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Chapitre 3 Le mythe de la femme joue un rôle considérable dans la littérature.

Mais quelle importance a-t-il dans la vie quotidienne ? Dans quelle mesure

affectent-ils les mœurs et les conduites individuelles ? Pour répondre à cette

question, il faudrait préciser les rapports qu'il soutient avec la réalité.

Il y a diverses sortes de mythes.

Celui-ci, sublimant un aspect immuable de la condition humaine, qui est la

section de l'humanité en deux catégories d'individus, est un mythe statique. Il

projette dans un ciel platonicien une réalité saisie dans l'expérience ou

conceptualisée à partir de l'expérience.

Au fait, à la valeur, à la signification, à la notion, à la loi

empirique, il substitue une idée transcendante, intemporelle, immuable.

Cette idée échappe à toute contestation puisqu'elle se situe par-delà le donné.

Elle est douée d'une vérité absolue.

Ainsi, à l'existence dispersée, contingente et multiple des femmes, la

pensée mythique oppose l'éternel féminin, unique et figé.

Si la définition qu'on en donne est contredite par les conduites des femmes

de chair et d'os, ce sont celles-ci qui ont tort.

On déclare non que la féminité est une entité, mais que les femmes ne sont pas

féminines. Les démentis de l'expérience ne peuvent rien contre le mythe.

Cependant, d'une certaine manière, il prend sa source en elle.

Ainsi, il est exact que la femme est autre que l'homme, et cette altérité est

concrètement éprouvée dans le désir, l'étreinte, l'amour.

Mais la relation réelle est de réciprocité.

Comme telle, elle engendre des drames authentiques.

À travers l'érotisme, l'amour, l'amitié et leurs alternatives de déception, de

haine, de rivalité, elle est lutte des consciences qui se veulent chacune

essentielle. Elle est reconnaissance des libertés qui se confirment l'une l

'autre. Elle est passage indéfini de l'inimitié à la complicité.

Poser la femme, c'est poser l'autre absolu, sans réciprocité, refusant

contre l'expérience qu'elle soit un sujet.

Dans la réalité concrète, les femmes se manifestent sous des aspects divers,

mais chacun des mythes édifiés à propos de la femme prétend la résumer tout

entière. Chacune se veut unique.

La conséquence en est qu'il existe une pluralité de mythes incompatibles et que

les hommes demeurent rêveurs devant les étranges incohérences de l'idée de

féminité.

Comme chaque femme participe à une pluralité de ces archétypes, qui

prétendent chacun enfermer sa seule vérité, ils retrouvent aussi, devant

leur compagne, le vieil étonnement des sophistes, qui comprenaient mal que l

'homme pût être blond et brun à la fois.

Le passage à l'absolu s'exprime déjà dans les représentations sociales.

Les relations s'y figent facilement en classe, les fonctions en type, comme

dans la mentalité enfantine, les rapports se fixent en choses.

Par exemple, la société patriarcale, centrée sur la conservation du

patrimoine, implique nécessairement, à côté d'individus qui détiennent et

transmettent les biens, l'existence d'hommes et de femmes qui les arrachent

à leurs propriétaires et les font circuler.

Les hommes, aventuriers, escrocs, voleurs, spéculateurs, sont généralement

désavoués par la collectivité.

Les femmes, usant de leur attrait érotique, ont la possibilité d'inviter

les jeunes gens et même les pères de famille à dissiper leur fortune sans

sortir de la légalité.

Elles s'approprient leur fortune ou captent leur héritage.

Cette réputation étant considérée comme néfaste, on appelle « mauvaise femme »

celles qui le remplissent.

En fait, elles peuvent au contraire apparaître dans un autre foyer, celui de

leur père, de leur brère, de leur mari, de leur amant.

Une courtisane qui dépouille de riches financiers est pour les peintres et les

écrivains un mécène.

L'ambiguïté du personnage d'Aspasie, de Madame de Pompadour, se laisse

facilement comprendre dans une expérience concrète.

Mais si on pose que la femme, c'est la mente religieuse, la mandragore, le

démon, l'esprit demeure confondu s'il découvre aussi en elle la muse, la

déesse-mère, Béatrice.

Comme les représentations collectives et entre autres les types sociaux se

définissent généralement par couples opposés, l'ambivalence semblera une

propriété intrinsèque de l'éternel féminin. La sainte mère a pour

corrélatif la marâtre cruelle, l'angélique jeune fille, la vierge

perverse. Ainsi, on dira tantôt que mère égale vie ou que mère égale mort, que

toute pucelle est un pur esprit ou une chair vouée au diable.

Ce n'est évidemment pas la réalité qui dicte à la société ou aux individus leur

choix entre les deux principes opposés d'unification.

À chaque époque, dans chaque cas, société et individus décident d'après

leurs besoins. Très souvent, ils projettent dans le mythe adopter les

institutions et les valeurs auxquelles ils sont attachés. Ainsi, le

paternalisme qui réclame la femme au foyer la définit comme sentiment,

intériorité, immanence. En fait, Tout existant est à la fois immanence et

transcendance. Quand on ne lui propose pas de but ou qu'on l'empêche d'en

atteindre aucun, qu'on le frustre de sa victoire, sa transcendance tombe

vainement dans le passé, c'est-à-dire retombe en immanence. C'est le sort

assigné à la femme dans le patriarcat. Mais ce n'est aucunement...

une vocation, non plus que l'esclavage n'est la vocation de l'esclave. On voit

clairement chez Auguste Comte le développement de cette mythologie.

Identifier la femme à l'altruisme, c'est garantir à l'homme des droits absolus à

son dévouement. C'est imposer aux femmes un devoir être catégorique.

Il ne faut pas confondre le mythe avec la saisie d'une signification. La

signification est immanente à l'objet.

elle est révélée à la conscience dans une expérience vivante, tandis que le

mythe est une idée transcendante qui échappe à toute prise de conscience.

Quand, dans l'âge d'homme, Michel Léris décrit sa vision des organes féminins,

il nous livre des significations et n'élabore pas aucun mythe. L

'émerveillement devant le corps féminin, le dégoût du sang menstruel sont des

appréhensions d'une réalité concrète. Il n'y a rien de mythique dans l'expérience

qui découvre les qualités voluptueuses de la chair féminine et on ne passe pas

au mythe quand on tente de les exprimer par des comparaisons avec des fleurs ou

des cailloux.

Mais dire que la femme c'est la chair, dire que la chair est nuit et mort, ou

qu'elle est la splendeur du cosmos, c'est quitter la vérité de la terre et s

'envoler vers un ciel vide.

Car l'homme aussi est chair pour la femme, et celle-ci est autre qu'un objet

charnel. Et la chair revêt pour chacun et dans chaque expérience des

significations singulières. Il est de même tout à fait vrai que la femme

est... comme l'homme un être enraciné dans la nature.

Elle est plus que le mâle asservi à l'espace, son animalité est la plus

manifeste. Mais en elle, comme en lui, le donné est assumé par l'existence,

elle appartient aussi au règne humain. L'assimiler à la nature, c'est un simple

parti pris. Peu de mythes ont été plus avantageux que celui-ci, à la caste

maîtresse, il justifie tous ses privilèges et l'autorise même à en

abuser. Les hommes n'ont pas assez soucié d'alléger les souffrances et les

charges qui sont physiologiquement le lot des femmes, puisque celles-ci sont

voulues par la nature.

Ils en prennent prétexte pour augmenter encore la misère de la condition

féminine, par exemple pour dénier à la femme tout droit au plaisir sexuel, pour

la faire travailler comme une bête de somme. De tous ces mythes, aucun n'est

plus ancré dans les cœurs masculins que celui du mystère féminin.

il a quantité d'avantages. Et d'abord, il permet d'expliquer sans frais tout ce

qui paraît inexplicable.

À une déficience subjective, l'homme qui ne comprend pas une femme est heureux de

substituer une résistance objective.

Au lieu d'admettre son ignorance, il reconnaît hors de lui la présence d'un

mystère. Voilà un alibi qui flatte à la fois la paresse et la vanité.

Un cœur épris s'évite en si bien des déceptions.

Si les conduites de la bien-aimée sont capricieuses, ses propos stupides, le

mystère leur sert d'excuse.

Enfin, grâce au mystère, se perpétue ce rapport négatif qui semblait à

Kierkegaard infiniment préférable à une possession positive.

En face d'une vivante énigme, l'homme demeure seul.

Seul avec ses rêves, ses espoirs, ses craintes, son amour, sa vanité, ce jeu

subjectif qui peut aller du vice à l'extase mystique est pour beaucoup une

expérience plus attrayante qu'un authentique rapport avec un être humain.

Sur quelle base repose donc une illusion si profitable ? Assurément, en un sens,

la femme est mystérieuse.

Mystérieuse comme tout le monde, selon le mot de Metterlinck.

Chacun n'est sujet que pour soi.

Chacun ne peut saisir dans son immanence que soi seul.

De ce point de vue, l'autre est toujours mystère.

Aux yeux des hommes, l'opacité du « pour soi » est plus flagrante chez l'autre

féminin. Ils ne peuvent par aucun effet de sympathie pénétrer son expérience

singulière. La qualité du plaisir érotique de la femme, les malaises de la

menstruation, les douleurs de l'accouchement, ils sont condamnés à les

ignorer. En vérité, il y a réciprocité du mystère.

En tant qu'autre et qu'autre de sexe masculin, il y a aussi au cœur de tout

homme une présence fermée sur soi et impénétrable à la femme.

Elle ignore ce qu'est l'érotisme du mal.

Mais selon la règle universelle que nous avons constatée, les catégories à

travers lesquelles les hommes pensent le monde sont constituées de leur point de

vue, comme absolu. Ils méconnaissent ici comme partout la réciprocité.

Mystère pour l'homme, la femme est regardée comme mystère en soi.

A vrai dire, sa situation la dispose singulièrement à être considérée sous

cette figure.

Son destin physiologique est très complexe. Elle-même le subit comme une

histoire étrangère. Son corps n'est pas pour elle une claire expression d'elle

-même. Elle s'y sent aliénée.

Le lien qui en tout individu rattache la vie physiologique et la vie psychique,

ou pour mieux dire la relation existante entre la facticité d'un individu et la

liberté qu'il assume, est la plus difficile énigme impliquée par la

condition humaine. C'est chez la femme qu'elle se pose de la manière la plus

troublante. Mais ce qu'on appelle mystère, ce n'est pas le pur silence, la

nuit, l'absence. Il implique une présence balbutiante qui échoue à se

manifester. Dire que la femme est mystère, c'est dire non qu'elle se tait,

mais que son langage n'est pas entendu.

Elle est là, mais cachée sous des voiles. Elle existe par-delà ses

incertaines apparitions.

Qui est-elle ? Un ange ? Un dément ? Une inspirée ? Une comédienne ? On suppose

ou bien qu'il existe à ces questions des réponses impossibles à découvrir, ou

plutôt qu'aucune n'est adéquate parce qu'une fondamentale ambiguïté affecte l

'être féminin. En son cœur, elle est pour soi-même indéfinissable.

Un sphinx. Le fait est qu'elle serait bien embarrassée de décider qui elle

est. La question ne comporte pas de répousse.

Mais ce n'est pas que la vérité cachée soit trop ondoyante pour se laisser

cerner. C'est qu'en ce domaine, il n'y a pas de vérité.

Un existant n'est rien d'autre que ce qu'il fait.

Le possible ne déborde pas le réel. L'essence ne précède pas l'existence.

Dans sa pure subjectivité, l'être humain n'est rien. On le mesure à ses actes.

D'une paysanne, on peut dire qu'elle est une bonne ou une mauvaise travailleuse,

d'une actrice qu'elle a ou n'a pas de talent.

Mais si on considère une femme dans sa présence immanente, on ne peut

absolument rien d'en dire.

Elle est en deçà d'aucune qualification.

Or, dans les relations amoureuses ou conjugales, dans toutes les relations où

la femme est la vassale, l'autre, c'est dans son immanence qu'on la saisit.

Il est frappant que la camarade, la collègue ou l'associé soit sans mystère.

En revanche, si le vassal est mâle, si en face d'un homme ou d'une femme plus

âgé que lui, plus riche, un jeune garçon par exemple, apparaît comme l'objet

inessentiel, il s'enveloppe lui aussi de mystère.

Et ceci nous découvre une infrastructure du mystère féminin qui est d'ordre

économique.

Un sentiment non plus n'est rien.

Dans le domaine des sentiments, le réel ne se distingue pas de l'imaginaire,

écrit Gide.

Et il suffit d'imaginer qu'on aime pour aimer.

Ainsi suffit-il de se dire qu'on imagine aimer quand on aime, pour aussitôt aimer

un peu moins.

Entre l'imaginaire et le réel, il n'y a de discrimination qu'à travers des

conduites. L'homme détenant dans ce monde une situation privilégiée, c'est

lui qui est à même de manifester activement son amour.

Très souvent, il entretient la femme, ou du moins, il l'aide.

En l'épousant, il lui donne une position sociale.

Il lui fait des cadeaux. Son indépendance économique et sociale lui

permet des initiatives et des inventions.

Séparé de Madame de Ville-Parisie, c'est Monsieur de Norpois qui faisait des

voyages de 24 heures pour la rejoindre.

Très souvent, il est occupé. Elle est oisive.

Le temps qu'il passe avec elle, il le lui donne.

Elle le prend.

Avec plaisir, avec passion ou simplement pour se distraire ? Accepte-t-elle ses

bienfaits par amour ou par intérêt ? Aime-t-elle le mari ou le mariage ? Bien

entendu, les preuves même que donne l'homme sont ambiguës. Tel don est-il

consenti par amour ou par pitié ? Mais tandis que normalement la femme trouve

au commerce de l'homme quantité d'avantages, le commerce de la femme n

'est profitable à l'homme que dans la mesure où il l'aime.

Aussi, d'après l'ensemble de son attitude, on peut à peu près estimer le

degré de son attachement.

Tandis que la femme n'a guère le moyen de sonder son propre cœur.

Selon ses humeurs, elle prendra sur ses sentiments des points de vue différents.

Et tant qu'elle les subira passivement, aucune interprétation ne sera plus vraie

qu'une autre.

Au cas assez rare où c'est elle qui détient les privilèges économiques et

sociaux, le mystère se renverse, ce qui montre bien qu'il n'est pas lié à ce

sexe plutôt qu'à cet autre, mais à une situation.

Pour un grand nombre de femmes, les chemins de la transcendance sont barrés.

Parce qu'elles ne font rien, elles ne se font être rien.

Elles se demandent indéfiniment ce qu'elles auraient pu devenir, ce qui les

conduit à s'interroger sur ce qu'elles sont.

C'est une vaine interrogation.

Si l'homme échoue à découvrir cette essence secrète, c'est que tout

simplement, elle n'existe pas.

Maintenue en marge du monde, la femme ne peut se définir objectivement à travers

ce monde, et son mystère ne recouvre que du vide.

En outre, il arrive que, comme tous les opprimés, elle dissimule délibérément sa

figure objective.

L'esclave, le serviteur, l'indigène, tous ceux qui dépendent des caprices d

'un maître, ont appris à lui opposer un immuable sourire ou une énigmatique

impassibilité. Leurs vrais sentiments, leurs vraies conduites, ils les cachent

soigneusement. À la femme aussi, on apprend depuis l'adolescence à mentir

aux hommes, à ruser et à biaiser. Elle les aborde avec des visages d'emprunt.

Elle est prudente, hypocrite, comédienne. Mais le mystère féminin tel

que le reconnaît la pensée mythique est une réalité plus profonde. En fait, il

est immédiatement impliqué dans la mythologie de l'autre absolu.

Si on admet que la conscience inessentielle est elle aussi une

subjectivité translucide, capable d'opérer le cogito, on admet qu'elle est

en vérité souveraine et qu'elle retourne à l'essentiel.

Pour que toute réciprocité apparaisse impossible, il faut que l'autre soit

pour soi un autre, que sa subjectivité même soit affectée par l'altérité.

Cette conscience qui serait aliénée en tant que conscience, dans sa pure

présence immanente, serait évidemment mystère. Elle serait mystère en soi du

fait qu'elle le serait pour soi. Elle serait le mystère absolu.

C'est ainsi qu'il y a, par-delà le secret que crée leur dissimulation, un

mystère du noir, du jaune, en tant qu'ils sont considérés absolument comme

l'autre inessentiel.

Il faut remarquer que le citoyen américain, qui déconcerte profondément l

'européen moyen, n'est cependant pas considéré comme mystérieux. Plus

modestement, on assure qu'on ne le comprend pas.

Ainsi, la femme ne comprend pas toujours l'homme, mais il n'y a pas de mystère

masculin. C'est que la riche Amérique, le mâle, sont du côté du maître et que

le mystère est propriété de l'esclave.

Bien entendu, on ne peut que rêver dans les crépuscules de la mauvaise foi sur

la réalité positive du mystère.

Semblable à certaines hallucinations marginales, dès qu'on essaie de le

fixer, il se dissipe.

La littérature échoue toujours à peindre des femmes mystérieuses. Elles peuvent

seulement apparaître au début d'un roman comme étranges, énigmatiques, mais à

moins que l'histoire ne demeure inachevée, elles finissent par livrer

leurs secrets et elles sont alors des personnages cohérents et translucides.

Par exemple, le héros des livres de Peter Cheney ne cesse de s'étonner des

imprévisibles caprices des femmes.

On ne peut jamais deviner comment elles vont se conduire, elles déjouent tous

les calculs. En vérité, dès que les ressorts de leurs actes sont dévoilés au

lecteur, elles apparaissent comme de très simples mécanismes.

Celle-ci était espionne, celle-là voleuse.

Si habile que soit l'intrigue, il y a toujours une clé et il ne saurait en

être autrement. L'auteur utile tout le talent, toute l'imagination qu'on peut

souhaiter. Le mystère n'est jamais qu'un mirage. Il s'évanouit dès qu'on essaie

de le cerner.

Ainsi, nous voyons que le mythe s'explique en grande partie par l'usage

que l'homme en fait.

Le mythe de la femme est un luxe. Il ne peut apparaître que si l'homme échappe à

l'urgente emprise de ses besoins.

Plus des rapports sont concrètement vécus, moins ils sont idéalisés.

Le félat de l'ancienne Égypte, le paysan bédouin, l'artisan du Moyen-Âge, l

'ouvrier contemporain ont, dans les nécessités du travail et de la pauvreté,

des rapports trop définis avec la femme singulière qui est leur compagne pour la

parer d'une aura faste ou néfaste. Ce sont les époques et les classes à qui

étaient accordées les loisirs de rêver qui ont dressé les statues noires et

blancs de la féminité.

Mais le luxe a aussi une utilité.

Ses rêves étaient impérieusement dirigés par des intérêts.

Certes, la plupart des mythes ont des racines dans l'attitude spontanée de l

'homme à l'égard de sa propre existence et du monde qu'il investit. Mais le

dépassement de l'expérience vers l'idée transcendante a été délibérément opéré

par la société patriarcale à des fins d'auto-justification.

À travers les mythes, elle imposait aux individus ses lois et ses mœurs d'une

manière imagée et sensible.

C'est sous la forme mythique que l'impératif collectif s'insinuait dans

chaque conscience.

Par l'intermédiaire des religions, des traditions, du langage, des contes, des

chansons et du cinéma, les mythes pénètrent jusque dans les existences les

plus durement asservies aux réalités matérielles.

Chacun peut y puiser une sublimation de ses modestes expériences.

Trompé par une femme aimée, celui-ci déclare qu'elle est une matrice enragée.

Cet autre est obsédé par l'idée de son impuissance virile. Voilà la femme,

menthe religieuse.

Celui-là se plaît en compagnie de sa femme. Voilà harmonie, repos, terre

nourricière. Le goût d'éternité à bon marché, d'un absolu de poche qu'on

rencontre chez la plupart des hommes, se satisfait des mythes. La moindre

émotion, une contrariété, deviennent le reflet d'une idée intemporelle. Cette

illusion flatte agréablement la vanité.

Ainsi, nous voyons que le mythe s'explique en grande partie par l'usage

que l'homme en fait.

Le mythe de la femme est un luxe. Il ne peut apparaître que si l'homme échappe à

l'urgente emprise de ses besoins.

Plus des rapports sont concrètement vécus, moins ils sont idéalisés.

Le fela de l'ancienne Égypte, le paysan bédouin, l'artisan du Moyen-Âge, l

'ouvrier contemporain ont, dans les nécessités du travail et de la pauvreté,

des rapports trop définis avec la femme singulière qui est leur compagne pour la

parer d'une aura faste ou néfaste. Ce sont les époques et les classes à qui

étaient accordées les loisirs de rêver qui ont dressé les statues noires et

blancs de la féminité.

Mais le luxe a aussi une utilité.

Ces rêves étaient impérieusement dirigés par des intérêts.

Certes, la plupart des mythes ont des racines dans l'attitude spontanée de l

'homme à l'égard de sa propre existence et du monde qui l'investit. Mais le

dépassement de l'expérience vers l'idée transcendante a été délibérément opéré

par la société patriarcale à des fins d'auto-justification.

À travers les mythes, elle imposait aux individus ses lois et ses mœurs d'une

manière imagée et sensible.

C'est sous la forme mythique que l'impératif collectif s'insinuait dans

chaque conscience.

Par l'intermédiaire des religions, des traditions, du langage, des contes, des

chansons et du cinéma, les mythes pénètrent jusque dans les existences les

plus durement asservies aux réalités matérielles.

Chacun peut y puiser une sublimation de ses modestes expériences.

Trompé par une femme aimée, celui-ci déclare qu'elle est une matrice enragée.

Cet autre est obsédé par l'idée de son impuissance virile. Voilà la femme,

mente religieuse.

Celui-là se plaît en compagnie de sa femme. Voilà harmonie, repos, terre

nourricière. Le goût d'éternité à bon marché, d'un absolu de poche qu'on

rencontre chez la plupart des hommes, se satisfait des mythes. La moindre

émotion, une contrariété, deviennent le reflet d'une idée intemporelle. Cette

illusion flatte agréablement la vanité.

Le mythe est un de ces pièges de la fausse.

Objectivité dans lesquelles l'esprit de sérieux donne tête baissée. Il s'agit

encore une fois de remplacer l'expérience vécue et les libres

jugements qu'elle réclame par une idole figée.

Un rapport authentique avec un existant autonome, le mythe de la femme,

substitue l'immobile contemplation d'un mirage.

Mirage, mirage, il faut les tuer puisqu'on ne peut les saisir.

ou bien les rassurer, les informer, leur faire passer le goût des bijoux, en

faire véritablement nos compagnes égales, nos amis intimes, des associés d

'ici-bas, les habiller autrement, leur couper les cheveux, leur tout dire, s

'écria la forge.

L'homme n'aurait rien à perdre, bien au contraire, s'il renonçait à déguiser la

femme en symbole.

Les songes, quand ils sont collectifs et dirigés, des clichés, sont bien pauvres

et monotones auprès de la réalité vivante. Pour le vrai rêveur, pour le

poète, elle est une source bien plus féconde qu'un merveilleux éculé.

Les époques qui ont chéri le plus sincèrement les femmes, ce n'est pas la

féodalité courtoise, ni le galant XIXe siècle, ce sont celles, le XVIIIe siècle

par exemple, où les femmes voyaient dans les femmes des semblables. C'est alors

qu'elles apparaissent comme vraiment romanesques. Il n'est que d'élire les

liaisons dangereuses, le rouge et le noir, l'adieu aux armes pour s'en rendre

compte. Les héroïnes de Laclosse de Stendhal, de Hemingway, sont sans

mystère. Elles n'en sont pas moins attachantes.

Reconnaître dans la femme un être humain, ce n'est pas appauvrir l

'expérience de l'homme, celle-ci ne perdrait rien de sa diversité, de sa

richesse, de son intensité, si elle s'assumait dans son intersubjectivité.

Refuser les mythes, ce n'est pas détruire tout. toute relation dramatique

entre les sexes. Ce n'est pas nier les significations qui se révèlent

authentiquement à l'homme à travers la réalité féminine. Ce n'est pas supprimer

la poésie, l'amour, l'aventure, le bonheur, le rêve. C'est seulement

demander que conduite, sentiment, passion soient fondés dans la vérité. La

femme se perd.

Où sont les femmes ? Les femmes d'aujourd'hui ne sont pas des femmes.

On a vu quel était le sens de ces mystérieux slogans.

Aux yeux des hommes et de la légion de femmes qui voit par ses yeux, il ne

suffit pas d'avoir un corps de femme, ni d'assumer comme amante, comme mère, la

fonction de femelle pour être une vraie femme.

À travers la sexualité et la maternité, le sujet peut revendiquer son autonomie.

La vraie femme est celle qui s'accepte comme autre.

Il y a dans l'attitude des hommes d'aujourd'hui une duplicité qui crée

chez la femme un déchirement douloureux. Ils acceptent dans une assez grande

mesure que la femme soit une semblable, une égale, et cependant ils continuent à

exiger qu'elle demeure l'inessentielle.

Pour elle, ces deux destins ne sont pas conciliables. Elle hésite entre l'un et

l'autre sans être exactement adaptée à aucun.

Et c'est de là que vient son manque d'équilibre.

Chez l'homme, il n'y a entre vie publique et vie privée aucun hiatus.

Plus il affirme dans l'action et le travail sa prise sur le monde, plus il

apparaît comme viril.

En lui, valeurs humaines et valeurs vitales sont confondues. Au lieu que les

réussites autonomes de la femme sont en contradiction avec sa féminité, puisqu

'on demande à la vraie femme de se faire objet, d'être l'autre.

Il est très possible que sur ce point, la sensibilité, la sexualité même des

hommes se modifient. Une nouvelle esthétique est déjà née. Si la mode des

poitrines plates et des hanches maigres de la femme éphèbe n'a eu qu'un temps,

on n'en est cependant pas revenu à l'opulent idéal des siècles passés.

On demande au corps féminin d'être cher, mais discrètement.

Il doit être mince et non alourdi de graisse.

Musclé, souple, robuste, il faut qu'il indique la transcendance. On le préfère

non pas blanc comme une plante de serre, mais ayant affronté le soleil universel.

Allé comme un torse de travailleur.

En devenant pratique, le costume de la femme ne l'a pas fait apparaître comme

asexué. Au contraire, les jupes courtes ont mis en valeur beaucoup plus que

naguères, jambes et cuisses. On ne voit pas pourquoi le travail la priverait de

son attrait érotique.

Saisir à la fois la femme comme un personnage social et comme une proie

charnelle peut être troublant. Dans une série de dessins de Peinet paru

récemment, on voyait un jeune fiancé délaisser sa promise parce qu'il était

séduit par la jolie mairesse qui se disposait à célébrer le mariage.

Qu'une femme exerce un office viril et soit en même temps désirable, ça a été

longtemps un thème de plaisanterie plus ou moins graveleuse.

Peu à peu, le scandale et l'ironie se sont émoussés. Et il semble qu'une

nouvelle forme d'érotisme soit en train de naître. Peut-être engendrera-t-elle

de nouveaux mythes.

Ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui, il est très difficile

aux femmes d'assumer à la fois leurs conditions d'individus autonomes et leur

destin féminin. C'est là la source de ces maladresses, de ces malaises qui les

font parfois considérer comme un sexe perdu.

Et sans doute, il est plus confortable de subir un aveugle esclavage que de

travailler à s'affranchir. Les morts aussi sont mieux adaptés à la terre que

les vivants. De toute façon, un retour au passé n'est pas plus possible qu'il n

'est souhaitable. Ce qu'il faut espérer, c'est que de leur côté, les hommes...

Sous-titrage ST'

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Quand nous donnerons-nous la vraie poignée de main ? Alors Mélusine, non

plus sous le poids de la fatalité déchaînée sur elle par l'homme seul,

Mélusine délivrée, retrouvera son assiette humaine.

Alors elle sera pleinement un être humain, quand sera brisé l'infini

servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l'homme jusqu'ici

abominable, lui ayant donné son renvoi.

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