All language subtitles for Alexandra_Ehle_s.3_ep.03.fr

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Original subtitles

Parce qu'on veut une fête qui nous ressemble,

un truc simple, sans chichis.

Je sais même pas par quoi commencer.

Un, il faut pas confondre simple et bâclé.

Un mariage, ça se prépare, ça s'organise,

ça se pense, même,

sauf si tu veux que ce soit la première étape de ton divorce.

Et deux, donc ?

Il y a pas de deux.

Si t'es pas capable d'organiser une journée,

comment tu veux t'engager pour les 40 prochaines années ?

N'importe quoi.

Et toi, Alex ? Tu dis rien. Ça va ?

Tu souris bêtement.

Oui.

Pierre m'a proposé qu'on s'installe ensemble.

Tu as dit quoi ?

Oui.

Bravo.

- Bravo. - C'est super.

On commence par un test.

On a dit qu'on essayait une semaine et après, on verra.

Ça va très bien se passer, il est parfait.

Oui, et il a l'air tellement amoureux.

Je le sens bien.

Allô ?

Oui.

Oui.

Ça tire un peu sur les petits cheveux.

Chochotte.

Ça tire sur les petits cheveux.

OK. D'accord.

On a retrouvé une jeune fille dans un cercueil, j'y vais.

Du coup,

pour la couleur, je repasserai.

Merci.

- À plus. - Alex...

Oui.

Au revoir.

Et toi, avec Iggy, tu te projettes ?

On est pas en couple.

On traîne ensemble, c'est tout.

Vous êtes ensemble toute la journée.

Et alors ?

Vous avez des projets jusqu'aux vacances prochaines.

Et ?

Elle a rencontré tes parents.

Je vois pas le rapport.

Vous êtes ensemble toute la journée,

vous avez prévu des vacances ensemble

et tu lui as présenté tes parents,

et tu n'appelles pas ça être en couple ?

Non.

C'est quoi, pour toi, être en couple ?

Je sais pas. Prendre un chien, par exemple.

Iggy m'a dit que vous alliez prendre un hamster.

Ça n'a rien à voir.

Un hamster, c'est une projection sur 15 jours

alors qu'un chien, c'est pour 15 ans.

- On va où ? - Au cimetière.

Stéphanie, tu peux me le garder, s'il te plaît ?

- Pourquoi ? - Parce qu'on a un corps.

Un mort dans un cimetière,

c'est habituel.

Pas là, non.

Ça va ?

C'est une jeune femme.

On l'a retrouvée dans un cercueil dont le couvercle a été cloué.

Le cercueil a été enterré et recouvert de cailloux blancs.

Être enterré vivant, c'est ma pire angoisse.

Comment on s'en est aperçu ?

Le tueur a utilisé un trou creusé pour quelqu'un d'autre.

Le fossoyeur a remarqué ce matin qu'il avait été recouvert.

Il a aussitôt appelé la police, mais quand on a déterré le cercueil,

la jeune femme était déjà morte.

Regarde-moi ça.

Des traces de griffes et de sang.

Tu imagines l'horreur, être enterrée vivante.

Ah oui.

Elle a dû essayer de sortir en griffant comme ça la paroi,

mais c'était trop lourd.

Avec les clous et le poids de la terre par-dessus...

On dirait le Christ.

Oui,

sauf qu'elle,

on lui a pas cloué les mains

ni les pieds, d'ailleurs.

Elle a pas de lésions.

Elle a juste le bout des doigts et les ongles qui sont abîmés.

Un cinglé l'aurait barbouillée avec le sang d'un autre ?

Apparemment.

Il lui a dessiné des symboles christiques

et il l'a laissée mourir.

Les squames, les yeux enfoncés,

les taches sur les coudes,

elle était dans un état de déshydratation sévère.

Contusion du visage,

cyanose des lèvres

et du bout des doigts.

Elle est probablement morte par asphyxie.

À confirmer à l'autopsie interne.

Aucune contusion.

Aucun hématome.

Elle n'a pas été frappée ni étranglée.

Elle n'a même pas été forcée à s'allonger

ni maintenue le temps de clouer le cercueil.

Sinon, elle aurait des marques sur les bras

et au niveau des épaules.

À part les ongles et le bout des doigts abîmés

quand elle a cherché à ouvrir le cercueil,

elle n'a rien.

On l'aurait crue morte et on l'aurait enterrée ?

C'est horrible.

Sans cette mise en scène macabre, on aurait pu croire à une catalepsie.

Je vais faire analyser le sang.

Vu qu'elle n'a aucune plaie, c'est peut-être celui de l'assassin.

On recherche toutes les adolescentes entre 15 et 20 ans

dans le fichier des personnes disparues.

Et tous les détraqués religieux de la région.

Oui. On interroge le fossoyeur aussi

pour voir s'il a vu quelqu'un transporter le cercueil.

À mon avis, ils étaient plusieurs.

On a une caméra à l'entrée du cimetière.

Ça donnera peut-être quelque chose.

Ils ont dû venir en camion ou en camionnette.

Je vais essayer de retrouver les pompes funèbres

qui ont vendu le cercueil.

Pincé, qu'y a-t-il ?

Je vous sens à fleur de peau.

Absolument pas.

Si. Il y a quelque chose qui cloche ?

Un truc personnel ?

Il y a rien de personnel.

Je veux m'assurer que les salauds

qui ont enterré une gamine vivante vont pourrir en prison.

En parlant de personnel,

je veux pas m'immiscer, mais votre femme,

enfin, votre ancienne femme...

Vous voulez des conseils pour votre futur mariage ?

Je suis désolé, mon vieux,

je suis plutôt mal placé pour vous en donner.

Ma femme m'a foutu dehors.

En même temps, c'est peut-être pas plus mal.

Si je réfléchis bien,

c'était quelqu'un de particulièrement...

Quelqu'un de bien,

de très bien, même.

Véronique, que fais-tu là ?

Je suis venue faire la paix. Rentre à la maison, Antoine.

Ils se mettent à marcher.

Ce sont pas des miracles, mais il y a...

Merde, il y a Louis. Il supporte pas que je fume.

Mais...

Antoine, tu vas bien ?

Il peut pas aller bien, le pauvre homme.

Il vient de se réconcilier avec sa femme.

C'est stupide. Enfin, tu es sûr, après ce qu'elle t'a fait subir ?

De son point de vue, c'est moi qui lui ai fait quelque chose.

Un enfant caché, je peux pas lui donner tort.

Qui n'a pas un enfant caché quelque part ?

Qu'est-ce que tu racontes ?

Olivia Amblard, tout juste 18 ans,

déscolarisée. Elle n'a pas eu le bac.

Disparition déclarée il y a trois jours.

Ses parents ont attendu tout ce temps ?

Le commissariat a reçu un appel anonyme.

Les parents n'ont rien déclaré.

Que s'est-il passé entre sa disparition et sa mort ?

C'est long, trois jours.

Son ravisseur a dû la séquestrer.

- Pourquoi ? Elle est morte quand ? - Il y a une douzaine d'heures.

Je vais dater plus précisément avec les vers.

Et le sang, on sait à qui il appartient ?

Maintenant, oui. C'est à elle.

On lui a versé son propre sang sur le corps ? Pourquoi ?

C'est son sang et en même temps,

il y a aucune coupure, aucune blessure.

Comment a-t-elle pu saigner, alors ?

Ça ressemble à des pathologies rares,

hématidrose et hémolacrie,

ce qui expliquerait les saignements sans blessure.

Il n'y a pas d'anomalies des glandes sudoripares

ni d'inflammation des petits vaisseaux.

Elle souffrait d'hémophilie ?

Non. Ses analyses de sang ne montrent aucun trouble de la coagulation.

- Il doit y avoir une explication. - Oui.

Il y en a une :

un miracle.

Alex,

en parlant de miracle, tu sais quoi ?

Véronique est revenue.

Pas sûre que le clergé classerait ça dans la rubrique "miracle".

On va aller manger en tête à tête.

On a décidé de se donner une chance.

- Qu'est-ce qu'elle a ? - Je sais pas.

Ce sont les parents, là ?

Oui, Nadine et Sylvain Amblard.

C'est...

C'est bien notre Olivia.

Je vous remercie d'avoir accepté de témoigner, M. Amblard.

M. Amblard, à votre avis,

quelqu'un aurait-il pu en vouloir à votre fille ?

Non, je ne vois pas.

Elle avait gardé quelques amis du lycée, des ados,

mais aucun d'entre eux n'aurait pu faire ça.

- Elle avait un petit ami ? - Non, ça ne l'intéressait pas.

Elle ne sortait plus beaucoup depuis quelque temps.

Vous n'avez pas signalé sa disparition. Pourquoi ?

Ma fille était majeure.

Elle vivait chez vous.

- Oui - Elle a disparu combien de temps ?

Trois semaines.

Trois semaines ?

Vous n'avez pas cherché à savoir où elle était ?

Elle avait besoin de prendre du recul.

Elle avait du mal à accepter son statut.

Quel statut ?

Vous avez vu ses paumes et son visage ?

Ma fille était une sainte, monsieur.

Pourquoi votre fille est partie de chez vous, M. Amblard ?

Les relations entre elle et ma femme n'étaient pas bonnes.

Pour quelle raison ?

Nadine la considérait comme un être à part.

Olivia voulait juste vivre sa vie,

être une adolescente normale, comme sa sœur.

Elle était différente.

Elle apportait du bonheur et du réconfort aux gens malheureux.

Comment ?

Par son existence,

sa foi, sa volonté.

La sienne ou la vôtre ?

Non, la sienne.

Ses stigmates avaient fait d'elle une icône.

Les gens venaient pour la toucher.

La toucher ?

Pour guérir, vous voulez dire ?

Dieu ne lui avait pas donné ce don par hasard.

Elle avait une mission.

C'est vrai qu'elle avait des stigmates.

C'était une maladie.

Une malédiction.

Visiblement, la gamine avait fugué à cause de sa mère.

C'était trop lourd à porter, ces stigmates.

À 18 ans, être considérée comme une sainte

pendant que tes camarades vont en boîte,

je comprends que ça soit pénible.

La vidéosurveillance, ça donne quoi ?

On voit une camionnette qui s'arrête devant le cimetière.

Il fait nuit. Impossible de repérer une immatriculation.

Mais après, c'est bizarre, venez voir.

Même avec un diable, transporter un cercueil tout seul,

ça devrait être beaucoup plus compliqué que ça.

Sauf si le cercueil est vide.

Regardez.

Vous allez comprendre.

Elle était vivante.

Il l'a emmenée comme ça jusqu'au trou.

Repassez l'image.

Elle a l'air complètement ivre.

Même ivre, elle se serait pas laissée conduire jusqu'au cercueil

ni même enfermer dedans.

Non,

elle devait être dans un état de conscience très altéré.

On l'aurait droguée ?

On verra ça avec les analyses de sang.

Quel genre d'ordure peut préméditer un truc pareil,

droguer une gamine de 18 ans et la clouer dans son cercueil ?

Il faut un sacré mobile pour tuer de façon si cruelle.

Quelqu'un dans son entourage aurait une camionnette blanche ?

Pour les parents, j'ai vérifié, ça n'a rien donné.

Mais ils ont pu en louer une.

Il faut qu'on détermine où Olivia a disparu

et ce qu'elle a fait durant les 3 semaines avant sa mort.

La fête, j'espère,

avant d'être assassinée.

En parlant de ça,

rappelez-moi que j'ai rendez-vous avec ma femme demain.

En parlant de fête ou d'assassinat ?

Je sais pas. Je vous dirai ça lundi, mon vieux.

Viens, Monsieur.

J'avais oublié,

tu emménages chez Pierre, ce soir.

- T'as pas trop le trac ? - Au contraire.

Je vais souffler un peu, car entre mon frère, Iggy et Théo,

c'est l'auberge espagnole chez moi.

C'est pas rien d'emménager avec quelqu'un.

On n'emménage pas. C'est juste une semaine.

Oui.

Ça s'appelle un CDD, ma fille.

S'il est content de toi, il va renouveler ton contrat.

Je croise les doigts, parce que tu as raison,

les CDI, c'est pas si fréquent. Regarde mon frère.

Louis m'a dit que sa femme voulait revenir.

C'est génial.

Il doit être heureux.

En même temps, ça serait dommage

qu'ils se réconcilient plus par devoir que par amour.

Fais-lui confiance et pense un peu à toi.

Allez, viens, Monsieur.

L'amour est enfant de bohème

Il n'a jamais, jamais connu de loi

Si tu ne m'aimes pas, je t'aime

Oui ?

- Salut. - Salut.

J'ai pris quelques trucs. Ça te dérange ?

Non, vas-y, fais comme chez toi.

- Monsieur ! - Ah.

Ça t'ennuie pas que j'aie amené Monsieur ?

Il supporte pas de rester seul, mais il est très facile à vivre.

Non, au contraire, tu as bien fait.

Moi, après...

Pardon.

Je suis plus habitué aux animaux empaillés.

Il dort dans mon lit.

C'est marrant, je pensais que tu plaisantais avec ton chien,

mais en fait, pas du tout.

Tu verras, il prend pas de place.

Qu'est-ce que c'est ?

Ça ? C'est un masque ventilé contre l'apnée du sommeil.

Tu fais de l'apnée du sommeil ?

Non, mais ça ouvre mes cloisons nasales.

Je dors beaucoup mieux depuis.

Sois pas jalouse, je t'en offrirai un.

Salut. Ça va, tu as bien dormi ?

Oui, très bien, et toi ?

Tu gigotes.

Tu gigotes beaucoup.

Alors, Monsieur, bien dormi ?

Tu m'étonnes, avec ce qu'il ronfle.

- Quoi ? Ça t'a gêné ? - Penses-tu.

Avec une bonne paire de boules Quies, ça ira très bien,

ou alors, je lui achèterai une petite machine à ventiler.

Viens, Monsieur, on va manger.

Waouh ! Tu as un rencard ?

Qui, moi ? Non, pourquoi ?

On dirait que tu vas au Festival de Cannes.

Non, je suis comme d'habitude, je t'assure.

Comment ça s'est passé ?

Ça s'est bien passé.

J'ai l'impression qu'il a pas trop l'habitude d'être avec quelqu'un.

Tu veux que je te dise ? Entre toi et moi,

je pense qu'il serait mieux tout seul.

Quoi ? Qu'il serait mieux tout seul qu'avec moi ?

Non, qu'avec elle.

Qui ? Tu parles de qui, là ?

Antoine et sa femme.

- Non, excuse... - Tu croyais que je parlais de qui ?

Non, rien.

Antoine et sa femme, ça s'est passé comment ?

C'est ce soir.

Les filles, pour le mariage, plutôt juin ou septembre ?

Quelle importance ?

Puisqu'un mariage sur deux se termine par un divorce,

il faut être suicidaire pour vouloir se marier.

Mon Dieu, ma chérie, comment tu peux vivre dans cette puanteur ?

C'est pas si terrible que ça.

C'est même agréable, quand on s'y habitue.

Grâce à mes petits chéris, on a pu dater le moment exact de la mort.

Voilà ce qu'on a retrouvé dans son corps.

Le miracle de la vie qui continue.

Elle est morte quand ?

Elle est morte samedi, entre 4 h et 5 h du matin.

D'après les analyses toxico,

elle avait de l'alcool et du GHB dans le sang.

Du GHB ?

La drogue du viol.

On a trouvé des traces d'agression sexuelle ?

Non, aucune.

Pourquoi ce genre de drogue ?

Ça a un effet sédatif.

Ça ralentit la respiration et le rythme cardiaque.

Ça rend docile.

Ça explique ce qu'on a vu sur la vidéosurveillance.

La gamine a suivi son agresseur volontairement

jusqu'à sa propre tombe.

Et l'effet du GHB dure environ 8 heures.

Quand elle a repris conscience, elle était enterrée depuis longtemps.

Pour info, on sait que le père est pharmacien

et que la mère a arrêté de travailler il y a deux ans.

Son père est pharmacien ?

Il avait tout sous la main

pour traiter les saignements de sa fille.

Même de cette nature ?

En cas d'hémorragie, on peut prendre du propanol.

Il devait le savoir.

Il n'y en a aucune trace dans les analyses.

Peut-être que ça les arrangeait que leur fille reste une sainte.

Sûrement.

Waouh !

Tu vas où habillée comme ça ?

J'ai un rendez-vous ce soir.

Bonjour.

On se connaît, il me semble ?

Oui, je suis la médecin légiste.

Bien sûr.

Je suis en train d'examiner votre fille

et j'ai quelques interrogations.

Tout ce qui pourra aider à coincer celui ou celle qui a fait ça.

Les saignements de votre fille, vous pensiez que c'était dû à quoi ?

Je ne sais pas, aucun médecin n'a jamais trouvé de raison médicale.

J'avais réussi à les faire disparaître.

Avec du propanol ?

Oui, les saignements s'étaient quasiment arrêtés.

Pourquoi vous me demandez ça ?

On a fait des analyses toxicologiques

et il n'y a aucune trace de propanol.

Je sais. Elle avait arrêté son traitement.

Vous savez pourquoi ?

Elle avait fini par croire aux mensonges de sa mère.

Voilà pourquoi.

Elle est morte la nuit dernière, entre 4 h et 5 h du matin.

Il faut qu'on reconstitue son emploi du temps

pendant les trois dernières semaines où elle a disparu.

Pour l'instant, on a rien.

J'ai récupéré toutes ses données.

Son historique de recherches est plutôt éclectique :

"sainteté", "maladie mentale",

"monstre".

Mais rien sur son emploi du temps.

Elle n'a pas consulté depuis trois semaines.

Les services funéraires, ça donne quoi ?

Pour l'instant, ça donne rien, ni la camionnette.

Il y a un détail qui me chiffonne :

le cercueil.

Il était en chêne massif.

Le chêne, c'est résistant, c'est cher,

c'est fait pour durer, c'est beaucoup plus cher.

Le tueur aimait ou respectait Olivia.

Vous avez raison. C'est un proche.

- Que fait-on ? - C'est la maison des Amblard.

Et alors ?

J'aimerais bien comprendre

pourquoi elle a arrêté le propanol.

Elle a sûrement voulu reprendre son show mystique.

Elle a quitté sa mère, qui était sa meilleure tourneuse.

Vous allez pas refaire le coup.

Il y a votre frère, la procédure, la loi.

On est pas là pour l'enquête.

On est là pour sauver notre âme.

Oui ?

Bonjour, c'est Alexandra Ehle, la légiste.

Pour sauver notre âme...

Bonjour.

Bonjour.

Que voulez-vous ?

Mon assistant et moi, on a voué notre vie à Dieu.

Et c'est peu dire.

Sans mentir, on vit, on dort, on respire Dieu.

Chaque jour, chaque seconde,

on essaie de s'approcher de plus en plus de lui.

Quoi de plus proche que votre fille ?

Maintenant qu'Olivia est plus là, je vois pas comment vous aider.

S'il vous plaît, laissez-nous approcher ses reliques.

Entrez.

- Bonjour. - Bonjour.

N'en voulez pas à ma fille,

elle est bouleversée par la mort de sa sœur.

C'est ici.

Je suis sûre qu'Olivia nous regarde.

Oui. Elle est là.

Moi aussi, je sens sa présence.

Elle se mettait où quand elle recevait les gens ?

Elle s'installait ici.

Elle ouvrait les bras

et les gens s'approchaient,

s'agenouillaient,

et elle touchait leurs plaies.

Quelquefois, elle posait sa main sur l'organe malade.

Ils guérissaient, bien sûr ?

Ils allaient mieux.

La plupart du temps, ils nous envoyaient un mot,

ils revenaient nous voir pour nous dire

qu'elle leur avait apporté la guérison

ou, tout au moins, un immense réconfort.

Elle guérissait même des maladies graves ?

Elle a réalisé au moins deux miracles authentiques.

Un homme de 42 ans, cancer en phase terminale,

elle a posé ses mains sur lui et il a guéri en peu de temps.

Et le deuxième ?

Un jeune homme de 17 ans

paraplégique.

Elle a touché ses jambes et il s'est levé.

Il m'envoie des fleurs chaque semaine depuis sa guérison.

S'il vous plaît, Mme Amblard,

pourrait-on aller voir sa chambre ?

J'aimerais vraiment toucher ses objets personnels.

Oui, s'il vous plaît.

Tenez.

Merci.

J'ai épluché les comptes de Nadine Amblard.

Elle faisait payer les miracles de sa fille.

Vous êtes sûr ?

Oui. Elle a des entrées et des sorties totalement anormales,

surtout pour quelqu'un qui ne travaille plus.

Ça coûte combien, l'apposition des mains ?

Toujours la même entrée, 5 000 euros.

Parfois, ça s'arrête.

Parfois, une personne complète : 10 000, 20 000,

et ça monte même deux fois jusqu'à 40 000 euros.

C'est un business lucratif de toucher les lépreux.

La fugue de sa fille a dû la mettre dans une position très difficile.

À ce tarif-là, elle a dû être furieuse qu'elle parte.

Vous croyez que c'est un mobile suffisant

pour tuer son propre enfant ?

L'argent ?

C'est le meilleur du monde.

L'homme de la vidéo serait son complice ?

Ou juste son homme de main.

Le père ?

Ils n'ont pas l'air de s'entendre, mais c'est peut-être une couverture.

Ils ont l'air doués pour le spectacle.

On va cuisiner cette Nadine Amblard.

Venez, on va la chercher.

Samia, Virginie, c'étaient des amies de votre fille ?

Jamais entendu parler.

Elle avait pas beaucoup d'amies ?

Elle était très solitaire.

Son don devait l'isoler.

Elle était à part,

elle avait un destin.

Pardon, excusez-moi.

Oui ?

Bonjour, commandant Doisneau.

Je descends, attendez-moi une minute.

C'est la police, ils ont peut-être du nouveau.

S'il vous plaît, Mme Amblard,

ne leur dites pas qu'on est là.

Pourquoi ?

Vous savez comment sont les policiers.

Ils croient pas aux miracles.

Ces gens-là sont d'insupportables rationnels.

J'ai vu. Celui qui m'a interrogée a été odieux.

Il m'a pas crue quand je lui ai dit que ma fille était une sainte.

Ah oui.

Il y a une porte à l'arrière.

Passez par là.

Ah oui, merci.

- On y va. - Attends.

Elle était quand même pas si différente des filles de son âge.

- On a vu. Allons-y. - Oui.

Venez voir.

Sa mère a fait un blog sur Olivia.

C'était une vraie communicante.

"La guérison miraculeuse : êtes-vous prêts à vivre un miracle ?

"Olivia, la sainteté aujourd'hui."

Elle a pas lésiné.

C'était payant ?

Elle parle juste d'apposer les mains et de guérir les écrouelles.

Écrouelles ?

Le dernier rendez-vous date de quand ?

Il y a deux mois.

Pourquoi ? Les gens n'y croyaient plus ?

Non, elle a arrêté de prendre des rendez-vous.

Peut-être que c'est Olivia qui a voulu arrêter

et qu'elle a fait une fugue pour échapper à cette pression,

ce qui a dû contrarier sa mère.

Et si la mère avait enterré Olivia vivante

pour tester sa sainteté,

croyant qu'elle ressusciterait au troisième jour, comme Jésus ?

Peut-on voir ses patients ?

Oui.

Il y a des avis,

comme pour les auto-écoles ou les pièces de théâtre.

"Olivia m'a sauvé."

"Elle a accompli un miracle."

"Elle a aidé mon fils à faire ses nuits."

Il y a de tout.

Tu peux me retrouver les vrais miraculés,

ceux dont parlait la mère ?

Elle a dû leur demander de témoigner.

Bonne pub.

Pourquoi, vous avez envie de les voir ?

A priori, ils avaient pas de raison de se plaindre des prestations.

J'aimerais juste comprendre comment ils ont pu guérir.

Oui.

Vous faisiez payer les miracles de votre fille ?

Non, j'ai jamais rien fait payer.

Remarquez, je vous comprends,

on a pas toujours une sainte dans la famille.

Je dirai rien tant que mon avocat sera pas ici.

À la bonne heure, taisez-vous

et laissez-moi vous raconter.

Vous vouliez faire de votre fille une bête de foire,

la femme à barbe version Bernadette Soubirous,

mais Olivia a fini par se révolter.

Elle a refusé de continuer votre petit atelier des miracles

payés à prix d'or.

Elle a fugué il y a trois semaines

pour échapper à cette vie que vous avez décidée pour elle

et vous l'avez tuée.

Capitaine, vous pouvez aller voir

si l'avocat de Mme Amblard est arrivé ?

Au passage, prenez-moi un café. Merci.

Mme Amblard, j'ai examiné vos comptes en banque.

Je sais que vous étiez en grande difficulté financière.

Avec tous vos emprunts pour la maison, la voiture,

l'achat de la pharmacie,

le financement des études de votre fille Laure,

les fins de mois étaient difficiles.

Je suis sûr que vous avez fait payer

les consultations auprès d'Olivia par stricte nécessité.

Les gens donnaient ce qu'ils voulaient.

Le problème, c'était ce taux d'intérêt modulable

qui n'arrêtait pas d'augmenter et le prêt relais,

alors qu'on n'arrivait pas à vendre la maison.

On s'en sortait pas.

Vous lui avez donc fait arrêter son traitement au propanol ?

Olivia avait un don trop rare pour être gâché.

Par votre mari.

Mon mari déteste ce qu'il comprend pas.

Il voulait que ça s'arrête.

À quel point ?

- Vous pensez qu'il pourrait... - Non, je ne pense rien.

Je suis seulement là pour évoquer toutes les possibilités.

Mon mari est un homme colérique.

Il se fâchait souvent contre Olivia, mais c'était au sujet des garçons.

Elle fréquentait des garçons ? Quelqu'un en particulier ?

Non, pas du tout.

Mais, je sais pas pourquoi, il était obsédé par ça.

Avant les stigmates, il lui menait une vie infernale.

Il l'obligeait à aller se changer, se démaquiller.

Dès qu'elle sortait,

il la traitait de tous les noms.

Ça vous dérangeait

qu'elle se comporte comme une fille normale de son âge ?

Après les stigmates, elle a arrêté de se comporter

comme une vulgaire adolescente.

Elle a accepté son destin.

Mais des miracles,

il y en avait pas toujours, si ?

Comment ça se passait quand il y en avait pas ?

Les gens repartaient avec de l'espoir.

C'est pas rien, l'espoir.

Sauf quand il est déçu.

Olivia était une sainte, une vraie. Elle aurait dû être canonisée.

Raconte-moi ta maladie, Robin.

J'ai eu un accident de voiture il y a quelques mois.

Un jour, son médecin m'a convoquée.

Il m'a dit : "Madame, il ne marchera plus jamais."

Maman, c'est fini.

J'étais atteint d'un cancer des os

et les médecins me donnaient six mois.

Et vous avez rencontré Olivia.

À la paroisse Saint-Nicolas.

Elle y venait le dimanche à l'office avec sa mère,

comme moi.

Je lui ai demandé de m'aider,

mais elle a refusé.

Pourquoi ?

Elle disait qu'elle était une fille comme les autres.

C'est là qu'elle s'est mise à pleurer des larmes de sang,

ses paumes se sont mises à saigner.

Maman l'a fait venir dans ma chambre.

Elle avait l'air d'un ange.

J'ai su tout de suite qu'elle avait quelque chose de spécial.

Elle me parlait, des traînées rouges coulaient sur ses joues.

Expliquez-moi la rémission de votre cancer.

Comment ça s'est passé ?

C'était pas une rémission, c'était une guérison complète.

Elle a fait quoi exactement ?

Elle a posé ses mains

là où les métastases s'étaient développées.

Et elle a réussi là où la médecine avait échoué.

Elle a guéri un cancer de stade quatre.

Elle m'a juste regardé et je me suis levé.

Tu t'es levé, comme ça ?

Je me suis levé et j'ai marché.

Vous aviez continué la chimio ?

Non, j'avais tout arrêté.

Les effets secondaires étaient pires que les symptômes.

Vous preniez plus aucun médicament ?

Rien. J'allais mourir, de toute façon, donc à quoi bon ?

Vous l'avez revue ?

Le dimanche matin, à l'office,

mais c'était compliqué de l'approcher.

Elle était devenue comme les rois de France

qui apposent leurs mains sur les lépreux.

Sa mère veillait au grain.

Elle voulait protéger sa fille, c'est normal.

Et monnayer ses dons, surtout.

Elle était rémunérée ?

La guérison m'a coûté 40 000 euros.

5 000 pour faire venir Olivia, et 35 000 à la guérison complète.

Les voies du Seigneur sont assez onéreuses, apparemment.

Qui ne paierait pas ça pour rester en vie ?

Tu as un problème avec les prénoms.

J'y arrive pas, ça rentre pas.

Ça me bouffe, cette histoire.

Vous croyez qu'on peut guérir des malades

juste par le pouvoir de la persuasion ?

- Oui. - Non.

Apparemment, Olivia a accompli au moins deux vrais miracles,

un cancéreux et un paraplégique.

Tu es sûre qu'ils étaient vraiment malades ?

C'étaient peut-être des patients qui allaient guérir.

C'est ce que je me suis dit,

mais je les ai vus et j'ai vu les traces de la maladie sur eux.

- Volonté. - Coïncidence.

Non, l'effet du mental sur le physique, c'est prouvé.

C'est prouvé par qui ?

Ceux te vendant de l'eau en faisant passer ça pour des médicaments ?

L'effet placebo, 20 % des guérisons.

Oui, pour les rhumes,

pas pour les cancers ou les paraplégies.

Pourtant, il marche.

Vous m'avez appelé ?

J'ai commandé de nouvelles analyses sur les cheveux d'Olivia.

Pourquoi ? Vous pensez que les saintes

ont les cheveux différents des autres ?

Non, mais d'après les analyses toxico,

c'était une grosse consommatrice de cannabis.

Fumeuse de cannabis et sainte ?

Elle avait l'air un peu perdue.

- Bonjour. - Bonjour.

Vous m'avez demandé de venir.

Oui, pour ta sœur. Viens.

Tu savais qu'elle consommait du cannabis ?

Pourquoi ?

Il y a des choses qui m'échappent.

Il faudrait que tu m'aides.

D'accord, mais à une condition.

Je voudrais la voir une dernière fois.

Ma mère dit que c'était une sainte,

mon père dit que c'est une maladie.

- Vous en pensez quoi, vous ? - Je sais pas.

Tu peux me dire quand sont arrivés ces stigmates ?

À Noël, il y a deux ans.

Papa et Olivia se sont disputés,

papa a commencé à lui hurler dessus.

Quand elle est redescendue, elle s'est mise à pleurer du sang.

Il a dû flipper, genre ambiance film d'horreur.

Toi aussi, non ?

J'ai cru que c'était du faux sang ou de la peinture.

Comment ?

Elle pouvait pas prévoir que votre père

allait se mettre en colère comme ça.

Si, un peu.

Papa s'est toujours mis dans des colères pas possibles.

Il essayait toujours de l'empêcher de sortir,

de voir des garçons, de s'habiller en jupe courte.

Et Olivia, dans tout ça ?

Les mini-shorts en cuir et le cannabis,

ça fait pas très sainte.

À l'arrivée des stigmates, elle s'est calmée, mais dernièrement,

elle s'est mise à fumer,

à aller en boîte, à sortir avec des garçons.

Elle se disait que si elle se comportait mal,

Dieu arrêterait de lui donner ces dons.

Mais ça a continué ?

Oui, ça a même empiré.

Mon père voulait qu'elle consulte un psy,

"un spécialiste pour les filles comme elle".

Elle en a vu un ?

Je sais pas.

Quand il a proposé l'idée, ma mère a fait une crise

et elle lui a interdit d'y mettre les pieds.

Sais-tu si elle a pu se mettre dans des embrouilles,

peut-être avec de la drogue ou des mecs ?

Elle a peut-être rencontré quelqu'un et elle a fugué ?

Non, je l'ai juste entendue dire qu'elle cherchait des filles.

Elle préférait les femmes ?

Je sais pas.

On se parlait plus.

Théo, tu ferais quoi, toi, si tu avais des stigmates ?

Je me filmerais, je balancerais les vidéos sur Instagram,

je deviendrais célèbre et les femmes voudraient m'épouser.

Et vous ?

Je crois que j'irais voir un spécialiste.

Un spécialiste de quoi ?

De filles comme moi.

Sylvain Amblard empruntait souvent une camionnette blanche.

Peut-être, mais il nous faudrait quelque chose de plus

pour le reconvoquer.

J'ai lancé un appel à témoins.

Ça nous aidera à reconstituer son emploi du temps.

Il est déjà 20h30,

vous partez pas ?

Si, il faut que j'y aille.

Je dois dîner avec ma femme.

J'y vais.

Je vous laisse y aller de votre côté.

Bonne soirée.

Bonne soirée.

- Salut. - Salut, chérie.

Ça va ?

C'est trop mignon, tu m'as laissé des petites traces.

Crois-tu, toi, que la foi peut guérir les gens ?

Je sais pas,

mais contre les traces de pas, c'est inefficace.

Tu sais que j'ai une machine à laver aussi ?

À quel point tu crois que ça marche, l'effet placebo ?

Contre les taches, c'est inutile.

Tu crois que tu pourrais accepter l'existence d'Iggy ?

Je sais pas.

J'ai envie d'essayer, Antoine.

Tu fais ça parce que tu m'aimes encore

ou tu fais ça pour notre fils ?

Je fais ça, car je me suis mariée avec toi, Antoine,

j'ai pris un engagement.

Tu le sais, ça a du sens pour moi.

Pas toi ?

Si, bien sûr.

Peut-être pas autant que l'amour, mais oui, bien sûr.

C'est ça, l'amour,

rester fidèle à sa parole,

à ceux qu'on a aimés,

même si on change, même s'ils changent.

Du coup,

l'amour et le devoir, ça se ressemble beaucoup.

J'appellerai plutôt ça la fidélité à soi-même.

Dis donc, t'aurais pas vu ma brosse à dents ?

J'étais sûr de l'avoir posée là.

Pardon, je l'ai utilisée. J'ai perdu la mienne.

Toi et les gestes barrières...

C'est ça, la vie commune,

une immunité collective miniature.

Tiens, regarde dans la douche.

Tu voulais me voir ?

T'en es où ? Vous avez du nouveau ?

On bloque sur la fugue, où elle allait, qui elle rejoignait.

On sait qu'elle consommait régulièrement du cannabis.

Je me demande si elle a pas pris volontairement du GHB.

Pourquoi elle aurait fait ça ?

On en est restés à GHB, drogue du viol,

mais là,

ces temps-ci, des jeunes en prennent

pour s'éclater, faire l'amour et tout ça.

Je croyais qu'elle avait arrêté de sortir,

qu'elle avait plus trop d'amis de son âge.

En tout cas, elle avait au moins un dealeur ou une dealeuse.

D'ailleurs, t'aurais pas entendu parler

d'une certaine Samia

ou Virginie dans son entourage ?

Non, pourquoi ? C'est qui ?

Je sais pas.

En tout cas, sa sœur m'a parlé de grosses engueulades avec leur père

au sujet des sorties, des mecs et tout ça.

Sa sœur ?

Oui, figure-toi qu'elle est venue voir le corps d'Olivia.

Que t'a-t-elle raconté ?

Ça, que le père pouvait être assez violent,

verbalement, en tout cas.

OK, je le convoque.

Tu restes bien tranquillement ici.

- On est d'accord ? - Oui.

Vous le convoquez, comme ça, on le réinterroge.

Vous me tenez au courant.

OK.

Hé !

Ça va, toi ? Tu as l'air crevée.

J'ai hyper mal dormi la nuit dernière. Pierre...

Je t'en prie, ne me raconte pas tes exploits sexuels avec ton copain.

Ben non, t'y es pas du tout.

C'est juste que je me demande

si Monsieur et moi, on le dérange pas.

C'est pas lui qui t'a demandé d'emménager ?

Si, et il était hyper sincère.

Je me sens mal à l'aise.

Dès que je prends une chaise,

il se précipite pour la remettre en place.

Je pose ma brosse à dents, il l'enlève.

Je me lève du lit, il déplisse le drap.

Il est maniaque.

Peut-être qu'il y a pas de place pour moi dans sa vie.

Alex, tu sais que tu es bordélique. Laisse-lui le temps de s'habituer.

De ton côté, essaie de mettre moins le bordel.

Ah ben si.

Hé, Diane.

Diane.

Diane est bizarre avec moi depuis quelques jours.

Non.

Non ?

Je croyais.

Il paraît que vous et votre fille, vous vous entendiez mal.

Vous désapprouviez sa consommation de drogue ?

Vous pouvez dire à votre collègue d'arrêter d'insulter ma fille ?

L'homme qui a tué votre fille avait une camionnette blanche.

Vous aussi, paraît-il.

Vous m'accusez d'avoir tué Olivia ?

M. Amblard.

M. Amblard.

Excusez-moi.

Excusez-moi.

C'était à Noël, il y a deux ans.

Je suis entré dans sa chambre

et je l'ai surprise en train de fumer un joint.

Vous vous êtes mis en colère ?

Oui, et elle s'est mise à pleurer du sang.

Je t'interdis de revoir ce petit con.

C'est lui qui t'incite à fumer, cette racaille ?

Je te préviens, Olivia, si tu ressors, je t'en colle une.

Olivia ! Mais Olivia !

Où tu vas ?

Olivia.

Olivia.

Le petit con en question, on peut le trouver où ?

Il s'appelle Jules Destours.

M. Amblard, Samia et Virginie, ça vous dit quelque chose ?

Rien du tout.

J'ai même pas eu le temps de lui dire au revoir.

Alors, depuis qu'elle est morte, toutes les nuits,

je vais dans la chapelle et je lui parle.

Je lui demande de faire un miracle,

d'apparaître

rien qu'un instant,

de me faire un signe qu'elle est là.

Elle ne vient jamais.

Jamais.

Tu es sûr que c'est lui,

le spécialiste des filles comme elle ?

Il y en a qu'un sur Bordeaux, donc assez sûr, oui.

Occupe la secrétaire.

Aucun problème. Observez la manœuvre.

Oui, très bien.

Suivez-moi.

Une minute, s'il vous plaît.

On vous a préparé une chambre. Vous y serez très bien.

Vous avez rendez-vous avec un médecin ?

C'est vous qui avez rendez-vous, Karen. Allez, hop !

Lâchez ça ou j'appelle la sécurité.

Écoutez, j'ai rendu saines d'esprit des femmes bien plus folles que vous,

faites-moi confiance.

- Allez, venez ! - Sheik !

Le lit est prêt.

Arrêtez.

Lâchez-moi.

Vous aussi, vous êtes rétif à la psychiatrie ?

Tu étais son petit ami ?

Un de ses petits amis.

Elle en avait combien ?

Je peux pas vous dire, un paquet.

Tu te fous de nous.

Elle était très croyante.

Peut-être, mais pas les soirs où je l'ai vue.

Explique-nous ça.

Je sais pas. Elle s'amusait, elle sortait.

Vous vous êtes vus quand la dernière fois ?

Vendredi, on est sortis en boîte.

Vous êtes sortis en boîte le 11 au soir ?

Si vendredi, c'était le 11, oui.

Raconte-nous ça.

Rien de spécial. On s'est retrouvés avec des potes et on a fait la fête.

Avec du cannabis que tu lui vendais ?

C'est pour ça que je suis là ?

Non, tu es ici parce qu'on l'a assassinée.

- Sérieux ? - Sérieux, dans la nuit du 11 au 12.

Si j'étais toi, je raconterais la soirée dans les moindres détails.

On a fumé un joint, mais je vends pas, je partage.

Après, on est allés boire des coups dans un bar-boîte, Le Royal.

On a dansé.

J'ai pas vu quand Olivia s'est barrée,

car j'étais avec une autre fille.

J'ai passé la nuit avec elle, vous pouvez lui demander.

T'inquiète, on le fera.

Vous avez pris du GHB ?

Moi, non, mais Olivia aimait bien ça.

Elle en prenait souvent.

Samia et Virginie, ça te dit quelque chose ?

Jamais entendu parler.

Bonjour, Dr Slimani. Dr Ehle, toxicologue.

Je voulais discuter avec vous des symptômes d'une de mes patientes.

Il paraît que vous êtes spécialiste dans les cas de "miraculées".

Je reçois des patientes qui souffrent de stigmates.

J'ai fait une thèse là-dessus.

Ça arrive comment, en général ?

Ce type de symptôme survient en majorité

chez des femmes jeunes et très croyantes.

La plupart de ces patientes

s'infligent elles-mêmes ces blessures,

de l'automutilation suite à une crise,

accompagnée de visions de scènes bibliques.

Dont elles n'ont pas forcément conscience ?

Absolument pas.

C'est une volonté inconsciente

de s'identifier aux souffrances du Christ.

Ce n'est pas le cas de ma patiente.

Elle ne s'inflige pas ses blessures, elles sont spontanées.

C'est très rare.

Et votre diagnostic, dans ce cas ?

Les larmes et la sudation sanglante sont un symptôme de stress intense.

Pour ma patiente,

ça pourrait être lié à un père très colérique.

J'ai une patiente comme ça.

- Olivia... - Olivia Amblard.

Vous l'avez vue récemment ?

Elle a été internée ici

il y a

trois semaines, du 21 au 28.

Vous avez pu l'aider ?

Elle voulait faire disparaître ses symptômes.

Comme la thérapie ne la guérissait pas assez vite,

elle a quitté la clinique et s'est tournée vers l'Église.

Vous savez laquelle ?

- Ça va, Théo ? - Pardon.

J'étais tellement dans mon rôle que ça m'a fatigué.

C'est ça.

Antoine,

je sais où elle était la première semaine de sa fugue.

La première semaine,

Olivia Amblard a consulté un psychiatre

en espérant soigner sa maladie.

Donc, elle était plutôt du côté de son père.

Elle considérait ses stigmates comme une tare.

J'ai vérifié l'alibi de Sylvain Amblard, il est béton.

Au moment où sa fille a été tuée,

il était à Madrid en déplacement professionnel.

Ses collègues ont témoigné, l'hôtel aussi.

Dommage. Sa tête me revient pas.

Avec ses colères, il a pu provoquer

une crise psychosomatique chez sa fille, mais il l'a pas tuée.

L'alibi du gosse tient aussi.

Jules était avec une fille toute la nuit.

Il faut absolument qu'on interroge le barman de la boîte

et tous ceux qu'elle a croisés cette nuit-là.

J'ai relevé la liste des clients d'Olivia et de sa mère.

Il y en a sans doute plusieurs

qui lui en voulaient de s'être fait arnaquer.

Au point de planifier un meurtre aussi atroce,

d'acheter un cercueil,

de l'attendre à la sortie de la boîte, de l'enterrer vivante ?

Je sais pas.

Ou alors, on se plante complètement avec cette idée du cercueil en chêne

en pensant que le tueur se souciait d'elle.

Peut-être que le meurtre n'est pas prémédité.

Comment ça ?

Il aurait été pour qui, ce cercueil ?

Pour quelqu'un qui savait qu'il allait mourir,

quelqu'un qu'elle n'a pas réussi à sauver.

Je cherche mon amie, Olivia Amblard.

Elle est partie il y a huit jours.

Vous êtes une de ses amies, vous devriez le savoir.

Amie, c'est beaucoup dire,

mais c'est quelqu'un que j'admire.

C'est une sainte.

L'Église est très prudente avec la sainteté et les miracles.

Oui, mais pour Olivia, c'est vrai.

Elle a des vrais stigmates.

Alexandra,

vous n'êtes pas une amie d'Olivia, n'est-ce pas ?

Vous êtes en quête de quelque chose, mais pas d'Olivia.

Si vous me permettez,

je doute que vous cherchiez ici la lumière de Dieu.

J'ai touché juste ?

Continuez.

Vous cherchez un sens,

mais pas dans la religion.

Je dirais plutôt, à votre façon de m'observer,

dans les postures, dans les attitudes, dans le corps.

Pour une femme comme vous,

le corps d'Olivia doit représenter un mystère agaçant.

Si vous l'avez observée d'assez près pour savoir

qu'elle n'a pas de coupures, c'est que vous la connaissez bien.

Pourtant, vous ignorez où elle est.

Non.

Vous savez où elle est.

Pourtant, vous continuez à chercher.

Mais quoi ?

Mon Dieu,

il lui est arrivé quelque chose ?

Qui a pu faire une chose aussi horrible

à une jeune fille si adorable ?

Moi aussi, j'aimerais bien le savoir.

Je pense que c'est peut-être lié à son image de sainte.

Sinon, on l'aurait pas tuée comme ça.

Enterrée vivante, quelle horreur !

C'est ici qu'elle a passé la semaine.

Elle était perdue.

Elle est venue dans l'espoir de savoir qui elle était,

mais ce n'est pas à moi de le dire.

Elle vous a dit qu'elle avait réalisé au moins deux miracles ?

Elle m'en a parlé. Ça l'avait visiblement troublée.

Elle se demandait si, finalement, sa mère avait raison,

si elle était vraiment élue

et si elle avait un devoir envers les autres.

Et...

Un prénom comme Samia, Virginie, ça vous dit quelque chose ?

Oui.

Elles avaient les mêmes stigmates ?

Exactement.

Elle a rencontré Samia,

mais ça ne lui a pas apporté de réponse.

Il lui restait à voir Virginie, le jour où elle est partie.

Vous savez où je peux la trouver ?

C'est sans doute une des dernières personnes

à avoir vu Olivia en vie.

Je sais que Virginie fréquente l'église Saint-Luc.

Olivia devait la rencontrer là dimanche de la semaine dernière.

Depuis ce jour-là, je ne les ai pas revues.

Je souhaite que vous trouviez ce que vous cherchez.

Moi, je voudrais surtout trouver qui a tué Olivia.

Le reste aussi.

Merci, on vous convoquera au besoin.

Le barman se rappelle avoir vu Olivia vendredi soir.

D'après lui, elle était bourrée,

elle était très joyeuse, elle ne se méfiait de rien.

Elle est restée presque tout le temps avec sa bande de copains.

Ils sont repartis tous ensemble.

Si c'est vrai, elle a rencontré son meurtrier après.

Il l'attendait à la sortie.

Ce sont les gens qu'Olivia n'a pas sauvés

et que sa mère a arnaqués.

Victor Dorian, 38 ans, leucémie.

Il est mort l'an dernier.

Soraya Smaali, 43 ans, sclérose en plaques.

Marion Séjourné, 66 ans.

Si l'hypothèse du cercueil est bonne,

on cherche quelqu'un qui va mourir bientôt.

Alors, vous avez trouvé la foi ?

J'ai trouvé mieux que ça, j'ai trouvé une deuxième sainte.

Grands dieux !

Et la fameuse Virginie, tu te souviens ?

C'est une fille comme elle, avec des stigmates.

C'est une des dernières personnes à avoir vu Olivia en vie.

J'oubliais, il y a quelqu'un pour vous.

J'ai essayé de le mettre à la porte, mais j'ai pas réussi.

Qu'est-ce que tu veux ?

Je suis venu te chercher.

Pour aller où ?

Où tu veux.

Chez moi, chez toi, au bowling ?

Je voulais te parler d'un truc.

J'ai recroisé un copain

que j'avais rencontré dans un hôtel en Birmanie.

Il a des terres en Bolivie.

Oui ?

Ça te dirait qu'on parte tous les deux,

d'ici un an ou deux, faire de l'agriculture bio ?

De l'agriculture ? Toi ?

Bio.

T'es même capable de faire crever un cactus.

Le cactus, c'était pas moi.

C'est la chèvre d'un pote qui l'avait boulotté.

Tu sais,

je crois qu'on s'est mal compris.

Ce qui s'est passé l'autre soir...

Alex,

tu fais quoi ?

- J'arrive. - La séance commence dans 28 minutes.

Ah oui.

OK. Désolé.

Effectivement, on s'était mal compris.

Salut.

- On y va ? - Oui.

Monsieur, viens.

Où sont mes fringues ?

Virginie ?

On se connaît ?

Je suis...

J'étais comme Olivia, comme toi.

Olivia m'a dit qu'elle avait passé quelques jours chez toi.

Oui, mais ça fait une semaine que je l'ai pas vue.

Elle a laissé ses affaires chez moi et j'arrive plus à la joindre.

Je me suis inquiétée. J'ai appelé la police.

Pourquoi pas ses parents ?

Je sais qu'elle s'était fâchée avec sa famille et sa sœur aussi.

Elle y serait pas retournée.

Elle a pas réapparu.

Moi aussi, ça m'inquiète.

Tu viens prendre un café ?

J'habite à deux pas.

Oui.

Bonjour, Alexandra Ehle. Laissez un message.

Bonjour, Antoine Doisneau. Laissez un message.

Antoine, c'est Pierre.

J'arrive pas à joindre Alex, ça fait quatre heures.

Peux-tu me rappeler ?

Tu sais peut-être où elle est.

Merci.

Je peux voir tes mains ?

Ça t'arrive à quel moment ?

Quand j'ai peur. Et toi ?

Moi aussi.

En général, je souffre atrocement.

Quand les saignements s'arrêtent, je sens plus rien.

Tu vois des trucs avant ?

J'entends des coups de marteau,

je vois la croix devant moi,

et je sens les coups de fouet

et les piquants de la couronne d'épines.

Bonjour, Alexandra Ehle.

Laissez un message, merci.

Réponds, s'il te plaît.

Je suis sûr que t'es chez toi.

Je m'en fous, je rentre.

Alex !

Qu'est-ce que tu fous là ?

Attends,

t'es pas au courant ?

Alex est toujours ma femme jusqu'à preuve du contraire.

C'est la réalité.

On s'est dit oui devant l'État français,

devant monsieur le maire, qui était tout ému.

Il était retourné, le pauvre.

Je crois surtout que tu l'as beaucoup fait souffrir,

comme la fois où tu as disparu du jour au lendemain

sans laisser d'adresse.

Mais je suis revenu pour elle.

C'est trop tard. Maintenant, c'est moi qu'elle aime.

Elle m'aimera toujours.

Elle mérite mieux qu'un loser criblé de dettes.

Elle mérite mieux qu'un empailleur de phoques.

Quoi ?

Arrête.

Merci de me laisser dormir ici. Chez moi, personne me comprend.

Je sais ce que c'est. Moi, c'est pareil.

- Bonne nuit. - Toi aussi.

Merci.

Tu fous quoi, là, en vrai ?

Je voulais voir si Alex pouvait me prêter un sac de couchage.

Je pars faire du camping.

Elle a disparu.

Disparu où ?

Si je savais, ça serait plus une disparition.

Ça fait six heures que je l'attends.

Tu es allé voir à l'observatoire ? Elle y va parfois.

Son frère y est passé. Il y avait personne.

Son frère sait pas où elle est ?

Il a lancé une alerte enlèvement ?

Non, elle est majeure et elle est partie de son plein gré.

Putain, pourquoi ?

Je crois que c'est de ma faute.

Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

Je suis un peu vieux garçon, j'aime bien l'ordre.

Tu vas galérer, mon pote.

Alex aime la folie, l'imprévu.

Elle aime partir sur un coup de tête.

Elle aime les promenades nocturnes, regarder la Lune,

les crocus, les brioches à la praline.

Elle aime les trains qui partent en retard,

les repas qui partent en vrille.

Tu l'aimes encore.

J'ai laissé passer ma chance il y a bien longtemps déjà.

Oui...

Je vais ranger un peu.

Qu'est-ce que tu fous, là ?

C'est quoi, ça ?

C'est pas à moi, c'est à Olivia. Tu cherches quoi ?

J'essaie justement de savoir ce qui est arrivé à Olivia.

Pourquoi ?

Parce qu'elle a pas disparu.

Elle a été tuée.

On l'a enterrée vivante.

Je suis désolée.

Pourquoi tu es venue chez moi ?

Parce que vous aviez quelques points communs,

même âge, même foi, mêmes stigmates.

Les tiens sont faux et tu le sais.

C'est n'importe quoi.

- Tu t'automutiles. - Pas du tout.

Montre-moi tes mains.

Là, tu vois,

il y a des lésions cutanées.

Et là, sous les ongles,

il y a des toutes petites traces d'épiderme.

C'est pas très dur à comprendre.

Tu te grattes au sang.

T'en as vraiment pas conscience ?

Les gens veulent toujours abîmer la vraie foi.

Même Olivia.

"Même Olivia" ?

Oui. Une nuit, elle s'est réveillée

et elle m'a vue en train de me faire mal.

C'est ce qu'elle a dit.

Vous vous êtes disputées ?

Oui.

Olivia n'était pas mieux que moi.

Non.

Elle saignait spontanément, elle.

Peut-être.

Un jour, on se baladait dans la rue

et un homme a traité Olivia d'escroc.

Il a dit qu'elle méritait de crever.

Tu peux me dire où tu as filé, hier ?

J'ai repéré une fille comme elle, comme Olivia,

avec des stigmates, donc je l'ai suivie.

J'ai passé la nuit chez elle.

Tu te fous de moi ?

Il fallait que je sache.

Et tu as su quoi ?

J'ai su qu'Olivia avait passé ses derniers jours chez elle.

Cette fille-là, Virginie Le Querre,

elle a de faux stigmates.

Tu crois qu'elle a pu se sentir en rivalité ?

Peut-être, oui.

Olivia a passé la dernière semaine chez elle ?

Oui.

Cette Virginie passe au premier plan de nos suspects ?

Oui.

Et toi, tu disparais ?

Tu t'en vas sans prévenir personne pour aller dormir chez elle.

C'est quoi, ton problème, Alex ?

T'es complètement cinglée.

Si tu veux mourir, jette-toi d'un pont, ça ira plus vite.

Je suis désolée d'être partie.

J'ai appris un autre truc,

c'est que parmi les clients ou les patients d'Olivia,

il y a pas que des miraculés.

Il y a un type qui, apparemment, lui en voulait beaucoup.

Tu sais qui c'est ?

Dis-moi si tu le reconnais dans toutes ces photos.

C'est lui.

Tu es sûre ?

Je tiens notre suspect. Il s'appelle Arthur Mégard.

Je vois pas, c'est qui ?

Le frère jumeau de Françoise Mégard. Elle est morte.

Il a dépensé une fortune pour essayer de la sauver.

J'ai aussi reconstitué l'emploi du temps d'Olivia.

La deuxième semaine,

elle s'est retirée dans un couvent.

Une semaine à embrasser la raison, l'autre à chercher la foi.

Et la troisième ?

Elle s'est mise en contact avec une fille comme elle,

Virginie Le Querre.

C'est chez elle qu'elle a passé les derniers jours.

Bravo, mon petit Doisneau.

Je vois qu'à mon contact, vous commencez vraiment à progresser.

J'ai tout organisé.

Ici, le plan minute par minute du déroulé du cocktail,

et ici, celui du repas.

On va commencer vers 19h15 ou 16.

20h20, fin de l'apéritif.

Les gens qui ne restent pas pour le repas s'en vont.

C'est pas sympa d'inviter des gens que pour le cocktail.

Tu vas pas inviter, je sais pas,

Théo au dîner ?

J'y ai pas encore pensé, mais j'imagine que si.

Non.

Ensuite, le placement des tables.

Du nouveau ?

On faisait le point avec mon frère.

Et alors ?

On a deux suspects, une autre sainte, mais fausse,

et le frère jumeau d'une femme qu'Olivia n'a pas pu sauver.

D'accord, mais avec sa femme...

J'ai pas pensé à lui demander.

Bon, j'y vais.

Je vais pas inviter des gens et les renvoyer après le cocktail.

Tu fais comme tu veux.

Diane, j'y pensais depuis quelque temps,

tu serais pas un peu jalouse ?

De qui ?

De Véronique, la femme d'Antoine.

N'importe quoi. Non, vraiment, toi, l'amour te ramollit le cerveau.

En ce moment, tu es insupportable,

tu es irascible,

tu es tout le temps en colère, énervante.

Ça va, j'ai compris.

Depuis que sa femme est revenue.

Je suis désolée de te le dire, ma petite Diane,

tu es amoureuse d'Antoine.

M. Mégard,

qu'est-ce qui vous a poussé à consulter ?

Ma sœur était gravement malade, un cancer du sein.

Olivia ne l'a pas sauvée.

Non. Elle n'a rien pu faire.

Mais Nadine Amblard vous a pris beaucoup d'argent.

15 000 euros, parce que j'y croyais.

J'y suis retourné plusieurs fois. Je l'ai même fait venir à l'hôpital.

Mais pour votre sœur, il y a pas eu de miracle.

Non.

Elle est morte.

Vous en avez voulu à Olivia ?

Non, surtout à sa mère.

La gamine, j'ai vu la dernière fois qu'elle était mal. Elle doutait.

Vous faisiez quoi dans la nuit du 11 au 12 ?

- Ça vous regarde pas. - Si, en fait.

Vous savez pourquoi vous êtes ici ?

Non.

Olivia Amblard a été assassinée,

enterrée vivante dans un cercueil.

Un témoin vous a entendu accuser Olivia Amblard d'être un escroc.

Vous avez dit que vous aimeriez, je cite,

"la voir crever".

Oui.

- Vous l'avez tuée ? - Mais non, je l'ai pas tuée.

Mais non, je l'ai pas tuée.

- Allô ? - Alex, c'est pas le frère jumeau.

Il a un alibi : il était dans un bar, cette nuit-là.

Il était ivre mort. Il a provoqué une bagarre générale.

On a une vingtaine de témoins.

Mais on est sur la bonne piste.

Il faut trouver quelqu'un qui allait mourir,

mais qui, sûrement, a cru qu'elle pourrait le sauver.

Je vais t'apporter l'enregistrement de la vidéosurveillance.

Tu verras peut-être quelque chose que j'ai pas vu.

D'accord. À tout de suite.

Attends, on voit un avant-bras.

On va mesurer la taille de son cubitus

et avec ça, on pourra estimer celle de notre tueur.

Il a l'air immense.

Il doit mesurer au moins 1,90 m.

J'ai vu quelqu'un comme ça.

Non, mais ça n'a aucun sens.

Diane !

Qu'y a-t-il ?

Rien. Pourquoi ?

Je sais pas, j'ai l'impression qu'il y a un malaise.

Non, pas du tout.

Mais si.

Avant, on mangeait ensemble, on se parlait,

et là, tu me fuis, tu as l'air en colère.

Non.

J'ai juste tellement de travail en ce moment.

Tu es sûre, il y a rien d'autre ?

Rien du tout.

On est pas fâchés ?

On est pas fâchés.

OK, tu me rassures.

- À plus. - C'est ça, à plus.

Antoine,

bonne chance avec ta femme.

Tu fais le bon choix.

Il y a quelqu'un ?

Votre cancer récidive.

Vous y avez cru, pourtant, au miracle ?

Oui, j'y ai cru. Et maintenant, je vais mourir.

Le cercueil était pour vous.

Je voulais juste mourir tout seul, dans mon coin.

Ce soir-là, je l'ai croisée.

Elle sortait de boîte de nuit avec des copains.

La voir rigoler, j'ai pas supporté.

À bientôt.

Je l'ai fait monter dans le camion.

Elle a opposé aucune résistance. Elle était dans un état second.

Elle avait pris du GHB.

Dans la nuit, après, je l'ai amenée au cimetière.

Pour elle non plus, il y a pas eu de miracle.

C'est la dernière fois que tu t'impliques comme ça.

Tu m'entends ? La dernière fois.

Il était au stade quatre,

il allait mourir.

Il savait qu'il était condamné.

On sait pas.

Il y aurait peut-être eu un miracle.

Non, Alex.

Pas deux fois de suite.

Messieurs.

J'ai décidé de me faire soigner.

Je connais un super médecin qui soigne les filles comme toi.

Pourquoi cette affaire vous a mis si en colère ?

Vous avez peur d'être enterré vivant ?

Ça s'appelle la taphophobie.

C'est parmi les plus anciennes peurs connues de l'être humain.

Mais non, c'est pas ça.

Pourquoi, alors ?

Ça va probablement vous amuser,

mais quand j'étais jeune homme, j'étais très croyant.

Je voulais rentrer dans les ordres.

J'ai commencé mon séminaire.

Mais comme je vous l'ai dit,

j'avais beaucoup de succès auprès du beau sexe et j'ai un peu...

failli.

Bref, on m'a renvoyé.

Je crois que je nourris pour les autorités religieuses,

depuis ce moment-là,

une certaine aigreur.

Je suis sûr que vous auriez fait un très bon curé.

Mais je suis sûr aussi que vous ferez un mari exemplaire.

Je te demande pardon. J'ai eu peur de te déranger.

J'avais l'impression qu'il y avait pas de place pour moi.

C'est moi.

Je suis un vieux garçon, mais j'ai envie qu'on me bouscule.

On peut commencer tranquillement

par un jour ou deux par semaine.

Carrément. On pourrait fixer le mardi et le vendredi à 18h30.

Enfin, 18h45, parce que 18h30, le temps que je ferme la boutique...

Oui, c'est bien que ce soit précis.

J'ai un truc pour toi.

C'est des chaussons.

C'est pas du tout ma taille.

C'est pour Monsieur.

Tu les essaies ? Je finis un truc et je reviens.

OK.

Viens.

Alex ?

Monsieur ?

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