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Monsieur Balcourt, je suis Gaëlle Plamond. Je suis vraiment désolée, on a
fait au plus vite.
Laissez-moi vous aider. Non, non, mais ça va. Allez, allez.
Vous me suivez ? Oui.
Vous avez quand même fait bon voyage ? Oui.
Bon.
En tout cas, ça fait plaisir de vous rencontrer enfin, en chair et en os. Ça
fait longtemps que vous n'êtes pas revenu ? 35 ans, depuis que je suis
parti, en fait. Vous me direz si ça a changé.
Moi, je n'ai pas de recul, je vis ici depuis toujours.
Venez, c'est par ici.
Je suis vraiment confuse pour la voiture, mais elle nous a lâchés au
moment de partir et c'est tout ce qu'on a trouvé.
Ce sera résolu à notre retour. Il sera dans trois quarts d'heure si on n'a pas
de tracteur sur la route.
Merci Thierry. Je vous présente Monsieur Belcourt.
Bonjour Monsieur.
Je vous laisse passer devant.
On va faire derrière.
Ah d'accord.
Très bien.
J'ai cru qu'on ne les aurait jamais à temps.
Votre nouvelle est magnifique, tout le monde était très content. J'en ai de
côté pour vous d'ailleurs si vous voulez en ramener à Paris. De toute façon, j'en
ai fait livrer chez votre éditrice. J'ai aussi un petit mémo pour que vous vous
repériez.
En arrivant, on a une séance de dédicace au texte libre.
Les libraires étant passionnés, vous verrez, ils offriront votre nouvelle
avec chacun de vos livres.
Demain, vous avez une interview avec France 3 et la Charente Libre.
Cet après-midi, il y a la répétition technique, comme ça vous pourrez
découvrir la salle pour votre discours.
En général, on fait plutôt appel à des plasticiens pour nos cuvées spéciales,
mais pour notre bicentenaire, un écrivain, ça nous semblait parfait.
Surtout un enfant du pays.
Ah, et nous avons une visite guidée déchets, organisée pour nos importateurs
américains, si vous voulez en profiter. Ah non, non, non, merci, j'ai fait ça
mille fois quand j'étais gamin, si je peux passer mon tour.
Ah bien sûr, je comprends.
Ils étaient incroyables.
Ah oui, c'est sûr. C'est surprenant.
Merci, Thierry.
Ça va,
Lucas ? Tout se passe bien ? Oui, très bien, parfait.
Monsieur Belcourt ? Nous allons passer avant le groupe.
Suivez-moi, c'est par ici.
Bonjour,
je vous présente M. Stéphane Belcourt.
Bonjour, monsieur.
Alors, si vous voulez bien remplir ceci. Non, ce n'est pas la peine, la chambre
est au nom de Bossoni.
Pour ceux qui sont de nos hôtes américains, monsieur André va vous
donner un passeport regroupé. Ce sera plus simple.
Michael, and just a moment.
Gaëlle, s'il te plaît. Oui, j'arrive tout de suite.
Monsieur Belcourt, je vous laisse déposer vos affaires. Vous avez un petit
quart d'heure et on file à la librairie. Allez, à tout à l'heure.
Chambre 15, troisième étage. Monsieur Belcourt, je peux ? Oui.
Vas-y, assis-toi.
Je rêve où tu me mettes dans la cour.
Je te plais, c'est ça ?
T'as déjà fait ça ? Non.
Et toi ? Non.
Pas avec un mec.
Faudra le dire à personne.
Ok ? D'accord.
Vas-y, suis-moi.
Ça reste entre nous.
Allô ? Ça va ? T'es bien arrivé ? Oui, oui, ça va.
Et tout se passe bien ? Écoute, oui, même si... Même si je me demande quand
même ce que je fous là. C'est toi qui as voulu y aller pour une fois que je t'ai
pas forcée.
On a reçu les nouvelles, c'est un bel objet. Franchement, ils se sont pas
fichus de toi. Oui, j'ai vu.
Du coup, j'ai fait lire à Mertou, il la trouve formidable.
Il m'a fait un papier dessus.
Mais non, c'est une commande.
Franchement, j'ai fait le paysagiste.
Cognac, son histoire, son terroir.
C'est même pas mes vrais souvenirs que j'y ai mis.
C'est peut-être pour ça qu'elle est si bien.
Merci, madame.
Ah, en fait, je les ai jetés. Tu sais, je...
Excuse-moi, je dois y aller, là.
Je peux te rappeler plus tard ?
Vous vous y connaissez ? Euh, non, non, pas spécialement. Mais c'est un vieux
modèle, non ? Ouais, ouais, c'était à mon père.
Lucas, enchanté.
Stéphane, Belcourt.
Oui, je sais.
Ah bon ? Bah quand même, notre invité d'honneur. Monsieur Belcourt ! Oui ?
Bon, je vais la mettre au parking, je vais me faire engueuler sinon.
Laissez-moi vous présenter notre président, M. Dejean. Bonjour.
Mon cher écrivain, je suis ravi de vous avoir parmi nous. Et moi que vous m'ayez
invité. J'avoue qu'au début, j'avais quelques craintes. Ne vous méprenez pas,
je n'ai rien contre les hommes qui aiment les hommes, mais je m
'interrogeais sur l'image de notre marque.
Vous savez, la tradition, la France éternelle.
J'avais peur que vous soyez trop... modernes.
Mais je me suis aperçu que ma femme vous aimait beaucoup.
Elle a même pleuré à l'un de vos livres. Alors là, je me suis dit, ça peut
marcher. En tout cas, je suis ravi que vous ayez accepté notre invitation.
Et de toute façon, nous nous voyons ce soir, avec la préfète. Oui.
La préfète ? Ah oui, j'ai oublié de vous en parler. C'est un petit dîner informel
dans la demeure historique des Bosonis. Ne vous inquiétez pas, la préfète est
très sympathique. Sinon, vous m'appellerez à l'aide.
Allez, vos lecteurs vous attendent, on y va.
Je vais chercher mon manteau. Je n'ai rien.
À tout de suite. D'accord.
Allez, vas-y.
Ah, désolée, on a fait au plus vite.
Je vous présente M.
Stéphane Belcourt. Et Stéphane, voici M. Techer, qui nous fait la gentillesse de
nous accueillir.
Écoutez, c'est vraiment un honneur de vous avoir, depuis le temps que j'essaye
de vous faire venir.
Bon, ben, installez-vous, installez-vous tous.
Je suis... Voilà, je suis très heureux de recevoir M.
Belcourt. Alors, comme vous le savez, c'est un auteur très prolixe, jusqu'à
deux romans par an, tellement prolixe que j'ai parfois eu du mal à suivre.
Mais là, ça fait quand même deux ans que vous n'avez rien publié, une éternité.
Alors, cher Stéphane, on vous décrit souvent comme le grand écrivain de l
'amour. Moi, je pense que vous êtes surtout celui de la fin de l'amour.
Personne n'en est fait mieux décrit que vous, le désarroi amoureux, quand, je
vous cite, quand après la grâce, il ne reste rien que des gouffres béants qui s
'ouvrent devant soi.
Alors, M.
Belcourt devait nous lire un extrait de sa nouvelle, mais il a préféré un de ses
premiers romans, comme pour célébrer ce retour au sens.
La trahison de Thomas Spencer.
Vous me dites stop ? Ah, top !
Sur cette
photo, Thomas sourit, légèrement, maladroitement.
C'est moi qui lui ai demandé de prendre la pause.
Mais il n'est pas à l'aise avec l'objectif, c'est pas tant.
Il n'aime pas cette intrusion, cette impudeur.
Il fait l'effort pour moi.
l'effort de sourire.
C'est une photo du temps de notre jeunesse, un instant arrêté, presque
rien.
Cette photo... dit quelque chose de lui.
Sa beauté, bien sûr, sa virilité singulière,
mais aussi sa timidité.
Cette photo dit aussi quelque chose...
de nous deux.
Le souhait de conserver une trace, de témoigner que le bonheur a existé puisqu
'il apparaît là.
Puisqu'il apparaît là sur la photo.
Je suis désolé pour les autres jours.
Mais on peut pas prendre des risques, tu comprends.
Allez, tu seras pas déçu.
Mémoire ambrée et amicale.
Voilà, merci Alexandre. Merci à vous.
Bonjour.
Bonjour. Vous vous appelez comment ? Geneviève.
Geneviève.
Voilà. Merci.
Excusez-moi. Oui.
Vous pouvez me dédicacer cela pour les Américains ? Je suis désolé, vous
pensiez avoir terminé. Non, non, ça va.
Mais ils vont rien comprendre, c'est en français.
Justement, si vous pouvez le signer en anglais.
J'ai lu que vous aviez vécu à San Francisco.
Oui, entre autres.
Mais alors, je commence par vous.
D'accord, avec plaisir.
Vous faites quoi chez Bossoni ? Je travaille au bureau de Los Angeles.
Et comme là, on reçoit nos meilleurs distributeurs, je m'occupe d'eux ici.
Et ça va, ils vous donnent pas trop de peine ? Non, au contraire, ils sont
super contents de découvrir en France ce dont ils parlent tous les jours. Et si
en plus, vous arrivez à les faire rire, alors là, c'est gagné.
D'accord, bravo.
Donc, vous, c'est Lucas, si je me souviens bien.
Et... Votre nom ? Andrieux. Lucas Andrieux.
Ah, c'est amusant.
Parce que j'ai connu un Thomas Andrieux au lycée.
Il y en a pas eu 150.
C'était mon père, je pense.
Vous le connaissiez bien ? Comme ça.
Vous étiez en cours ensemble ? Non, mais on était en terminale tous les deux.
C'est dingue. Il aurait pu me dire qu'il avait connu une célébrité.
Tout est relatif.
Et puis je l'étais pas à l'époque.
Il a pas dû faire le lien.
Bah quand même, un écrivain.
Enfin, ça m'étonne qu'il ait mautisé.
Ça a jamais été un grand bavard, mon père.
Et vous étiez pas restés en contact ? Non.
Après le bac, il est parti vivre en Espagne, je crois.
Ouais, c'est ça, je suis né là-bas.
Ma mère, elle est espagnole, en fait.
Ah, d'accord.
Et comme mes grands-parents avaient besoin d'aide à la ferme, bah voilà, on
est revenus.
D'accord.
Et... Il va bien ?
Il est décédé l'an dernier.
Je suis désolé de vous l'apprendre comme ça.
Non, c'est que... Il était jeune pour partir, non ? Ça a été
soudain, oui.
Excusez-moi, mais Lucas, la navette vient d'arriver.
D'accord, je dois y aller. Je suis désolé.
En fait, on va visiter l'échelle. Vous voulez venir avec nous ?
Je crois pas que M. Belcourt en ait très envie.
Ok, je vous laisse tranquille alors.
Attendez, pourquoi pas en fait ? Ça a peut-être changé depuis ? Comme vous
voulez. Je repasse à l'hôtel et je les fais déposer dans votre chambre. D
'accord, merci.
Allez, ils vous attendent.
Eh ben, t'en as mis une plombe.
Je vais partir.
C'était hyper lent avec un emmené. Faut qu'on nous voit ensemble.
Je laisse ça là, t'inquiète, c'est personne.
Tu vas voir, ça va te plaire.
Allez viens !
Attends, attends, attends.
Quelqu'un ? Quoi ?
As you know they are made to measure by hand by our cellar workers, by our
coopers
Vous vous
emmerdez
là ? J'aurais pas dû vous entraîner ici en fait. Non, non, pas du tout.
Mais effectivement, rien n'a changé.
Ouais, mais c'est ça la tradition.
C'est ce qui fait un bon cognac.
J'aime pas trop revenir sur les traces du passé.
Il y a de grandes chances d'être soit nostalgique, soit déçu.
J'aime bien la nostalgie, moi.
Ah bon ? Mais t'es trop jeune pour ça.
Bah non, ne trompez-vous.
De toute façon, on n'a pas le choix. On n'échappe jamais vraiment à son passé,
pas vrai ? Tenez.
Merci, mais je bois pas.
Ah bon ? Vous en parlez super bien dans votre nouvel portal.
Ah oui ? Internet m'a sauvé la mise sur ce coup-là.
Je reviens. Oui, bien sûr.
En fait, je crois que mon père a parlé de vous une fois ou deux.
Je crois même qu'on avait un de vos livres à la maison.
Ah bon ? Lequel ? Je sais plus.
La couverture, c'était un dessin ou une peinture d'une maison américaine, rouge,
avec des blés autour.
La trahison de Thomas Spencer.
C'est amusant, c'est celui que j'ai lu tout à l'heure.
Tu l'avais lu ? Je l'avais commencé.
Mais j'étais un peu jeune, c'était un peu trop psychologique pour moi.
Mais je vais relire.
Dites-moi, comment vous faites pour écrire toutes ces histoires ? Ça vous
vient comme ça ? L'inspiration.
Je me suis toujours demandé comment les gens comme vous font.
Je sais pas, vous vous inventez ? Vous vous inspirez de la réalité ? De votre
vie ? De vos souvenirs ? De mon père, peut-être ? Ah non.
Non, non, pas du tout.
Parlez de moi, non, non, non. Pour étaler mes pseudo-traumatismes, non,
non. Moi, ce que j'aime, c'est inventer.
Déjà petit, j'adorais faire ça. Regarder des gens et leur imaginer une vie.
Gamin, je faisais ça. Oui, oui.
Ça inquiétait ma mère. D'ailleurs, elle disait, arrête avec tes mensonges. Et
moi, je racontais juste des histoires.
C'est pas des mensonges d'inventer des histoires, non ? Sauf si vous les
inventez pas.
T'es sûr qu'il y a personne ? Mes parents rentrent tard, je t'ai dit.
On sera tranquille, c'est ce que tu veux, non ? Allez, viens.
T'écoutes ça, toi ? Euh, oui.
J'aime bien ses textes.
Je préfère téléphone au moins ça dépote.
C'est quoi ça ? C'est rien.
C'est toi qui as écrit ? Non, laisse, s'il te plaît. C'est des histoires
nulles, c'est... C'est bon.
Quoi ?
Ça s'est bien passé ? Finalement, on s'en lasse pas.
Je vous emmène tester les micros ? Je pensais aller écrire mon discours.
C'est pas déjà fait ? Non.
Non parce qu'en fait j'attends toujours le dernier moment pour m'inspirer des
surprises du présent.
Ah bon, j'espère qu'il sera à la hauteur alors.
Ah je parle du présent, pas de votre discours.
Bon, prenez le temps qu'il faut, je vais me débrouiller avec les micros. A tout à
l'heure.
Je vous emmène.
Comment ça ? Bah j'ai merdé avec la visite déchet et j'aime pas rester sur
un échec.
Oui, mais attendez, parce que je lui ai dit que j'allais écrire mon discours.
Ben oui, mais c'est le moment ou jamais, là.
Ils sont quartiers libres, moi j'aurai plus le temps après, et vous non plus d
'ailleurs. On y va ?
Et
ça te plaît les Etats-Unis ? Ouais, je suis bien là-bas.
C'était une vraie opportunité ce poste, parce que j'ai toujours voulu bouger.
Et en même temps, ça permet de revenir souvent voir ma grand-mère, comme elle a
plus que moi.
Ta mère n'est pas avec elle ? Non, ma mère, elle est retournée vivre chez elle
en Espagne, il y a longtemps maintenant.
Je crois qu'elle n'a jamais été heureuse ici.
En même temps, c'est sûr que la Galice, c'est un peu plus chaleureux, non ? Et
tu as des frères et sœurs ? Non, non, je suis fils unique.
Ma mère, elle a essayé de convaincre mon père, mais bon, c'était non négociable.
La pauvre, elle a tiré de mauvais numéros.
Elle en voulait six, elle. Ah ! Ton père ne voulait pas d'autres ? Non, il n'a
jamais cédé.
En fait, je crois qu'ils m'ont eu trop gêné.
Ils se connaissaient à peine quand ma mère est tombée enceinte. Mais bon, ils
ne sont pas plus avortés parce que ma grand-mère était hyper catho.
Du coup, ils se sont mariés et puis ça, et voilà.
On ne peut pas dire que je sois l'enfant de l'amour.
Alors ? On va descendre par là.
En fait, c'est une ancienne carrière d'argile qui s'est remplie d'eau. Mais
comme le sol est trop acide, il n'y a ni plantes ni poissons.
C'est pour ça qu'il y a cette couleur-là.
Mon père, il n'a pas partagé grand-chose avec moi, mais il m'emmenait là.
C'était son repère secret.
Ça vous plaît ? Ça va ? Oui.
On dirait pas. Non, c'est rien, c'est juste que...
C'est fou comme tu ne les ressembles pas.
Ah ouais, j'ai tout pris de ma mère moi.
Le physique, le caractère.
Je ne sais pas comment on peut tout prendre d'un parent et rien d'un autre
comme ça.
Dites-moi.
Il était comment, mon père ? Euh... C'est-à-dire ? Bah...
Quand il était jeune.
C'est dur de s'imaginer ses parents avant soi.
Avant qu'on existe, justement.
Du coup, je me demandais.
Bah... Je sais pas quoi te dire.
Bah...
Par exemple, c'était une tête ? Ou je sais pas, il était nul en cours ? Il
était quoi ? Il était sérieux, fêtard ? Il disait des conneries ? Ou
même avec vous, tiens.
Il était comment avec vous ? Oui, c'était un bon élève.
Non mais, ça je m'en fichais un peu.
Je me disais que vous auriez pu me dire des trucs qu'il m'aurait pas dit.
Parce que c'est mon père, justement.
Et qui m'a jamais rien dit, en fait.
Écoute... C'était quelqu'un de très discret, en effet.
Mais... Mais il plaisait beaucoup.
Ah bon ? Ah oui, enfin... Surtout aux filles.
Enfin, normal, quoi. Il plaisait surtout aux filles. Enfin, il plaisait, quoi.
Mais il préférait traîner avec sa bande de potes. Ah ouais ? C'est dur de l
'imaginer avec des potes.
La ferme, c'était boulot, boulot, tout le temps.
Et jamais personne.
C'est vrai que déjà à l'époque, il aidait beaucoup tes grands-parents.
Vous les connaissiez ? Non.
Mais il m'avait parlé de la ferme.
En fait, vous êtes le premier ami de mon père.
Premier ami de mon père que je rencontre.
Qu'est-ce que tu fous là ? Ça fait une semaine que t'es pas en cours, moi je me
demandais si ça allait. Je remplace mon père, il est malade.
Et franchement, tu débloques.
Tout est autorisé à venir ici.
Ma vie ici et avec toi, c'est des trucs différents.
C'est pas les mêmes mondes.
D'accord, mais t'as pas le droit d'avoir des potes dans ton monde. Pas des potes
comme toi, tu t'es vu.
Ça veut dire quoi ? Rien.
C'est juste que... T'as honte ? T'as honte de moi ? Non.
Si on nous voit ensemble, on va se demander.
Tu vois bien ? Quoi ? Qu'est-ce qu'on va se demander ? Vas-y, dis-le.
C'est toi qui es venu chercher. Moi, je t'ai rien demandé. Pourquoi tu m'as
choisi ? Pourquoi t'es avec moi ? Je suis pas avec toi.
Je t'ai pourtant prévenu.
Je t'ai dit que ça devait rester entre nous tous. Oui, mais on...
Aux jeunes hommes, je ne dis pas.
Vous ne seriez pas de la famille de... Je ne dis pas non plus.
Si vous saviez à quel point j'ai côtoyé une personne qui avait le même nom que
vous, je dis, c'est drôle, j'ai connu un Thomas Andrieux au lycée.
Il me répond du tac au tac, il n'y en a pas eu 150, ça devait être mon père.
N'en reviens pas que son père ne lui ait jamais parlé de moi.
Je fais l'indifférent, j'avance masqué.
Une célébrité, tout est relatif.
Et puis, je n'étais pas à l'époque.
À l'époque, j'étais juste un jeune homme de 17 ans qui se cachait derrière ses
lunettes. Un jeune homme fou d'amour pour son père qui ne vivait que pour le
moment où il pourrait le retrouver.
Mais ça, bien sûr, je ne lui dis pas.
D'ailleurs, qu'ai-je le droit de lui dire comment lui en parler sans lui
parler de nous ? Ma chambre était devenue... Notre royaume,
notre nid, où personne jamais ne pourrait nous atteindre.
Je crois que je t'aime.
Quoi ? Je t'aime.
Je t'aime.
Je t'aime.
Ça se dit pas des trucs comme ça.
Ça, ça se dit.
Faut le dire aux gens qu'on les aime, sinon comment tu veux qu'ils sachent ?
Pas besoin, c'est un truc qui se sent.
Qui se sent ? Ouais.
Bon, moi je sens rien.
Vas-y, dis pour voir.
Non. Si.
Non. Si.
Dis je t'aime.
Non, pas du tout. Tu veux tenir comme tous ces vieux quand j'ai jamais su dire
je t'aime ? Dis je t'aime. Dis je t'aime.
Je t'aime.
Rien du tout. Je t'aime.
Stéphane, t'es là ? Stéphane ! Oui ? Repose-toi bien, j'ai demandé à
rentrer. Tu vas bien ? Je travaille, j'arrive.
Non, non, continue.
Repose-toi bien.
Mais qui est le fiot ? Allez, sors de là.
Putain, t'es con ou quoi ? Tu m'as fait mal en plus.
Excuse-moi.
Faut te faire soigner. Je peux me faire prendre.
Et puis quoi ? Si ça arrive, on va pas en mourir.
Tu comprends pas.
Toi, c'est simple, tu sais que t'es homo.
Ah, d'accord. Parce que toi, t'es quoi ? C'est pas pareil.
Je peux aussi avec les filles.
Bah bon, si je peux, c'est juste que je veux pas.
Voilà.
Moi j'y ai déjà voulu et je voudrais encore.
Ah bah très bien.
Bah tu sais quoi, comme t'es pas homo, casse-toi.
Allez, casse-toi, profites-en pendant que ma mère dort.
Et puis sors de là, en plus j'en croirai dans ton cercueil.
Tu te rends pas compte ?
Toi tu vas te barrer et moi je resterai.
Non, non, non, toi aussi tu peux partir.
C'est pas possible, je suis le seul garçon chez moi.
Si je reprends pas l'affaire, elle mourra.
Toi si tu te barres, personne n'en mourra.
Tu seras écrivain, tu rencontreras la Terre entière... Arrête avec ça, arrête.
Je sais pas ce que je vais devenir.
Mais je sais que si je reste, j'en crèverai et toi aussi.
On va trouver une solution.
D'accord ?
Ah, enfin ! Vous connaissez déjà Gaëlle Flamand. Mais surtout, laissez-moi vous
présenter notre grand écrivain Stéphane Belcourt.
Stéphane, Madame Burdeau, notre préfète et son écrivain.
Madame et Monsieur Debouchy, notre directeur régional du tourisme.
Enfin, Stéphane, laissez-moi vous présenter votre plus fervente
admiratrice, mon épouse, Eleonore. Je suis vraiment ravie. Pas autant que moi,
si j'ai bien compris. Je suis ici un peu grâce à vous.
Vous l'êtes surtout grâce à vos livres.
Eh oui, ce sont nos joyeux importateurs américains.
Nous leur avons organisé un atelier mixologie.
Ils sont friands de cocktails là-bas.
Eh bien, si nous passions, ça l'on prendra vers.
So,
let me introduce you to Samuel.
Samuel was based in London for many years.
M.
Belcourt, venez. Venez avec nous.
Je peux ? Bien sûr, ça leur fera plaisir.
Oh, peut-être que nous devrions vous envoyer pour parler de cognac. Nos
clients aiment la culture avec le combo terroir.
C'est tellement français.
Oui,
mais... Désolé, mais je serais un spokesman terroir. J'aimerais être un
boiteur, mais l'alcool ne m'aime pas.
C'est vrai.
Ça me rappelle la dernière fois que j'ai été boit.
J'étais dans votre grand pays essayant d'écrire un livre.
J'étais dans une barbe célèbre à l'ouest d'Hollywood. Vous ne pouvez pas écrire
tous les jours, vous savez.
Et j'ai remarqué une bouteille de pastis parmi toutes les bouteilles de liquide
sur les échelles.
Vous savez ce que c'est, la pastis.
de Marseille, c'est très typique.
En tout cas, j'étais un peu obsédé, donc j'ai demandé pour un verre.
Et le vendeur a souri, embarrassé. Évidemment, personne n'a jamais demandé
pour un verre comme celui-ci.
Donc, il a hésité.
Il a pris un énorme verre, et vous savez quoi ? Il l'a rempli jusqu'au haut,
comme 9 ou 10 coups.
Je sais que c'est difficile à croire, mais je n'avais pas le courage de lui
dire, « Oh, vous devez passer par là.
» Donc, j'ai bu toute la glace sans eau jusqu'à la dernière goutte.
Je ne voulais pas qu'il se sente mal.
Et la vérité est qu'il avait 20 ans et qu'il avait une tente avec des trous
très profonds.
Donc, cette nuit, je pouvais le ramener à la maison avec moi. Et parce de tout l
'alcool qu'il m'a donné, peut-être que je n'étais pas le plus grand amoureux du
monde, mais je pouvais explorer ses trous.
Quel con... mais quel con...
Ah, je peux ? Je vous en prie.
Il paraît que vous vous donnez du mal pour votre discours.
Si vous avez besoin d'une relecture... Non, non, non, ça va, je vous remercie.
Je vais être très dans la tradition, vous serez content.
Oh, vous savez, la tradition, on a à cœur de la respecter pour faire un bon
cognac. Mais pour la vie, c'est une autre histoire.
Je vais vous faire une confidence.
Ma fille voulait être maître assembleur, concocter le meilleur des cognacs. Je l
'ai empêchée parce que par tradition, c'est un métier d'homme.
Conclusion, elle est allée vivre en Australie, a coupé les ponts et fait du
whisky.
D'une certaine manière, on peut dire que la tradition m'a rendu con.
Alors, pour votre discours, sentez-vous libre.
Lâchez-vous.
Tenez, refaites pleurer ma femme, comme vous savez si bien le faire.
Je vais essayer.
Ah, la relève.
Vous connaissez notre cher Lucas ? Oui, oui. Nous avons fait connaissance. Il
est promis un grand avenir chez nous.
D'ailleurs, vous pouvez le remercier, car sans lui, vous ne seriez pas là.
Ah bon ? Ce n'est pas grâce à votre femme ? Elle a achevé de me convaincre.
Mais c'est M.
Andrieux qui a soufflé votre nom quand nous cherchions un invité d'honneur.
Il connaît toute votre œuvre par cœur, vous savez.
Non, ça ne s'est pas passé exactement comme ça. Ne faites pas le modeste.
Lucas est un enfant de la maison.
Son père était viticulteur pour nous et avant lui, ses grands-parents.
Vous voyez, nous sommes vraiment une affaire de famille.
Ça se passe bien avec nos amis ? Oui, super.
D'ailleurs, ils m'attendent, il faut que je retourne. Bien sûr, je vais vous voir
à la fin. Allez, on y va.
L'idée, c'est de fêter la Charente à Noël à travers une série de chants
chorales issus du folklore régional.
On a fait une recherche et on a découvert beaucoup de morceaux très
jolis, de la Charente, beaucoup de patois. La musique rassemble les cœurs,
les idées les séparent, la musique unit les cœurs. C'est un langage universel.
Excusez-moi, je reviens tout de suite.
J'ai vu des choses magnifiques.
Tu
peux
m'expliquer ? C'est pas l'endroit, là.
D'accord, bah alors écoute, on va ailleurs.
Bah non, je peux pas, je reste avec eux.
D'accord, bah alors restons.
Écoutez, je peux pas parler là, je suis en train de travailler.
Mais si, il suffit de sourire.
T'as jamais joué à ça ? Dire des horreurs devant des étrangers qui
comprennent rien avec un grand sourire. Regarde, souris, souris, on le regarde.
Souris.
Souris.
Voilà, c'est bien.
Alors, c'est quoi le problème, là ? Tu peux me raconter, c'est quoi ce bordel ?
Je croyais que t'avais lu qu'un seul de mes livres et encore pas jusqu'au bout.
C'est rien, c'est M.
Dejean, il exagère toujours, c'est tout. Ah ouais ? Ah d'accord, et il exagère
aussi quand il dit que c'est toi qui as eu l'idée de m'inviter.
T'aurais pu me le dire parce que là j'ai comme un sentiment de... de tromperie,
voire de mensonge, à moins que je me raconte des histoires, c'est ça ?
Souris, on le regarde.
T'as perdu ta langue ou quoi ? T'es aussi buté que ton père finalement.
Dis-moi, tu me réserves encore d'autres surprises comme ça ? Il est bien mort au
moins, hein ? Qu'est-ce que tu viens de dire là ? Qu'est-ce que tu viens de dire
là ? Je voulais pas dire ça.
Je suis désolé.
Attendez ! Arrêtez ! Arrêtez-vous, s'il vous plaît !
Vous voulez vraiment savoir ? Il y a un truc qui m'a toujours frappé sur la
photo de mariage de mes parents.
C'est le regard de mon père.
Comme s'il n'avait pas envie d'être là, vous voyez ? La seule fois où il s
'illuminait, c'est quand vous passiez à la télé.
Il nous avait dit que vous étiez un copain de lycée, il avait tous vos
livres bien rangés dans le buffet.
Alors quand vous passiez à la télé, il fallait se taire, c'était sacré.
Ma mère, elle restait pas.
Et Liv, ça l'intéressait pas. Et ce qu'avait vécu mon père avant elle,
encore moins. Mais moi, je restais, moi.
Je restais à regarder mon père qui vous regardait et qui souriait.
Je restais à me demander qui vous étiez pour lui.
Pourquoi vous étiez le seul à pouvoir le faire sourire comme ça ? C'était qui
pour vous ? Qu'est-ce qu'il t'a dit, lui ? Mais rien ! Mon père, il parlait pas,
il disait jamais rien.
Mais moi, j'ai besoin de comprendre, moi.
Parce que notre histoire, elle a pourri notre vie.
qui nous a abandonnés toujours au lendemain. De quoi tu parles ? On avait
17 ans.
J'ai pas revu ton père depuis.
Alors si il vous a abandonnés, ça n'a aucun rapport. Mais moi je suis sûr qu
'il a été vous retrouver.
C'est pour ça que j'ai besoin de vous entendre.
Pour savoir si au moins votre histoire en valait la peine. Enfin c'est une
histoire de fou. J'ai pas revu ton père depuis 35 ans. Voilà, tu débarques dans
ma vie, tu me cherches d'un truc qui me concerne pas. Non mais tu te rends
compte ? Mais elle en valait la peine ou pas ? Non, elle en valait pas la peine.
Voilà, sois sûr d'une chose. Non, elle en valait pas la peine !
Mais pourquoi vous avez autant écrit dessus alors ? Mais de quoi tu parles ?
Sans résoudre aux adieux, vous écrivez à un homme que vous avez aimé, qui vous a
quitté et qui vous répond jamais.
Mais c'est une femme qui a écrit, c'est mon héroïne, je te dis que j'aime
inventer. Je voudrais rentrer à l'hôtel. Veuillez m'attendre là, je vais vous
chercher. Non, non, non, je préfère attendre dehors. Dans la trahison de
Thomas Spencer, votre père s'appelle Thomas, dans son frère, il s'appelle
carrément Thomas Andrieux.
Vous croyez tromper qui là ? Mais putain, pourquoi vous voulez pas me
répondre ? Parce que ton père m'a abandonné du jour au lendemain, comme
pour toi, sans un mot, sans une explication.
Mais c'est du passé maintenant, j'ai bien assez souffert comme ça, alors
laisse-moi tranqu
Non, mais j'ai eu une grosse journée. Je préfère rentrer à l'hôtel me reposer
pour mon discours. Mais vous ne pouvez pas partir comme ça. Eh bien, vous direz
à la préfète que j'ai fait un malaise. Je vous raccompagne. Non, non, non, ce n
'est pas la peine. Si, si, je ne voulais pas comme ça. Fais, Lucas. Je dois
envoyer des mails pour Los Angeles.
Thierry, on y va, s'il vous plaît.
Monsieur Dejean était un peu inquiet à propos de votre discours. Je lui ai dit
que vous y travaillez.
Écoutez, il m'en a touché deux mots, il avait pas l'air si inquiet que ça.
Ah, d'accord.
Bon. L'important, c'est que vous soyez content.
Eh ben non, je suis pas content.
J'ai beaucoup souffert dans cette ville. Vous savez ce que c'est la province
quand on est différent ? Vous vous rendez compte ? Je sais même pas comment
j'ai réussi à vous prendre cette nouvelle, alors... En plus, un
discours... Mais en fait, pourquoi vous êtes revenus si vous avez autant
souffert ici ? En tout cas, bravo, vous avez réussi à bien tirer profit de votre
souffrance, vous.
Il y en a qui n'ont pas eu cette chance.
Ben quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
M. Belcourt arrête pas de cracher sur notre vie, il ferait mieux de la
remercier, non ? Il aurait écrit sur quoi, sinon ? Hein ? Bon, ceci dit, là,
vous vous tournez un peu en rond, il serait temps de changer de disque.
Bon, Lucas, ça suffit, qu'est-ce qui te prend ? Non, non, laissez.
J'écoute toujours mon lectorat, ça peut être très instructif, et comme
apparemment M.
Andrieux connaît mon oeuvre par cœur, donc, jeune homme, vous trouvez que je
me répète, c'est ça ? Bah ouais, je trouve que vos derniers livres, ils
tournent un peu en rond.
Mais bon, vous le savez, non ? Vous avez rien écrit depuis deux ans. Vous oubliez
la nouvelle. Ah, c'est vrai, la nouvelle, on a eu du pot sur ce coup-là.
Vous voyez, quand vous arrêtez de vous morfondre, ça vous réussit. C'est mentir
qui me réussit. Et bah continuez à mentir alors. Stop ! Je ne comprends pas
tout ce qui se passe, mais je suis très mal à l'aise, alors on se calme.
Et on reste concentrés. On a une cérémonie demain.
Je suis vraiment désolée, monsieur Belcourt. Et veuillez excuser Lucas.
Et Lucas, je ne sais pas ce qui t'a pris, mais on en reparlera.
Non, silence, j'ai dit.
Et arrêtez de me prendre pour une cruche.
Qu'est
-ce
qui se passe, Lucas ? Explique-moi.
Tout va bien.
Je te le dirai plus tard.
Alors ?
Bravo. Toi aussi ? On se voit quand ? Tu peux demain ?
Je peux pas demain, je pars en Espagne.
Tu sais, je vais dans la famille de mon oncle, comme tous les ans, pour les
aider à la ferme.
Et tu pars combien de temps ? Tout juillet.
On pourra s'appeler ? Pas trop.
De toute façon, je serai toujours au champ.
Tu pourras pas trop m'écrire non plus.
Mais je t'écrirai, moi.
On se revoit quand, du coup ? Quand je reviens, début août.
Je serai à Normoutier avec mes parents, je rentre le 18.
Tu vois, c'est toi qui vas me faire attendre.
Tiens, regarde.
On a qu'à se dire qu'on se donne rendez-vous le 18 à 18h.
C'est facile à retenir.
La piscine, comme la première fois.
J'ai mes parents qui m'ont offert un appareil photo pour le bac. Tu veux
venir l'essayer avec moi ? Attends, ils te l'ont offert avant les résultats ?
Oui.
Ils doutaient de rien.
Mais ok.
Je passe prendre mon vélo et on y va ?
Vous devriez dormir. Demain, c'est votre grand jour.
En fait, j'ai rien mangé ce soir.
Vous savez pas où je pourrais trouver quelque chose ? C'est la province, ici.
Vous avez du pot.
J'ai mes entrées.
Qu'est-ce que vous faites là, d'ailleurs ? Vous dormez jamais ? Non, mais on a
ramené tout le monde.
Je souffle un peu avant de rentrer. J'habite à deux pas.
Alors, nous avons chips, petits raisins, amandes.
C'est la fête, merci.
J'adore ce moment, quand tout le monde dort et que tout s'apaise.
Merci, je bois pas.
Oh, vous êtes pas un rigolo, vous.
Comment ça ? Je sais pas, vous êtes pas un rigolo, quoi.
Ah bah si, je peux être très drôle. Oui ? Ah oui ? Ah oui, par exemple, si je...
Bah si, je...
Oui, allez.
Là, vous êtes drôles.
Je voulais m'excuser pour tout à l'heure.
Pourquoi ? Ce que j'ai dit sur la province.
C'était déplacé.
Vous avez raison.
C'est plus dur de vivre dans une petite ville quand on est différent.
J'en sais quelque chose.
Moi aussi, je les fuis dès que j'ai pu.
Et puis je suis vite rentrée parce que c'est ici finalement que je me sens le
mieux.
Mais en revenant, je me suis fait une promesse.
C'est que personne ne m'empêcherait de vivre ma vie ni d'aimer qui je veux.
Ça va coûter une partie de ma famille, des amis, mais je m'en suis fait d
'autres.
Vous voyez, rester, c'est pas forcément subir.
À ceux qui restent, alors.
Pourquoi vous avez accepté notre invitation si c'était si dur de revenir
? Quand je l'ai reçu, c'était quoi ? Il y a un an.
Ma vie était un vrai marasme.
Je venais de me séparer pour la énième fois.
Encore à cause de moi, apparemment.
T'écris merveilleusement sur l'amour, mais t'es incapable d'aimer.
Ça a été les derniers mots de mon ex.
Côté écriture, c'était pas mieux.
Je savais plus pourquoi j'écrivais, si je l'ai jamais su un jour, d'ailleurs.
Enfin bref, quand je l'ai reçu, je me suis dit, c'est peut-être le moment de
te coltiner tes fantômes.
Sauf que l'année a passé comme ça, j'ai rien vu, et je suis arrivé, et j'étais
pas du tout prêt, en fait.
Vous connaissez déjà Lucas, c'est ça ?
Ah non.
Je savais même pas qu'il existait.
Mais... J'ai bien connu son père.
On avait 17 ans.
C'était lui votre fantôme.
C'était mon premier amour.
Vous l'avez connu ? Non.
Quand Lucas a commencé chez nous, il ne le voyait plus depuis longtemps, puis il
n'en parlait jamais.
Mais je suis allée à son enterrement.
Ah bon ? Oui. Lucas a débuté avec moi, c'est un peu mon petit protégé.
Mais j'ai jamais vécu un enterrement aussi lucubre.
Il n'y avait personne.
Ni amis, ni collègues.
Juste Lucas et sa grand-mère.
Ils s'occupaient de tout.
Les papiers, du cimetière, tout.
Il est enterré où ? Dans leur village, à Javrozac.
Et ce que je trouvais le plus dur, c'est que son père lui a rien laissé. Aucune
lettre, aucune explication.
Quand on fait ça, on devrait laisser un mot.
Non.
Vous le saviez pas ?
Oh, je suis désolée.
Et... Il a fait comment ? Il s'est pondu chez lui.
Ça va ? Ça va.
Stéphane...
Bonjour Lucas.
Je peux m'asseoir ? Allez-y, j'ai bientôt fini de toute façon.
Gaëlle m'a dit pour ton père.
Elle pensait que je savais.
Ouais, elle m'a dit.
Ça va ? Je suis désolé.
Il t'a vraiment laissé aucune explication ? En quoi ça vous regarde en
fait ? Vous avez pas été foutus de me parler de lui et moi faudrait que je
vous raconte ?
Vous savez quoi ?
C'est vous qui avez raison.
C'est du passé tout ça.
J'aurais jamais dû l'avoir, ton père, c'était pas un garçon pour moi.
Il était fait pour les filles, c'était évident.
Dans la cour, on voyait que lui, moi je l'ai remarqué tout de suite, mais jamais
je n'aurais osé faire le premier pas.
Sauf qu'un jour, c'est lui qui est venu vers moi et j'en suis toujours pas
revenu.
Il fallait en parler à personne, c'était sa condition.
On se retrouvait dans ma chambre.
C'était devenu notre royaume.
On parlait.
On faisait l'amour.
Moi, je pensais que ça allait durer toujours.
Sauf qu'un jour, il est parti en Espagne. Il est jamais revenu.
Je me suis toujours demandé pourquoi il m'avait choisi.
S'il m'avait aimé, ne serait-ce qu'un petit peu.
Tout ce qu'il m'a laissé, c'est des questions.
Mais moi, je l'ai aimé comme un fou, ton père.
Oui, bonsoir.
Est-ce que je pourrais parler à Thomas, s'il vous plaît ? Il n'est pas là.
C'est ta part ? De Vincent, un copain de classe.
Oui.
Il revient quand ? Je ne sais pas.
Il est en Espagne maintenant.
Comment ça ?
Oh, excusez-moi.
Lucas ? Je cherche Stéphane. Il répond pas au téléphone.
On a rendez-vous avec la charence libre.
Il est pas dans sa chambre ? Non.
Oui ? Ah ! Mais où ça ? Vous auriez pu me le dire avant, ça fait une heure
que je le cherche.
OK, d'accord.
Merci.
Il a demandé à Thierry de l'emmener à Javreuzac.
Voilà, on vous a cherché partout.
Pourquoi, j'ai raté quelque chose ? France 3 et la charlotte Léo. Ah mince.
Faut y aller alors ? Non mais c'est trop tard.
Mais ils seront là ce soir.
Ah, bah parfait.
J'aurais jamais pensé le retrouver.
Surtout ici, comme ça.
Vous m'avez interdit de venir chez lui.
La fois où j'ai essayé, je m'en souviens encore.
J'ai jamais vu sa ferme, jamais vu ses parents, jamais vu sa chambre.
Je connaissais rien de sa vie, en fait.
Avant toi, je connaissais rien de sa vie.
Tu me... Tu te rends compte de ce qui s'est passé ?
À la ferme, il y avait toujours interdit de lire vos livres.
Ils disaient que c'était pour les adultes.
Évidemment, quand je suis parti étudier à Bordeaux, je suis rentré dans la
première librairie et j'ai acheté tous ceux que j'ai trouvés.
C'est là que, à force de lire son prénom qui revenait à chaque fois et même
carrément son nom, c'est là que l'idée a commencé à prendre forme dans ma tête.
Je savais que vous étiez homo.
Vous en êtes jamais caché dans vos interviews.
Alors un week-end, j'ai attendu qu'il soit seul dans son atelier.
Et je lui ai dit que j'avais lu tous vos livres.
Et que son prénom revenait sans cesse.
Lui, il faisait comme si de rien n'était.
Il a continué à bricoler.
Alors je lui ai demandé s'il savait pourquoi.
Et qui vous étiez vraiment pour lui.
Et il a relevé la tête et...
Vous aurez dû voir son regard.
C'est à ce moment-là que j'ai su que ça avait existé.
Mon père a mouru d'un garçon.
Le week-end suivant, il nous a tous rassemblés dans la cuisine pour nous
annoncer qu'il partait et qu'il ne fallait surtout pas le chercher.
Ma mère, elle a eu beau le supplier, mon grand-père le menaçait, il n'y avait
rien à faire, il avait pris toutes ses dispositions.
Il a renoncé à la ferme, à tout.
Moi, il m'a dit que...
J'étais grand et que j'avais plus besoin de lui.
Il a pris un sac, sa moto, et il est parti.
Mais il est pas venu me retrouver.
Ouais, maintenant je le sais.
Vous venez ? Mamie, c'est moi.
Mamie, t'es là ? Ah, bonjour mon chéri, comment vas-tu ?
Bah écoute, ça va et toi ? Eh bah ça va, merci, je pensais pas te voir aujourd
'hui. Bah ouais, mais je fais visiter le coin à un ami et... Ah, bah moi tout ça.
Ça me présente Stéphane. Bonjour madame. Bonjour Stéphane, enchantée.
Vous travaillez avec Lucas ? Non, non, non, il habite à Paris, lui.
Il est là pour le bicentenaire.
Bon, ben, allez-vous. Vous allez peut-être prendre quelque chose, un
petit pinot. Avec plaisir.
Bon, et bien, alors, dans ce cas-là, dans sa bouteille.
Alors, comment ça va aux Etats-Unis ? Ben, ça va bien, toujours aussi bien. Ah
oui, ah ben, tant mieux. Tu sais, je suis heureux, moi, là-bas. Oui, ben, c
'est le principal, là. Ouais.
Bon.
Toujours avec mes...
Les petits américains, tu sais, ils sont là en ce moment. Je leur montre la
région. Ah, bien, merci.
Je m'occupe d'eux ici.
Ah, voilà, ils comptent sur toi, quoi.
Ils comptent sur moi. C'est bien.
T'es allée à la chorale cette semaine, alors ? Ah ben, bien sûr.
Qu'est-ce que t'avais chanté ce mercredi ? Le temps des cerises. Ah oui, le temps
des cerises. Oui, oui. Ça t'a plu ? Ah oui, oui, alors ça... Il y avait
Bernadette, Michel... Il y avait Sébastien qui nous jouait la java bleue.
Ah, la java bleue.
Eh oui, c'est encore autre chose, ça ! Bah oui, je sais. Mais on avait une
autre Michelle qui était malade.
Elle n'est pas venue, alors bon, bah... Nous, ça nous manque, parce qu'elle nous
dériche, quand même. Mais elle n'a rien de grave.
Non, non, une fatigue générale. Bon, ça, ça arrive à d'autres. Elle va revenir.
J'espère bien, oui. Il n'y a pas de raison.
Tu t'en es sortie sans elle ? Ah, bah, je suis bien.
Précèment, j'ai dû vider sa maison et j'ai trouvé ça.
Je me suis toujours demandé si vous l'avez reçu.
On l'avait faite juste après les résultats du bac.
Ton père avait horreur de se faire prendre en photo.
Mais cette fois, il s'était laissé faire.
Peut-être parce qu'il savait que c'était la dernière fois qu'on se voyait.
Mais moi, je savais pas.
Dans son ordi, j'ai retrouvé plein de mails.
Tous écrits par le même homme.
Visiblement, c'était son amant.
En fait, il était parti vivre à Brest, mon père.
Ils s'étaient connus là-bas et ils vivaient une relation secrète.
Mais l'homme en question, il n'en pouvait plus.
Ils voulaient vivre leur amour au grand jour.
Dans son dernier mail, il lui fixait un ultimatum.
Trois jours après, on a retrouvé mon père pendu dans son garage.
Vous savez ce qui me fait le plus mal ?
C'est pas que mon père aimait les hommes, ça, franchement.
Non, c'est... C'est qu'il se soit caché toute sa vie.
Qu'il ait jamais réussi à dépasser sa honte.
Ce qui me fait mal, c'est... C'est qu'il ait été lâche jusqu'au bout.
J'ai trouvé ça aussi dans son bureau.
Comme il y avait rien écrit dessus, j'ai cru que c'était ses dernières volontés.
Mais en fait, non.
C'est une lettre qu'il a jamais envoyée.
Elle date d'août 84.
Je crois que vous trouverez vos réponses dedans.
Je vous attends dehors et on y va.
Nous voici réunis pour célébrer cet élixir de fraternité, cet élixir de
convivialité, cet élixir de chaleur qui nous rassemble ici.
Et aussi pour célébrer l'excellence de cet art que constitue cet élexir.
Autant suspendre ton vol et aux heures propices, vous connaissez la suite.
Mais c'est avec la plus grande fierté que j'invite à me rejoindre celui qui a
su décrire sans pareil la noblesse de notre région, son passé, ses valeurs, M.
Stéphane Belcourt.
Merci.
Bonsoir. Bien sûr, je ne peux commencer sans remercier Bossoni et cet élixir qui
a fait connaître notre ville dans le monde entier.
Oui, je dis notre ville car j'y ai passé toute ma jeunesse. Voilà.
En écrivant cette nouvelle, il y avait certaines valeurs que j'avais envie de
remettre à l'honneur.
Un savoir-faire que Bossoni défend depuis 200 ans comme la défense d'un
savoir-faire.
Car le savoir-faire, c'est aussi...
En
fait, je suis très content d'être revenu.
Ça fait longtemps que je repoussais ce moment, mais je ne regrette rien. C
'était plein de surprises.
Voilà.
Ça fait 25 ans que j'écris des livres.
J'en ai inventé des personnages, des lieux, des situations.
Tout petit déjà, je regardais les gens et je leur inventais une vie.
Ça inquiétait ma mère, d'ailleurs, elle disait toujours « arrête avec tes
mensonges ». Elle voulait dire « arrête avec tes histoires ». Ça m'est resté.
Mais derrière les mensonges qu'on raconte, il y a toujours une vérité.
Notre vérité.
Celle qu'on tient à cacher.
Eh bien, moi, j'ai caché l'existence d'un garçon.
On s'est rencontrés ici.
On avait 17 ans.
Il a été le premier à me regarder, à me donner confiance, à
savoir avant moi que je serais écrivain.
Et puis, la vie nous a séparés.
Jusqu'à ce week-end où j'ai appris qu'il avait mis fin à ses jours parce qu'il n
'avait pas réussi à dépasser sa honte d'aimer les hommes.
C'est son fils qui me l'a appris.
Oui, il a eu un fils.
Il a eu une vie normale.
Du moins, il a essayé.
Comme tant d'autres.
J'en ai connu des hommes qui ont passé leur vie à se cacher.
parce qu'affirmer leur vérité leur paraissait insurmontable ou parce qu'ils
avaient honte, tout simplement.
C'est vrai, à force d'entendre dire que c'est mal, contre nature, déviant, ils
ont fini par le croire.
Thomas, car il s'appelait Thomas, faisait partie de cela.
Mais même si toute sa vie il a menti,
je ne peux m'empêcher de penser qu'il n'a pas voulu ça dans la mort.
C'est vrai ?
En partant, il aurait pu faire disparaître toute trace de son histoire,
mais non, il a laissé des lettres, des mails, une photo, pour que celui qui les
découvrirait finisse enfin par connaître la vérité, sa vérité, et il savait que
ce serait son fils.
Alors bien sûr, il l'a fait à sa manière, comme un puzzle, mais il savait
que ce fils saurait le reconstituer.
On peut lui reprocher beaucoup de choses, mais jamais d'avoir douté de son
enfant, ça, non.
Par-delà sa mort, il a réussi à dépasser sa honte et trouver la force de dire à
ce fils « Voilà qui je suis ». Comme on arrive enfin à le dire.
d'avoir passé toutes ces années à inventer des histoires, en niant l
'essentiel, c'est qu'on écrit toujours à quelqu'un.
On écrit à quelqu'un parce qu'il est loin, parce qu'on n'est plus là, parce
qu'on a fui et que l'espace et le temps nous séparent.
On écrit à quelqu'un pour lui rendre ce qu'il nous a donné.
La chaleur du jour sur la peau, le bonheur d'avoir un corps et de le sentir
vibrer, la joie.
De se sentir exister, enfin, sous son regard.
On écrit à quelqu'un pour qu'il sache.
On écrit à quelqu'un pour essayer de le rendre présent à nouveau.
Présent à nous, mais aussi présent à lui-même, présent à la vie.
Même si ça ne marche pas toujours.
Mais au moins, il faut essayer.
Encore et encore.
Merci. Au revoir.
Ça va
Stéphane, vous avez bien dormi ? Très bien. Je vais chercher mes affaires, on
se rejoint à la voiture.
A tout de suite. A tout de suite.
Si jamais vous passez en Californie, vous me dites ? Avec plaisir.
Et si jamais tu viens à Paris ? Vous
allez
écrire sur cette histoire, non ? Vous n'allez pas pouvoir vous en empêcher.
Mais je n'écris jamais sur ma vie, tu sais bien.
Tu m'y autorises ?
Je suis sûr que ça lui aurait fait plaisir.
Merci.
Merci à toi.
Il faut que j'y aille.
Stéphane, je suis en Espagne et je ne veux pas revenir.
En tout cas, pas tout de suite.
Toi, tu vas rejoindre Bordeaux et je suis sûr que tu ne vas pas t'arrêter là.
Tu sais ce que je pense ? Tu es fait pour les ailleurs.
Alors, nos chemins se séparent ici.
Je sais que t'aurais aimé que les choses se passent autrement, que je te dise les
mots qui t'auraient rassuré.
Mais je n'ai pas pu.
Un jour, tu m'as demandé pourquoi moi.
J'aurais dû te répondre parce que tu n'es pas comme les autres.
Parce que tu partiras et que nous resterons.
Tu partiras et tu raconteras tout ce que tu verras parce que tu es fait pour les
mots.
Contrairement à moi.
A la fin, je me dis que tu as compris.
Ich liebe dich, I love you, te quiero.
Mais on ne pouvait pas continuer.
Tu as ta vie qui t'attend.
Sans moi.
Car je ne changerai pas.
Je voulais juste écrire que j'étais heureux pendant ces mois qu'on a passés
ensemble.
Et que je sais déjà que je ne serai plus jamais aussi heureux.
Sous-titrage FR ?
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