All language subtitles for Alexandra.Ehle.S05E03.Feu.sacre.FRENCH

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Original subtitles

...

- Il est très bien, ce garage. - Ah oui,

charmant...

- Le cardan...

Je le savais. Ca fait deux jours qu'elle cliquette dans les virages.

- T'es branchée mécanique, toi ?

- Notre boulot, c'est pareil. Une autopsie, c'est chercher l'origine

de la panne.

- Bonjour. Vous auriez une clé à cliquet avec un embout de 12 ?

- Oui.

C'est pas là... Elle ricane.

Voilà.

- C'est agréable, une femme douée en mécanique.

- Je suis très douée pour les embouts.

- Rho... - Je rêve.

- Oh, ça va ! C'est lui qui a commencé.

- Et Antoine ? - Je laisse tomber.

Ca fait des années que j'attends. - C'est dommage.

N'arrête pas maintenant. - Ca fait à peine 5 ans.

- Comment va ton père ? - Pas de nouvelles.

- Bonnes nouvelles ! - Ca, c'est pour les gens normaux.

Robin, je sais pas trop.

Sirène de police.

Ouais, Antoine.

Ouais. Où ça ?

Ah, d'accord. OK. Bah... j'arrive.

Moi, je vais voir Antoine.

Un cadavre nous refait "Le Radeau de La Méduse".

A tout' ! - A tout à l'heure.

- On y va ?

...

Le moteur toussote. Cliquetis.

Il tousse.

- Dis donc, c'est pas encore ça. - Paix à son âme.

- Elle n'est pas morte encore. - Alex !

Par ici ! - Salut.

- Bonjour. - Bonjour.

Alors,

un promeneur l'a trouvé au petit matin.

- Ouais ? - Mmh...

Discussion au loin.

...

- Vous pouvez le remonter sur la berge ?

- Bonjour. - Bonjour.

Merci.

- Ca aurait été plus simple

de jeter le corps à l'eau. - On l'a attaché sur un radeau.

- C'est une mise en scène. - Ou on a voulu préserver le corps.

- Vu l'état des rigidités, il a été tué dans la soirée.

Si on a l'heure du décès et la vitesse du courant,

on pourra savoir à peu près d'où le corps a été mis à l'eau.

- Attends, attends.

"O Dieu tout-puissant, je demande Ta bénédiction,

"bouclier contre les flammes

"destructrices." C'est quoi, ce délire ?

- Sainte Agathe.

Une sainte italienne, histoire assez violente. Un tyran

était amoureux d'elle, mais elle se refusait à lui.

Il l'a placée dans un bordel et il lui a fait trancher...

les deux seins. - C'est horrible.

- Et c'est pas tout.

L'Etna serait rentré en éruption au moment de sa mort,

ce qui en fait aussi la patronne des incendies.

- "O Dieu tout-puissant,

"je demande Ta bénédiction, bouclier contre les flammes

"destructrices."

Les flammes destructrices... L'Apocalypse.

C'est peut-être un mystique. - Je vous le passe ?

- Non, Corinne, j'ai trop de boulot. - Très bien, comme vous voulez.

Musique de jeu vidéo.

...

- Oh !

Il soupire.

Vibreur. Merde.

Le Chinois.

Oh merde !

Allô ? Marcus ! Comment ça va ? *-Oui, dis donc,

*j'ai été chez ta fille à l'adresse que tu m'as filée.

*C'est un relais colis. - Un relais colis ?

Alors, ça... Ca veut dire qu'Alex a déménagé

hier ? *-On est bien d'accord

*que tu te fous de ma gueule, là ? - Ah non, pas du tout.

Non. Marcus, je te jure, je me suis pas... Non.

*-Tu sais

*ce qui arrive quand on se fout de moi.

- Oui.

Je... je te rappelle. Je te rappelle, je...

Oh merde !

- L'homme a été tué par asphyxie aux environs de 19h30.

On remarque des traces de strangulations

latérales au niveau du scalène moyen.

- Ah, c'est quoi ? - Une larve. A première vue,

je dirais de chenille.

Il prend une photo.

- Il a aucune trace d'autodéfense. Je vais demander

une analyse toxicologique.

Oh, un pied d'immersion ! - Hein ? Un pied de quoi ?

- Un pied d'immersion. On voit plutôt ça

chez les SDF. Le pied est enflé comme s'il était gorgé d'eau.

C'est dû au contact prolongé du pied dans une chaussure mouillée.

- Pourtant, il a une bonne odeur de feu de bois et de résine. Regarde.

Elle hume. - Mmh... Ah oui...

Il devait vivre dans la forêt. - Ses yeux sont rouges.

- Peut-être une allergie.

- Il avait des implants dentaires. - Pas fréquent

pour un SDF. - Ou il venait d'un milieu

plutôt favorisé. Son dernier détartrage remonte à 2-3 ans max.

- Donc, un jeune homme de 25 ans avec deux implants dentaires,

issu d'une famille plutôt aisée, qui vit dans la forêt ?

C'est bizarre. - Hum...

Il prend une photo.

- C'est compliqué de retrouver l'identité d'un mec désocialisé.

- Il ne devait pas croiser grand monde dans sa forêt.

- C'était pas forcément un SDF.

- En quel honneur ? - Il portait des vêtements propres.

Il faisait gaffe à son image. A mon avis, il voyait du monde.

Et il avait des implants dentaires. C'est rare chez les SDF.

- Ca va nous aider à l'identifier. Bip. Vibreur.

- Diane vous enverra les infos. - On a deux ADN étrangers

sur le corps, dont un exploitable. Celui d'une femme pas fichée.

- OK. - Allez, on file.

- Salut. - Salut.

La porte claque.

- Il a un regard doux. - Un regard

de chien battu. - Je vais le consoler. Bon, non.

Euh...

Non. - Ah, lui, il est pas mal.

- On dirait Emile Louis. Non. - Vous avez reçu les analyses

de notre ermite forestier ? - Oui.

R. A.S. A part qu'il avait une carence en vitamine B12.

- Ah ! C'est intéressant, ça. Merci.

Elle soupire.

- Qu'est-ce que vous cherchez ? - Ses chaussures, sa ceinture,

c'est pas du cuir. - Oui. Et donc ?

- Il était peut-être végétalien, vu sa carence en vitamine B12.

Le bol alimentaire nous le confirmera.

- Ca nous sert à quoi

de savoir ça ? - S'il était végétalien, il a dû

se faire tatouer avec une encre sans substance animale.

Tu vas me recenser tous les tatoueurs végans de Bordeaux.

- Ca, c'est dans mes cordes.

Vibreur. - Rho...

Allô ? Ouais.

Quoi ? Où ça ?

Rho...

Oh non...

OK. J'arrive.

Robin. C'était trop calme.

...

Mais ça va ?

- (Chut ! Ne me regarde pas.)

(Parle dans le vide en faisant des petits mouvements de lèvres.)

- C'est une blague ? On dirait l'Inspecteur Gadget.

Si tu veux te faire remarquer, c'est super, on ne voit que toi.

- Y a un type qui me cherche.

- Ah... - Ouais.

Le Chinois. - Qu'est-ce que tu lui as fait ?

- Je l'ai foutu en taule quand j'étais juge anticorruption

à Cayenne. Une grosse, grosse affaire.

Un truc mafieux...

Accointance avec le Brésil...

Triade chinoise... Enfin bon, tu vois le genre, quoi.

Depuis qu'il est sorti de taule, il me cherche.

Il a mon adresse. Je m'inquiète pour Lorette.

Il faut que je trouve une location, un Airbnb, je sais pas quoi...

Mais je suis un peu à court. - Mais t'es toujours à court.

Laurette t'a foutu dehors ?

- Mais pas du tout. Ce type est un psychopathe.

S'il me trouve, tu peux dire adieu à ton papa.

J'ai besoin d'argent. C'est la dernière fois que je te le demande.

- Je veux d'abord parler à ma mère. Dis-lui que je passe ce soir.

- Je planifie un départ pour Athènes lundi ?

- J'ai un nom : Gabriel Leroy. Les implants et les empreintes

dentaires correspondent. - Gabriel Leroy ?

J'ai vu passer ce nom.

Il y a une semaine, son père a déposé une plainte contre X

le concernant. Il a déclaré qu'une menace pesait sur son fils.

...

Il sonne.

Quelqu'un approche.

- Commandant Doisneau. Vous êtes de la famille de Gabriel Leroy ?

- Oui. Pourquoi ? - On peut entrer ?

- Alors, Gabriel avait raison.

- C'est-à-dire ? Vous saviez qu'il était menacé ?

- J'ai revu mon fils il y a une semaine. Il ne m'avait plus parlé

depuis deux ans.

Il a laissé entendre

qu'il allait mourir. Sans en dire davantage.

J'ai paniqué.

Je suis allé porter plainte contre X, mais le policier m'a dit

que sans l'adresse de Gabriel, il ne pourrait rien faire. Avec Sarah,

on a arpenté la forêt nuit et jour pour essayer de retrouver Gabriel.

- Vous étiez où, hier soir ?

- Nous sommes restés ensemble. Nous n'avons pas quitté la maison.

- Vous vivez seul avec votre fille ? - Sarah est la fille

de Béatrice, ma seconde épouse. Elle vit avec moi. Je l'ai adoptée

quand j'ai rencontré sa mère.

- Hier soir, je devais finir une commande. Marc m'a aidée.

- Vous êtes couturière ? - Non, styliste.

Je crée des motifs.

- Vous savez pourquoi votre fils vivait dans la forêt ?

- Non.

Il a coupé les ponts avec moi sans rien dire, du jour

au lendemain. - Il vous reprochait quelque chose ?

- Je crois que je ne l'ai jamais

assez écouté. Gabriel était éco-anxieux.

Il s'intéressait au survivalisme, à la décroissance... Il y avait

toujours une forme de radicalité dans tout ce qu'il entreprenait.

- Et vous pensez que cette radicalité pouvait déranger ?

- Je ne lui ai jamais connu d'ennemis.

- Vous connaissiez ce tatouage sur son torse ?

- Non, non.

- Pas du tout. C'est quoi ?

- La sainte patronne des incendies. - Je ne comprends pas.

Gabriel n'était pas religieux. Il n'était même pas baptisé.

- Gabriel

a évoqué sa mort avec son père. Ca pourrait aussi être un suicide

avec la complicité de quelqu'un qui aurait mis son corps sur le radeau.

- Non. Les traces d'étranglement montrent que ce n'était pas

une pendaison. Il n'avait pas de traces d'autodéfense sur les mains,

il n'était pas drogué. Il était peut-être résigné à mourir.

- Ca ne va pas être évident de trouver des suspects

dans ce contexte. On va déjà essayer de savoir où il habitait.

Il devait avoir une tente, une cabane. On va aller randonner

avec Pincé. - OK.

- Ah, vous êtes là ?

J'ai trouvé une squame de peau morte dans ses sourcils.

- Alex... Si tu cherchais quelque chose de discriminant, tu l'as.

Les larves trouvées appartiennent à la chenille du papillon du chêne.

Et le chêne est une espèce rare dans la région.

- Je vais demander un inventaire des essences à l'ONF.

Comme j'attends les mesures du courant de la Leyre, en croisant

les informations, on connaîtra l'endroit où le corps a été mis

à l'eau. - OK.

- Vous n'avez plus besoin

de moi ? - Non, tu peux y aller. Ca va ?

Cris d'admiration.

- Oh ! - Oh là là là là !

- Vous me trouvez comment ?

- Mais t'es sublime ! - Mais odorante.

T'as forcé sur le patchouli. - Tu vas où ?

- J'ai un "date" avec un homme bien. - J'espère qu'il aime le fuchsia.

- C'est sa couleur préférée, maintenant.

Elle sonne.

- Qu'est-ce que tu veux ? - Robin t'a pas dit que je passais ?

- Non. Je suis crevée.

- Vous vous êtes engueulés ? - Pas plus

que d'habitude. Pourquoi ? - Alex...

- Rho ! - T'as trouvé mon Airbnb ?

- On mange. - Oh !

- Rho !

- Pff...

On sonne à la porte.

- Tu attends quelqu'un ? - Bah non.

Pourquoi j'attendrais quelqu'un ? Il n'y a pas de raison

que j'attende quelqu'un.

Rire gêné. - Je comprends pas.

J'ai dit au livreur que c'était une erreur, mais c'est notre adresse.

- C'est quoi ? - Une livraison du Palais de Jade.

- C'est de la bouffe chinoise ?

- Ca m'en a tout l'air. - Merde ! C'est lui.

Le riz cantonais, c'est sa signature.

- De qui tu parles ? - De celui qui a commandité le riz.

- T'as peur qu'un rouleau de printemps explose ?

- Arrête. C'est sérieux. Je te jure, c'est une question

de vie ou de mort.

C'est grave.

Crois-moi.

Un riz cantonais. Hein ? Un riz cantonais.

Un riz cantonais. Deux riz cantonais.

Trois riz cantonais.

Trois paires de baguettes.

Qu'est-ce que t'es en train de me dire, là, toi ?

Qu'est-ce que t'es en train de me dire ? Les triades.

Les triades ! Ce sont les triades !

- Arrête avec ton riz ou je me tire. C'est qui, ce type ?

Qu'est-ce qu'il te veut ? - Vous me fatiguez. Je vais au lit.

- Tu vas me dire ce qui se passe exactement, là.

Qu'est-ce que t'as fait ?

- Le Chinois, c'était un... un avocat avec qui j'avais monté

une affaire de tourisme dans la forêt amazonienne.

Enfin, ça n'apparaissait pas dans les statuts.

Ca tournait bien, mais on n'avait pas toutes les autorisations.

Et le guide, c'était un poivrot et il était héroïnomane.

Il a perdu deux touristes.

Le Chinois a été inculpé. Mais moi, je lui ai demandé de pas me citer.

Comme ça, j'étais à l'instruction. Je pouvais trafiquer les preuves.

Mieux valait qu'il prenne deux ans, que nous deux dix, non ?

- Et il a accepté le deal ? - Oui.

Mais euh...

Je...

Comme il... Comme il voulait pas

porter le chapeau tout seul,

je lui ai dit que j'avais une fille qui aimait les taulards

et qu'elle allait lui écrire pour lui faire passer le temps.

Bon, évidemment, c'est moi qui lui ai écrit les lettres. Et...

ça a dérapé.

- Dérapé ? - Oui. C'est devenu un peu intime.

Et il... il veut te rencontrer. - Ah, il veut me rencontrer ?

- Ceci dit, tu peux le faire. C'est un type bien. C'est un avocat.

Bon, il a fait deux ans de taule, mais c'est un type bien.

- Tu racontes des trucs salaces à un mec pendant deux ans

et tu veux lui présenter ta fille ?

- Ce que tu es normative.

- Dire que tu m'as refilé la moitié de tes gènes...

- C'est pour le faire patienter.

Tu le tiens au chaud. Après, j'ai un plan pour le renvoyer en Guyane.

- OK pour un rendez-vous. Mais je te préviens, si jamais ça dérape,

je lui balance toute la vérité et je te laisse te débrouiller.

Voilà. C'est à peu près là. - OK.

- Là.

Bah, tu viens ? - Oui !

- Attends, c'est par là.

Là. Téléphone.

...

Soupir agacé. - Ca ne va pas ?

- Mon père a dit à un ex-taulard que j'étais amoureuse de lui.

Je suis obligée de le rencontrer.

- Vous êtes sérieuse ? - Oui.

- Vous allez pas faire ça ? - Si, sinon mon père va finir

en riz cantonais.

- Des chênes.

- Ah oui !

- Il y en a partout. - Bah...

...

C'est tout frais.

...

- Eh... - Oh !

On est bien chez lui. Regarde.

- Eh ! Vous croyez qu'il aimait les fleurs ?

- Vu la pointure, ça a plutôt l'air d'être à une femme.

Suffisamment proche de lui pour les laisser là.

Alors, c'était bien, cette petite balade en forêt ?

- Ca fait des heures qu'on marche. T'aurais pu nous dire que t'étais

sur une piste. - On vient seulement de trouver.

- Je confirme. - Commandant !

Il y a des traces de pneus, là. - Où ça ?

- Ici.

Une des roues avant de la voiture n'a pas la même largeur.

La voiture devait avoir une roue de secours. C'est à confirmer.

- Je vous laisse faire.

- J'ai trouvé ça dans l'herbe. - Un portable à carte prépayée ?

- Il a dû tomber quand Gabriel Leroy a été mis à l'eau.

- Tenez-moi ça. Et regardez... - Ca, c'est quoi ?

- Un carnet qui était

près du téléphone. C'est plein de chiffres.

- "A refaire."

"Du mieux." "Des progrès."

- Qu'est-ce qu'il foutait à faire des statistiques ici ?

- Et regardez.

- "Je m'en remets à Dieu pour la suite." Ecrit le jour

de sa mort. - Vous interprétez ça comment ?

- J'imagine qu'il connaissait son meurtrier et qu'il avait

rendez-vous avec lui.

- Attention à vous. Bips.

- C'est pas vrai !

L'ex-taulard ne comprend pas pourquoi je ne réponds pas.

Bips. - Il a très envie de vous voir.

- C'est pas de l'envie,

c'est de la rage. 23 messages. 24. 25. 26. 27.

Ca suffit. Ca va être galère, cette histoire.

Bips.

Mon père lui a donné ton numéro ?

- Non, j'ai trouvé un tatoueur qui fait des tatouages végans.

- Bien joué.

Infiltration.

- Ca, c'est pas mal.

- A la semaine prochaine. - Ouais, à la semaine prochaine.

Bonjour. Vous êtes ensemble ? - Oui.

- Suivez-moi.

- On est sociologues. On aimerait discuter un peu avec vous.

- Vous faites de la sociologie

de tatoueurs ? - Non, de tatouages religieux.

On travaille sur le retour

du spirituel dans notre société. - Ca a l'air super,

mais j'ai des charges à payer, donc...

- Paul, ça tombe bien,

vous aviez envie de vous faire un tatouage. C'est l'occasion rêvée.

Comme ça, on parle avec monsieur

pendant qu'il vous tatoue. On peut vous faire un beau tatouage

de sociologue. Pierre Bourdieu, par exemple. Regardez.

Pour que ça reste discret, on pourrait le mettre sur la fesse.

Hein ? - Ouais.

Je vais voir ce que je peux faire. - Je vais pas me faire tatouer

Bourdieu sur le cul. - Un effort.

- Il y a des limites. - Je te revaudrai ça.

S'il te plaît, fais-le.

C'était un grand sociologue.

- Ca, ça vous va ? - Parfait.

- Ouais ? - Mmh...

(Ca va.)

Est-ce que vos clients, parfois, vous confient les raisons profondes

qui les poussent à faire des tatouages religieux,

genre Jésus-Christ ?

- Vous avez vu des Jésus-Christ sur mon catalogue ?

- Non. J'enlève mon pantalon ? - C'est mieux.

- Vous n'avez

jamais fait de tatouage religieux ? - Si, une fois,

pour remercier un type qui avait soigné ma copine.

- Elle avait quoi ? - Une brûlure sur le dos.

- Avez-vous une photographie de ce tatouage ?

- Oui. - On aimerait le voir.

- Oui, si vous voulez. - Merci.

- (Vous vous rendez compte de ce que je suis prêt à faire pour vous ?)

- (Ca va, écoute...) - Voilà.

- Ah...

- Oui, l'image était forte. C'est pour ça que j'ai accepté.

- Merci. - Le mec était un guérisseur.

Il voulait une prière pour aider à soigner des brûlures,

si je me souviens bien.

- D'accord. Merci.

- Bon, allez, on y va ?

Il allume une machine.

- Vous avez conscience que vous avez bousillé mon sex-appeal ?

- Faut toujours que t'exagères. Elle est super graphique,

la tête de Pierre Bourdieu. Et puis en plus,

on a bien avancé. - En quoi ?

- Gabriel était coupeur de feu. - Ca se coupe pas, le feu.

C'est pas du fromage. - Tu connais pas ?

C'est une pratique ancienne, les coupeurs de feu.

C'est comme un magnétiseur qui,

avec sa main et en disant des prières, tente de réduire

l'inflammation.

- C'est une superstition. - Pas que. Ils sont de plus en plus

employés dans les hôpitaux. On sait pas pourquoi, mais des fois,

ça marche. - Mais ça fait super mal !

- Oh !

- Le carnet, c'était le journal de ses séances thérapeutiques, alors.

- Oui. Il évaluait sa pratique à coups de statistiques.

- Reste à savoir où il exerçait. Pas dans la forêt, j'imagine.

- Peut-être dans un hôpital. En cancérologie, ils emploient

des coupeurs de feu

pour essayer de réduire les brûlures de la radiothérapie.

- On va faire

un tour des hôpitaux avec Pincé.

- Sinon, l'ADN sur les bottes

de la cabane appartient à une femme.

J'ai demandé une comparaison avec celui qu'on a retrouvé

sur le corps de Gabriel. Téléphone.

Soupir agacé.

Attends, j'arrive.

Oui, allô ? *-J'ai reçu des messages

d'insultes. Rappelle-le.

- Faut qu'on parle, là. Je le sens plus du tout.

- Mais si, tu sens.

- Arrête ou je balance tout et je te fous en taule pour détournement

de procédures. Et ne m'appelle plus quand je suis à l'IML.

- Faut que je te raconte.

- Quoi ? - Hier.

- Ah oui, ton date, alors ? - C'est l'homme de ma vie.

Bips. Je te jure,

il est charmant, hypersensible,

mais viril, quand même. - Excuse, faut que j'y aille.

- Eh, salut.

- Salut.

- Ca va pas le faire du tout. Il me harcèle. Ton mec est cinglé.

- Il est consciencieux. C'est rare, des gens comme ça, maintenant.

- Tu te fous de moi ? - Fais-le patienter encore un peu.

- Mais il a aucune envie de patienter.

Qu'est-ce que tu lui as raconté ? Robin !

- Oh...

Des trucs de mecs. Ca va pas te parler.

- Qu'est-ce que c'est, tes trucs de mecs ?

Qu'est-ce qu'il attend de moi ? - Que tu prennes les choses en main.

Voilà, en femme libérée. - Je vais pas lui sauter dessus.

Il verra vite que c'est pas moi qui ai écrit tes lettres à la con.

- T'as qu'à lui dire que t'as la grippe ou la COVID.

- Non. Il a trop d'attentes. Il faut que je le refroidisse.

- Tu vas pas le tuer...

- Non, je vais lui dire que je suis pas amoureuse de lui,

que je me suis trompée. Je me débrouillerai.

- Docteur, regardez. L'ADN qui était sur les bottes est le même

que celui qu'on a pu exploiter sur le corps.

- Ah ouais... Attends, j'appelle Antoine.

*-Oui, Alex ? - Ouais, Antoine...

Ca te dirait qu'on planque devant la cabane de Gabriel ?

*-Pourquoi ? - Car l'ADN féminin

qu'on a retrouvé sur les bottes, c'est le même que celui

sur le corps. - Le même.

- Cette femme continue de nourrir les chats de Gabriel.

*-On avance, on dirait. - A tout'. On avance.

Des oiseaux chantent.

...

Il souffle.

- Alex, on y a passé la nuit, là.

Moi, j'en ai marre, je me casse. - (Attends un peu.)

- T'as raison. Ce serait dommage de pas choper la crève.

- (Pff...)

(Regarde.)

- Minous !

Elle remue les croquettes. Minous !

Je l'ai pas tué.

- Comment vous expliquez qu'on ait retrouvé votre ADN sur son corps ?

- Parce que je l'ai déposé

sur la Leyre.

J'ai découvert son corps en arrivant à la cabane. Et...

j'ai perdu pied. C'était comme s'il n'y avait plus de réalité.

J'ai vu le radeau.

Il était sur la berge. C'est Gabriel qui l'avait construit.

J'ai arrimé son corps dessus.

- On appelle ça du recel de cadavre. Votre acte est très grave.

- Vous avez détruit des preuves.

- J'en avais pas conscience. Je voulais simplement rendre hommage

à Gabriel.

J'ai eu un cancer du sein il y a quelques années,

et Gabriel me faisait des séances sur ce radeau.

Il disait qu'il avait besoin d'être près de l'eau pour éteindre le feu

de mes brûlures. - Vous l'aimiez ?

- Pas comme vous l'entendez, non.

Mais je lui dois la vie. Quand j'ai eu mon cancer,

mes médecins me donnaient quelques mois.

Une de mes amies, la belle-mère de Gabriel,

m'a parlé de lui pour soulager les douleurs de la radiothérapie.

Gabriel m'a soignée.

Et les métastases ont disparu.

- Peut-être tout simplement que votre traitement a été efficace ?

- Non.

Moi, je suis sûre que c'est Gabriel qui m'a guérie.

Je suis chercheuse en oncologie. J'ai beaucoup publié.

Après ma guérison, je me suis interrogée...

sur le magnétisme.

- Alors, c'est pour vous qu'il faisait ces statistiques ?

- Oui.

En accord avec Philippe Bordereau, le chef de service d'oncologie

d'Ambroise-Paré. J'évaluais ses pratiques dans un essai randomisé.

- Est-ce que Gabriel pensait aussi vous avoir sauvé la vie ?

- Il voulait seulement soigner. C'était une obsession.

- Pourtant, une semaine

avant son meurtre, il a dit à son père qu'il allait mourir

et semblait l'avoir accepté. - Je savais juste qu'il allait mal.

Il m'a dit qu'il voulait arrêter les soins.

- Comment avez-vous réagi à ça ? - Jamais je lui aurais fait de mal.

- C'est pas ce que je dis. Que faisiez-vous à la cabane

ce soir-là ? - J'allais le voir tous les jours.

J'étais venue lui apporter des courses.

- A quelle heure avez-vous découvert le corps ?

- 20h30. Je sais qu'il avait un rendez-vous juste avant.

- Avec qui ? - Je l'ignore. Mais il ne donnait

jamais rendez-vous à sa cabane. - Qui savait qu'il habitait là ?

- Il n'y avait que moi.

J'ai pas d'explication.

- Les fadettes du portable de Gabriel devraient nous aider

à identifier la personne avec qui il avait rendez-vous.

Demandez les vidéosurveillances du magasin où Mme Foccart est allée.

- Et vous, contactez Ambroise-Paré.

- Direct ? Paf, vous me donnez des ordres ?

- Je le fais bien ? - Ca va.

Bip. Ah !

Les traces de pneus sur le lieu du crime montrent bien la présence

d'une roue de secours.

- Il faut appeler les garagistes de la région pour savoir si quelqu'un

a changé une roue récemment. - Allez, on a du boulot.

- Eh, regarde

son crâne. - Oui...

Il y a des fêlures au niveau de l'arcade sourcilière.

- Oui,

mais il n'y a pas de consolidations osseuses. C'est donc récent.

Il s'est peut-être battu.

Il n'y a pas de traces d'objets contondants.

Pour moi, il a été battu à mains nues.

Tu te souviens de la squame qu'il avait dans le sourcil ?

- Ca ? - Ouais.

Et bah... peut-être qu'elle appartient à son agresseur.

On va faire une recherche. J'y vais, j'ai rendez-vous.

- J'espère que c'est pas

avec votre serial killer. - Non. Pas du tout.

Discussions au loin.

Téléphone.

Discussion au loin.

- Alexandra ? - Oui. Oui.

- Ah ! Enfin là, enfin elle.

- Je vous embrasserais bien, mais...

- Oui, c'est un peu intimidant. Après tout ce qu'on s'est écrit,

n'est-ce pas ?

- Je sais pas trop à quoi vous vous attendez, mais des fois,

on peut partir dans des envolées lyriques.

- Je m'attendais à rien.

J'ai juste envie d'être avec vous. Pour les cent ans à venir.

Je vais... Je vais pouvoir déposer mes fantasmes à vos pieds

comme on dépose les armes.

- Moi aussi. Mais peut-être avec un peu moins de fantasmes que vous.

Rires gênés.

Je vous imaginais pas du tout comme ça.

- Ah ? Vous m'imaginiez comment ? - Bah...

Un peu plus Chinois... Plus fou aussi.

- Oui. Mon surnom, le Chinois, c'est un délire de Robin, ça.

J'ai fait quelques petites conneries en Guyane

avec des mecs qui étaient un peu chinois et pas très fréquentables.

Enfin, pour le reste, j'ai pas peur de passer pour un dingue.

Moi, la normalité, je laisse ça aux gens qui ont peur de vivre.

- Oui, bah, moi aussi.

Mais...

Il va quand même rien se passer entre nous, Marcus.

- Quoi ? Comment ça ? Pourquoi ?

- Parce que je... je sens que vous m'avez trop rêvée.

Dans ces cas-là, la réalité, ça fait toujours très mal.

- Enfin, on fait ce qu'on veut de la réalité.

- Ah non, je suis désolée.

Vous me connaissez pas. J'ai... J'ai un problème avec la proximité.

Je mentais pas quand je disais que je vous aimais quand vous étiez

en prison. Car vous étiez loin. Mais maintenant que vous êtes là,

j'y arrive plus. Moi, j'ai renoncé à l'amour, ça fait longtemps, hein.

- Oh mon Dieu ! Mon Dieu... Vous devez être triste.

- Je suis désolée, Marcus.

Euh... On se dit adieu ?

- Oui... Euh...

Adieu.

- Allez... au revoir.

Il soupire.

- Vous en faites, une tête.

- C'est...

T'as jamais eu l'impression d'être troublé

par quelqu'un et tellement troublé...

- Oui... - Qu'on imagine...

- Quoi ?

- Bah non, excuse-moi, rien.

Des nouvelles du corps ?

- Euh... oui. Alors, Gabriel Leroy aurait mangé, le soir de son décès,

du tartare d'algues et bu du rhum arrangé aux châtaignes.

- C'est peut-être pas dans la forêt ni dans la cantine de l'hôpital

qu'il a dû trouver ça,

mais il n'y a pas 50 restaurants sur Bordeaux qui servent du rhum

aux châtaignes.

- Vous voulez rencontrer l'homme de ma vie ? Il est venu me chercher.

- Oui, carrément. - Quoi ? Il est là ?

- Oui.

Anthony...

- Oui.

- Théo, Anthony. Anthony, Alex. Anthony.

- Bonjour. J'ai beaucoup entendu parler de vous.

- Nous aussi.

- C'est amusant, car je suis un peu de la maison.

Enfin, de l'autre maison. - De l'autre maison ?

- Je suis gendarme.

- C'est encore plus drôle.

Non, non, rien. Bah, on a du boulot. On y retourne.

- Oui...

- Bon, bah enchanté.

- Tu m'attends ? - Oui.

- Attends. T'as vu ? Il est génial, hein ?

- Il n'y a rien qui t'interpelle ? - Non. Quoi ?

- Bah...

- Quoi ?

Sirènes d'ambulance au loin.

...

- Bonjour. - Bonjour.

- Philippe Bordereau ? Antoine Doisneau, Louis Pincé,

police judiciaire. On peut s'entretenir avec vous ?

- Dans mon bureau ?

*-Le professeur Leroy est appelé en urgence

*en réanimation.

- Entrez, je vous en prie.

Asseyez-vous.

Quand j'ai rencontré Gabriel, tous les voyants étaient au rouge.

Il refusait de donner son nom,

il était désocialisé. Dans ce genre de pratiques,

les illuminés sont nombreux. - Mme Foccard vous a convaincu

de faire appel à lui ?

- Oui. Je connaissais son travail. Elle m'a dit de faire un essai.

- Ca a été concluant ?

- Disons qu'il était très investi. Les patients l'appréciaient.

Mais il a commencé

à avoir trop d'influence sur eux.

Des patients ont demandé à diminuer leur protocole

chimiothérapique. J'ai dû faire un signalement

à l'ARS, l'Agence régionale de santé, car il devenait dangereux.

Une enquête était en cours.

- Il le savait ?

- Pas que je sache. - Gabriel avait un agenda partagé ?

- Oui.

Le voilà.

- Le 9 juin, 15h, c'est l'heure du dernier rendez-vous noté ?

- Oui. - Et vous savez

s'il a vu quelqu'un après ?

- Non.

Rires.

- Je t'appellerai.

Ah... Antoine.

Euh... Bah, Antoine, Anthony. - Bonjour.

- Euh... salut.

- C'est vous qui êtes à la PJ ? - Oui.

- C'est super de rencontrer un confrère. Je suis gendarme.

- Ah ! Bah... super.

- On y va, chérie ? - Oui.

- A bientôt, peut-être.

- Oui, à bientôt, peut-être.

C'est lui,

le nouveau copain de Diane ?

"Tu viens, chérie ?" Il a l'air un peu con, non ?

Quoi ? - Y a pas un truc qui te chiffonne ?

- Non. Quoi ?

- Bah... Non, rien. T'es allé à Ambroise-Paré ?

- Oui. Selon le chef de service,

Gabriel avait trop d'influence sur ses patients. Il avait fait

un signalement à l'ARS. - Mais les stats de Gabriel étaient

très bonnes, pourtant. Bip.

Merde ! J'avais oublié ma formation sur les nouveaux écarteurs

thoraciques. C'est chiant, mais...

Quoi ?

Il se racle la gorge. Pourquoi je te mentirais ?

D'où j'inventerais un truc pareil ?

Tu ne me fais plus confiance ?

Il grogne.

Elle rit.

...

- Oh ! Comment vous avez fait pour le piquer ?

- Un petit câlin. Il est super câlin, mon frère.

- J'aurais fait un super enquêteur. Observez la manoeuvre.

Il hume. - Messieurs dames,

bonjour. - Commandant

Doisneau. Voici mon associée. On aimerait vous poser des questions.

- D'accord. - Avez-vous vu cet homme dimanche ?

- Votre gars n'a pas l'air en forme. - Il est mort.

- Ah, pardon... Oui, je l'ai vu. Il était là.

- Vers quelle heure ? - 18h, je dirais. Je m'en souviens,

car il y avait pas grand monde. - Ah ! L'endroit était presque vide.

- Et il était seul ?

- Non, il était avec une femme. D'ailleurs, ils se sont disputés,

puis le gars est sorti. - Il est sorti en marchant ?

En boitant ? Un pied-bot,

peut-être ?

- Bah non, il marchait normalement. - Et est-ce que vous avez entendu

le contenu de leur dispute ? - Alors, la femme l'engueulait.

Elle disait que son père y avait cru. Le gars était assez gêné.

Puis, il est parti. Ah ! Sur le parking, il y a eu

une dispute. Un homme l'a frappé au visage. J'ai pas vu sa tête.

- Dites donc, c'était mouvementé. - J'ai quelque chose pour vous.

Ca va peut-être servir pour votre enquête. Dimanche,

table 31. La dame qui a payé les cocktails s'appelle Claire Hottois.

- Intéressant. - Il faut noter.

- Ah oui ! "Hottois" avec 2 T ?

- Euh, oui, 2 T.

- Pas de café ? - Rho...

- Hein ? - Non.

- Petite blague. Comme vous êtes serveur.

- Merci. - Merci.

- Au revoir. - Il n'a pas compris.

- Eh ! Elle était à l'IML. Tu devrais faire plus gaffe.

C'est ta carte de PJ, sérieux.

- Tu me dis ce que t'as fait avec, sinon je te colle une plainte.

- Oh, ça va... Gabriel Leroy a mangé

avec une certaine Claire Hottois le soir du meurtre. Voilà.

- Claire Hottois ?

- Tu la connais ? - C'est une interne en cancérologie.

Son père était hospitalisé

pour un cancer. Il est mort avant le meurtre de Gabriel.

Regarde, c'est une photo du bloc de l'hôpital. Tu vois, c'est elle, là.

- Et ça, c'est qui ? - Philippe Bordereau, le chef

de service. Pourquoi ? - Non, non, pour rien.

- Alors, Claire Hottois...

Par ici, Mme Hottois.

On va s'asseoir. Vous connaissiez bien Gabriel Leroy ?

- Il s'occupait

de patients, donc on se croisait. - Vous l'avez appelé 11 fois le jour

de sa mort. - Je me souviens pas.

- Vous faisiez quoi, ce soir-là ? - J'étais à l'hôpital.

- Vous êtes sûre ? Un témoin vous a clairement identifiée

en train de prendre un verre avec Gabriel.

Pourquoi vous avez annulé tous ses rendez-vous avec votre père ?

Votre père avait arrêté son traitement à cause de lui ?

Vous teniez Gabriel responsable de sa mort ?

- Je vous arrête tout de suite, je ne l'ai pas tué. C'est pas moi

qui ai annulé les rendez-vous. C'est mon père.

Quand on est en soins palliatifs, le temps est compté.

Mon père a décidé de passer le peu de temps qu'il lui restait

avec sa famille. Gabriel, c'était une perte de temps pour lui.

- Pourquoi ? Car Gabriel lui avait fait croire n'importe quoi ?

- Ouais.

Exactement, ouais.

Mon père a vécu avec l'idée que Gabriel allait le sauver.

Quand il a compris que c'était pas vrai, que ce serait un échec,

ben... ça a été très difficile.

- Gabriel a dit à Muriel Foccart qu'il allait arrêter de soigner.

Ca pourrait être lié à cet échec ?

- Attendez... Gabriel a dit à Muriel qu'il allait arrêter ?

Ca colle pas du tout.

- Ca colle pas avec quoi ? - Avec ce qu'il disait. Il disait

qu'il reviendrait dans la société une fois qu'il aurait assez soigné.

Il travaillait dur depuis que sa belle-mère avait découvert son don.

Moi, j'ai compris que ce don serait une malédiction pour lui.

Il a eu un délire christique. Il s'imaginait une sorte de sacrifice

absolu. - Les sacrifices cachent toujours

quelque chose. Il avait peut-être une faute

à expier. - Ouais, exactement. Ce que je sais,

c'est que, des fois, il avait des sortes d'absences.

Ca, on le voit sur les victimes qui ont vécu des traumatismes.

- Il s'est expliqué

là-dessus ? - Non.

- Qu'avez-vous fait après votre entrevue ?

- Je suis revenue

travailler à l'hôpital. Bip.

- Quelqu'un vous a vue ? - Non.

- Deux minutes.

- Les vidéos du supermarché où Muriel Foccart a fait ses courses

ont été visionnées. - Et ?

- On la voit sortir à 20h.

- Ouais... Le trajet entre le supermarché et la forêt

est d'environ 30mn. Elle a dû rejoindre Gabriel vers 20h30.

- Donc, elle n'a pas menti. - Non.

Vous en êtes où avec les garages ? - J'établis un listing des clients

qui ont fait changer leur roue ces dernières 72h.

- Ca devrait être rapide.

- Rien ne vous choque ? - Euh... non.

C'est le jeu des 7 erreurs ? - Quand même...

- Pourquoi tu me montres ces photos ? Tu les as eues où ?

- Regarde.

C'est la photo d'un pot au service de cancérologie d'Ambroise-Paré.

Tu ne remarques rien sur lui ? - Mais c'est quoi, ce jeu ?

- Sa main. Elle est plus sombre. - L'ichtyose.

C'est une maladie qui provoque des desquamations.

- Comme la squame qu'on a trouvée ? - Exactement. Philippe Bordereau

a frappé Gabriel sur le parking de la brasserie.

- Et la squame se serait détachée de sa main

au moment où il l'a frappé. Bips.

- Rho ! Attends, il faut que j'y aille.

- J'ai envoyé ta mère faire son bridge.

Je nous ai préparé un osso-bucco, tu m'en diras des nouvelles.

Tu me l'as refroidi, le Chinois ? - J'ai essayé...

- Très bien. Car j'ai trouvé le moyen de m'en débarrasser.

Mon solde de tout compte.

J'ai horreur d'avoir des dettes. Les gens te le font sentir.

C'est insupportable. - Les gens sont d'une grossièreté...

Comment tu vas faire pour solder ta dette ? Tu vas lui racheter

les trimestres qu'il a passés en prison pour sa retraite ?

- Non. J'ai monté un programme de réhabilitation pour anciens détenus

avec les fonds de tiroir

du ministère. - Du ministère ?

- Oui. Ca te la coupe, hein ? - Bah...

- Je vais t'expliquer. Bon, t'as de la drogue.

Y a toujours du liquide à côté.

Ca, on le prend. Enfin, moitié la police, moitié nous.

Pareil pour le gang, l'antigang... Moitié-moitié.

- Tu vas détourner de l'argent public ?

- C'est pour la bonne cause. Je réhabilite un seul détenu,

mais je réhabilite quand même. Mais il va falloir

qu'il se décide vite. - Tu finiras en enfer.

- Mmh...

Moteur bruyant.

- "Alexandra, je pense vous rendre heureuse. Marcus."

Merde ! - C'est de la part du taulard, là ?

- Pas du tout. Je refais de la déco. Ca égaye un peu les cadavres.

- Vous mentez. Votre regard part vers la gauche, en haut.

- Pas du tout. Je fais une allergie au pollen. Regarde mes yeux.

- Les roses, ça produit très peu de pollen.

- Ah bon ? Bah, tu m'emmerdes, là.

Peux-tu me trouver un organigramme de l'ARS et un vieil article

sur les salmonelles à la cantine ? - Qu'allez-vous faire avec tout ça ?

- Je vais faire un petit tour du côté

de chez Philippe Bordereau.

- Super, tu fais suivre. - Ca marche.

- Claire a badgé dans son service à 18h32 et elle est ressortie

à 22h45. - Retour à la case départ.

- Pas vraiment. Les fadettes

de son portable. Elle a effacé un message de Philippe Bordereau

le soir de la mort

de Gabriel.

- "Je vais régler le problème Gabriel."

Ca veut dire quoi, "le problème Gabriel" ?

Il soignait trop bien.

Elle frappe.

- Bonjour, professeur Bordereau.

Je suis la nouvelle assistante de Luc Ferriot, le directeur de l'ARS.

Je viens vous parler de l'enquête sur G. Leroy.

- Luc ne pouvait pas venir ?

- Il gère une intoxication aux salmonelles dans des écoles et...

Ca vomit des coquillettes au jambon depuis hier. Vous êtes au courant ?

- Non.

Vous, vous êtes au courant que Gabriel est mort ?

- Luc m'a dépêchée en urgence pour essayer de résoudre un malentendu

avec vous. - Entrez, je vous en prie.

Bon, ben asseyez-vous aussi.

- D'après les statistiques, Gabriel Leroy avait

un taux de rémission supérieur à la normale. Pourquoi l'avoir signalé ?

- Vous avez mal lu les chiffres.

- Les vôtres ou ceux de M. Foccart ? Pourquoi truquer ces statistiques ?

Vous vouliez que Gabriel Leroy cesse son activité. Ses résultats

mettaient en doute vos compétences. - Vous racontez n'importe quoi...

Vous n'êtes pas de l'ARS. Vous ne parleriez pas comme ça.

Sortez ou j'appelle la police. - Attendez.

Voilà. - Vous êtes

détective ?

- J'ai suivi Gabriel Leroy dans le restaurant, le jour de sa mort,

en face de l'hôpital. - Vous travaillez pour qui ?

- Le père de Gabriel Leroy. Il recherchait son fils.

Pourquoi vous l'avez frappé ?

- Attendez, c'est Gabriel qui m'a attaqué.

Une interne lui avait dit que je l'avais signalé à l'ARS.

J'ai pas tué Gabriel.

J'ai récupéré ma voiture sur le parking et j'ai roulé longtemps

pour décompresser.

- Et il y avait personne sur le parking qui l'attendait ?

- Si j'avais vu quelqu'un, vous l'auriez vu aussi.

Par contre, il y avait une femme devant l'hôpital.

J'avais déjà vu Gabriel avec elle. - Et vous pourriez la décrire ?

- Une grande femme avec des vêtements colorés.

Elle avait un bandeau blanc et bleu

dans les cheveux.

- Quand avez-vous vu cette femme pour la 1re fois avec Gabriel ?

- Il y a une semaine, je dirais.

- D'accord. Merci beaucoup.

Merci.

Au revoir.

- Au revoir.

- Une semaine avant sa mort, Gabriel rencontre cette femme,

puis il annonce à son père qu'il va mourir. Troublant, non ?

- Ouais. On va demander les vidéos

du parking de l'hôpital. - Ca pourrait être cette femme ?

Eh, tu fais quoi ? Tu lis quoi ? - Hein ? Rien.

- C'est le procès d'audition

de Claire Hottois. - Ah bon ? C'est marrant.

- Tu me piques ma carte,

tu lis les P. -V. Prends-moi pour une quiche.

- C'est toi

qui vieillis. T'es un petit vieux mesquin. T'es chiant !

- Essaie de me manipuler, en plus ! Je t'ai à l'oeil !

- Ca va, hein !

Ca va. - Non, elle exagère, là !

- Pff...

On tambourine à la porte.

Allez...

- Tu voulais me voir ? - Oui. J'ai quelque chose pour toi.

Parce que je t'aime bien. Entre.

Assieds-toi là. Voilà.

Hé ! Hé !

C'est un programme de réhabilitation

pour anciens détenus. Avec plein de thunes.

C'est cool, ça. Non ? Bon, alors, c'est à Cayenne.

On ne se verra plus, c'est dommage.

Tu m'enverras des photos d'iguanes.

Tu signes là, et hop, plein de thunes.

Bon, ben voilà...

- Mais j'ai pas envie de signer ça, moi.

- Si, tu dois signer. C'est un programme de réhabilitation

obligatoire. Il n'y en a qu'un au ministère par an, c'est pour toi.

- Il n'y a rien d'obligatoire. Robin, j'ai pas envie de rentrer.

- Comment ça ?

- Je veux m'occuper de ta fille. Elle est triste.

- Elle est triste ?

Alex est triste ?

Qu'est-ce qu'elle t'a raconté comme conneries ?

- Je vais rester ici avec elle. Je vais la rendre heureuse.

- T'arrêtes tes délires ? Elle est autosuffisante, Alex.

Elle aime personne. Elle est comme moi.

C'est héréditaire. Tu signes là, tu prends ton fric et tu t'en vas.

- Je m'en fous de ta thune.

Je m'en fous.

- Tu vas... Tu vas vivre comment ? T'as plus le droit d'exercer.

Tu sais... Attends, elle a un énorme besoin financier, Alex.

Elle est très vénale.

- Je vais essayer pompiste. - Pompiste ?

Ca n'existe plus.

Ah, si. En Guyane, ça existe. Tiens, allez, signe.

- Je vais l'aimer, ta fille. Comme personne n'a jamais aimé.

Dis donc ! Dis donc !

T'es bien, ici, hein !

Il renifle fort.

Il ferme la porte.

- Oh là là ! Pff...

Il soupire.

Oh ! Pff...

Moteur bruyant. Klaxon.

Grincements.

Le moteur toussote.

Tintement métallique.

Il veut pas

se faire réhabiliter,

le con ! - On peut éviter

que tout l'IML soit au courant ? - Il n'y a personne.

Tu l'as foutu en phase maniaque. Il veut faire pompiste

pour rester avec toi. - Ca n'existe plus,

les pompistes. - On s'en fout. On l'a perdu.

Il croit que t'es triste. - Il croit que je suis triste ?

- Il fallait dire que tu avais la COVID.

- Des fois, je suis triste. - Moi aussi, je suis triste.

Le monde entier est triste. C'est pas une raison pour faire pompiste.

Bip. - Attends.

C'est le quatrième poème depuis ce matin.

C'est mignon.

Il a une façon de draguer tellement personnelle. Je lui réponds ?

- T'as fini tes conneries ? Sinon, il va rester.

Je suis dans la merde, nom de Dieu. Il faut qu'il accepte son fric.

La semaine prochaine, j'ai le parti financier qui vient au bureau.

- T'as qu'à faire une chirurgie et fuir en Argentine.

Il grogne.

- Docteur, c'est pas pour cafter...

- Je sens que tu vas cafter quand même.

- Oui, je vais cafter. Depuis que Diane a rencontré son gendarme,

elle n'est plus à son boulot.

- Je sais. C'était mieux quand elle fantasmait sur Antoine. C'est lui

qu'elle cherche à travers son Anthony.

- Ca se voit comme le nez

au milieu de la figure. - Peut-être que si on organisait

une vraie rencontre entre les deux,

elle s'en rendrait compte. - Pas bête ! Vous avez de la suite

dans les idées. Que faisiez-vous, d'ailleurs ?

- Je réfléchissais, car j'ai lu, sur le bureau d'Antoine, le P. -V.

d'audition de C. Hottois.

Elle dit que c'est la belle-mère de Gabriel qui lui a décelé son don.

Et cette Béatrice est morte juste avant qu'il aille dans la forêt.

- Il y aurait peut-être un lien.

- On perd rien à vérifier. Et on ignore les causes de son décès.

- Je vais me procurer son certificat de décès.

- Tu te souviens de cette veste ?

- Oui, c'est celle que portait Gabriel le jour de sa mort.

- La doublure est jolie.

- Le style n'a rien à voir avec la veste.

- Philippe Bordereau a dit que la femme qui attendait Gabriel portait

des vêtements colorés et un foulard blanc et bleu comme ce tissu.

Quel est le métier de la soeur de Gabriel ?

- Styliste. - Exactement.

- Le garagiste de Sarah Leroy dit qu'elle a fait changer sa roue.

- Oh... - Elle nous doit des explications,

la soeur de Gabriel. Bip.

C'est quoi ?

- C'est ma soeur qui me souhaite bonne fête. Elle veut boire

un verre avec moi ce soir. - Vous vous souhaitez les fêtes ?

- C'est histoire de changer les habitudes, j'imagine.

Elle trouve que je me rabougris.

- Oui... enfin...

- Je préviens le juge pour qu'il fasse

une commission.

- Ah, Diane ! J'ai pensé

à un truc. On pourrait

aller boire un verre avec Anthony, ce soir ? On a tous très envie

de le rencontrer. Il a l'air... - Drôle. Et sympa. Et...

Et endurant.

Bon... euh... oui. Il sera ravi. - OK.

- A ce soir. - Ouais.

- Vous avez beaucoup de goût,

Alexandra. - Marcus, je pensais à vous.

- Ah ! Ca me fait plaisir de savoir que vous pensez à moi.

- Ca serait dur de faire autrement vu tous les poèmes que je reçois.

- Vous les aimez, mes poèmes ?

- C'est vintage. Vous venez d'une autre planète.

- Comme vous.

- Vous savez, je suis pas une affaire.

- Peut-être,

mais on se sent moins seul avec vous. J'avais la réputation d'être

un avocat très poète.

Si vous aimez mes poèmes, je vous en écrirai

tous les jours.

Vous habiterez mes mots.

Vous serez ma muse particulière.

- C'est un peu beaucoup, quand même.

- Je suis un peu dévorant comme garçon.

- Dévorant... Bip.

- En douceur.

Elle soupire.

- Marcus...

- Oui ?

- Emmenez-moi avec vous en Guyane.

Discussions et rires.

...

- Salut, les filles. - Salut.

- Euh...

Alex n'est pas là ?

- Non, elle a des problèmes de voiture.

C'est un peu compliqué. - Ah...

Ca va toujours avec ton gendarme ? - Oui. Oui, oui.

- Je ne t'imaginais pas avec un mec comme ça.

- Moi non plus, mais tu vois...

Ah bah, justement, le voilà. - Eh !

Salut ! - C'est quoi, ce délire ?

- Je ne sais pas, c'est Alex qui a dû l'inviter.

- Merci pour l'invit. Ca va, bijou ? (- Je te jure que c'est Alex.)

Rires.

- Ah, Antoine ! Ca me fait plaisir de vous voir.

Depuis le temps que je rêve d'échanger avec la PJ.

- Il est passionné par son métier. - Eh...

- C'est passionnant d'être gendarme. - Vous voulez qu'on parle méthodes ?

- Avec joie. C'est un plaisir d'humilier la concurrence.

- OH !

- Oh ! Oh ! Eh ! Eh ! Cloche de ring.

- Ils sont trop mignons. - Trop mignons.

- Euh... qu'est-ce qu'on boit ?

- Si poursuivre des tracteurs en excès de vitesse et arrêter

des voleurs de pommes, c'est complexe, je vous l'accorde.

- Vous gérez les pickpockets et la petite délinquance,

mais dès qu'il y a une grosse opération, vous nous appelez.

- Euh... pas toujours.

Encouragements. Cloche de ring.

- Notre formation militaire nous permet d'être organisés

et efficaces contrairement à vous

et à votre foutoir.

- Ca dépend où vous mettez le curseur de l'efficacité.

Nous, c'est adaptabilité et réactivité.

- Nous, c'est stratégie et discipline.

Acclamations.

...

Cloche de ring.

IRCGN, les meilleurs. - La PTS, efficacité.

- Hiérarchie, planification. - Improvisation.

- Procédure renforcée. - Procédure renforcée.

Ils parlent au ralenti. - PROCEDURE RENFORCEE.

PROCEDURE RENFORCEE. PROCEDURE RENFORCEE.

PROCEDURE RENFORCEE. - Oh ! Oh mon Dieu !

Oh...

- Eh ! Oh ! Eh ! Bijou !

- Et ben, ça y est. Elle a enfin compris.

- Quoi ? Elle a compris quoi ?

- Rien. Rien.

- Ca va aller ?

- Oui.

- Asseyez-vous.

- On va vous montrer des photos prises sur le lieu du crime.

Ce sont des traces de pneus,

et leur analyse attesterait la présence d'une roue de secours

à l'avant du véhicule. Vous avez fait changer

votre roue avant il y a quatre jours.

- Je crains que le silence ne joue pas en votre faveur.

- Je suis allée chercher Gabriel à l'hôpital.

On est allés à sa cabane, il m'a soignée. C'est tout.

- Pourquoi avoir menti ?

Vous saviez où était votre frère.

- Il était quelle heure quand vous l'avez quitté ?

- Je ne sais plus. - Qu'avez-vous fait ensuite ?

- Je vous l'ai déjà dit.

Je devais finir une commande. J'ai travaillé à la maison.

- Vous n'aviez plus

de nouvelles de Gabriel. Comment l'avez-vous retrouvé ?

- Il y a dix jours, j'ai passé un scanner à l'hôpital.

C'est là que je l'ai revu.

- Pourquoi vous aviez besoin

qu'il vous soigne ? - J'ai des neuropathies.

Je suis suivie pour une dépression. Mes antipsychotiques me provoquent

des sensations

de brûlure. - Pourquoi cette dépression ?

A cause de la mort de votre mère ?

- Peut-être. Vous savez, la dépression, c'est assez difficile

à expliquer.

- Vous savez vous amuser quand mon père n'est pas là.

- Hein ? - Vous recevez des hommes.

L'acte de décès de Béatrice Leroy.

Elle est morte d'un AVC. - Intéressant.

- Sarah Leroy a demandé une autopsie il y a six mois.

Le procureur a refusé sa demandé.

Les tissus mous étaient abîmés. - Elle ne croyait pas à l'AVC.

Regarde le nom de jeune fille de Béatrice Leroy.

- Agathe. Comme le nom de la sainte qu'il avait tatouée sur le torse.

Les soins qu'il donnait pourraient être liés à cette femme ?

- Gabriel souffrait d'une culpabilité pathologique.

Il voulait revenir dans la société quand il aurait assez soigné.

Il voulait peut-être se racheter. - Du meurtre de sa belle-mère.

- Donc, Sarah cherchait des réponses sur la mort de sa mère le soir

où elle a revu Gabriel. - T'imagines le dilemme pour lui.

Mentir à Sarah sur la mort de sa mère, c'était la condamner

à la dépression, mais dire la vérité, c'était se condamner lui.

En se dénonçant, il ne pourrait plus soigner,

donc il perdrait son unique possibilité de rédemption.

- Il allait arrêter de soigner... - Mais Sarah l'a tué avant.

- On n'a rien contre elle. - Je vais reprendre le rapport

d'autopsie. On a dû oublier quelque chose.

- Oh...

On frappe.

Bah... fais comme chez toi. - Réhabilite-moi.

Petit cri de joie.

- Ha ! Ha ! Bah voilà ! Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?

- Ta fille. - Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

- Qu'elle partait avec moi. - C'est pas possible, ça.

- Comment ça ? - Elle peut pas partir comme ça.

- Robin, elle est majeure, ta fille.

- Elle est majeure, mais... Elle t'a pas parlé de moi ?

Elle t'a dit ça comme ça ?

- Je crois que je vais y aller.

- Non ! Non, tu vas pas y aller ! Personne ne s'en va !

Personne ne s'en... Assieds-toi !

Assieds-toi ! Il faut que je te parle.

Il faut que je te p...

Il est essoufflé.

Il soupire.

Euh...

Je...

Elle t'aime pas, Alex.

- Hein ?

- C'est moi qui t'ai écrit quand tu étais

en prison. Pour que tu te calmes. Pour que tu te fasses un film.

- Non.

Non, je te crois pas.

Je te connais. Je te crois pas.

Elle m'aime, ta fille.

- Non. Non, elle t'aime pas. Non.

Elle a un mec.

Voilà. Elle a un mec.

Très grand. Oui, très grand. Un type... énorme.

C'est le patron du RAID.

Il est comme ça. Il a une mitraillette. Il a des revolvers.

Laisse tomber, va. Tiens, tu signes là.

- On ne s'explique toujours pas cette irritation des yeux.

- Mmh...

Passe-moi le torchon.

Merci.

Philippe Bordereau a dit que Sarah Leroy portait un foulard.

Elle s'en est peut-être servi pour lui bander les yeux.

- Et il aurait fait une réaction allergique ?

- Si le foulard, c'était de la soie comme la doublure de la veste,

il aurait très bien pu réagir à la séricine.

- Non, non. Bien sûr.

Très bien. Bon, on va faire une perquise chez les Leroy.

- Pourquoi ? - Sarah a sans doute bandé

les yeux de Gabriel avant de le tuer.

- En quoi ça va nous aider ? - Le foulard doit être imprégné

des larmes de Gabriel. - Elle a dû s'en débarrasser.

- Je suis sûr que non.

- Quand j'étais petite, mon père battait ma mère.

Elle me protégeait comme elle pouvait de sa violence.

Quand elle a rencontré Marc Leroy, je lui ai demandé qu'il m'adopte.

C'était une manière d'effacer mon père biologique.

De recommencer quelque chose. D'avoir une nouvelle famille.

J'ai cru que le cauchemar était terminé, mais deux ans plus tard,

ma mère est morte. - Vous avez toujours eu des doutes

concernant le décès

de votre mère ? - Oui.

Parce que Gabriel s'est enfui tout de suite après sa mort,

et Marc est devenu... je sais pas. Froid.

Vide. Un peu comme s'il était mort, lui aussi.

J'ai eu l'impression que le deuil, pour lui comme pour moi,

allait être impossible. J'ai fait une dépression.

- Et c'est cette dépression qui vous a remise sur le chemin de Gabriel ?

- Comment Gabriel a réagi quand vous lui avez demandé

ce qui s'était passé

avec votre mère ?

- Il a rien dit.

Il a compris que je savais. - Vous aviez déjà décidé de le tuer.

- A l'instant où nos chemins se sont recroisés.

J'avais pris une corde et des gants avec moi.

J'avais repéré un terrain vague derrière l'hôpital.

Je comptais l'attirer là et abandonner son corps.

Je l'ai vu arriver. Il m'a juste demandé si j'avais une voiture

pour pouvoir l'amener à sa cabane.

Dans la voiture, je passais en revue les gestes que je ferais

pour le tuer. Lui, il ne disait rien. Il restait là

à me regarder sans rien dire.

Il savait à quoi je pensais.

J'ai pris ma corde.

Je l'ai passée autour de son cou et j'ai serré.

Il ne s'est pas débattu.

Il attendait.

- Pourquoi lui avoir bandé les yeux ?

- Quand il a commencé à perdre connaissance, il est tombé.

J'ai croisé

son regard.

J'ai pas pu continuer à serrer la corde, alors j'ai caché ses yeux.

- Pourquoi ne pas l'avoir livré à la justice ?

- Je croyais qu'il devait mourir pour que je puisse recommencer

à vivre. C'était une obsession.

J'ai juste pris la malédiction.

- Quand je me suis remarié

avec Béatrice, elle avait 50 ans. Gabriel, lui, était étudiant.

Et malgré la différence d'âge,

il est tombé amoureux d'elle.

Béatrice l'a repoussé. Peut-être avait-il cru voir

des signes qui n'en étaient pas. Ils se sont disputés,

ils se sont battus, et la tête de Béatrice a cogné un meuble.

Quand Gabriel me l'a avoué,

je l'ai chassé. Comme un con.

- Et vous n'avez pas déposé plainte.

- C'était mon fils.

J'ai dit que Béatrice avait fait un AVC.

Elle avait des antécédents, et notre médecin de famille

est un vieil ami. Il n'a pas posé de question.

- Mais Gabriel n'a pas su gérer sa culpabilité.

- Il s'est puni.

J'aurais aimé protéger Béatrice.

J'aurais aimé protéger Sarah.

J'ai cru pouvoir protéger Gabriel contre la justice.

Je n'ai même pas réussi à le protéger de lui-même.

- Voilà pour vous. - Merci.

Tiens. - Merci.

Ca va être quoi, la peine de Sarah Leroy, tu crois ?

- Elle devrait bénéficier

de circonstances atténuantes. - Ah bon ? Pourquoi ?

- Elle traîne

une dépression depuis deux ans. - Et Marc Leroy ?

- Du sursis

pour obstruction à la justice. - Je suis contente de vous voir.

- Salut.

T'es pas avec Anthony ? - Non, j'ai rompu.

Je me suis un peu emballée. - Hum hum...

- Il faut dire qu'il avait un drôle de nez, quand même.

- Et il était un peu en boucle, aussi.

- Aussi.

Et sinon, toi, tu... Tu as des problèmes avec ton père ?

- Non, de ce côté-là, tout est arrangé.

Mais il va peut-être y avoir

des changements dans ma vie. - Ah ?

Euh... s'il vous plaît. - Non, il faut

y aller. - Evidemment.

- Je... - Non, c'est bon.

Alors, quelque chose de fort. - D'accord.

Vodka dans le cocktail.

Bip.

On ouvre et referme des tiroirs.

...

- Marcus, qu'est-ce que tu fais ? - T'as un mec !

- Attends... - T'as un mec.

C'était pour ton père que tu as dit

que tu voulais partir avec moi. - Je le pensais.

- Ta gueule !

- Robin... *-Vous êtes bien

*sur le répondeur de Robin Desnoyeux...

- Robin...

- Non ! - Tu m'as bien pris pour un con.

- Déconne pas. Déconne pas. Déconne pas. Marcus, déconne pas.

Elles t'ont bien diverti, mes lettres.

- Ta gueule.

- C'est pas grave de se faire des films.

- Je vais faire une toile de cinéma avec la peau de tes roupettes.

- Tu veux pas retourner en prison ? - Ta gueule !

- Lâche ça. Doucement.

Donne-le-moi. Donne-le-moi.

Calmement.

- Merci.

...

- Aéroport de Bordeaux-Mérignac.

- Merde... Je crois qu'il va me manquer, ce con.

- Moi aussi.

- Tu ne pars plus, alors ? - Je suis comme le Chinois.

Il me faut quelqu'un à sauver. - Tu parles de qui ?

- A ton avis ?

- Il va être triste, le Chinois.

- On a dit qu'on s'écrirait. - Vous me racontez, là ?

- Oui. Alors, tout commence par un guide touristique héroïnomane.

Après, il y a cette histoire de deux disparus qui, j'espère,

ne sont pas morts et qu'on va retrouver. Enfin, je t'expliquerai.

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