All language subtitles for [apreder]Caroline_cherie(1968)HDTVRip_track7_[fre]

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Original subtitles

Caroline !

Caroline !

Caroline ?

Caroline ?

Caroline !

Caroline !

Caroline, je pars en voyage.

J'ai autre chose à faire que de perdre mon temps avec ton mariage.

Si tu veux un joli garçon, prends Magnac-Laval.

Magnac-Laval ? Mais tout le monde dit qu'il n'aime pas les femmes.

Peut-être, mais puisque tu aimes les hommes, tout ira bien,

et tu lui rappelleras un page qu'il a beaucoup aimé.

Vous êtes un monstre.

Vous parlez à votre père, Caroline. Ne l'oubliez pas ou je me fâcherai.

- Monsieur, je vous en prie. - C'est très joli.

Vous êtes indiscret.

Voudriez-vous l'emploi de directeur de ma vie galante ?

- Non, monsieur, je la méprise trop. - Vous, vous cherchez un duel,

en pensant que cela vous ferait un nom à Paris.

Je suis avocat.

Mon nom est connu au palais de justice.

Je n'ai nulle envie de m'en faire un à la cour.

La cour, je la méprise.

Vous la méprisez ?

Je la dédaigne. Oui, madame.

En revanche, j'honore le peuple.

Alors que fichez-vous ici ?

Le peuple donne aujourd'hui une fête autour de la Bastille.

- Votre place y serait. - J'accompagne mademoiselle.

Ma protection n'est pas superflue dans une société

qui n'a pour passion que l'oisiveté,

qui n'a pour morale que l'insouciance,

qui n'a pour règle que le plaisir.

Est-ce que vous êtes aussi solennel quand vous plaidez ?

J'irai vous entendre.

Georges, tirez donc un peu.

Votre cliente se fâche, on dirait.

Georges, tu veux que je me fâche ?

- Caroline, je vous aime. - Si vous m'aimez, tirez.

Regardez qui vient.

Gaston !

- Bonjour. - Serrons-nous la main

puisque c'est la nouvelle mode. D'ailleurs, il faut bien s'exercer.

C'est amusant !

- Bonjour, Gaston. - Bonjour.

Non, non, non ! Pas comme ça.

La paume moins engagée, les doigts plus serrés.

Ainsi.

Lâchez-moi, je suis fâchée avec vous.

Quel crime a-t-il donc commis ?

J'avais rendez-vous avec Isabelle chez la duchesse de Choiseul

et je l'ai manquée.

Et moi, j'ai failli périr d'ennui en vous attendant.

De mon côté, j'étais occupé à rompre

avec l'ennuyeuse Clothilde.

Deviendrais-tu jalouse, Isabelle ?

Mademoiselle ?

Que voulez-vous, monsieur ?

Mademoiselle vient de perdre son mouchoir, je vais lui rendre.

- Si vous me le permettez, monsieur. - Je m'en charge, monsieur.

"Tu n'es point à mes yeux un mortel ordinaire.

"Ton langage est digne des dieux,

"digne de me ravir et digne de me plaire."

Vous m'aviez promis de répondre à la question que je vous avais posée.

Georges, vous êtes terrible. Quelle question ?

- Je vous ai demandé d'être ma femme. - Ah oui, c'est vrai.

Tu la connais depuis longtemps ?

Je l'ai vue une fois ou deux. On a peut-être dansé.

Pas sûr.

Elle est directe !

Vous êtes une fille noble, je suis un roturier,

mais vous ne vous abaisseriez pas en m'épousant.

La société qui nous entoure est condamnée.

L'ère des courtisans est finie.

Le roi lui-même devra s'en apercevoir tôt ou tard.

L'avenir est à des hommes comme moi. Pas à eux.

Ce sont des fainéants.

Tant mieux.

Isabelle, quand elle vous fatiguera et que Gaston aura rompu,

c'est-à-dire dans 10 ou 15 jours,

faites-moi signe et je prendrai volontiers la suite.

Et moi, je m'inscris derrière toi.

Ça commence bien. Elle est très douée.

Je lui ferai faire des poèmes licencieux.

Nous mènerions une vie digne,

droite, mais charmante.

J'ai une belle maison à Montmorency où nous passerions les beaux jours.

À Paris, je partagerais tous mes projets avec vous.

Son père est député de la noblesse aux états généraux.

Ne brandissez pas son billet comme ça.

Regardez-la. Elle ne nous quitte pas des yeux.

Elle est discrète, elle ?

Elle se jette à ma tête

et je n'aime pas qu'on dispose de moi.

Moi, ça ne me déplairait pas.

Je n'aime pas les proies trop faciles.

Qu'avez-vous, Caroline ?

Georges, je vous en prie, je vous en supplie,

ne me harcelez pas.

- Voulez-vous manger quelque chose ? - Je veux...

Je veux peut-être l'impossible.

Mais elle se pâme, malheureuse enfant !

Tu vois ! L'état où tu mets cette petite.

Elle dépaille de désir pour toi. Allez, laisse-toi toucher, cruel.

J'ai des sels dans ma voiture. Venez avec moi.

- Vous m'aimez ? - Hein ?

J'avais si peur. Je n'osais pas vous le demander.

Comment ne vous aimerait-on pas, Caroline chérie ?

Quelle chance !

Vous savez que je n'ai pas pu fermer l'œil de la nuit ?

Mais il faut vous reposer.

Les romans que j'ai lus sont sots.

L'héroïne est malheureuse alors que c'est si simple.

Nous n'avons qu'à être heureux toute la vie.

Mais quelle bonne idée !

Vous m'aimez, oui, mais m'aimerez-vous toujours ?

Je vous jure un amour éternel.

- Vous savez quoi ? - Je suis votre esclave. Parlez.

Nous rentrons à Paris voir mon père et vous lui demandez ma main.

Rien ne me ferait plus de bonheur

que de courir aussitôt accomplir un projet aussi doux,

mais j'ai peur que votre père en vienne à découvrir

que nous ne sommes vus que deux fois.

Il pourrait se défier d'un amour aussi brusque

et décliner ma demande. Si nous attendions un peu...

Vous n'avez rien à craindre de lui. Il veut se débarrasser de moi.

Il vous dira : "prenez-la".

- Je vous crois, mais... - On y va ?

Soyez raisonnable, Caroline.

Il serait inconvenant de ma part,

qu'en votre compagnie et sans avoir demandé un rendez-vous,

je me présente à monsieur votre père.

Ce serait indigne de la gratitude que j'éprouve pour l'homme

à qui je dois le spectacle de votre beauté.

- Vous me trouvez belle ? - Belle et jolie.

C'est si rare.

- C'est vrai que je suis unique ? - Oui.

Vous êtes fier de m'avoir trouvée ?

Fier et heureux. Et bouleversé.

- Tu as entendu ? - Oui, j'ai entendu.

Un orage. Ça pourrait bien les arroser un peu.

Cet orage-là les arrosera plus que tu ne crois.

- Pourquoi ? - C'est le canon.

Caroline !

Caroline !

- Je cherche Caroline. - Mais elle n'est pas de ce côté-ci.

Je dois la trouver,

sinon, les portes de Paris seront fermées.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? - Le peuple a attaqué la Bastille.

Je dois la trouver, son père me l'a confiée.

Cherchez de l'autre côté. Moi, je cherche par ici.

Gaston ! Caroline !

Caroline !

Caroline !

La voilà, votre Caroline !

Elle n'était pas du tout perdue.

Cette canaille a poussé l'insolence

jusqu'à égorger le gouverneur de la Bastille.

Très bien. Cela contrariera la reine.

C'est mon seul critère. Je ne peux pas la souffrir.

Je voudrais la voir fouettée.

Madame la duchesse, si on fouette les reines,

que fera-t-on aux duchesses ?

Je me demande comment on évitera la révolution.

La seule manière d'éviter la révolution, c'est de la faire.

On se bat.

Je regrette de vous avoir conduite à cette partie de campagne.

Ne le regrettez pas.

Ça vous a plu ?

Ça m'a beaucoup, beaucoup plu.

Mais on dirait monsieur de Launay !

Monsieur le comte,

je voudrais tout d'abord justifier à vos yeux

ma position politique.

Vous n'en ferez rien,

ou je vous passe une épée à travers le corps.

Je vous ai déjà entendu à l'Assemblée.

J'ai cru périr d'ennui.

Vous ne me referez pas le coup.

Vous méprisez le peuple.

Je ne le connais pas, mais vous non plus.

Et vous en avez peur, comme moi.

Vous parlez de son bonheur,

mais vous n'êtes qu'un bourgeois qui veut se pousser aux affaires.

N'ai-je pas raison ?

Je vous demande la permission de me retirer.

Comment ça ?

Je croyais que vous étiez venu me demander la main de ma fille.

- En effet. Mais... - Je vous l'accorde.

N'entrez pas.

Cette canaille me donne sur les nerfs.

- J'ai décidé de partir. - Je ne veux pas.

Si, j'ai décidé d'émigrer,

de franchir le Rhin et vivre ailleurs.

Vous ne m'emmènerez pas de force !

Ni de gré ni de force, je ne t'emmène pas.

Tu me gênerais. Je pars seul.

Beaucoup d'ici peu regretteront de ne pas m'avoir imité.

Quant à toi, tu te maries.

C'est un roturier, donc il ne pâtira pas de la révolution.

Même, il en profitera puisqu'il s'en est fait le partisan déclaré.

J'ai dévoré ta dot depuis longtemps,

mais ce jeune homme est désintéressé puisqu'il est très riche

et que nous sommes ruinés.

Il éprouve un sentiment profond pour toi,

ce qui donne à penser qu'il fera tes quatre volontés.

Alors ? Mais réponds.

- Je ne l'aime pas. - Qui te demande de l'aimer ?

Tu es trop sotte, Caroline.

J'ai été amoureux cent fois, mais pas une fois de ta chère mère.

C'eût été d'un ridicule !

Je m'imagine disant à ma tendre femme :

"Ma chère, je vous aime." Elle en serait tombée de rire.

Où vas-tu prendre des idées pareilles ?

- J'en aime un autre. - Une fois mariée, tu seras libre.

Tu retrouveras celui que tu aimes. C'est bien naturel.

Tu en trouveras d'autres, d'ailleurs.

Tu aimeras autant que tu voudras, mais marie-toi d'abord.

L'homme que j'aime ne m'aime pas.

- Ça s'arrangera une fois mariée. - Non.

Ça ne s'arrangera pas. Il m'a aimée.

Et il ne t'aime plus ? Cela arrive. Mais quand Georges...

C'est de ma faute. Je l'ai déçu.

Je lui ai donné le droit de me mépriser.

Tu lui as donné le droit de te mépriser ?

- Donc tu lui as accordé... - Tout.

Le jour de la prise de la Bastille.

- Je ne vois pas le rapport. - Mais il n'y en a pas.

C'est ce que je pensais. Voilà bien des enfantillages !

Ils prouvent que tu as encore plus besoin de te marier.

- Donc, ce cher Georges... - C'est Gaston que je veux.

Il se trouve que ce n'est pas Gaston mais Georges qui me demande ta main.

Voilà une évidence devant laquelle nous devons nous incliner.

- C'est du grec. - Qu'est-ce que ça veut dire ?

Qu'il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres pas.

Il ne dépend pas de moi de te donner Gaston,

mais il dépend de toi d'accepter Georges.

Je n'accepte pas Georges.

Vous voulez de l'argent ?

Parlez à mon valet de chambre. Il s'occupe de mes créanciers.

Moi, je n'y connais rien.

Quelle bonne surprise !

Quel miracle ! Tout à l'heure, je pensais à vous.

Vraiment ?

Je n'ai jamais cessé de penser à vous.

Je comprends.

Vous pensiez tant à moi

qu'il ne vous restait pas un instant pour me faire signe.

Mais il me semblait pourtant vous avoir écrit une fois ou deux.

Vous êtes sûre ?

Depuis que nous nous sommes quittés le 14 juillet,

je n'ai vécu que dans l'attente d'un signe de vous

et il n'y en a eu aucun.

Écoutez-moi.

Je craignais que mon billet ne vint à tomber entre les mains de votre père.

Vous deviez aller voir mon père et lui demander ma main.

Mais oui ! Je me le rappelle très bien.

Nous avions évoqué cela, en effet.

Il ne faut pas plaisanter avec le mariage, Caroline.

Je porte un tel respect à cette noble institution

que je ne puis souffrir de l'avoir traité à la légère.

Justement. Voilà pourquoi je suis venue vous voir.

- Je sollicite votre avis. - Mon avis ?

Je vous annonce mon mariage avec Georges Berthier.

Par exemple !

Georges m'aime et mon père me pousse à l'épouser.

Que dois-je faire ?

Une jeune fille a avantage à se marier,

surtout si ce mari a de l'affection pour elle

et que cette union convient à sa famille.

Vous ne m'interdisez pas de l'épouser ?

Jamais Gaston n'interdirait à une de ses maîtresses de se marier.

Sauf avec lui.

Depuis tout ce temps, que devenez-vous ?

Pardonnez-moi. Vous allez vous marier. Suis-je sotte.

Toutes mes félicitations.

Avec qui ?

Avec Georges Berthier. Tu sais, cet avocat député à la Convention.

Bravo, Caroline.

Je vous déteste !

Ne me rendez pas responsable de la déception

que notre cher Gaston vous a donnée.

Lui aussi, je le déteste.

- Tu es toujours ma Caroline chérie. - Je vous déteste encore plus !

Le mariage la calmera.

Je l'espère.

Mon Dieu, mais que se passe-t-il ?

Ne me dis pas que tu éprouves réellement du chagrin ?

En serais-tu capable, seulement ?

Tu deviens sentimental.

Ce que j'ai vu des appâts de Caroline,

mon cher Georges, me donne sacrément envie d'être à votre place.

- Regardez. - Non, il ne doit pas regarder.

Georges, allez attendre à côté que ce soit fini.

Votre présence est inconvenante.

Ce qui est inconvenant est la grivoiserie

de cette petite cérémonie.

Je ne hais rien tant que ces sales chuchotements qui entourent une noce.

Je vous demande de vous retirer.

Nous vous abandonnons à l'ogre.

S'il vous dévore avec de trop grosses dents, appelez-nous.

Bonne nuit.

Je hais cet apparat,

les chuchotements, les mines,

les rires qui entourent l'entrée d'une mariée dans l'alcôve.

C'est le legs immoral et frivole

d'un passé de servitude.

Tu es femme, je suis homme.

Nous avons choisi librement d'unir nos destinées.

comme nous le commande la nature, est venu. C'est un moment grave, pur.

L'acte que nous allons commettre est un acte de confiance

dans l'avenir de l'humanité.

Je me dévêts.

Dévêtez-vous.

Comme ça, devant vous ?

Il faut mépriser plus que tout les fausses pudeurs.

Un homme vertueux

et une femme vertueuse

n'ont pas à craindre de se mettre dans l'état où la nature les a créés.

La nature veut autre chose :

que vous m'obéissiez.

En devenant votre époux, je deviens votre chef.

Mais je vous donnerai autant d'autorité sur mon cœur

que mon sexe m'en donne sur votre personne.

Vous régnerez sur moi si vous savez régner sur vous.

Ce principe aurait-il le malheur de vous déplaire ?

Il s'agit bien de vos principes. J'ai du mal avec ma robe.

Je suis accoutumée à l'aide d'une femme de chambre.

Aidez-moi.

Je n'ai aucun goût pour la galanterie ou la grivoiserie.

Il me déplaît qu'on sollicite une aide dont on n'a pas besoin.

Soyez un peu romaine.

Ce qui ne signifie pas que je vous ferai une vie ennuyeuse.

Je saurai prendre mon parti de ce que vous êtes une femme.

Sachez vous faire chérir

par vos faveurs

et respecter par vos refus.

Je veux pouvoir honorer votre chasteté

sans avoir à me plaindre de votre froideur.

Je vous pardonne bien volontiers

ce petit accès de coquetterie.

Je vous pardonnerai toujours la coquetterie

si vous la mettez au service de la vertu.

Madame !

Je me respecte trop pour exercer ici aucune violence,

mais vous devriez m'accorder librement une faveur

que j'ai le droit de demander.

Nous allons toucher, ma chère enfant, au comble du bonheur.

Qu'il ne vous égare pas.

La jouissance use tous les plaisirs.

Ma chère femme.

Ma chère dame.

Si ces noms vous font peur, encore pour un instant mademoiselle.

Ne me tournez pas le dos comme vous le faites !

- Vous allez me faire tomber. - Mais que non !

Mais non !

Vous avez là des terreurs d'enfant, Caroline chérie.

- Ayez confiance en moi ! - Je ne veux pas !

Venez !

- Non, je ne veux pas ! - Enfin !

Je ne veux pas !

Il y a une question

que je suis dans la pénible nécessité de vous poser.

Ne me la posez pas, vous en connaissez la réponse.

- Son nom ? - Je ne vous le dirai pas.

J'exige le nom de ce misérable.

Monsieur !

J'ai le triste devoir de vous dire

que votre fille n'était point en l'état

où j'aurais été en droit de la trouver.

Ce qui signifie, en bon français ?

Qu'elle n'est plus vierge, monsieur.

- Je vous en félicite. - Merci.

Mais ce n'est pas moi qu'il faut féliciter.

Alors je vous fais mes compliments de condoléances,

- mais c'est votre faute. - Ma faute ?

Oui, monsieur. Toutes vos belles idées nouvelles chamboulent

les jeunes esprits. Quand on a la tête à l'envers,

on peut bien retrousser son jupon.

Je pensais qu'en entrant dans votre famille...

En entrant dans nos familles,

on ne perd pas le droit d'être cocu, cher monsieur.

Vous y serez seulement le premier cocu républicain.

- Ça vous réjouit, n'est-ce pas ? - Rien ne me réjouit, mon gendre,

depuis belle lurette. Aussi, vais-je quitter ce pays.

- Je vous confie ma fille. - J'en prendrai soin.

"Sans plaisir, ma situation est affreuse

"et je ne puis la soutenir plus longtemps.

"Je sens un besoin de coquetterie qui me raccommoderait avec l'amour,

"non pour le ressentir à la vérité

"mais pour l'inspirer."

La parole est au docteur Guillotin.

Citoyens,

il ne faut pas qu'au siècle des Lumières et du progrès

la société

continue de traiter ceux

qu'elle est obligée de retrancher de son sein

avec les barbares méthodes du passé.

Cette mécanique

présente l'avantage de la réalité.

Elle tombe comme la foudre,

la tête vole,

le sang jaillit, l'homme n'est plus.

Cet animal, par son entêtement, retarde la démonstration.

Un homme, à sa place,

aurait déjà compris ce qu'on attend de lui.

Il faut avoir confiance dans l'homme.

La République est proclamée.

L'Europe aussitôt se coalise contre cette république naissante.

Des armées de volontaires courent défendre les frontières.

Citoyens, je ne me laisserai pas retirer la parole !

La volonté du peuple m'a envoyé siéger à la Convention !

J'ai le devoir de justifier mes actes !

J'ai le devoir de parler et je parlerai !

Parle à ton bonnet !

Je ne parlerai pas à mon bonnet, je parlerai à la nation !

La nation te vomit ! La nation

n'a que faire des traîtres et des ennemis !

Tu es payé par Pitt et Cobourg !

Tu t'es vendu au duc de Brunswick !

Citoyens, le venin de la calomnie,

le poison de la haine.

Vous êtes soupçonné de trahir la Révolution. Répondez !

Dès le premier jour, je suis apparu comme le serviteur de la Révolution.

Tu as incité à voter la mort du roi.

Je l'ai votée !

Le despotisme n'a pas de plus farouche ennemi.

Que les ennemis du peuple portent leur tête sur les chapeaux !

Je l'ai demandé et je l'applaudis !

C'est nous qui sommes face à la conspiration girondaise.

Citoyens !

Vous m'accusez de crimes que je n'ai pas commis.

J'ai voulu la République par haine de la tyrannie !

Or, c'est vers une tyrannie

mille fois plus odieuse qu'on vous entraîne.

Et la terreur ne peut pas m'intimider !

Jusqu'ici, c'était toi qui envoyais les gens à la guillotine.

Je les y envoyais par vertu et par pureté.

Et tu as trouvé plus pur et plus vertueux que toi.

Tu as sans doute des reproches à me faire.

J'ai été obligé de choisir entre mon intérêt pour toi

et pour la Révolution.

J'ai choisi la Révolution, en effet.

Qu'est-ce que c'est, la Révolution ?

Il ne fallait pas m'obliger à choisir.

Si tu n'avais pas été une sotte, une futile et une étourdie

ne s'intéressant qu'aux fadaises,

- tu te serais intéressée... - À ce qui t'intéresse.

À ce qui intéresse le sort de l'humanité.

À la plus prodigieuse entreprise

qui ait marqué le monde depuis la République romaine.

Tu ne te complais que dans la lecture de romans licencieux.

Entre une petite dinde, comme il y en a des milliers,

et un événement unique, j'ai choisi et je ne le regrette pas.

Même dans les circonstances tragiques de ce soir.

- C'est grave. - Ils m'ont empêché de parler.

Tu ne sais pas tout.

Robespierre vient de demander notre mise hors la loi.

Je ne me laisserai pas guillotiner

comme les nobles avec le sourire.

- Et moi ? - Si on m'arrête, toi aussi.

- Pourquoi ? - Tu es ma femme.

Si peu.

- Tous nos amis sont prévenus ? - Tous sauf Caywa.

Il nous faut Caywa !

Tu sais où il habite. Cours le chercher.

Je voudrais parler au citoyen Caywa, le député.

Il est parti pour la Convention citoyenne,

et il ne reviendra pas.

Alors, citoyenne ?

On court Paris la nuit ?

Montre-nous un peu ton certificat de civisme.

Où allais-tu comme ça ?

Je rentrais chez moi.

Ton domicile, c'est rue de l'Échelle. Tu lui tournes le dos.

- J'allais chez une amie. - Passe aux aveux, citoyenne.

Ce n'est pas une amie ?

Non.

Où vous allez ?

Je viens voir le citoyen Gaston de Sallanches.

Quand je serai plus réveillée à cause de lui,

toutes les putains de Paris auront fini de défiler.

C'est au troisième !

C'est toi, Isabelle ?

Justine ?

Antoinette ?

Mon mari était en fuite et l'on me recherche.

Vous avez eu peur. Il y avait de quoi.

Et vous vous êtes rappelé que j'existais.

Je ne l'avais jamais oublié.

Pas même un jour. Pas même une heure.

Je vais partir, moi aussi. J'ai décidé de rejoindre l'armée.

J'ai volé au secours de la patrie en danger.

Je me suis engagé et je pars demain pour la frontière.

Je préfère la guerre à la prison et à la guillotine.

Et j'ai horreur de la guerre. C'est toujours à la campagne

et j'ai horreur de la campagne.

Rien ne m'ennuie comme la verdure.

Sauf dans vos bras, ma bien-aimée.

Me faites-vous croire que vous êtes amoureux ?

Ne le croyez-vous pas ?

Non, je ne le crois pas.

Quel sang-froid ! Qu'il est insultant !

Vous ne m'aimez pas.

Je meurs de désir et vous n'en doutez pas.

Je vous adore.

Ce n'est pas bien de me parler d'amour sans en ressentir.

C'est parce que je n'ai jamais osé vous les dire

- que vous doutez de mes sentiments ? - Gaston...

Que faites-vous ? Gaston, si vous m'aimez, laissez-moi.

Caroline chérie,

si vous le vouliez, vous me rendriez heureux.

Non, vous m'aviez promis d'être sage. Laissez-moi.

Je vous l'ordonne. Laissez-moi !

Bon, je vais vous quitter,

puisque vous m'accablez de votre haine.

Vous ne savez que trop que je vous aime.

Non. Non, vous ne m'aimez pas.

Vous savez bien que je vous adore, Gaston.

Tu es rassurée, maintenant ?

Quel dommage que le désir ne soit pas de l'amour.

Tu doutes encore de moi ?

Tu m'as mordue.

Aïe !

C'est déjà une honte

que le comte Gaston de Sallanches n'ait pas encore été raccourci.

Il me réveille la nuit

en recevant les catins de la ci-devant aristocratie.

J'entends à ce que les patriotes du quartier y mettent bon ordre.

- Nous n'avons qu'un quart d'heure. - N'aie pas peur.

J'ai le malheur de te faire peur. Je ne le ferai plus.

Mais je t'aime.

- Tu as entendu ? Je t'aime. - Oui, j'ai entendu.

- Tu es beau. Tu me plais. - Oui, mais dépêche-toi.

Je ne veux pas partir d'ici !

Je ne veux pas qu'on se quitte.

Mais dépêche-toi, Caroline. Si nous restons, nous mourrons.

Nous mourrons.

J'espère que tu ne vas pas me ramener à mon mari.

Tu n'aurais pas l'ignominie

de supporter que je me retrouve dans ses bras ?

Je le voudrais, que ce serait difficile.

Rassure-toi.

"La Convention a voté l'arrestation de Pétion,

"Roland, Guadet, Louvet, De Couvray et Berthier.

"Les buveurs insatiables du sang du peuple

"ont pris la fuite vers la Gironde

"avec l'espoir insensé de la soulever contre la volonté nationale.

"Ce crime les condamne à un prompt châtiment."

Tu vois qu'il m'a abandonnée.

Eh bien, abandonne-moi toi aussi. Va-t'en aux armées.

Je te sauverai d'abord.

Vous êtes en sûreté ici, Caroline.

Gaston a eu une bonne idée en vous confiant à moi.

- Mais je vous dérange. - Mais au contraire.

Je me demande comment j'aurais passé cette affreuse journée,

loin de vous.

Mon régiment est rassemblé. Je dois partir pour la guerre.

Encore ?

Vous risquez d'être tué.

Moins qu'à Paris.

Pars si tu dois,

mais surtout, essaie de ne pas te faire tuer.

Au revoir.

Puis-je lui dire au revoir, moi aussi ?

Vous permettez que je sois la dernière ?

Je l'aime.

Mais peut-on vraiment aimer et être infidèle ?

Nous le vérifions sur nous-mêmes.

Vous pourriez appartenir à d'autres hommes ?

C'est arrivé. Heureusement pour moi.

Et j'espère que ça m'arrivera encore, de temps en temps.

Moi, je préférerais mourir que de tromper Gaston.

- Sérieusement ? - Sérieusement.

Je me vois plus facilement morte que dans les bras d'un autre.

Je l'ai reconnue aussitôt.

C'est la femme du ci-devant député Berthier.

Elle est peut-être dans la chambre.

Mais je rêve !

Vous ne rêvez pas, citoyenne.

La voix de la vengeance populaire s'est abaissée sur vous.

Où est la citoyenne Berthier ?

Allez. Livrez-la. C'est votre dernière chance.

Mais comment vous livrerais-je quelqu'un

qui n'est pas ici et que je ne connais pas ?

Allez-y.

La République est disposée à vous pardonner,

à condition que vous nous indiquiez où elle est cachée.

- Et dans le lit ? - Ah oui.

Citoyenne,

notre devoir nous impose de poursuivre cette perquisition...

- dans le lit. - Dans le lit ?

Êtes-vous satisfait ?

Nous nous retirons. Salut et fraternité, citoyenne.

Tandis que la Convention recrute partout des volontaires,

la chasse aux suspects s'organise.

C'est la terreur.

Caroline a dû fuir Paris.

Pour du beau linge, c'est du beau linge.

Rien que votre chemise a bien dû coûter dans les 200 livres.

- Je ne sais pas, on me l'a donnée. - Façon de parler.

Chez quel aristocrate l'avez-vous piquée ?

Elle est assez mignarde pour qu'un galant lui ait offerte.

Moi, mon mari est gendarme.

Il m'a donné le bonnet d'une duchesse.

- Citoyenne ! - Quoi ?

Si vous tenez à votre vie, suivez-moi.

- Mais qui êtes-vous ? - Le Postillon.

Sans moi, vous allez être arrêtée.

Vous êtes sauvée.

Tout service mérite salaire. Vous me devez un baiser.

C'est tout ? Je vais me servir moi-même.

Ce que j'ai fait, ça vaut bien un baiser.

Non ! Non ! Non !

- Non ! Non ! Non ! Non ! - Calme-toi !

Non !

- Avec un homme qu'on n'aime pas, - Allez. Bonsoir, mignonne.

...ça peut être aussi bien qu'avec l'homme qu'on aime ?

Alors quoi, boudeuse ?

- Quand il fera jour, que ferai-je ? - Tu descendras.

Tu monteras dans la diligence en faisant un sourire.

T'as rien à craindre.

Je t'ai menti. Je suis le seul à t'avoir reconnue.

- Salaud ! - J'aime pas ça, fille. Non.

J'aime pas ça. Faut pas m'appeler "salaud" mais "citoyen Postillon".

On n'est plus sous les rois.

Sous les rois, on pouvait me traiter de maraud, mais tout ça, c'est fini.

Sois polie. Tout postillon est libre

et égal en droit avec n'importe qui. Compris ?

Vous m'avez menti !

C'était pas un vrai mensonge, plutôt une ruse.

Tout est permis en amour.

T'avais qu'à être moins jolie.

Ça t'a fait autant de plaisir qu'à moi. De quoi te plains-tu ?

Petite garce ! T'es pas encore calmée, je vais te calmer.

Non, non ! Je vous en supplie ! Non !

Non ! Non !

Non ! Non !

Non ! Non ! Non !

La beauté de son linge m'avait mis la puce à l'oreille.

Moi aussi.

Et voilà t-il que ce matin,

- plus de péronnelle. Elle a décampé. - Alors nous fouillons,

histoire de savoir un peu de quoi il retournait.

Et nous trouvons ces papiers,

au nom de la femme du citoyen Berthier.

Alors on vous a prévenu

pour vous montrer qu'on n'est pas complices.

Ils vous cherchent. Je vous jure que j'y suis pour rien.

Ne pensez pas qu'après...

je vous ai vendue.

Je me suis dit : "Elle va croire..." Mais dépêchez-vous un peu !

Je l'ai cherchée partout, motte par motte.

Si je l'avais trouvée, je me demande ce que je lui aurais fait.

Oui, je me demande ce que je lui aurais fait.

La patrie est menacée !

La liberté est en péril !

La patrie est en danger !

Citoyens ! La haine du peuple

a rassemblé les rois contre nous sous l'étendard de la tyrannie !

Des faits de votre esclavage

sont en train de se forger aux frontières !

Les hordes de Pitt et de Cobourg menacent la paix de vos foyers !

Laisserez-vous debout les despotes de l'Europe,

vous qui êtes la fleur et l'espoir de la liberté ?

Que tous ceux qui ont du cœur montent aux frontières !

Envolez-vous, enfants de la patrie !

Aux armes, citoyens !

Ton nom ?

La République te félicite et te remercie, citoyen.

Demain, tu partiras aux frontières.

Suivant.

Un domestique qui sache lire et écrire ?

Je vois pas.

Un domestique...

La République te félicite et te remercie, citoyen.

Demain, tu partiras aux frontières.

Au suivant.

Habillé comme ça, il doit savoir lire.

- Est-ce que tu sais lire et écrire ? - Oui.

Voilà un petit gars qui veut s'engager

mais il est bien trop faible. Il a même pas de poils au menton.

Vous devriez le prendre avec vous.

- C'est vrai que tu sais lire ? - Oui, je sais lire.

Prouve-le.

"Ainsi, les monstres qui ont rêvé d'étouffer la Révolution

"ont été étouffés.

"Luzeau vient de monter sur l'échafaud,

"Roland a mis fin lui-même à sa vie criminelle.

"De la sédition fédéraliste, il ne reste plus que Berthier

"et son épouse, la ci-devant Caroline de Bièvre,

"qui, sans doute, court les bois comme les loups avant de tomber."

Bravo, mon garçon. Bravo.

C'est très bien de vouloir courir aux frontières menacées.

Mais tu seras tout aussi utile à la patrie en me servant.

Je cherche des minerais dans la région. Je suis géologue.

Ça veut dire que j'étudie la terre.

Je ne l'étudie pas pour le plaisir

mais pour accroître les forces de la nation en danger.

- Veux-tu rester avec moi ? - Oui.

Tu partageras ma vie, nous battrons la campagne.

Parfois, nous coucherons à la belle étoile.

Le plus souvent ici.

Mon passeport prévoit que je sois accompagné d'un domestique

- donc si tu es d'accord... - Je le suis, citoyen.

- Comment t'appelles-tu ? - Je m'appelle Gaston.

Gaston.

Un bain nous fera du bien !

Même les animaux ont plaisir à se baigner.

Vous autres, vous considérez votre crasse comme un don du Seigneur.

Alors, tu te déshabilles ?

Je ne sais pas nager.

Chez les anciens, à Rome, à Athènes, les garçons savaient nager.

Eh bien pas moi.

Quand ils ne savaient pas, ils apprenaient.

Eh bien, je ne veux pas apprendre.

Sinon, on les montrait du doigt. Ils mouraient de honte.

Montrez-moi du doigt.

Je mourrai peut-être, mais pas de honte.

Toi, petit crétin, la honte t'habite.

Tu as honte de ton corps.

Le catéchisme a fait de vous tous des malades.

Une pudeur abjecte vous empêche de voir que le corps humain

est la plus belle et la plus pure des victoires de la nature.

Pour un empire,

tu ne pourrais voir sans rougir la peau de quelqu'un de nu,

fût-il du même sexe que toi.

Tu es trop bête, trop arriéré.

C'est tout ?

Et les plaisirs de l'eau,

je vais te les apprendre de force.

Non ! Non !

Le crétin, ici, c'est vous.

Là. Attrapez-moi si vous pouvez.

Nous sommes obligés de dormir dans le même lit,

sinon nous inspirerons des soupçons.

Mais je vous donne ma parole, vous pouvez me faire confiance.

Mais je vous fais confiance.

- Je fais même que ça. - Je suis un vrai républicain.

Je parle peu de la vertu, mais je la pratique.

Je n'ai aucune raison d'en douter.

Votre mari, Georges Berthier, ne m'inspire aucune pitié.

Il est responsable de la situation où il s'est mis. Vous,

vous êtes une victime innocente.

Et je suis du parti des innocents.

Ça se voit.

Vous n'avez donc pas à craindre que j'abuse de la situation.

Je suis marié et fidèle à ma femme.

- Vous êtes également mariée et... - Et ?

Et c'est pour échapper à la mort

que vous vous êtes mise sous ma protection.

Cette protection est absolument désintéressée.

Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles.

Ah bon.

- Merci. - Bonne nuit.

- Excusez-moi... - À quoi jouez-vous ?

Je cherche ma culotte noire.

Qu'il est bête !

Vous savez, Jean, je peux toucher votre culotte

sans périr de confusion.

Ne vous laissez pas gagner par les préjugés issus

des ténèbres de la féodalité.

C'est lui.

Oui, c'est bien lui.

Et cette garce qui se fait passer pour moi, je la reconnais.

Son mari a plaidé pour mon père.

C'est la femme de Georges Berthier.

- L'ex-député de la Convention ? - Oui.

Bien. En route !

- Gaston... - Hortense...

Caroline.

Non...

Non. Non !

- Ça, c'est pour moi. - Je vais voir.

Malheureuse ! Ce que tu fais est un crime.

Dépêchez-vous, sinon cette traînée va s'échapper !

Caroline, sauve-toi à la fenêtre.

Je t'aimais.

Je t'aime. Va-t'en ! Va-t'en !

Tremblante de peur et de froid,

Caroline parvient au château de Bièvre.

Mais elle est inquiète.

Que va-t-elle trouver dans cette maison qui était la sienne ?

Docteur Crailly !

Ma chère enfant.

Je ne pouvais pas te reconnaître du premier coup d'œil.

J'avais quitté une enfant qui partait...

avec son père...

et...

J'ai quitté mon château et vous en voilà propriétaire.

Ma chère, les temps sont tristes. Ton père ayant émigré,

ce qu'il possédait a été mis en vente.

Je t'affirme que je n'ai racheté le château

que pour pouvoir le rendre un jour à ton père.

- Le plus simple est de vous croire. - Tu ne me crois pas ?

Tu douterais de moi ?

Alors que je t'ai non seulement vue naître, mais fait naître.

Sans l'agilité de mes doigts, il aurait fallu employer les fers.

- Tu es réchauffée maintenant ? - À peu près.

Tu ne finis pas ton pâté ?

Il m'a pourtant coûté de la peine.

Pour lui, j'ai sauvé la charcutière

des coliques du miserere.

Et je suis allé cinq fois.

Chaque fois, j'ai fait les enveloppements froids moi-même.

Ce vin de Touraine,

c'est un accouchement.

Et des jumeaux, en plus.

J'ai obtenu le double des bouteilles promises.

J'ai renoncé à me faire payer en assignat.

On ne peut les refuser puisque la loi punit ce refus.

Mais la loi n'interdit pas qu'on s'arrange.

Je dois ce lièvre aux rhumatismes d'un braconnier.

Tu ne l'aimes pas ?

- J'ai pas faim. - Tu n'as rien mangé.

Tu es brûlante.

Tu trembles.

Va t'allonger, je vais voir ça.

Paris t'a rendue bien maniérée.

Tu faisais moins d'ambages, autrefois.

Mes mains t'ont donné la vie. L'as-tu oublié ?

- Moi non ! Mais vous ? - Sois raisonnable.

Tu as de la bronchite.

Il s'agit de savoir si tu n'aurais pas de pleurésie.

Tu es hors la loi. Tu es proscrite.

Tu pousses la folie jusqu'à chercher refuge

là où tu es le plus connue.

Je t'abrite. Ce faisant, j'encours la peine de mort.

Tu penses que je vais risquer ma tête

pour le plaisir de recevoir des gifles ?

Citoyen-greffier, veux-tu inscrire que le premier crime

de la citoyenne Caroline Berthier

a été d'accompagner à Paris,

en 1789, son père,

le ci-devant comte de Bièvre,

qui était allé siéger aux états généraux

par haine du peuple.

Clément, écoute-moi.

Son second crime a été d'épouser le député Berthier,

factieux notoire,

qui après avoir feint d'embrasser la cause de la nation

- l'a trahie atrocement. - Mon petit Clément, tu sais bien...

Citoyenne, tu as le droit de me tutoyer.

Mais c'est plus le tutoiement féodal

que vous employiez quand j'étais votre jardinier.

Non, d'accord. C'est le tutoiement révolutionnaire.

Mais qu'est-ce que j'ai fait de mal ?

T'as rien fait de mal.

J'ai toujours été gentille avec toi, non ?

Je dirai jamais le contraire.

Alors, pourquoi m'en faire, du mal ?

Halte-là, citoyenne.

Avec ce raisonnement, on peut aller loin.

- Une vipère ! - Clément, je ne suis pas une vipère.

Tu appartiens à une race qui doit être détruite,

parce qu'elle se croit supérieure,

parce qu'elle se nourrit de despotisme,

parce qu'elle condamne le peuple à la servitude.

Tu n'y peux rien, mais il faut ce qu'il faut.

Sur le moment, c'est injuste. Dans l'ensemble, c'est nécessaire.

- Clément... - Et ne m'appelle plus Clément.

Les crimes de la citoyenne

ayant été perpétrés à Paris,

c'est là qu'elle sera reconduite

pour y être jugée.

Ma pauvre, puis-je faire quelque chose pour toi ?

- Me libérer. - À part ça ?

Me donner un peigne.

Et un miroir.

Je voudrais bien être à votre place.

Si vous croyez que j'ai plus de paille que vous...

- Vous êtes une femme. - Bel avantage.

Mais oui, bel avantage.

Si une femme est enceinte, elle échappe à la guillotine.

Elle a 9 mois devant elle.

- La Révolution a le temps de verser. - Encore faut-il être enceinte.

Mais je suis là.

- Vous, vous perdez pas de temps. - J'en ai si peu.

Je connais à peine votre visage.

Préférez-vous connaître le visage du bourreau ?

Si seulement j'étais sûre...

Je ne vais pas vous mentir

en vous garantissant que je fais mouche à chaque coup.

Je ne puis me comparer qu'à un billet de loterie.

Tentez votre chance.

Un baiser n'a jamais fait d'enfant à personne.

Non ! Non !

Non, je vous en prie ! Non !

Non ! Non !

La terreur a si bien fait les choses que les prisons sont pleines.

Il a fallu improviser un peu partout.

Les grands noms de l'aristocratie s'y côtoient.

Elles ont remplacé les salons à la mode.

Des salons dont on ne sort que pour mourir.

C'est terminé, là-haut !

Allez, allez !

Caroline !

Caroline !

Venez.

Vous remplacerez Adélaïde.

La pauvre enfant est partie ce matin.

- Partie pour où ? - Pour toujours.

- Et Gaston ? - C'est la question que j'attendais.

- Il est vivant. - On ne l'a pas arrêté ?

On l'a fait capitaine.

À l'heure qu'il est, il se bat près d'Arras.

- Vous l'aimez toujours ? - Oui.

Moi aussi.

Caroline...

Qu'ai-je dit de drôle ?

Qu'au tribunal,

vous démontreriez que vous n'avez rien fait de mal.

Non, non. C'était charmant.

Il ne faut pas se moquer d'elle.

Pourquoi se moquer ?

C'est que vous ignorez les méthodes du tribunal révolutionnaire.

Le jugement n'est qu'une formalité inutile.

On est toujours condamné à mort. Mettez-vous bien ça dans la tête.

La citoyenne Isabelle de Coigny !

Une lettre qu'on m'a remise.

J'ai promis de vous la donner vite.

C'est impossible, je suis folle.

Je ne sais plus ce que je fais, ce que je dis.

- C'est de lui, Caroline ! - Gaston !

Il est en mission à Paris.

- Il va venir à la prison. - Est-ce qu'il sait que je suis ici ?

Non, bien sûr que non. Comment le saurait-il ?

Il a vu un avocat, un ami de Robespierre.

Grâce à cette personne, on va me transférer à la maison Belhomme.

Qu'est-ce que c'est, la maison Belhomme ?

C'est une sorte de maison de santé. Le paradis.

Le docteur Belhomme, le propriétaire,

est au mieux avec l'accusateur public.

Dès qu'on a franchi le seuil de sa maison, on est presque sauvé.

Gaston !

Gaston...

Dépêchons, là-haut !

Ça va être fini, là-haut ?

J'allais oublier de t'annoncer que Caroline m'avait rejointe.

Vous voulez bien me le prêter pour un moment ?

Vous pouvez être très cruelle parfois, Caroline.

Mais je vous le laisse de bon cœur.

Après tout,

j'ai encore toute une vie devant moi.

Mon chéri !

- Quelle horreur. - Tu veux dire "quel bonheur".

Nous nous étions perdus, nous nous sommes retrouvés.

Caroline, je t'en supplie.

Je suis trop... trop bouleversé.

- De m'avoir revue ? - Non. De t'avoir revue ici.

Qu'est-ce que ça fait ?

Tu vas me faire envoyer à la maison de Belhomme !

Caroline...

J'ai pu obtenir une place.

Je ne pourrai pas en obtenir deux.

C'est horrible.

Non, c'est normal.

Tu m'avais dit que tu me préférais.

Mais c'est pas moi, voilà tout.

- Pourquoi te mets-tu dans cet état ? - Caroline, comprends ma position.

Je la comprends très bien.

Tu as le choix entre sauver Isabelle ou me sauver.

Tu choisis Isabelle.

Tu choisis Isabelle, c'est parfait, mais épargne-moi tes simagrées !

Et désormais, je t'interdis de penser à moi !

D'ailleurs, ne t'inquiète pas.

Dix fois, je m'en suis sortie.

Je m'en sortirai encore.

Il y a d'autres hommes que toi !

- Caroline, ne me parle pas ainsi. - Parfaitement, il y en a d'autres !

Les hommes t'ont fait du mal.

- Pas que du mal. - Caroline, c'est pas possible ?

Si. Si, et c'était très agréable.

Et ça le sera encore !

Caroline ! Reviens.

La visite est finie, citoyens !

Citoyenne Caroline Berthier !

Citoyenne Caroline Berthier !

Caroline...

Caroline Berthier !

Ma chérie, n'aie pas peur.

C'est sûrement une erreur.

Laquelle de vous deux est Caroline Berthier ?

C'est moi.

Tout de même ! C'est pas trop tôt.

Que vous lambiniez pour monter dans la charrette, je comprends.

Mais celle-là, qui va nous quitter en carrosse !

En route pour la maison Belhomme.

Je suis la citoyenne Chabanne, pour vous servir.

Mon rôle ici est d'assister le docteur Belhomme

afin de rendre plus agréable le séjour de nos pensionnaires.

Quel honneur pour moi, citoyenne,

que de vous abriter dans ma maison.

Savez-vous que dans le temps, jadis,

j'ai même soigné votre cher mari ?

- Est-il toujours en fuite ? - Oui, docteur.

Quelle époque...

Heureusement que le docteur est là pour rassembler sous son aile

tant d'innocentes victimes et leur rendre la joie de vivre.

Mais oui, la joie de vivre.

Et de vivre tranquille, de dormir sur ses deux oreilles

jusqu'à... jusqu'à... jusqu'à... jusqu'à mardi.

Monsieur Gaston de Sallanches a payé votre pension pour 8 jours.

Bravo. Bravo.

Huit jours...

Ma bonne, avez-vous vu mon nouveau chapeau ?

Voici votre lit, ma chère citoyenne.

Je ne peux pas vous donner une chambre pour vous seule,

mais vous trouverez ici la compagnie la plus charmante.

Je vous laisse faire connaissance.

Je m'appelle Caroline Berthier.

- Vous êtes la femme du député ? - Oui, citoyenne.

Eh bien, ma chère, je ne vous félicite pas.

On l'a guillotiné ?

- Non, citoyenne. - J'espère que ça ne tardera pas.

Que celui qui a fait guillotiner périsse par la guillotine.

Cela dit,

vous êtes charmante.

Merci, citoyenne.

Mais ça ne fait que trois jours, et j'en dois deux.

Reviens demain soir.

Je vous apporte l'argent.

Alors entrez.

Vous en avez des heures, vous.

Vous m'obligez à refaire mon addition.

C'est tout ?

Cela ne vous fait plus qu'un jour devant vous.

- C'est tout ce que j'ai obtenu. - Jolie comme vous êtes ?

Toute tendre, toute potelée. Je ne peux pas le croire.

Si j'étais à votre place, ma petite biche,

ce n'est pas un jour de pension que j'aurais en avance,

c'est un siècle.

Pourtant, croyez bien que je ne ménage pas mes efforts.

Vous le voyez, d'ailleurs. Je ne me suis même pas rhabillée.

- Ma tenue ne vous apprend rien ? - N'entrez pas dans les détails.

On ne se refait pas. J'aime la vertu, moi.

Vous risqueriez de me choquer.

Mais j'aime la beauté aussi et je loue la providence

qui a permis que vous vous tiriez d'affaire encore une fois.

Et c'est vrai, ce que je viens de lui dire là.

Cela me fendrait le cœur d'envoyer aux bourreaux

un cou aussi ravissant.

Tais-toi donc, mon gros loup.

Tu ne penses qu'à l'argent.

Et toi, ma chatte ?

Je pense à l'avenir. De l'argent, nous en avons assez.

Ta journée d'aujourd'hui nous a rapporté plus de 1 000 francs.

Nous sommes riches.

Et le moment est venu d'en profiter.

Il faut que nous partions en province.

Et ma femme ?

Tu oublies toujours ma femme.

Qu'est-ce que tu m'as promis ?

Je l'ai promis et je le ferai,

mais continuons encore un peu.

C'est beau de sauver des vies humaines.

Non, je t'en prie.

Ce n'est pas désagréable de s'enrichir.

Nous finirons guillotinés.

À la longue, on nous dénoncera. On sera reconnus coupables

d'avoir corrompu des magistrats pour abriter des accusés.

Nous sommes à la merci d'un grain de sable.

Le docteur Chenoux ne demande qu'à prendre ta suite.

Dès demain, va faire un arrangement avec lui.

Ta femme, je ne veux plus en entendre parler.

La semaine prochaine, nous filons.

C'est bien compris, Belhomme ?

Oui, ma grande loutre.

Cinq !

Six !

Je la joue pour 1 000 francs. Y a-t-il preneur ?

Je suis preneur.

Pour 100 francs.

Moi, pour 90 francs.

Soyons compréhensifs avec la duchesse. Disons 95.

La pierre est un peu grise,

mal brillantée.

La monture est boiteuse.

C'est une manière de vous faire la cour, duchesse,

de vous en donner plus de 50 francs.

J'ai eu les plus beaux brillants de France.

Et moi, les plus beaux chevaux.

J'ai vendu mes chevaux, vous avez vendu vos brillants.

Acceptez le prix qu'on vous en donne

et ne retardez pas la partie.

Mon cher Boimussy, je joue ma tête.

Nous la jouons tous, madame.

Alors, madame la duchesse,

90, cela vous convient ?

Mais vous aviez d'abord dit 100 francs.

Et ensuite, j'ai dit 95.

Et maintenant, vous dites 90.

Je ne dis même plus 90.

Le cours du brillant est en train de tomber.

- 85. - 80.

Êtes-vous vendeuse à 80, chère amie ?

J'accepte d'être volée, monsieur, mais non d'être votre amie.

À vos ordres,

madame la duchesse.

La duchesse aime le jeu à ce point ?

Elle n'aime pas le jeu. Elle aime la vie.

Et ici, la vie est chère. Terriblement chère.

Vous allez en avoir une autre preuve.

Huit !

Neuf !

- Ça monte. - Qu'est-ce qui monte ?

- Le cours de l'assignat ? - Non,

celui de la guillotine. Tous les jours, j'établis la cote.

Avant-hier, à Paris, on a fait exécuter 58 personnes.

Hier, 68.

- Et aujourd'hui, 77. - Prêtez-moi cette gazette, mon cher.

Où est la liste ?

Voilà.

Lavoisier. Un chimiste, c'est pas une perte.

Je continue...

Ça doit être le député.

André Chénier. Je ne connais pas.

Isabelle de Coigny. Ça, ça me dit quelque chose.

Oui, je la connais. J'ai pris les eaux avec elle en 87.

Oui, elle portait toujours de ravissants chapeaux.

Caroline !

Non, laissez-moi. Je suis furieuse.

Amoureuse de moi ?

Je suis amoureuse d'une personne qui n'est pas ici.

- Moi, je vous aime. - Non.

Vous avez pour moi le sentiment que j'ai pour vous.

Seulement, vous n'avez pas envie d'être fidèle à quelqu'un.

Vous êtes à ce point fidèle à votre mari ?

- Mon mari ? - Je suis navré de ma sottise.

La Révolution m'a rendu d'une impardonnable ineptie.

Mais je vous en prie, juste pour me consoler de ma bêtise.

Non ! Je vous laisse. Vous êtes consolé.

- Mais... il ne saurait rien. - Qui ?

Celui à qui vous offrez cette gigantesque fidélité.

Oui, mais moi, je le saurai !

- Et j'aurai des remords. - Des remords ! Quel délice !

- J'en ai déjà. - Caroline, juste un petit baiser.

- Un baiser de vous, c'est grave. - Flatteuse !

Passons la nuit ensemble.

Non mais songez ! Songez.

Ce serait atroce, je peux mourir sans vous avoir eue.

Caroline ! Caroline, restez !

Je n'en dormirai pas de la nuit.

Ça fait rien, vous penserez à moi.

"Caroline chérie...

Pour la première fois de ma vie,

je sais qu'un seul être existe sur cette terre à mes yeux,

et c'est toi.

Je ne pense qu'à toi et à l'argent qui t'est nécessaire.

Je le trouverai, ne t'inquiète pas.

"Demande au docteur Belhomme de te faire crédit d'une semaine."

Une semaine de délai ?

- C'est impossible. - Même un jour.

Puisque Gaston est sûr de trouver l'argent !

Nous ne pouvons pas créer un précédent.

Et si tout le monde en faisait autant ?

Mais je vous jure que dans huit jours...

Il me faut l'argent demain.

- Sinon... - Sinon ?

Vous me condamnez à mort ?

Mais non. Pas du tout.

Nous vous condamnons à trouver l'argent pour demain. C'est tout.

Mais où le trouverai-je ? Puisque Gaston...

Il n'y a pas que Gaston sur terre.

Il y a des hommes riches ici.

Qui se feront un plaisir d'aider une créature aussi sublime que vous.

- Et si je préférais mourir ? - Alors...

ce serait votre faute et non la nôtre.

Et vous seriez guillotinée pour cause de bêtise.

Mais vous êtes trop intelligente.

Tu vois, elle réfléchit.

Vous voulez des noms ?

Les frères Van Krift, je le sais, s'intéressent à votre cas.

Vous aurez votre argent demain.

Entrez !

Excusez-moi.

Les dieux m'auront aimé jusqu'au bout.

Il faut qu'ils m'aiment rudement pour vous envoyer à moi.

Vous vous méprenez sur le sens de ma visite.

- Gaston... - Gaston ?

Gaston m'avait promis d'envoyer l'argent au docteur Belhomme

et il m'a écrit aujourd'hui qu'il ne le pourrait que dans une semaine.

Mais le docteur Belhomme ne veut pas attendre.

Pauvre petite Caroline.

Et vous avez pensé que moi...

- Mais je vous rendrai l'argent. - C'est impossible.

Venez vous asseoir. Là, près de moi.

Venez.

Caroline, je n'ai plus un sou.

- Je pensais que... - Plus un sou.

J'avais le choix entre 20 jours ici ou 40 jours à la promiscuité.

J'ai préféré bien vivre et mourir plus tôt.

Demain, première étape : le tribunal révolutionnaire.

Deuxième étape : la guillotine.

Mais vous, Caroline, n'avez pas le droit de mourir.

Vous êtes trop jeune, trop belle.

Les seuls qui ont de l'argent, ce sont les Van Krift.

Ce n'est pas vous qui vous salirez. Ce sont eux.

Je ne t'oublierai jamais.

C'est une phrase que j'ai souvent dite.

C'est la première fois que je la dis avec certitude.

Alors, les quelques heures qui me restent,

je ne penserai qu'à toi.

On vous avait indiqué le plus riche,

et je vous retrouve dans le lit du plus pauvre.

C'est une dinde.

Elle a choisi le plus beau.

Gaston !

- C'est une maison décente, ici. - Gaston !

On ne court pas nue derrière les hommes.

Un jour, deux jours...

Une semaine, deux semaines...

Vous en avez pour 3 mois.

Vous êtes contente ?

J'arriverai juste pour le thé.

Un jour de plus, il était sauvé.

La France,

lasse des excès de la terreur,

brise aujourd'hui, neuf thermidor,

la tyrannie de Robespierre.

Citoyens,

avec la mort de Robespierre et de ses satellites,

ce n'est pas la Révolution qui vient de finir,

ce sont ses excès !

C'est pas mauvais, ça.

Ça va. Ça devrait porter.

... réclamant...

le...

ce n'est pas la Révolution...

qui vient de finir...

ce sont seulement...

Caroline !

...ses excès.

Caroline !

Écoute-moi ça.

- "Citoyens..." - Non, je suis furieuse.

Cette robe ne va qu'avec son châle,

- et je l'attends toujours. - En attendant, écoute.

C'est mon discours.

Il faut que je marque mon retour à la Convention !

Il faut que la nation sache que je suis resté pareil à moi-même

malgré tant de vicissitudes.

Parce qu'elles ne m'ont pas manqué, les vicissitudes.

- Ni à moi. - Ni à toi.

Tu as dû en voir de toutes les couleurs,

traverser bien des épreuves.

C'est pas une mauvaise idée, ça. Je vais attaquer comme ça.

Citoyens,

la vertu

a enfin triomphé des épreuves...

et des vicissitudes...

que la scélératesse...

avait jetées sur sa route.

Ce n'est pas la vertu qui m'a tiré d'affaire, moi.

C'est pas la vertu ? Quoi, alors ?

Mes yeux, mes jambes...

Tes yeux, pour déceler le danger ?

Tes jambes, pour le fuir ?

Mais au fond, j'ai eu des moments bien agréables.

Caroline,

je voudrais te poser une question.

Tu m'en as déjà tellement posé.

Une dernière question.

- Tous ces hommes... - Quels hommes ?

Tu m'as parlé d'un géologue, d'un postillon,

d'un aristocrate qui s'est fait guillotiner,

d'un autre aristocrate enfermé avec toi dans un fourgon...

Oui. Et alors ?

Je n'ai pas très bien compris

s'il s'agissait entre ces gens et toi de relations...

amicales,

peut-être teintées de sentiments, mais qui restaient...

- Chastes ? - Oui.

Georges...

Cette réponse signifie que tous ces hommes ont été tes amants ?

Il aurait fallu que je me laisse guillotiner ?

Tu avais l'excuse des circonstances.

Tu étais terré comme un rat, et moi, je devais monter sur l'échafaud ?

C'est vrai. C'est vrai.

Excuse-moi, je voudrais te poser encore une petite question.

Quelle question ?

Quand tu en étais réduite à ce moyen,

est-ce que tu choisissais ?

Tu aurais préféré que j'appartienne à des monstres ?

Eh bien, pas moi.

Non mais je... Je voudrais savoir si...

tous ces hommes,

dans leurs bras...

- Oui. - Oui.

Est-ce que tu as ressenti...

Est-ce que tu as éprouvé des moments de...

Je ne te répondrai pas.

Il n'y a qu'un homme qui a le droit de me poser cette question.

Qui ?

L'homme que j'aime.

Sachez que je ne déteste rien tant que les bravaches

qui, par vanité, s'exposent à des périls inutiles.

Tenez-vous-le pour dit.

- Oui, mon général. - Taisez-vous. Ne m'interrompez pas,

même pour me dire "oui".

D'autant que votre "oui" est mensonger.

Demain, vous recommencerez.

Ce n'est pas nécessaire, pour être obéi, de se comporter ainsi.

Pour qui vous prenez-vous ?

Savez-vous que vous m'exaspérez ?

Je vous fais colonel,

mais c'est seulement parce que je suis sûr qu'une balle

- me débarrassera de vous avant peu. - Merci, mon général.

De quoi me remerciez-vous ?

Du grade que je vous donne ou de mon souhait ?

- Des deux, mon général. - Des deux !

Les officiers qui ont des états d'âme, je les mets à la retraite !

Qu'est-ce que tu veux ?

- On vient d'arrêter une espionne. - Où ?

À deux pas du bivouac. Elle est en voiture.

Elle cherchait le 35e de ligne.

Comment sait-on que c'est une espionne ?

Elle est jeune, elle est jolie.

Elle parle très bien le français.

Le seul nom qu'elle connaît au 35e

est celui du capitaine de Sallanches.

Bon.

Votre prochaine mission, colonel,

sera d'interroger cette dangereuse espionne.

Passez-y la nuit s'il le faut.

Plusieurs nuits, si le cœur vous en dit.

Bien, mon général.

Une fois qu'elle aura avoué, nom de Dieu,

si vous faites encore cette tête-là, je vous envoie au Conseil de guerre.

Alors, exécutez.

Joséphine n'a jamais pensé à ça.

Allons ! Avoue !

- Quels aveux souhaitez-vous ? - Les aveux les plus doux.

Vous êtes trop nombreux.

Même si j'avais des aveux à faire,

- je n'oserais pas. - Faites-les-moi à l'oreille.

Tous les moyens vous sont bons !

Pour exécuter notre devoir qui est celui de vous interroger.

Gaston, tu viens te joindre à nous ?

Le général Bonaparte m'a chargé de l'interroger.

- On vous envoie un capitaine. - Non, un colonel.

Vous pouvez disposer.

Moi, je le trouve génial, ce général.

Je suis devenue... Je suis devenue...

Je suis devenue telle que...

Telle que ?

Telle que tu m'avais voulue.

- Tu vas encore me laisser ? - Il le faut.

Tu sais ce qui m'arrive quand tu me laisses ?

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