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...
-Pourquoi on est là ?
-Tu ne vois pas ?
-Je vois un mini-golf sur le toit d'un immeuble.
Tu as dit qu'on allait faire du sport.
-C'est un mini-sport. -On aurait dû annuler.
Il manque Diane.
-S'il fallait annuler dès qu'il se passe un truc avec Antoine...
-Pff. -Vas-y. Joue.
-Quoi. Là ? -Ouais.
Elle rit. Il faut juste que tu penses petit.
-Mais pourquoi on s'emmerde avec les cannes ?
Regarde. Pourquoi on ne fait pas ça ?
-Non. Alex.
-Perdon.
Désolée. -Perdon.
-Désolée.
Quoi ? -Ca va, toi ?
-Bof.
-C'est Aurélien. -Oh...
-Tu lui as dit de partir.
-On ne sait pas pourquoi on fait les choses, parfois.
A posteriori, je me dis que ce n'était pas
une super bonne idée. -Tu regrettes. Oh...
Je suis désolée.
-Mais toi, tu es là. On va faire des trucs ensemble.
Ca me changera sûrement les idées.
Qu'est-ce qu'il y a ?
-J'ai quelque chose à te dire.
Je...
Heu...
-Tu...
-C'est Louis. Il s'est fait recruter par la DGSE.
-Hm.
-Il a passé tout un tas de tests. Je ne te dis pas comme il est fier.
-Mais il reste au commissariat. -Justement.
Le téléphone sonne. C'est...
-Ouais. Antoine. Ouais.
Où ça ?
OK. OK. D'accord.
Ils ont repêché un corps. J'y vais. -OK.
...
Sirène.
...
Hélicoptère.
...
-Salut. -Salut.
Un SDF l'a trouvée à 3h du matin.
Sur le quai.
Pas de papiers,
pas de portable. On a lancé des recherches.
C'est quoi, ça ?
-Des vergetures et des cicatrices chirurgicales.
Je vais demander un scanner.
-Il y a du monde. -C'est normal.
-Vous gelez la scène du crime ?
-Oui. -OK.
-Salut.
-Salut. -Ariane.
Elle vient faire un stage d'observation.
-C'est drôle. Alexandra ?
-On se connaît ? -Oui.
Ariane Rochefort.
On était ensemble au lycée. -Ah oui. C'était toi,
la petite brune
avec le sternum
de travers ? -Il était normal.
-Tu es sûre ?
-Je suis sûre.
-Ah. Tu traînais
avec Maxime Gilet. -Non. Avec Laurent Pétavin.
-Ah...
Ouais. Tu es dans la police, maintenant ?
-Non. Je suis autrice, mais j'ai eu un passage à vide.
J'ai pensé qu'un stage dans la police m'inspirerait.
-Super.
J'espère que tu trouveras ce que tu cherches.
-Oui. -Je peux vous dire un truc ?
-Oui. On y va.
-C'est bizarre...
-Et donc, là, elle est morte. -Hm.
-D'accord.
-Peau fragilisée, certainement par une prise de corticoïdes.
Le ventre est couvert de vergetures
suite à une prise de poids.
Blessure incurvée
au niveau du coeur.
L'arme du crime pourrait être des ciseaux
à longues lames.
L'attaque a été portée par un droitier.
Les bords de la blessure sont irréguliers.
Peut-être que la main a tremblé.
La température indique que la mort se situe
aux alentours d'1h du matin
et le contenu du bol alimentaire va être envoyé au laboratoire.
Tu as les résultats ?
-Oui.
-Tu en fais une tête.
-Quoi ? J'ai quelque chose de changé ?
-Non. Tu as l'air crevé.
-Comment ? Sur une échelle de 1 à 10 ?
-Crevé comme un mec qui a l'air crevé, quoi.
-Sur une échelle
de 1 à 5 ? -3.
-Prenez mes constantes.
-On n'a pas le temps, là.
Bon.
Ce n'est pas un trafic d'organes.
-Elle faisait de l'ostéoporose. Un truc de vieux.
-Bien vu. Mais ça peut aussi être dû
à la malnutrition infantile.
-Elle vivait dans la précarité ou elle a grandi dans un pays
où elle était sous-alimentée. -Oui.
Mais vu la pigmentation
de sa peau, ça fait longtemps qu'elle n'a pas été au soleil.
Hé. Tu vois
ce que je vois ? -On dirait des petites cicatrices.
-Elle a eu
une chirurgie de pointe.
-"De pointe" ? -Hm.
Personne n'a signalé sa disparition.
-Non.
-Elle a eu une microchirurgie cérébrale.
Peu d'hôpitaux font ce type d'interventions.
-Il fallait commencer par ça.
Je vais contacter les services de neurologie.
-Et tu savais que... Pincé a été recruté par la DGSE ?
-Hein ?
-Ludi m'a dit ça.
-La DGSE s'intéresse à Pincé ?
-Hm. -Ben, dis donc,
on aura tout vu.
-Peut-être qu'il connaît des gens. -Il aurait pu m'en parler,
quand même.
J'ai de meilleurs états de service que lui.
-Justement. Ils cherchent peut-être un type qui passe inaperçu.
Toi, tu es trop brillant. On ne remarque que toi.
-C'est ça. Tu dois avoir raison.
J'ai donné ton numéro de téléphone à Ariane.
Elle veut venir à l'IML pour son stage.
-Elle a raison. Les témoins sont plus calmes ici.
-Quels sont les signes d'un cancer
du cerveau ? *-Les signes physiques ?
-Oui. *-Perte d'équilibre,
*perte de la mémoire.
-Ca fait beaucoup.
*-Ce sont les symptômes les plus fréquents. Certains ont aussi
*des crises d'hilarité incoercible.
-"Incoercible" ? *-Oui.
-Ca fait combien de temps
qu'on se connaît ? 5 ans et vous me faites ça ?
-Quoi ?
-Ca va.
Ludivine a balancé l'info.
-J'attendais le bon moment. -Ca me rend triste
que vous ne m'ayez pas fait profiter
de l'opportunité. Moi, je l'aurais fait, je pense.
-Quelle "opportunité" ? -Ca va.
Votre recrutement à la DGSE. -Hein ?
-Ouais.
-Ouais. Evidemment, mais je ne pouvais pas vous en parler.
La procédure est confidentielle. -Ah bon ?
-Oui. C'est le Vatican,
là-dedans. -Vous allez nous quitter ?
-Non. Ils vont juste me donner des missions à droite à gauche.
Un petit peu de terrorisme. Un petit peu de nucléaire.
Des trucs comme ça. Je pourrais peut-être arrêter
les dépôts de plaintes.
-Evidemment. -Ouais.
-Bonjour.
-Et... juste pour savoir.
Sur quelle base
ils vous ont recruté ? -Heu...
Sur l'excellence de mes états de service.
-Très bien. -Excusez-moi.
-Hm. -C'est l'hôpital.
-Ah.
Oui. Allô ? Oui. C'est moi.
Attendez.
Vous écrivez ça comment ?
Hm hm.
Et vous avez une adresse ?
D'accord. Merci. Notre victime s'appelle Marie Thoihiry.
20 ans. Arrivée en France à l'âge de 5 ans.
Elevée par Pauline et Julien Berger. Ils tiennent un café
à Bordeaux. -Allez-y avec Ariane.
Ca serait bien qu'elle assiste à l'audition des parents.
-Ca vous dit ? -Avec plaisir.
-En route.
Le téléphone sonne.
-Ouais. Ca va ? *-Qu'est-ce que tu as raconté
à Antoine ? -Rien du tout.
-Il croit que la DGSE m'a recruté. C'est quoi, ces conneries ?
-Merde. C'est Alex.
Je ne lui ai pas dit pour La Réunion.
-On part dans 4 jours. Tu dois lui dire.
-Elle vient de rompre avec Aurélien. Je vais passer
pour une raclure.
-Il la gonflait.
-Je ne suis pas dans sa tête.
-Elle fait chier !
-C'est ta faute ! Tu aurais dû le dire avant à Antoine !
Tu prépares ça depuis 8 mois ! -On dira que c'est professionnel.
-Voilà. J'ai raison.
-Allez. Courage. Tu lui annonces.
-Vous faites quoi ?
C'est qui, ça ?
-Une nana avec qui j'étais en terminale. Elle fait un stage
avec Antoine. Je l'avais oubliée, mais elle m'a reconnue.
C'est fou à quel point on peut passer à côté des gens.
-Elle est dans la littérature de niche.
-C'est de l'autofiction hyper introspective.
-Ca a l'air hyper chiant. -Dès qu'il n'y a pas d'images,
tu es paumé. -C'est ma session ?
-Tu as des secrets ?
-Non. C'est juste que... Chacun sa session.
-Tu n'as qu'à te déconnecter ! Je n'ai pas ton mot de passe.
Mais qu'est-ce que tu fais ? Tu es bizarre.
-Oh... -Pff.
Pff.
Super facile.
Oh !
Qu'est-ce qu'il fout ?
Pff.
-Vous aimez quel genre de policier ?
-Grand, sympa, la cinquantaine. -Je parlais de littérature.
-J'avais compris. Moi, j'adore
quand l'auteur plante un décor anodin mais qu'un truc va déraper.
-"Déraper" ?
-Ouais. Vers un truc glauque, sale.
-On dérape moyennement à la PJ.
-Ah.
-On va interroger les parents de Marie. Ce n'est pas simple.
Vous n'intervenez pas.
-D'accord. C'est sûr. Je n'interviendrai jamais.
-On était en poste dans une Alliance française.
A Madagascar. Marie était la fille de notre femme de ménage.
A la mort de ses parents, sa grand-mère nous l'a confiée.
-Ce n'était pas une adoption.
-Non. Marie est toujours restée en contact avec sa famille.
Même si on s'en est occupés comme si c'était notre fille.
Elle était malade.
Elle avait des... Des séquelles d'une infection au paludisme.
Elle était épileptique.
Quand on est arrivés en France,
elle a eu accès aux meilleurs soins.
-Sa maladie était très grave. Elle n'avait aucune chance
d'être soignée là-bas.
-Vous n'avez pas signalé sa disparition.
-On était moins en contact depuis son départ
de la maison, à sa demande.
Je l'appelais 2 fois par mois. -"A sa demande" ?
-Elle avait besoin de prendre
son autonomie.
-Elle travaillait beaucoup aussi. -Elle faisait quoi ?
-Funambule
dans un cirque. -Vous avez le nom
de ce cirque ? Elle rit.
...
-C'est quand même très drôle, funambule, comme métier.
-Hm.
-A mon avis,
c'était une façon
de conjurer
sa maladie. -Ah.
-Elle aimait bien être en équilibre au-dessus du vide.
En passant au-dessus sans jamais tomber, elle le maîtrisait.
-Elle était dépressive ?
-Non. Mélancolique.
Ca marque, une enfance
à l'hôpital.
-Ah oui. Et... vous pensez qu'elle avait
des ennemis ?
Des gens qui voulaient sa mort ?
-Hm hm. -Non.
Elle était plutôt introvertie. Pas le genre à chercher le conflit.
-Ah. -Vous étiez où,
la nuit
du 10 mai ? -A Bordeaux. Chez des amis.
-Vous êtes partis
à quelle heure ? -Vers minuit. Pourquoi ?
-Vous ne deviez pas intervenir.
-Je suis auteure. J'ai besoin d'expérimenter les situations.
-Hm. Vous l'avez trouvé comment, cet interrogatoire ?
-Mais tellement intéressant.
-Est-ce que je suis ce genre de policier que vous imaginiez ?
-Heu... Ouais.
C'est bizarre que sa mère appelle Marie toutes les deux semaines.
-Je me faisais la même réflexion. -Ah.
-S'ils sont partis à minuit,
ça ne les disculpe pas, puisqu'elle est morte à 1h.
-Pas faux.
-Ca vous dit d'expérimenter le déjeuner du flic ordinaire ?
Ils rient.
-Non. Mais tenez-moi au courant de tous les... Hein ?
Ouais. Oh. Par là. J'allais par là.
-C'est dingue. Il y a des saisons,
les gens meurent. -Pourquoi vous dites ça ?
-Pour trouver un sujet de conversation sympa.
Notification. Oh.
C'est Ariane.
-Quoi ?
-Elle veut passer. -Vous allez lui dire quoi ?
-Elle ne nous dérangera pas. ...
Oh.
Tu es déjà là. -Oui. Je voulais te parler.
-Oui. Vas-y. -Je sais pourquoi tu es légiste.
-Ah bon ? -Oui.
Tu te souviens du devoir de philo que Béraud avait lu en classe ?
-Vaguement. -En gros, tu disais
que c'est dans la décomposition des corps que se révèle la vérité.
-Tu t'en souviens ?
-Je l'avais appris
par coeur. -Ah oui ?
-Evidemment ! -On faisait de ces trucs chelous,
à l'époque. -C'était exceptionnel.
Inoubliable.
-Pourquoi tu n'es pas venue
me parler ? -Je voulais être toi,
à l'école. Les autres
me paraissaient morts,
moisis dans leur conformisme.
Alors que toi, tu étais vivante, quoi.
Et tu l'es toujours. -Oui.
-Ce n'est pas dur d'avoir l'air vivant pour un légiste.
J'ai un public assez captif.
Elle rit.
-Tu veux devenir
mon amie ? -Si tu veux.
-Cool. J'ai réservé à 20h au Singe vert. Ca te dit ?
-Pourquoi pas ?
-Trop bien. C'est Antoine. J'y vais, mais trop bien.
-OUAIS.
-Je la trouve un petit peu avide.
Enfin, avide de vous.
-Ben, ouais. J'ai vu.
-Ca vous fait peur ?
-"Peur" de quoi ?
-De ce qu'elle pourrait faire. -Mais non.
Elle a appris ma copie de philo.
-Il faut être fou.
-Ouais. Mais c'est précieux, les fous.
-Je mets les gants. Toujours obligatoire.
-Ils sont beaux.
-Comme vous n'en avez pas, ne touchez à rien.
Je prends l'ordinateur
sans le souiller et je le mets
sous scellés pour le confier aux TIC.
Vous voyez ce que c'est ?
-Les petites bêtes ?
-Non. Les techniciens
en identification criminelle.
-Pas de trace de téléphone ?
-C'est quoi ?
-Il va falloir chercher.
-Elle avait 14 ans en 2020.
Il s'est passé quelque chose ?
-D'après sa mère,
non. -Elle ne savait pas tout.
-Ah bon ?
-Elle était sur des sites de rencontres.
-Je le cacherais à maman aussi.
-Les types étaient mariés.
-Peut-être que l'un d'eux s'est trop attaché à elle.
-Pourquoi tu dis ça ?
-On l'a frappée dans le coeur. C'est symbolique.
-Un féminicide ? -Peut-être.
Je dois vérifier si elle a eu des rapports.
-Voilà.
-Merci.
-C'est quoi, cette photo ?
-Santorin. Cet été.
-Il vous manque ?
Hein ? Vous espérez qu'il revienne ?
-Lâche-moi.
-Je peux lui parler.
-"Parler" de quoi ?
-Lui dire
que vous êtes triste. C'est normal, parfois, d'être triste.
-Ca ne servirait à rien.
Bon.
Marie a eu un rapport quelques jours avant sa mort.
On a peu de chances d'avoir un ADN.
-Dommage. -Et autre chose :
ses muqueuses sont fines et sclérosées.
-Un manque d'oestrogène.
-Bravo.
-J'ai fait médecine.
Mais le manque d'oestrogène
concerne la ménopause.
-Oui, mais aussi en cas de malnutrition.
Ca peut diminuer les fonctions sexuelles.
-Mais elle voyait des hommes.
Il devait y avoir des oestrogènes qui se baladaient.
-Mais elle est passée
d'un IMC très faible à un surpoids. -Ses vergetures
sont très récentes. Son corps était en pleine mutation,
comme si elle avait été prise par une sorte de boulimie de vie.
-Ca a pu réveiller sa sensualité.
-Elle avait peut-être rencontré quelqu'un.
-Ouais. Ou quelque chose a changé dans sa vie.
-Ils nient avoir couché avec elle. -C'est la débandade générale.
-D'après Alex,
on n'aura pas d'ADN. -Le retour
de l'interrogatoire.
-Combien de suspects
à interroger ? -Une dizaine.
-Je peux le faire. -Non.
Vous êtes en stage
d'observation.
-D'accord.
-Confiez-lui quelques tâches.
Toujours pratique d'avoir quelqu'un sous la main.
-Louis. Elle n'est pas flic.
-Elle risque
de s'ennuyer. -Vous vous souciez
des stagiaires ?
-Oui. Depuis que je suis à la DGSE.
-Je fais quoi ?
Parce que là...
-Vous cherchez quoi ?
-Un truc qui pourrait nous mener à l'identité de son dernier amant.
-Le résultat du bol alimentaire. -Elle a bu un cocktail
à base d'alcool, de thé
et de wasabi.
-En quoi ça peut nous aider ?
-Ce n'est pas le genre de cocktails
que tu prépares dans ta chambre. -Ah... Elle a dû aller en soirée.
-Ou dans un bar.
-Avec son amant.
-Cocktail, hôtel.
-Un cocktail au wasabi. On boit ça, maintenant ?
-Si ça se trouve, c'est bon. Moi, j'aimerais bien goûter.
Et tu as parlé à Pincé de la DGSE ?
-Oui. Il n'avait pas l'air au courant.
A mon avis, Ludi t'a raconté des conneries.
-Pourquoi elle aurait inventé ça ?
-Il faut lui demander.
-Ca bosse ?
-Comme tu vois.
-Ce que tu as dit
sur Louis.
Son recrutement par la DGSE. Ca paraît surprenant.
-Je ne trouve pas.
-Antoine est étonné.
-Pourquoi ?
Il pense que c'est faux ? -Un peu.
-Il est quand même super parano,
Antoine. Ca ne s'arrange pas.
-Non. Pas spécialement.
-Pourquoi j'aurais inventé ça ?
-Hm.
Tu as raison. Il faudrait vraiment
que tu sois dingue.
C'est débile,
comme mensonge.
-Rien. C'est comme si le 28 juillet 2020 ne correspondait à rien.
-Moi, j'ai du nouveau.
Marie Thoihiry en terrasse.
-Joli. Bien joué.
-Il n'y a pas beaucoup d'hôtels qui font des cocktails au wasabi.
-C'est qui, ce jeune homme ? -Jordan Chastaing. Un youtubeur.
-Ca rapporte ?
-Alors, ça... -Ariane.
Vous voulez assister à l'interrogatoire d'un suspect ?
-Oui.
-Voilà le dossier.
-Vous ne l'interrogez pas avec moi ?
-J'ai du boulot.
-Commandant ?
Jordan Chastaing est là. -Où ?
-Dans la salle du haut.
-Saint-Gilles, croisière.
-Je n'ai pas couché avec elle.
-Vous avez échangé avec elle.
-Si je devais coucher
avec chaque fille qui me parle... -Hm.
-Ca prouve quoi ?
-Vous l'avez vue le jour de sa mort.
-Ce n'est pas moi.
-Perdon ?
-Il fallait faire un booking.
-"Un booking" ?
-Putain. Un relevé de mes empreintes sur le verre.
-C'est vous, sur la vidéo.
-Non. -C'est qui ?
-Un mec déguisé en moi.
-Il vous ressemble.
-On peut faire des trucs de ouf
avec le maquillage.
Vous avez une preuve ?
-Un rapport d'autopsie.
-Il dit quoi,
le "DNA profiling" ?
Sérieux ? L'ADN, il dit quoi ? Que c'est le mien ?
Il va se marrer, le juge.
-Deux minutes.
Il rit.
-"Deux minutes."
-Ca va être compliqué.
-Vous voulez que je prenne la main ?
-Ca ne va pas ? -Dans un de mes romans...
-On n'est pas dans un roman.
-Vous ne voulez pas découvrir la littérature ?
-Celle qui dérape ?
-Non. Celle qui gagne.
Allez. -Vous n'êtes pas assermentée.
-
Hé.
Vous pouvez me faire confiance.
-5 minutes. -Voilà.
Ca va ?
-Ca va. -Je crois
que vous avez un gosse
avec une youtubeuse. Montrez-moi sa photo.
-D'elle ? -Du gosse.
-Pourquoi ? -Je pose les questions, Jacquot.
-Jordan. -C'est pareil.
Elle a quel âge ? -8 ans. C'est un garçon.
-Ce n'est pas frappant.
Est-ce que... Est-ce que vous aimez les balades en forêt ?
-C'est quoi, ces questions ? -Est-ce que vous aimez
les balades en forêt ?
Quand vous vous amusez
à lancer des marrons
et que ça finit systématiquement en éclats de rires.
On poste
sur Instagram. Ca serait dommage
que ce bonheur "so camera-friendly" vole en éclats.
Vous comprenez ? -Quoi ?
-Il ne comprend pas grand-chose. Là, dans ce petit dossier,
j'ai des messages que vous avez échangés avec Marie entre mars
et mai. Des messages
à connotation personnelle. Qu'en penserait votre copine ?
-Vous n'avez pas le droit.
-Si. Vraiment. J'ai tous les droits.
Elle s'appelle...
Fanny Marchand ? -Vous êtes tarée.
-Waouh ! -Oh !
-Ne m'insulte pas.
-Oh. Oh. -Tu ne m'insultes pas ! Aïe !
-Vous êtes cinglée ?
On ne touche pas aux suspects ! -Il se fout de nous !
-Ce n'est pas une raison !
C'est bon pour vos romans, ça. -Non.
-Vous avez toujours quelque chose à dire.
Vous restez là. -Quoi ?
-Elle s'excuse. -Je vais porter plainte.
-Inutile.
Ce n'est pas filmé. -Je dois aller chercher mon fils.
-Asseyez-vous. Plus vite vous parlerez, plus vite vous sortirez.
D'accord ?
Contrairement à ce que vous a dit ma collègue,
on restera discrets.
Donc, vous connaissez Marie.
-Oui, mais je ne l'ai pas tuée.
-C'était une aventure ? -Oui.
Ca aurait pu être plus, mais elle voyait d'autres gars.
-Ca vous ennuyait ?
-Ca n'a jamais été plus.
-A quelle heure
vous avez quitté Marie ? -19h. Je suis rentré chez moi.
-Un témoin ?
-Non.
-Vous faisiez quoi, à 1h du matin ?
-Rien. J'étais chez moi.
-Vous vous souvenez de quelque chose que Marie aurait pu dire
en relation avec le meurtre ?
-Je... Je... Non.
On ne se parlait pas beaucoup, avec Marie.
Elle m'a dit qu'elle allait écrire un livre
qui allait faire du mal. -Rien d'autre ?
-Non. -Le 10 mai, quand vous l'avez vue,
est-ce que vous vous souvenez de quelque chose de particulier ?
-Elle était au téléphone et avait l'air énervée.
-Qu'est-ce qu'elle disait ?
-Elle parlait de Malgaches.
Je ne sais pas.
-Heu... Vous êtes toujours là, vous.
Qu'est-ce qu'il y a ?
-Hm. -Vous n'allez pas faire la gueule.
-Vous avez vu la façon dont vous m'avez parlé ?
-Gardez vos remarques.
-Je l'ai fait pour vous aider. -Ca ne m'aide pas du tout.
Je crois qu'on a un problème. On ne se comprend pas.
-Non. Je ne vous comprends pas.
Et je n'ai pas envie de vous comprendre.
Salut. -Ouais. C'est ça. Salut.
Le cirque où travaillait Marie employait deux Malgaches.
C'est sûrement d'eux
dont Marie parlait. -Hm.
Avec Ariane, tout va bien ?
-Elle a arrêté son stage.
-Pourquoi ?
-Elle fantasme sur le boulot de flic.
Elle a plein d'images
de flics qui tabassent les suspects.
-Elle a dû déchanter, quand elle a su que vous gériez surtout
des plaintes pour tapage nocturne. -Mais moi,
j'interviens avant la mort.
-Elle nous quitte. -Non. Elle quitte le service.
-Tu as une idée de ce qu'elle cherche ?
-Non. Ca bouillonne
dans sa tête et ce n'est pas très net.
-Excuse pour le retard. -Ce n'est pas grave.
-Ce n'est pas du tout contre toi.
Dis donc.
Tu arrêtes ton stage ?
-Oui. Mais je n'ai pas envie de parler de ça. Parlons de toi.
Raconte. -Quoi ?
-Tout.
-"Tout" ? C'est vaste. Précise.
-Ce que tu aimes.
Les mecs que tu as eus.
Les histoires. Tout. -Non,
mais c'est compliqué, comme question. Des Alex,
il y en a eu plein.
Ma vie est banale.
-J'en ferai un truc magnifique.
-Mais quoi ?
-Il faut que je te dise. J'aimerais écrire sur toi.
J'aimerais...
créer un personnage
de médecin légiste.
-Ce n'est pas charismatique, de barboter au milieu des thorax.
-Si. C'est hyper glamour. Moi, j'adore.
Quand je t'ai vue, je te jure, j'ai ressenti un truc...
Un souffle de vie.
C'était le signe qu'il fallait que je me remette
à écrire.
-Les signes, c'est ce que tu y mets dedans.
Moi, je crois que mon réveil me dit des trucs quand il clignote.
-Tu vas être parfaite. Incroyable.
-Il faut peut-être qu'on essaie de se connaître un peu avant.
Qu'on soit amies.
Ca fout la pression.
La semaine prochaine, je vais faire des bocaux.
-Il faut
que je vienne
te voir bosser.
Je suis gênante, là. J'ai vu dans ton regard. Je t'ai gênée.
-Non. Personne ne me gêne. Mais j'ai plein de boulot.
-Ce n'est pas grave.
Je ne suis pas intrusive.
-Ouais. Si tu veux.
Le céleri croustille.
-Ca va ? -Ca va.
-J'ai demandé les fadettes du téléphone de Marie.
-Dites, Louis. Je voulais vous demander.
Comme on est entre nous.
C'est quoi, votre mission, à la DGSE ?
-Il m'est difficile d'en parler.
-Je comprends. Je comprends. Je n'insiste pas.
-Je surveille un réseau terroriste
connecté à des cellules internationales.
-Ca doit être passionnant. -C'est la France qui me passionne.
-J'imagine. J'imagine surtout le stress, aussi. La tension.
-Oh. Ca va.
-Mais pourquoi la DGSE s'intéresserait à ce commissariat ?
Il n'y a rien à récupérer, ici. Non ?
-Les informations que je transmets sont particulièrement sensibles.
-Il y a des informations sensibles qui circulent ici
et je ne suis pas au courant ?
Ah. Je vais devoir en référer à mes supérieurs.
-Non. Surtout pas. Il en va de notre sécurité à tous.
-Vous êtes tout pâle. -Ah bon ?
-Oui. Comme quelqu'un qui a raconté un gros mytho.
-
En fait, je...
Je ne travaille pas totalement à la DGSE.
-Ah bon ?
-J'ai... Enfin...
On a pris un congé sabbatique. On part à La Réunion dans 2 jours.
Pour 6 mois.
-"Pour 6..."
Mais pourquoi vous avez inventé cette histoire de DGSE ?
-C'est une idée de Ludi !
Alex vient de rompre avec Aurélien. Ludi s'en rend coupable.
Maintenant que vous le savez, dites-le à Alex.
-Vous vous foutez de moi ? Prenez vos responsabilités.
Non mais...
Le téléphone sonne.
-Ouais ?
-Il sait. *-Oh merde.
Ah non. Comme ça, il va lui dire. *-Ne rêve pas.
Ecoute. C'est juste un mauvais moment à passer.
Comme arracher un sparadrap.
-Un vieux sparadrap qui colle bien.
-Il n'y a que toi qui peux le faire.
-Ouais. Bon. Je vais lui dire. *-A plus tard.
Elle soupire.
-C'était comment, votre virée avec votre nouvelle amie ?
-Ariane veut écrire sur moi.
-Vous allez refuser ?
Elle est flippante. -Elle est dépressive.
-Comment vous le savez ?
-Je l'ai vu. -Elle est flippante et dépressive.
-Elle ne choisit pas d'être comme ça.
-Ca lui donne des excuses ?
-Non, mais son libre arbitre n'est peut-être pas si fort que ça.
Toi, tu as peur de tout.
Est-ce que c'est un choix ? -Je n'ai pas peur de tout.
-Un peu, quand même. -Ce n'est pas une raison
pour tolérer tous les barjos. Vous n'allez pas accepter
qu'elle écrive sur vous ? -Si. Ca a l'air important
pour elle. -Ca va partir en vrille.
Je vous aurais prévenue. -Sinon, on s'emmerde.
-On peut foutre la paix à ceux qui veulent s'emmerder.
-Bon.
Le cirque embauchait des Malgaches.
-Pourquoi vous me dites ça ?
-Marie essayait sûrement de renouer
avec ses origines.
Lis. C'est le Web d'un artiste de la compagnie.
Andry Fénot, malgache, a été victime d'un accident
du travail. On l'a viré.
Ils ont manifesté et ça,
ça fait 3 jours. -Pourquoi ?
-Pour obtenir
des indemnités. Marie a défendu Andry Fénot.
-Rien ne prouve que Marie était avec eux.
-Lis ça. -"Ce cirque ne respectait pas
"le décret du 28 juillet 2020."
-Ca ne te dit rien ?
-Non. Ca devrait ?
-C'est la date
qu'Antoine a trouvée dans l'appart' de Marie.
On devrait pouvoir trouver des résidus
de gaz lacrymogène
dans les poumons. -Alex ?
Je peux te parler ? -Oui.
Tiens. Mets tes gants.
Il soupire.
Tu voulais me dire un truc ?
-Parfois, on dit des choses alors qu'on a d'autres choses à dire,
parce que ces choses sont difficiles à dire.
-Quoi ?
-Avec Louis...
Le téléphone sonne. -Attends. C'est Aurélien.
-Il dit quoi ?
-Il veut venir chercher son clavier.
Il jouait bien, quand même.
Il ne reviendra pas.
-Oh... Je suis désolée. -Tu voulais me dire quelque chose ?
-Non. Non, rien.
-Tu es sûre ? -Oui.
-OK.
Elle soupire.
Qu'est-ce que tu fais là ?
-Je suis venue voir ton bureau. -Qu'est-ce qu'il a, mon bureau ?
-Il est laid. Je n'imaginais pas ça pour ton personnage.
-Ecoute... Pourtant, mon personnage se sent assez bien dans ce bureau.
Il a son petit cabinet de curiosités.
Il peut tripoter son crâne de lémurien tranquille.
-Je comprends, mais non. Le tapis, enlève-le.
Il me gêne.
Le bureau. Beaucoup de choses.
-Je ne le ferai pas.
-Ah... -Quoi ?
-Waouh. -Tu es malade ?
-Non. -Ca va ?
-Hou. J'ai envie d'écrire. C'est intense.
Waouh. Tu n'as pas
un ordinateur ? -Ben...
-Pour écrire.
-Voici vos sécrétions pulmonaires. -Merci.
-Pourquoi il est là ?
-C'est mon assistant.
-Un assistant ?
-C'est courant.
-Non. C'est nul.
-Quoi ? Pourquoi ? -Pourquoi c'est "nul" ?
-"Pourquoi" ? Ca se voit.
-Pourquoi elle dit ça ? -Ne t'en fais pas.
-C'est ma blouse ?
-Non. -Ca a pu m'arriver
d'être moyen. -Non.
-Mais ça arrive.
-Mais Théo ! Mais pourquoi tu dis ça ?
-C'est évident. C'est fou que tu ne voies pas.
-Hm.
Elle était à la manif. -Ca a une couleur de sinusite.
-Elle faisait partie des grévistes. Je préviens Antoine.
-Oh là là.
-Tu en as mis partout.
-Tu ne peux pas bosser comme ça.
-Ca arrive.
-Tu as un chargeur, s'il te plaît ? -Ouais. Sur mon bureau, là-bas.
-(Je suis sûr qu'elle fait semblant d'écrire. Elle va trop vite.)
Mais non. Il y a un tas de mots.
Des virgules.
-Ton assistant, c'est une catastrophe.
On en parle après le travail ?
-Non. Je vais
au garage. Ma voiture rend l'âme.
-Ah bon ? -Oui.
-Ah.
-Oh...
-C'est avec un délégué syndical que Marie était au téléphone
quand Jordan l'a rejointe.
-Alors ?
-Elle était en conflit avec le directeur artistique du cirque,
Florian Basset,
au sujet de l'artiste qui a eu un accident du travail.
-Belle piste... de cirque.
-Peut mieux faire.
-Ariane n'est pas là ?
-Non. Elle ne viendra plus. Elle a décidé d'écrire sur ma soeur.
-Vous n'étiez pas le flic idéal.
-On voit que vous travaillez
à la DGSE. -Ca, c'est drôle.
-Oui.
-
J'ai un truc à te dire.
Tu es le 1er à qui j'en parle. Après-demain,
on part pour La Réunion
pour 6 mois. -Vraiment ?
-Hm.
-Vous ne me le dites que maintenant ?
Après-demain ?
-Je te le dis en avant-première parce qu'on est amis.
-Non. Ce n'est pas pour ça.
Vous n'avez pas réussi à me le dire avant.
Hein ? Je trouve ça assez moche de le dire au dernier moment.
C'est pour que je le dise à Alex.
C'est encore moi qui vais tout me prendre. Non, non.
-Je suis nulle.
J'aurais dû le dire avant,
mais Louis a traîné.
-Bon. Vous n'avez qu'à faire des messages subliminaux.
-Quoi ? -Des trucs qui rappellent
La Réunion. Des rougails saucisses. -Ah oui ?
-Oui. Des assiettes de rougail saucisses.
-En quoi ça va m'aider ? -Alex va commencer
à gamberger. -Ouais.
-Elle va se demander ce que c'est. Quand vous allez lui dire,
elle va être tellement soulagée qu'elle ne vous en voudra pas.
-Tu as raison. On t'a déjà dit que tu étais génial ?
Il rit.
-J'ai un rire incoercible.
-C'est quoi ?
-Je ne sais pas.
Brouhaha.
...
-Bonjour. -Bonjour.
-On cherche Florian Basset. -Il est juste là-bas.
-Merci.
-C'est fou qu'on l'ait tuée.
-Pourquoi ?
-Elle était cool. -Vous étiez brouillés.
Elle avait fait annuler des représentations.
-C'est rentré dans l'ordre. -En attaquant les grévistes ?
-La police a déconné.
-Vous vous attendez à quoi ?
-Je ne sais pas.
Marie croyait que je discriminais Andy parce qu'il était malgache.
Mais ce n'est pas ça.
-Vous faisiez quoi,
la nuit du meurtre ?
-Je... J'ai joué en ligne et j'ai un peu "streamé".
-Andry Fénot, c'est bien le nom du Malgache que défendait Marie ?
-Oui. -On peut le voir ?
-Il est à Mada.
-Il était proche de Marie ?
-Oui. Il était comme un frère. Elle se cherchait une famille.
-Elle cherchait
sa reconnaissance ? -Marie,
elle a besoin d'attention.
Peut-être parce que sa mère la filmait, petite.
C'était la star
de "La petite guerrière de l'hôpital". Ca ne vous dit rien ?
-Alors ? Tu as quoi ?
C'est quoi ? -Louis XIV.
-"Louis XIV". -Louis XIV de Bourbon.
La Réunion, c'est l'île Bourbon.
-On ne comprend rien. -Ah bon ?
Sinon, j'ai ça.
-Une peluche de serpent ? -Un python.
Piton des Neiges.
-On ne comprend rien. -Vous avez quoi ?
Un poster de moules.
-Mais non. C'est ça qui est important.
-Le pigeon ?
-C'est un dodo ! C'est le symbole de La Réunion.
-Non. De l'île Maurice.
-Ce n'est pas loin. Ca. Ca, ça le fait.
-Ca fait trop vacances.
-Ca, c'est bien.
-Ca fait encore plage.
-Ta peluche de serpent...
-Si je passe comme ça,
ça fait volcan. -Non. Ca ne fait rien du tout.
-"La petite guerrière de l'hôpital" ?
-Il y a des parents qui filment leurs gosses à l'hôpital.
-Moi, tu sais, les gosses... Tu as vu les vidéos ?
-Elles ont été effacées. La plateforme va les récupérer.
-On peut savoir qui les a effacées ?
-Oui. Les TIC sont sur le coup.
Le téléphone sonne.
C'est quoi ? -C'est Théo.
Il faut que je rentre à l'IML. A plus.
Qu'est-ce que c'est ?
-C'est un cadeau.
Tu aimes ? -Tu m'expliques ?
-Elle délire.
-Je t'offre
un pick-up. -Quoi ?
-Ton personnage doit rouler
en pick-up. Le pick-up,
c'est toi. C'est ton esprit d'aventure. C'est pratique.
Là, tu as tes rangements
pour ta blouse.
Là, pour les corps.
-Je ne suis pas un croque-mort ! -Je lui ai dit.
-Tu roulais dans une épave.
-Tu vis une phase difficile.
Ca me plaît,
de rouler dans mon épave. Elle a des problèmes de vitesses,
mais je me suis habituée.
Je me suis acheté des boules "massantes".
-Je t'en achète, des boules "massantes".
-Ca suffit.
Vous allez prendre votre gros machin et quitter l'IML.
Excusez-moi,
mais vous n'avez pas l'air équilibrée.
-D'où il me parle ? -Perdon
d'exister.
-Je décide de ce que vous dites. -Il a raison.
On n'offre pas des 4x4 à des inconnus.
-On se connaît. -Mais même.
-On est amies. -Ramène ce pick-up
au magasin. -Non.
-Il est hyper vulgaire.
-Non. -Si.
-Non.
-Je n'en veux pas. -Moi non plus.
Je vous avais prévenue. Voilà où mène votre tolérance de hippie.
-Ca va.
Elle manque de mesure. C'est tout.
Et ce n'est pas con, son idée de 4x4.
-Vous ne devriez pas la prendre à la légère.
Elle a dit qu'elle décidait de ce que je disais.
C'est quelqu'un
de déséquilibré. -Ca,
c'est parce qu'elle est romancière.
Tu dois être dans ses textes.
Attends.
Il n'y a pas de document.
-Elle a écrit sur quoi ?
-Peut-être un blog. -Regardez l'historique.
-Un site appelé "Plumes en réseaux".
"Plateforme collaborative de partage de textes littéraires."
-Les derniers textes.
-"Le Dr Ahle." C'est presque mon nom.
-Vous avez vu le nombre de vues ? On est des stars.
-"Alix Ahle
"examina les sécrétions
"avec une fascination presque enfantine."
N'importe quoi.
Elle parle de toi, là.
-Ah ouais ?
-Ce n'est pas nécessaire
que tu lises.
-"Léo entra. Il était l'assistant du Dr Ahle.
"Avec ses yeux porcins, il contemplait le monde
"d'un air frustre." -Tu n'as pas les yeux porcins.
-"Léo" ressemble à "Théo".
-Oh... -Elle parle de moi.
-Elle a senti
que tu ne l'aimais pas.
-Vous avez vu les commentaires ?
-"C'est canon, sauf Léo.
"Il est nase. Tue-le."
-302 pouces.
302 ! 302 personnes sont d'accord pour me tuer !
-Allez.
Ca va peut-être s'arranger.
-Non mais...
-Je m'aère les orteils.
-Pourquoi elle a des tongs ?
-Les orteils, ça s'aère, j'imagine.
Notification.
-J'ai les vidéos de "La petite guerrière".
*-Bonjour. Bien dormi ? *-Oui.
*-Ne t'inquiète pas.
*L'épilepsie, c'est comme des éclairs dans ton cerveau.
*Je vous laisse.
*-A tout à l'heure.
-Antoine avait dit qu'elle faisait des crises d'épilepsie.
-Le palu peut être cérébral.
-Comment être funambule et épileptique ?
-Elle avait peut-être guéri. -On ne guérit pas
comme ça de l'épilepsie. On essaie de contrôler les crises,
mais... Elle a peut-être menti.
-Ou alors,
elle n'a jamais été malade. -Il faut demander à sa neurologue.
Qui s'appelle...
Eva...
Leroux. J'avais noté son adresse
dans un carnet qui n'est pas celui-là.
C'est ton écriture, ça.
Non ! "Légère céphalée associée à des pensées sombres.
"12 mai, 14h53.
"Flatulences." -Oui.
C'est de la littérature expérimentale.
-Ca a l'air vrai.
On dirait
une liste de symptômes.
-Non. -Ca a un rapport
avec les garnitures matelassées des cercueils, par hasard ?
-Vous êtes allée
sur ma session. Je le savais.
C'est inhumain.
-Ca va. -Vous méritez...
-Quoi ? -Que je parte.
-Vas-y. -Je m'en vais.
-Théo.
-Très bien. Merci.
Marie Thoihiry a supprimé les vidéos.
D'après le support,
elle voulait récupérer
les droits de la chaîne. -Ils s'élevaient
à combien ? -55 236 E la dernière année.
-Ah ouais.
Perdre 55 000 E, ça peut mettre en colère.
-Hm.
-BONJOUR.
-Margaret Cavendish. -Bertrand Russell.
-Journalistes.
-Je vous attendais.
-Merci encore
de nous recevoir.
On a essuyé pas mal
de refus.
C'est comme si le sujet des enfants filmés par leurs parents
restait un sujet tabou.
-Ca touche aussi les soignants.
-Vous étiez au courant
de la chaîne de Marie Thoihiry ? -Non. Enfin,
une infirmière a vu une vidéo.
Et Pauline Berger
filmait Marie à notre insu.
-Les parents peuvent-ils mentir dans ces vidéos ?
-Dans la façon de mettre en scène la maladie ?
-Oui. Ou en faisant croire que l'enfant est malade.
Qu'il souffre d'épilepsie, par exemple.
-Oui.
-Impossible. Ca se verrait.
-"Impossible."
-Marie était épileptique. Un encéphalogramme ne ment pas.
-Elle a subi d'autres opérations ?
-Oui. Le paludisme
avait touché le foie et les reins.
On a fait des explorations chirurgicales.
-Vous auriez son dossier médical ?
-Sa mère l'a récupéré. Je croyais que nous devions parler
des chaînes Web. -OUI.
-Nous aimerions traiter le sujet via les relations familiales.
Vous avez observé quelque chose sur les rapports
de Marie et sa famille ?
-Pas vraiment.
La dernière année, Marie et Pauline se disputaient beaucoup.
-
-Marie avait toujours été malade. Elle souffrait de cette identité
à laquelle la chaîne la ramenait.
Quand elle a quitté sa famille,
elle a arrêté les soins. -Ah bon ?
-Ouais.
J'ai essayé de la recontacter car pour moi, c'était impensable.
-"Jamais rappelé." -Voilà.
-Point. -Hm.
-D'autres questions ?
-Non. Merci beaucoup. -Je vous en prie.
Merci. -Bonne journée.
-Merci. -Au revoir.
-Bonne continuation. -Merci.
-Marie ne mentait pas.
-Ou elle avait les symptômes de l'épilepsie sans être épileptique.
-Quelqu'un la rendait malade ?
-Marie a arrêté son traitement quand elle a quitté sa famille.
Au même moment, ses symptômes ont disparu
et elle est devenue funambule.
-Vous ne pensez pas que sa mère...
-Tout est possible.
Rien de ce qui est humain ne m'est étranger.
-Waouh !
-Ce n'est pas de moi. C'est joli. -C'est joli.
-Doucement.
Oh.
Je vais t'acheter un iguane. -Quoi ?
-Un iguane. Un chien, c'est trop content.
Un iguane, c'est froid.
C'est plus dur d'aimer un iguane. Ton personnage se sublimera.
-Je ne suis pas celle que tu veux que je sois.
-Rien à voir.
Je te connais beaucoup mieux que tu te connais.
-Puisque tu me connais si bien,
qu'est-ce que je dirais si je voyais
que tu avais dévoilé mon adresse ?
-Tu as vu mon site ?
-Oui. -Qui t'a dit que je publiais là ?
-Peu importe. -C'est Théo ?
-On s'en fout. Je ne veux juste pas que tu publies mon adresse.
-Je voulais que ce soit parfait.
-Je me fous
que ce soit parfait !
Tu délires.
-Il faut que je trouve une solution avec Théo. C'est une enflure.
-Voilà.
C'est droit ? -Ouais.
-Comme ça, ça va ?
Elle va le voir ? -Décalez.
Elle arrive.
-Salut. -Salut.
-C'est quoi, ce masque ?
-Ah. C'est un cadeau de Louis.
-Tu vas faire de la plongée ?
Ca a un rapport avec les moules ?
-Non.
C'est un dodo.
-Le pigeon ?
Et quoi ?
-C'est un dodo.
-Tu as un truc
à me dire. -Non.
-OK. Théo,
j'ai un truc pour toi. -Quoi ?
-Regarde. -Pour quoi ?
Pour quoi faire ?
Expliquez-moi ce qu'on va faire.
-Ne t'inquiète pas. J'adore quand tu improvises.
-Bonjour.
-Bonjour.
-Teddy et Charlotte,
de Médicaments sans frontières. -Oui.
-On fait une collecte pour les pauvres.
-Non. Il veut dire
qu'on récupère des médicaments
pour les reconditionner. -Ensuite,
on les donne aux pauvres.
-Aux habitants des pays émergents qui n'ont pas la sécurité sociale.
-Du coup, les pauvres. -Oui.
-Je veux bien vous ouvrir chez moi. J'habite au-dessus.
-Merci.
-J'ai beaucoup de médicaments. Vous pouvez tout prendre.
-Merci.
-Ces médicaments, ça me rappelle trop de choses.
-Bien sûr.
Des laxatifs.
Des anesthésiques.
Mélangés, ils peuvent déclencher des crises d'épilepsie
et provoquer des insuffisances rénales.
-Rien ne prouve que c'est Marie qui prenait ça.
-On va faire des analyses des tissus graisseux.
Ce genre de résidus médicamenteux restent des années.
-Tu étais où ? -Tu fais un stage à la Stasi ?
-Non. J'ai étudié ton manuel de mauvaise foi chronique.
-Bon. Alors ? -Bon.
Jordan Chastaing. Le youtubeur.
On a confirmé son alibi. Et Florian Basset
était en live au moment du meurtre.
-C'est bien. Ca élague un peu. Et du côté
de la chaîne Web ?
-P. Berger touchait les revenus. Mais le café était en faillite.
Ca pourrait être un crime vénal. -J'en doute.
-Pourquoi ?
-Pour un crime vénal, on ne poignarde pas sa victime.
Au mieux, on la balance d'une falaise.
Au pire, on fout de la mort-aux-rats dans son café.
Mais des ciseaux en plein coeur... C'est du sang, de la passion.
Ca arrive quand on se sent trahi. -Marie aurait trahi Pauline ?
-On voit souvent ça chez les mômes qui ont été instrumentalisés.
Elle a repris le pouvoir quand elle a quitté Pauline.
Elle a effacé les vidéos de "La petite guerrière",
son corps a changé et le plus étonnant :
ses symptômes ont disparu.
-Tu penses
que sa mère la rendait malade ? -C'est une possibilité.
-Pourquoi elle l'aurait tuée ? -Jordan Chastaing a dit que Marie
écrivait un livre et que ce livre pourrait faire beaucoup de mal.
-Et Pauline a vécu ça comme une trahison
parce qu'elle l'avait recueillie.
-Bonjour.
-Vous saviez que Marie voulait écrire un livre
qui allait faire du mal ?
-Non.
Je ne vois pas ce qu'elle aurait pu révéler.
-Elle voulait récupérer les droits de "La petite guerrière".
-Elle ne m'en a pas parlé. -Vous n'aviez pas vu que les vidéos
avaient été effacées ? -Si.
On n'a pas eu le temps d'en parler.
-Cette chaîne générait
beaucoup d'argent.
-Vous pensez que j'ai exploité la maladie de Marie ?
-Pourquoi l'avoir filmée ? -Vous avez des enfants ?
-Oui. -Ils sont malades ?
-Non.
-Vous n'avez rien à dire.
Cette chaîne,
c'était... une manière
de transformer la souffrance en quelque chose de positif.
De rétablir un équilibre.
Marie avait des fans qui l'aimaient, qui l'encourageaient.
Ca donnait...
Je ne sais pas.
un sens aux souffrances qu'elle vivait.
Du courage.
-Marie allait mieux depuis quelques mois.
-Elle était guérie. -Sur les vidéos,
on voit qu'elle avait
des séquelles très importantes. -Elle était guérie.
-Vous avez gardé son dossier médical ?
-Pourquoi j'aurais fait ça ?
-Vous l'avez jeté ?
-Oui.
-Pourquoi ?
-Quand Marie a été guérie, j'ai voulu effacer tout ça.
-Le soir du meurtre, vous nous avez dit être restée
à Bordeaux jusqu'à minuit.
Mais votre téléphone bornait à 1h du matin dans le centre-ville.
-Je me suis trompée. Ouais.
Je me suis trompée.
-D'accord.
On va vous faire relire votre déposition
pour que vous la signiez.
Merci.
-Je n'arrive pas à savoir si elle est sincère.
-Si elle nous manipule, elle est forte.
-La brigade fluviale a trouvé quelque chose.
-OK.
-Vous trouvez quelque chose ?
-Je dois récupérer de la graisse. Tu me passes le scalpel ?
Merci.
Mais...
Il y a une cicatrice.
Récente.
Elle est légèrement durcie en profondeur.
Comme si une aiguille avait traversé la peau.
Une marque de prélèvement.
-Quelqu'un cherchait la même chose que nous ?
Il faut retrouver le laboratoire qui a fait ces analyses.
-Coucou.
-Je bosse. -Oui.
Tu peux venir ?
Ca va prendre quatre secondes. -Deux minutes.
-Voici Thomas. Il est pour toi.
*Jeu vidéo.
-Perdon ?
-Je l'ai trouvé hier soir. Il sera parfait pour remplacer Théo.
-Je n'en ai pas envie.
-On en a parlé. Ne fais pas l'enfant.
Il est formidable.
Tu devrais avoir une aventure avec lui.
-Hein ? Il ne me plaît pas.
On dirait The Cure
à Tahiti. -Qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce que vous faites ? -Je joue. Il faut tuer des dragons.
-Qu'est-ce que vous faites là ?
-Ah. Ariane m'a dit de venir et qu'elle me filerait 100 balles.
-C'est qui ?
-Ce n'est rien.
Ariane va le ramener. -Non. Il va te remplacer.
-Non. On ne remplace pas Théo. Il est irremplaçable.
-Ne m'oblige pas à le tuer.
-Mais ça ne va pas ? Je ne veux plus que tu foutes les pieds ici.
*...
-Du coup, pour mes 100 balles ?
-Chut.
-On a trouvé ça.
-Alex avait parlé de ciseaux dans son rapport d'autopsie.
-C'est étrange, de tuer avec des ciseaux.
-Le tueur a utilisé ce qu'il avait sous la main,
sans préméditation.
-Peut-être qu'ils se connaissaient.
-Ouais. Peut-être.
-Il y avait des résidus de tissu biologique
à la base des lames.
En tout cas, la dimension des lames correspond bien à la blessure.
-Ils sont bizarres.
-Non. -Prends-les en main.
Pour voir.
Tu ne remarques rien ? -Non.
-Tu es gauchère.
Ce sont des ciseaux de gaucher.
Il n'y a que 10 % de gauchers. Celui qui a tué Marie le savait.
-Ah ouais.
Le meurtrier se serait servi
de sa main droite.
D'où la maladresse de sa blessure.
-Sa mère est droitière.
-Alors, on l'oublie. -On va voir si Marie connaissait
des gauchers. -Oui.
-Alors ? -Ariane n'a rien publié de nouveau.
-C'est bon signe.
-Pas sûr.
-Vous avez envoyé les tissus au labo ?
-Oui. -J'espère qu'il y en a assez
pour faire une biopsie. -Pourquoi tu parles de "biopsie" ?
-Non. Pas "biopsie". Je me suis emmêlé les tumeurs.
Ca me reprend. Gargouillis.
J'y vais. -Qu'est-ce que tu as ?
-Oh non.
-Qu'est-ce qu'il a ? -Je sais.
J'ai trouvé ça.
-C'est quoi ?
-C'est une IRM cérébrale de Théo. J'espère qu'il n'a pas de tumeur.
-Ben... Mais non. Il n'a rien.
Ca serait plutôt l'IRM
qui aurait des problèmes de calibrage. Il a dû flipper.
-Tu m'étonnes. Sonnerie.
-Oui. Alexandra Ehle.
-Oui. Marie Thoihiry ?
Je note. D'accord. Merci, hein. Merci.
On a le nom du médecin qui a fait l'ordonnance pour les prélèvements
de Marie. -Parfait.
*-Je lui ai conseillé de contacter un groupe de soutien.
-Vous avez le nom du groupe ?
*-SOS Erreur médicale.
-Est-ce que vous avez parlé avec elle
de la plainte qu'elle voulait déposer ?
*-Non. -Personne n'aurait pu le savoir ?
*-Quelqu'un qui aurait eu accès
*à son espace santé. -Merci.
*-De rien.
-Au revoir. Donc, si Marie n'a pas limité l'accès à son espace santé,
des médecins ont pu y accéder.
-Comme Eva Leroux.
Sa neurochirurgienne. -Bravo.
Je vais contacter ce groupe de soutien.
Bonjour.
Sonia.
-Annie. Présidente de SOS Erreur médicale.
-Vous avez trouvé
d'autres erreurs médicales ? -Oui. Une patiente du Dr Eva Leroux
a dit qu'elle l'avait empoisonnée. -C'est criminel.
-C'est la 1re fois que nous sommes confrontés
à un cas aussi grave.
-Vous auriez les coordonnées de cette patiente ?
-Elle s'appelle Marie Thoihiry.
Après, je doute qu'elle veuille porter plainte.
-Pourquoi ? -Elle hésitait.
Elle était proche du docteur.
-Ah bon ?
-Elle m'a dit que le Dr Leroux l'avait soignée avec une tendresse
qu'elle ne pourrait jamais oublier. -"Une tendresse" ?
-Oui. -C'est bizarre.
-Elle a dit que le Dr Leroux avait pleuré quand elle lui a dit
qu'elle ne la reverrait plus.
-Je croyais que je les avais oubliées à la piscine
quand j'avais 16 ans. -Elle a gardé votre chewing-gum.
-Oui. -Fétichiste, en plus.
-Elle a gardé ça comme des reliques.
-Qu'est-ce qu'elle veut vous dire ?
-Elle veut peut-être que je pense à elle.
-Je ne crois pas.
Elle vous rend sa fascination.
Quand c'est comme ça, ça ne sent pas bon.
-Ca veut dire qu'elle te suit. Ca commence à devenir flippant.
-Oui. Je sais. Et sinon, de votre côté, vous en êtes où ?
-On a une gauchère. -Ah.
-Hm. La neurologue qui s'occupait de Marie. Marie l'a appelée
2 mois avant son meurtre. -C'est quoi, son nom ?
-Eva Leroux.
-C'est dingue comme le monde est petit,
quand même. Tu serais étonné
du nombre de confrères que je connais.
-Ca va. Crache ta Valda.
Qu'est-ce que tu sais ?
-Elle est très dévouée à ses patients. Trop, même.
Elle est dans le sacrifice,
comme ces mères qui auraient le syndrome de Munchhausen.
-Ces femmes qui rendent leurs enfants malades ?
-Oui. -Comment tu sais ça ?
-J'ai contacté une association de victimes
d'erreurs médicales. Va y faire un tour.
-Vous seriez dispo demain
pour un pot ?
-OUAIS.
-Oui ? -Oui.
-Génial.
-Je t'envoie le numéro.
-Merci pour l'info.
-Je n'ai jamais donné ces médicaments à Marie.
-Marie vous a appelée 2 mois avant son meurtre. A quel sujet ?
-Je ne me souviens pas.
-C'est étrange
de ne pas se souvenir de l'appel d'une patiente.
-Je reçois beaucoup d'appels.
-Ca vous dit quelque chose ?
-Ce sont des ciseaux. -Oui. Des ciseaux de gaucher.
Vous êtes gauchère.
-Oui. Et alors ?
-Vous étiez où, la nuit
du 10 mai ? -Dans la vallée de la Vézère.
-Vous pouvez le prouver ? -Tout à fait. Enfin,
je peux vous montrer des photos,
vous fournir mon billet de TER. -Très bien.
-Je pense qu'Eva Leroux avait peur que Marie porte plainte
et elle l'a tuée.
-Ouais. Sauf qu'elle a un alibi en béton.
Elle a pris des selfies la veille du meurtre.
Ils sont en zone blanche, donc, on n'a pas pu confirmer son alibi.
Et son billet de retour a bien été composté
le lendemain du meurtre.
-C'est emmerdant. -Oui.
Tu picoles un peu, en ce moment.
Elle soupire.
C'est Aurélien ? -Ben...
Je ne m'y attendais pas à ce point, mais...
Il me manque vraiment.
-
Tu ne t'inquiètes pas. On est là. Tu as tes amis autour de toi.
Heu...
Ludivine, elle t'a parlé ?
-Oui. Je la trouve bizarre.
-Pourquoi ?
-J'ai l'impression qu'elle veut me dire quelque chose.
Ca a peut-être un lien avec la DGSE.
Et...
Ou alors, je suis parano.
-Non. Je ne crois pas. -Qu'est-ce qu'elle veut me dire ?
-Je ne sais pas. Je ne suis pas dans sa tête.
-A la tienne.
*Tonalité.
Le téléphone sonne.
...
-Oui ?
-J'ai pensé à un truc pour le billet de train.
-Moi aussi. Elle a demandé un billet à un voyageur.
Elle a fait ça le 11 mai. Le jour du crime.
Elle a été filmée.
-Franchement, bravo.
-Je t'impressionne ? -Comme toujours.
-Allez. A plus.
-A plus.
-Ah...
Il tousse.
-Qu'est-ce que tu fais ?
-Non. Rien. En fait, je révise l'anatomie du crâne.
Cette technique me permet de comprendre
les cavités et...
-Tu ne te tâtes pas les ganglions ? -Non.
-Ce n'est pas à toi ? -Pourquoi ça serait à moi ?
-Il y a ton nom.
-Ah... Oui. Mais oui. Bien sûr.
C'est l'enveloppe dans laquelle je range les vieilles IRM.
C'est celle de Claude Noah.
Le meunier qui est mort assommé par un mouton en porcelaine.
-Il y a un truc qu'on n'avait pas vu.
-Quoi ? -Ce n'est pas grave.
Ca ne change rien pour C. Noah.
Et c'est trop tard. -Qu'est-ce que c'est ?
-Cette masse,
c'est une tumeur cérébrale. Il n'en avait pas pour longtemps.
Quoi ?
Tu tenais tant que ça à C. Noah ?
Tu n'es pas malade.
C'est... C'est juste une erreur de calibrage de l'IRM.
Les lignes sont distordues. C'est ça, le problème.
-Vous êtes sûre ? -Oui.
Pourquoi tu ne m'avais rien dit ?
Il fallait que je fasse une biopsie et je n'osais pas vous en parler.
-Comment tu as pu croire ça ?
Il rit nerveusement.
-Vous faisiez passer ces enfants pour des cas désespérés.
-Non. Je les aimais.
-Vous les rendiez malades.
-Non. Je maîtrisais les doses.
-Vous vouliez faire quoi ?
-Ils étaient malades ! -Vous les rendiez malades.
-Non.
Ils avaient un problème et j'en cherchais l'origine.
-C'était vous leur problème.
-Je devais les hospitaliser.
Vous ne savez rien de moi.
Vous n'avez pas fait le quart de ce que j'ai fait pour ces enfants !
-Vous étiez prête à tout ?
-Oui. -Même tuer Marie ?
-Nous vous voyons acheter le ticket d'un passager.
Votre alibi ne tient plus.
Elle soupire.
-Elle est venue chez moi. Elle était en colère.
Il était tard. Elle voulait des explications.
Elle menaçait la vie des autres enfants.
Elle voulait m'empêcher de les soigner.
-Pourquoi avoir utilisé des ciseaux ?
-Parce que... je n'avais pas prévu
de...
Je l'ai mise dans la voiture
et jetée dans la rivière.
Je ne sais pas comment j'ai fait tout ça.
Je n'étais plus moi-même.
-Vous ne l'avez pas tuée que pour la faire taire.
-Elle a dit que je lui avais fait du mal.
Elle a renié tout ce que j'avais fait pour elle.
Il n'y a rien de pire que l'ingratitude.
-C'en est presque fascinant. -Quoi ?
-Cette logique déviante. -Vous savez,
le fou utilise sa raison comme vous et moi.
Mais il se plante un peu sur les postulats de départ.
Le téléphone vibre.
...
Oui, Alex ?
Quoi ?
Elle a republié ? -Ouais.
-"Je fonderai sur toi et déchirerai ton cou.
"De cette blessure plus belle que tes lèvres, je boirai ton essence."
-Tu crois qu'elle est dangereuse ?
-Elle décrit la manière dont elle veut te tuer. C'est suffisant.
-C'est elle.
"Perdon. Je suis allée trop loin.
"Je n'aurais pas dû te menacer. Il faut vraiment qu'on se revoie.
"J'ai besoin de toi. Ce soir à l'IML."
On pousse un cri.
Ariane ?
Ariane ?
-Et coucou. J'ai trouvé la solution.
Comme tu ne voulais plus me voir,
je me suis fabriqué mon Alex.
-Ca ne va pas ?
-J'adore. -Elle est folle.
-Un scalpel. Il est beau.
-Elle me retient.
-Tu va lui apprendre à autopsier.
-Arrête. Tu es malade.
-Pourquoi ? Il est heureux, avec moi.
Elle est heureuse,
Alex. J'ai fait un crédit
pour payer ses hormones. -
-Je lui ai donné du cyprotérone.
-Ce n'est pas en vente libre.
-Si. Ma copine pharmacienne m'en donne en échange
de livres dédicacés.
Je les ai là. Tu veux que je te dédicace des bouquins ?
-Non. -"Douleur, douleur"
ou... Arrête de dire non tout le temps.
Apprends-lui à autopsier. -Tu es malade.
-Gnagnagna. Apprends-lui à autopsier.
-Ariane.
-Quoi ? -Lâchez ça.
-Pff. -Lâchez ça.
-N'importe quoi.
-Allez. -Non.
-Ariane. -Pas maintenant.
-Regardez-moi. -Non !
C'est nul !
-On va se calmer dehors.
-Il faut que je m'asseye.
Oh. Je ne veux pas avoir des seins.
-Ne t'inquiète pas. Il n'y a aucun risque.
-Elle m'a donné de la cyprotérone. -Ca ne marche pas en une fois.
-OK. -Je t'assure.
-OK.
Elle envoie un baiser.
-Ca va aller ? -Ouais.
-Elle ne devrait plus t'embêter.
-Pff.
-Il est au fruit de la passion. Vous voyez ?
-Oui. -Et du rhum.
-D'accord.
-Il faut lui dire. Vous partez dans 2 heures.
-Ouais. Je sais. -Mais...
Alors ? -Oui.
-Le rhum, c'est la spécialité de La Réunion ?
-Oui.
-Alex. J'aurais dû te le dire avant.
-J'avais compris.
Je ne suis pas complètement teubé. Les tongs. Le dodo.
Tu pars à l'île Maurice.
Tu as le droit de partir en vacances.
-Ouais. Alors...
On part pendant 6 mois.
A La Réunion. -"6 mois" ?
-Hm. -Comment ça ?
Pourquoi tu n'as rien dit ?
-J'avais peur que ça passe pour de la trahison.
Mais je dois l'accompagner.
-Ouais.
OK.
-Oh non. Alex. Alex !
-J'en étais sûr.
-Oh là là.
Et voilà.
Tu aurais dû lui dire.
-Tu devais lui dire.
-Tu devais le dire
à Antoine. -Il a refusé de lui dire.
-Ce n'est pas moi
qui pars. -Tu pourrais aider.
Et Théo. -Moi ?
-Tu n'étais pas...
C'est quoi ?
-Evidemment, je ne t'en veux pas.
Oh. Un tee-shirt dodo.
-Bon voyage.
-On trinque à ce voyage de noces.
-A la tienne.
-Enfin.
Tu as vu l'heure ?
-Tu n'es plus en Guyane ?
-Non. Ton cinglé de père est allé faire
de l'empaillage. -Pourquoi ?
-On est à sec.
Une Brésilienne lui a vendu des terres infestées de charançons.
-Oh merde.
-Alors, je vais m'installer dans la maison d'à côté quelque temps.
On va se retrouver toutes les deux. Comme deux copines.
Comme deux vieilles copines.
C'est super, non ?
Je vais m'occuper de toi.
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