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Zulu
...
- François !
François !
Soupirs haletants.
...
Il frappe.
- Toc, toc.
- Entre.
- J'ai essayé de t'appeler. Pourquoi tu es partie ?
- Je sais pas. - Non mais pourquoi ?
Un truc m'échappe. Je comprends pas.
- Tu as lu
mon mot ? - Quel mot ?
- Je t'ai laissé un mot sur la table.
- Il y avait pas de mot quand je suis rentré.
Thomas révise.
Il a dû l'embarquer.
C'était quoi ?
- Rien d'important.
- Léa... Ce que tu as vécu est... vertigineux.
Moi aussi, j'aurais aimé qu'on se retrouve 25 ans en arrière.
- C'est pas possible.
- Non.
C'est pas possible.
Un téléphone vibre.
Elle soupire.
- Commandant Soler,
j'écoute.
- Très bien. Merci, Erwan.
On a
un mort à l'abbaye de Saint-Louis.
Bonjour, messieurs.
- Commandant.
La victime... - S'appelle frère François.
30 ans. Mort depuis 8 heures,
vu les rigidités.
Découvert par le frère Benoit.
Un novice,
comme lui.
- D'accord... Et que faisaient deux moines en dehors de l'abbaye ?
- Le frère Benoit était parti en famille. Lui, on sait pas.
- Bizarre, un novice qui se balade en pleine nuit,
en jean, en civil.
Enfin... pas dans sa robe de moine.
- Ah, la coule.
- Oui, à la cool.
- Non, la "coule",
la robe des religieux.
- Je sais.
Pardon...
Vous avez vu l'hématome
dans sa nuque ? Il s'est pas fait ça tout seul.
Il a quoi, là ?
C'est bizarre, cette marque.
- Mystère total.
- Faites transférer le corps à l'IML.
Occupez-vous des moines. - Bien.
- Occupe-toi d'interroger les moines.
- Pas de problème. - Je vais voir l'abbé.
- Bonjour.
- Mon père...
Nous ouvrons une enquête pour meurtre.
- Un meurtre... ?
Pauvre François. Mais qui a pu faire ça ?
- C'est la question qu'on se pose. Ca lui arrivait souvent de sortir ?
- Non, il ne sortait même pas de jour.
Sauf pour les travaux.
- Rien de spécial, ces derniers jours ?
- Non.
Il allait confirmer ses voeux dans 2 semaines,
en même temps que son ami, le frère Benoit.
- En compétition ?
- Mais non !
- Il aurait pu vouloir passer en tête, en l'éliminant.
- Ce n'est pas
un concours. - Ah... OK.
Donc, tout allait bien ?
- L'arrivée de deux novices est une bénédiction.
Nous vieillissons. Et l'abbaye fermera si nous sommes moins de 5.
- Mmm...
- La cellule de frère François.
- Bien...
Il avait emporté ses affaires ? - Non. Il n'avait que ça.
Nous faisons voeu de pauvreté. - Ah...
- Et où serait-il allé ? Il n'avait que nous.
- Peut-être qu'il en a eu assez des trois prières par jour.
- C'est sept offices quotidiens.
Il s'y était bien habitué.
- Peut-être que ça a fait comme avant le mariage.
Au dernier moment, on a un doute et on s'enfuit en courant.
- Il aurait pu le faire en plein jour. Ce n'est pas une prison.
- Et vous avez raison ! Qui partirait sans ses lunettes ?
Il siffle.
Ah ben, oui.
C'est marrant,
ça.
Il dessinait dans sa bible. Vous savez ce que c'est, ça ?
- Je suppose que cet oeil est lié
à la légende selon laquelle l'abbaye abriterait
la dernière larme de Saint-Louis.
- Le célèbre trésor des croisés ? - Oui. Si vous aimez
les légendes médiévales.
- C'est quoi, ces chiffres ?
- Je sais pas. Il a pu avoir besoin
de prendre des notes en étudiant les textes sacrés.
Il se donnait du mal.
- Le frère François, François Millet,
est une vocation tardive.
Entré à l'abbaye à 28 ans mais très pieux et très investi.
- De la famille, des amis ?
- Non. Pas de visites.
Ni lien avec sa famille ni portable.
- Aucune raison
de sortir, encore moins la nuit.
- Et seulement quelques centaines d'euros sur son compte en banque.
- Merci.
- Ca avance ? Moi, j'ai le préfet et l'évêché sur le dos.
Notification.
- Merci. On a beaucoup de mystères, peu de pistes.
Un novice bien intégré dans sa communauté,
qui ne sort jamais. - Mais qui se fait assassiner
dès qu'il sort. ...
- Le capitaine Mauriac et moi
pensons qu'il était attendu devant l'abbaye. A votre avis ?
- Comment ?
- Ca vous intéresse,
ce que je dis ? - Bien sûr.
...
- C'est quoi,
ces messages ?
- Du boulot. ...
Il rit.
- Mmm mmm...
C'est le préfet... Ah non, c'est l'évêché
qui te fait sourire.
- Les deux.
C'est pas tout ça... Au travail.
- Paul. C'est Léa.
On pense que François était attendu hors de l'abbaye, ce soir-là.
- Non.
Mais j'ai découvert une bible avec des dessins, des chiffres,
des symboles, comme une sorte de code.
- Un code ?
- Tu connais... ?
- Pas de légende.
- Non.
- C'est la légende de la larme de Saint-Louis.
Dans cette abbaye...
c'est qu'avec les légendes, tu fais n'importe quoi.
- Rien à voir !
- Mais si. C'était faux, et là aussi. Arrête avec ça !
- Regarde les photos que je t'ai envoyées.
- OK.
- Mmm...
- Oh, c'est le bazar, ici ! C'est normal ?
- Nous ouvrons des cellules pour les plus démunis.
Hier soir, nous avons accueilli
Renaud, un sans-abri. - Hier soir ?
- Il vient parfois.
- On l'a pas vu, ce matin.
- Il est parti avant les laudes.
- Les... ?
- La prière de 5h du matin.
- Ah oui. Oui, bien sûr.
Il a donc
quitté l'abbaye pendant la nuit. Intéressant.
Il s'entendait bien avec la victime ?
- François perpétuait notre tradition d'accueil.
Il n'y a pas eu de problème. - Pouvez-vous me le décrire ?
- Renaud Bettin, 43 ans. Pas de domicile fixe.
Aucune info.
Pas de casier.
- Il aurait une maladie au bras
et serait chelou. - "Chelou" ?
C'est vraiment ce qu'ont dit les moines ?
- Non. Le terme exact, c'était :
"Un peu excentrique mais pas dangereux."
- Excentrique ?
- C'est un chasseur de trésor. Il partageait ça avec François.
- Tu as eu les centres d'accueil ? - Oui. Et personne ne l'a vu.
- S'il a une maladie, il peut être fiché dans un hôpital.
Erwan va rechercher ça.
- Ca va lui faire plaisir.
- Bonjour, Franck.
- Vous allez bien ? - Ca va. Quoi de neuf
sur sa mort ?
- Mort entre minuit et 1h.
Sans surprise. Trauma ante-mortem sur le crâne.
Avec hématome sous-dural.
- Il a été fatal.
Causé par quoi ? - Un objet.
- Quel genre d'objet ? - Je sais pas, mais on analyse
des résidus.
En retraçant numériquement la marque sur sa paume, j'ai ça.
- Paul a trouvé ce motif dans la bible de la victime.
Regardez.
- Comme si, en mourant, il avait serré
quelque chose de toutes ses forces. - Que peut-on serrer très fort ?
- Quelqu'un qu'on aime.
- Un objet qu'on a peur de se faire voler.
- Oui, un objet, bien sûr.
- Vous disiez ? - Oui, un objet.
- Dites-moi, est-ce qu'un objet de l'abbaye
pourrait correspondre à cette marque ?
- C'est le symbole de la larme de Saint-Louis.
Aucun objet ne ressemble à ça, ici. - Frère François
s'y intéressait ?
- Il croyait que c'était
un diamant. - Tout s'explique.
C'est peut-être ça qu'il tenait.
- Le diamant ?
- Oui, ou l'objet qui le contenait.
Il aurait voulu le vendre à un acheteur, qui l'aurait tué.
- Vous n'allez pas un peu vite ? - J'anticipe, frère Simon.
Oui, j'anticipe.
- Renaud Bettin ?
Gendarmerie nationale.
- J'ai rien fait.
- Allez... Allez...
- François, c'était mon pote. Jamais je l'aurais touché.
De toute façon, je peux pas.
Pathologie invalidante.
Je peux pas me battre. Ca m'a fait perdre mon boulot.
C'était le seul qui a bien voulu m'aider.
- On va demander une confirmation à l'hôpital.
Expliquez-nous
pourquoi vous l'avez arrachée des mains de votre ami.
- Et pourquoi avoir filé ?
- Dans la rue, on dort peu.
Vers 2h, je suis passé par la cuisine.
Il y a toujours des biffetons dans une boîte.
Alors, je me suis servi.
- François vous a surpris ?
C'est ça ? - Non.
En sortant, je l'ai vu par terre. Raide.
J'ai pensé à la folle.
- Quelle folle ? - Leur voisine.
Elle fout la trouille. Alors, je me suis tiré.
- Vous avez pris le temps de récupérer ça.
- Ben... Ca mène peut-être au diamant de Saint-Louis.
C'est toujours ça que la folle aura pas.
- Elle aurait agressé François ? - Elle a mis le feu
aux ruches des moines. François et elle ont failli en venir aux mains,
mais j'étais là.
- Il aurait pu se battre ? - C'était ses bébés.
Il était capable de tout pour son abbaye.
- Comment ça s'est terminé ?
- Il l'a défendue de remettre un pied
sur leur terrain.
- Un moine qui se bat. Pas banal.
- Pour protéger un trésor, pourquoi pas.
Un descendant des croisés
prêt à pourfendre l'ennemi !
- Tu y crois, à cette histoire ?
- Il y a bien cette plaque.
- Aucun moine
ne l'avait vue avant.
- Il a dû la cacher.
Il l'a protégée tel un héros, au péril de sa vie !
- On s'énerve pas.
En tout cas, le médecin de Renaud Bettin
a confirmé qu'il ne pouvait frapper personne.
- Mais la voisine dont il a parlé, peut-être.
Elle est dans le fichier. Cathy Plagnard. 52 ans. Maraîchère.
Arrêtée pour violence pendant une manif d'agriculteurs.
- On peut ajouter "incendiaire",
alors.
- L'incendie a dû être un drame.
C'était une de leurs principales sources de revenus.
- Vu les prix, ça devait bien aider les finances de l'abbaye.
- Mais de là à proférer des menaces...
Je sais pas, mais un moine, c'est pacifique, en principe.
- Mmm... Enfin, vous savez...
Quand on est attaqué, on se défend.
On frappe. - Toc, toc.
Je pense avoir décodé un message. Je repars à l'abbaye.
- Merci de prévenir.
- Je t'accompagne.
- Non, on va le laisser partir seul.
- Je prends cette plaque.
- C'est une pièce à conviction,
Paul.
- Elle nous mènera au tueur.
- Ah bon ? Et selon quoi ? Ton intuition ? Ton expérience ?
- Non. D'après l'évêque qui t'attend.
- Où ça ?
Non ! Paul !
- Bonjour. Mme Plagnard ?
Gendarmerie nationale. - C'est pour le frère François ?
C'est terrible. Il était si jeune.
- Vous l'avez revu après l'incendie des ruches ?
- C'est surtout un accident bête.
Un feu de feuilles.
Il m'a échappé. - François n'a pas pensé à ça.
- Faut pas exagérer. On s'est expliqués.
Ca allait bien, après.
- Mmm. C'est normal qu'il y ait du miel de l'abbaye, ici ?
- C'est un accord que j'ai avec les moines.
Pour aider à vendre leur miel. - En signe de trêve ?
- Voilà. En signe de trêve.
- Mmm...
- Bon... Si vous avez pas d'autres questions, je vous retiens pas.
- Merci.
- Les terrains de l'abbaye, en rose. Et ça, c'est chez Cathy Plagnard.
Depuis qu'elle a hérité, elle a acheté tous les terrains autour.
- Sacrée extension. Elle a doublé ses terres.
- Ses dernières plantations vont vers les terres de l'abbaye.
- Elle va devoir s'arrêter.
On déloge pas des moines installés depuis le 12e siècle.
- On croit toujours que ce qui existe depuis longtemps
va durer indéfiniment, mais les choses bougent.
- Il y a un message ?
- Non ! Je parle de la crise des vocations.
Du coup, les ressources de l'Eglise sont en chute libre.
Tenez. Regardez.
Sans revenus supplémentaires,
l'abbaye va fermer.
- La lettre a été envoyée deux mois avant l'incendie.
- Elle aurait pensé que sans les ruches, ils partiraient ?
- Ca collerait.
Si elle voulait
voir partir les moines, pourquoi les aider à vendre leur miel ?
- Mon père... J'ai une petite question.
Avez-vous autorisé
un accord commercial
avec Cathy Plagnard ? - Quel accord ?
- Elle vend votre miel.
Vous l'ignorez ? - Nous avons toujours géré
la commercialisation sans intermédiaire.
- Vous pourriez me donner un pot ?
- Venez.
- Non, pas d'écran chez mamie. Non, tu prends pas son téléphone.
- Ils ont fermé ça comment ?
Oh... - Je te rappellerai tout à l'heure.
Soupirs.
... Oui. Bisous.
...
- Oh... T'es gentil... Mais si j'y arrive pas...
- Allez, file.
Mmm...
- Je comprends pas.
J'ai une poigne d'enfer. J'ai dû faire le plus dur.
- Vous allez en faire quoi ?
- On veut comparer celui vendu par Mme Plagnard et celui de l'abbaye.
- Il y a pas à comparer.
Même pot, mais les deux n'ont rien à voir.
- Tu n'as pas goûté ! - Pas besoin.
Ca, c'est du vrai !
Souple...
Texturé...
La biodiversité
de la garrigue le colore. - Et celui-là ?
Il renifle. - Beurk.
Du bas de gamme
qui mérite pas l'appellation. - Du faux ?
Du faux bon miel avec leur étiquette.
J'ai déniché une arnaque.
- D'accord.
Je vous en prie. Bonne journée.
Vous aviez raison. Bravo.
Le service des fraudes est très intéressé.
Apparemment, les fraudes sur le miel
se développent. - La texture m'a fait tiquer.
- C'est tout bénéf pour Mme Plagnard.
Grâce au label "abbaye", elle vendait son miel...
- Son faux bon miel, si je peux insister.
- Son faux bon miel deux fois plus cher.
Peut-être que le frère François a tout découvert.
- Et ça a tourné au vinaigre.
Mais la question, c'est de savoir pourquoi il était dehors,
la nuit, habillé en civil.
- C'est aux lieutenants
de voir ça, non ? - Carrément.
- Des nouvelles de Marchal ?
- Il est toujours à l'abbaye, à la recherche du diamant.
Vous voulez que je l'aide ?
- Vous êtes un instinctif, vous. - C'est vrai ?
C'est marrant que vous disiez ça.
Ma tante me disait toujours : "L'instinct, Celestin !"
- Figurez-vous que, moi aussi, j'ai un instinct développé.
Vous savez ce qu'il me dit ?
- Mmm...
Pourquoi il était dehors, la nuit, habillé en civil ?
Je...
Je la... ? - S'il vous plaît.
- J'ai étudié les chiffres qu'il a notés dans sa bible.
Et si on les combine, ils donnent les coordonnées de certains mots.
- Une sorte de jeu de piste ? - Exactement !
Le 1er chiffre est celui du livre. Le 2e, celui du chapitre.
- Le 3e, le verset. Et le 4e,
la place du mot. - Pour l'instant, j'obtiens :
"Tout est dans la larme, sous le miel."
- "Dans la larme, sous le miel" ? - Oui.
François avait trouvé la trace de la larme de Saint-Louis.
- Sous une ruche.
- Pourquoi personne à l'abbaye ne connaît votre accord ?
- François s'en occupait. Il a dû oublier.
- Comme vous avez oublié vos achats de miel
auprès d'une société polonaise ?
Vous comptiez racheter leur terrain avec l'argent de cette arnaque ?
- C'est pas ce que vous croyez.
- Ce que je crois, c'est que François avait compris.
Pour les faire fuir,
vous avez incendié... - Non, c'est lui qui a mis le feu !
Et pas l'inverse !
Il se servait de braises pour enfumer les abeilles.
Mais la cendre est tombée et ça a tout enflammé
en touchant ma propriété. - C'était pour ça,
cette dispute ?
- Oui, mais il est revenu me voir. Et il m'a demandé de mentir.
- Pourquoi, si c'était un accident ?
- Pour l'assurance.
- Et vous avez accepté mais en posant vos conditions.
Vendre du miel avec leur nom.
François fournissait
les étiquettes.
...
- Bingo... François avait trouvé la larme.
Mmm...
- Oh...
Allez-y doucement.
Il y a une sainte relique.
- J'ai pas l'impression.
- A demain.
- Ah ! Léa ! Léa ! Léa !
Tu félicites pas le roi
de la chasse au trésor ?
- Si, bien sûr.
Tu as pensé à relever les empreintes ?
- Oui.
Ca serait au meurtrier
de François ? - Pourquoi pas.
Mais pourquoi il aurait eu
cette plaque ? - C'est pas faux.
Et si ça ne lui appartenait pas, il en aurait parlé.
- On dirait un passé de criminel. - C'est marrant
que tu parles de ça.
J'ai demandé à Sabine de fouiller son passé.
On saura demain. - Ah...
- Bonne soirée.
- Toi aussi. A demain.
- Mmm...
Je peux vous aider ? - Non.
J'ai rendez-vous.
- J'arrive !
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Eloïse m'invite
à une visite privée de son musée.
- Pardon ?
- Euh... Bonne soirée. - Merci.
- Merci.
- Il m'a dit n'avoir jamais trouvé le mot.
Il pense que Thomas aurait pu l'embarquer par erreur.
Mais bon... J'y crois pas.
Il s'est pas évaporé.
- Léa...
Une personne avait intérêt à faire disparaître ce mot, et tu sais bien
qui c'est.
- Oui, je sais qui c'est et je peux pas lui en vouloir.
Je sais pas ce que j'aurais fait,
si j'avais été à sa place. - Peu importe.
Si tu veux Paul, tu dois agir maintenant.
- Agir... - Mmm.
- Il faut être lucide.
Inès, elle a 30 ans. Elle est belle, elle a la vie devant elle.
T'imagines
tout ce qu'elle peut offrir à Paul ?
Ils peuvent même fonder une famille.
Je peux lui proposer quoi, à part du vieux, du réchauffé ?
- Tu verras.
La maturité, c'est très séduisant. J'en sais quelque chose.
Et tu as déjà fondé une famille
avec Paul.
Attention.
Inès a commencé par ce mot. Ce n'est
qu'un début.
C'est si tu ne fais rien
que tu risques de le perdre.
Coups.
Coups violents.
- Un problème ? - Bonjour !
Désolé pour le bruit.
Je déplore que mes collègues n'aient pas de bon matériel.
- Et vous n'avez pas de matériel personnel ?
- Si. Si, si. - Et... ?
- Je le range pour pas l'user.
- Il vaut mieux user celui des collègues. C'est pas bête.
- Merci, colonel, mais tout le monde ne réfléchit pas ainsi.
- Reconcentrons-nous sur le relevé
d'empreintes de l'arme trouvée. C'est celles de la victime.
- Ah...
Si vous voulez bien jeter un oeil.
C'est pas agrafé.
- La liste des armes volées. - J'ai fait une recherche.
En fouillant, j'ai trouvé le numéro
de notre pistolet, volé il y a 2 ans,
chez un armurier.
- Juste avant l'arrivée
de François.
Notre petit moine n'était pas un enfant de choeur.
- Mmm...
- Beau travail.
- Merci, colonel.
- Hé, Thomas !
- Ca va. - Ca va.
Tu viens voir ton père ou ta mère ? - Aucun des deux.
- Thomas !
Parlons peu, parlons bien.
Pour rentrer à la gendarmerie, tu dois prouver ta motivation.
Le mieux, ce serait que tu fasses un stage ici.
Mais tes parents... - Ils voudront jamais.
- Mettons-les devant le fait accompli.
Tu es majeur. Tu prends tes décisions.
Alors, mardi, 8 heures tapantes, ici.
Et tout ira bien.
Et voilà ta convention signée.
Jusque-là...
- Ben, merci, papi. - Non.
C'est "mon colonel".
- Merci, mon colonel.
- Quoi d'autre ? Ca, c'est "tueur".
- Mmm mmm.
- Suite logique : "prison".
- Gabrielle !
Vous faites quoi ?
- J'ai pas besoin de ces mots ?
- Ah... Oui, d'accord...
Tu aimerais que ça soit plus... Comme la brouette japonaise
ou la toupie birmane... Hein ?
- Pourquoi tu apprends la langue des signes ?
- Par curiosité.
- Par curiosité ? Mais ça sert à rien.
- Je veux exprimer plus précisément ce que je ressens.
- Non...
T'as chopé une sourde ? - J'ai rencontré Eva.
Une malentendante.
Nuance. - Punaise...
C'est vrai qu'ils ont des sens hyper développés ?
Par exemple : elle peut voir un oiseau à 2km ?
- On va se recentrer sur l'enquête.
Cambriolage de la bijouterie des Arceaux, à Montpellier.
Un rapport avec le sac
au trésor ? - Mmm mmm.
- La veille de l'arrivée de François.
- Ca se recoupe
avec mes infos.
La bijouterie était cliente de SHP Sécurité.
L'ancien employeur de François. - SHP Sécurité
installe des systèmes de surveillance ?
- Des systèmes haut de gamme.
François était leur meilleur installateur avant de disparaître
pour rentrer à l'abbaye.
Il a programmé des alarmes pour des musées, des gens fortunés...
- Des bijouteries.
D'après l'article, l'un des cambrioleurs a été arrêté.
Mina Wagner. - Et son complice a pris la fuite.
Son complice... - Le frère François.
- François était très discret sur son passé.
Quand il est arrivé, il a dit se sentir appelé par Dieu.
Souvent,
ce genre de vocation fulgurante s'estompe et les novices repartent.
- Mais pas lui.
- Il s'est impliqué.
Il a étudié jusqu'à devenir un théologien chevronné.
- Il n'a jamais parlé de sa vie ? Son travail ou une petite amie ?
- Nous vivons dans le présent. Pas dans le passé.
Sa vie était totalement dédiée à la communauté.
Il y était tellement attaché qu'il a fait des dons importants
pour des réparations. - Avec quel argent ?
- Je ne sais pas. Il a tout géré.
- Retrouvez-moi le montant.
- Bien sûr.
- Oui, oui, d'accord. (Paul...)
Envoyez-moi une confirmation officielle.
Très bien. Je vous remercie.
C'est le centre pénitentiaire.
Mina Wagner a été libérée il y a 2 semaines.
Et t'imagines ? Elle n'a jamais trahi son complice.
- Mmm. - 2 ans.
Elle a payé seule. Pourquoi ?
- François gardait le magot.
En théorie.
- En théorie ?
- Mmm. - Tu as quelque chose ?
- Oui. - Facture de rénovation
du toit de l'abbaye. - Le généreux frère
avait payé de gros travaux pour sauver le monastère, en cash.
La somme correspond à l'estimation du prix de revente des bijoux.
- La part de Mina comprise.
- Mmm.
- Alors qu'il devait la mettre à l'abri.
Solide mobile de meurtre.
- Mmm.
- Bravo, capitaine.
- Merci, colonel.
Elle frappe.
- Mme Wagner !
- Oui. Putain, encore un contrôle.
Si c'était pour me faire chier,
fallait me garder !
- On fait gendarmes ?
- Oui, ou flics. Toi, encore, le beau gosse, ça passe.
Mais la daronne...
Elle pourrait porter un gyrophare.
- Vous avez fini ? On enquête sur la mort de François Millet.
- François Millet... Je connais pas.
- Le moine qui vous a appelée
en prison. - Je me souviens pas.
- Où étiez-vous, avant-hier soir ? - Ben, chez moi.
Toujours.
- Seule ?
- Eh ouais. Je suis célibataire. Un coeur à prendre.
Le téléphone sonne.
...
- Oui, Paul.
J'ai décrypté ses phrases.
- C'est pas le moment.
Il avait une discussion avec quelqu'un par bible interposée.
Alors, écoute ça.
"N'appelle plus, sauf urgence."
"Où ?"
- Je comprends rien.
- Au croisement de ces deux lieux, à côté du musée du Haut Moyen Age.
- Viens-en au fait !
- "Voler le Saint Calice." A la date d'avant-hier.
Il préparait un nouveau cambriolage la nuit de sa mort.
- Il communiquait par message via sa bible avec son...
ou sa complice.
On se rappelle.
- Merci.
- J'ai pas revu François
depuis ma sortie.
- Je vous crois.
- Mais... ?
Ca va...
J'en ai bouffé, des interrogatoires.
Arrêtez... - Très bien !
Donc... Vous montiez un nouveau coup, ensemble,
à distance, en vous parlant via sa bible par messages codés.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Vous avez eu peur qu'il vous double encore.
Donc, vous l'avez tué.
- J'aurais jamais fait ça. Jamais.
OK, c'est vrai,
il m'a appelée. Il m'a annoncé qu'il avait donné les bijoux
pour son abbaye. - Ca a dû vous rendre dingue.
- J'ai pas sauté au plafond, je vais pas vous mentir.
Mais...
il m'a proposé un job encore plus gros.
Il m'a parlé d'une légende, une cachette...
Enfin, c'était pas très clair.
Il voulait rien dire au téléphone.
- Mmm... D'où les messages codés.
C'est malin. Qui se méfierait d'une bible ?
- Mmm.
A ma sortie, il voulait pas qu'on se voie.
On a continué avec ces messages.
- Que s'est-il passé,
avant-hier ? - Il s'est pas pointé au musée.
Je l'ai attendu des plombes et je suis rentrée vers 2h.
Merde !
C'est vrai !
J'en ai fait, des conneries, mais j'ai jamais eu
de sang sur les mains, et ça va pas commencer !
- Cette ombre, c'est l'hémorragie de François.
On voit que l'épanchement a été très lent.
- Le coup ne l'a pas tué ? - Si, mais pas immédiatement.
Au bout de plusieurs minutes. - Donc, il n'a pas été tué là-bas.
- Mmm.
J'ai les analyses de la poussière retrouvée à l'arrière de son crâne.
- Du "calcaire coquillier" ?
- La pierre qui compose l'ensemble du monastère.
- "Fissendis fontanus",
c'est quoi ?
- Une mousse qui ne pousse que sur les fontaines.
Sa tête a heurté
un bassin. - Il y a une fontaine dans l'abbaye.
Une bagarre avec un moine.
- Léa ! Léa ! Léa !
Regarde ce que je viens de comprendre. C'est énorme.
Tu vois ce dessin qui ressemble à un labyrinthe ? C'est le système
de sécurité du musée.
L'oeil, c'est ce qu'il voulait voler.
- Le calice. - Oui.
Et pas n'importe lequel.
- C'est énorme.
- Datant du Moyen Age.
Orné de pierres précieuses, avec un diamant comme une larme.
- Celle de Saint-Louis. - François a pu le penser.
Voler le calice pour renflouer les caisses, c'était mieux.
- Peut-être pour lui, mais pas pour les autres moines.
Reste à savoir qui était au courant.
- En entrant ici, on choisit de se retirer du monde
pour échapper aux questions matérielles,
pour se dévouer à sa communauté.
- C'est pour sauver ça
qu'il allait replonger
dans son passé de cambrioleur ? - Si j'avais su, j'aurais tout fait
pour qu'il renonce. - Tout ?
Même
le frapper ? - Non. C'est une expression.
- C'est ce que je cherche.
Quelqu'un prêt à tout pour le détourner
du mauvais chemin. - Personne n'aurait pu le savoir,
si je l'ignorais. - Excusez-moi. Ton courrier.
- Merci, mon frère.
- Seul Simon s'occupe du courrier ? - Oui, bien sûr.
C'est une de ses tâches quotidiennes.
Il récupère notre courrier, le distribue, et dans l'autre sens,
il poste nos envois. - Merci. Ca sera tout.
La clé du meurtre, c'est bien le décodage des messages.
- Suivez-moi.
- Léa !
- Ah...
- Du nouveau ?
- Paul pense qu'un moine a pu le tuer pour protéger sa communauté.
- Un moine ? Lequel ?
- Le frère Simon,
en charge du courrier. - A cause de son passé criminel ?
- Non, pour éviter de jeter l'opprobre sur l'Eglise.
Un moine impliqué
dans un cambriolage, imagine la réaction du Vatican.
- Comment notre meurtrier aurait su ça ?
- Comme Paul : en déchiffrant sa bible.
- Il y a une preuve ?
- Non.
J'allais avoir des aveux quand tu m'as interrompue.
- Je t'en prie. - Merci, mon colonel !
- Nous sommes là car nous pensons savoir qui est le meurtrier.
- Frère François comptait cambrioler le musée du Haut Moyen Age
afin de renflouer les caisses de l'abbaye.
Mais l'un de vous l'a su
et a voulu l'empêcher de commettre l'irréparable.
Alors, une dispute a éclaté ici même.
Et la tête de votre frère est venue percuter le rebord.
Le choc lui a été fatal.
Pas immédiatement.
Mais fatal.
- Suivez-nous
à la gendarmerie. - Ca ne sera pas nécessaire.
Mes chers fils,
rappelez-vous
l'enseignement de notre Seigneur dans son "Sermon sur la montagne".
"Heureux ceux
"qui ont faim et soif de justice." - "Car ils seront rassasiés."
C'est moi.
C'est moi qui l'ai tué.
Pardon, mes frères.
Pardon, mon père.
Je voulais l'empêcher de faire une bêtise.
- Comment vous avez compris,
pour son projet ?
- C'était le seul à avoir des envois aussi lourds et fréquents.
J'ai fini par ouvrir.
Quand je lui en ai parlé, il m'a tout dit.
Il m'a expliqué son projet et m'a fait promettre de ne rien en dire,
surtout pas à la police. - Vous faisiez face à un dilemme
entre mensonge ou trahison.
- Je pensais au chemin parcouru pour arriver jusqu'ici.
A la confirmation de ses voeux qui arrivait.
- Vous pouviez pas garder ça sur la conscience.
- Pas au nom de notre communauté.
- Racontez-moi ce qui s'est passé avant-hier soir.
Vous l'avez attendu.
- Il était très agressif.
Il est devenu violent.
On s'est empoignés, et...
je l'ai repoussé.
Pourquoi j'ai fait ça ?
Sa tête a tapé la fontaine.
J'ai vu qu'il était sonné, mais... il a refusé la main que je tendais.
Et il est parti.
Quand Benoit a trouvé son corps, j'ai compris que je l'avais tué.
- Pourquoi n'avoir pas avoué ?
- Pour protéger la communauté, empêcher son démantèlement.
Mais, maintenant, tout est fini.
...
- Bravo, vous deux.
- Merci, colonel.
- Papa, tu vas où ?
- Ah... Deux soirs de suite...
- Quoi ?
- Ca devient sérieux ?
- Léa... - Chut... J'ai rien dit. Pardon.
Oublie.
- T'arrêtes ton cirque ? Eloïse est juste une amie.
D'accord ?
Et j'aime passer du temps avec elle.
Voilà. Bonsoir, Paul.
- Bonsoir, colonel.
C'est vrai qu'il est bien gai,
pour juste une amie.
- C'est pas le moment. - Tu crois que... Sérieux ?
Mais ta mère... La pauvre... - Oh mais ta gueule !
- Aïe, aïe, aïe...
- Paul... - Mmm...
- J'ai réfléchi...
Et...
Je veux faire ma vie avec toi.
- Bonne nouvelle.
- Et...
Je veux construire avec toi.
Tu vois ?
- Mmm mmm. - Mais ici, c'est trop compliqué.
Les choses sont pas claires, et c'est bon pour personne.
Ni pour toi, ni pour moi...
Ni pour Léa, d'ailleurs. Tu comprends ?
- Oui.
- Du coup,
je... je... J'aimerais...
que tu me dises
que tu es prêt à envisager notre mutation
dans une autre ville.
Et... ben, moi... J'ai pensé à Lille.
- Mmm...
- Ce serait un nouveau chapitre,
toi et moi.
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