All language subtitles for Monsieur Leguignon lampiste 1952

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Original subtitles

Amen.

La cause est en mode.

Jugement à huit ailes.

Juicier, appelez la personne.

Ministère public contre Le Guignol !

Vous vous appelez ? Le Guignon, Diogène et Mille Ernest, mon président.

Appelez-moi monsieur le président.

Non, monsieur mon président.

Qualité ? Oh, alors là, des tas de qualités.

Moi, je les ai toutes, les qualités. Non, je vous demande, quelle est votre

profession ? Ah, je suis lampiste, lampiste à la SNCF.

Je vois, Le Guignon, que vous avez déjà comparu plusieurs fois devant les

tribunaux, pour des délits minaires, mais enfin, dont la fréquence est

néanmoins regrettable.

Je suis une éternelle victime, monsieur mon président.

Oui, d'autre part, les renseignements de la police que j'ai là devant moi vous

représentent comme un individu frondeur, gicagné, mauvais coucher.

Ah, alors ça, ça dépend avec qui.

Le quignon, aujourd'hui, vous êtes poursuivi pour exoutrage, coup et

blessure à un agent de la force publique.

Expliquez-vous.

Voilà, mon président, tout ça, c'est un rapport que ma bergère voulait manger.

Non, non, non, votre bergère, quelle bergère ?

Ma bergère ? Ma femme, quand même, le guignan.

Elle voulait manger des harons.

Je ne vois pas de rapport.

Mais c'est pourtant bien simple, puisque les agents, ils étaient venus pour m

'expulser.

Je comprends de moins en moins.

Vous n'avez pas d'avocat pour vous assister ? J'ai eu.

Comment je sais pas, il n'est pas là.

Voulez-vous me permettre, M. le Président ? Le guignan a refusé d

'obtempérer un arrêté d'expulsion.

Sa maison se trouve dans l'axe d'une rue qui doit être prolongée en vertu d'une

déclaration d'utilité publique.

Tu as parlé d'une utilité publique, tu as filé ma crèche en l'air. Nous ne

sommes pas là pour discuter de plans d'urbanisme.

D'ailleurs, le guignon n'a pas été mis à la rue puisqu'il a été pourvu d'un autre

logement. Oh, tiens, parlons-en de son logement.

Une baraque en planche dans un terrain vide tout cabossé, entre l'usine à gaz

et le champ d'épandage. Vous parlez d'un port de mer, oui. Vous en auriez même

pas voulu pour effiler votre cochon, mon président.

Le guignon, je vous en prie.

Peut-être faut-il à M.

Le Guignon un palais digne des mille et une nuits, avec des jardins suspendus,

des pièces d'eau, des éléphants blancs et un harem. Un harem, dis-donc. Moi, je

dis un truc, c'est que je veux pas changer de poulailler, en fait, c'est

tout. Un harem. Je veux que j'en fasse un harem.

De la bergère, ça me se vit comme ça, moi. Le changer harem de côté.

Revenons à nous avant, ou plutôt à ceux de Le Guignon. Eh bien, Le Guignon,

comme il le disait lui-même, a refusé de changer de poulailler, ça va ? Je veux

dire qu'il a refusé de changer de maison, ça va ? Et le commissaire de

police... accompagné de quelques agents, s'est rendu chez lui pour l'expulser. Je

ne vois toujours pas ce que vous faites.

Expliquez-vous le guignol.

Voilà, M. le Président.

Le commissaire arrive avec ses flics et me dit « Allez, où est cet ordre ? » À

la minute que j'y fais, permettez, le temps que je m'occupe de mes gendarmes,

que je les dérouille et je suis à vous.

Vous vous rendiez compte de ce que vous disiez ? Là, j'ai pas eu le temps.

Il y a deux coins, ils m'ont alpaillé, ils m'ont bousculé un peu, ils m'ont

filé le père Faitard dans la bassine.

Quelle bassine ? Celle où je dérouillais les gendarmes.

Elle était très grande, cette bassine.

C'était des petits gendarmes.

Des gendarmes, ça tienne la place.

Combien y avait-il de gendarmes dans cette bassine ? On en avait deux.

Même le Guignon et moi, on voulait s'en taper chacun un.

Je comprends que vous soyez accusés d'outrage à un représentant de la force

publique. Parce que j'ai voulu manger un harangue. Je vois pas où est l'outrage.

Tout s'explique.

Je vois où est l'outrage.

Vous avez traité un gendarme de harangue... Un harangue de gendarme...

La prochaine fois, venez avec un interprète. Avec un avocat.

Quoi qu'il en soit, le guignon a brutalisé un représentant de la force

publique.

Je l'ai pas brutalisé, monsieur mon président.

Seulement, en me relevant de la bassine. Je l'ai bousculé.

Il y a eu quatre représentants de la force publique blessés.

On ne s'imagine pas une force pareille.

Évidemment, monsieur mon président.

Mais j'y suis pour rien.

D'ailleurs, je vais vous dire comment ça s'est passé.

En me relevant de la bassine, l'autre que j'ai bousculé, il a reculé et il a

monté sur le panard de son copain qui était derrière.

Alors l'autre, il a sursauté et avec son coude, il l'a filé un coup dans le bout

et l'autre qui était derrière, il l'a filé quand autre.

Alors l'autre, il a piqué une tronche encore dans le bâtier du commissaire.

Les dominos, c'était quatre à tatiner. Il y en avait plus que deux.

Silence ! Finalement, vous avez déménagé.

J'ai pas pu, parce que les deux houppes-coignes qui restaient debout,

ils m'ont agrafé, gentiment, et puis ils m'ont embarqué, et depuis deux jours, je

suis au bloc.

Alors moi, je veux bien déménager, mais il faudrait au moins qu'on me relance.

Monsieur le substitut.

Maître. Ah oui, c'est vrai, il n'y a pas d'avocat.

La cause est entendue.

Voyons, attendu que le sœur de Guignon s'est livré à des voies de fait sur la

personne d'agent de police venue pour l'expulser, mais attendu qu'on ne peut

prouver qu'il l'ait fait avec une intention malveillante, attendu d'autre

part que cette expulsion ne peut avoir lieu que dans la mesure où le Guignon n

'est plus en prison, nous ordonnons sa mise en liberté immédiate et nous le

condamnons au minimum, soit de 16 francs d'amende et au frais.

À la pierre suivante. Monsieur le Président, je m'excuse, j'arrive à tort,

ça, j'ai été retenu.

Mais ça n'a pas d'importance, maître, l'affaire est entendue.

Votre client n'est condamné qu'au minimum.

Mais je ne l'ai pas plaidé.

Vous ne vous fatiguez pas, c'est dans la poche. Pardon, j'ai été commis pour

plaider. Je plaiderai et nous obtiendrons l'acquittement.

C'est votre droit, maître.

Allez-y.

Monsieur le Président, de tous les temps, depuis l'Antiquité même, les

peuples ont cherché l'oubli de leur commune misère dans le sommeil où rien n

'est plus.

Mais pour être pleinement réparateur des fatigues et des soucis des hommes...

de leurs amours. Il n'y a pas d'injustice, si non moins soit-elle, qui

ne puisse être réparée.

Et voilà.

Voilà pourquoi, monsieur le président, après vous avoir exposé rapidement le

gars de mon client, je vous demande de la quitter. Et voilà.

Ça y est ? C'est fini ? Vous n'avez plus rien à ajouter ? Si. J'ai encore des tas

d'arguments pour prouver l'innocence de mon client.

Mais je craignais d'abuser des instants précieux du tribunal. Mais puisque lui

-même m'y invite... Le 3 ! Non, nous vous en confiance.

La cause est entendue.

Attendu des nouveaux arguments portés à la connaissance du tribunal, nous

transformons l'amende de 16 francs en 6 mois de prison.

Les 6 mois de prison avec sursis, parce que lui, au moins, est silencieux.

Les affaires qui devaient être jugées aujourd'hui sont remises à 15.

La séance est levée.

Ah ben, vous avez promis une belle occasion de la mettre en veilleuse.

Vous êtes troncelin.

Vous étiez ma première affaire. Une de perdue, dix d'en retrouvée.

Bon, allez, faut que j'aille préparer mon déménagement, moi. Au revoir et sans

rancune. Vous partez comme ça, tout de suite ? Il faut que je me grouille.

Je viendrai vous voir demain. Je vous aiderai. Ah, ben d'accord.

Et puis on reparlera de tout ça.

Oh, si ça vous en dit pas, on parlera d'autre chose.

Alors, prends la fêlure, là.

Oh, mais...

Je m'excuse, j'arrive un peu en retard. Comme d'habitude.

Ça va mieux, le truc ? Vous avez mis la petite goutte d'huile dans la boîte à

manchons ? Oui, ça va. Je vais vous aider.

C'est le dernier voyage.

Si ça vous amuse de vous... Pardon, monsieur, pardon.

Pourriez-vous me dire l'heure, s'il vous plaît ? Mais certainement, monsieur.

Il est midi à un quart.

Parfait, parfait. Dans ce cas, je note que vous devriez avoir vidé les lieux

depuis 15 minutes.

Quoi ? Vous êtes bien le sieur Le Guignon, n'est-ce pas ? Oui.

Maître Barbambois, huissier près le tribunal de la Seine.

Celui-là, quel affreux ! Je te filerai une mandate ! Parfait, j'en prends un !

M. Le Guignol, calme-toi ! C'est un insulte de mieux en mieux !

Mais vous vous oubliez à droite et dans un carrefour ! Écoutez, je vais vous

servir de témoin.

Merci bien.

Naturellement, pas d'agent pour le constat. Je vais vous en trouver un,

vous inquiétez pas. C'est toujours la même chose. Ils savent vous coller des

contraventions quand on est arrêté du mauvais côté et quand on a besoin d'eux,

ils sont jamais là.

J'espère que vous êtes assuré.

Allô, allô, parlez.

Allô, c'est le commissariat.

Dites-nous, il y a deux mirentons qui viennent de s'emplâtrer.

Vous dites ? Ils sont rentrés dedans, ils ont fait des étincelles à l'étoile

par choc.

Où ça ? Là, juste en face de votre truc, au carrefour.

C'était grave ? Vous avez qu'à venir, vous verrez bien.

On arrive.

Vous avez les bourses qui se ramènent, je vous en ai commandé un bataillon.

Vous êtes assuré au tiers ? Non, ni au tiers ni au quart.

C'est ennuyeux, ça va vous coûter cher.

Et la réparation de nos voitures ? Vous êtes responsable ?

Vous terminez pas un peu du badin tous les deux, non ? Pas du tout, mais par

votre position même, vous nous avez empêchés de nous voir.

Alors dites-le, vous, vous êtes pas les ballonnés, alors ? Vous pouvez dire que

vous voulez.

Sous-titrage

Société Radio

-Canada

à ma femme pour mon accident.

Tiens, voilà cette vache de mal têtu. Prends celui-là, alors ! Eh là ! Alors

quoi ? Vous pouvez pas avancer votre bouette ?

Vous n'allez pas que ça m'empêche de garer ma voiture à l'abri ? J'y vais,

monsieur. Ne bougez pas, nous sommes dans notre droit.

Ah oui, mais vous savez, maintenant, moi, avec des voitures, je me méfie.

Alors, quoi, ça vient, oui ? Voilà.

Vous n'avez qu'à mettre votre voiture plus loin. Nous sommes devant chez nous.

Cet apprenti est à nous.

Ah, cet apprenti est à vous. Oui, ben, parlons-en de votre apprenti, tenez.

Il déborde quand même sur mon mur de clôture, votre apprenti.

Et puis, il vous prévient de l'enlever avant demain si vous ne voulez pas que j

'aille porter place.

Ça vous apprendra à empêcher les autres de se garer sous votre apprenti.

Tâchez-moi d'être là demain matin pour m'aider à démolir l'apprenti. D'accord.

Oh ! Qui c'est qui a fait ça ? Alors ? Vous, M.

Le Guignon.

J'aime quand même mieux que ce soit cette cochonnerie-là que mon carillon

vaisseuse mincère.

Tu crois que je ne fais rien, moi ? Je te présente M.

Folenfant. Mes hommages, madame.

Bonjour, monsieur.

Excusez-moi, mais je suis un peu pressée.

Dis-moi, Bébiche, vous ne pourriez pas l'inviter à déjeuner avec nous, la bonne

Franquette ? Non, mais t'es pas fou, Diogène ? Inviter quelqu'un un jour

comme aujourd'hui ? Excusez-moi, monsieur, mais je crois qu'il est un peu

fou. Je ne veux absolument pas vous déranger, madame. Non, mais vous ne me

dérangez pas du tout, monsieur.

Alors quoi, Bébiche ? Il y a pour deux, il y a pour trois.

C'est mon avocat.

C'est lui qui t'a fait perdre.

Nous n'avons pas eu de chance, en effet.

Qu'est-ce que tu veux ? C'est pas de sa faute. Il a fait ce qu'il a pu, le

pauvre petit.

Mais surtout, t'as pas dû lui faciliter les choses.

Faut toujours qu'il ouvre son seau à bêtises.

Ça m'aurait bien été dit que ça m'a retombé sur le paletot, ce truc-là.

Qu'est-ce que vous voulez, mon bon vieux ? Tant pis.

On se calera les amis d'un an ensemble un autre jour.

Qu'est-ce qu'il va y avoir, maintenant ? Mais s'il est menti, je vais te dire que

t'es complètement fou.

Mais qu'est-ce que monsieur va penser ? Rien du tout, madame.

Mais si ! De quoi vont-nous l'air ? Mais restez, monsieur, je vous en prie.

Je vous en prie, madame.

Il y a

Nous pouvons garder monsieur à déjeuner.

Puisque vous insistez, j'aurais mauvaise grâce à refuser.

Mais de quelle sorte, gamine ? C'est mademoiselle Louise.

Sans elle, je ne m'en serais jamais tirée. C'est tout naturel. Je suis l

'assistante sociale de ce quartier. C'est mon travail de vous aider.

Le déjeuner est prêt.

Il ne me reste plus qu'à assaisonner la salade. Puis-je vous aider, mademoiselle

? Si vous voulez.

Alors, Diogène, tu laisses travailler l'invité ?

Ça, ma poule, la salade, ça le connaît. Il est avocat.

Oui, alors toi, mets une nappe propre pendant que je vais aller chercher des

fruits. Bon, ben, qu'est-ce qu'on a, la nappe propre ? Mais tu le sais bien,

voyons, dans l'armoire de notre chambre, au premier.

Au premier, dans l'armoire.

Quand je mets une nappe propre, c'est la même chose.

Oui, mon cas, pardon.

De mon cas.

Oh,

quel matériel, le monstre.

La poussière, bon sang ! Ça, je viens de me faire engueuler, moi !

Qu'est-ce que c'est, ça, encore ?

Je te baraque, mais rien ! Tiens, là-dedans, tous les gringoles !

Ensemble, nos deux pieds se ressemblent. Vous secouerez la veuve et l'orphelin,

et moi, je les défends.

Faudra me dire quand vous plaiderez que j'allais vous entendre.

C'est peut-être pas la peine d'attendre aussi longtemps pour se revoir.

Il me semble qu'on appelle.

J'entends rien.

Oh, pardon.

Oh, en bas ! Eh, venez vous ouvrir ! Ah là là, ils sont durs de l'écouteur, là

-dedans !

Merci à tous.

Je viens de s'asseoir.

Tu peux parler, toi, t'as rien fait. Non, Bibiche, assez tiré sur le

pianiste. Qu'est-ce qui t'arrive ? Qu'est-ce que t'as encore là ? Je sais

pas, mais... Premier avertissement,

si vous vous taillez pas demain au douzième coup de minuit, les pieds noirs

frapperont.

C'est encore un coup de scellardon ? Cette fois, il en a marre, moi, de leur

dire deux mots. Allez, laisse la grégote.

Ah ! Mon Dieu, qu'est-ce qui lui est encore arrivé ? Qu'est-ce qu'il y a ? Oh

! Oh, pauvre chéri ! Il s'est tué ! Le palais d'Émilie est une nuit, le palais

d'Émilie est un ennui ! Ne t'agisse pas comme ça ! Tu sais que c'est mauvais

pour ta tension ! T'as rien de cassé ! On va vous porter dans la salle à

manger. Faut aller chercher un docteur, tout de suite !

dans le placard de la cuisine. Je commence à le voir sérieusement marre.

Il faut pas lui renvouloir.

Avant votre arrivée, ils étaient fourrés ici toute la journée.

Ils sont un peu turbulents, mais dans le fond, ils sont pas méchants. Buvez.

Qu'est-ce que vous faites ? Où avez-vous pris ça ? Dans le placard de la cuisine.

C'est du vinaigre.

Le rhum, vous le mettez dans la bouteille de martidine.

Laissez-moi y aller ! Doucement !

Oui, mais comptez pas sur moi pour la briser, la glace de l'avertisseur, en

tout cas. Oh, sur moi non plus, car je suis pas de service. C'est ça, oui, vous

disputez pas pour y aller, je vais y aller moi-même. Et vous perdez rien de

prétendre, vous ! En tout cas, il y en a pour 180 balles, lui !

Allô ? Allô, police, secours ?

Des vitaux au carrefour du parc. Ils ont bousillé ma voiture et ma clôture.

Regardez-moi ça, secours, viens skier ! Ça ne se passera pas comme ça, regardez,

dans quel état ! Il a mis ma clôture. Mais vous nous cassez les pieds avec

votre clôture.

Regardez-moi un peu ce que vous avez fait de mon frigidaire. Votre

frigidaire, je m'en fous. Vous entendez, monsieur, votre frigidaire. Je m'en

fous. C'est ma clôture. Vous me la paierez. Et très cher. Oui, mais moins

cher que vous me paierez.

C'est plus que ça, c'est un steleau piote pour m'empêcher de ronfler.

C'est une vraie pochette surprise.

Vous ne pourriez pas être couché ? C'est à nous.

On l'a trouvé.

Où ? Ici.

C'est chez moi.

Il est à moi.

On vous défend des touchés.

Vous êtes les pieds noirs ou les crasse-pieds ? Vous allez les caniller.

Sinon, je vais mettre mon pied dans le derrière et vous allez voir, c'est pas

lui qui sera noir.

Vous ne céderont pas à ce chantage dans l'intimidation.

Oh, écoutez-moi ça, la biglette ! Non mais dis donc, en quoi n'en parlez-vous

au-dessus de ta condition ? Allez-vous, sors ! Allons-y, les gars !

Tous

ces

enfants sont à vous, monsieur.

Mais là qui met votre vie en danger, vous devriez prendre une assurance.

Qu'est-ce que vous désirez, monsieur ? Je suis agent d'assurance et j'habite le

quartier. En rentrant chez moi, j'ai vu de la lumière chez vous et j'ai pensé là

que c'était une excellente occasion pour nouer connaissance avec le nouvel

arrivant dans le quartier. Vous êtes assuré ? Mais non, monsieur.

Pas même sur la vie ? C'est plus la peine, vous venez de me la sauver,

maintenant. Oh, ce n'est que partie remise, monsieur.

Mourir sans être assuré, c'est un crime envers la société.

Mais...

Mais voilà de petits gros gens.

Et puis, c'est Jeannot Groussard.

Mais... Mais c'est Robert.

Je n'ai pas couché.

C'est mon fils, monsieur.

Ah, ben, ça m'étonne pas, il est gros comme vous.

Robert, veux-tu expliquer ce que tu fais là chez un client éventuel ? Ce monsieur

et nous sommes en litige au sujet d'un droit de propriété.

Un sacré petit bonhomme.

Il a une façon de s'exprimer. Il est renversant. J'en sais quelque chose avec

ses copains.

Il veut nous piquer le trésor qu'on a trouvé.

Un trésor ? Comment ? Mon fils et ses

camarades ont trouvé un trésor et vous vouliez leur prendre ? Je vous préviens

que ça ne se passera pas comme ça.

Je ne me laisserai pas faire.

Dites-nous ce que vous savez de cette affaire.

Monsieur le Président, le Guignon était en train de brutaliser ses pauvres

enfants pour leur arracher leur trouvaille.

Heureusement que je suis arrivé. Attends. Tout ça, c'est du bilan,

monsieur mon président.

C'est la meilleure preuve. Vous connaissez déjà votre point de vue.

Je vous demande pardon, monsieur le président.

Monsieur pourrait-il nous dire pourquoi les enfants du quartier, le sien

compris, n'ont pas mis leurs parents au courant de leur découverte ? Oh, bien

causé, ce petit.

En effet, c'est curieux.

Eh bien, autant le leur demander à eux-mêmes.

Dites-nous, mes enfants, pourquoi n'avez-vous pas parlé de votre

découverte à vos papas et à vos mamans ?

C'était pour pas qu'ils nous piquent notre trésor.

Oh, M. le Président, il plaisante. Dans ce cas, donnez-nous une autre

explication.

Eh ben... C'est-à-dire... Des boutons de ton col, ça glissera mieux.

Vous ne savez pas.

Le tribunal appréciera. Car enfin, M. le Président, voilà qui est pour le moins

étonnant. Ce trésor dont M.

et ses amis viennent aujourd'hui réclamer la propriété, ils en ignoraient

l'existence ?

jusqu'à ce que nous en fissions la découverte.

Or, ce trésor fait incontestablement partie de la maison dont mon client a

été l'attributaire et ne saurait être réclamé par personne d'autre que lui,

puisque l'ancien propriétaire, un vieux procranteur, est mort depuis longtemps

sans laisser d'Éric. Bravo, petit ! Et ces gens se prétendent aujourd'hui les

inventeurs du trésor ? En effet, M. le Président, ce n'est là que pure

invention.

Silence, s'il vous plaît ! D'ailleurs, M. le Président, Nous nous réservons de

déposer à la fin de cette audience une plainte en diffamation.

Vous n'aurez pas à vous donner ce mal, mon cher confrère. J'ai un témoin

décisif dont je demande l'audition immédiate.

Accordé.

Vous pouvez disposer, monsieur.

Monsieur, appelez le témoin suivant.

Monsieur Le Caïman.

Vous vous appelez Le Caïman Léon.

En 25 rue du Faubourg Saint-Médard, vous n'êtes ni parent ni allié de l'accusé.

Vous direz toute la vérité, rien que la vérité, levez la main droite et dites je

le jure. Je le jure.

Maître, vous avez des questions à poser ? M. Le Caïman, parmi ces enfants que

vous voyez ici, en connaissez-vous certains ? Oui.

Ces trois-là.

Pourriez-vous nous dire maintenant à quelle occasion vous avez fait leur

connaissance ?

Ces enfants sont venus me demander d'expertiser plusieurs objets d'une

valeur importante.

Ensuite, ils m'en ont proposé l'achat.

Mais vous comprendrez que je ne puis acheter à des enfants.

Nous comprenons, M. Le Caïmon, nous comprenons.

Vous voyez ces objets exposés sur cette table.

En reconnaissez-vous parmi eux que vous ayez expertisé ? Certainement. Ce

collier de perles, cette montre Louis XV, ces deux camés, entre autres.

Vous êtes certain de ne pas pouvoir confondre avec d'autres objets ?

Certain, maître. Je suis expert de métier. Parfait.

Pouvez-vous nous dire maintenant à quelle date vous avez eu la visite de

ces enfants ? Je ne puis préciser le jour exact, mais il y a environ quatre

mois. Quatre mois, messieurs ! C'est-à-dire avant l'arrivée de Le

Guignon dans le quartier. Voici la preuve irréfutable que le trésor n'a pas

été découvert par lui.

mais bien par les enfants.

Or, la loi est formelle.

Un trésor trouvé doit être partagé entre son inventeur et le propriétaire des

lieux dans lesquels il a été découvert.

C'est donc illégalement que le guignon détient le trésor de la maison du vieux

brocanteur. Une moitié seulement lui en revient. Et en nous privant par la force

de notre moitié à nous, il se rend coupable du délit de vol.

Qu'est-ce qu'il raconte, l'autre affreux, là-bas ? L'autre affreux a

parfaitement raison.

Il apparaît nettement de ce débat.

que le trésor a été découvert alors que Le Guignon n'était pas encore

propriétaire de la maison du vieux brocanteur.

A l'époque, la maison appartenait à la ville.

Par conséquent, c'est à cette dernière que revient la part attribuable au

propriétaire. Et Le Guignon s'est rendu coupable en verzel aussi de folle et de

privation de jouissance.

Qu'est-ce que tu racontes ? Alors à quoi j'ai eu droit, moi, dans le coup ? A

rien du tout ! Sinon à une deuxième condamnation en 25 francs annulant le

sursis de la première, ce qui vous fait 50 francs à payer.

À demain

matin.

Amuse-toi bien.

Tu viens pour un coup, Jules ? Non, pas ce soir. Il faut que je rentre de bonne

heure.

M. Deme, un coup de blanc. Salut.

M. Deme.

Un petit blanc, patron.

Alors c'est d'accord, je ferme ce soir. Vous venez tous après le vol. Dis donc,

M. Chadoul, on te fait faire du rab avec la réunion, on te va te remplir les

poches. Moins que vous avec votre trésor.

On m'y reprendra, trouver des trésors.

Bonjour, ma poule.

Tu sais ce qui est arrivé cet après-midi ? Quoi encore ? J'étais en

train de ranger des papiers dans le grenier.

T'as vu ce que j'ai trouvé ? Ça, je veux pas le savoir, mon présent.

Remets-le où tu l'as pris, et surtout, n'en parle à personne.

Voilà une histoire pour notre photo de mariage.

Ça n'arrive pas, dans ce quartier ! Qu'est-ce que...

Moi, je te vais mettre un bourre-pif dans ton tarin, moi. Un bourre-pif ?

Oui, il te caille dans ton nez si tu ne comprends pas le français.

Vous ne voyez pas que ce petit misérable est en train de vous voler votre couture

? Ça peut vous faire.

Ça fait qu'il abîme la mienne aussi. Ça, je ne m'entends pas de le guéguillard,

moi.

Pourquoi tu prends ça, toi ? C'est pour arranger la cabane. Quelle cabane ?

Celle où on crache depuis que vous avez piqué la nôtre. Comme s'ils ne pouvaient

pas rentrer ici leurs parents, s'ils ne vaut rien.

Combien vous avez de pièces chez vous ? Trois, cinq.

Et combien vous avez de gosses ? J'en ai pas.

Imaginez-vous que chez eux, c'est le contraire.

Ils sont 5 et quelques fois plus, et il n'y a pas de pioules pour les loger.

Tu pourras porter ça, mais quand on voudra d'autres, demande-les.

Tu pourras dire à ton copain qu'il y a écrit voleur sur la porte qui peut venir

l'effacer, si ça ne le dérange pas trop.

Je n'en voudrais pas.

Si c'est comme ça que vous espérez, tranquille chez vous.

Non, c'est comme ça.

Parce qu'ici, je suis chez moi.

On est toujours à une pique pareille.

Qu'est-ce qu'ils vont penser, maintenant, les gens dans le quartier ?

C'est pas la peine de travailler comme un aigle tout assuré.

On élève des enfants, on les envoie au catéchisme, à l'école, tu casses tout,

non ? Quelle surprise ! Qu'est-ce que vous faites là ? Je pensais, je vous ai

vu rentrer, puis après ces éclats de voix, enfin tout, ce misérable, vous

traitez d'une façon, j'ai bien envie d'aller lui tirer les oreilles, moi. C

'est pas la peine, c'est pas d'après moi qu'il en avait.

Excusez-moi un instant. Je vous en prie.

Ça va s'arranger. Qu'est-ce qu'il a fait comme musique, son vieux ? Au début, il

n'était pas très enthousiasmé à l'idée d'être grand-père.

Il a quelques mois pour s'y faire.

L'auriez-vous quand même au plus vite ? Il faudra d'abord qu'on trouve une

crèche. Chez elle, c'est plein et chez moi, ça déborde. Vous ne connaissez

rien, mademoiselle Louise. Si j'entends parler de quelque chose, je vous le

dirai. Allez, maintenant, allez embrasser vos parents.

Ils doivent être plus calmes. Merci, mademoiselle Louise, vous êtes chic. C

'est rien.

Je crois que vous allez dîner chez les Leguignons.

Madame Leguignon adore les violettes.

Et vous ? Moi ? Je rends de ça.

Tant pis.

Je vous désolais pas, mon goût n'a aucune importance, puisque c'est pour

Madame Leguignon.

Non, c'était pas pour elle, je n'ai pas dîné chez elle. C'était pour ma chambre.

Vous voulez jeter ? Bon, voilà une idée.

Oui, mais dans le fond, moi aussi, j'ai horreur des violettes.

Je vais les prendre. Pardon, pardon.

Merci. Ça fera toujours plaisir à quelqu'un.

Ah oui.

Quelle heure est-il ? 7h moins 20.

Déjà ? Oh là là ! Il faut que j'aille donner ces pilules au petit Robert.

Ça ne vous dérange pas que je vous accompagne ? Moi, si vous voulez.

Il doit être là-bas en train de jouer avec ses copains.

Tu peux lui rapporter ses planches. On n'a pas besoin de charité.

On n'est pas des clachards, non ? Il nous quand même souhaite, quoi, si on

peut prendre ce qu'on veut chez lui.

Chez lui ? Dans la mémoire courte ? C'est chez nous qu'il est venu s

'installer. Et c'est à cause de lui qu'on a promis notre trésor.

J'oublie rien, moi.

Il y a une chose que tu oublies, cependant.

Ce trésor, ce n'est pas lui qui l'a.

Ce sont vos parents.

Lui aussi, il avait une maison qu'on lui a prise.

Ce n'est pas lui qui a demandé à venir dans celle-ci. Et personne ne vient lui

apporter des planches pour l'aider à la ranger.

Évidemment, son arrivée a dérangé vos petites habitudes.

Mais je crois le connaître assez pour affirmer qu'un homme de sa trente est le

premier peiné de cet état de chose.

Mon client est un brave homme, messieurs. Un vrai père de famille.

Il n'a pas d'enfant, me direz-vous.

Mais il pourrait en avoir.

Et s'il en avait, il serait bien leur donner un toit.

Ce n'est pas lui qui supporterait que sa progéniture couche à la belle étoile

alors que le trésor est là, capable d'embellir toutes les maisons du

quartier. C'est vrai, en fait.

Mais pourquoi les gens ne se serviraient-ils pas de ce trésor pour

embellir leur maison ? J'ai bien peur qu'ils ne s'en servent pour d'autres

choses. Il ne faut pas.

C'est à vous, c'est à moi, c'est à eux de les empêcher. Ce trésor va enfin

pouvoir trouver son véritable emploi.

Avec cet argent, nous pourrons construire un grand immeuble à la place

de cette Audi.

Chaque famille aura plusieurs pièces avec tout le confort.

salle de bain, cuisine moderne, etc.

Et tout cela, grâce à qui ? Grâce à Le Guignon, qui dans toute cette affaire

est pour vous l'ange de la Providence.

Vive Le Guignon ! Vive Le Guignon ! C'est magnifique, mais comment voulez

-vous rallier leurs parents à ce projet ? Il faut leur parler tout de suite,

avant qu'ils aient le temps de faire autre chose, où sont-ils ? Au bistrot.

Voilà, il n'y a pas une seconde à perdre, allons-y. Sont en plus qui sont

réunis pour procéder au partage de notre bien. Comme tu as bien dit ça.

Tiens, voilà pour toi.

Toutes mes pilules ! Allez, pas d'histoire, allez, en vitesse !

C'est vrai que j'ai l'air d'être l'ange de la Providence ? L'ange de la

Providence. T'es pas un peu fou, Diogène ? C'est bien ce qui me semble.

L'ange de la Providence.

Si vous voyez ce bazar, ils sont pas d'accord, les vieux ! Dans ce cas, le

moment ne me paraît pas choisi pour mener à bien une telle démarche.

Vous devriez aller tout seul, vous qui causez si bien.

Personne ne vous connaît ici, vous ne les convaincrez pas.

Ne vous inquiétez pas, c'est mon métier de savoir convaincre. Laissez-moi

passer. Non, pas par ici, il y a une porte par là.

Vous me direz ce que vous voudrez.

Il n'y a pas de raison que vous qui n'avez qu'un enfant, ayez autant que moi

qui en ai trois. Ce n'est pas juste.

Il me faut trois parts et vous une seule.

Parfaitement, et c'est moi une mère de trois enfants qui vous le dit.

Moi, madame, j'en ai peut-être qu'un, mais il est si intelligent, mon Robert,

que je suis certaine que c'est lui qui a trouvé le trésor.

Mesdames, messieurs, je m'excuse de troubler votre petite réunion, mais nous

venons d'avoir avec vos enfants une vie qui, je pense, vous mettra tous d

'accord. Voilà.

Au lieu de partager ce trésor...

Mon maman qui est malade. J'y vais.

Lulu, il faut que j'aille chez Mme le Marchand qui est malade.

Ça ne va pas coller, les gars. Il vaut mieux prendre en précaution.

Allez, allez ! Avec plusieurs pièces.

Puisque vous acceptez mon idée avec tant d'enthousiasme, je vous laisse y

réfléchir.

Mlle Louise.

Il faudrait savoir si on divise par tête de parent ou par tête d'enfant.

Et si tu sais, au lieu des petites maisons, on en aurait une grande sur

tout le quartier.

Avec un jardin au milieu et des belles fleurs.

Il est trop tard, on n'a plus le trésor. On l'espérait.

Je n'aurais pas à courir comme ça tous les matins. C'est pas demain la veille

si on ne trouve pas de pioules.

Justement, on va peut-être en avoir une. Non, sans blague.

Papa disait qu'on pouvait construire un grand immeuble si on retrouvait le

trésor. Ah, si on retrouvait le trésor. Oui, c'est aussi mon chéri.

Oh tiens, voilà un bon but.

On ne brève pas chez les Le Guignons. On voit qu'il y a de l'argent à kilos de

chaque. Il n'y a pas de fumée sans feu.

Mais on finira bien par découvrir le poteau rose. Parce que vous croyez

que... C'est clair comme de l'eau de roche.

Pensez donc, son avocat qui était là en train de nous tirer la jambe pendant qu

'il préparait son coup.

C'était bien combiné. En attendant, on continue à vivre dans nos baraques au

lieu d'avoir un bel immeuble.

Mais ce scandale ne durera pas. Je vais escouer mon mari jusqu'à ce qu'il

agisse. Oh, ces hommes, il faut toujours les escouer pour qu'ils fassent quelque

chose. Si vous l'aviez assuré, ce trésor, nous n'aurions pas tout perdu.

Alors ça y est, je viens de parler de notre projet à l'entreprise de

construction dont je suis le comptable.

Et l'architecte en chef, avec qui je suis très ami, m'a dit qu'il était tout

disposé à venir dimanche matin nous éclairer de ses conseils. Qu'est-ce que

ça sert tout ça, puisqu'on n'a plus le trésor ? Au fait, je viens de voir notre

homme qui rentrait chez lui.

Il a tout de même pas osé venir prendre son vin blanc ce soir.

Vous riez, moi, ça me fait perdre un client.

Il y en a marre. On y va. Toi, le flic avec ton uniforme, ça va l

'impressionner. Je ne suis pas de service.

Une affaire pareille, c'est du ressort de la pégie, ça.

Mais avant que ta pégie l'ait pigée, c'est plus un immeuble qu'il nous

faudra. C'est un asile de vieux.

Voyons, voyons, monsieur Grosjean. Vous êtes un fin limier.

Vous avez du flair.

Ah, ça, pour du flair, c'est du flair.

C'est d'ailleurs un peu pour ça que je suis rentré dans la police.

Mais justement, avec vous, nous sommes sûrs de le pincer. Allez, on y va.

Attention, hein.

Agissons délicatement.

Pour ne pas éveiller sa méfiance.

Ça fait le compte.

Bonsoir.

T'es bien tendre.

Je suis tellement content d'être à la maison.

Ça sent bon, ça.

Qu'est-ce que t'es en train de me préparer ? Une surprise.

Tu m'en diras des nouvelles.

Une soirée qui s'annonce meilleure que la journée.

Qu'est-ce que c'est encore ?

On ne vous dérange pas, monsieur Le Guignon ? Si, qu'est-ce que vous voulez

? Peut-on entrer ? Qu'est-ce qu'il y a pour votre service ? Ben voilà, j'ai le

droit ou plus. Oh, comme vous avez arrangé cette maison avec goût.

Quelle transformation, quel beau meuble.

Oh, ce buffet Henri II est une pièce de musée, n'est-ce pas, monsieur Grosjean ?

Quoi ? Je dis que ce buffet Henri II est une véritable pièce de musée. Et que l

'intérieur doit être encore plus intéressant que l'extérieur.

N'est-ce pas, monsieur Grosjean ? Vous savez, moi j'y connais pas grand-chose.

Mais si, mais si, alors ne faites pas le modeste. Vous êtes un expert.

Un expert, moi ? Un expert qui a du flair.

C'est beau, le flair d'un expert.

Je comprends. Un expert, c'est du flair.

Je ne suis pas expert.

Tu ne comprends rien, le flic. On dit que tu as du flair.

Un flair d'expert.

Tu piges ? Non.

Un expert.

Ah, oui, du flair d'expert. Je comprends, je suis expéranto.

Je peux expertiser de l'horecate.

De l'horecate, des capereurs, des cachetières, des soupirs, des verres,

des torches, des pincerelles, des... Oui,

je peux expertiser les tables, les chaises, les étagères, les piplos, les

frouteuils. Je peux expertiser une cantique Saint-Jacques aussi.

Quoi ?

Moi, je peux même expertiser le premier étage.

Dis donc, le flic, t'es de service, toi, aujourd'hui ? Non, pourquoi ? Alors, tu

vas peut-être bien expertiser une bonne mandane sur ta petite vacante de phoque,

là. Et puis, j'irai pas en correctionnelle, cette fois-ci.

Non, mais vous me prenez pas pour un pied de céleri, tout en tant que vous

êtes, là, hein ? Non, mais vous arrivez ici pour me prêter de voleurs sous mon

pif à domicile ? Eh ben, allez-y, vous ne déballonnez pas.

Vous n'osez même plus, maintenant.

Mais c'est qu'il n'y a rien à cacher, ici, vous comprenez ?

Allez, vous pouvez expertiser dans vos... Nous ne voulions pas vous

offenser. C'est moi qui vous m'attends.

Et puis on va commencer par le commencement.

C'était là qu'il était d'abord. On est venu.

On va bien voir.

Il n'y a pas de raison.

Allez, c'est moi qui vous demande de regarder.

Je vois le flic la ramène pas.

Tout ça, c'est un coup monté, mais je me laisserai pas faire.

Trop tard, tu es désaffaite.

Tu peux rigoler.

En tout cas, c'est une histoire qui ira loin, moi, je te le dis.

Tiens, mais qu'est-ce que vous venez faire, là, vous ? Ben, voilà, M.

Grosjean, c'est pas lui qui a étouffé le trésor.

Quoi, quoi ? Qu'est-ce que vous me chantez, là ? Parfaitement, M. le

représentant de la force publique. M.

Le Guignot a vu qu'il n'en est pas en erreur judiciaire.

Tiens, la vérité sort de la bouche des enfants.

Alors, qu'est-ce qu'il l'a pris, ce trésor ? Mais c'est nous, monsieur.

Qui ça, nous ? Et nous, à pieds noirs ? Vous parlez pas sérieusement ? Si vous

voulez pas nous croire, demandez à votre fils.

Il fait partie de la bande.

C'est vrai, ce que j'apprends, là, Olivier ? C'est pas possible.

Non, c'est pas possible.

Moi, un agent de la force publique, je peux pas être le père d'un voleur.

C'est contraire au règlement.

Il viendrait pas s'accuser si c'était pas vrai ? Justement, je trouve ça

louche, moi.

Allez, fichez-moi le camp, tout de suite !

Allez, débarrassez-moi de plancher, je ne vous vois plus ! Je me

demande

ce que t'as bien pu leur raconter à ces gosses, pour qu'ils viennent s'accuser à

ta place.

C'est louche, ça.

Oh, que c'est louche ! Vous me prenez pour une andouille, non ? Vous imaginez

que je vais démolir ma maison toute simple ? Pour vous permettre de

construire votre espèce de caserne. On était venu pour vous proposer ça en ami,

M. Maltétu. C'était pour vous faire bénéficier de notre projet.

En ami ? Parce que je suis votre ami, maintenant.

Ah ! C'est nouveau, ça.

Je ne suis plus le profiteur, alors. M. Maltétu, il ne faut pas faire attention

à ça. Ce sont des ragots, tout ça, M. Maltétu. M. Maltétu, M.

Maltétu, M.

Maltétu, M.

Maltétu, il vous dit profiteur !

Il n'y a rien à faire, il ne veut pas.

Ça, c'est très ennuyeux.

Bon, parce qu'il se trouve un terrain en plus, il n'est pas en mesure de les

indiquer. OK.

Vous ne

pourriez

pas en choisir un autre ? Ah non, ça, tout à fait impossible.

Il nous faut l'une ou l'autre de ces deux maisons.

Là, il est plutôt moche. Si vous êtes bien avec son propriétaire, il n'a

aucune raison de refuser.

C'est-à-dire que... En ce moment, il est en voyage.

Je le dépends.

Vous voyez ça avec lui, on ne peut rien faire sans son accord.

Monsieur, le chiffre me tiendra au courant.

Au revoir, monsieur.

On ne peut même pas mettre le voleur dans le cou.

Évidemment.

Quoiqu'on ait vu des associations plus étranges.

Nous ne pouvons pas délibérément faire entrer le loup dans la bergerie. On sera

obligés de tout mettre sous clé, de le surveiller sans cesse. On s'en a le

flic. On lui prend du travail à domicile.

Le Guignon m'a donné du fil à retordre.

Jusqu'aux gosses qui s'en sont mêlés.

Comment ça ? Ils prétendent que Le Guignon est innocent.

C'est eux qui ont volé le trésor. Je ne sais pas.

Mais tout s'explique.

Je me disais aussi, ce monsieur Le Guignon ne peut pas être un malhonnête

homme. Je l'avais toujours pensé. Moi aussi, du reste.

Non, je ne sortirai pas.

Non, M. Le Guignon, ce n'est pas sérieux.

Ça fait deux jours que vous nous tenez là.

Vous n'avez qu'à vous en aller, puisque vous êtes innocent.

Innocent ? Justement, qu'on le prouve.

Vous n'avez pas confiance en la parole des enfants.

La vérité sort de leur bouche, vous l'avez dit vous-même.

La vérité ? C'est justement ce que je réclame, la vérité. Toute la vérité,

rien que la vérité, je le jure. On ne vous en demande pas tant, M. Le Guignon.

Je suis ici par votre volonté.

Je n'en sortirai que par celle de la justice.

D'abord en voilà assez. Maintenant, je causerai plus qu'en présence de mon

avocat. Il dort.

Réveillez-le, je dors pas.

Il veut rien savoir.

Attendez, je vais essayer autre chose. Vous allez voir.

J'ai réfléchi.

Au fond, vous avez raison.

Le procès coûtera cher.

Mais il fera du bruit, je vous en réponds.

Quelle plaidoirie je vais pouvoir prononcer.

Monsieur le Président, l'homme que vous avez devant vous est complètement fou.

Songez que c'est volontairement à l'encontre de tous les conseils des gens

sages qu'il est venu s'asseoir sur le banc des accusés. Son innocence ne

faisait pas de doute.

Non, monsieur le Président, ce n'est pas la prison que réclame mon client.

C'est l'asile et c'est cette maison de repos que je vous demande pour lui.

Vous feriez mieux de la demander pour vous. À moi ? On ne l'accorderait pas.

Étant donné votre attitude, vous en aurez au moins pour 5 ans.

5 ans dans les camisoles ? Vous êtes sûr ? Ça fait pas longtemps, d'autres.

On y reprendra, il est innocent, moi.

Attention,

le voilà ! Allez vite dans la cuisine, laissez-moi faire !

Eh ben, c'est pas trop tôt.

T'as pas honte, Diogène ? Honte ? Mais de quoi ? Je me fais du mauvais sens. Je

dors pas de la nuit.

Je vais te chercher trois fois au poste de police où tes copains refusent de me

laisser entrer.

Mes copains ? Oh, on fait pas l'innocent.

Mais si je le suis, innocent.

Oui, ben, quand on l'est, on sort tout de suite. On doit faire le malin.

Oh, ben, ça, alors.

Non, parce que je préfère me laisser dans ce taudis toute seule et aller se

prélasser ailleurs.

Se prélasser ? En taule ? Oh, là, ma poule, t'exagères, alors.

Oui, alors, je suis obligée de faire tout ici, ben.

de prendre des responsabilités.

Quelles responsabilités ? Au sujet de la construction de l'immeuble.

T'as rien fait, non ? Si, j'ai accepté. Mais t'as pas signé. Non, mais j'ai tous

les papiers.

Je veux pas les voir. Pourquoi ? C'est une question de principe.

Alors tu es contre la construction ? Non, je suis pour.

Bah alors ? Je vais tout de même pas m'associer avec des gens qui m'ont fait

mettre en prison, non ? Maman avait raison.

Je n'épouse jamais un lampiste.

T'as pas de raison pour insulter la SNCF. Je vis ici dans une vraie table à

cochons. Et quand on nous a de la chance d'en sortir, monsieur ne veut pas.

Je préfère me laisser mourir ici toute seule, par orgueil.

Une question de justice.

Tu peux pas comprendre, toi, t'es une femme.

En plus, il me traite d'imbécile.

600 000 à gauche,

une

fois,

deux fois... 800 000 !

Attention,

c'est un compère.

Il fait monter les prix.

Un seau à glace, en argent estampillé, mis à prix 1000 francs.

10 000 francs ! 10 000 francs ! 10 000 francs, qui dit mieux ? Une fois ?

Deux fois ?

Il n'y a plus de seau,

les deux n'est pas celui qu'on pense.

Et alors ? Les chiffres sont les chiffres. Il faut 30 millions pour

construire et la vente du trésor ne nous en a rapporté que 5.

Vous avez compté les 10 000 balles du sot à glace ? Nous manque que 25

millions, quoi.

On n'y arrivera jamais. Il vaut mieux abandonner.

Alors on ne pourra plus se marier ? Ça va peut-être s'arranger.

Il ne faut pas être millionnaire s'il faut continuer à vivre dans nos taudis.

Le sot à glace, il ne sert à rien.

Qu'est-ce que vous voulez faire ? Emprunter. À qui ? Vous connaissez une

poire qu'à 25 millions, vous nous prêtez ? Il est certain que nous manquons de

relations dans les milieux financiers.

Et ton général ? Mon général ? Tu sais bien qu'il est dans les affaires,

maintenant.

J'ai l'air de laisser un bouquet.

Il se souviendra plus de moi.

Pourtant, vous étiez bien ensemble.

Oui, il m'a embrassé en 18.

Alors vous êtes très intime.

Il m'a embrassé quand il m'a remis la croix de guerre, mais depuis, je ne l'ai

jamais revu.

Un général, ça, de la mémoire.

C'est moi qui vous cause.

J'ai beaucoup de mémoire. Mais pas encore assez pour être brigadier.

Alors vous vous rendez compte de ce qu'il faut comme mémoire pour être

général ? Vous pourriez toujours essayer de le voir.

Il a autre chose à faire que de recevoir un lampiste. Un lampiste qui nous

représente ? C'est pas grand-chose.

Cinq millions, tout de même.

Nous formerons une délégation pour vous accompagner.

Maître Folenfant ira avec vous.

Surtout pas lui. Il est capable de me dire que je suis dingue.

En général, c'est une chance.

Mais oui, Dieu le veut.

Nous comptons sur vous.

On ne va certainement plus tarder à nous recevoir.

Vous croyez, mon général ?

On n'a rien à me refuser ici.

Tout va s'arranger, vous allez voir.

C'est pas moi qui est un garçon extraordinaire.

Il va vous débrouiller sans moins de deux. Vous n'aurez rien compris, moi non

plus.

Il est intelligent, ce garçon-là.

On a du mal à le suivre.

Vous êtes au pomme, mon général. Vous vous occupez de nous. Bien sûr, notre

vieux camarade de combat.

Il faut bien s'entraider.

Bien que les guignons... Je prouve que vous manquez terriblement nos réunions

des anciens du 23e d'Aventrive.

Je vais y aller tous les dimanches matin, mon général. Vous ferez bien.

Faut pas se perdre de vue. Ça peut servir.

La preuve.

Et si jamais ça marche, je vous rends la colette que vous m'avez donnée en 18.

Non, non, ça, c'est inutile. Mon général, M.

Pabroc peut vous recevoir tout de suite. Parfait, parfait. Monsieur, par là-bas.

Bonjour, mon général.

Comment allez-vous ? Magnifiquement, mon ami.

Et vous ? Un peu fatigué. Je suis si débordé en ce moment.

Vous vous empoisonnez avec toutes ces cochonneries.

Faites-en comme moi de la culture physique.

Ça conserve.

Allez-vous vous asseoir. Merci.

Monsieur. Monsieur.

Vous m'excuserez si je n'ai pas beaucoup de temps à vous accorder. De quoi s'agit

-il ? Eh bien, c'est le Guignan, un vieux camarade de combat qui, avec

quelques amis, voudrait construire un immeuble.

Seulement, ils n'ont pas assez d'argent.

Vous faire quelque chose pour ce garçon-là, un ancien du 23e.

Combien vous manque-t-il ? 25 millions, mon général.

Euh, monsieur, pas.

Oui.

Évidemment, vous avez des terrains pour construire.

Oui, oui, oui, nous les avons, bien sûr. Donc vous êtes propriétaire. Oui, oui,

oui.

Bon.

Avez-vous 2,5 millions de disponibles ? Oui, on a ça.

Nous les avons, nous les avons.

Eh bien, c'est très simple, général.

Si vous avez vraiment confiance en vos amis, vous êtes tout placé pour les

sortir d'affaires.

Comment ça, comment ça ? Je ne vous suis pas. On a de la peine à le suivre, ce

garçon-là.

Avec la société dont vous êtes le président.

Quelle société ? Vous m'avez nommé président de tellement de sociétés qu'à

des moments, je ne sais plus où j'en suis, moi. Eh bien, la société de crédit

différé, la SOCP.

Ah oui ! La société d'encouragement à la construction populaire. Bien sûr, j

'aurais dû y passer plus tôt.

Comment ça marche déjà, ce truc-là ? Expliquez-leur, ils ne savent pas.

C'est très simple.

Le groupe financier met à votre disposition 25 millions remboursables en

20 ans.

Pour avoir droit à ce prêt, il vous faut entrer dans la société comme actionnaire

en lui faisant un apport de capital de 2,5 millions, le dixième de la somme qui

vous sera allouée.

Ces 2,5 millions, vous avez intérêt à les verser au plus vite, car vous n'êtes

pas les seuls, évidemment, dans cette société, et les premiers inscrits sont

les premiers servis.

Combien de temps il faut pour avoir le pognon ? Puisque vous êtes des amis du

général de Saint-Bouquet, je ne pense pas que ce soit bien long.

Et si les 2,5 millions versés, il nous restait un peu d'argent ?

Pourrait-on commencer les travaux ? Sans doute.

Mais il nous faut d'abord l'autorisation de construire.

Le général peut sûrement vous faciliter les choses. Mais bien sûr, bien sûr. Je

vais lire l'action au ministère.

Alors, vous n'y prenez pas l'air ? Aujourd'hui, on n'a pas le temps. Quand

le bâtiment va être ouvert, je reviens connaître l'andouille qui est trouvée

seule.

Ça a brancé depuis ce matin.

Ça batte, ça y est. Ma crèche, elle est en l'air.

J'ai mal à voir ton appartement, petit gars.

Je sais, M. Le Guignan, c'est grâce à vous.

Je vous remercie.

Moi, je vais aller voir ma gosse.

Alors, le jeune marié, c'est la lune de miel ? On rentre déjà les tous les

jours. Il n'y a pas que moi, votre marié aussi, là.

Lui, c'est sûrement pas pour la même raison.

Ces hommes, avant, ils n'étaient jamais à la maison.

Maintenant qu'on est en construction et qu'on vit sous des tentes, on les a

toujours sur le dos.

Ils sont

mignons, les petits.

Ça n'en passe pas avant que ça me reprenne.

Victor, Mme Boissard, faut que je vous rende votre chaudron. On sait pas

presser, vous voyez, j'en ai un autre.

On sait ce que c'est qu'un ménage qui s'installe.

Tu parles d'une installation.

Notamment les jeunes gens couchés pas sous la tente.

Ils avaient un vrai chez-eux.

Vous voyez, même le guignon, il vous sert tout de même votre soie glace. Vous

avouerez que 10 000 francs pour ça, c'est un peu cher.

Heureusement, c'est pour la bonne cause.

Ah, vous la trouvez bonne, maintenant ? Heureusement, vous avez changé d'avis.

Il y avait de quoi hésiter avant de se lancer dans une aventure pareille.

Sacré nom d'un chien de pétard ! Sacré nom d'un chien ! Regardez-moi ça ! A-t

-on idée de mettre des planches qui ne peuvent pas supporter le poids d'une

voiture ? Regardez-moi ! Ah, c'est du propre ! Mais qu'est-ce que vous faites

là ? Venez aider-moi donc à sortir de là au lieu de me regarder comme des

imbéciles ! Eh ben tirez, voyons ! Eh les gars, les gars ! Vous parlez de nous

dans le journal ! Vous montrez ça à Le Guignon, allez, venez, les gars !

Attends ! Ah ben ça, par exemple ! Tout ça, c'est la foute à un seul Le Guignon

! Comme s'il avait besoin de trouver un trésor, c'est imbécile ! Ça peut être l

'immeuble ! Je leur souhaite de ne jamais le terminer !

C'est formidable.

Un magnifique exemple d'audace et de solidarité.

Grâce à la découverte de quelques enfants, les Taudis, grâce à l'humeur,

feront bientôt place à un immeuble ultramoderne.

Une fois de plus, nous sommes heureux de signaler à nos lecteurs une initiative

pas française.

Une bataille magnifique est livrée contre les Taudis par leurs habitants

eux-mêmes. Nous nous sommes rendus ce matin au village de poils gonflés du

vent. de l'espoir.

Un espoir qui a déjà renversé tous les obstacles.

Mon respect, il est de taille.

Qu'est-ce qu'il se passe ? Ils nous ont pas donné d'argent ? Vous avez vu le

général ? C'est le secrétaire de M.

Papon qui m'a reçu.

Pourtant, c'était pas encore votre tour.

Pourtant, le général a dit qu'on pouvait commencer les yeux fermés. Ça a été

formel. Vous auriez dû me consulter avant d'entamer tout ça.

C'est épouvantable. On a déjà du retard dans les versements. Si on donne pas l

'argent aujourd'hui, ils arrêteront les travaux. C'est une situation très

gênante pour moi. C'est pas possible que le général nous ait laissés tomber. Il

est tellement haut par.

Vous devriez aller lui parler, le guignon.

Vous qui l'avez embrassé, il refusera pas de vous recevoir.

Laissez-moi vous accompagner. Vaut mieux qu'il aille tout seul. On rentre en

scène du 23e, ils se comprendront mieux.

Comment ? Ce que je vous en disais, c'était pour votre bien. Si vous

préférez, vous passez de mes conseils.

Ah, ben, ben, ben... Enfin, Fabroc, expliquez-vous, ce n'est pas

raisonnable, ça.

Eh bien, voilà.

Pas trop vite, qu'on puisse vous suivre.

Ce ne sera pas compliqué.

La société de crédit différé dont vous êtes le président et vos amis

actionnaires est en faillite.

Comment ça, comment ça, en faillite ? Vous auriez pu me prévenir.

Il n'est pas encore déclaré en faillite, mais il ne lui reste plus qu'à déposer

son bilan.

Les gens sont si mauvais payeurs aujourd'hui que les meilleures affaires

s'effondrent.

Et vous ne m'avez rien dit ? C'est bien léger, ça.

Alors, et notre immeuble, qu'est-ce qui devient là-dedans ? Désolé, nous ne

pouvons plus rien faire pour vous.

Il faudra vous adresser ailleurs.

Il faut nous rendre notre argent.

Impossible, vous êtes en faillite aussi.

Alors, il suffit qu'on apporte notre pognon pour qu'on se poie en faillite ?

Vous êtes actionnaire.

Ça nous fait une belle jambe, ça. On verse 2 500 000 balles, et bien

résultat, il faut rester accouché sous la tente, avec des mômes, avec des

femmes, avec des vieux et des femmes qui accouchent.

Non, mais c'est un crime, ça.

Écoutez, Fabroc, tous ces braves gens, as-tu confiance en moi ? C'est moi qui

les ai amenés ici.

C'est très ennuyeux.

Enfin, c'est pas possible, ça, mon général.

Vous me voyez aller trouver les autres et puis leur dire qu'il n'y a rien

marché plus, qu'ils ont foutu leur crèche en l'air pour rien.

Les deux mômes qui viennent de se marier, ils attendent un gosse qui

comptait sur leur appartement.

Les deux pauvres vieux qu'on a eu tellement de mal à faire quitter leur

cabane. Et puis tous les autres, quoi.

Vous voyez, aller les trouver et leur dire en face, il faut rester à crever

là. Je vous comprends, le guignon.

Tout cela est bien triste.

Mais que faire ? Je n'ai plus de disponibilité.

Nous n'avons plus de garantie à l'année.

Sans ça, nous pourrions emprunter aux banques et passer ce mauvais cap jusqu'à

ce que nous ayons des rentrées.

Mais au fait, ne m'aviez-vous pas dit que vous étiez tous propriétaires des

terrains sur lesquels vous bâtissiez ? Ces terrains sont situés dans la région

parisienne, ils représentent une certaine valeur.

Je pense bien qu'ils ont une certaine valeur, nos terrains.

Voilà qui va peut-être tout arranger.

La société pourrait les hypothéquer et emprunter dessus.

Minute, minute, vous ne croyez pas qu'après avoir donné notre truc, on va

maintenant donner nos terrains pour les paumés aussi ? Oui, je vous comprends.

D'ailleurs, l'opération serait beaucoup trop hasardeuse.

Il vaut mieux en rester là et laisser la société en faillite.

Mais nous, alors, si on donnait nos terrains, quelle garantie qu'on aurait ?

La meilleure garantie serait que vous vous occupiez vous-même de l'affaire

directement. J'entends par là que vous choisissiez parmi vous le plus qualifié

d'un commun accord d'où le nommions président de la société.

Là, je ne vous suis pas, Favroc. Ne vous inquiétez pas, général, je vous

expliquerai ça tout à l'heure.

Je n'ai pas de conseils à donner à vos amis, mais il me semble que vous-même,

M. Le Guignon, présentez toutes les qualités souhaitables pour occuper ce

poste. Fonctionnaire, croix de guerre... Oh, ben oui, mais... Mais, général... Le

général est très fatigué.

Il a à s'occuper de beaucoup d'autres choses.

Il ne peut évidemment suivre cette affaire d'aussi près que vous.

Enfin, vous connaissez le vieillonnage.

On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même.

Voyez tout cela avec vos amis.

S'ils la veulent vraiment, leur maison, ils suivront certainement mon conseil.

Il n'y a pas d'autre solution.

Enfin, vous reviendrez voir quand vous aurez pris une décision.

Et les autres membres de la société ? Ne vous inquiétez pas, général, j'en fais

mon affaire.

Cher monsieur Le Guignon, tout dépend de vos amis.

Leur propre salut leur appartient.

Alors, au revoir, mon général.

Au revoir, monsieur.

Je vous avoue, Pavroc, que je ne vois pas très bien où vous voulez revenir.

Vous pensez me remplacer, moi, général, à la présidence de cette société, pour y

mettre un deuxième classe ? Ne vous inquiétez pas.

On a souvent besoin d'un plus petit que soi.

Tout s'arrangera au mieux.

C'est vrai que dans le fond, la compétite est une belle situation.

Le président, c'est pas mal non plus.

Il va bien, hein ? C'est notre président.

Pardon, mille excuses, mais après vous, mon président.

Et j'arrive tout de suite pour brosser la brocade.

Voilà

qui

est parfait.

Mon cher président, je vous laisse mon secrétaire.

qui est beaucoup plus au courant de cette affaire que moi-même. Il vous

donnera tous les renseignements dont vous aurez besoin.

Je compte sur vous pour guider M. Le Guignon.

Vous venez, général, on vous attend.

Ah, j'oubliais, vous trouverez dans ce tiroir une cinquantaine de mille francs

pour couvrir vos premiers frais.

Bonne chance, mon cher président.

Au revoir, monsieur.

Au revoir, mon ami.

Au revoir, mon général.

J'ai quelques signatures à vous demander, monsieur.

Ah, encore ? Qu'est-ce que c'est ? Des lettres adressées aux principales

banques pour des demandes de crédit.

Nous leur signalons par la même occasion le changement de direction de la société

et nous offrons vos terrains en hypothèque.

Installez-vous à votre bureau, vous serez plus à l'aise. Oui, c'est vrai,

ça.

M. le Président, grâce à votre travail de ce matin, je crois que nous allons

avoir de grosses rentrées. C'est pas trop fatigant, ce boulot-là.

Il suffit de signer pour avoir du fric.

Encore faut-il savoir le faire. Ah, évidemment, c'est pas donné à tout le

monde de pouvoir être président.

À présent, si vous le voulez bien, nous allons recevoir les gens qui attendent.

Encore des rentrées, ça porte de l'argent ? Non, non, je pense qu'ils

viennent t'en chercher.

Ils ont du culot, ceux-là, mais je veux pas les voir.

Vous devez les voir.

C'est votre rôle de président.

Mais j'ai pas de fric à leur donner.

Ils en toucheront, bien sûr, mais à leur tour, parce que... C'est bien convenu.

Les premiers fafios qui rentrent par ici, la bonne soupe. Il ne s'agit pas de

ça, voyons. Ces gens-là savent qu'il y a une nouvelle direction.

Ils ne viennent, au fond, chercher ici que quelques paroles d'apaisement qui

les rassureront d'autant plus qu'elles viendront d'un homme bien habillé,

décoré, honorable à tout point de vue et propriétaire de terrain dans la région

parisienne. Oui.

Bon, bon, alors, faites entrer.

Monsieur Petitot...

Vous venez tous les jours pour voir le président de la société.

Soyez satisfaits, le voilà.

Alors, mon brave, qu'est-ce que je peux faire pour vous ? Me rendre mon argent,

tout de suite.

Ah non, ça, c'est pas possible pour le moment.

Mais patientez un peu, maintenant que je suis là, ça ne tardera plus.

Alors, je peux plus attendre.

Hein ? C'était pas prévu, ça ? Ah, ne bougez pas, vous ! C'est pas vous que j

'en ai.

C'est à lui.

À moi ?

Je ne vous connais pas. Vous êtes le président de cette société de crapules.

Depuis peu de temps. C'est dommage que vous ne soyez pas venu un peu plus tôt.

On se met égal.

C'est vous qui allez payer pour les autres.

C'est pas un métier fatigant, mais il y a des risques. Ça m'étonne pas que vous

changiez facilement de président.

C'est la première fois que ça arrive. Ça tombe sur moi.

Faites pas l'andouille. Ne poussez pas.

Je vous demande pardon, monsieur, il ne faut pas m'en vouloir.

Je ne sais plus ce que je fais.

C'est si dur de lutter pour les siens, seul, toujours

seul. Vous avez versé beaucoup d'argent ici ? Tout ce que j'avais, je l'ai

ruiné.

Ruiné !

Tenez. Si vous avez déjà quelque chose, j'espère qu'on pourra faire mieux plus

tard. Merci.

Allez rentrer chez vous, allez retrouver les vôtres.

Et puis surtout, qu'ils se doutent de rien de tout ce qui s'est passé.

Merci, monsieur.

Je n'oublierai jamais.

On dit ça.

Bon, mais dites donc.

Il y en a des gens qui attendent, avec des pauvres viols tout retournés.

Vous comptez peut-être sur moi pour leur donner la pilule, c'est malheureux.

Si vous voulez, je les recevrai.

C'est pas du blabla qui leur faut, c'est du fric.

C'est très beau, M. Le Guignon, la générosité, mais nous ne sommes pas là

pour faire l'aumône.

Faire l'aumône ? Non, mais vous êtes un dégueulasse, vous ! Vous leur piquez

leurs paillons, puis maintenant vous les traitez de mendiants ? Comment ? Parce

que nous voulons leur faire gagner beaucoup d'argent ? Qu'est-ce que tu

parles ? Mais vous ne saisissez pas, M. le Président, pensez que par le

truchement de notre société et grâce à son organisation financière...

ultra-moderne.

Le petit capital de ces épargnants va prospérer. Ils vont toucher des agios.

Des agios ? Ils auront droit à des intérêts composés.

Des intérêts composés ? Seulement, il faut qu'ils aient de la patience.

Les opérations fiduciaires ne se font pas en un jour.

Qu'est-ce qu'il faut faire, alors ? Attendre la réponse à vos lettres.

Combien de temps ? Ça peut être court, ça peut être long, je ne sais pas.

Retournez chez vous.

Je vous préviendrai quand il y aura du nouveau. Pas tourner chez moi, non,

jamais.

Je suis ici par la volonté des actionnaires.

Et j'en sortirai que quand on aura rendu leur galette.

Ça va pas vite, tout ça.

Tiens, la voilà, celle-là.

Elle rate pas une occasion de le faire voir, son seau en argent.

J'aime mieux m'en aller tout de suite. Je dirai des choses désagréables.

Permettez que je prenne de l'eau, Mme Le Guignon.

C'est pour bientôt, la petite.

Cette nuit, sûrement.

Je vais à la pharmacie, je reviens tout de suite.

Regardez son mari, comme il a l'air anxieux.

Vous ne saviez pas que sa jeune femme était sur le point d'accoucher ? Mais

non, personne ne nous a reçu la parole.

C'est pas de notre faute, à Diogène et à moi, si les choses n'ont pas aussi vite

qu'ils le pensaient.

Faut pas faire attention.

J'irai vous voir dès que j'aurai un moment. Oui, et si je peux vous rendre

service, n'hésitez pas à me demander.

Entendu.

Alors, on est bien d'accord, ça peut plus durer. Si vous voulez, moi je vais

le trouver à son bureau, le guignon, et je vais lui dire deux mots. Vaudrait

mieux y aller à plusieurs.

C'est ça, il faut former une délégation.

Nous pourrions y aller tous les quatre, puisqu'on a l'habitude de discuter de

ses affaires. D'accord. Oui, oui.

Eh bien, comptez sur nous. Nous allons lui mettre l'épée dans les reins, ce

président. Parfait, parfait.

Je ne pouvais pas vous prévenir plus tôt, voyons. Je viens de recevoir cette

lettre à l'instant.

Mais c'est que les banques, elles ne prêtent pas comme ça.

Elles font des enquêtes.

Vous ne deviez pas vous faire débile, puisque j'étais là.

Et alors, on peut recommencer les travaux tout de suite.

Mais bien sûr, je comprends.

Maintenant qu'on a l'avis qu'un crédit nous est ouvert.

J'ai plus qu'à tirer un chèque à l'entrepreneur. Et nous, on venait pour

vous enguirlander.

C'est ma femme qui va être contente. Et puis tout le monde.

Mes chers amis, je suis d'avis de pas les faire languir.

Et d'aller leur porter tout de suite la bonne nouvelle.

Moi, je vais me grouiller de faire tout ça. Et puis, si tôt que je rentre, on va

arroser l'événement et puis ma fête par la même occasion. Ah oui, le 7.

C'est mon jour de chance.

Allez,

vite, mon carnet de chèques.

Pourquoi faire ? Il n'y a plus d'argent, monsieur.

Il n'y a plus d'argent ? Ben, et ça, alors ? Le fondé de pouvoir l'a déjà

entièrement versé.

On est de pouvoir.

Oui, le comptable.

Vous l'avez signé un pouvoir le jour où vous avez pris la direction de la

société. Heureusement, d'ailleurs.

Car vous n'étiez pas là quand cette lettre est arrivée. Il était urgent de

couvrir notre dette prioritaire.

Une dette prioritaire, mais avec qui ? Un monsieur Pabroc, voyons, vous le

savez bien.

Une dette prioritaire à Pabroc ? Voyons, mon cher Le Guignon, vous n'allez pas

prétendre que vous ne le saviez pas.

Vous avez suffisamment épluché les comptes avant d'accepter la présidence

de la société.

C'est justement parce que je les ai épluchés, comme vous dites, que je vous

fous mon billet que j'ai jamais vu ce truc-là. Ça vous aura sûrement échappé.

Une dette prioritaire de 5 millions, ça échappe pas comme ça tout de même.

En tout cas, je puis vous affirmer que ce porté sur les livres, je m'en suis

assuré personnellement.

D'ailleurs, vous devez avoir dans vos lots aussi le double de cette lettre par

laquelle le président, qui était alors le général de Saint-Bouquet, reconnaît

que je lui ai versé une certaine somme pour le démarrage de la société.

et qu'on me remboursera prioritairement sur toutes les rentrées.

Alors tout l'argent qui rentre, c'est pour vous ? Jusqu'à ce que je sois

remboursé. Mais nous aussi on a donné de l'argent, qu'est-ce qu'ils sont devenus

tous nos millions ? Votre société a encouragé pas mal d'entreprises

méritantes, c'est son rôle.

Elle ne peut que s'en enorgueillir.

Les sorties sont également portées sur les livres, M. Le Quignon.

Si vous voulez les voir, ils sont à votre disposition.

Alors on n'a plus rien, là ?

Qu'est-ce qu'on va devenir ? J'avais dit aux autres que tout était arrangé.

Ce sont les affaires, ça, mon cher.

Débrouillez-vous.

Désolé de ne pouvoir vous aider.

Je vous avoue, Pabroc, que cette fois-ci encore, je ne vous suis pas.

Je sais, j'ai l'habitude.

La présidence de cette société, c'était l'affaire d'un général.

Ce n'était pas celle d'un deuxième classe.

Il ne s'en est pas sorti, je l'avais prévu.

C'est la débandade.

Et au lieu de colmater cette brèche, vous le laissez sans renfort ? Pourquoi

? Mon cher général, dans la vie, tout se paie.

Le bonheur part à chacun qui le suit.

Un bon repas par l'addition.

Une affaire comme celle-ci, par la correctionnelle.

La correctionnelle ? J'ai encore besoin de vos services, général.

Un militaire, c'est fait pour servir.

L'addition où vous deviez payer ma place, je l'ai glissée sous l'assiette

de M.

Le Guignon.

La correctionnelle, ce n'est pas l'affaire d'un général.

C'est celle d'un deuxième classe.

Vous me suivez maintenant ?

Pour une fois, je vous suis trop bien, M. Pabroc.

Vous êtes un scélérat.

Tentez votre chance, le tirage dans une heure.

C'est mon dernier billet, vous portera bonheur. Ça se termine par quoi ? Un 7.

Non, bien sûr.

Tenez-le au moins, madame. Avec ça, vous allez sûrement gagner.

Il se termine par un 7 et aujourd'hui c'est un 7.

Et puis c'est ma fête. Je veux dire que vous êtes vernis, vous.

Où est-ce que ça se tire ? À Fontenay-sous-Bois, à la salle des

fêtes, dans une heure.

Merci.

Sous-titrage MFP.

Qu'est-ce qui se passe, les Guignons ? Qu'est-ce qu'il y a ? Il a dit tout est

foutu ! Il a pas le fric ! Il se fout de nous, ce type-là ! D'accord, tout à l

'heure, il avait de l'argent ! Mais alors, qu'est-ce qu'il en a fait ? Mais

on va pas crever ici, tout le monde !

Chers auditeurs, le procès Le Guignon qui est attentivement suivi par l

'opinion publique a été marqué dès son début par les réactions vives et pleines

d'humour de l'accusé.

Malgré les lourdes charges qui pèsent sur lui, Le Guignon se défend avec

mordant. Au cours des deux oratoires qu'il oppose à M. le procureur de la

République, il a déjà réussi par ses répartis à mettre les rieurs de son

côté.

Nous vous branchons directement sur le palais de justice d'où vous pourrez

entendre la suite des débats.

Le Guignon, comme ses tristement célèbres prédécesseurs, Oustric et

Stavisky, remboursaient des dettes grigardes en faisant de nouvelles

victimes.

C'est là un procédé d'escroquerie bien connu.

Après avoir persuadé des pauvres gens qui lui faisaient confiance de laisser

lever une hypothèque sur leur terrain, le Guignon, lui, repâchait l'argent.

Ah ben ça c'est beau alors, moi j'ai même pas eu le temps de le voir ce week

-end quand il a pensé vite.

Dans toute histoire-là, c'est moi qui suis victimisé.

Nous avons également perdu notre terrain, monsieur le président.

Nous sommes également frappés. Notre épouse, comme les plaignants... Comment

ça, notre épouse ? Madame Le Clignon. Elle n'est pas à nous, elle est à moi

tout seul.

Notre épouse, comme les plaignants, se trouve actuellement à la rue. Et si nous

n'y sommes pas nous-mêmes, ce n'est pas par dérobade, c'est par force majeure.

Ce sont là les petits revers de la médaille.

Mais que peste-t-il ?

En face de l'ambition démesurée de Le Guignon.

Par la force et la ruse, il parvient à s'insinuer au sein d'une société dont il

devient président.

Oh, mais j'ai jamais eu de ruse, moi.

Enfin, Le Guignon, vous êtes devenu président.

Oh, ben, eh ben, je suis devenu président.

Ça prouve pas qu'il soit rusé. Voyons, Le Guignon, vous n'êtes pas ici pour

apprécier mes qualités intellectuelles.

Ah, mais je les apprécie beaucoup, monsieur mon président. Seulement, c'est

pas après vous que j'en ai. C'est après l'autre, là-bas. Je ne connais même pas,

je ne l'ai jamais vu, et il n'arrête pas de me chasser les crottes. C'est vrai,

ça aussi, j'en ai marre, moi, il m'en veut, quoi.

Quand j'ai cause pu.

Le Guignan, en agissant de la sorte, vous saviez que vous alliez entraîner

ceux dont vous prétendiez l'ami à la catastrophe.

Répondez.

Ah, j'ai cause pu, là.

Nous étions de parfaite bonne foi, monsieur l'avocat général.

Je ne suis pas de votre avis.

Toute notre vie passée le prouve. Votre client a déjà comparé plusieurs fois

devant le tribunal.

Pour des pécadilles.

Le casier judiciaire de Léguignon, s'il porte quelques condamnations, ne révèle

rien de grave.

Admettons-le.

Nous pouvons citer à la barre des témoins qui démontreront que l'accusé ne

reculait devant rien pour satisfaire son ambition et sa cupidité.

Plaise au tribunal de les entendre.

Monsieur, appelez le premier témoin.

Monsieur Poulin !

chef lampiste à la SNCF.

Vous n'êtes ni parent ni allié de l'accusé. Jurer dire la vérité, rien que

la vérité, toute la vérité, lever la main droite et dire je le jure. Je le

jure.

Que savez-vous sur l'accusé ? A mon avis, monsieur le président, ce qui nuit

à Le Guignon dans l'existence, c'est qu'il veut toujours péter plus haut qu

'il a le derrière.

Silence ! Pas de détails intimes.

Nous désirons seulement savoir si Le Guignon était un bon lampiste.

Trop bon, monsieur le président.

Bien trop bon lampiste pour être honnête.

Qu'entendez-vous par là ? Il me demandait toujours des congés quand je

ne pouvais pas lui en donner.

En sorte qu'il passait son temps à faire le travail des autres, qui eux, savaient

me demander des congés au bon moment.

Tout ça n'est pas bien grave.

Oh, mais si que c'est grave, monsieur le président.

Le guignon s'exténuait au travail au risque de tomber malade.

Si tous les fonctionnaires faisaient comme lui, ils tomberaient tous malades,

il n'y aurait plus de service public.

Non, non, il ne faut pas que le fonctionnaire se surmène.

C'est pour cette raison qu'il y a toujours une dizaine d'employés là où un

seul suffirait.

Tout ça nous avance gay.

Je voudrais malgré tout attirer l'attention du tribunal sur une pensée

que j'ai cultivée comme une fleuve.

Faites-la éclore devant nous.

Être lampiste à la SNCF, c'est une spécialité qui se perd.

Un lampiste conscient de ses devoirs ne déserte pas son poste.

Le guignon a mal agi en nous quittant.

C'est tous les chemins de fer qui s'adressent à vous par ma voie, mon

président. Ne nous privez pas d'un bon lampiste.

Sa place n'est pas en prison ou dans ce box d'infamie, mais c'est debout et

fier, aux côtés de la lanterne du chemin de fer français.

Jusqu'ici, les témoins n'ont été que des témoins de moralité qui n'ont pas

beaucoup éclairé les débats.

Bien qu'ils aient été cités par l'accusation, ils ont plutôt rendu la

personnalité de Guignon sympathique.

Pourquoi fermes-tu la radio ? Il a l'air d'un brave homme, ce lampiste. Et

rigolo. Oui, mais naturellement, les femmes des copains de la type à la radio

dans les journaux, elles le trouvent formidable.

Vous avez déjà cassé les oreilles avec Tino Rossi, le professeur Picard et

André Clabot.

Et maintenant, c'est le Guignon, un lampiste.

Qu'est-ce que vous en pensez, vous, de cette affaire, le Guignon ? Ça vous fait

rire ? Jaune, mon ami, jaune.

Tandis qu'on amuse la galerie avec ce pauvre diable, on nous prépare autre

chose. Mais quoi ? Alors vous ne comprenez pas.

Vous êtes aussi chobard que les gens qui achètent ce journal. Mais pardon, c'est

pas moi qui l'ai acheté, c'est vous.

Moi, je ne suis pas dupe.

Le coup est classique.

On nous amène gentiment à la prochaine dernière.

Donnez-moi le journal.

J'ai toujours considéré M. Le Guignon comme un homme honorable, toujours prêt

à rendre service.

Pour moi, son honnêteté n'est pas en cause.

Ce qui est en cause, par contre, c'est la misère de tous ces pauvres gens,

celles dont je suis le témoin chaque jour. Et à cela, l'issue du procès ne

changera rien.

Le mal est fait.

Que M. Le Guignon soit acquitté ou condamné, il n'y aura pas une pierre de

plus à tous ces foyers détruits.

Nous vous remercions, mademoiselle.

Au témoin suivant.

M. Pabroc ! Il s'agit de jouer serré.

Maintenant, c'est la peau de ce salaud, la vôtre. Faites bien attention à ce que

vous dites.

Je n'ai plus rien à dire. Louise a raison, ça ne servira à rien.

Mais voyons, vous êtes fou, nous ne pouvons nous défendre. Mais pourquoi ?

Mais c'est normal.

Dans la vie, il y a des gens qui sont faits pour gagner, d'autres pour perdre.

Moi, je suis comme mon père. Voyons, M. le déniant, voyons.

Je le jure.

M.

Pabroc, pouvez-vous nous dire si à votre connaissance...

Le Guignon, lorsqu'il a pris la société en main, était au courant de la dette qu

'elle avait envers vous.

J'imagine que M. Le Guignon n'a pas repris cette affaire sans être au

courant des comptes. Mais pas de cette dette envers vous ! Vous m'étonnez,

maître. Et ce n'est certes pas votre client qui pourrait le soutenir.

La première chose dont il a été question, justement, et d'autres témoins

que moi pourront venir le prouver, c'est de cette dette.

Le Guignon, reconnaissez-vous l'effet ? Je vous ai posé une question, Le

Guignon.

J'ai rien à dire.

C'est votre droit.

Je ne comprends pas votre attitude.

Et je vous préviens que le tribunal ne peut qu'en tirer des conclusions

fâcheuses.

J'ai rien à dire.

Bien.

Après un silence de deux jours, devant les graves accusations portées contre

lui, le guignon parlera-t-il aujourd'hui ? Nous vous rappelons en effet que c'est

impassible qu'il ait assisté aux dépositions de M. Paprock.

qui a démontré que l'accusé avait agi en parfaite connaissance de cause.

De M. Guérin, qui a fait une peinture saisissante de la détresse dans laquelle

se trouve plongée sa famille.

De M. Marcus, secrétaire de la société à crédit différé, qui a dit d'avoir fait

tout dans son pouvoir pour dissuader l'accusé de se livrer à ses opérations

dangereuses. Et Le Guignon ne répondait toujours pas. Pas plus qu'il n'a répondu

à cette pauvre vieille femme venue décrire son angoisse.

à l'idée de finir ses jours dans un asile de vieillards.

Qu'est-ce qui paralyse la verve ancienne de Le Guignon ? Cherche-t-il à couvrir

quelqu'un ? Est-il accablé par leur mort ? Est-ce une attitude de dédain ? Nous

le saurons peut-être aujourd'hui, puisque l'un des témoins qui reste à

entendre n'est autre que le général de Saint-Bouquet, dont la déposition peut

être décisive.

Mais voici que commence l'audience.

Je vous laisse entendre maintenant le premier témoin.

C'est M.

Petitot, un homme d'un certain âge, qui se trouve déjà à la barre.

Je le jure.

M. Petitot, vous n'aviez pas été cité par la défense ni par l'accusation.

C'est vous qui avez demandé à venir témoigner à ce tribunal en tant que

victime de la société des crédits différés.

Nous vous y avons autorisé.

Maintenant, nous vous écoutons.

M. le Président, j'avais sollicité un prêt de la société.

Et malgré les intérêts payés à l'avance, je ne voyais rien venir.

À plusieurs reprises, on m'a fait croire que si je versais un peu plus d'argent,

mon tour d'en recevoir viendrait plus vite.

Et c'est comme ça que toutes mes économies y ont passé rapidement.

J'étais ruiné, monsieur le président.

Je n'avais plus de quoi faire vivre ma petite famille.

Et j'en étais à un tel point de désespoir que j'ai failli commettre une

mauvaise action.

La plus stupide.

la plus horrible.

Qu'est-ce que vous voulez, M. le Président ? Je croyais être seul,

abandonné de tous.

Et il s'est trouvé un homme pour me sauver de ma misère morale et

pécuniaire. Cet homme, c'est M.

Le Guignon.

À l'époque, je le prenais pour un grand homme d'affaires et maintenant que je

sais qui il est, j'ai encore plus de reconnaissance pour lui.

Voilà, M. le Président, c'est ça que je voulais dire au tribunal.

Le tribunal vous en remercie, monsieur, il en tiendra compte.

La défense n'a pas de questions à poser au témoin ?

Vous vous taisez, monsieur Le Guignol, et je sais pourquoi,

mais vous n'avez pas le droit, moins que n'importe qui, car tout le monde vous

regarde.

En abandonnant la lutte, vous condamnez tous ceux qui se débattent dans le

malheur et qui n'ont d'autre arme que leur espoir.

Vous n'êtes pas tout seul, M. Le Guignon. Il ne faut pas que dans cette

affaire, les pauvres gens soient condamnés d'avance.

Vous m'avez donné la preuve que la solidarité humaine existait. Eh bien,

moi, je viens vous le confirmer.

Je ne suis qu'un petit artisan.

Et j'apporte ce que je peux pour aider à la construction de votre immeuble.

Tenez, monsieur, si tout le monde faisait comme moi, il serait vite fini.

Le geste généreux du témoin semble avoir ému considérablement le public.

Mais voici que le général de Saint-Bouquet, témoin décisif, vient à

la barre.

Vous vous appelez de Saint-Bouquet-Michel, général de

division en retraite. Vous n'êtes ni parent ni allié de l'accusé. J'aurais

dit la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. Levez la main droite et dites

je le jure.

Je le jure.

Mon général, vous étiez le prédécesseur d'un inculpé à la présidence de la

société. Exact.

Vous aviez évidemment connaissance de la dette de la dite société envers M.

Pabot.

Parfaitement. En avez-vous averti M. Le Guignon ? Je vous rappelle que cette

question est extrêmement importante.

Non. Je n'ai pas mis personnellement M. Le Guignon au courant de cette dette,

mais le secrétaire de la société, M. Marcus, m'a affirmé l'avoir fait lui

-même. Nous réservons d'attaquer ce secrétaire en faux témoignage.

Laissez déposer le témoin, maire.

Mon général.

Dans votre esprit, le Guignon était-il au courant de cette dette ?

Personnellement, ne mettez pas en doute la parole du secrétaire ou celle de M.

Pabot, qui est venu nous affirmer la même chose.

Répondez, mon général.

Répondez, mon général.

Monsieur le Président,

je ne voulais plus rien dire, mais M.

Petitot m'a redonné confiance.

Il a raison, il ne faut plus que les pauvres gens soient toujours condamnés d

'avance.

C'est pour ça que je vous demande de répondre, mon général.

Si ça ne vous ennuie pas de vous reporter 30 et quelques années en

arrière, vous vous souvenez dans quelles conditions on s'est connus ? Vous vous

souvenez quand on nous disait qu'il fallait tenir jusqu'au bout pour qu'il n

'y ait plus jamais d'injustice ?

Eh bien, ni vous ni nous, on ne s'est pas déballonné.

Parce qu'on y croyait.

C'est quand même marrant qu'on se retrouve encore aujourd'hui, tous les

deux, dans une histoire d'injustice.

Parce que vous savez bien que c'en est une, l'injustice. Vous savez bien que le

guignon que vous avez connu là-haut, il est incapable d'escroquer ses copains.

Surtout dans ces conditions-là, ils ont confiance en moi, ils m'apportent leur

pognon, puis j'irai leur piquer. Allons, mon général.

Je ne comprends rien à tous ces trucs-là, mais vous qui savez causer.

Mettez-vous à table, mon général.

Dites-leur que tout ça, c'est pas juste.

Vous avez raison, Le Guignon.

Tout ça n'est pas juste.

Vous m'avez posé une question, M. le Président.

J'y réponds.

Oui, je crois davantage en la parole de Le Guignon qu'en celle de M. Fabrec et

de son secrétaire, que j'estime à présent comme des gens peu

recommandables, parmi lesquels je regrette de m'être un fort voyé.

Silence ! Silence ! Vous vous rendez compte de la gravité de l'accusation que

vous portez contre ces témoins ? Je ne la porte pas à la légère, M. le

Président.

Et je peux vous en donner une preuve irréfutable.

En quelque sorte, j'ai été leur complice, puisqu'ils ont su m'amener à

signer cette reconnaissance de dette qui fait l'objet de ce procès, qui est

purement fictive et basée sur...

sur le trucage des comptes de la société à l'avantage de M. Pavroc.

Garde ! Empêchez M. Pavroc et Marcus de sortir. À partir de maintenant, ils sont

à la disposition de la justice.

Pourquoi nous avoir fait arrêter si loin ? J'ose plus le montrer, moi.

Vous les avez quittés ? Oui, mais l'immeuble sera jamais fini.

Voyez.

C'est un geste magnifique de solidarité humaine. L'appel de M.

Petitot a été entendu de toute la France à l'écoute. Et ce sont maintenant des

centaines de braves gens qui arrivent, les bras chargés de leur modeste

contribution. Plus de doute maintenant, l'immeuble de M.

Le Quignot sera terminé.

Merci.

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