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Silence. L'appel !
- Et celui-là ? - C'est Vanderague.
- Où est-il ? - Allé chercher de l'eau.
Présent !
Alors, vous pouvez pas être présent à l'appel ?
- Je suis de chambrée, alors... - M'en fous !
Y a du bon, hein ?
C'est du 813 demain matin.
Bougre d'andouille !
Qu'est-ce que tu fais ?
- Rien à signaler ? - Non, lieutenant.
Je suis pas lieutenant, je suis adjudant, je m'appelle Flick.
Je t'avais dit de faire attention et tu te casses la gueule.
- C'est pas ma faute, j'ai glissé. - Je glisse pas, moi.
Hé, là-bas !
Où allez-vous ?
- Grouille-toi ! - Je peux pas aller plus vite.
Il y a de l'eau dessous !
Y a l'adjudant.
T'occupe donc, nom de Dieu !
Mais t'es fou ! Remonte donc, allons !
Allez, grouille !
Quoi encore ?
Portez manquants La Guillaumette et Croquebol.
Cette fois, je les tiens. Ils n'y couperont pas de Biribi !
Entrez !
Fermez votre porte !
Que voulez-vous ? On peut pas travailler tranquille.
Je voudrais un balai.
Encore ? Vous les mangez, vos balais.
Non. On m'a barboté le mien.
Qu'est-ce que ça peut nous foutre ?
- Chef, donnez-moi un balai. - Caltez, au trot !
- Avec quoi je vais balayer ? - Mon nez.
Vous me ferez 4 jours pour l'avoir perdu.
Y a du bon.
Vous êtes encore là ? Foutez le camp !
- Et le balai ? - Je vais vous en donner, du balai.
Foutez le camp !
Quel idiot !
Fixe !
Repos.
Les salauds !
Alors ?
La Guillaumette et Croquebol ont encore sauté le mur.
- Capitaine. - Bonjour.
Les brins de zinc, le billard, les femmes, ça va être joli.
Ils seront dans un propre état en rentrant.
Quoi ? Ça a l'air de vous faire plaisir.
- Mon capitaine... - Quoi ?
Il a fait quoi ? Allez voir aux écuries si j'y suis.
Allez, rompez ! Foutez-moi le camp, vite !
Je peux pas le sentir. Il a une sale gueule.
Voyez, chef, je suis trop bon.
Tout le monde se fout de moi.
Mais ça ne se passera pas comme ça.
Ça va changer. Vous entendez ?
Vous fumez ? Vous vous foutez de moi ?
Donnez-moi du feu.
Je suis trop bon ! Trop bon !
Je passe ma vie à l'empoisonner, à la gâcher,
avec des soldats qui me traitent comme une vieille carcasse, hein ?
Dire qu'il y a 2 jours, ils ont eu une permission !
Mon pied dans le...!
Et ma cravache dans le nez !
Qu'on me demande 24 heures de permission
et je fais un malheur, vous m'entendez ? Entrez !
- Tu veux quoi ? - J'ai reçu une lettre.
Mon frère se marie à la fin du mois.
Un cocu de plus.
Et alors ?
Alors, mon capitaine, je viens vous demander...
sensément, comme si c'était un effet de votre bonté,
de m'accorder 8 jours de permission.
Allez, tourne-toi ! Mets-toi en position !
"Une permission" ?
Je veux pas empêcher ton frère de te voir,
mais tu es un cochon. Tu auras tes 8 jours de permission.
Chef, notez sa permission.
Merci, vous êtes bien bon.
Oui, je suis bon.
Tâche d'être là à l'expiration de ton congé
et de ne pas revenir le nez sale.
Merci, mon capitaine.
Bon vent, bon voyage. Rompez ! Fous-moi le camp !
Vous avez vu, chef ?
Dans quel état vont revenir La Guillaumette et Croquebol ?
Alors, je vais te changer en tricycle à pétrole !
S'ils y coupent d'un mois de prison. Jusqu'à la gauche.
Dites-moi, chef.
Vous savez...
je dis ça, mais il ne faut pas exagérer.
Ne pas confondre tour et alentour,
vitesse et célérité.
Vous me comprenez. Quand les deux absents rentreront,
ne faites rien sans me prévenir.
Défense de prendre une décision sans mon ordre.
Bien, mon capitaine.
- C'est vraiment un bon type. - Oui.
Un gars sorti du rang, qui a passé sa vie au quartier
et a les soldats dans le sang comme on a une femme dans la peau.
- Ça lui a coûté cher. - Quoi ?
Son avancement.
Mais il va passer commandant.
- "Commandant" ? - Après l'inspection du général.
Quand ça ?
Si vous le savez, vous êtes malin. Le général ne se fait pas annoncer.
Il viendra au moment où on l'attendra pas.
Ça nous pend au nez comme un sifflet.
C'est maintenant que vous venez aux patates ?
Vous ramasserez les épluchures.
- J'ai pas de balai. - M'en fous !
C'est pas ma faute. Le fourrier...
M'en fous !
Y a du bon.
Qu'est-ce qu'il fait, cet empoté ?
Vous balayez les épluchures avec vos mains ?
Mon lieutenant, j'ai pas de balai.
M'en fous, vous ferez 4 jours. Allez chercher un balai.
En voilà, un cochon !
Y a du bon !
Entrez !
Vous voilà revenu ? On ne voit que vous.
L'adjudant m'a donné 4 jours et a dit que j'étais un cochon.
- C'est la vérité. - Vous croyez ?
Chef, un bon conseil.
Donnez-moi un balai.
Ça recommence, cette histoire ?
Je vous mets de corvée de fourrage. Allez vous habiller.
- Comment ? - Pantalon de cheval et blouse.
"Pantalon de cheval et blouse" ?
Oui. Pantalon de cheval et blouse. Vous êtes sourd ?
"Pantalon de cheval et blouse" !
Est-il bête, cet animal-là !
Idiot !
Qu'est-ce que c'est que ce truc-là ?
- Tu comprends pas ? - Quelle pochetée !
Quand tu es prisonnier...
la corvée la plus bath, c'est la corvée de quartier.
Quand est-elle finie, la corvée de quartier ?
Quand y a plus d'ordures.
Alors ?
Avec ce truc, il y en a toujours.
- T'as bonne mine. - Ben, mes salauds !
Vous en avez, de l'astuce.
Espèce d'enflé, vous avez failli me flanquer par terre.
Hep ! Venez ici !
Où courez-vous donc comme ça ?
Mon lieutenant, je vais à la corvée de fourrage.
Dans cette tenue ?
Dame ! Pantalon de cheval et blouse.
Allez mettre votre veste. Vous coucherez à la boîte ce soir.
- Le fourrier m'a dit... - Il sait pas ce qu'il dit.
Non.
On va pas au fourrage en tenue de prison. Assez !
Vous aurez 4 jours de plus.
Y a du bon.
Vanderague !
Bon Dieu de bon Dieu de bon Dieu !
Pressez ! Vous vous prenez pour des artistes ?
- Nous, "des artistes" ? - "Des artistes" ?
C'est bon, quoi, on se presse.
Gueulez pas comme un cochon qui s'est coincé la queue.
Bougres de saligauds ! Rossards !
- On n'est pas sourds. - Vous nous cassez les esgourdes.
Foutez de l'eau dans le pot. Et vous, du coke dans le poêle.
J'ai pas été créé pour mettre de l'eau dans le pot.
Écoutez-moi bien.
Ma mère m'a pas porté pendant 9 mois pour ça.
Taisez-vous, ou je vous reconduis au chaud.
Pas la peine d'avoir étudié jusqu'à ma communion
pour remplir le pot à eau.
Je vous demande rien.
Vous avez pas le droit
de nous faire foutre du coke dans le poêle.
Taisez-vous !
Je vais écrire au ministre. Je le connais.
Silence, ou je vous fourre à la boîte.
Vous n'y couperez pas de Biribi !
Qu'attendez-vous ?
Nous attendons le cavalier Vanderague.
Ah, "nous attendons le cavalier Vanderague" ?
Eh bien, c'est charmant.
Pousse-toi, bon Dieu !
Eh bien, le voilà, le cavalier Vanderague.
Venez ici, mon ami.
Ne vous pressez pas. On est à votre disposition.
Mon lieutenant...
J'ai passé 2 ans à Saint-Cyr pour attendre votre bon plaisir ?
C'est quoi, cette tenue ?
Vous êtes en veste, maintenant ?
- C'est l'adjudant qui... - "C'est l'adjudant" ?
Vous porterez 4 jours au cavalier Vanderague.
On ne va pas au fourrage en tenue de classe.
Vanderague !
Bon Dieu de bon Dieu !
Qu'est-ce que c'est, ça ? Qu'est-ce que c'est ?
Vanderague, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?
Voilà, je viens !
Espèce de patate ! Si c'est pas malheureux de voir ça !
C'est quand même pas difficile de faire ça. Là !
Ça, c'est difficile à faire ?
Oui. Non, mon capitaine.
Alors, fais attention ! Si c'est pas malheureux !
Mon capitaine !
Tu peux pas faire attention ? Dis !
Entrez !
Bonjour, M. Hurluret. Je vous apporte votre linge.
Mets ça sur le lit.
J'ai recousu vos boutonnières, mais les chaussettes ont trop de trous.
Vous allez pouvoir vous payer des chaussettes.
Ah oui ? Pourquoi ?
On dit qu'après l'inspection, vous passerez commandant.
"Commandant", amiral,
général, président de la République. Oui, ça va.
- Combien je dois ? - 4,50 francs, monsieur Hurluret.
Tiens. Voilà 4,50 francs.
Et 4 francs de la dernière note.
Bon. Alors voilà 10 francs. C'est pour toi.
Merci, monsieur Hurluret.
Tu as fini de faire l'idiot ?
Mon petit déjeuner ?
Il est sur le coin de la cheminée, mon capitaine.
Quel abruti, celui-là !
Voilà comment on prend une botte. Là, comme ça.
"Décision.
"Par ordre du capitaine commandant le 2e escadron,
"les permissions demandées au rapport sont accordées.
"Celles de 24 h et plus sont ajournées
"jusqu'au retour des cavaliers La Gui..."
Mais vous bafouillez, quoi.
"...La Guillaumette et Croquebol.
"Après le pansage, les hommes se livreront dans les chambres
"et dans le quartier à des travaux de propreté coll..."
Collective.
"...collective et individuelle."
Allez. Vous avez compris, les bougres ?
Rompez !
Dites-moi, chef...
Les 2 lascars ne sont pas rentrés ?
S'ils sont pas là au bout de 6 jours...
- Ils seront portés déserteurs. - Oui !
Ah ça ! Mais vous fumez !
- Quoi ? - Éteignez ces cigarettes !
Je fume, moi ?
- Non. - Et toi ?
Moi, non plus. On fume ni l'un ni l'autre.
Ah, c'est comme ça ?
Vous verrez, vous n'y couperez pas du conseil.
Il y avait longtemps, le conseil...
Je vous ferai passer au conseil !
Silence, nom de Dieu !
Je dois vous botter le train pour vous faire taire ?
C'est vous qui gueulez dans la cour du quartier ?
Je vais vous expliquer en deux mots.
Je sortais des écuries
pour aller au corps de garde faire sonner aux consignés.
Je les pince en train de fumer, et la preuve...
Qu'est-ce qu'il y a ? Vous cherchez quelque chose ?
Les bouts de cigarette.
Je vois rien, moi.
Vous avez dû marcher dessus sans le faire exprès.
Ah, vous avez mis les pieds dessus.
- Qui, nous ? - Vous en êtes pas capables ?
Faites-moi le plaisir de prendre l'allure militaire pour me parler.
Maintenant, je vais vous dire une bonne chose.
J'ai le respect de mon métier
et l'amour de mes soldats,
qui sont mes amis et mes fils.
En revanche,
je déteste les fortes têtes et les faiseurs de chiqué.
La prochaine fois que je vous pince à fumer
ou à piétiner des bouts de cigarette,
je veux être changé en tarte à la crème
si vous y coupez du conseil.
Compris ?
Repos.
Regardez-moi ça.
Ont-ils assez des gueules de gouapes ! Fripouilles !
Chameaux, va !
Qu'est-ce que vous avez, à bâiller comme des huîtres ?
On bâille comme on peut.
- Allez balayer les cabinets ! - Il y avait longtemps.
"Les cabinets." Toujours les cabinets.
- Toujours les cabinets. - Allez-vous-en !
Encore des ordures ? Vous n'y couperez pas de Biribi !
- Oui, on le sait. - Vous irez à Biribi !
Et pas par un train de plaisir, encore !
Bois, bois.
C'est les réservistes.
Un, deux, un, deux...
Colonne, halte !
Tu peux pas faire attention ?
Cavaliers à droite ! Droite !
À droite ! Alignement !
Appui à droite !
Et vous, où allez-vous ? Voulez-vous rester là ?
Pompier, va !
- Qu'est-ce qui nous arrive là ? - Les réservistes.
"Les réservistes" ?
Trompette, sonnez au chef, au trot !
Tas d'andouilles ! À droite, je vous dis !
Voulez-vous appuyer à droite ?
- C'est quoi ? - Les réservistes, parbleu.
"Les réservistes" ?
Bernot !
- Chef ? - Les réservistes.
Comment ça ?
Il s'amène sans rien dire.
Vous n'avez pas télégraphié ?
J'ai télégraphié à l'officier de semaine.
C'est moi que vous deviez avertir.
Où va-t-on les coucher ?
- J'en sais rien. - Moi, non plus.
Pas un lit, pas une fourniture.
Et puis je m'en fous ! Le lieutenant de garde se débrouillera.
Ah, voilà nos pensionnaires.
Comme vous le voyez.
N'ayant pas été prévenu, je ne sais pas où les mettre.
Autour de votre cou comme cache-nez !
Mais vous avez reçu une dépêche.
- Moi ? - Dupont.
- Je vous ai télégraphié ce matin. - Je n'ai rien reçu.
- Pourtant... - Rien reçu !
Parce que vous n'avez rien envoyé.
Taisez-vous donc ! Tous les mêmes !
Occupez-vous un peu moins de vos amours
et ça n'arrivera pas. Suffit !
- Faites l'appel. - Bien.
Garde à vous !
- Lecardonnel. - Présent.
- Pied. - Présent.
Potiron.
Potiron ?
Il n'est pas ici, Potiron ?
Que fait-il dans le civil, votre cucurbitacée ?
C'est un garçon boucher.
Pas de garçon boucher ici ? Pas de Potiron ?
Bien vu, bien entendu ? Adjugé !
Portez manquant le légume, avec 4 jours de prison.
Conduisez-les au magasin d'habillement.
Cavaliers à droite ! Droite !
Mon lieutenant !
Ce sont les réservistes ?
Dites-moi, monsieur, c'est une plaisanterie ?
Pourquoi ne m'a-t-on pas prévenu de leur arrivée ?
Où va-t-on les loger ?
Si vous permettez, on les couchera dans les écuries.
- Vous êtes de semaine ? - Oui.
Arrangez-vous comme vous voudrez.
Mais si ce soir, à 8 heures, ces gens ne sont pas dans leur lit au chaud,
vous prendrez les arrêts 8 jours.
Non, mais on se fout de moi.
Menez-les au magasin d'habillement.
Cavaliers à droite ! Droite !
En avant, marche !
Un, deux, un, deux...
Brigadier de semaine !
Favret !
Mon lieutenant ?
J'ai vu le capitaine pour le couchage des réservistes.
- Eh bien ? - Voilà.
Si ce soir, ils ne sont pas tous dans leur lit,
vous serez consigné 8 jours.
Vous pensiez que je les emmènerais coucher chez moi ?
Bernot !
- C'est arrangé, pour les lits. - Tant mieux. Comment ?
Trouvez-en 16 pour ce soir ou vous écoperez de 4 jours.
Où voulez-vous que je les prenne ?
Vous voilà !
Vous aimez coucher à la salle de police ? Non.
Vous y coucherez si dans un quart d'heure,
je n'ai pas 16 lits.
- Pour vous tout seul ? - Mais non, pour les réservistes.
- Il faut 4 lits par chambrée. - "4 lits" ?
Allez, rompez !
Vanderague !
Vous balayez la cour avec le balai de l'écurie ?
Vous coucherez à la boîte ce soir.
Taisez-vous, ou je vous mets deux jours !
- Que faites-vous là, vous ? - Moi ? Rien.
Deux jours ! Ça vous apprendra à être impertinent.
Bernard !
Je te mets un jour de boîte. Motif :
"A pris le soleil dans une glace et a aveuglé son supérieur."
Robin ! Faudra vous mettre en tenue pour descendre à la boîte.
Pourquoi ?
Pour avoir présenté les armes à l'évêque en croassant.
- Quand ? - Il y a un mois.
Vous étiez de garde. L'évêque est passé
et vous avez présenté les armes en faisant coin-coin !
"Conformément à la décision du commandant du 51e chasseur,
"les journaux de la Meuse annonçant la venue d'une...
"...comète, le colonel a songé..."
Qu'est-ce que c'est, une comète ?
"Une comète" ?
D'abord, m'interrompez pas !
"...d'une comète, le colonel a songé qu'à cette occasion,
"il devait faire faire aux hommes
"un petit cours de cos...
"cosmo... cosmographie...
"traitant de la nature des comètes,
"de leur marche à travers l'espace,
"de leur périodicité, et ceteri, et cetera..."
Hé, brigadier ! Où est-ce que je campe ?
J'en sais rien.
En voilà une façon d'entrer ! Qui vous êtes ?
- Je suis louchébem. - Quoi ?
Boucher à la Villetouse !
Je viens tirer mes 28 jours.
Votre nom ?
Potiron, qui a le nez rond comme un marron !
Ah, c'est vous, Potiron ! Eh ben, mon vieux !
Allez voir le chef. Vous écoperez de quatre jours.
"Quatre jours" ? Eh ben, mon vieux,
s'il y a que ça pour me tomber sur les yeux,
je crains pas un orgelet.
Faites pas d'épate. Vous ferez vos 4 jours.
En attendant, je vais causer au chef.
Mon lieutenant, Potiron vient d'arriver. Il est à la chambrée.
Il s'est enfin décidé ! Merci.
Je vais de ce pas le retrouver.
Et je vais lui inculquer quelques notions de cette exactitude
qui est la politesse des rois.
C'est bon, faut pas vous frapper.
Faut pas me frapper ? Quatre jours de plus.
- Ça m'en fera 8. - Et 4 autres, ça fera 12.
Je sais compter.
Vous verrez, si les cochons vous mangent pas.
Je vais pas traîner ici, moi. Je vais à l'habillement.
"Les cavaliers..."
Repos. Il est là, Potiron ?
Mon lieutenant, il est chez le chef.
- Où est le responsable ? - Il est là derrière.
Dis, mon poteau, je viens pour me fringuer.
Votre nom ?
Potiron, qui a le nez rond.
Pas vu Potiron ?
Si. Il est allé à l'habillement.
- Qu'avez-vous sur la tête ? - Un shako.
Vous voyez pas qu'il est trop petit ? Imbécile !
C'est le plus grand qu'on a trouvé.
Si je vous revois avec ça, c'est huit jours.
"Huit jours" ? Pourquoi pas une berge ?
Ça fait pas avec les louchébems, ces comptes-là.
- Potiron ? - Il est à l'habillement.
Fixe !
Repos !
Potiron est là ?
Il vient de descendre à la chambrée.
Bonjour, les copains !
Alors, mon gars, qu'est-ce qu'il y a à bouffer ?
Du boeuf aux haricots ? Je vais te dire une bonne chose.
Pour moi,
c'est peau de balle, balai de crin et variétés diverses.
Je vais bouffer à la cantine.
Bonjour, les poteaux !
Sers-leur à boire, c'est ma tournée.
Fixe !
Repos. Personne n'a vu Potiron ?
- Si, mon lieutenant. - Où est-il ?
Il vient de sortir, il est à la cantine.
Quoi ? Du boeuf à l'oseille ?
Y a rien de fait. Je vais manger en ville.
Croise pas l'officier de semaine.
Merci. Avec mes 8 jours de prison, il y aurait erreur.
- Chasseur ! - Mon lieutenant ?
Connaissez-vous Potiron ?
"Potiron" ?
Mais oui. Je le cherche depuis une heure.
On était ensemble à la cantine.
Parfait. Merci.
Potiron !
Mon lieutenant, il sort d'ici.
Nom de Dieu ! Finie la plaisanterie !
Maréchal des logis !
Coffrez-moi le réserviste Potiron.
Bien. Où est-il ?
Vous serez consigné 2 jours pour vos questions idiotes.
4 de plus si Potiron n'est pas là dans 10 min.
Débrouillez-vous, cherchez-le. Moi, j'y renonce.
Bonjour, madame Bijou.
- J'apporte votre fromage de tête. - Merci.
- Combien je vous dois ? - 12 francs.
- C'est cher ! - Tout augmente.
Donnez-moi pour 2 sous de votre fromage.
C'est pas pour vous, c'est pour les sous-officiers.
Mme Bijou, mettez-le au frais, on vient de le faire.
Je vais le mettre sur la fenêtre.
Dis donc...
Tu as une opinion sur le fromage de cochon ?
C'est meilleur qu'un coup de pied dans le...
Oui, mon adjudant, je vous en donne une tranche.
Il est encore tout chaud. Vous m'en direz des nouvelles.
Ah, ben vrai !
C'est trop fort !
Mon lieutenant !
Quoi ?
On m'a barboté un fromage de tête.
Que voulez-vous que ça me fasse ? Vous voulez rire ?
Regardez-moi cette folle avec son fromage de tête !
Va donc, blanc-bec, pierrot !
Si j'étais ta mère, je te ficherais une fessée !
C'est du propre !
À cause ?
À cause qu'il y a des voleurs à l'escadron.
Pas possible.
On vient de me chiper un fromage de tête,
destiné aux sous-officiers.
C'est vilain, ça.
Si je connaissais le coupable...
Oui, cherchez-le donc !
Vous voulez pas le trouver.
Ne dites pas de bêtises, madame Bijou.
Vous êtes là comme une souche !
Vous feriez mieux de sonner l'appel,
fouiller les hommes, visiter les paquetages.
Fourrez-les au bloc jusqu'à ce que le voleur se déclare.
Quel malheur d'être une femme, bon Dieu !
Je vais en faire, moi, du chichi.
- "Du chichi" ? - Oui, du chichi !
Je vais écrire au colonel, pour lui dire les choses.
Y a pas de jour qu'on ne barbote dans mon bien.
C'est des chandelles, c'est du tabac, c'est du pain blanc.
Avant-hier, deux saucisses. Aujourd'hui, un fromage de tête.
J'en ai assez !
C'est sûrement Fricot et Laplotte.
Je les ferai passer au conseil, croyez-moi.
- Pas de blague, voyons. - Je vais me gêner.
Non. Réfléchissez.
Cinq ans de travaux publics à des rigolos
pour un fromage de cochon ?
Parfaitement.
Vous ne ferez pas ça.
Edmond, veux-tu que je te dise ?
Tu vois donc pas qu'ils se paient ta physionomie ?
Tu es trop faible et trop bon.
Tu m'embêtes, madame Bijou.
Tu disais pas ça, il y a 20 ans,
quand on s'est rencontrés à Lunéville.
Tu étais chien de quartier,
je chantais la romance aux beuglants.
Tu chantais faux.
Tu étais bien content de me trouver.
Et je ne t'embêtais pas, alors.
Pas vrai, ce que je te dis ?
C'est vrai, oui ou non ?
Pas la peine de hurler, bon Dieu !
C'est pas parce qu'on a eu jadis des histoires avantageuses
qu'il faut le raconter à tout le monde.
Combien pour me foutre la paix ?
Mon fromage ou mes 12 francs.
Si ça fait pas pitié !
Voir un honnête homme payer pour de la crapule
et donner sa bonne galette comme s'il en avait de trop.
Allez, il n'y en a pas beaucoup, mais enfin. Tiens.
Voilà, tiens. Je te dois un sou.
- Je veux pas de cet argent. - Pourquoi ?
Mon affaire.
Tu es encore plus tête de cochon que ton fromage.
Une vieille casquette qui me traite d'imbécile
et qui est plus bête que moi.
Je dis pas non.
- Coupons la poire en deux. - Coupons-la.
Et puis alors...
pas d'erreur, hein ? Pas d'erreur !
Pas de pétard au colonel.
- Eh ben, on n'en fera pas. - Eh ben, voilà.
- Eh ben, c'est bon. - Eh ben, au revoir.
Adieu, la vieille.
Bravo !
Dis donc, Mimi !
Tu vas nous endormir !
Attache-toi ! Tu vas t'envoler !
Assez !
À la porte !
Allez, dégage !
Attrape !
Bravo !
Les potes !
Que le Bon Dieu vous bénisse,
vous fasse le nez comme une saucisse
et le menton comme j'ai le croupion !
Je reviens de suite, mon lieutenant.
Ah ça, mais... Mais nom de nom, ils dorment !
Debout, les rossards !
- Fricot ! - Présent.
- Laplotte ! - Il est dans le seau, il trempe.
Attendez, je vais vous apprendre à faire l'homme d'esprit.
Levez-vous ! Vous vous foutez de moi ?
- Faut nous lever ? - Oui.
- Pour quoi faire ? - Je vous le commande.
Qui m'a bâti deux rossards pareils
qui ne pensent qu'à manger
et à dormir comme des propriétaires ?
"Des propriétaires" ?
- Ils sont frais, les propriétaires. - Assez !
Vous en avez de bonnes, vous.
Ça suffit !
Pourquoi vous dites qu'on est des propriétaires ?
Levez-vous, plus vite que ça !
Pour quoi donc faire ?
Aller casser la glace aux abreuvoirs.
- Non. - Plutôt crever.
- Barchetti ! - Mon lieutenant ?
Ces deux hommes m'ont gravement outragé.
Vous en témoignerez devant le conseil de guerre.
Pardon, mais je ne témoignerai pas sous la foi du serment
d'un fait que je n'ai pas constaté.
Vous attesterez qu'ils m'ont refusé l'obéissance.
Quoi ?
- Que dites-vous ? - "Refusé l'obéissance" ?
- Quand ? - Où ?
- À propos de quoi ? - Tu as refusé d'obéir ?
- Jamais. - Moi, non plus.
Bougres de menteurs !
Là, vous faites erreur. On ne ment pas.
Pour la dernière fois, vous refusez de vous lever ?
Nous, mon lieutenant ? Mais pas du tout.
On se lève avec empressement, au contraire.
Le maréchal des logis peut le constater.
Vous nous avez dit qu'on pouvait rester couchés
parce qu'on était un peu souffreteux.
Il a pas l'air de faire chaud, maintenant.
Maréchal des logis, vous pouvez disposer.
- Dépêchez-vous, rossards ! - Avec plaisir, lieutenant.
Décidément, il fait trop froid. On rentre se coucher.
On y va, Laplotte.
C'est bon, allez toujours !
Vous vous êtes foutus de moi, mais ça vous coûtera cher.
Bougres de cochons, vous ne l'emporterez pas au paradis !
Bonsoir, Pujol.
Dites-moi...
Pas de nouvelles de La Guillaumette et Croquebol ?
Non, mon capitaine.
Les chameaux !
Regarde ce qu'on a à manger !
Donner de la carne pareille à la classe !
C'est de la bidoche, ça ? C'en est, ça ?
Dis que c'en est
et je te la colle sur le museau.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Regardez ce qu'on nous donne. Cette soupe est immangeable.
Je m'en fous, je suis de la classe.
Je la jette.
Voilà !
Ça va me recaler l'estomac. J'en avais bien besoin.
Et moi ? Tu crois que je suis mieux servi que toi ?
Tu te plains tout le temps.
La soupe vaut pas un clou.
Le fourrier est un fricoteur.
Le cuisinier aussi.
Quatre hommes pour lui casser la figure !
Pas tant de foin. Vous avez raison,
mais vous n'avez qu'à vous plaindre.
À qui ?
Au général, quand il viendra passer l'inspection.
Ça serait pas ordinaire, ce coup-là.
Oui, mais qui lui dira ?
Toi, tu lui diras.
Pourquoi moi ?
Eh bien, je lui dirai, moi, au général.
Tu n'oserais pas.
J'oserais pas ?
Et pourquoi j'oserais pas ?
Le général, c'est pas le Bon Dieu.
Et même si c'était le Bon Dieu,
ça me fermerait pas ma boîte.
Cause toujours, tu m'intéresses.
Ah, je t'intéresse, hein ?
Eh bien, justement, je lui dirai, au général.
- "Au général" ? - Au général.
Qui me soutient, ici ?
Moi, je te soutiens.
Moi aussi.
Moi aussi.
Si je manque à ma parole, aussi vrai qu'il y a qu'un Dieu,
je ne suis plus digne d'être un cavalier.
Eh ben, mon salaud, on sera deux.
Mon salaud, on sera trois.
Mon salaud, on sera quatre.
Mon salaud, on sera cinq.
Mon salaud, on sera six !
Je sais pas pour quoi, mais on sera six tout de même.
Ce qu'on a rigolé, hier soir, au beuglant !
Tournée générale.
Venez commander !
Voulez-vous descendre de là !
C'est Potiron ! Pourquoi n'êtes-vous pas à la boîte ?
Je suis malade.
"Malade" ?
Alors, allez à la visite.
Si vous n'êtes pas reconnu, vous écoperez de 4 jours.
Eh là, pas tant de zèle !
C'est pas notre faute.
L'adjudant nous a dit de balayer.
- On balaie. - Contentez-vous de faire semblant.
Voilà un motif de punition qui n'est pas dans une musette.
Si Potiron y coupe de ses 8 jours de prison avec ça,
je veux être changé en chaufferette.
Il est peut-être à la cantine.
C'est possible.
Mais comme il suffit que j'y sois pour qu'il en parte,
j'aime autant le croire que d'y aller voir.
Comprenez que j'en ai assez.
Si un jour, plus tard,
dans l'avenir,
la Providence m'admet enfin à l'honneur
de contempler les traits de Potiron,
je lui dirai deux mots touchant son affaire.
Il me dégoûte, avec son képi en gamelle
et son pantalon en soufflet.
C'est gros comme 2 noix de beurre
et ça fait du pet comme 36. Quelle pitié !
Le voilà !
Gratte-papier, marque-moi pour l'infirmerie.
Tu es malade ?
Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
- Oui, je suis malade. - Tu as quoi ?
Le sang m'est descendu
à force d'avoir les pieds par terre.
Mon cochon !
C'est pas une blague. Et j'ai la peau trop courte.
Je peux pas ouvrir un oeil sans fermer l'autre.
Tire voir ta menteuse.
Fais voir.
Elle est bath.
J'ai fumé une pipe de paille.
Sans blague ?
- T'as une cibiche ? - Bien sûr.
File-m'en une.
Tiens, mon petit pote.
Merci, gros plein de vent.
J'ai compris.
Salut, la compagnie.
Attends, c'est trop lourd.
Alors, l'ami,
vous êtes content d'être au régiment ?
Vous avez l'air nerveux comme un plat de nouilles.
On est bien, ici. Vous avez retrouvé vos camarades.
Le grand air, la nourriture saine et abondante.
Capitaine, c'est vrai.
Seulement, moi, j'ai ma femme.
Vous avez peur d'être cocu.
Y a pas de danger.
Pourquoi ?
Avec une gueule comme la vôtre...
- J'en suis sûr. - Ne dites donc pas de bêtises.
Et puis vous n'êtes pas le seul.
Mieux vaut être cocu que ministre. Ça dure plus longtemps.
Y a des chances.
- Rien de nouveau ? - Non, mon capitaine.
- Les 2 lascars ? - Manquants.
Les chameaux !
Dites donc, Péplat,
qu'on nous apporte 3 absinthes.
Bien, capitaine.
Ils vont être portés déserteurs ?
Les deux lascars.
- C'est fait. - Comment ?
Sans doute, ils sont déserteurs d'hier soir.
Soyez tranquille, ils prendront deux ans.
Vous êtes bien pressé, monsieur.
Quoi ? Il faut pas pousser les choses à l'extrême.
On n'est pas à une demi-journée près.
L'essentiel est qu'ils rejoignent.
Que ce soit maintenant ou demain matin,
la question est sans importance.
- Quand sont-ils partis ? - Il y a 6 jours pleins.
Ils sont déserteurs depuis hier. C'est sur la décision.
Qu'est-ce qu'elle dit, la décision ?
Qu'est-ce qu'elle dit, la décision ?
Elle ne dit rien.
On ne peut pas lire, il y a de l'encre dessus.
Je vous rappelle quelqu'un ?
Non. Pourquoi ?
Vous me regardez comme une poule qui aurait trouvé un couteau.
- Pourtant, mon capitaine... - Taisez-vous.
Taisez-vous !
Vous prenez avec moi certaines familiarités
un tant soit peu déplacées.
Vous avez une façon de me jeter des regards de biais
pour des mégots qu'on ne retrouve plus,
ou des pages maculées d'encre
au cahier de décisions, qui me déplaisent souverainement.
Rappelez-vous devant qui vous êtes.
J'ai bien l'honneur de vous saluer.
Je peux pas le sentir, ce type-là. C'est vrai.
Il m'a rien fait, mais je peux pas le sentir.
C'est vrai, ça.
Chef, est-ce que j'ai une tête à faire le Jacques
à répandre de l'encre sur le cahier pour sauver deux gouapes ?
Tiens, c'est donc vous ?
Oui, c'est moi.
On peut pas envoyer deux idiots à Biribi.
Vous faites l'absinthe comme un pied.
Ça n'a pas d'importance.
- À votre santé. - À votre santé, capitaine.
Ben, mon petit, prends un verre avec nous.
Avec plaisir, mon capitaine.
- Santé ! - À la vôtre, capitaine.
Bonjour, messieurs.
À vos rangs, fixe ! Le général !
Repos.
Tâchons de ne pas nous étrangler.
- Je vous demande pardon. - De quoi, mon Dieu ?
Ma vue vous a fait avaler de travers ?
Mon cher capitaine, nous sommes de vieux camarades.
Oui, mon général.
Asseyez-vous, chef.
Je vous en prie.
Vous aussi, mon enfant.
J'entends ne déranger personne.
Vous étiez en train de...
prendre votre apéritif.
Oui, mon général.
C'est tout naturel.
Pardon, je suis un peu myope.
Mais...
c'est de l'absinthe.
Une goutte, une évaporation.
Très bien.
L'absinthe n'a rien de très malfaisant.
Rien du tout.
À la condition qu'on en use avec discrétion.
Prise en abondance, elle tape sur le système nerveux.
Bien sûr.
Et cause des troubles cérébraux.
Vous savez, mon général, c'est une exception.
C'est ça.
De temps en temps.
Et puis, autant que possible,
évitez de boire avec des inférieurs.
Ça n'a aucune importance,
mais des hommes pourraient entrer.
L'effet serait déplorable.
En effet, mais vous savez, c'est une exception.
C'est très rare.
J'en suis persuadé.
Voyons. Nous allons nous conformer tout simplement
au programme de la journée. Donnez-moi...
le cahier des décisions.
Voici, mon général.
Parfait, parfait.
- Belle écriture. - Mon général...
C'est un officier d'élite.
Je vois, je vois.
Très bien, mon ami.
Dites-moi...
Quand vous aurez une minute,
faites-vous faire une coupe réglementaire.
Bien, mon général.
Mon général, je suis confus, je suis navré.
Mes excuses.
Je vous dis, mon cher, que ça n'a aucune importance.
Voyons.
Voyons, nous disons...
Voyons ça.
Décisions...
Mardi 16.
Mercredi...
...17.
Jeudi 18.
Same...
Samedi 20. Mais...
Il n'y a pas de...
Il n'y a pas de vendredi 19. Comment ça ?
Ça a dû être porté, mon général.
Je ne vois rien. Mes mauvais yeux, sans doute.
Ah, mais...
Sapristi !
Mais, mais...
On a renversé dessus tout le contenu d'un encrier.
- C'est pas possible. - Voyez vous-même.
Mais c'est curieux, ça.
En effet, c'est de l'encre.
- Qui a fait ça, Favret ? - Je ne sais pas.
Péplat, il est rentré quelqu'un ?
Personne, mon capitaine.
Mon général, je ne sais comment vous exprimer...
C'est une fatalité.
C'est de l'encre, en effet.
Je suis navré, mon général.
Aucune importance.
Veillez seulement à ce que ça ne se renouvelle plus.
Oui, mon général.
Dites-moi, vous avez...
des prisonniers, ici ?
Quelques-uns. Vous savez, des mauvaises têtes,
des fricoteurs, des tire-au-fl... Comme dans tout régiment.
On est obligé quelquefois d'avoir la dent dure.
Certainement. Eh bien, si nous allions les voir ?
Vous avez... revue des hommes
dans la cour à midi.
Il est...
11 heures et demie. On a une demi-heure à tuer.
À vos ordres, mon général.
- Courez prévenir l'adjudant. - Bien, capitaine.
Restez ici, chef. Je veux ne déranger personne.
Bien, mon général. Si vous voulez me faire l'honneur...
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Des ordures ?
Eh bien, oui, ça en est.
Je ne pourrais pas vous dire...
- Qui a fait ça ? - Je ne sais pas.
Il faut enlever ça, ce n'est pas propre.
Si on prend le bureau du chef pour une écurie...
Ça n'a aucune importance, d'ailleurs.
Ça porte bonheur, mais tout de même !
Dites-moi, Flick, rien ne cloche, à la prison ?
Vous pouvez être tranquille. C'est tenu, je vous le dis.
Si le général n'est pas content, il est difficile.
Ils chantent, quoi.
Par ici, mon général.
Tout ça me paraît très bien tenu. C'est propre.
C'est parf...
Ce sont vos prisonniers, qui chantent ?
Oui, une petite chansonnette. Ils s'ennuient tellement.
Ça se voit.
Voulez-vous avoir la complaisance de...?
Voulez-vous bien m'introduire auprès de cette bruyante jeunesse ?
Bien sûr, mon général. Flick, allons !
À vos rangs, fixe !
Ça sent un peu le tabac.
Entrez donc.
Je vous demande pardon, mon cher,
c'est vraiment intenable.
- Ils ont la permission de fumer ? - Non, mais ils la prennent.
- Comme dans tous les régiments. - Oui...
Vous allez voir comment je les mène.
À vos rangs, fixe !
Alors, les drôles !
Le général vous fait l'honneur de venir vous voir.
Allez, avancez !
Voici nos mauvaises têtes.
L'écume de l'armée, va !
Bons à rien, chenapans, vauriens !
Pourquoi êtes-vous là ?
Mon général, j'ai tiré une bordée.
"Tiré une bordée" ?
En voilà une façon de parler ! Soyez poli, nom de Dieu !
C'est vrai, mon général.
Vous croyez parler à un camarade ?
Chameau !
Oui. Ils sont un peu longs.
Pas de coiffeur, à l'escadron ?
J'ai pas le temps, mon général.
Pourquoi ?
Je suis toujours en prison, je peux pas y aller.
Que cachez-vous derrière votre dos, mon ami ?
Allons, montrez-moi votre main, que diable !
Je ne suis pas un croquemitaine.
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Du fromage de cochon, mon général.
Et c'est moi qui l'ai payé.
Ils se mettent bien, vos prisonniers.
Oui. Les hommes en prison n'ont droit qu'à leur gamelle,
sans pain ni viande, mais il faut faire attention.
Ils ont des estomacs de 20 ans.
Naturellement. Il est déjà bien assez dur
de n'avoir à boire que de l'eau claire.
Ça, je ne pourrais pas vous l'affirmer.
Un camarade peut toujours faire passer un litre de vin.
Bourrique !
Soulevez donc votre blouse, mon ami.
Voilà.
Oui, c'est du vin.
Mon Dieu...
Je sais bien, ça n'a aucune importance.
Il n'y en a pas moins ici
une autre infraction évidente au règlement.
Il est peut-être d'une sévérité excessive.
Enfin, ça n'est pas moi qui l'ai fait.
Et nous sommes officiers pour en appliquer les rigueurs
sans en discuter le bien-fondé.
- Mais évidemment. - N'est-ce pas ?
Et vous, mon brave ?
Pourquoi êtes-vous là ?
Moi, mon général, j'ai rien fait.
Celui-ci, c'est la crapulerie en personne.
Le salaud.
Celui-là ne vaut pas mieux.
Mon général, n'écoutez pas ce que dit l'adjudant.
Ça va ! Qu'est-ce que c'est que ce tas de fripouilles ?
Qui vous a permis d'élever la voix devant le général ?
Allons, allons.
Je vous demanderai, mon cher,
de faire grâce à ces coupables et de les renvoyer à leur service.
Tout de suite, mon général.
À tout péché, miséricorde.
Curieuse, cette prison. Je vous fais mes compliments.
Merci.
À retenir.
Curieuse, en effet. On rentre ici,
les soldats gueulent comme des putois, fument comme des Suisses.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Vous avez entendu, vous autres ?
Le général a pitié de vous. Retournez à vos chambrées !
Allez ramasser vos gamelles !
C'est moi.
Effaçons.
Effacez !
Quel conneau, qui nous fait sortir ! On était si bien, ici !
Grouillez-vous ! Dans 5 min, le général passe dans les chambres.
- Où est l'homme de chambre ? - C'est moi.
Un coup de balai sous les lits !
Bien.
- La cruche est vide. - L'homme de chambre, à l'eau !
Que fait cette gamelle ici ? L'homme de chambre consigné 4 jours.
- Homme de chambre ! - Oui ?
Au cirage !
Où est l'homme de chambre ? C'est quoi, ces façons ?
Eh bien, vous pourriez faire attention !
Où il est passé, ce pierrot-là ?
Tiens, un lit qui n'est pas encore fait.
- Qui couche ici ? - C'est moi.
Vous ? Deux jours de salle de police !
Bien.
Vous appelez ça un paquetage ? Deux jours de salle de police !
Et arrangez-moi ce fourbi-là !
Eh bien, ce coup de balai sous les lits ?
Bien.
Bon sang !
La classe !
Allons, ouvrez-moi les fenêtres toutes grandes !
Non, alors ! Y a plus d'eau dans la cruche !
Bon sang, fermez les fenêtres ! On se pèle, ici.
Toujours les mêmes qui viennent me taper.
Qu'est-ce que c'est que ces façons-là ?
À vos rangs, fixe !
Très bien, mes enfants. Très bien.
Je vous fais mes compliments. À vous aussi, messieurs.
Excellente réunion d'hommes, satisfaisante à tous points de vue.
Mon général...
Du tout. Ils méritent des éloges.
- Ne les leur marchandons pas. - Vous êtes trop bon.
Eh bien ?
Bonjour, mon général.
Vous voyez, il n'est pas fier.
Bonjour, mon ami. Bonjour.
- Vous plaisez-vous au régiment ? - Oui, mon général.
Très bien.
Pas de réclamation... à formuler ?
Non.
Moi, j'en ai une, mon général.
- Qui vient d'élever la voix ? - Moi, mon général.
Cheveux.
Jamais deux sans trois.
Qu'avez-vous à me dire ?
Je voulais vous dire que la soupe ne vaut pas un clou.
- La soupe n'est pas bonne. - Elle est même mauvaise.
Il n'y a que du déchet, du suif et de l'os.
Le cuisinier est un fricoteur.
Voilà ce que j'avais à dire.
Vous entendez, mon capitaine ?
Mon général, ça paraît un fait exprès.
Voilà un homme qui ne bouffe plus que des os.
Si c'est mauvais, vous auriez dû le dire avant.
- Je me suis plaint. - À qui ?
Au chef.
"Au chef" ? Et qu'est-ce qu'il a dit ?
"Je m'en fous, je suis de la classe."
Cet homme est un imposteur !
Pas de gros mots, chef.
Et alors ?
La soupe ne vaut rien ?
- Si, mon général. - Comment, "si" ?
Ne vous troublez pas, mon ami.
Que pensez-vous de la gamelle ?
Mais, mon général... elle est bonne.
Vous la trouvez bonne.
Réellement.
- Et vous ? - Mon général...
Moi aussi.
Et ce gros rouge,
qui a une figure si honnête, quel est son avis ?
Répondez. Vous voyez bien que le général vous interroge.
Mon général, la soupe est excellente.
C'est net.
Menteurs. Ils devaient me soutenir...
Et allez donc. Petit complot.
- Écoutez... - Plus un mot !
Je n'entends pas donner à cet incident
plus d'importance qu'il n'en mérite,
mais bien que je répugne
à marquer mon passage par des punitions, je vous demande
de porter 8 jours de prison à...
- Son nom ? - Vanderague.
Au cavalier Vanderague.
De cette façon, la gamelle
qui ne vaut rien lui aura valu quelque chose.
Bien fait.
Garde à vous !
À cheval !
Qu'est-ce que vous foutez là ?
On nous a dit de venir à la revue.
Foutez le camp !
Pour aller où ?
Où vous voudrez, tant que je vous vois pas.
Bon. On va boire un coup ?
Allez, à la cantine.
Garde à vous !
Sabres !
Vers la gauche pour défiler !
Escadron, en avant !
Marche !
Vous avez là tout votre monde ?
Pas de permissionnaires ?
Non.
En cadence !
Pas d'hommes en bordée ?
Oh, mon général !
Souvent, les officiers répugnent à un aveu pénible.
Dans le sens qu'il trahit chez eux une absence de surveillance,
et chez les hommes, de l'indiscipline.
Ce n'est le cas ni chez mes hommes, ni chez mes officiers.
Mais alors...
qui sont ces gens-là ?
La Guillaumette et Croquebol.
Nous allons rire.
Je ne sais comment vous exprimer
une pudeur bien naturelle, un sentiment,
une sorte de...
de solidarité.
Oui, de solidarité, si je peux employer ce mot.
Mon général, je ne sais pas quoi vous dire.
Je vous présente toutes mes excuses.
Je les accepte.
Cependant, ces rentrées sensationnelles
avec menottes,
gendarmes, tout le diable et son train,
sont d'un effet déplorable
sur l'esprit des populations provinciales.
Je sais, mais les soldats ne sont pas des hannetons.
On peut pas leur fiche un fil à la patte.
- Ne vous emportez pas. - Je vous demande pardon.
Je dis ça dans votre intérêt.
Je n'oublie pas que nous avons débuté ensemble.
Vous étiez mon lieutenant en 70.
J'étais maréchal des logis chef.
Nous avons été cités ensemble à l'ordre du jour.
Nous promettions.
Vous avez mieux marché que moi, mon général.
Quant à moi, si vous voulez parler de mon avancement,
j'en ai fait mon deuil.
Pourquoi donc ?
Voyons. Vous n'êtes pas sans savoir
que ces gaillards-là
ne vous craignent guère.
Mais je m'en fais une gloire d'en être convaincu.
C'est faire bon marché, je vous le dis,
du respect dû à vos galons.
Je confesse volontiers mes torts, mon général.
Mais peu m'importe de n'occuper qu'une mince place
dans le respect de mes camarades
si j'ai pu me faire un petit coin dans leur coeur
et leurs souvenirs.
J'ai 50 ans. Depuis longtemps, je vous le répète,
j'ai renoncé à toute ambition et je ne vois pas sans épouvante
venir la minute prochaine
où ma vie, déjà sur son déclin,
s'en ira sombrer je ne sais où,
dans la tristesse
et dans la solitude.
Loin des chambrées qui me furent si familières
et des soldats que j'ai tant aimés.
Un rayon de soleil m'éclaire pourtant dans la nuit.
La pensée que peut-être un de ceux
qui n'a pas aujourd'hui, pour mon âge
ni pour mes galons,
tout le respect qui leur est dû,
en remuant avec mélancolie les pages du lointain passé,
dira de moi, ému et souriant :
"Quand j'étais simple cavalier de 2e classe
"au 51e chasseur,
"nous avions comme capitaine une vieille bête
"nommée Hurluret.
"C'était un braillard, un brouillon.
"Un buveur.
"Mais ce n'était pas un méchant homme."
Vous avez une âme de grisette.
Et vous parlez, mon cher, avec beaucoup d'éloquence.
Malheureusement,
ce n'est pas avec ce système qu'un officier mène ses hommes.
Mon général, je mènerai les miens où je voudrai,
quand je voudrai.
Et c'est déjà quelque chose.
Si vous voulez.
Sapristi ! Voici l'heure de mon train.
Je suis très satisfait, mon cher capitaine.
Et je vous prie de transmettre
aux sous-officiers l'expression de mon contentement.
Présentez sabres !
Si vous avez des hommes
punis de salle de police, de consigne,
je vous demanderai de lever les punitions.
À vos ordres.
Mon cher capitaine...
vous êtes un brave homme.
Mon général, je suis votre humble serviteur.
Chameaux !
Adaptation : S. Thébault pour Eclair Group
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