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♪ ♪ ♪
- T'es sûre que ça marche ton truc de luminothérapie, là?
- Oui. - Mais le vert, ça sert à quoi?
- Ça purifie l'âme.
Et le bleu, ça élève les énergies.
- Ouais...
- Le rouge? - Ça stimule le flux sanguin.
- Hou!
- Je vais mettre une petite robe rouge, moi, hein!
- Non, non, non. Moi, je dis : tu mets des vêtements larges.
Jogging. Gris.
- Non! Moi, je serais toi, si Pincé te demande en mariage,
j'essaierais carrément le pyjama marron parce que s'il te demande
en mariage habillée comme ça, c'est qu'il t'aime vraiment.
- Et puis comme ça, s'il le fait pas, bien, t'auras même pas
à te changer pour aller pleurer sur ton canapé
et bouffer des chips. - Non, non, mais il m'invite
dans un restaurant étoilé en me disant qu'il a un truc
à me demander, donc il va le faire, c'est sûr, hein!
- Bien moi, la première fois que Samuel, mon ex,
a fait ça sa demande, on était dans un resto et il arrive
et il me dit : "Je suis désolé, ta bague est tombée
"dans le caniveau." Donc, vite fait, il m'en fabrique une autre
avec du PQ et au moment où j'allais répondre,
il y a deux mecs qui sont arrivés qui lui ont cassé
la gueule en plein resto. J'ai jamais su pourquoi.
- Bien, Samuel, quoi! - Voilà.
- Et pourquoi tu dis la première fois?
- Parce que j'ai refusé. Je suis pas folle.
- Hum-hum. - Et la deuxième?
- Bien, la deuxième... (vibration)
Ah! bien... Bah, quand on parle du loup.
Allô?
Ouais...
- Le truc chiant... avec les mariages,
c'est de choisir ses témoins.
- Ah! Hou! T'as raison, personne veut être témoin.
- Alors... tu vois, je suis soulagée que tu le prennes
comme ça parce que justement, je voulais le proposer
à Vanessa. - Vanessa?
C'est l'amie que tu vois plus parce qu'elle t'a piqué ton ex?
- C'était il y a sept ans, ça va, là. Puis Vanessa,
je la connais depuis la maternelle.
- Où elle te piquait tes jouets?
- Arrête, elle a changé. T'es pas vexée, hein?
- Moi? Non, mais t'es folle. Je suis soulagée même.
Comme ça, j'aurai pas à collecter les pires photos
de toi pour faire un diaporama pourri sur une musique débile.
Ni à écrire à un discours soporifique pour dire
à quel point t'es une fille géniale.
- Les filles, il y a un truc bizarre. Apparemment,
ça fait cinq jours qu'un des copains de Samuel s'est enfermé
sur son bateau. - Et?
- Mais non, mais c'est encore un de ses plans pourris, ça.
Alex, t'es trop naïve. - Non, mais j'y vais, là.
- Mais... - Bien si.
- Mais non, mais n'y va pas!
Bien, elle y va.
- Vanessa?
(indicatif musical)
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- J'ai une bonne nouvelle à vous annoncer.
J'ai plus peur de rien, ni de la mort, ni de la souffrance,
ni de la maladie.
- T'avais peur? Bah, j'avais pas remarqué.
- Et tout ça, c'est grâce à Mme Juneau. En fait, elle m'a
expliqué que mes angoisses viennent de la petite enfance.
Apparemment, tout aurait commencé quand j'ai tué
ma tortue Caroline en lui marchant dessus
sans faire exprès. Ça a fait un crac horrible,
suivi d'un petit bruit de succion, genre... Pfft!
Et tout aurait commencé là.
Ah! - Ah! Quoi?
- Il y a une guêpe, là! Il y a une guêpe!
Ah! non, c'est une mouche. Non. Pardon.
- Et c'est exactement cette madame Juneau, là?
Elle a l'air brillante, hein? - C'est ma psychothérapeute.
Ça fait deux mois que je vous en parle.
- Ah! Ah! oui, oui, oui.
- Ça fait plaisir de voir que vous vous intéressez
à ce que je vous raconte. - Bien, ça m'intéresse, hein!
Ça m'intéresse. Mais pourquoi tu vois un psy, d'abord?
- Parce que quand Iggy m'a annoncé qu'elle était enceinte,
elle a fait de moi un père au niveau symbolique.
Et quand elle m'a avoué qu'elle avait menti, bien...
ça m'a fait comme si j'avais perdu mon enfant.
Du coup, je processe mon deuil.
- Bien alors, justement, tu devrais être content.
Tu le voulais pas, ce gosse.
- Oui, mais ça m'empêche pas de souffrir.
Aucune empathie.
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- Merci d'être venue, Alex.
- Bon, qu'est-ce qui se passe?
- Mon pote Jérémie. - Oui.
- Tu sais, je faisais de la voile avec lui.
Enfin, lui faisait du topper et moi, je faisais l'optimiste.
Enfin, je te parle de ça, on avait quoi? 12 piges?
- Oui, mais j'ai du boulot, Samuel, là.
Pas la peine de remonter au Big Bang.
Dis-moi juste ce qui se passe. - Mon pote Jérémie.
Jérémie Bataille. - Profession?
- De-ci, de-là, hein!
- C'est pas vraiment une profession, ça.
- Non. Mais sa famille détient un grand domaine viticole.
- Bien... qu'est-ce qui t'inquiète?
- Je suis passé le voir hier parce que tu sais, je voulais
qu'on fasse une partie... tu sais du jeu où on claque
des grosses mandales à des trolls.
- Non mais pas de métaphysique, s'il te plaît, juste les faits.
- OK. Bon, j'ai frappé à la porte, il m'a pas ouvert
pourtant, il y a de la lumière.
Alors je suis allé chez lui au château, mais on m'a dit
qu'il était parti faire une promenade en mer.
Sauf que le bateau est toujours là.
- Peut-être qu'il a pas envie de te voir.
- Je trouve ça trop bizarre qu'il réponde pas quand même.
- Oui, t'as raison. Ça sent la mort.
Va me chercher ma mallette, s'il te plaît.
- Oui.
- Antoine? - Oui.
C'est moi, t'es où?
- Avec Pincé. On fait une pause bucolique
sur une départementale. Non. En vrai, le moteur a lâché.
On est en panne, on attend la dépanneuse.
Pourquoi? Qu'est-ce qu'il y a? - Bah...
Là, je suis sur un bateau au port de plaisance et vu l'odeur,
je crois qu'il y a un macchabée.
- Tu fais rien, hein!
Tu m'attends, tu bouges pas d'une oreille.
- Bien, je t'attends. - J'arrive.
Qu'est-ce que vous faites? - Le gilet, le gilet.
(klaxons)
- T'es vachement jeune pour un croque-mort, toi.
- Je suis pas un croque-mort.
Je suis l'assistant spécial du docteur Ehle.
- Apprenti croque-mort, quoi.
- Hé! je jette un oeil et je reviens.
Mais vous, surtout, vous restez où vous êtes.
- OK.
- On y va?
- Ah! non, j'ai plutôt l'impression qu'elle nous disait
de pas venir. - Justement.
J'ai plutôt l'impression qu'il faut pas la laisser seule.
Mais reste là si t'as peur, toi.
- J'ai pas peur, non. Grâce au docteur Juneau, j'ai plus peur.
On y va.
(mouches qui volent)
(banjo)
- C'est sympa chez lui, hein?
- Jérôme, c'est un mec super cool.
- Qu'est-ce que vous foutez là?
Je vous avais dit de m'attendre dehors.
- Bien, on est venus donner un coup de main.
- Ah! putain, Samuel, tu peux jamais écouter ce qu'on te dit?
Faut pas rester là. Partez.
M'approchez pas, reculez! Tout de suite!
- Attends, mais détends-toi, Alex. Qu'est-ce qui se passe là?
- Il se passe que ton pote, il est mort de la peste!
Ah! Laisse tomber, il fait ça tout le temps.
De toute façon, pour nous, c'est trop tard.
On est sûrement déjà contaminés.
- Moi qui ai toujours eu peur de mourir d'un truc à la con,
genre pot de fleurs qui tombe du troisième étage.
- Le touche pas.
Il est mort hier.
Et il devait être malade depuis longtemps.
- Pourquoi il est pas allé à l'hôpital?
- Peut-être qu'il a pas eu la force, là.
- Pauvre Jérémie...
- Non, le touche pas! - Mais évidemment.
Mais normalement, la peste, ça existe plus, aujourd'hui.
C'est un virus du Moyen-Âge.
- Alex, t'es là? - Oui. Non, viens pas!
- Salut, mon pote.
- Arrête, Antoine, arrête, là. Restez là, bougez pas.
- Pourquoi? Qu'est-ce qui se passe?
- Il y a un mort sur le bateau. Il a la peste.
- La quoi? - La peste.
- Qu'est-ce que tu racontes? On n'attrape pas la peste en 2020.
C'est quoi, cette histoire?
- Oui, après le corona, hein, tout est possible.
- Alors viens, reste pas là, viens.
- Mais non, mais pour moi, c'est trop tard. Donc, il faut
absolument éviter la contamination. Et tu me fais
un cordon sanitaire tout autour du bateau, là
et personne, t'entends bien, personne ne doit franchir
ce cordon, OK?
- Je boucle le périmètre.
J'ai besoin de renforts au port de plaisance.
Je sais pas, tous les mecs disponibles et mettez-moi
en contact avec les autorités sanitaires.
- Bah, il s'appelle Jérémie Bataille, 43 ans.
Il venait de prendre une année sabbatique là pour naviguer
avec ses deux ados après la mort de leur mère. Un cancer.
- Comment tu sais ça? - Bien, en fait...
c'est un ami d'enfance de Samuel.
- Non, mais c'est incroyable. Vous êtes plus ensemble
et dès qu'il apparaît, il faut qu'il foute la merde, celui-là.
S'il s'en sort, je te jure que je le tue.
- Non, mais on n'a pas le temps, Antoine, là, il faut faire
une liste de tous les gens qui ont pu l'approcher
et les mettre illico en quarantaine.
- Putain.
La peste, quoi.
- Tu vois Samuel?
- Oui, il est juste là.
- Il fait quoi?
- Il est agenouillé. Il pleure, j'ai l'impression.
0n va mourir? - Bien non.
Si on prend le bon traitement, non.
- Bien... si je peux choisir, je préférerais prendre le bon.
- Mais il faut juste qu'on sache à quel type de peste
on a affaire.
- Parce qu'il y en a plusieurs? - Bien oui.
Et puis y a même des bacilles résistants.
- Comment on va faire pour savoir?
- Quand on aura fait l'autopsie de ce truc.
- Ah!
♪ ♪ ♪
(sirène)
- On va essayer de faire une liste des gens que la victime
a côtoyés depuis son retour. On vous rappelle.
- Ils sont rentrés il y a un mois, ils se sont installés
au domaine familial. Jérémie allait faire les vendanges
pour se remettre à flot financièrement et repartir
en mer dès que possible.
- On sait combien de personnes ont été en contact avec lui?
- D'après mes premières recherches, pas grand monde.
Sa mère, son frère, sa belle-soeur,
ses enfants, évidemment.
Et il va falloir examiner tous ceux qui les ont approchés
en dehors du cercle familial. - On va faire boucler la zone.
Les autorités sanitaires préfèrent envoyer du personnel
soignant plutôt que de faire venir des malades à l'hôpital.
On va mettre en place les mesures prophylactiques là-bas.
- Pourquoi? Ce serait plus sûr de les envoyer à l'hosto, non?
Enfin, au moins ma soeur.
- Désolé, mais ils sont encore traumatisés.
Ils ont peur qu'en les bougeant, l'épidémie se propage
et qu'on se retrouve encore avec une pandémie.
- Super rassurant.
- Regardez ce que j'ai trouvé sur la table.
"Les animaux malades de la peste", la fable de la Fontaine.
"Un mal qui répand la terreur, mal que le ciel inventa
"pour punir les crimes de la terre, la peste faisait
"aux animaux la guerre."
Ça peut pas être un hasard s'il avait ça ici. Vous croyez pas?
- Bah, je crois que t'as raison, Théo.
Cette fable est pas là par hasard.
- C'est le rat qui vous l'a dit?
- À l'origine, c'est souvent les rats qui transmettent la peste
à l'homme, par l'intermédiaire de leurs puces.
Mais une fois le rat mort, les puces affamées, elles sautent
sur l'homme et le contaminent.
- Mais moi je comprends pas parce que je pensais
que la peste, c'était un truc éradiqué depuis des années.
- Chez nous, oui. Mais elle resurgit de temps en temps
dans plein d'endroits du monde. Pauvres, en général, hein!
Genre Tanzanie, Madagascar.
- Donc, ils auraient pu ramener des rats contaminés
sur leur bateau pendant leur tour du monde.
- Mais c'est possible.
Mais ce qui m'intrigue quand même,
c'est que ce rat n'a aucune trace de piqûres de puces.
- Mais alors quoi?
- Bien... faut que je demande des analyses supplémentaires.
Mais à mon avis, sa m'étonnerait pas qu'il l'ait inhalé le virus.
- Inhalé?
♪ ♪ ♪
- Qu'est-ce que vous faites?
- Je sors. Toi, tu restes ici, hein?
On est contagieux, je te signale.
- Je peux même pas dire adieu à quelqu'un?
- Fais-le faire par téléphone.
- On est des pestiférés, quoi! - Exactement.
♪ ♪ ♪
- Tu donneras ça à l'IML.
Et ferme ta fenêtre, c'est plus prudent.
- Comment tu peux être certaine que Bataille l'a pas chopé
pendant son voyage?
- Parce que le délai d'incubation de la peste
n'est pas aussi long. Et puis sur le bateau,
il y a cette fable de la Fontaine, là,
sur les animaux malades de la peste. C'est bizarre.
- Ça prouve rien, ça.
- Non, mais c'est quand même un drôle de hasard
Et t'as le nom des autres membres de l'équipage?
- Oui, son fils, Ulysse, 17 ans,
sa fille Thétis, 16,
et leur préceptrice, Angèle Brun.
- Mais il y a combien de personnes
potentiellement contaminées?
- La famille et les ouvriers agricoles qui bossent
au château.
On a établi un périmètre de sécurité autour du domaine
et on va aussi visionner la vidéosurveillance du port
pour voir si quelqu'un est pas monté sur le bateau.
- Oui, puis il va falloir qu'on autopsie le cadavre.
Il faut qu'on sache quel type de peste il avait
et surtout la dater.
- Mais tu veux faire ça où?
- Au domaine.
J'irai demain matin avec Théo et Samuel.
- Pourquoi t'as écouté ce Samuel et t'es montée
sur ce bateau, bordel?
- Mais quelqu'un doit les soigner de toute façon.
- Oui, je sais. J'aurais préféré que ce soit toi.
- Tu te souviens, quand on était petits,
tu m'appelais la peste blanche.
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- On a les résultats d'analyse.
Le rat n'a pas été piqué par une puce.
Il a été contaminé par aérosol.
On a retrouvé des traces de fréon dans ses poumons.
- Ça veut dire que quelqu'un a délibérément inoculé le virus
de la peste au rat.
- Pour qu'il contamine Jérémie Bataille. Alex avait raison.
- Et comment elle va?
- Bien. Mais je veux savoir la vérité.
Elle a combien de chances d'être infectée?
- Après la morsure d'une puce, le germe se développe
au bout d'une incubation de trois à six jours.
Mais la bactérie provoque ensuite le gonflement
et la suppuration des ganglions. Ça, c'est la peste bubonique.
Bon, attends, c'est... c'est très impressionnant,
mais c'est peu contagieux.
- Le problème, c'est quand la barrière ganglionnaire
est franchie. Alors là, la forme bubonique devient
peste septicémique.
- Et au cours de l'essaimage du germe, les poumons peuvent être
le siège d'un foyer infectieux et là...
effectivement, c'est différent.
- C'est à cause des gouttelettes en suspension dans l'air.
Cette pneumonie pesteuse rend le malade hyper contagieux.
Même mort.
- En plus, je la connais, elle va pas vouloir se faire soigner
et elle va être en isolement total.
Je pourrai pas la protéger.
♪ ♪ ♪
- (Théo): Vous pensez qu'il va dormir
encore longtemps comme ça? - (Alex): J'en sais rien, Théo.
Il doit pas sortir sans son masque et sa combinaison.
Il s'appelle Samuel.
- Si ça se trouve, celui qui a tué Jérémie est ici
et on va se retrouver en quarantaine avec lui.
- Mais tu progresses, mon petit Théo.
Mais figure-toi que la vidéosurveillance du port
nous indique que personne n'est monté sur le bateau
après que Jérémie se soit enfermé à l'intérieur.
Donc, selon toute probabilité, l'assassin est ici
et il va falloir que je m'arrange pour interroger
toute la famille.
- Attendez, vous voulez mener l'enquête?
- Bien oui, Théo, et toi aussi.
♪ ♪ ♪
- Non, bougez pas.
Docteur Mangin. Je suis chargé d'organiser
l'hôpital de campagne.
- Docteure Elhe, contaminée et médecin, donc je me disais...
- Oui, oui, votre frère m'a prévenu.
Il m'a même dit que vous alliez faire des pieds des mains
pour participer aux mesures prophylactiques.
- Mais pas du tout, je voudrais savoir si c'est possible
de déplacer l'antenne médicale. - À l'intérieur du château?
Il m'a aussi dit que vous alliez me demander ça.
- Et? - Et entre les Bataille,
leurs voisins et leurs ouvriers agricoles, je n'aurai pas trop
d'une paire de bras supplémentaires.
- Merci, docteur. - Non, non. Asseyez-vous.
À une seule condition. Il m'a confié votre santé.
On doit vous faire une prise de sang et à vous aussi.
- À moi?
- Alors, j'ai déjà prélevé des échantillons sanguins
sur les gens qui ont côtoyé le mort.
Je pense que le labo va être très réactif.
- C'est moi qui compte, OK?
1... 2... Ah!
Vous avez pas attendu 3!
1... 2...
Vous avez pas attendu 3.
- Ah!
- Je vous présente le docteur Elhe, qui est là
pour me seconder. Vous êtes tous rentrés en contact
avec Jérémie Bataille, c'est la raison pour laquelle
vous êtes réunis dans ce périmètre sécurisé.
Et comme vous le savez, il est mort de la peste.
- Mais le mot ne doit pas faire peur.
Le bacille, quand il est pris à temps et traité
par des antibiotiques, peut très bien être combattu.
C'est la grande différence avec le COVID.
- L'Académie française a statué pour LA COVID.
Qu'est-ce que vous avez prévu exactement
comme mesures prophylactiques?
- Tu peux parler comme quelqu'un de normal, s'il te plaît?
- Celle-là, elle serait muette qu'elle aurait encore
la langue trop bien pendue.
- T'es la fille de Jérémie? Thétis, c'est ça?
- C'est quoi le protocole?
- Alors, nous allons prévenir la survenue de la maladie
avec un traitement antibiotique pendant une semaine.
- Quels antibiotiques? - Streptomycine.
- Merci.
Nous avons reçu les résultats.
Donc, vous êtes tous porteurs.
- Qu'est-ce que ça veut dire exactement?
- Mais porteur... comme porteur sain?
Porteur qui l'a pas? - Ah! non.
Porteur comme porteur qui l'a.
En d'autres termes, vous avez tous la peste.
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- Mais... et les ouvriers agricoles, les voisins?
- Personne n'est contaminé.
On leur fait le suivi antibio standard.
- Et du coup, les Bataille risquent de les infecter,
vous croyez pas? - En effet.
En fait, on va mettre une zone de sécurité à l'intérieur
de la zone de sécurité. Ceux qui sont infectés,
on les cantonne au domaine. - Je pourrais m'en occuper
parce que je suis contaminée aussi.
- Ils sont à vous, mais vous, vous êtes à moi.
- Bon, on est tous contaminés hein!
Plus besoin de masque entre nous.
Je vais revenir sur ce qu'a dit le docteur Mangin.
La situation n'est pas aussi dramatique qu'elle en a l'air,
hein? Dans la plupart des cas, les antibiotiques fonctionnent.
Il suffit juste de prendre les bons.
- Dans les autres cas, si la maladie est trop avancée,
on meurt. - Faites taire cette gamine,
par pitié! - C'est une possibilité.
- Mais vous êtes qui, vous, d'abord? Malade ou médecin?
Parce que des médecins en bonne santé,
j'ai déjà pas trop confiance. Mais alors une médecin
pestiférée, je vous dis pas. - Arlette, ne vous énervez pas.
Faut se serrer les coudes. - Oh! mais si j'ai le choix,
ma bru, je préfère ne pas serrer les vôtres.
Geste barrière. - Bon maman, ça suffit là hein?
- Bon, le temps d'incubation peut varier entre 1 et 7 jours.
- Je comprends pas. Avec papa, on est rentrés il y a un mois.
- Oui, bien, il a peut être été contaminé en retournant
sur le bateau. - Imbécile!
Il nous en aura fait voir jusqu'au bout, hein!
- C'est quoi ton problème à toi, au fait? Arrête de parler
de papa comme ça, non? - Sinon quoi?
Tu me fiches ton poing dans la figure? Mais même un vaurien
comme toi n'oserait pas frapper sa grand-mère.
- Mais moi, si.
Alors, tu lâches mon frère.
- Nous allons devoir rester en quarantaine combien de temps?
- Six jours. - Oh! non. Bien non, non, non.
Je les aurai tous tués avant.
♪ ♪ ♪
- On le met où?
- On va le mettre dans la cave. - OK.
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- Samuel?
Samuel?
Ah! J'en étais sûre. - Quoi?
- Mais qu'est-ce que tu fais là?
- Bien... je respire les vins.
- Pfftt. - Bien oui. Mais non,
parce qu'il y a un chaman bourguignon qui m'a expliqué
que ça tuait les germes. Et il m'a aussi expliqué,
le pauvre, paix à son âme, qu'il faut se masser
la voûte plantaire avec un grain de raisin. C'est vrai.
- Non, mais arrête tes conneries, là.
Il faut que tu commences ton traitement tout de suite.
- T'es quand même moins marrante quand t'es médecin normal
que quand t'es légiste. - Oui, bien, je suis moins
marrante depuis que j'ai la peste à cause de toi, hein!
- Une question que je voudrais te poser, alors ça n'a rien
à voir avec ce qu'on vivait avant,
mais qu'est-ce que tu ferais s'il te restait 24 h à vivre?
- Euh...
Je disséquerais le cadavre de Kennedy.
Euh... J'ai droit à deux? - Oui.
Kennedy et Léonard de Vinci. Non!
Kennedy et le masque de fer. Voilà. Et toi?
- Moi, s'il me restait 24 h à vivre avec toi...
- Excusez-moi. Pardon de vous déranger
dans votre conversation, mais le corps est là, en fait,
il nous attend dans la cave. - Ah! oui.
- OK. Moi, s'il me restait 24 h à vivre avec toi...
- (Théo): Moi, s'il me restait 24 h à vivre,
j'aimerais disséquer avec vous toute la nuit.
- Mais c'est moi qui le disais d'abord.
- Il fallait être plus rapide.
♪ ♪ ♪
- Gonflement des ganglions lymphatiques au niveau du cou,
des aisselles, de l'aine.
Saignement de nez, épiderme dépigmenté.
C'est la peste bubonique.
Elle a dégénéré en peste pulmonaire au second degré.
La mort a été foudroyante. - Comment il l'a attrapée?
- Sur le bateau, par les sécrétions du rat.
Il va falloir découper ses vêtements.
- Je crois que je vais me laisser tenter
par un petit verre de vin moi aussi.
(On frappe.)
- Bah, vous êtes en train de siffler ma cave ou quoi?
- Pas du tout. J'avais du travail.
Menteuse. Vous avez encore du vin sur votre blouse.
- Mais non. Ça, c'est de l'antiseptique.
Je suis désolée pour votre fils.
- Celui-là, il m'a apporté que des ennuis, alors...
- Mais des ennuis de quel genre? - Tout.
- À l'école, j'étais convoquée toutes les semaines.
Une fois, il a même fichu le feu à la robe de la prof de maths.
Puis après, ça a été pareil.
- Et depuis le retour de Jérémie,
l'ambiance était comment ici? - Mais qu'est-ce que ça peut
vous faire? Vous êtes flic ou médecin?
Non. Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai entendu
Ulysse s'engueuler très fort avec son père,
il y a quelques jours. Il gueulait comme un porc
qu'on égorge. Tel père, tel fils, croyez-moi.
- Et vous avez réussi à entendre ce qui a mis Ulysse
si en colère? - Pas un traître mot.
Juste des insultes.
En revanche, ce qui m'intrigue, c'est que je me demande
ce que ce gamin pouvait fabriquer dans la bibliothèque.
Je suis même pas sûre qu'il sache lire.
Et moi?
J'en ai encore pour combien de temps?
- Vous avez un tempérament à survivre à Ebola,
mais pour le reste, faudrait que je vous ausculte.
- Bon.
- Hé! Apparemment, Ulysse a une grosse engueulade avec son père
il y a quelques jours.
- Ah! Parfait, parfait.
Non, pardon, je voulais dire :
alors, elle les a eus, les symptômes?
- Bah, elle tient le choc, hein,
mais la mort de son fils l'a foutue en rogne.
Et je suis même pas sûre qu'elle soit triste.
- Mais super, super.
Pardon. Est-ce que vous pourriez m'examiner au fond de la bouche
parce que j'ai l'impression d'avoir un bubon?
- Mais je t'ai déjà examiné il y a une heure.
- Oui, mais là, ça a poussé d'un coup
comme une sorte de champignon,
une sorte de champignon bubonique.
- Fais voir.
Ah! Bien oui, t'as quelque chose!
T'as un gros chewing-gum collé au fond du palais.
- Ah?
- Ça a l'air tendu, les relations familiales,
dites donc, hein? - Ah! faites pas attention.
C'est ma belle-mère. Elle a une tumeur au cerveau.
Une tumeur bénigne, mais en lui retirant,
les médecins ont endommagé l'hémisphère droit.
Et depuis, elle est devenue... comment dire?
Sans filtre.
- Mais du coup, j'imagine qu'avec Jérémie,
ça devait être un peu conflictuel, non?
- Non.
Non, non. Pourquoi?
- Ah! non, mais pardon. Parce que moi,
j'ai une famille compliquée.
J'espère toujours que je suis pas la seule.
- Non, non, vous êtes pas la seule.
- Avec mon frère, on est complètement opposés, quoi.
Lui, il serait plutôt rigide, alors que moi,
je suis plus souple.
Et j'ai l'impression qu'entre Jérémie et votre mari,
c'est... c'était un peu ça, non?
- Oui, Luc, il est sérieux, très fiable. Alors que...
Jérémie, c'était...
- Pardon. Désolé, je savais pas que vous étiez là.
- Ah! bien non, mais asseyez-vous. Comme ça,
je m'occupe de vous, là. - Pourquoi?
- Allez. - Mon mari a très peur
des piqûres. À la vue du sang, il tombe dans les pommes.
- Est-ce qu'il a beaucoup souffert?
Enfin, je veux dire, c'est douloureux
de mourir de la peste.
Oui. Vous fatiguez pas, j'ai compris.
(Elle frappe.) - Oui?
- Ulysse? Ça va?
Comment tu te sens?
- Si vous parlez de la santé, oui, très bien.
Si vous parlez du moral...
- Oh! là, là, 8/6. C'est pas beaucoup, hein!
Mais en même temps, fumer de l'herbe, ça n'a jamais aidé
pour la tension.
- Non, mais pour le moral, un petit peu.
La mort de mon père et puis nous en train d'attendre de crever.
- Mais on va pas crever, hein! Et puis... pour ton père.
- J'aurais tellement juste...
voulu lui dire au revoir.
- Tu t'entendais bien avec lui?
- Oui. Oui, c'était un mec génial, mon père.
Il était génial et il était fou aussi. Il y avait jamais un jour
qui ressemblait à l'autre avec lui, c'était...
- Et ça fait longtemps que tu fais de l'arthrite?
- Euh... depuis quelques années, oui.
- Mais ça fait mal, ça. Tu sais, il existe plein de traitements,
hein! Je peux t'en prescrire.
Mais je crois qu'il faut surtout,
surtout éviter les conflits. - C'est quoi le rapport?
- Bien, parce que ça agit sur le cortex qui sécrète lui-même
encore plus d'acide lactique, donc...
T'as eu des tensions récemment avec ton père ou...?
- Avec mon père? Non, mon père, c'était comme un dieu
pour moi. Pourquoi je... Non.
- Je viens de recevoir quelques infos sur Ulysse.
Bon, apparemment, ce gosse a eu de nombreuses difficultés
à l'école. Plusieurs renvois à cause de problèmes,
de bagarres, de drogue.
- Mais vous croyez vraiment que ce cancre irrécupérable
aurait été capable d'extraire le bacille de la peste,
de le stabiliser et de le transmettre à un rat
par inhalation? Il faut des meilleures notes que ça en SVT,
croyez-moi. - Oui.
- Mon vieux... je sais pas si c'est le bon moment,
mais je voulais vous demander quelque chose.
- À propos de quoi?
- Ça vous dirait d'être témoin?
- À quel procès?
- Mon mariage.
- Ah! Votre...
- Merci!
Merci, mon ami, merci!
- C'est ici que t'habites?
- Non, c'est ici que je pense.
- Je peux te tenir compagnie? - J'aimerais mieux pas.
- Tu fais quoi? Tu dessines?
- J'essaie de voir comment on peut stabiliser
la nitroglycérine. - Ah! bon, pourquoi?
- Transporter de la dynamite.
- Pour quoi faire?
- Exploser une banque.
- Ah! oui?
Et... tu ferais quoi avec l'argent?
- Avec l'argent, rien.
Le but, c'est juste de détruire la banque.
- Carrément.
Mais qu'est-ce qu'il en penserait ton père
de ce petit projet?
- Mon père, ça le ferait rigoler.
Il rigolait toujours de tout.
Ça m'agaçait, mais j'imagine que ça me plaisait aussi un peu.
Casse-toi, maintenant. Tu m'empêches de réfléchir.
- Pas très commode.
(bruit de bouteilles)
- Qu'est-ce que tu fais?
- Je bois un petit coup.
Si je dois crever demain, j'aime autant pas être sobre.
- Mais arrête. Et je te connais par coeur, hein!
Quand tu mens, t'as tes narines qui palpitent.
- OK.
Jérémie et moi, en fait, on avait juste monté
un petit business, mais rien de méchant.
- Arrête, je les connais tes petits business.
Qu'est-ce que t'as fait?
- Alors, moi, rien. C'est Jérémie, en fait.
Il empruntait des étiquettes de pinard pour les coller
sur d'autres bouteilles et on les revendait pour se faire
une petite marge. Mais rien.
- Oh! merde. Mais il le sait, ça, Luc,
que Jérémie détournait sa production pour vendre
de la piquette?
- Euh... c'était pas de la piquette non plus, hein!
Enfin, c'était un petit Merlot à 2 euros, mais franchement,
il me passait bien dans le pote. Enfin, Alex...
- Non, mais il le sait ou pas?
- Non, il y a que la grand-mère qui est au courant.
Elle nous a surpris à la cave. On croirait pas celle-là,
mais elle a un oeil de lynx, quoi. Un cerveau de raptor.
- Qu'est-ce qu'elle vous a dit? - Tu sais ce que c'est, quoi!
Elle lui a dit que c'était un ingrat, que son frère passait
son temps à traîner pendant que lui prenait du bon temps
sur son bateau. Alors, j'ai essayé d'expliquer, moi,
tu vois, que tout le monde n'est pas fait non plus
pour l'univers du travail, quoi. Mais bon, elle a pas adhéré
à fond à 100 % à ma théorie.
- Hé! viens. Faut que j'aille t'examiner, là. Viens.
- Oh! là, là, mais où est-ce que t'as fait tout ça?
- Oh! ici et là. Ça, c'est... j'ai raté une marche à la mairie
parce que j'étais témoin au mariage d'un copain.
Ça, c'est un chat. Et puis là, c'est quand j'ai voulu échapper
à un loueur de costumes. Mais alors, il courait vite,
le petit salaud.
- Mais t'as le corps d'un gamin de 10 ans avec des croûtes
et des bleus sur les genoux, là.
Mais t'as le blanc d'oeil d'un mec de 70.
Je serais toi, je me calmerais sur les excès. Viens.
Fais "ah!". - Ah!
Ah!
J'ai un truc? - Non, mais...
t'as deux petits ganglions là. Mais si les antibios sont
les bons, ça devrait diminuer dans les heures qui viennent.
- Pfftt! Ça m'étonnerait.
Je suis le gars qui a toujours la poisse, moi.
Il y aurait une peau de banane en plein désert,
ce serait pour moi. - J'ai bon espoir que la science
moderne vienne à bout même de poissards comme toi.
- Zéro chance.
Sinon... (Il se gourme.)
Pour mes derniers instants sur terre...
tu voudrais pas qu'on s'embrasse une dernière fois?
- Si tu devais mourir, moi, je parierais plutôt sur le foie.
- Alex, si je meurs, ce soit de la peste ou d'une cirrhose,
je veux que tu saches, même si j'ai fait le con
et que c'est impardonnable, que je t'ai toujours aimée.
Ah! peut-être n'importe comment, peut-être mal, mais en tout cas,
plus que j'ai jamais aimé personne.
- Bonne soirée, Sam.
- Bonne soirée.
♪ ♪ ♪
- Ça a l'air tendu, les relations familiales, hein!
- Ah! faites pas attention. C'est ma belle-mère.
Elle a eu une tumeur au cerveau.
- Mais du coup, j'imagine qu'avec Jérémie, ça devait être
un peu conflictuel, non?
- Celui-là, il m'a apporté que des ennuis, alors...
- Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai entendu Ulysse
s'engueuler très fort avec son père, il y a quelques jours.
- T'as eu des tensions récemment avec ton père ou...?
♪ ♪ ♪
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♪ ♪ ♪
- Bon. Pour information, sachez que j'ai écrit mon testament
pendant la nuit et vous devriez en faire autant.
- Même si, évidemment, on est là pour vous soigner, hein!
- On n'est jamais trop prudent.
- Eh bien moi, j'y ai bien réfléchi et vous n'aurez rien.
Enfin, rien, je peux pas. Alors, je vais m'organiser
pour tout dilapider dans le temps qu'il me reste.
- Salut, salut!
- Je sais pas si on est arrivés au paradis,
en tout cas ça, ça y ressemble.
Un petit peu de chocolat.
- Tu me demandes rien?
- Je t'avais pas vue.
- Il l'a fait! - De quoi?
- Qui? - Bien, Pincé!
Il m'a demandée en mariage.
- Oui, bon, c'est pas comme s'il y avait eu
un gros suspense non plus. Fais voir la bague.
- Et tu me demandes pas comment?
- Comment?
- Écoute...
Il est arrivé vêtu de façon assez sexy,
il m'a tendu un paquet. C'était un jeu de cartes.
Il m'a demandé d'en choisir une et j'ai tiré le roi de coeur.
Et là, il a mis un genou à terre
et il m'a dit qu'il voulait être le mien.
Le roi. De coeur.
- Eh bien, avec une demande aussi pourrie,
j'espère que tu t'es barrée en courant.
- Bien non. Non, non. Non, je l'ai embrassé.
Ça a fait tomber le jeu de cartes
et il y avait que des rois de coeur.
- Mais quelle arnaque.
Je parle du mariage, hein! Pas du jeu de cartes.
Bon, tu peux y aller maintenant parce que vraiment,
j'ai du travail.
- Sympa.
- Et félicitations.
- Merci.
- Les rosiers devant le château ont de l'oïdium.
Si ça s'étend aux vignes, on risque de tout perdre.
- Vous devriez vous reposer. - Oui.
Hum. Je me demande pourquoi je m'en fais, hein!
Ici, tout le monde s'en fout. Vous savez ce qu'elle dit,
ma mère? Tu verras, six pieds sous terre,
le vin ou la piquette, ça aura exactement le même goût.
Ça aura vraiment été une année maudite.
- Pourquoi? Vous avez eu d'autres problèmes?
- Il y a des petits malins qui utilisent le nom du domaine
pour vendre du mauvais vin. On s'est fait piquer
tout un tas d'étiquettes.
Ceux-là, si je les chope... - Quoi?
- C'est une façon de parler.
Ma mère pense que c'est Thétis. - Pourquoi?
- Parce qu'elle croit qu'elle nous déteste.
- Et vous, vous croyez quoi?
- C'est vrai que c'est arrivé juste après leur retour,
mais ça peut tout aussi bien être mon neveu.
- Oui. Ou votre frère.
- Oui.
- Dis donc, j'y pense, tu devais détester la voile, toi...
- Moi? Pourquoi vous dites ça? J'adore la voile.
- C'est marrant. Les gens qui mentent,
ils ont tous une façon différente de l'exprimer.
Toi, tu speedes.
- Donc, vous me traitez de menteur, tranquille.
- Bah, c'est pas forcément un défaut de mentir.
Mais oui, tu mens. Avec ton arthrite.
La voile, ça a dû être l'enfer, le froid, l'humidité.
T'as dû vivre un véritable calvaire.
- OK, oui. Je déteste la voile, d'accord?
Quand on a un père qui vous a appelé Ulysse par amour
des voyages en mer, c'est bien relou.
- Bien sûr.
Et il a pas dû aimer non plus ton histoire
avec la préceptrice. Pas vrai?
Tiens, tu vois, tu respeedes, là.
Je te propose un truc.
Qu'on passe directement à la version vérité. OK?
- Ça vous choque?
La différence d'âge, ça vous choque?
- Moi, à titre personnel, je m'en fous
comme de mon premier scalpel. Mais ton père, lui...
Peut-être il était pas très content de vous voir
dans la bibliothèque avec Angèle.
- Vous êtes pas médecin, en fait. C'est quoi?
Vous avez un genre de super pouvoir de divination
ou quelque chose comme ça?
- Et il s'est énervé quand il vous a vus?
- Ça s'est pas... exactement passé comme ça.
- Non, mais Ulysse!
- Je suis désolée, Jérémie. C'est de ma faute.
Votre fils n'y est pour rien. - Non, non, non,
mais t'excuse pas, on n'a rien fait de mal.
On s'aime. Voilà, il y a pas...
- Très bien, tu me raconteras ça une autre fois.
Là, tout de suite, ça serait bien qu'on s'en aille.
- Quoi? Attends, mais ce soir, cette nuit, là?
- En fait, on n'a pas le choix.
- Qu'est-ce que t'as fait encore?
- Mais rien de grave. Un petit problème avec le fisc.
T'inquiète pas. - Non! Non, OK.
Moi, je pars pas, je repars plus jamais, d'accord?
Déjà, j'aime Angèle.
Et... je déteste la mer. - Je m'en fous, Ulysse!
Si je te dis qu'on part, c'est qu'on part!
- Non, mais je veux plus sur un bateau!
On s'est gueulé dessus et c'était la première fois
que je le résistais, donc...
Maintenant, je regrette parce que...
je pourrai plus m'excuser.
- Non, mais tu l'aimais, ton père.
Et ta soeur Thétis, elle l'aimait aussi.
- Oui.
- Ulysse m'a dit qu'ils avaient étudié le Moyen-Âge.
Vous avez dû leur parler de la peste, alors...
- Euh... oui.
- Et ça les intéressait?
- Ulysse n'est pas très scolaire.
Mais il est curieux et plutôt littéraire comme moi.
Thétis s'intéresse à tout. C'est une surdouée, passionnée
de chimie, de voyage et de maths, surtout.
- Et de peste peut-être?
- Entre autres.
Sa passion pour la biochimie a aussi failli nous coûter la vie
plusieurs fois.
- Oh! là, là. Ça a dû énerver son père, ça, non?
- Au contraire, ça le faisait rire. Il lui passait tout.
- Et elle?
- Thétis ne réagit pas comme les autres.
Elle a plus pleuré la mort du chat que celle de son père.
Mais ça ne veut pas dire qu'elle ne l'aimait pas.
- Le chat? Mais il est mort quand?
- Il y a 15 jours, je crois.
Thétis l'a enterré dans les vignes, au pied d'un arbre.
♪ ♪ ♪
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lé
- Vous m'avez appelé pour une autopsie?
Quelqu'un d'autre est mort? - Lui.
Mets ta blouse.
Ah! mais c'est immonde. Il est à moitié dévoré par les vers.
- Et encore, t'as pas tout vu.
Là.
Ici, il a été piqué plusieurs fois.
- Je comprends pas.
- A mon avis, quelqu'un s'est servi du chat
pour trouver le moyen le plus efficace d'inoculer la peste.
Il a essayé l'injection et l'inhalation.
Ah! mais c'est quelqu'un de très méthodique,
avec de sérieuses connaissances médicales et scientifiques.
- Qui pourrait avoir ce genre de connaissances?
(aboiements)
- Il y a quelqu'un?
- Qu'est-ce que vous foutez?
- Je suis venue faire ton examen médical.
- Et vous commencez par ausculter mon ordinateur?
- Exactement.
Tu t'intéresses à la médecine?
- Et tout ce qui ne concerne pas la psyché humaine.
- Donc, tu sais comment se propage la peste.
- Oui.
- Non, mais t'inquiète pas, hein!
Quand c'est pris à temps, il y a de grandes chances
que tout aille bien. - Je m'inquiète pas.
- Mais tu dois être un peu secouée. La mort de ton père,
la peste... Si tu veux, je peux te prescrire un peu de valériane
pour dormir.
- Si j'étais stressée, je prendrais plutôt des calmants
et je les fabriquerais moi-même.
- T'es une fille singulière.
- Si c'est un compliment, merci.
Si c'est un reproche, allez vous faire foutre.
- C'est drôle, tu me fais penser à ma nièce, mais en pire.
- Et moi, vous me faites penser à ce ridicule détective
à moustache qui croit qu'on le remarque pas,
alors qu'on ne voit que lui. - Si c'est un complément, merci.
Si c'est un reproche, va te faire foutre.
Suspect numéro 1, Thétis, la fille.
Assez de connaissances chimiques pour inoculer le virus.
- Jouissant de la souffrance des autres,
tendance psychopathique développée.
- Suspens numéro 2, Ulysse, le fils.
- Amoureux de sa préceptrice et refusant de repartir
avec son père.
- Suspect numéro 3, Angèle, la préceptrice.
- Même mobile qu'Ulysse, en plus d'avoir des connaissances
historiques et scientifiques, ils ont peut-être tué par amour,
hein, tous les deux.
- Suspect numéro 4, Arlette, la mère.
- Furieuse contre son fils de lui avoir gâché sa vie,
sans compter ses lésions cérébrales.
- Suspects numéro 5 et 6, Luc, le frère,
Émilie, la belle-soeur.
- Pas de mobile contre.
- Ce qui est sûr, c'est qu'il va falloir creuser du côté
de Thétis et c'est toi qui vas t'en charger.
- Ah! bon? OK.
Vous oubliez quelqu'un, en tout cas.
- Qui? - Samuel.
- Samuel, il sait même pas faire la différence
entre la grippe et la peste.
- Peut-être que l'amour vous rend aveugle.
- L'amour? Mais je le déteste.
- Ah! bon? Et pourquoi un afflux sanguin vous monte au visage
à chaque fois que vous le voyez? Pourquoi vous souriez bêtement
quand il ouvre la bouche, même si c'est pour tousser?
Ça serait pas les symptôme de l'amour, ça?
- Mais depuis quand tu lis les corps?
- Mais depuis que je passe mes journées à vous regarder.
(bruit de porte et de pas)
- Diane! Diane!
Alex nous a envoyé des prélèvements à examiner.
Alors, on a de tout, hein! Des cheveux...
du sang, des fragments d'épiderme
et même un chat plein de vers.
- OK. Tu t'occupes des vers, je m'occupe du reste.
- Tu veux pas qu'on fasse l'autopsie toutes les deux?
- T'as envie qu'on perde du temps ou quoi?
Dis donc, je te trouve pas très au taquet, en ce moment.
- Mais qu'est-ce que t'as, là? Tu m'en veux?
- Non. Mais je te rappelle qu'on a une épidémie de peste
sur les bras et notre meilleure amie en quarantaine.
Tu peux rester professionnelle, s'il te plaît?
- Heureusement que je vous ai, vous.
- Tu sais...
moi, j'ai commencé une analyse récemment
et je me suis rendu compte qu'en fait,
on était tous des tueurs en puissance.
- Il t'en a fallu du temps.
Moi, dès que j'ai dépecé des rongeurs en primaire, j'ai su.
- Ah! toi aussi, t'as... t'as déjà dépecé des rongeurs?
- Plus tard, mes méthodes ont évolué.
Je me suis inspirée de Ted Bundy, Charles Manson.
- Enfin, je veux pas être chauvin, mais on a aussi
des serial killers très dangereux en France, hein!
- C'est pas la même envergure géographique.
Ils sont presque tous dans l'Yonne.
- Alors, Émile Louis ou Fourniret.
- Fourniret, pour sa maîtrise.
- Dutroux ou Dunand? - Dunand, sans hésiter.
- Toi ou moi?
- Moi, clairement.
Toi, tu bluffes.
Je suis sûre que t'as jamais osé disséquer un oiseau vivant.
- Quoi, vivant?
- Et les vers ont parlé. Traces de fréon, là aussi.
Comme dans les poumons du chat.
- Et j'ai fait analyser un des fragments d'épiderme
et un des cheveux de Thétis Bataille.
On y trouve des doses massives de désherbant.
Peut-être les vignes?
- Ou les bombes artisanales. En analysant ses données internet,
j'ai remarqué qu'elle s'était intéressée de près
aux armes biochimiques, dont l'inoculation de la peste.
- Les Japonais en 1942.
Leurs avions ont largué des bombes remplies de puces
à qui ils avaient inoculé la peste.
- Mais la gamine serait capable de ça?
- Bien, apparemment, elle se passionne pour les tueurs
en série, les dissections anatomiques
et les photos de torture.
Une curiosité plutôt morbide.
- Et si on continuait cette discussion au resto?
- On y va? - Non, j'ai pas faim.
- Bien... à vrai dire, moi non plus.
- Bien moi, j'ai une faim de loup.
- Bien. On va manger?
- Le problème, c'est que j'ai vraiment pas faim, moi.
Tu voulais vraiment pas aller déjeuner avec eux?
- Non, mais ils me fatiguent les deux avec leurs petits sourires,
leurs surnoms débiles, en mode jeunes mariés
de comédie romantique à la con. Merci.
- Toi, t'as toujours pas rencontré quelqu'un?
- Non, toujours pas. Moi, j'y crois plus trop, de toute façon.
- Tu sais que d'après les statistiques, il paraît
que c'est au boulot qu'on rencontre le plus souvent
son âme soeur? - Hum-hum.
Mais j'ai cherché là aussi, figure-toi. Personne.
- T'as vraiment bien cherché?
- Alors, je crois que j'ai même envisagé le stagiaire de 3e.
C'est pour te dire.
- Et c'est quoi, ton style?
- Alors là...
Plutôt blond.
Le genre un peu nounours, tu vois? Bougon, mais drôle.
Attentionné.
Merci.
♪ ♪ ♪
- On a reçu les résultats. Thétis reste la suspect 1.
Ses cheveux, ses recherches internet, tout indique
qu'elle s'intéresse de très près au bacille Yersinia pestis.
Et sa tutrice m'a parlé d'une espèce de carnet rouge
où elle notait tout. Faut qu'on essaie de le retrouver, là.
- Et j'ai son mobile. C'est une psychopathe.
Elle est fan des serials killers.
Son idole, c'est Léonard de Vinci parce qu'il déterrait
des cadavres. - Et alors?
Que celui qui a jamais déterré de cadavres jette
la première pierre, hein!
- Elle m'a raconté pendant trois heures qu'elle ôtait l'épiderme
d'une hirondelle blessée.
- Mais ça, c'est une preuve de grande curiosité intellectuelle,
au contraire.
- Quand même. Ça se trouve, elle jouait à l'apprentie sorcière
et ça aurait mal tourné.
- Non. Cette gamine m'a l'air précise.
Et si elle veut tuer quelqu'un,
ça m'étonnerait qu'elle y arrive pas.
Tu sais comment se propage la peste?
- (Thétis): Oui.
- (Théo): Et je me suis rendu compte qu'en fait,
on était tous des tueurs en puissance.
- (Thétis): Il t'en a fallu du temps.
- Tout va bien, madame?
- Mais oui, ça va. Oh! là, là, foutez-moi la paix.
- Mais attendez, pourquoi vous voulez pas que je vous ausculte?
- Mais non. - Peut-être parce que t'es
médecin que moi, je suis prof de zumba.
- Ah! je vous en supplie, débarrassez-moi de ce parasite.
J'ai du travail, moi.
- Je me demande vraiment pourquoi Alex t'a embauché.
- Mais peut-être parce que moi, je l'ai pas abandonnée.
J'ai pas fui comme un lâche, un sous-homme.
- Bon, on va pas commencer à se prendre la tête
entre pestiférés.
Alors sous-homme, tu retiens et moi, je passe l'éponge.
- OK.
Alors, qu'est ce que tu dirais de...
vieux loser mal coiffé?
- OK.
(bip)
- Ah! Vous avez un peu de fièvre.
Vous vous sentez comment? - Je suis fatiguée.
- Je tousse, mais... j'ai dû attraper froid.
- Et vous avez des nausées?
- J'ai mal au ventre comme... comme une grippe.
Si la maladie dégénérait,
j'aurais des bubons partout sur le corps, non?
- Vous toussez beaucoup?
- Oui. J'ai craché du sang, ce matin.
- Vous en faites pas, ça va aller.
- Docteur Elhe? - Je l'avais oublié, celui-là.
- Docteur Elhe?
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- Hé! tu sais, tu peux me montrer, hein!
Je veux dire, avec mes compétences médicales,
je pourrais peut-être corriger tes erreurs.
- Écoute, Watson, je sais ce que tu cherches.
Tu veux voir si j'ai créé une formule pour conserver
et stabiliser le bacille de Yersinia pestis.
- Pfftt. Moi?
- Mais honnêtement, tu tomberais dessus, tu serais incapable
de reconnaître la règle de 3 du théorème de Fermat.
Je me trompe?
Je vais te confier un secret.
J'ai écrit tout un truc sur le bacille de la peste.
C'est pour ça que les pages ont été arrachées.
- Arrachées? Par qui?
- Quand j'aurai trouvé, tu le sauras très vite.
- Attends, tu veux dire que...
- Que je ne crois ni en la police, ni en la justice.
Je préfère régler mes comptes moi-même.
- Ah! oui... D'accord.
- (Alex): Il y a un truc qui colle pas.
Émilie a de la fièvre, elle tousse, elle a craché du sang.
- Donc, pas les mêmes symptômes que Jérémie.
- Exactement. Lui, il a fait une pulmonaire secondaire,
tandis qu'elle, elle a les symptômes d'une peste
due à un inoculum bactérien. - Tout s'explique.
Enfin... ça veut dire quoi exactement?
- Ça veut dire qu'elle a attrapé la maladie
par voies respiratoires. Avec un aérosol, quoi.
Comme le rat, mais bien après.
- Ça veut dire que quelqu'un est toujours en train
d'inoculer le virus? - Peut être.
- Je le savais. On va tous y passer.
- Mais non. C'est une affaire de famille, ça.
- Mets un peu plus à droite, là.
Bouge plus.
- Oh! Merde.
Merde.
On a une présence prédominante de bacille à gram négatif
et de coccobacille dans les crachats.
- OK...
Donc, c'est la peste pulmonaire.
- Et si c'est pas traité à temps,
c'est mortel à tous les coups. Ça va les contaminer
à vitesse grand V. Appelle Alex. Elle a 24 h pour les sauver.
- Ah! putain.
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- Qu'est-ce qui se passe, là? Je peux voir ma femme?
- Impossible.
- Pourquoi? C'est grave? - C'est très grave.
C'est la peste pulmonaire.
- Prenez ça tout de suite. - C'est quoi?
- C'est des nouveaux antibiotiques.
Les anciens n'ont plus aucun effet sur vous.
- C'est très grave? - Tout dépend de quand
on vous a fait inhaler le bacille de la peste.
- Qu'est-ce que vous êtes en train de me dire, là?
- Que votre maladie n'a rien d'accidentel.
- Je comprends pas.
- Bah, il y a quelqu'un ici qui cherche à répandre le bacille.
Donc, essayez de vous souvenir si vous avez pas respiré
une odeur qui vous a paru bizarre.
- Non. Non, non, je vois pas.
Ah! si. Si, il y a mon parfum qui sentait une drôle d'odeur.
- Vous pouvez m'amener ça au labo, s'il vous plaît?
Merci.
- Docteure Elhe!
- Non, non, c'est beau. Je vous assure, tout va très bien.
♪ ♪ ♪
- Ta tante a la peste pulmonaire.
- Je sais.
- C'est tout l'effet que ça te fait?
- Primaire? - Ouais.
- C'est le même qui s'en est pris à mon père.
- En utilisant son flacon de parfum et peut-être même
en laissant ses empreintes dessus.
- Il faudrait qu'il soit complètement con.
Et si on est de la même famille, vu qu'on partage
les mêmes gènes, c'est impossible.
- Non, mais ce que je comprends pas,
c'est pourquoi on a utilisé deux techniques différentes
pour ton père et pour ta tante.
- Sans compter le mobile.
Pourquoi lui, pourquoi elle?
- Hum.
À moins que tu n'aies voulu toucher que ta tante.
- Pourquoi je voudrais faire une chose pareille?
- Parce que tu la soupçonnes d'avoir tué ton père.
- Intéressant.
- Et ton père vivait à leur crochet.
Il arrêtait pas de leur emprunter de l'argent
qu'il remboursait jamais. Et ta tante, quand elle a découvert
qu'il faisait du trafic avec le vin, peut-être qu'elle a vrillé.
- OK, mais dans ce cas, pourquoi pas mon oncle?
- Parce qu'il était pas au courant.
- Qui l'était? - Ta tante et ta grand-mère.
- Arrêtez directement ma grand-mère, alors.
Au pire, elle n'a rien fait, mais vous rendez
un immense service à l'humanité.
- Ta grand-mère, elle a surpris ton père avec... un ami
en train de voler des étiquettes.
- Je crois que vous avez bien fouiné.
Mais moi aussi.
J'ai fait mes petites recherches sur vous.
Vous en avez eu des soucis à force de fourrer votre nez
dans les enquêtes de votre frère.
Vous n'avez pas peur qu'il vous arrive encore des histoires?
- C'est une menace?
- Parce qu'ici, justement, votre frère n'est pas là
pour vous protéger.
Vous êtes toute seule.
- (Alex): Ils étaient drôlement différents, les deux frères.
Pourquoi, d'après vous?
- Qu'est-ce que voulez que j'en sache?
On les élevés pareil, hein!
- Mais peut-être que Luc a souffert de grandir
dans l'ombre de son frère.
- Jérémie, vous voulez dire?
Luc est un fils modèle.
Il était brillant.
Il a repris le vignoble quand il a vu
que son frère le ferait pas.
- Pourtant, vous savez comme moi que les femmes préfèrent
toujours les mauvais garçons.
- Parlez pour vous. - Bah, si.
C'est les failles, au fond, qui nous touchent.
- Taisez-vous.
- En tout cas, vous réagissez très bien aux antibiotiques.
Mais vous laissez pas mourir de chagrin.
- Ça, c'est papa quand il avait 20 ans.
T'as vu la classe un peu?
- Il a des muscles dont je ne connaissais même pas
l'existence.
- Ça, c'est nous quatre quand maman était encore là.
Et ça, c'est notre premier bateau, le Liberté.
- Elle aussi, elle aimait l'aventure?
- Non. Maman, c'était tout l'inverse de papa.
Casanière comme pas permis, hyper pragmatique.
C'est elle qui remplissait les feuilles d'impôt, quoi.
Sans elle, je pense pas que papa aurait survécu jusque-là.
- Et celle-là, c'était quand?
- Ça, c'est...
Papa avec Luc et Émilie. Ils devaient avoir la vingtaine.
- Je peux te l'emprunter?
- Oui, oui. Mais enfin, si tu me la rends.
Oui, il y a pas de souci. - Oui, bien sûr. Merci.
♪ ♪ ♪
Regardez!
Vous voyez ce que je vois?
- Les deux frères étaient amoureux de la même femme,
c'est ça?
Bravo, Théo! Je sais pas qui t'a appris tout ça,
mais elle a fait du bon boulot, hein!
Je vais en parler à Samuel.
Ils se connaissent depuis qu'ils ont 12 ans. Il doit savoir.
- Elle a été d'abord avec Jérémie.
C'est toujours lui qui ramassait toutes les filles.
Il avait ce côté bad boy, tu vois,
que toutes les filles adorent.
Enfin, tu vois ce que je veux dire.
- Non, je vois pas, non.
- Bref, Émilie a quitté Jérémie, n'en pouvant plus. Tu vois,
il la rappelait une fois sur sept, il allait jamais
aux rendez-vous, il empruntait de l'argent pour aller
tout claquer au flipper. - Elle en a eu marre
de ses inconséquences et elle a préféré choisir Luc.
Eh bien... je la comprends.
- Ouais. Ce que t'as pas l'air de comprendre,
c'est que Jérémie, il a été hyper malheureux
quand elle l'a laissé.
- Oui. Puis il est parti très loin
et puis il est mort tout près.
♪ ♪ ♪
(bip) Toujours 40. Il faut le temps
que les nouveaux antibiotiques fassent effet.
- Je vais mourir. - Mais non, évidemment.
Je peux vous poser une question? - Hum.
Vous étiez toujours amoureuse de Jérémie?
- Non.
- Mais vous l'avez aimé, pourtant...
Ça s'oublie pas comme ça, l'amour, en deux secondes.
- Ça vous regarde pas.
- Vous avez choisi le garçon sage,
l'homme raisonnable, mais Jérémie est revenu.
Et tout est revenu.
- Ce qui me plaisait, c'est... c'est son humour, surtout.
Son insouciance.
- Et vous êtes retombée amoureuse de lui.
- J'ai lutté, mais...
- Tu viens?
- Non. Non, non. - Si!
- Non! - Allez!
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- (Alex): Et Luc l'a su?
- Non, je crois pas.
Il m'en a jamais parlé.
Il est pas très bavard.
Luc est un homme qui garde ses sentiments.
- (Antoine): Si vous voulez mon avis,
Luc Bataille ferait un très bon suspect.
- Il a pas fait d'études. Il a arrêté juste après le bac.
Comment il aurait les connaissances scientifiques
nécessaires, là? C'est impossible.
- Alex était toujours la première à l'école et moi,
l'éternel cancre au fond de la classe.
- Si je peux me permettre, elle est devenue médecin
et vous êtes policier. Pas biochimiste.
- Ça veut rien dire, ça. Einstein était un cancre.
- C'est l'exception qui confirme la règle, celle qu'on sort
à chaque fois qu'on veut rassurer les mauvaises élèves
et leurs parents. - Oui, bien l'exception
qui confirme la règle, c'est déjà ça.
Madame Le Gall, vous étiez l'enseignante de SVT
de Luc Bataille, c'est bien ça? - Oui.
Un élève qui s'oublie pas. Il était brillant.
Il voulait devenir biochimiste.
Et puis il a tout laissé tomber.
Ses parents avaient des vignes et ils espéraient
que leur fils aîné reprendrait le domaine, mais il a refusé.
Et Luc s'est senti obligé de prendre la place de son frère.
C'était un élève plus que doué.
Une sorte de génie.
Quel gâchis.
- Oui. Sans doute plus que vous ne le pensez.
♪ ♪ ♪
- (Alex): Vous étiez toujours amoureuse de Jérémie?
- (Émilie): Ce qui me plaisait, c'est son humour, surtout.
Son insouciance.
- (Alex): Et Luc l'a su?
- Ah! Qu'est-ce que tu fais là? Tu m'as fait peur.
- Je voulais te parler d'un truc.
- Quoi? Samuel...
C'est fini, nous deux, là.
Faut tourner la page.
Je suis avec quelqu'un, moi, maintenant.
- T'es amoureuse?
- Bien, je crois.
Je sais pas. En tout cas, je suis bien avec lui.
- Non, mais t'as raison.
Me choisis jamais.
Je suis qu'un pauvre con inconséquent
et ton mec... ton mec...
c'est un type super.
Excuse-moi.
Allez! Non, non...
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- On a toutes les preuves que Luc Bataille a tué son frère
et qu'il a infecté sa femme en utilisant son flacon de parfum.
- Il faut demander au proc l'ordre de l'arrêter.
- Déjà fait. Je l'ai pas eu directement, mais il m'a laissé
un message. Il refuse, il me demande d'attendre la BRI,
mais j'ai un mauvais pressentiment.
- Vous avez vraiment reçu ce message?
- Bien oui. Pourquoi je vous mentirais?
- Mais j'ai l'impression que votre téléphone est cassé.
Montrez-moi.
Vous voyez? Il est cassé.
Vous avez pas reçu le message du procureur.
- J'y vais seul. Hors de question de vous faire prendre
un risque avant votre mariage.
- Vous avez raison. Je serai plus d'utile ici.
- Tenez. Bon courage, mon vieux.
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- Arlette.
Je voudrais vous parler de Luc.
- Quand Jérémie est né, je l'ai trouvé si beau, si parfait.
Ça n'a jamais été pareil avec Luc.
À ma décharge, je pense que je l'ai pas beaucoup montré.
C'est sûrement pour ça qu'il a passé sa vie
dans les jupes de sa mère, comme on dit.
- Justement, moi aussi, je voulais vous parler de Luc.
- Taisez-vous!
Arrêtez de mentir.
- Mais Luc, qu'est-ce que tu fais? Tu es fou?
- Elle ment, maman. Elle essaie de me mettre le meurtre
de Jérémie sur le dos.
- Mais qu'est-ce que tu racontes?
- Non, mais arrêtez. Vous allez tuer personne, là.
- Ah! oui, vous êtes sûre? Parce que j'en suis capable.
- Luc, qu'est-ce que tu as fait?
- J'ai rien fait, maman.
- Mais non, vous, vous êtes trop sensible. Vous avez souffert,
vous avez toujours été écrasé par la personnalité
de votre frère. Vous en aviez marre qu'il vous vole
tout le temps la vedette, alors qu'il jouait même pas
dans les règles. Moi, je sais, j'ai un frère aussi.
- Vous me prenez pour un con?
Vous essayez de m'attendrir pour que je vous dise
que j'ai tué mon frère, c'est ça?
- Non. C'est plutôt à votre mère qu'il faut le dire.
- Il m'a volé ma vie!
Ton amour, celui de papa, celui d'Émilie.
Alors, j'en ai rien à foutre. Oui, je l'ai tué.
(bruit de porte) - Police!
Arrêtez ça et baissez cette arme.
Baissez votre arme!
Tournez-vous. Les mains derrière le dos.
Allez.
♪ ♪ ♪
- Mon frère faisait n'importe quoi.
Il ne respectait aucun principe
et il ramenait des mauvaises notes à la maison,
mais les profs l'adoraient.
Il rappelait jamais les filles, mais elles étaient toutes
amoureuses de lui.
Alors que moi...
Je faisais tout bien avec tout le monde, tout le temps.
Et je sais pas pourquoi, dès qu'il arrivait,
tout le monde détournait les yeux de moi pour le regarder.
- Pourquoi la peste?
- Il y a trois semaines, j'ai entendu Angèle
donner un cours. - Un mal qui répand la terreur,
mal que le ciel, en sa fureur, inventa pour punir
les crimes de la terre.
La peste, puisqu'il faut l'appeler par son nom,
capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
faisait aux animaux la guerre.
- J'ai appris qu'on pouvait fabriquer des armes
bioterroristes avec. C'est quoi exactement la formule chimique?
- (Angèle): J'étais plutôt partie sur un cours
de littérature, aujourd'hui, Thétis.
Sur la signification morale de cette fable.
- Oui, la morale de la fable.
- Et quand j'ai surpris Jérémie avec Émilie...
je me suis dit qu'il fallait que ça s'arrête.
Il m'a toujours tout pris, alors...
Alors ma femme, c'était trop.
Elle va s'en sortir?
C'est mieux comme ça.
- Il y a Alex qui revient.
La quarantaine est levée.
- Oui, je suis au courant, oui.
- Mais Diane, pourquoi tu m'en veux, à la fin?
C'est quand même pas encore à cause
de cette histoire de témoin? - Pas du tout, non.
Alors, vraiment, qui accorde de l'importance à ce genre
de tradition débile, vraiment?
- Diane, allez, arrête. - Oui, eh bien, évidemment
que je t'en veux. Je pensais être ton amie et je suis quoi?
La dernière roue du carrosse? - Mais de quoi tu parles?
Enfin, ça a rien à voir. Tu sais très bien que je te préfère
1000 fois!
- Alors pourquoi tu m'as pas choisie?
- Mais je t'ai pas choisie parce que je pensais
que tu refuserais. Je croyais que tu trouvais ça
complètement con. - Je trouve ça complètement con,
mais pas quand il s'agit de toi.
- Diane...
Est-ce que tu veux bien être ma témoin?
- Oui, je le veux.
(rires)
- Voilà.
(cri des corneilles)
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- Alors! Hou!
Hé!
Iggy? Antoine?
- Surprise!
(rires) - Non, non!
Pas tous en même temps. Il faut que je me réhabitue quand même.
- Allez... - OK!
(exclamations de joie)
♪ ♪ ♪
(aboiement)
♪ ♪ ♪
- Tenez, docteure. - Merci.
Il est pas là, Samuel?
- Il est parti il y a cinq minutes. Il va revenir,
je pense. Vous savez, on est devenus copains, lui et moi.
La peste, ça rapproche.
Vous voulez un radis? - Non, merci.
Bon, bien, à la vôtre, hein!
- Santé! - Santé!
- Un radis? - Santé!
- Et alors, comme ça, t'as vraiment eu la peste, quoi?
- Bien oui. Et tu vois, je me suis impressionné moi-même
parce que j'ai vraiment, mais pas eu peur, quoi.
Je me suis rendu compte que j'avais un système immunitaire
très puissant avec des anticorps de grande qualité.
- Mais ça, ça m'étonne pas parce que t'as un corps
de grande qualité.
- Oui, c'est vrai.
Incroyable!
- C'est qui, elle?
♪ ♪ ♪
- Salut.
Je suis venue te dire au revoir.
- À moi?
- Je t'aime bien.
Ça doit être parce qu'on partage une racine (incompréhensible).
- De quoi? Racine quoi?
- Ça va, je vous dérange pas?
- Iggy, Thétis. Thétis, Iggy.
- J'aime bien ton prénom. - Merci.
Je me casse.
Je vais disperser les cendres de mon père
dans le triangle des Bermudes.
- Le triangle des Bermudes? Mais t'as pas peur?
- Non, pourquoi? - Tu sais, les marins...
l'histoire du paquebot qui... Laisse tomber.
Et ton frère?
- Il a opté pour l'enracinement. Bien, peu de mouvement.
Salut.
- Oui, c'est ça, bon vent, hein! Tetris.
♪ ♪ ♪
- Attends!
(musique romantique)
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- Ça va? - Pardon! Hein? Quoi?
- T'as peut-être des séquelles, quand même, hein!
♪ ♪ ♪
(musique rythmée)
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
- Ne me dis pas que tu l'attends encore.
- Non, mais c'est quand même bizarre.
Il lui est peut-être arrivé quelque chose.
Quoi? - T'as replongé?
- Oh! replongé. Non, mais n'importe quoi.
On se croirait aux Alcooliques anonymes.
- Samuel, c'est fini? Fini?
Tu le jures sur la tête de maman?
- Non.
Non. J'ai craqué, mais juste un tout petit peu.
- Alex... Et?
(vibration et notification) - Bien... rien.
- C'est lui?
- Non. C'est une erreur. - Hum.
- Hum.
♪ ♪ ♪
♪ ♪ ♪
(musique désolante)
♪ ♪ ♪
Sous-titrage Société Radio-Canada
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