mais alors je trouve ça... Pardon, je t'attends, mais je trouve que c'est
quand même vachement plus facile à dire qu'à faire.
Enfin, dans le sens où... Bon, moi, par exemple, j'en ai conscience.
Mais dans les faits, je sais qu'à chaque fois que je vais rencontrer une forme d
'échec... C'est un désaveu total de ma personne.
Parfois, j'ai l'impression que c'est tellement lié à notre enfance, notre
éducation, notre moi, qu'en avoir conscience, ce n'est pas forcément
suffisant. Il y a un argument.
Il y a plusieurs façons d'y arriver. Mais je suis d'accord que c'est dur.
D'abord, il y a des thérapies pour ça, quand ça ne va pas bien.
Donc déjà, il y a des psys, des coachs, c'est leur métier. Là, je ne parle pas
de la psychanalyse, que par ailleurs, je défends beaucoup par ailleurs, mais là,
je ne parle pas de ça.
Je parle plutôt d'une méthode de thérapie brève, un peu
comportementaliste, où en fait, c'est carrément fait pour ça.
Ensuite, il y a une méthode philosophique plus l'artillerie lourde.
Et ça marche parfois, moi, je l'ai déjà fait avec des élèves, et ça a bien
marché. C'est que quand l'élève se sent nul, parce que c'est ça que tu évoques,
quand la personne se sent nulle, il faut lui expliquer qu'en fait...
Elle n'existe pas en tant que personne.
C'est-à-dire que quand on se sent nul, on a l'impression qu'on a une essence en
soi, sa vérité propre, son noyau, on pourrait dire, son noyau, sa monade
intérieure, qui est entachée de nullité.
Mais alors, il y a une artillerie lourde en philo, c'est de dire avec Sartre ou d
'autres, en fait, il n'y a pas de noyau, il n'y a pas d'essence. C'est un leurre.
Il y a juste plein de choses différentes en soi, des talents, des facultés, des
dimensions, des...
Mais il n'y a pas, quand tu te vois dans la glace le matin, tu ne vois pas ton
essence. Donc comment elle pourrait être entachée à une nullité si elle n'existe
pas ? Et là, il faut faire un petit peu de philo.
Là, on n'a pas le temps tout de suite dans ce podcast, mais il faudrait
prendre juste 40 minutes.
Et en 40 minutes, on peut expliquer à cette personne qu'elle ne peut pas être
nulle parce qu'elle n'est pas.
Elle ne fait que devenir, c'est-à-dire changer, s'amender, se rectifier,
rebondir, bifurquer.
Et du coup, elle ne peut pas être nulle. Et dans ce cas-là...
Il peut y avoir un déclic mental où je me dis, oui, en fait, c'est vrai.
OK, là, j'ai raté.
Mais si ça se trouve, ce ratage va me faire faire des choses que je n'aurais
jamais envisagées et qui vont être le lieu de mon succès. Et ça, c'est un
travail, franchement, qu'on fait assez facilement.
Et puis, j'ai un troisième conseil.
C'est quand même de se dire que c'est ultra, au fond, arrogant.
D'avoir attendu quelque chose comme si on aurait mérité... On peut juste avoir
un peu d'humilité et tout le monde se plante tout le temps. Tout le monde se
plante tout le temps.
Quand on écrit des livres, on le sait, j'ai écrit pas mal de livres qui ont été
des énormes bides.
Personne ne les a lus, il n'y a pas eu de critique.
Parfois, j'ai bossé deux ans sur un livre qui a été un fiasco.
Pas de traduction, pas de lecteur français, presque pas de presse.
En fait, c'est normal dans une vie d'auteur. Moi, maintenant, j'écris 15
livres. C'est normal qu'ils ne marchent pas tous.
Et parfois, ce n'est pas qu'ils sont mauvais.
C'est juste qu'il y a plein de paramètres.
Il y a le hasard, la rencontre du public, le moment, le Covid.
Donc, c'est quand même très arrogant de mal le prendre.
Parce que ça veut dire qu'implicitement, on se dit en fait, tout dépend de moi.
Donc voilà, soyons un peu stoïciens.
Il y a des choses qui dépendent de moi.
Faire au mieux.
Et puis, il y a plein de choses qui ne dépendent pas de moi.
Et parfois, l'échec ne dépend pas de moi.
Alors là, je vais aussi poser... C'est aussi important de se dire, parce que ce
qui fait mal, c'est de se dire que c'est injuste.
Ça aussi, ça fait mal. C'est injuste, j'ai bossé, et puis lui, il est nul, il
a réussi, et moi, j'ai bossé. C'est injuste. Alors ça, c'est un autre
problème qui est très important.
C'est qu'en fait, la vie est injuste. Le réel est injuste.
Cette idée de la justice, c'est un fantasme humain qui tombe de nez.
On sait à peu près d'où, mais peu importe.
Et ça fait vachement de bien de se dire, en fait, OK, je me suis planté, c'est
désagréable, mais je ne vais pas en plus ajouter le sentiment de l'injustice à l
'échec. Il faut déjà que je mange et que je me prenne en pleine face.
Et ça, c'est très beau. Et ça, ça donne des ailes aux gens, j'ai remarqué.
En fait, mais arrête de réclamer une justice. Il n'y a pas de justice.
C'est comme ça. En fait, il y a des gens, ils vont avoir un cancer très
jeune, alors qu'ils n'ont pas fumé. D'autres vont fumer toute leur vie et ne
jamais avoir de cancer du poumon.
Pourquoi veux-tu que le réel soit juste ? Et ça, ça peut faire du bien.
Parce que la personne qui entend ça, elle se dit, mais ouais, en fait, c'est
vrai. Je vais arrêter de pleurnicher et je vais aller de l'avant et je vais
passer à autre chose, en fait.
C'est vrai.
Je t'ai interrompu, excuse-moi. Ah non, mais il n'y a pas de souci. J'arrive à
garder en tête ce que je voulais aborder. Il y a deux sujets.
Ce que tu dis, le côté tout dépend de moi.
Je pense qu'on est peut-être plusieurs dans ce cas. En tout cas, je sais que c
'est mon cas.
À, en effet, avoir ce sentiment que si je le fais assez, ça peut advenir.
Et que du coup, si ça n'advient pas, c'est que c'est de ma responsabilité.
Et est-ce que...
Toi, tu as peut-être déjà été comme ça. Quel conseil tu aurais à donner ? Je ne
sais pas s'il y a aussi peut-être des concepts philosophiques pour relâcher un
peu ce besoin de contrôle qui ne sert franchement personne.
Dans mon dernier livre, j'ai un chapitre entier là-dessus.
C'est le livre sur la rencontre et c'est la deuxième partie où je donne une sorte
de méthode.
Et dans cette méthode, il y a exactement la réponse à cette question.
C'est-à-dire qu'il faut être capable de vouloir, d'avoir des efforts insistants
en vue d'un but, mais d'avoir un relâchement.
Une fois qu'on a fait l'effort, et c'est très compliqué, parce que soit on est
volontariste et on veut, et quand tu veux, tu peux, soit on fait du lâcher
-prise, on attend, on est zen. En fait, on n'arrive pas à comprendre aux
occidentaux qu'on peut faire les deux en même temps.
C'est-à-dire, pour essayer de résumer, mais franchement, il faut lire ce
chapitre du livre parce qu'il raconte exactement ça.
Mais si j'essaie de résumer, c'est comme quelqu'un qui bosse à fond et qui dit,
mais au fond, je m'en fous.
Est-ce que de dire au fond, je m'en fous,
Ça empêche de bosser à fond ? Non.
C'est une sagesse intérieure qui fait que j'ai un partiel, j'ai un rendez
-vous, et que je suis capable de mettre l'ensemble de mes forces dans la
direction de ce but, tout en sachant qu'il y a autre chose dans la vie, que
finalement, il n'y a pas mort d'homme, et qu'il y a surtout des choses plus
intéressantes. Ça, c'est un exemple, c'est ce que j'appelle la volonté
relâchée, ou le relâchement volontaire.
Et ça veut dire aussi que je peux viser avec volonté.
et me dire, quand j'ai fait mon maximum, je me mets en état de disponibilité par
rapport à ce qui peut advenir, mais qui n'est pas ce que je recherchais.
Parce que bien souvent, les choses qu'on réussit, elles ne viennent pas de l
'effort insistant de notre volonté en vue d'un but, elles viennent du fait qu
'on a su saisir une opportunité qui n'était pas prévue et qui a pointé son
nez comme ça par hasard.
Mais le problème, c'est que si on est trop volontariste, on ne la verra pas.
Si on est trop focalisé sur l'objectif, sur le target, on ne verra même pas l
'occasion qui se présente.
C'est comme, il y a plein de situations où en fait, de trop viser le but fait qu
'on n'est pas disponible à ce qui nous permettrait d'atteindre d'autres buts.
Et ça, c'est ce que j'appelle dans ce livre la disponibilité, et ça se
travaille. La chance, on va la chercher par un effort de la volonté, mais on ne
fait que la provoquer, et après on glisse comme ça, on switch d'état, et on
se met dans un état de disponibilité par rapport à l'imprévu.
Ça veut dire aussi savoir qu'on ne peut pas tout prévoir, mais ça n'empêche pas
de prévoir le maximum.
Simplement, il y a deux façons de prévoir au maximum.
Soit je prévois au maximum en m'illusionnant et en pensant que tout
est prévisible, soit je prévois au maximum tout en sachant qu'il y aura de
l'imprévu.
Ce n'est pas du tout contradictoire, c'est même l'intelligence minimale de se
dire, voilà, j'anticipe, mais je sais qu'il y aura de l'imprévu.
Je crois que ça, c'est une bonne attitude.
Pour être honnête, dans mon livre, j'ai essayé de trouver un concept et de l
'inventer, et je ne l'ai pas trouvé.
Je voulais trouver ce néologisme.
J'ai cherché des mois, j'en ai parlé à tout le monde, et je n'ai pas trouvé.
Donc si vous lisez le livre, il manque... Le mot derrière ça. Il manque
le mot. J'avais pensé à volonté flex... Volonté flexible.
Tout ce truc-là.
J'ai pas trouvé, ça m'énerve encore.
Je comprends, parce que moi, je cherche désespérément une traduction au terme
empowerment. Parce que j'écris aussi un livre sur l'empowerment des femmes.
Non, pas encore.
Je suis en fin de rédaction, mais alors, je te comprends vachement sur le côté
aimer écrire à la campagne, à Paris, c'est très difficile.
Mais j'en ai parlé à ma communauté, il y a eu des empuissancements et tout,
mais...
Voilà, il n'y a pas de... Parfois, ça ne vient pas. Mais bon, c'est peut-être ça
aussi à l'accepter. Déjà, il est moche en anglais, je trouve. Alors, en
français, c'est pire. Oui, mais je trouve qu'en anglais, il est
significatif. Disons qu'on le comprend. On comprend ce qu'il dit et il n'y a pas
de malentendu. Mais voilà, en puissancement, pas du tout. En
puissancement, avec l'allitération S, il faut éviter. Mais donc, bon, la question
est ouverte. S'il y a des personnes qui écoutent ce podcast et qui trouvent,
après la lecture de ton livre, un nom, ils t'enverront un mail.
Je vais faire un brief plus précis.
Alors, fais un brief. Vas-y, passe ton annonce.
Vous lisez La rencontre, une philosophie, le chapitre 2.
Et vous me trouvez le concept que je n'ai pas trouvé.
Vous me l'envoyez sur Instagram et je vous offrirai quelque chose en retour.
Je ne sais pas quoi, mais je le trouverai. Je paierai ma dette.
C'est lancé. Par rapport à tout ce que tu viens de dire que je trouve
passionnant et qui, je pense, s'applique à la majorité d'entre nous, je ne sais
pas pourquoi, j'ai automatiquement pensé aux sportifs de haut niveau.
Va dire aux sportifs de haut niveau, donne-toi à fond. Par contre, le
résultat, écoute...
C'est un bonus.
Ce n'est pas ça que je dis.
Je ne dis pas que le résultat est un bonus. Le résultat, on le vise.
Mais si, il y a plein de sportifs qui comprennent.
Tu te donnes à fond, mais tu peux avoir des points d'ancrage dans le réel qui ne
sont pas que ta volonté.
Par exemple, ça reviendrait à dire à un champion de tennis, pour le money time,
le moment hyper dur, c'est là où les Français sont mauvais, en fait, tu veux
gagner, tu veux gagner, mais quand tu as une balle de match contre la Federer...
si tu veux gagner trop fort, ça ne suffira pas. Parce que lui, il va
hausser son niveau de jeu à ce moment-là.
Lui, il a l'avantage psychologique, parce qu'il t'a déjà battu 12 fois sur
13. Donc si tu veux juste le battre, tu as tellement de pression, parce que tu
es à un point du Graal, et lui, il va tellement hausser son niveau de jeu
maintenant, et c'est ce qu'il sait faire, que tu n'as aucune chance de
gagner le point si tu es juste en train de vouloir gagner.
Du coup, il faut décaler le truc. En disant, par exemple, tu vas essayer de
faire le point le plus beau.
Pas nécessairement pour gagner, Pour atteindre une forme d'esthétique. Ou
alors, tu vas t'accrocher à la sensation, à la sensualité.
Qu'est-ce que ça... Te concentrer sur les cordes qui frottent là-bas.
Comme ça, on ne pense pas simplement à vouloir gagner.
Et d'ailleurs, c'est une méthode qui a été inaugurée, enfin, pas inaugurée, qui
a été vulgarisée par Agassi, dans son livre Open, où il raconte qu'en fait,
Agassi, il avait les cheveux longs, blonds, décolorés, mais en fait, c'était
une perruque.
Personne ne le savait.
Et elle tenait très bien, parce qu'il était chauve.
Et il raconte que sa manière de se détendre, de déplacer l'attention dans
les balles de match, c'est de se concentrer sur sa perruque en disant «
je vais perdre ma perruque ». Comme ça, il ne pensait pas au schéma de jeu et
jouait hyper relâché. Et en effet, Agassi, il était hallucinant sur les
balles de match.
Il faisait des coups de génie, comme un mec qui s'entraîne et qui n'a pas
compris que c'est la balle de match. Parce qu'en fait, il pensait à sa
perruque. Donc c'est exactement la méthode que j'évoque.
C'est-à-dire qu'évidemment qu'il a envie de gagner, il construit toute sa vie
pour gagner.
Mais ça n'empêche pas.
de trouver des points comme ça de relâchement intérieur.
Soit en pensant à une belle nuit d'amour qu'on a eue il n'y a pas longtemps, soit
en pensant au bruit de la balle, soit en pensant à la beauté, soit en pensant
aussi à des choses tristes éventuellement. On a pu perdre quelqu'un
qu'on aime et je ne suis pas sûr que ça fasse déjouer.
Mais en tout cas, je comprends ton soupçon puisque j'ai bossé un peu avec
la Fédération française de tennis et ils n'ont pas du tout accepté d'aller dans
ce sens.
C'est un peu la mentalité dont on peut parler. Je trouve que c'est intéressant
parce que c'est un programme de société que j'aborde dans certains de mes
podcasts, mais les invités ne sont pas forcément aussi experts que toi en la
matière, qui est la hustle culture.
Désolée pour les anglicismes, mais là, pareil.
Tu vois pas le hustle culture ? La culture de la surproductivité dans
laquelle on vit carrément. Je pense qu'il y a aussi ce côté où aujourd
'hui...
C'est même pas que les gens veulent gagner ou qu'ils sont blessés si jamais
ils échouent. C'est vraiment là-dessus qu'on fait reposer la valeur des gens.
Du coup, ça devient vraiment une espèce de sens de notre vie. Oui, mais en même
temps, dans la même époque, t'as des invitations au lâcher-prise, au
bouddhisme... Qui est un peu le contre-coup, en effet. Je pense qu'il
faudrait repenser la chose en disant qu'on n'est pas soit un bourrin
volontariste... soit un cliché qui veut tout lâcher et qui veut juste accueillir
l'instant présent en lisant ce pitoyable livre, Le pouvoir du moment présent, qui
est un livre dont je n'aurais pas bien à comprendre le succès, parce que quand je
le lis, j'y essaye à chaque fois, je ne vois rien dedans.
Si on peut en parler un petit peu, parce que moi je suis en pleine réflexion par
rapport à ça, parce que d'un côté j'aspire à être plus dans le moment
présent, d'un autre côté, tu connais Fabrice Mital j'imagine, lui il dit c
'est une aberration, on s'en fout du moment présent, en soi on peut très bien
être heureux en pensant au passé ou à l'avenir, et du coup depuis qu'il m'a
dit ça, je réfléchis un peu à la chose, et je me dis bon, il n'y a pas de
vérité, il n'y a que des réflexions, mais ton avis là-dessus m'intéresse,
pourquoi on est autant invité à être dans le moment présent aujourd'hui ?
C'est une très bonne question.
D'abord, je comprends très bien ce que beaucoup de monde trouve dans cette idée
et dans les livres des cartes tollées.
J'ai parlé un peu rapidement tout à l'heure.
C'est vrai que quand tu as beaucoup souffert, que tu as un trauma, par
exemple, que tu es hanté par des blessures du passé ou des injustices, qu
'un livre puisse t'aider à être dans le moment présent, donc à être un peu
libéré de la morsure du passé et de la douleur, évidemment, je trouve ça très
bien. Ça, c'est un petit bémol.
Au fond, ce que je pense en tant que philosophe, c'est qu'il n'y a pas de pur
présent.
Parce que par exemple, la perception au présent, le verre que je perçois au
présent, la couleur que je vois là, les couleurs, toutes ces formes que je vois
sur ces tableaux, ce siège un peu 76 en fait, cette perception, elle est
complètement conditionnée par mes souvenirs.
Elle se fait sur un lit de souvenirs. Donc même ma perception sensuelle du
présent, là j'ai parlé de ce que je vois.
Du bois que je touche, mais c'est à force riveré. Par exemple, quand on
touche quelqu'un, quand on caresse quelqu'un, quand on fait l'amour, quand
on boit du vin.
En fait, il n'y a pas de pur présent.
Tout ça n'existe que parce qu'il y a une histoire de la sensibilité, une
éducation de la sensibilité, plein de souvenirs.
Il y a une très belle phrase de Bergson qui dit « Il n'y a pas de perception qui
ne soit imprégnée de souvenirs. » Donc déjà, le passé est dans le présent.
Et ensuite, on est bien sûr en train de penser à l'avenir.
Ça ne veut pas dire qu'il n'y ait pas des moments un peu de grâce comme ça. On
est très présent quand on est avec quelqu'un, quand on parle, quand on
contemple la beauté, quand on est en train de nager dans la mer. Évidemment
qu'il y en a.
Mais pourquoi penser que cette pleine présence exigerait qu'il n'y ait
pas de passé et pas d'avenir ? On peut par exemple être dans une belle présence
et puis soudain on a des images du passé qui reviennent, puis elles s'en vont et
on reste présent.
Ou même on a un peu un retour à la présence qui est intensifié parce qu'on
s'est un peu éloigné dans le passé.
Ou alors on peut être très bien avec quelqu'un et puis en fait, il y a un
moment, on pense à ce qu'on va faire plus tard.
Et ça nous divertit.
Et puis l'instant d'après, on revient.
Notre époque a l'air de dire que c'est pas bien, il faudrait être complètement
concentré. Il y a des gens qui vous obligent à la regarder dans les yeux
sans bouger. Et c'est un peu flippant. On a le droit de flotter un petit peu.
C'est pas grave.
Je pense qu'il n'y a pas de présence humaine.
qui ne soit pas comme ça traversée par un peu d'absence, de passé, de futur.
Mais c'est ça la vie, on n'est pas des animaux en fait. Je pense que l'animal,
lui, il est plus au présent.
Oui, c'est ça. Mais encore une fois, je trouve qu'une vraie vie humaine, c'est
une vie dans laquelle s'articule le passé, présent, avenir, avec beaucoup de
mémoire, beaucoup de souvenirs, beaucoup de projets, d'anticipation.
Mais qu'il faut des instants rares, comme des parenthèses dans ce texte, et
des instants rares de pleine présence, évidemment.
Mais il ne faut pas en faire une éthique de vie. Il ne faut pas en faire un but
de vie.
De toute façon, il y a des moments où la vie nous cueille. Et voilà, on est pris,
on est attrapé par la vie, on est au présent.
Quand une musique nous plaît, quand il y a une scène de film incroyable, quand on
a un élan d'amour pour quelqu'un qui est en face de soi, la vie suffit.
On n'a pas besoin d'écrire des livres et de faire des séances de méditation pour
apprendre à être présent. Je trouve ça grotesque, en fait.
Je pense que c'est... Enfin, j'entends totalement ce que tu dis. Ça va aussi,
je pense, décomplexer pas mal de personnes.
Mais je pense que c'est peut-être nécessaire qu'il y ait ce contre-coup
parce que c'est vrai que moi, je vois quand même des personnes autour de moi
se perdre, être happées par l'après, le... Enfin, tu vois, il y a un peu ce
toujours plus. En fait, après quoi les gens courent ? Il y a un côté où il faut
qu'ils se posent la question, à mon avis, de... Je suis d'accord avec toi.
C'est-à-dire qu'à partir du moment où on est dans la représentation, dans l
'obsession du futur, dans la hâte, dans l'impatience, on a besoin de ça, je suis
d'accord.
Moi, je suis pour, évidemment, la méditation, le yoga, évidemment. Mais il
n'y a pas besoin de faire des tonnes pour expliquer que le moment présent
existe. C'est presque ridicule, en fait. C'est juste ça que je veux dire.
Et puis, il suffit d'être un peu attentif.
Si tu prends un verre avec des gens que tu aimes bien, arrête de regarder tes
mails et tes notifications tout le temps.
Effectivement, c'est un bon conseil, mais est-ce qu'il y a besoin d'en parler
des heures ? L'attention à l'autre, l'attention à ce qui est beau dans la
vie, même si on a un animal, d'être un peu présent, de regarder l'animal qui
est chez soi, de regarder le ciel.
C'est ça, le présent. Mais la vie nous offre plein de moments de présent. Et
ils sont très beaux, évidemment.
Mais simplement...
Même s'ils sont importants, s'ils nous nourrissent, parfois ils nous sauvent de
la souffrance et, comme tu l'as dit, de trop d'affairements.
Pour autant, une vraie vie humaine, ce n'est pas ça.
Ça, c'est juste des parenthèses. Une vraie vie humaine, c'est une vie où les
hommes civilisés que nous sommes avons de la mémoire et essayons d'inventer un
avenir et de faire un monde meilleur pour demain en essayant de métamorphoser
tout ce dont nous héritons en une force de créativité pour l'avenir.
Nous existons dans le temps, nous sommes des animaux historiques. Et c'est ça
notre grandeur.
Alors ça va être très... On va passer du coq à l'âne.
Mais tu parles de justement cet avenir et le côté qu'on peut utiliser la
créativité du passé pour l'avenir.
Je me rends compte qu'aujourd'hui, ce qui bloque pas mal de gens dans le fait
d'essayer d'oser, de peut-être construire ce monde de demain, c'est de
se détacher du regard des autres.
Je crois que tu en parles, je ne sais pas si c'est dans les vertus de l'échec,
mais il me semble avoir lu pas mal des articles que tu as écrits à ce sujet.
Quel conseil tu donnerais aux personnes qui ont ces idées, qui ont ces envies,
mais qui sont un peu pétries par le côté, ouais, mais qu'est-ce que les gens
vont penser de ce que je vais faire ? Je crois que c'est un sujet important que
toi, tu développes aussi beaucoup sur ton Insta, avec tes habits notamment.
C'est ça l'idée.
Alors, entre autres, mais le côté, dans tous les cas, on va être jugé pour ce qu
'on fait, donc autant faire ce qu'on veut. C'est vrai que là, toi, tu es
habillé en jaune et vert.
J'aurais dit orange, mais il y a la table, avec des bagues oranges et tout.
Et c'est vrai que, par exemple, peu de personnes s'habillent comme ça.
C'est d'ailleurs, à Londres, plein de gens s'habillent comme ça. Mais c'est
vrai qu'en France, c'est beaucoup plus normé.
Donc, j'imagine que c'est un truc qui te parle aussi, que tu travailles ça.
Et je trouve ça très bien.
Mais moi, ce qui me gêne, c'est que, paradoxalement, je pense que le regard
des autres est vraiment important et qu'on ne peut pas vivre sans.
Simplement, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il ne te dit pas la vérité.
Mais il te dit une information très importante.
Et donc, ça c'est toute la philosophie Hegelienne, Sartreienne que j'évoquais
tout à l'heure, on ne peut pas se dire je me fiche de ce que les autres
pensent. Complètement.
Parce que ce n'est pas possible, l'être humain...
se regardent tout le temps dans le miroir des yeux des autres, cherchent la
reconnaissance. Hegel disait que c'est le désir humain le plus important, le
plus naturel, le plus primordial.
Alors comment on fait ? Eh bien, Sartre nous a donné quelque chose de
magnifique. Il a dit, voilà, le regard des autres te renvoie des informations
importantes pour construire ta liberté, mais tu dois savoir qu'en même temps,
ils t'aliènent, te réduisent, te diminuent.
Mais si tu le sais, tu peux...
T'en servir, en quelque sorte.
Donc moi j'aime bien cette idée.
Et puis je pense qu'il y a aussi chez l'animal humain un narcissisme
primordial dont on ne pourra jamais se défaire complètement.
Donc si toi tu me dis j'en ai rien à faire de ce que pensent les autres, en
fait je ne le crois pas. Je pense que ce n'est pas vrai.
En revanche, que tu aies de la liberté par rapport à ça, ça oui.
Que tu ne détermines pas tes choix vestimentaires ou de vie ou de façon de
parler par ça, oui.
Mais que tu n'en aies rien à faire, non.
Et donc ça veut dire qu'on doit penser qu'on se construit dans l
'intersubjectivité, que c'est normal d'avoir envie de plaire, mais qu'il faut
que ce soit le lieu d'une invention de soi et pas d'un enfermement.
Alors évidemment, quand on est jeune, ado, qu'il y a le poids du conformisme,
les réseaux sociaux, etc., c'est un enfer, évidemment. Dans ce cas, il faut
avoir un propos plus simple par rapport aux gens de 15-16 ans. Il faut plutôt
leur dire, cherche à ce qui, toi, te plaît.
cherche là où toi tu te retrouves, comment tu te sens beau, belle, et après
tu verras le regard des autres.
C'est tellement conditionné par ce qu'il voit, ce qu'il dit.
Il faut quand même accepter qu'à chaque âge, il y a une forme de sagesse
différente. Je veux dire, l'adolescent, il est conformiste.
Pour plein de raisons. On ne va pas le changer.
Donc, il faut avoir un discours un peu adapté. Avec un ado, on va dire, ok,
vous allez tous avoir le même sac, la même rentrée, le même suite, ok,
maintenant, sache que c'est un peu bête, que c'est un troupeau, et essaye de t
'inventer. Mais par contre, quand on parle à quelqu'un qui a 21 ans, 22 ans,
et a fortiori 30 ans, là, c'est différent.
Là, il faut essayer de tenir les deux maillons de la chaîne.
Un maillon qui est de dire, en fait, ce qui va me rendre heureux, et ce qui va
me donner une belle vie, c'est ma singularité, que j'ose ma singularité,
que je l'invente,
Mais je crois que c'est une erreur d'un romantisme un peu immature de se dire,
je m'en fiche de ce que les autres pensent.
Ça, c'est ce que disaient les romantiques.
Ils disaient, moi, ce qui compte, c'est l'intériorité.
Ce que vous voyez, ça ne compte pas. Mais dans ce cas, par exemple, si on est
un artiste, c'est un problème.
Parce que si je suis un artiste et que je dis à mes parents, j'arrête les
études parce que je suis un artiste, mais que je ne fais pas d'œuvres, que je
ne les montre pas, que je n'ai pas de public, que je n'ai pas de spectateur,
que je ne fais pas de vernissage, que je n'ai pas de galeriste, en fait, je ne
suis pas un artiste.
Donc il y a bien un moment...
où j'ai besoin de l'objectivité de ce que les autres vont me renvoyer. D
'ailleurs, c'est marrant que tu dises ça.
On a quand même commencé l'entretien.
Moi, j'ai expliqué que finalement, je suis allé dans une direction...
en prenant appui sur ce que les autres me renvoyaient, le regard des autres.
Oui, ce qui, dans ton cas, a super bien marché, mais parfois, je trouve que ça
peut être un piège, notamment si c'est la pression de la famille.
Moi, on m'a répété, je te ferai grave avocate.
Je ne suis pas sûre du tout que je sois faite pour le droit.
C'est aussi savoir faire la différence entre ce que les autres projettent sur
nous et pensent qu'on est compétent et épanoui et ce qui nous parle.
Je suis entièrement d'accord.
Mais cette invitation que tu exprimes, à t'écouter, elle ne se fait pas toute
seule.
Tu ne peux pas bien t'écouter si tu ne parles pas à quelqu'un, par exemple. C
'est pour ça qu'il y a des psychanalystes, ou des amis, ou des
coachs. Donc là encore, évidemment qu'il faut t'écouter, ne pas suivre, ne pas te
plier à ce qu'on veut que tu deviennes. Oui, mais ça ne se fait pas dans la
solitude. Ça ne se fait pas dans l'introspection.
Ça se fait, encore une fois, c'est le thèse de mon dernier livre, dans la
rencontre du monde, dans la rencontre des autres, mais des bons autres.
Pas les autres qui veulent vouloir te fondre dans le troupeau, mais ceux qui
vont t'écouter et avec lesquels tu vas avoir un bon brainstorming, un bon
échange, une bonne maïotique.
Et souvent, on découvre son vrai désir en parlant à quelqu'un.
Moi, par exemple, les livres que j'ai faits qui ont été les plus fidèles à ce
que je suis, en fait, l'idée est venue en parlant à mon éditeur qui est mon
meilleur ami.
Mais je n'étais pas tout seul.
Du coup, c'est compliqué.
Il ne faut pas être caricatural.
Ce n'est pas parce qu'il y a un danger de la pression sociale conformiste, qu
'il faut tomber dans l'excès inverse.
Seul moi, je sais, tout seul. De toute façon, ça serait purement égoïste aussi.
C'est vrai que l'idée, c'est plus de prendre du recul dans une société où l
'excès est inverse.
On se soucie trop de ce que les gens pensent.
Justement, pour prendre du recul, je crois, c'est très bien dit ce que tu
dis, qu'il faut se détourner.
un peu des groupes comme ça, un peu grégaire, des bulles d'entre-soi, pour
aller vers les bons autres.
C'est-à-dire, peut-être un parent, si tu as une belle relation avec lui, un psy,
un ami ou une amie qui va te parler un peu vrai, cash, qui va s'intéresser à
ton talent et pas simplement à ce que lui peut en retirer. Donc voilà, allez
voir les bons autres.
Et se détourner des mauvais autres. Ça, c'est un petit conseil, je trouve.
Et peut-être se poser la question, en fait.
C'est un peu se détacher. J'en parle aussi de se détacher des personnes
toxiques, mais qui sont parfois dures à identifier.
Mais bon, c'est savoir, au final, si cette personne veut votre bien-être,
votre bonheur ou pas.
Si on est honnête avec soi-même, généralement, on s'en rend compte. Oui,
c'est pas... Alors, c'est dur à identifier quand on est en plein dans
une relation toxique, évidemment.
Mais comme je l'explique dans le livre sur la rencontre, parce qu'il y a plein
de rencontres toxiques quand on est dans le sujet.
Il y a quand même des signes assez clairs.
Ah bah si tu peux les partager.
Quand tu ne vois plus tes amis, quand cette personne,
comme par hasard, va toujours dans le sens où elle te coupe de tes amis, quand
tu as moins de joie de vivre, quand tu arrêtes de faire des activités qui avant
t'apportaient du plaisir, quand la personne te dévalorise.
Quand tu ne te sens pas beau ou belle dans ses yeux, donc c'est les cinq
points là.
Si ces cinq points sont réunis, je crois qu'on peut être clair, il faut se
casser. Il faut casser la relation et se casser.
Donc finalement, c'est assez objectif.
Et ça, c'est aussi le critère Hegelien.
Quand on est Hegelien, on pense que les choses manifestent des effets qui sont
objectivement faciles à lire.
Donc du coup, une belle rencontre, ça se voit au sens Hegelien.
Parce que ça agrandit ta puissance d'exister, ça agrandit ton rapport au
monde et ta joie de vivre.
Et une rencontre toxique, ça se voit aussi parce que tu es coupé de tes
amitiés, de tes goûts, de ton plaisir, de ta joie de vivre.
Et donc finalement, tout ça n'est pas romantique. Le romantique, c'est l
'intériorité. Là, on va regarder ce qui se passe et ce qu'une rencontre, ce qu
'une relation produit comme effet palpable, mesurable, observable dans le
réel. Et là, la personne va dire, je sais, on dirait ça.
Mais en fait, je suis heureuse. Bah non, en fait.
Si concrètement, tu ne fais plus les choses qui te rendaient heureuse, si
concrètement, tu ne vois plus les gens qui te rendaient heureux, si
concrètement, tu as des symptômes physiques, en fait,
c'est objectif, finalement.
C'est vrai. Et c'est parfois plus facile de regarder ces signes-là que de s
'écouter soi, parce qu'on n'est pas objectif forcément avec soi-même quand c
'est quelqu'un qu'on aime.
Je me demande...
de toutes ces années de philosophie, d'apprentissage que tu as vécues, quelle
a été, c'est peut-être assez ambitieux comme question, mais le plus grand
enseignement que tu en as retiré, que tu aimerais partager aux personnes qui nous
écoutent, que tu aurais peut-être aimé réaliser plus tôt ou en prendre
conscience plus tôt ? C'est une super question.
Si, c'est marrant parce que je n'avais jamais pensé à ça comme ça, mais je
pense que le plus bel enseignement, en fait, je l'ai tout de suite compris.
c'est que ça met en joie de penser.
En fait, c'est ça l'enseignement. Ce n'est pas tellement sur un sujet précis,
c'est juste qu'en fait, le simple fait de penser, de réfléchir, et donc d'avoir
un esprit critique, un esprit libre, est une incroyable source de joie. Je crois
que c'est ça qui se dégage. Et en fait, ça, je l'ai découvert en terminale, avec
ce prof qui m'a mis des claques, parce qu'il m'a renvoyé mon milieu social, il
m'a renvoyé à ce que j'étais, je me suis pris une claque.
Et en fait, j'ai découvert que comme ça, quand on réfléchit, on fait des
objections, on lit, on se pose des questions, en fait, c'est juste pas que
cérébral. On est vivant, on est vivant dans son corps, on a plus de joie de
vivre. C'est ça, l'enseignement, en fait.
Et d'ailleurs, c'est ça que j'ai essayé de faire en tant que prof de philo.
Donc j'ai arrêté, mais je vais reprendre. J'ai arrêté pour me mettre en
disponibilité pour écrire le livre sur la rencontre, mais j'adore trop ce
métier, je vais le reprendre.
Et c'est ça que j'ai adoré transmettre aussi.
Et d'ailleurs, c'est pour ça que ça m'énerve un peu.
L'époque réduit la philosophie à la quête de sens. On a besoin de sens, de
sens, comme si le sens était un petit cadeau dans un paquet.
Pour moi, non, on a surtout besoin de l'excitation intellectuelle.
Et parfois, on réfléchit, on est excité, on est ensemble, on s'éclate, et puis on
ne trouve pas de réponse.
Donc il n'y a pas vraiment de sens.
Par exemple, il y a des questions qui sont spirituelles, religieuses,
mystiques, métaphysiques, un peu sans réponse.
C'est dur de dire, voilà, le sens, c'est ça.
En revanche, de dire qu'on a été bien vivants quand on a réfléchi ensemble,
ça, ça se partage, et ça, j'ai envie de le transmettre.
Je suis totalement d'accord avec toi, et c'est un sentiment que je ressens
particulièrement, surtout après avoir écrit mon livre.
Ah, il est fini, donc ? Presque.
Je me dis que si je le dis, ça adviendra.
Mais j'ai quand même l'impression, pour avoir remis en question pas mal de
choses, dont les privilèges,
que ça reste un privilège. Alors...
C'est comme ça. Bon, réfléchir, c'est bien sûr à la portée de tous, mais c'est
quand même vachement propre à un certain milieu social.
Comment est-ce que tu penses qu'on peut essayer de démocratiser, si je puis
dire, ce bonheur et ce plaisir qui est la réflexion, l'esprit critique, quand,
en fait, déjà, il y a des personnes qui ont des préoccupations vachement plus
prioritaires, on va dire, et d'autre part, parce que peut-être ils n'ont pas
l'environnement qui va les initier, qui va les stimuler, à l'heure où Les
Marseillais fait plus d'audience qu'une émission sur la philosophie sur France
5. Il y a une tentation, c'est de faire de la philosophie sur les Marseillais,
mais il faut être motivé. Mais certains le font.
On peut peut-être lancer un concept.
Quand on est prof de philo au lycée, on voit bien qu'il faut
partir de la vie des gens.
Et à partir de là, monter en concept.
Et du coup, certains philosophes disent que c'est de la démagogie.
Moi, je ne suis pas d'accord.
Je pense qu'on est obligé de faire ça.
Du coup, la réponse à ta question, c'est qu'il y a quand même... L'enseignement
de la philo en France, c'est quand même pas rien au lycée. Même maintenant, avec
la nouvelle réforme, la philo s'en sort très bien.
Donc ça, c'est une réponse, parce qu'il y a quand même beaucoup de gens qui
arrivent jusque-là au lycée.
Après, on peut essayer de faire sortir la philosophie de l'université et de l
'amener partout, dans des festivals, dans des sketchs humoristiques, dans des
pièces de théâtre.
Dans la pièce de théâtre, tu me diras, ça ne touchera pas à ces milieux-là.
On peut aussi essayer d'écrire plus simplement, de façon accessible. Ça n
'empêche pas de dire des choses complexes, mais de les dire plus
simplement. Moi, j'essaye vraiment de faire ça.
On peut se méfier du jargon.
Je suis bien placé pour te répondre parce que certains de mes livres, alors
pas tous, certains sont écrits un peu de façon qui peut être un barrage pour
certaines personnes, mais d'autres, notamment le livre sur la confiance en
soi, je l'ai vraiment écrit dans ce sens.
Et je rencontre beaucoup de gens dans les signatures, tout ça.
qui me disent j'ai lu qu'un livre cette année, c'est celui-là.
Donc là, on est dans un peu la réponse à ta question.
Mais c'est vrai que quand on fait ça, c'est difficile de parler en même temps
à la personne urbaine qui a fait des sciences humaines et sociales et qui a
60 ans.
C'est vrai que c'est difficile dans le même livre.
Après,
il y a aussi les podcasts, figure-toi.
J'aime bien. Il y a plein de choses à tenter.
Et ensuite, là où ton objection pourrait se radicaliser, c'est de dire oui, mais
alors qu'est-ce qu'on fait ? Les milieux vraiment défavorisés, prolétaires,
ouvriers, les milieux dont parle Édouard Louis, par exemple, ou Didier Eribon.
Alors là, c'est sûr que la philosophie a toujours eu sur elle cette espèce d'épée
de Damoclès, d'un reproche d'être une philosophie pour privilégiés, pour
classe moyenne, soit pour la bourgeoisie, soit pour classe moyenne
aisée.
Il faut savoir que ça a souvent été faux dans l'histoire.
Moi et même Marx, on est quand même philosophes aussi.
Et puis, une réponse aussi, c'est de ne pas avoir de mépris pour le
développement personnel.
Beaucoup de philosophes, ils ont ce mépris. Ils disent, voilà, moi, je ne
fais pas de développement personnel.
Je ne donne pas de conseils de vie.
Alors moi, je ne suis pas comme ça. D'abord, mon podcast s'appelle
Philosophie pratique, par exemple, sur Spotify.
Et je pense qu'on peut rester philosophe, rigoureux, exigeant, enfin
vraiment philosophe, tout en ayant l'ambition d'aider les personnes à se
développer. Je trouve ça bien comme idée.
Du coup, moi je tente comme ça des énoncés qui sont le résultat d'approches
philosophiques, mais qui ressemblent parfois à des énoncés de développement
personnel. Donc je me retrouve, par exemple, sur la confiance, à avoir des
phrases comme des mantras ou des punchlines.
qui vont être les mêmes que vont donner, je ne sais pas, un coach américain qui n
'a pas de philo, qui fait surtout quand même de la muscu le matin, et qui va
être un peu, devenir un coach de vie, et va donner le même conseil que moi.
Par exemple, notamment sur la confiance, par exemple, il va dire entraîne-toi,
entraîne-toi, et tu ne sortiras de ta zone de confort qu'à la condition de t
'être entraîné, par exemple.
Et donc, à un moment, on se retrouve.
Sauf que, et je ne dis pas ça du tout, je ne dis ça pas du tout pour dire que
mon truc est mieux que ce que propose le coach américain, pas du tout. C'est
juste que c'est des chemins différents.
Mais moi, quand je donne ce conseil, sur le chemin, j'ai fait une philosophie de
l'expérience, une philosophie de l'entraînement, une philosophie de la
répétition. J'ai expliqué avec mille références pourquoi, par exemple
Deleuze, pourquoi la répétition est l'occasion de la sortie de la répétition
à force d'être répétée.
Mais finalement, on se retrouve sur le même conseil.
Et bien c'est très bien.
Simplement, il ne va pas être reçu par les mêmes personnes et pas au même
moment. Donc moi, je travaille main dans la main, d'un côté avec les grands
anciens de la philo, de l'autre côté avec le coach américain qui va dire,
venez avec Tony Robbins en l'occurrence, venez avec moi marcher sur les braises.
Moi, je suis pour le décloisonnement. J'aime bien traverser les champs.
D'abord, je n'ai pas beaucoup de surmoi.
Personne ne m'impressionne vraiment, donc ça aide.
C'est ce que me disent mes potes philosophes. On dirait que tu n'as pas
de surmoi en philo. C'est vrai que j'en ai plus en littérature.
Quand je pense à Proust ou à Emmanuel Carrière, je me sens tout petit.
Mais c'est vrai qu'en philosophie, j'ai moins de surmoi. J'ai l'impression qu'on
peut tout tenter.
Peut-être que la philosophie nous demande ça, d'avoir cette liberté.
Je crois que c'est aussi une réponse à ta question.
Je trouve que la philosophie ne prétend pas détenir la vérité. Elle invite juste
à se poser des questions. Alors que la littérature, c'est plus vraiment donner
sa vision à soi.
Enfin, je trouve que ça ouvre moins le champ des possibles que la philosophie.
Peut-être, oui, c'est vrai.
Comment est-ce que, justement, toi, tu te développes ? Tu parles de
développement personnel. Comment est-ce que tu continues à progresser ? Alors,
très bonne question, justement.
J'ai beaucoup de thérapie, quoi. De thérapie et de coach.
À l'instant T, alors c'est pas toujours comme ça.
J'en ai trois, donc c'est quand même beaucoup. Donc je continue à me
développer comme ça.
Je fais une psychanalyse depuis des années.
J'ai aussi un thérapeute comportementaliste pour d'autres choses
plus précises.
Et j'ai aussi un coach physique.
Donc, pour le coup, au moins, on comprendra que... Alors que souvent, ces
gens se font la guerre.
Il y a une guerre entre la psychanalyse freudienne, lacanienne et les thérapies
brèves. Moi, j'essaie de les synthétiser.
D'ailleurs, dans mon émission que j'ai faite sur France Inter cet été, j'ai
invité plusieurs fois... des gens, soit psychanalystes comme Cynthia Fleury,
soit psychothérapeutes comme Émilie Debeuil, qui à chaque fois militaient
pour une approche intégrative.
Donc pour te répondre, moi, je me développe comme ça.
Je me développe aussi beaucoup en étant très curieux par rapport à des œuvres d
'art nouvelles.
Et puis après, c'est la vie.
Mes enfants aussi m'obligent à comprendre souvent que je me suis
trompé, que j'ai été imparfait. J'en ai trois, donc ça aide beaucoup.
Et puis, les belles histoires d'amour, d'amitié. On n'arrête pas de se
développer. T'as même pas cité les livres.
Si, je t'ai dit, des belles découvertes.
D'oeuvres d'art, mais tout ce qui touche aux ressources.
C'est le bon moment de te demander si t'as une ressource en particulier à
conseiller aux personnes qui nous écoutent, si tu pouvais offrir un livre
ou une oeuvre d'art.
Très bonne idée.
En œuvre d'art, il y a une incroyable expo au musée Picasso sur le rapport
Picasso-Rodin.
Même sans être érudit, allez-y, c'est de la beauté.
Pourquoi ça peut aider ? Parce qu'on comprend que Picasso admirait Rodin et
que ça lui a donné des ailes.
Rien que ça, c'est un beau message.
Admirez autrui et vous vous développerez.
Le pouvoir de l'admiration, souvent aujourd'hui on croit que l'admiration c
'est, je suis tout petit, par rapport à la personne que j'admire, en fait pas du
tout, il faut admirer pour se développer.
Admirer, ne pas se comparer, moi c'est mon conseil. Exactement, ouais.
C'est exactement ça, je suis tout à fait d'accord.
Et puis peut-être un livre, un livre très drôle,
le livre de Florent Oiseau, Je vais m'y mettre.
Génial, Romain.
C'est quelqu'un qui n'arrive pas à s'y mettre, justement. Mais au moins, c'est
drôle et ça nous décomplexe.
Génial. Bon, on arrive aux questions de la fin. J'ai quelques petites dernières
questions pour toi.
J'ai envie de te demander si tu peux nous partager le meilleur conseil et le
pire conseil qu'on t'ait donné.
Ah oui.
Alors, le pire conseil, je m'en souviens très bien.
Je ne dis pas de qui il vient parce que ce n'est pas sympa.
Mais c'est dans ma famille.
C'est quelqu'un qui m'a dit, si tu veux réussir, il faut que tu visualises le
succès.
Et tout va bien se passer.
Et maintenant, ça ne se passe pas comme ça.
Et c'est quelqu'un qui était tellement dans l'auto-persuasion, un peu comme le
serpent et confiance dans Mowgli, je crois.
Peut-être, oui.
Alors pourtant, j'adore Disney, mais ce n'est pas grave.
Et moi, cette façon de s'auto-bourrer le crâne, de s'auto-persuader, seul avec
soi-même, pour moi, en tout cas pour moi, ça n'a pas du tout marché.
Pour moi, ce qui marche, c'est le contraire. Et là, on arrive à l'autre
conseil. C'est, tu sais quoi ? C'est pas en toi qu'il faut avoir confiance.
C'est en les autres.
C'est en la vie elle-même. C'est en la chance.
C'est en l'action.
Et confiance en tout ce qui n'est pas toi.
Et la confiance en toi viendra par surcroît.
Et finalement, j'ai fait un livre entier pour dire ça.
Mais c'est d'abord un conseil qu'on m'avait donné.
Et puis d'ailleurs, aussi un conseil qu'on m'a donné. On n'a jamais trop.
Que mon prof de philo m'a donné au lycée.
Il m'a dit, mais... C'est de ne pas être exhaustif.
Ça, c'est important.
scolairement, mais dans le reste de la vie, souvent, on veut être exhaustif.
Et on dit, mais je passerai le concours quand j'irai au bac philo, quand je
connaîtrai toutes les notions.
Mais non, on n'est jamais exhaustif.
Mieux vaut connaître peu de choses, mais très bien, que de vouloir être
exhaustif. Et d'ailleurs, souvent, ça nous empêche aussi d'avoir du plaisir
par rapport au goût musicaux, on veut tout connaître.
Mais moi, je pense que, voilà, quand on adore un livre, il vaut mieux le lire 30
fois que de lire 30 livres. De même quand on écoute un bon album.
C'est très vrai.
Génial. Écoute, je vais pouvoir te poser la dernière question du podcast, la
question signature.
Ça signifie quoi pour toi, prendre le pouvoir de sa vie ? Ça signifie
avoir d'abord l'humilité de comprendre que tu es traversé par plein de choses
qui s'imposent à toi, que tu n'as pas choisi.
D'abord, prendre le pouvoir, c'est comprendre qu'on n'a pas beaucoup de
pouvoir. Mais sur cette base, inventer quelque chose de libre, original et
singulier.
mais sur la base, non pas d'un déni de tout ce qui entrave ta liberté.
Autrement dit, pour moi, prendre le pouvoir sur sa vie, c'est faire avec de
l'héritage quelque chose de neuf.
Super. Merci beaucoup Charles pour ce superbe échange philosophique. J
'aimerais en avoir plus souvent. J'écouterai ton podcast pour compenser.
Est-ce que pour les personnes qui nous écoutent, qui veulent en savoir plus sur
toi, sur tes ouvrages, tu peux nous dire où est-ce qu'on peut te contacter, te
retrouver, découvrir tout ça ? Par exemple, sur Instagram ?
je t'avoue que je ne sais plus je mettrais dans les notes du podcast je
suis assez nouveau sur Instagram mais quand même ça se développe et puis sur
le site je crois que j'ai un site à mon nom on retrouve mes livres et mes
publications aussi tous les lundis au MK2 Odeon à Paris conférence à 18h30
ouverte à tout le monde gratuite Non payante.
Enfin, moins chère qu'une place de cinéma.
Mais il y a aussi des abonnements à l'année où ça revient à très peu cher la
conférence. Mais ça, c'est payant. Ou alors, gratuit, le podcast sur Spotify.
Tout à fait.
Génial. Je mettrai tout dans les notes pour qu'on puisse l'entrer facilement.
Et j'espère à très vite. A bientôt. Ciao.
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