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Original subtitles

Jimi Hendrix est l'un des plus éminents musiciens américains du XXe siècle.

Il a révolutionné la guitare électrique.

Il y a eu pas mal de super guitaristes à la fin des années 60,

mais c'est de loin le plus révolutionnaire.

♪ ai du mal à m'exprimer.

Parfois, j'ai du mal à me faire comprendre.

Ce n'est pas facile.

La scène, c'est tout. C'est la vie.

Il s'entendait bien avec les gens.

Il croyait même fermement

que la guitare peut nous emmener là où on n'est jamais allé.

Personne, ni dans le rock, ni dans la vie, ne lui ressemblait.

Il était incroyable.

Je ne pense pas avoir entendu de guitariste

avec autant de puissance, de sexualité et de génie

que Jimi Hendrix.

On vous considère comme le meilleur guitariste du monde...

Non.

Assurément...

L'un des meilleurs de ce studio, en tout cas.

- Le meilleur assis sur cette chaise ! - Oui.

Il était prodigieusement confiant quand il jouait.

Quand il ne jouait pas, il manquait d'assurance.

Comme beaucoup d'artistes, il n'imaginait pas ce qu'il valait.

On n'imaginait pas qu'il allait s'offrir en spectacle

jusqu'à ce qu'il soit sur scène.

Beaucoup de gens ne comprenaient pas

Jimi l'artiste, Jimi l'être humain.

Il ne voulait qu'une chose : jouer de la musique.

"Festival pop de Monterey" 18 juin 1967

The Jimi Hendrix Experience donne son premier concert aux États-Unis

25 ans plus tôt

♪ étais militaire quand il est né.

Sa tante m'a écrit pour m'annoncer que j'avais un fils.

AL HENDRIX LE PÈRE DE JIMI

Je n'étais pas avec sa mère à ce moment-là.

Oui. J'ai raté ses premiers jours.

Le père de Jimi est rentré de service.

Jimi n'était pas ici, à Seattle.

Et il a découvert que Lucille, la mère de Jimi,

avait laissé Jimi à un ami de la famille.

Il a donc récupéré Jimi.

Il est rentré à Seattle et a rassemblé sa famille.

Lucille aimait faire la fête.

Elle avait passé du temps avec AI, puis elle l'avait lâché.

Apparemment, elle se pointait parfois au milieu de la nuit,

sous l'emprise d'alcool, entre autres, et ce n'était pas cool pour lui.

Il n'a donc jamais pu avoir de bonnes relations avec sa mère

BOB HENDRIX LE COUSIN DE JIMI

car elle n'était jamais là.

C'est AI qui l'a élevé.

Avec Jimi, on a habité

dans pas mal d'endroits autour de Seattle.

Chez ma nièce, par exemple.

Il vivait dans ma famille.

C'était normal pour nous.

Je disais : "Jimi va rester un peu ici."

Et voilà. C'était super, quoi !

Un de mes amis vendait une guitare acoustique

pour 5 S.

Jimi m'en a parlé, et j'ai été d'accord.

Il travaillait toute la nuit dessus.

Il passait tout son temps libre à jouer de la guitare.

Donc quand il a été bon, je lui ai acheté une guitare électrique.

Quand Jimi a vraiment commencé à s'intéresser à la musique,

il a écouté la collection de disques de son père

qui avait bien sûr une super collection de blues.

Il écoutait Robert Johnson, B.B. King, Howlin' Wolf, Muddy Waters,

tous ces incroyables bluesmen.

Jimi repérait ce qu'ils jouaient

et il s'entraînait pendant des heures.

On savait qu'il était doué.

Reproduire un air à la guitare juste en écoutant

sans connaître le solfège,

il fallait le faire.

On a commencé à aller chez moi après l'école,

TERRY JOHNSON UN AMI

car j'avais un piano.

Je jouais du piano. Lui, de la guitare.

Et on a commencé à penser monter un groupe.

On a monté ce groupe qu'on a appelé les Rocking Kings.

On faisait juste quelques harmonies

et on jouait des chansons entendues à la radio.

Le rock en était à ses débuts. C'était une nouvelle musique et c'était bien.

Si différent de ce qu'écoutaient nos parents

qu'on était surpris.

Il adorait Chuck Berry.

Il l'adorait pour ses cheveux et ses tenues extravagantes.

Jimi adorait ce style.

Comme on n'était pas riches,

on avait peu de vêtements,

donc on improvisait.

Alors, à ses débuts, on a pu le voir

coiffé d'un chapeau avec une plume d'autruche ou de paon.

Les gens le trouvaient bizarre,

mais il nous préparait à ce qu'il allait faire dans l'avenir.

Je me souviens qu'il a dit à son père

un jour où j'y étais :

"Papa, un jour, tu seras fier de moi.

"Je serai très célèbre. Je vais y arriver."

Aujourd'hui, ça bouge.

ARMÉE

REJOIGNEZ LES FORCES SPÉCIALES DE L'ARMÉE AMÉRICAINE

Vous ne portiez pas ceci dans les paras, si ?

Pas vraiment.

Vous étiez parachutiste ou opportuniste ?

101 e division aéroportée. Fort Campbell, Kentucky.

Ça fait partie de ce qu'ont fait de nombreux Noirs à l'époque.

S'ils ne pouvaient pas faire d'études,

ils s'engageaient dans l'armée.

ARMÉE AMÉRICAINE BIENVENUE A FORT CAMPBELL KY

Cher papa.

Voilà. J'y suis.

Dans la 101e DIVISION AÉROPORTÉE.

C'est assez rude, mais je ne regrette pas.

Pour l'instant.

Je pense que Jimi est entré dans l'armée pour échapper à Seattle.

Il avait droit à trois repas par jour.

Plus besoin de se demander où dormir le soir.

Et quand il avait un moment, que faisait-il ?

Il jouait de la guitare. Il apprenait son art.

Heureusement qu'à l'armée,

Jimi a vite rencontré un autre musicien

BOB SANTELLI HISTORIEN DE LA MUSIQUE

avec qui il est resté ami toute sa vie.

Il s'agit du bassiste Billy Cox.

Je me suis présenté comme ça et je lui ai dit que je jouais de la basse.

BILLY COX AMI

On a fait un bœuf et ça a de suite tilté.

Il restait rarement assis à ne rien faire.

Il jouait de la guitare dès que possible.

Il jouait en marchant dans la rue. Il allait au ciné avec sa guitare.

Il était en mission.

On a sauté de la tour de plus de 10 mètres

dès le troisième jour

C'était assez drôle.

Chacun son destin.

On ne pouvait pas savoir qu'il se casserait la cheville au 25e saut

et qu'il serait honorablement démobilisé pour problème médical ?

Mais c'est ce qui est arrivé. Que pouvait-il faire ?

♪ ai donc quitté l'armée et cherché à faire quelque chose.

♪ ai joué dans plusieurs groupes aux États-Unis et au Canada,

souvent derrière les gens.

Mon cher papa

On vient de quitter Houston

et on est à Dallas.

Je joue avec Little Richard maintenant.

Je fais une tournée qui dure environ 35 jours

Il part faire le "Chitlin' Circuit"

qui n'est rien de plus

qu'une série de clubs afro-américains pour la plupart

où on peut gagner quelques sous.

Juste de quoi survivre et passer pour un musicien professionnel.

Il a fait ça avec Wilson Pickett et Little Richard.

Ça revenait à continuer ses études,

car non seulement il montait sur scène pour observer

la réaction du public face à la musique qui venait de la scène,

mais il apprenait aussi à interpréter.

Testify The Isley Brothers avec Jimi Hendrix

Personne ne lui disait quoi jouer. C'était impossible.

Il commençait à jouer, et tout le monde s'excitait,

rien qu'à entendre sa musique.

On a fait

toutes les villes du Centre-Ouest

de l'Est et du Sud. Je t'écris bientôt. Jimi.

Dans la plupart des groupes, on ne me laissait pas faire mes trucs.

Avec les Isley Brothers,

ils me laissaient faire ce que je voulais

car ils gagnaient plus de fric comme ça, je pense.

Cher papa.

Ça va à peu près ici,

dans cette grande ville miteuse de New York.

Rappelez-vous qu'il n'était pas encore "le grand Jimi Hendrix".

FAYNE PRIDGON AMIE

Il jouait encore les trucs des autres, car c'est ce que voulaient les clubs.

Il était très naïf, très drôle et vraiment très timide.

Timide comme un soupir.

À chaque fois qu'on allait à Harlem, il prenait sa guitare.

Tout le temps.

Elle ne le quittait pas.

Quand il jouait du blues, il avait toute mon attention.

Mais les gens ne voulaient pas qu'il joue du blues.

Alors, il devait jouer des trucs du top 40.

♪ ai connu beaucoup de musiciens.

Ils ne faisaient rien pour aller plus loin.

Mais Jimi, c'était autre chose.

Souvent, la nuit, je devais lutter pour garder les yeux ouverts et l'écouter...

Il voulait faire des vibratos comme Elmore James.

Il voulait chanter comme Howlin' Wolf.

Il voulait ressembler à tout le monde.

Il voulait faire du blues et il voulait faire ses trucs spéciaux.

Quand il nous a rejoints, il a été plus libre pour faire ce qu'il voulait.

Il n'était pas seulement guitariste, mais aussi comédien.

Tout le club voulait le connaître,

savoir comment il s'appelait et où il jouerait ensuite.

Il était si incroyable et si différent de tous les autres.

On ne savait même pas son nom, rien du tout.

ELLEN MCILWAINE MUSICIENNE

Mais impossible de l'oublier quand on l'a vu et on l'appelait Dylan Black,

car il se coiffait

pratiquement comme Bob Dylan.

En 66, je sortais avec Keith Richards, des Stones.

LINDA KEITH AMIE

Un soir, Keith était en tournée, et moi, avec une bande de copains.

On a fini dans un club de New York.

Et j'ai été bluffée par le mec à la guitare.

♪ avais l'impression qu'il emmenait sa musique où il voulait,

mais qu'il n'atteignait jamais l'ultime point de mire.

Il voulait devenir une rock star.

PAUL CARUSO MUSICIEN

Il ne voulait pas être un bluesman en galère

à boire du gin dans ces petits clubs

et passer du temps dans les transports.

Il ne voulait pas montrer qu'il était fauché, mais il se bagarrait pas mal au Village.

Alors, avoir un appartement,

ça aurait été vraiment bien.

Il aimait qu'on s'occupe de lui. Il avait toujours

une, deux ou trois femmes autour pour satisfaire ses caprices.

Il allait à Harlem au moins une fois par semaine.

Il disait qu'il allait voir sa tante Fayne,

mais il le disait en faisant un clin d'œil.

Il ne me devait rien

et je ne lui devais rien,

mais il allait et venait comme il voulait.

Je n'ai su ce qui se passait que quand il me l'a dit.

Il montait son propre groupe, les Blue Flames,

et ils ont fait un concert au Café Wha.

Je lui ai présenté des musicos.

Ils ont tous les deux réussi. Je n'en revenais pas.

Quand le second a réussi, Jimi et moi avons pensé

être fous.

On m'a présentée à Chas Chandler, des Animals.

Il disait vouloir quitter les Animals

pour faire de la production et du management.

♪ ai dit:

"Je connais un artiste qui t'intéressera.

"Viens le voir au Café Wha demain après-midi."

♪ étais sorti la veille avec une copine.

Elle m'avait fait écouter Hey Joe de Tim Rose.

CHAS CHANDLER MANAGER/PRODUCTEUR DE DISQUES

Sorti depuis dix mois aux États-Unis.

Une super chanson populaire.

♪ ai dit : "Après la tournée, je retourne en Angleterre

"chercher un artiste pour enregistrer cette chanson."

On s'est débrouillés

pour aller voir Jimi Hendrix.

Et sa première chanson fut Hey Joe.

Je voulais ramener ce type en Angleterre

car je pensais qu'il transfigurerait la musique Là-bas,

et même dans le monde.

Il allait faire sensation en Angleterre.

L'univers a ouvert ses portes.

Ça s'est fait comme ça. Il a trouvé son chemin

et il a fait ce qu'il devait faire.

Je ne pensais qu'à l'Angleterre.

Je ne pensais qu'à ça, car j'adore voyager.

Je n'aime pas rester longtemps

quelque part, alors je cherche toujours

à bouger.

L'idée de l'Angleterre, c'était l'Angleterre, quoi ! Ouah !

Je n'y étais jamais allé.

Londres Septembre 1966

C'était très judicieux de la part de Chas,

car contrairement aux États-Unis où on pouvait jouer à New York,

Nashville ou L.A.,

ou encore San Francisco,

en Angleterre, tout le monde finissait à Londres.

DAVE MASON MUSICIEN

PAUL MCCARTNEY MUSICIEN

À Londres, c'était la révolution dans le style, les vêtements, la musique.

Alors, on allait tous Là-bas.

Je crois que si Jimi était arrivé seul ou avec un manager quelconque,

il n'y aurait pas eu le piston

grâce à Chas,

car Chas nous connaissait tous.

Notre premier appartement appartenait à Ringo Starr...

On voulait se loger. Ringo nous a prêté son appart

à Montagu Square, pour la tournée.

Puis on a déménagé à Upper Berkeley Street.

Quartier de St. Marylebone MONTAGU PLACE, W.1.

C'était génial. On faisait des concerts, on faisait la fête.

On bossait sur des chansons.

On ne pensait qu'au succès.

Il croyait fort en Chas.

Il savait que Chas s'occuperait de lui,

et c'était très important pour Jimi.

Il devait être sûr de pouvoir rester

entre les mains de quelqu'un qui s'occupe de lui.

Il avait besoin qu'on le chouchoute.

Quand il est venu à Londres, c'était encore plus flagrant.

Quand il est arrivé à Londres,

CHRIS WELCH JOURNALISTE DE LA MUSIQUE

Chas Chandler le manageait.

Mais en réalité, c'était Michael Jeffery

qui gérait les Animals.

Et il était plutôt partenaire avec Chas.

Chas était indispensable à Jimi.

Mais sans Mike, il n'y aurait rien eu.

Mike était un négociateur très intelligent et magouilleur.

On allait dans un club qui s'appelait le Scotch.

Les Beatles, les Stones, et nous maintenant,

allions au Scotch club de Saint James.

Jimi y allait avec un groupe appelé les VIP connus après sous le nom de Humble Pie.

Jimi restait avec eux.

C'était : "Ouah !"

Attendez.

Ce mec s'y connaît en guitare.

Le club n'avait jamais grand monde.

Alors, on disait :

"Où sont-ils tous ? Ils doivent voir ça."

Il ne faisait pas que jouer.

Il faisait son show.

Avec les dents, derrière la nuque, tout le tralala.

Je suis excité rien que d'y repenser.

C'était génial.

Merci beaucoup.

Kit Lambert et Chris Stamp étaient les managers et producteurs des Who.

Ils étaient sur le point de signer avec Polydor pour un label :

Track Records.

On a eu le 78 tours.

Jimi était Là-bas avec Chas.

On a demandé si on pouvait le produire.

Chas voulait le faire.

On a demandé s'il avait une maison de disques.

Bien sûr que non.

Alors, on a vite

mis la machine en route pour créer un label pour Jimi.

On a négocié ça sur un dessous de verre à bière.

Pour que Jimi soit chez Track Records.

♪ ai reçu un appel de Londres.

Je savais qui c'était.

Et là, Jimi me dit:

"Papa. Je crois que j'y suis."

AL HENDRIX LE PÈRE DE JIMI

Il me dit qu'il est en Angleterre et qu'on monte un groupe pour lui.

Qu'il va l'appeler The Jimi Hendrix Experience.

C'était en septembre 66.

NOEL REDDING BASSISTE : JIMI HENDRIX EXPERIENCE

♪ ai passé une audition de guitare pour Eric Burdon

et les New Animals, car les Animals s'étaient séparés.

On m'a passé une basse. On a joué trois morceaux.

L'Américain me donnait les accords.

On les a faits.

Puis il m'a demandé si je voulais faire partie de son groupe.

Et voilà.

Noel est venu pour jouer de la guitare.

Il voulait intégrer les Animals.

Alors, comme j'aimais ses cheveux, je lui ai demandé de jouer de la basse.

Chas Chandler m'a téléphoné.

"J'ai un type qui vient d'Amérique.

MITCH MITCHELL BATTEUR: JIMI HENDRIX EXPERIENCE

"Tu veux jouer avec lui ?"

C'est le premier qui à ma connaissance savait

jouer le style de Curtis Mayfield à la guitare.

Et puis : "Tu veux Wes Montgomery ?"

Enfin, sans vouloir abuser.

Nos premiers concerts ont eu lieu en France le 13 octobre 1966.

Puis on a commencé à faire les clubs de Londres.

On connaissait de super musiciens aux Etats-Unis, comme James Brown.

Mais il était à Londres, donc c'était un peu l'un des nôtres.

Il était absolument phénoménal.

Le public était prêt, donc ça aidait aussi.

Les gens voulaient des artistes noirs en Grande-Bretagne

car c'était eux, l'inspiration des jeunes musiciens.

Des gens qui avaient grandi avec B.B. King, Muddy Waters,

Chuck Berry et Bo Diddley.

C'étaient les idoles. Et le mieux, c'est que Jimi Hendrix

était bien plus jeune, plus tendance et plus cool.

Top Of The Pops Mars 1967

Les autres avaient aussi démarré avec des reprises.

Il a fait Hey Joe, les Stones ont fait Little Red Rooster.

Tout le monde faisait pareil.

Mais il y avait un virus dans l'air.

Tout le monde aurait pu écrire ça, quoi !

Jimi a bien fait de se trouver à Londres à ce moment-là

pour envahir et créer cette tonalité hybride,

un mélange de blues, R&B, rock et psychédélique.

BOB SANTELLI HISTORIEN DE LA MUSIQUE

Il a astucieusement mêlé le rock anglais

et le blues perçu par les Anglais.

STEVE WINWOOD MUSICIEN

C'était ça, le génie.

Le solo de Jimi arrive bientôt.

Absolument dingue, ce truc.

Tout le monde a été bluffé car c'est un des super solos classiques

EDDIE KRAMER INGÉNIEUR DU SON

où le psychédélisme et le blues se mélangent.

Il a été accepté par le public britannique

avec la même vénération que les Beatles.

Il a été immédiatement aimé en Angleterre

et apprécié comme super artiste.

Jimi devait se sentir comme un prince.

Il a dû se dire: "Enfin, on m'aime." Et on l'aimait.

S'il a réussi aussi vite en Angleterre,

c'est grâce aux Rolling Stones et aux Beatles.

Ils disaient : "Allez voir Jimi Hendrix."

Et j'en remettais une couche

quand Mick Jagger, John Lennon ou Paul McCartney disaient :

"Ce type est génial."

On l'a fait passer au Savoy Theatre,

salle gérée par le manager des Beatles, Brian Epstein.

Jimi a décidé de venir jouer Sgt. Pepper.

Sgt. Pepper était sortie cette semaine-là.

Jimi l'avait apprise

et fait l'ouverture avec, alors pour moi, ça fait partie des moments de fierté.

Que quelqu'un que j'apprécie autant,

quelqu'un destiné à faire partie des plus grands,

fasse l'ouverture avec une de nos chansons.

C'est John Lennon qui nous avait dit

d'aller voir ce gars.

On a tous pris la limousine

JOE SMITH DIRECTEUR WARNER BROS. RECORDS

vers 4 heures du matin, normal,

pour Londres, à l'époque.

On n'avait jamais vraiment rien vu

ni entendu de tel, avec sa guitare.

Alors, les négociations avec Chandler et Jeffery ont commencé.

On a rencontré Jimi, mais il ne gérait pas les affaires,

et on a conclu un accord pour l'Amérique du Nord.

C'est là que je l'ai vraiment connu.

Il était passé

KEITH ALTHAM - ATTACHÉ DE PRESSE DE JIMI AU ROYAUME-UNI

à la vitesse supérieure.

Et Chas devait passer à l'étape suivante

qui était de percer aux États-Unis.

Californie Juin 1967

Ses premiers singles aux États-Unis furent Hey Joe et Purple Haze.

BOB MERLIS DIRECTEUR WARNER BROS. RECORDS

Ni l'un ni l'autre n'a vraiment marché

car ce n'était pas dans l'humeur du moment.

Je comprends bien que ce n'était pas le moment pour ce marché

et le nom de "Jimi Hendrix" restait mystérieux.

Seuls les hippies comme nous

cherchions la nouveauté.

Donc on l'a découvert,

JIM LADD ANIMATEUR RADIO

mais sa popularité n'était pas immense.

Le "festival pop de Monterey" était le plus grand festival de rock.

Et le premier grand festival à inclure

LOU ADLER PRODUCTEUR

de la musique pop d'autres genres.

Tout le monde devait soumettre des noms d'artistes

MICHELLE PHILLIPS MUSICIENNE

censés refléter le "festival international de musique pop de Monterey".

John, des The Mamas & the Papas, a dit :

"Faites-le jouer au 'festival de Monterey'. Ce sera génial."

"Tu jouerais avec les Beatles ?"

On était très occupés avec le studio,

alors j'ai dit qu'on ne pourrait pas venir,

mais que j'avais quelqu'un à leur suggérer.

Au nom de Jimi Hendrix, ils m'ont regardé bizarrement.

Et puis :

"Ah ? Je vais réfléchir." Et moi : "Oui. Réfléchis."

Et ils l'ont pris.

Si vous êtes américain,

que vous jouez au Village et aux alentours, et dans des petits clubs,

que vous ne percez jamais, vous allez en Angleterre,

et là, vous commencez à percer.

Vous pouvez alors retourner aux États-Unis

et dire : "Je vous l'avais dit." C'est vrai, c'est important.

Pour rentrer, j'étais assis à côté de lui dans l'avion.

Il m'a dit avoir un peu peur.

Il se demandait s'il pourrait réussir

KEITH ALTHAM - ATTACHÉ DE PRESSE DE JIMI AU ROYAUME-UNI

ce qu'il essayait de faire.

C'était Summer of Love.

Rien n'était trop extravagant pour ce public.

On vous le présente. Il vient tout droit de Londres.

Brian Jones des Rolling Stones.

Un très bon ami et un de vos compatriotes.

Le plus grand artiste. Les tonalités les plus incroyables que j'aie entendues.

The Jimi Hendrix Experience.

18 juin 1967

Ils n'étaient que trois.

Mais quand la musique a commencé, on les aurait crus à 10 ou 20.

BILLY GIBBONS MUSICIEN

C'était puissant.

Noel Redding et Mitch Mitchell étaient de frêles petits Anglais

avec un mec délirant en action devant eux.

Ouais, c'est bon.

Je suis allé en Angleterre chercher ces deux musicos

et nous voilà. C'est trop génial d'arriver comme ça,

de pouvoir jouer devant vous.

Je ne peux pas imaginer cette première fois.

Il est arrivé sans fanfare, comme ça,

et il a littéralement soufflé le public.

On peut dire qu'il avait une bonne étoile.

Il avait tout ce qu'il lui fallait.

Il s'est pointé et a vraiment assuré.

Quand il va voir le public, dans le film de Penny Baker,

qu'il capte le regard de quelques filles du public,

on voit de l'étonnement dans son regard.

♪ étais dans le public et j'ai été consternée.

Pas par la sexualité du spectacle,

mais par ce qu'il a fait à son instrument.

Il balançait du liquide pour briquet

sur sa guitare et il y mettait le feu.

Je n'avais jamais rien vu de tel de ma vie.

♪ imaginais les gens rentrer chez eux

et expliquer ça aux copains.

"Il joue hyper fort et met le feu à sa guitare."

"Quoi ? Pourquoi ?" "Je l'ignore, mais c'est dingue."

VERNON REID MUSICIEN

Ça paraît normal pour les gens

car ils ont vu ça en D.V.D.,

mais voir ça en vrai...

Avant ce jour,

ça n'était jamais arrivé, nulle part.

DWEEZIL ZAPPA MUSICIEN

Hendrix !

Certains disent que le "festival de Monterey" a discrédité Jimi Hendrix.

C'est faux.

Ça a plutôt été sa porte d'entrée.

Le festival a prouvé aux critiques musicaux présents

que ce mec était spécial.

La réaction face à lui, à Monterey,

est allée jusqu'aux organisateurs de concerts de tout le pays.

Et Jimi a eu des dates.

Après Monterey, il a joué pour Bill Graham

au Fillmore hall de San Francisco.

Il a fait le Fillmore,

et quelqu'un a eu l'idée géniale de l'envoyer en tournée avec les Monkees.

En toute logique, d'après moi.

C'est un immense public. Les Monkees sont super connus,

mais le public n'était pas prêt

à aimer quelque chose d'aussi révolutionnaire.

Dick Clark organisait la tournée.

♪ ai conclu un marché avec Dick Clark.

CHAS CHANDLER MANAGER/PRODUCTEUR DE DISQUES

Les Filles de la Révolution américaine condamnaient l'obscénité de Jimi.

♪ ai pensé que ça marcherait pour sauver Jimi.

Ils ont donc fait trois ou quatre concerts,

mais on a reçu un appel d'Atlanta.

"Virez-le de la tournée.

"Virez-le."

Il était tellement adorable.

Si calme, timide, réservé, tout ça, quoi.

Et on le faisait passer pour un sauvage de Bornéo, ce qu'il n'était pas.

FAYNE PRIDGON AMIE

Il n'était tapageur et extraverti que quand il jouait.

Je doute qu'il y ait des interviews où il est tapageur et extraverti.

LINDA KEITH AMIE

Il a deux facettes.

Quand il jouait, il était hyper confiant,

en contrôle total, et sa concentration était parfaite.

Mais quand il ne jouait pas, il manquait désespérément d'assurance.

Comme beaucoup d'artistes, il doutait de ce qu'il valait.

On ne ressentait jamais qu'il allait se la jouer ou autre

PAUL MCCARTNEY MUSICIEN

jusqu'à ce qu'il monte sur scène...

Beaucoup d'artistes peuvent être calmes,

et quand ils montent sur scène, on dirait qu'ils sortent de prison.

Sur scène, je suis très naturel,

beaucoup plus que quand je parle à quelqu'un.

Quand j'ai envie de jouer avec les dents, je le fais simplement.

Le public qui a vu Jimi faire ça

n'avait sûrement jamais rien vu de tel.

Jouer de la guitare avec les dents.

Puis derrière la tête.

Ce sont de vieux gags des années 50.

BILLY GIBBONS MUSICIEN

C'était des trucs de guitare spectaculaires.

Il y avait un mec qui s'appelait T-Bone Rocker

et qui jouait de la guitare derrière la tête.

Maintenant, mordre la guitare et en jouer

ACE HALL MUSICIEN

comme s'il simulait l'acte sexuel, ma foi...

C'était sa signature.

Il faisait son numéro.

Mais c'était un musicien hors normes.

Et rien de son numéro

n'a été fait dans le but de cacher un manque de talent.

STEVE WINWOOD MUSICIEN

Absolument pas.

Il ne faisait pas un truc facile.

C'était facile pour lui de danser partout et faire tout ça.

Il savait se donner en spectacle tout en faisant un truc hyper compliqué.

DWEEZIL ZAPPA MUSICIEN

Il détestait qu'on dise qu'il faisait des parades

et tout le reste.

Ce n'était pas une parade. C'était lui. Point.

Jimi, tes parades jouent beaucoup ?

Encore les parades.

Voilà. J'en ai marre, qu'on me dise ça.

Le monde est une immense parade, non ?

Les guerres, les bombes et le reste.

Les gens brûlent à la télé, tout ça, mais c'est une parade.

Pourquoi cette coiffure ?

Ces cheveux, là,

chaque cheveu est une vibration, et ils sont tous bons.

Mais il y a un cheveu ici.

C'était une entité à lui-même.

Il était unique. Sa façon de penser,

sa musique,

sa verbalisation des choses.

Son langage du corps, ses vêtements.

Il était unique. Il ne suivait pas de modèle.

C'était comme un oiseau exotique.

MICHAEL GOLDSTEIN ATTACHÉ DE PRESSE AUX ÉTATS-UNIS

Il avait le gros chapeau

avec la plume qui sortait derrière,

les chaînes. Personne ne lui ressemblait.

Il était très intelligent.

Ne pensez pas qu'il fumait de l'herbe

et décidait de s'habiller comme ça.

PAUL CARUSO MUSICIEN

Je crois qu'il voulait avoir l'air aussi original que sa musique l'était.

Il voulait toujours avoir ce look

car c'était lui.

Pas quelqu'un qui voulait porter ça et puis l'enlever

après en sortant.

C'était lui. Il exprimait ce qu'il était.

Et cela ne plaisait pas à tout le monde.

♪ ai essayé de le faire passer dans "Ed Sullivan".

♪ ai invité Bob Precht à les voir répéter à un moment.

Il a dit : "C'est trop pour nous. Ça ne va pas le faire.

"Ed ne va pas aimer."

Alors, Jimi Hendrix a dû faire sans l'aide de "The Ed Sullivan Show"

qu'avaient les Beatles, les Stones, les Doors, Dave Clark Five.

JIM LADD ANIMATEUR RADIO

Un tas de personnes ont tourné le dos à "The Ed Sullivan Show".

Certains n'en ont pas besoin.

Souvent, le succès arrive par le bouche à oreille.

La musique a été classée selon les origines raciales.

Le R&B représente la musique noire,

le rock, la musique blanche,

mais on n'avait pas vu d'homme noir diriger un groupe de rock.

Ça n'était jamais arrivé.

Un mois après "Monterey", l'album Are You Experienced? est sorti.

Là, on avait le graphisme.

On voyait à quoi ressemblait The Jimi Hendrix Experience.

♪ ai voulu l'avoir des que j'ai vu la pochette.

Le fait que ce soit un guitariste noir qui joue du rock,

qui connaissait Motown et la soul,

le fait que ce soit un guitariste de rock américain noir, c'était juste...

Je voulais vraiment connaître.

Le premier album, Are You Experienced?, a fait fureur.

On a vraiment tout essayé pour rendre les sons différents

car on le pouvait. On a eu le droit de le faire.

C'est ce que représente cet album.

EDDIE KRAMER INGÉNIEUR DU SON

Avant ce disque, on n'avait jamais entendu nombre de ces tonalités.

Pouvoir dire : "J'ai enregistré quelque chose

"avec des trucs jamais entendus auparavant."

Avant, on pouvait le faire.

Tout était à part.

Les paroles,

qui faisaient... Vraiment psychédéliques,

mais si on regarde bien, elles représentent bien le blues.

Quand il chante Wind Cries Mary,

ce n'est pas si loin des vieux bluesmen chantant :

"Le blues tombe comme la pluie."

Il faut se torturer l'esprit comme avant l'époque du réseau social.

Ni Twitter, ni Facebook.

Quand quelque chose de nouveau arrivait,

c'était organique. C'était par le bouche à oreille.

On entendait ça à la radio.

Les radios de la côte ouest ont commencé à le passer, puis on l'a entendu

dans tout le pays.

La radio clandestine marche si bien

que j'espère qu'elle va continuer avec la stéréo et tout le reste.

Tout le monde fait des disques un peu meilleurs

et des singles en stéréo.

La musique est donc mieux présentée au public.

Are You Experienced?

Le disque était fabuleux.

Ceux qui l'ont acheté en parlaient tout le temps.

Nascent FM a commencé à le passer.

En février 68, il fait une grosse tournée américaine.

La tournée de 68 était

NEVILLE CHESTERS MEMBRE DE LA TOURNÉE

une folie totale.

Les lieux de concerts étaient loin les uns des autres.

On allait de Virginia Beach au Québec

puis à Cleveland, pour retourner à New York.

On est allés partout.

The Jimi Hendrix Experience arrive à Tampa.

The Jimi Hendrix Experience au Rhode Island Auditorium de Providence.

Deux concerts vendredi soir à l'Anaheim Convention Center.

On l'entendait à la radio, mais on ne le voyait pas à la télévision.

Quand il venait dans votre ville, il fallait aller au concert.

C'était la seule chance de pouvoir le voir.

The Jimi Hendrix Experience.

Le numéro un du rock progressif du monde.

♪ ai fait plus de 30000 km en huit jours.

Je n'ai pas dormi.

♪ ai simplement pris

de la Dexedrine ou tout ce que je pouvais prendre.

C'était vraiment dingue.

The Jimi Hendrix Experience sur scène.

En personne, avec l'expérience la plus dynamique qui existe.

On a dû faire 57 concerts en 55 jours.

Et là, on a remarqué que le public grandissait.

On faisait 20000 à 30000 spectateurs.

Il est rentré à Seattle.

On est allés le voir jouer et on est passés dans les loges.

Je sortais de l'armée, d'où ma coupe de cheveux.

BOB HENDRIX LE COUSIN DE JIMI

♪ avais l'air sévère.

♪ ai fait à Jimi: "Mais que t'ont-ils donc fait ?"

Il avait un pantalon à pattes d'éléphant et un super look.

Je le regardais avec de grands yeux, et il m'a fait:

"Bobby, que t'ont-ils fait ?"

Il est parti en 1961.

Un pauvre gosse de Seattle

qui s'était engagé quelque temps dans l'armée.

Il est resté en contact avec mon père par courrier

JANIE HENDRIX LA SŒUR DE JIMI

sans qu'ils se voient.

Et les retrouvailles.

Il était trop content de le voir.

Jimi était le dernier à sortir de l'avion.

Il avait un énorme chapeau.

Mon père s'était totalement rasé le visage.

Il avait toujours eu la moustache.

Et là, il était tout rasé, tout propre, et il avait mis une cravate.

Mon père ne portait jamais de cravate.

Sauf peut-être trois fois dans sa vie,

mais il était si fier de Jimi et si content de le voir.

Ça faisait quand même sept ans.

Ce n'était plus le petit Jimi Hendrix, Buster,

peu importe comment on l'appelait dans la famille.

Il ne prenait ni grandes limousines, ni grands hôtels.

Il logeait chez son père et conduisait le tas de ferraille de son père

pour aller voir ses amis ou autres.

Il était resté le même.

Il était humble. C'était un gentleman qui aimait ses amis

COLETTE HARRON AMIE

et ceux qui travaillaient pour lui.

Il voulait juste jouer de la musique. C'est tout.

Il était si concentré sur la musique

que le sport ne l'intéressait pas. Il ne parlait jamais de sport,

ne lisait pas le journal. Il ne s'intéressait

LINDA KEITH AMIE

qu'à la musique et aux femmes exclusivement.

Jimi avait donc deux domaines de compétences.

Jouer de la guitare,

et une sexualité intense et même débordante.

Il était généralement très poli.

On voyait bien que c'était un vrai tombeur.

Il allait voir une nana, lui murmurait quelque chose,

et hop, ils partaient ensemble.

Si je me lève à 7 h du matin en ayant encore sommeil,

que j'ouvre ma porte et que je vois quelqu'un qui me tente,

d'abord, je me demande ce qu'elle fout là !

Et ce qu'elle veut, vous voyez.

Je reste là, et elle me demande d'entrer.

Moi, ça me plaît bien. Elle est mignonne.

Elle a 19 ou 20 ans, majeure, quoi.

Je reste planté là, et d'un coup, je croque peut-être la pomme.

Axis: Bold As Love est sorti six ou sept mois après Are You Experienced?

L'album est devenu très complexe, avec un meilleur son.

C'est toujours brut, mais le son de l'album est plus travaillé.

On a ajouté le phasage et tous les effets spéciaux

qu'on avait affinés entre le premier et le second album.

On entend les changements depuis Are You Experienced?

Fort, impétueux et frustré,

rebelle, tout ça,

et sur Axis, c'est peut-être un peu plus calme.

On assemble de jolies histoires et on dit quelques trucs.

Il avait des bouts de papiers partout,

papier à lettre de l'hôtel, dos d'enveloppes, pochettes d'allumettes.

Il gribouillait toujours.

Il avait un sac rempli de bouts de papier.

Et il les sortait pour rassembler les paroles.

Il allait au studio et commençait à chanter.

Au studio, on avait toujours

des discordes

concernant sa voix au niveau du mixage.

Il voulait la masquer, et moi, je voulais la mettre en valeur.

Il disait avoir une horrible voix.

CHAS CHANDLER MANAGER/PRODUCTEUR DE DISQUES

♪ ai dit : "Ta voix est peut-être bof, mais elle est rythmée."

"L'important, dans la chanson, c'est la diction et la façon d'amener les mots."

C'était toujours une polémique entre nous.

Mais je gagnais toujours en mettant sa voix en avant.

Pour un gars qui n'aimait pas le son de sa voix,

il avait une voix incroyable,

phénoménale, même, avec de belles et douces tonalités.

Il sortait la tête de la cabine.

On lui montait toujours une petite cabine,

car il ne voulait pas qu'on le voie. Il était trop timide.

Et il disait : "C'était comment ?" "C'était super, Jimi."

"ll faut que je la refasse."

Il voulait toujours faire mieux.

Sûrement comme tous les grands artistes,

qu'ils soient peintres, poètes, auteurs ou musiciens.

Ils sont rarement satisfaits de leur travail.

Ce 33 tours est très significatif. Ce n'est pas n'importe quoi.

Tous les petits détails ont leur importance.

Ce n'est pas un jeu

pour épater le public.

On est sincères, et c'est vraiment une partie de nous.

Il cherchait quelque chose.

Il avait toujours des morceaux qui s'assemblaient comme un puzzle.

Il y avait cinq, six, sept, huit morceaux de guitare pour n'en faire qu'un au final.

On était aux débuts de la technologie d'enregistrement,

donc il poussait les limites de ce qu'on pouvait faire avec sa musique.

Dans Little Wing, il y a trois rythmes de guitare.

En voici un.

Un peu grossier, mais pas trop.

Puis celui-ci.

Très net.

Et en plus de celui-ci, il y a un effet Leslie.

Si on les assemble tous, ça donne ça.

Les gens imaginaient toujours Jimi en personnage tragique,

lugubre et mystique.

Il était tout sauf ça.

Quand je pense à Jimi, je le vois sourire

car il était plein de vie à l'époque.

Quand on regarde les photos,

hormis quand il joue sur scène,

sur toutes les photos,

enfin, sur 90 %, il arbore toujours un sourire, parfois impénétrable.

Il était drôle.

Il imitait les gens.

Il racontait des blagues.

C'était un farceur.

Il était très drôle.

Il était adorable, vraiment craquant.

Il attirait les gens comme un aimant par sa bienveillance.

On ne pouvait que l'aimer et le vouloir comme ami.

Il plaisait aux gens.

Pour lui,

la guitare avait le pouvoir d'emmener au nirvana.

Et il nous le montrait bien.

C'est un guitariste hors pair. ♪ aime ses riffs.

Il débite.

Il dit des choses avec sa guitare. Pas besoin de mots.

Il faut arrêter de regarder tous les autres

et se regarder soi-même.

La musique de Jimi aide les gens à se diriger

vers leurs propres pensées

et à se trouver.

Il adoptait le non-conformisme, s'habillait en hippie,

parlait comme un hippie. Il prenait les mêmes drogues,

BOB SANTELLI HISTORIEN DE LA MUSIQUE

donc il respirait le non-conformisme,

ce qui attirait l'attention vers lui,

surtout celle des jeunes Blancs.

C'était un jeune Noir,

et soudain, des milliers de types blancs venaient le voir jouer.

C'est le premier artiste à avoir fait ça de nos jours aux États-Unis.

Rappelez-vous que Hendrix est arrivé en 67 avec The Experience.

Un Noir avec deux Anglais.

Et c'était un an avant les grandes émeutes raciales,

après l'assassinat de Martin Luther King.

Les gens demandaient pourquoi il ne jouait pas avec des Noirs,

avec des revendications politiques sur les droits civiques en Amérique.

Au final, il exprimait bien ses droits civiques

en faisant ce qu'il voulait

avec son art et avec qui il choisissait de le faire.

Il n'avait pas besoin d'aller manifester.

Le simple fait d'être là avec Mitch Mitchell and Noel Redding

montrait bien ce qui se passait.

Le monde avait changé.

Je voulais juste écouter ce type jouer de la musique.

Peu importe qu'il soit avec deux Blancs,

un Noir ou un Rouge. Ce mec est génial.

C'était une sacrée avancée.

Miami 18 mai 1968

C'est une grande star maintenant, avec deux disques.

Il a fait une tournée en Amérique. Une star incontestable.

Tout le monde allait voir Jimi.

En moins d'un an,

du passage de The Jimi Hendrix Experience

au "Festival pop de Monterey"

BOB MERLIS DIRECTEUR WARNER BROS. RECORDS

à la tête d'affiche du "Miami Pop", Jimi Hendrix

est devenu celui qui attirait le plus de monde aux concerts dans le pays.

Ça a été rapide.

Son entrée est intéressante.

MICHAEL LANG AGENT DE FESTIVAL

On l'attendait, mais il n'arrivait pas.

Nos voitures s'étaient trompé d'endroit.

Il était tard, alors j'ai dû envoyer un hélicoptère

pour le chercher.

Quelqu'un avait dû lui filer des amphétamines,

et ils étaient stone.

Mais ils ont incroyablement bien joué.

Il partait comme une fusée.

C'était un week-end spécial, et on avait prévu deux concerts par jour.

Le dimanche, assez tôt le matin,

les nuages sont tombés.

Il n'a pas pu faire le 2e concert.

La limousine nous a emmenés du concert à l'hôtel.

♪ étais assis à côté de Jimi.

Il avait sorti un bloc-notes et il écrivait Rainy Day, Dream Away.

C'est là qu'il l'a écrite.

Aucun doute, Jimi était extrêmement doué.

Il est né pour jouer de la guitare et il s'y appliquait.

Plus que tous les autres.

Quand j'y repense,

je ne l'ai jamais vu sans guitare.

Dans le studio, en dehors, ou même à l'appartement.

Jimi se levait le matin

et prenait sa guitare avant de quitter la chambre.

Il préparait le petit-déjeuner en jouant de la guitare.

Il allait aux toilettes avec sa guitare.

Il avait sa guitare huit ou neuf heures par jour.

Il ne voulait être remarqué que quand il jouait de la guitare.

Sinon, il voulait se fondre dans la masse.

Il ne voulait pas qu'on le voie. C'était juste ce qu'il jouait.

Il voulait juste communiquer en jouant.

Il ne voulait pas communiquer avec les mots.

Si on était en groupe,

qu'on discutait, il pouvait participer,

ELLEN MCILWAINE MUSICIENNE

mais discrètement, et seulement

s'il avait quelque chose à dire.

Et il jouait toujours de la guitare.

Elle n'était pas branchée, mais il jouait.

Il fallait toujours faire de la musique.

Quoi qu'on puisse penser concernant la drogue et les femmes,

il était focalisé sur la musique.

Partout où il allait, sans exception, il avait sa guitare avec lui.

Et s'il n'y avait pas de musique,

il allait ailleurs pour en chercher.

Quand il faisait des bœufs, s'il faisait des clubs après un concert,

il prenait une basse, la tournait à l'envers et jouait.

Je l'ai aussi vu faire ça avec une guitare pour droitiers, en jouer à l'envers.

♪ en connais qui savent faire ça, mais ils sont peu nombreux,

car il faut penser à l'envers.

Tout le monde s'intéressait à lui,

mais c'était plus pour le personnage

que pour sa musique.

S'il voyait jouer quelqu'un qu'il connaissait,

il allait le rejoindre.

Toute sa vie tournait autour de son groupe et de ses amis

MITCH MITCHELL BATTEUR: JIMI HENDRIX EXPERIENCE

et d'aller en studio.

Jimi a commencé à élargir son champ d'action avec plusieurs prises

et de nombreux surmixages.

On n'est plus sur quatre pistes, mais sur douze.

Et Jimi s'exclamait : "J'ai plusieurs morceaux à proposer."

Ce n'était plus l'histoire d'une chanson rapide de trois minutes, puis une autre.

On pouvait en faire plus. C'était "in" à l'époque.

On essaie comme ça. Là, ça ne va pas. Là, c'est super.

Allez, on part Là-dessus.

Ça ressemble plus aux enregistrements d'aujourd'hui.

Avoir le luxe de pouvoir entrer dans un studio,

STEVE WINWOOD MUSICIEN

de faire des essais et de faire un bœuf,

créer des dérapages en plein enregistrement,

essayer de les développer. Et ça marchait toujours.

Quand on a fait notre dernier 33, Electric Ladyland,

on était en pleine tournée, donc c'était compliqué

car il faut se concentrer sur deux choses.

Donner un bon concert le soir, et le lendemain matin, à 6 heures,

être en studio.

Quand on est arrivés au milieu d'Electric Ladyland,

les chansons ont commencé à s'écrire directement au studio.

C'est très long et très ennuyeux pour le producteur.

Jimi pouvait être le cauchemar de tout manager

car il aurait littéralement vécu au studio si ça avait été possible.

Et tout le monde n'aime pas cette ambiance.

Si Hendrix était en forme, ils faisaient 38, 39 prises.

La première était parfaite.

Et on était tous assez anxieux au bout de tous ces essais.

On nous prenait la tête,

à savoir pourquoi on ne faisait pas ceci ou cela.

Lâchez-nous. Tout arrive à temps.

On apprend au studio. On veut réussir seuls

car on a des idées bien précises.

Je ne tiens pas à écouter la même chanson 50 fois au studio

car c'est extrêmement ennuyeux.

Chas était un adepte

des chansons de trois minutes et demie ou quatre minutes.

Il trouvait les bœufs sympa, mais c'était quoi, les chansons ?

On ressentait bien

que Chas et Jimi s'éloignaient de plus en plus.

Je lui ai demandé de me téléphoner quand il aurait retrouvé ses esprits.

♪ ai bien ressenti que pour Jimi,

c'était son disque et il voulait faire à sa guise.

L'attente entre Axis: Bold As Love et Electric Ladyland a paru interminable.

"Où est donc ce truc ?"

Et quand c'est arrivé, "Bon, au travail."

Il y a quatre faces et un tas de choses Là-dedans.

Il y a du travail.

Son album a été numéro un pour la première fois.

Mais en plus de ça,

ses deux précédents sont remontés dans le hit-parade.

BOB MERLIS DIRECTEUR WARNER BROS. RECORDS

Il avait donc trois albums dans le Top 20 en même temps.

L'industrie de la musique aurait pu être surprise,

mais on savait que cet artiste marcherait longtemps.

Donc peu importe le nombre de ventes, on le savait.

Il avait un hit.

Un single qui marchait bien, une chanson de Bob Dylan.

Ça montrait bien que c'était un instrumentaliste incroyable,

un chanteur bien meilleur que ce que tout le monde pensait,

et il savait interpréter les chansons des autres.

Tout ça à la fois.

C'est sûrement le plus grand dans le monde du rock de l'époque.

Et le rock était ce qu'il y avait de plus grand.

Donc il était en haut de l'échelle.

Il était Dylan, il était les Beatles, il était les Stones.

Il était tous ces profils à la fois.

Je crois qu'on était les mieux payés d'Amérique à l'époque.

Quand on mettait les entrées en vente, ça durait deux heures.

Il était plus que célèbre.

Il s'en rendait compte,

mais je pense qu'il ne s'en souciait pas. Il voulait juste être bon.

Et il voulait même être meilleur.

Avec mon ami, on est allés chercher un appartement pour Jimi.

Un joli appartement sur la 12e rue,

entre la 5e et la 6e.

C'était son premier logement à New York, et il l'adorait.

Les films chez Jimi

COLETTE HARRON AMIE

Il invitait des amis à manger et à jouer chez lui.

Il adorait vivre au Village.

Le Village était sympa.

La première fois que j'y suis allée, j'ai trouvé ça sympa.

♪ aimais beaucoup l'endroit.

Grand, avec beaucoup d'espace.

FAYNE PRIDGON AMIE

Il me montrait tout. La petite cuisine.

Et moi : "Ah, tu vas cuisiner."

Au grand désespoir de ses voisins, il avait un appartement.

Parfois, la police l'appelait

GERRY STICKELLS RESPONSABLE TOURNÉE

car il jouait de la guitare à 4 heures du matin.

Tout le monde se plaignait dans la rue.

Il allait de chambre en chambre. Il y avait un tas de filles.

Il était rouge d'excitation.

Il était d'une extrême gentillesse.

PAUL CARUSO AMI/MUSICIEN

Il n'était pas présomptueux. Il profitait juste de sa gloire.

Il était célèbre et reconnu.

À l'époque, on pouvait se balader au Village sans paparazzis.

Pas besoin de gardes du corps.

Il se sentait libre et il était bien.

Sa vie était agréable.

C'était notre adorable Jimi.

Gentil, bienveillant, drôle.

Un super sens de l'humour.

Son ego n'avait pas gonflé.

Je ne pense pas que le serpent de la gloire l'ait mordu.

Nous avons un invité de marque ce soir. Jimi Hendrix.

Vous l'avez vu.

Je ne pense pas qu'il soit déjà passé à la télévision comme ça.

Voici un Jimi Hendrix naïf et innocent.

Qu'aimez-vous entendre dire après un concert ?

Quel genre de compliment?

Je ne sais pas. Je ne vis pas pour les compliments.

En fait, ça me distrait.

Je connais beaucoup de musiciens et d'artistes qui se disent,

en entendant les compliments : "J'ai dû être génial."

Alors ils deviennent gras et satisfaits. Ils se perdent et oublient

leur talent. Ils partent dans un autre monde.

Le problème du succès est difficile

quand on ne pense qu'au blues

et que d'un coup, on amasse beaucoup d'argent.

Il paraît que c'est plus dur de chanter du blues quand on gagne autant.

On ne pourrait donc pas être malheureux avec de l'argent.

Parfois, c'était facile de chanter du blues

quand on est censé gagner beaucoup

car cela devient incontrôlable.

C'est comme les musiciens, surtout les jeunes,

qui gagnent plein de fric et disent : "Fabuleux."

Ils s'égarent et en oublient la musique,

leur talent et l'autre partie d'eux-mêmes.

Donc on peut jouer du blues.

Plus on gagne, plus on peut chanter du blues parfois.

Il niait le mythe de son invulnérabilité et le fait

qu'il soit le meilleur guitariste au monde.

Il le voulait vraiment.

Mais ce qu'il voulait par-dessus tout, c'est que ça ne le perturbe pas.

On vous considère comme le meilleur guitariste du monde...

Non.

Assurément...

L'un des meilleurs de ce studio, en tout cas.

- Le meilleur assis sur cette chaise ! - Oui.

Il n'aimait pas les compliments.

Il s'en défendait.

Il trouvait ça destructeur.

Il voulait rester sur sa faim.

On a joué Purple Haze, Wind Cries Mary,

Hey Joe, Foxy Lady, toutes ces chansons

que je trouve géniales.

Ça faisait deux ans qu'on les jouait,

alors bien sûr, on improvise çà et là.

Selon ce qu'on veut faire passer aux gens.

Il aimait vraiment jouer du blues, mais bien sûr, le public des stades

n'écoute pas trop le blues.

Je me rappelle qu'il m'a dit une fois :

"Je n'ai qu'à casser ma guitare, et les gens aimeront ça.

"Mais je veux en jouer."

C'était vraiment un bluesman.

D'un point de vue commercial, on voulait plus de Jimi Hendrix.

Il était dégoûté de...

Dans toutes les parades

qu'il aimait faire au début

comme techniques de scène.

Mais il se sentait coincé dedans au niveau créativité

et il voulait de la nouveauté.

En vieillissant, on a envie de lâcher certains trucs tape-à-l'œil

et être plus terre-à-terre. C'est peut-être ce qui arrivait.

Merci. Merci beaucoup.

Avec Jimi, on avait parlé d'intégrer d'autres musiciens dans le groupe.

Il y avait de la pression

de la part de Mike Jeffery, car les managers voient loin.

Il pensait encore à Jeffery, je pense,

The Experience, comme tel, avec Noel et moi.

Mais Jimi voyait autre chose.

Il est arrivé à moi en 69

par le biais d'un ami qui savait que Jimi allait à Memphis.

On s'est retrouvés au concert.

Après le concert,

BILLY COX MUSICIEN

on est allés dans sa chambre d'hôtel et on a discuté musique.

Billy et Jimi étaient très proches.

Ils étaient ensemble à l'armée.

Billy était là dès le départ.

Il faisait confiance à Billy, aussi bien musicalement qu'en tant qu'ami.

On jouait à Denver.

Et avant le concert, quelqu'un à l'hôtel avait dit:

"Savez-vous que Jimi a dit à la presse vouloir agrandir le groupe ?"

Moi : "ll ne m'a rien dit."

♪ ai pris un avion, car je ne pouvais plus attendre.

Pourquoi les super groupes se séparent?

Il y a toujours des rumeurs de séparation.

Big Brother a éclaté et...

Sûrement parce qu'ils veulent se la jouer solo.

Ou alors ils veulent faire autre chose que la musique.

Comme Noel Redding. Il est plus dans l'harmonie.

Quand on chante...

Il a formé un groupe en Angleterre.

- Qui c'est? - Noel Redding, le bassiste.

Ah, oui. Noel Redding.

Oui. Billy Cox joue ici.

"Festival de Woodstock" Août 1969

On se reverra.

Allez. On veut du grabuge.

On en a eu marre de The Experience, et de temps en temps,

on va trop loin.

Alors on a décidé de tout changer

et d'appeler ça Gypsy Sun & Rainbows.

À "Woodstock", il s'est pointé avec un type de The Experience

et d'autres que je ne connaissais pas.

Mais ça bougeait.

Le groupe qui a joué à "Woodstock" était vraiment un groupe de fortune

juste pour voir dans quelle direction ça tournerait.

Il évoluait musicalement, comme tous les artistes.

Il voulait montrer un concept :

BILLY COX BASSISTE: GYPSY SUN AND RAINBOWS

présenter ses deux guitares.

♪ ai trouvé Larry Lee, et on a ajouté deux joueurs de Conga, Jerry Velez et Juma.

Il y avait Mitch.

On était amis et on jouait de la musique.

On devait passer à minuit, mais il y avait tellement de retard

qu'on n'a pas pu passer.

On a joué le matin. Il restait des milliers de gens

JUMA SULTAN - PERCUSSIONISTE: GYPSY SUN AND RAINBOWS

quand on a joué.

Il était 9 heures du matin et la moitié du public était partie.

Il restait une vague de boue.

Comment on est inspiré si tôt le matin ?

Il l'était. Il a fait un énorme exploit. Aujourd'hui encore,

les gens écoutent sa performance de "Woodstock" et disent :

"C'est absolument incroyable."

C'est un des temps forts de sa carrière.

"Woodstock" est sûrement une de ses meilleures performances.

Aussi décalé qu'à certains endroits, car il y a certains de ses morceaux

de guitare les plus poignants, souvent au même moment.

La controverse, au niveau de l'hymne national et la façon...

Je ne sais pas. Je l'ai joué, car je suis américain.

Je le chantais à l'école. On me l'a fait chanter, alors...

C'était un flash-back. C'est tout.

Je suis avec lui sur les six, sept, huit premières notes.

Et après, je me suis dit :

"On n'a pas répété ça.

"Lâchons l'affaire."

Puis j'ai entendu l'une des meilleures interprétations de ma vie.

Cette interprétation de Star-Spangled Banner résonne encore,

pour ce qui est de nos vies cette dernière décennie.

Elle m'a ramené à l'esprit tout ce que constituait l'Amérique,

ce qu'on faisait à la guerre, tout ça.

MICHAEL LANG ORGANISATEUR FESTIVAL

Le mouvement des droits civiques et toutes ces luttes.

PAIX SUR LA TERRE !

LE PENTAGONE EST COINCÉ

C'était vraiment la bande-son du pays.

Un pays divisé.

Un pays en désaccord. Un pays en guerre contre le Vietnam.

En fait, il a revisité

VERNON REID MUSICIEN

l'hymne national.

On ne le joue pas pour spolier

la grandeur que l'Amérique est censée avoir.

On le joue pour représenter l'Amérique actuelle.

L'air est légèrement statique.

Cette performance représente une vie qu'il n'aurait jamais imaginée.

Personne, d'ailleurs.

Quand on pense à Jimi, Beaucoup de gens pensent à sa guitare blanche

et au Star Spangled Banner.

Mesdames et messieurs, merci beaucoup.

Hendrix a joué un des événements les plus importants

de cette période

dans de piètres conditions.

Et avec un nouveau groupe, non testé.

Avec un nouveau matériel, non testé.

On oublie qu'à l'époque, les concerts n'étaient pas élaborés.

On se pointait avec un truc novateur

pour émouvoir les gens, la musique et l'époque.

Les super artistes des années 60, notamment, savaient bien

se ré-inventer très rapidement,

sans effort

BOB SANTELLI HISTORIEN DE LA MUSIQUE

et bien en rythme.

Il était en mission : constamment faire mieux

que la veille.

Il ne pouvait pas s'empêcher d'aller toujours plus loin.

Après "Woodstock", il a formé Band of Gypsys.

Ce groupe était une forte prise de position

BUDDY MILES BATTEUR : BAND OF GYPSYS

de trois Noirs.

On avait tous des rapports intimes et de l'amour,

mais on savait aussi ce qu'on pensait être juste,

ce qu'on appréciait et ce qu'on aimait jouer.

Chacun avait participé à sa façon.

Chacun a apporté son expérience.

Et ça a donné Band of Gypsys. Notre sonorité était absolument unique.

Jimi avait signé un contrat

quand il travaillait avec Curtis Knight, avant The Jimi Hendrix Experience,

qui l'obligeait à faire un album pour Capitol Records.

Il ne l'avait pas honoré, mais ils étaient devenus détenteurs des droits.

Je savais qu'il devait cet album à Capitol, ce qui a dû

lui mettre la pression.

Il a finalement décidé de faire un album live au Fillmore.

Une super décision, je pense.

Je vous souhaite une bonne année.

1er janvier 1970

♪ espère que vous en vivrez beaucoup d'autres.

Si on passe l'été.

Je dédie celle-ci à l'horrible scène qui se joue

et à tous les soldats qui se battent à Chicago, Milwaukee et New York.

Oui. Et à tous ceux qui se battent au Vietnam.

Je vais jouer Machine Gun.

Cette soirée a été plus que spéciale.

Électrique et magique.

Il était super heureux de jouer cette musique.

Il retournait à ses racines.

Pour Machine Gun,

on a puisé dans un style qu'on appelait le Delta blues.

Je crois que ça venait du Sud profond.

Son luxe suprême, c'était de jouer ce qu'il avait envie.

Et tout le monde adorait ça.

Ça n'a pas duré longtemps, car après l'album, le groupe s'est séparé.

Ce n'est malheureusement pas ce que voulaient les responsables.

Eric est-il par ici ?

Après Band of Gypsys avec Buddy et Billy,

il y a eu réunion de groupe.

Le groupe allait se reformer avec Noel et moi-même.

On ferait encore une tournée, tout ça.

Jimi me voulait comme bassiste.

Alors, Mitch, Jimi et moi, on est repartis en tournée

comme avec The Experience.

Notre tournée allait s'étaler sur plusieurs mois,

mais à travailler seulement le week-end.

Quand on était sur la route, on y était.

Mais quand on était chez nous ou en ville, on passait tout notre temps au studio.

Je suis sûr qu'il dépensait 300000 s par an,

ce qui faisait beaucoup à l'époque.

Jimi jouait dans un club du Village appelé the Generation.

Il fait à Mike : "Et si on achetait ça ?

"J'aurais un endroit pour jouer

"et on ferait un petit studio au fond."

Je leur ai dit : "Vous êtes fous ? Vous voulez faire une discothèque ?"

Faisons un studio pour Jimi.

"Faisons le meilleur studio d'enregistrement du monde."

Il pensait que la création de ce studio

lui aurait donné une incroyable liberté.

Pouvoir créer autant de musique qu'il le souhaitait,

c'était géant.

Jimi avait ses idées sur le studio et son atmosphère.

JOHN STORYK ARCHITECTE : ELECTRIC LADY STUDIOS

Très peu d'idées sur l'acoustique. Il laissait ça à Eddie.

Eddie et moi avons dû transposer ça dans la réalité.

La construction a démarré et s'est arrêtée plusieurs fois,

souvent à cause de l'argent.

Jimi proposait un autre accord, un concert ou autre.

Une somme d'argent surgissait, et un mois après, ça reprenait.

En fait, les concerts payaient le studio.

Littéralement, alors qu'il construisait l'Electric Lady,

le studio de la 8e rue.

Alors ? Vous allez bien ?

D'accord. Allez, on y va.

Donnez-nous une minute pour nous accorder

et finir nos joints. D'accord ?

Berkeley Community Theatre 30 mai 1970

Il a eu une grosse avance de la Warner, le label américain

pour financer le bâtiment d'Electric Lady Studios.

Bien sûr, ils veulent un retour sur investissement.

Le direction et la maison de disques nous mettent la pression.

La route, l'argent, la pression partout.

Tout cela doit jouer sur le psyché.

Tous voulaient lui faire faire un truc.

Un film, une émission de télévision,

un concert. Ils voulaient tous quelque chose.

Les gens sortaient de nulle part.

C'était trop pour lui. Voilà, le problème.

Ça faisait trop à force.

Et c'est impossible. Enfin, on peut le faire grâce à certains produits.

Il n'a pas géré sa célébrité comme on le fait aujourd'hui.

Il y a une façon de gérer la célébrité aujourd'hui.

Mais ce n'était pas pour lui.

Il avait tout, mais quand on a tout, on trouve

que tout avoir n'est pas si drôle qu'essayer de tout avoir.

Jimi était très simple.

Il lui fallait peu de choses. Il avait besoin de sa musique,

de quelques amis.

Son studio d'enregistrement était son plus grand luxe.

Et il le méritait.

Alors, tous les jours, on allait de l'appartement au studio.

♪ ignore si un autre artiste avait son propre studio.

JOHN JANSEN INGÉNIEUR DU SON

En tout cas, pas comme celui d'Electric Lady.

S'ils en avaient un,

ce devait être un studio chez eux ou une petite salle ailleurs.

Rien à voir avec l'Electric Lady.

Pour Jimi, je pense qu'aller à l'Electric Lady,

même s'il avait des moments de frustration,

le fait d'être dans le studio qu'il adorait

et avec ceux avec qui il aimait jouer, Billy et Mitch à ce moment-là,

lui faisait du bien et le soulageait.

L'Electric Lady le sécurisait.

Cet endroit lui faisait oublier le stress et la chaos de la vie.

C'est comme ça qu'il voulait faire de la musique.

Sans les distractions de l'industrie et de la fête.

Pour un homme comme Jimi Hendrix, un artiste, un créatif,

il lui fallait un endroit comme l'Electric Lady Studio.

C'est donc devenu son, et notre, laboratoire.

Les premières fois où il est allé à l'Electric Lady,

entre mai 70 et fin août,

il a fait de nombreux enregistrements.

Ça, c'est Dolly Dagger, un des morceaux sur lesquels Jimi et moi travaillions

avant qu'il ne parte en Europe en août 1970.

On a fini le mixage de ce morceau juste avant sa tournée en Europe.

Le problème, c'est qu'en partant en Europe,

il était content de ses compositions.

Avant de partir pour Londres,

il a dit qu'il mourrait avant 30 ans.

C'était une prémonition.

Je lui ai dit de ne pas dire ça, de ne jamais parler comme ça.

Il m'a dit: "Je sais que je vais mourir avant d'avoir 30 ans, mais ça va.

"Ce qui me désole, c'est que j'ai encore beaucoup de musique à écrire."

"Festival de l'Île de Wight" Août 1970

A l"'Île de Wight", j'ignorais dans quel état d'esprit était Jimi.

Ça devait beaucoup compter pour lui. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas joué

en Angleterre.

Et c'était un début pour nous.

La guitare. Vous avez un guitariste ?

Tout le monde voulait voir Jimi Hendrix.

CHRIS WELCH JOURNALISTE DE LA MUSIQUE

Il serait la vedette de la dernière soirée.

Il est arrivé super en retard.

Tout le monde était exténué.

- Allez, on y va. - Vous êtes prêts ?

Demandez aux responsables de tournées. On est prêts ?

- D'accord. C'est bon. - On est prêts.

Alors dis au présentateur d'y aller.

Le guitariste, Jimi Hendrix.

Bonsoir. Vous allez bien ? Ravi d'être avec vous.

On va jouer Freedom.

L"'Île de Wight", c'était un festival.

Je ne pense pas qu'il voulait le faire.

GERRY STICKELLS RESPONSABLE TOURNÉE

C'était mal organisé. On l'a fait. On ferait aussi les autres,

qu'on en finisse pour rentrer à New York.

"Festival Île de Fehmarn" 6 septembre 1970

Ils étaient en tournée en Allemagne.

Billy est tombé malade et a dû retourner aux États-Unis.

Jimi est allé traîner à Londres.

Il ne savait pas vraiment ni ce qui se passait, ni ce qu'il allait faire,

ni où allait le groupe.

Londres 17 septembre 1970

Il m'a appelé d'Angleterre

en me demandant : "Tu peux m'amener les enregistrements à Londres ?

"Je veux travailler dessus."

Je lui ai dit : "Jimi, on t'a construit un studio d'un million de dollars."

"Oui, oui. Mais... Bon, laisse tomber.

"On se voit dans huit jours. Pas de souci."

Jimi m'a appelé.

Il m'a dit: "J'ai besoin de toi. Il faut finir

"des trucs au studio."

♪ ai dit : "D'accord." Et lui : "Parfait."

The Jimi Hendrix Experience, c'est terminé.

Le musicien d'acid rock est mort aujourd'hui dans un hôpital londonien.

Durant sa courte carrière, Hendrix a déliré avec sa guitare électrique

inventant des sons méconnus et un nouveau genre de musique.

On a parlé de sa bonne étoile à Monterey.

Où était-elle donc en septembre 70 ?

♪ aimerais savoir.

Je n'ai jamais eu de souci par rapport à mon passé avec Jimi

car la veille de sa mort, on avait décidé de retravailler ensemble.

Malheureusement, il est mort environ 27 heures après.

Je parle de lui à mes petits-enfants.

Je montre ses lettres aux gens. ♪ aime mes lettres.

Tout me rappelle Jimi.

Un super type, un de mes meilleurs amis.

Il me manque, même après 40 ans.

Comme un frère.

♪ ai perdu ce super ami musicien.

Et le monde de la musique a perdu un génie.

Ça a été un réel coup dur.

Jusqu'à aujourd'hui, personne ne lui arrive à la cheville.

Il était vraiment très spécial.

Vous ne m'en croyiez pas capable ?

L'histoire de la vie est plus rapide qu'un clin d'œil

l'histoire de l'amour c'est bonjour et au revoir

jusqu'à la prochaine fois

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