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...
- Tiens ! - Regarde, hop !
...
L'homme inspire fortement.
...
- Au secours !
...
Long bâillement.
- Ah, coucou, ma chérie !
Comment te sens-tu ? Tu as bien dormi ?
- Oui. J'ai bien dormi, je me sens très bien. Merci, maman !
Dis, maman ? Tu ne vas pas manquer un peu à papa à force là ?
- Oh, ton père et moi, on est plus colocs qu'autre chose maintenant.
Malheureusement !
Tu as quand même
une petite mine, toi ! Une commotion cérébrale, ça laisse
toujours
des traces. - J'ai peur d'aller au bureau.
- Toi, peur ? De qui, de quoi ?
- De croiser Paul.
- Mais pourquoi ça ?
- Replonger 25 ans en arrière comme ça,
ça a réveillé des souvenirs, des sentiments.
Enfin, pour la faire courte, vendredi, Paul m'a demandée
en mariage. - Oh !
Quelle drôle d'idée !
- Et j'ai répondu oui.
- "Oui" ?
- J'ai écrit un gros "oui" sur une feuille que j'ai déposée
sur la table de sa salle à manger. - Et alors ?
- Ben, rien.
Pas même un appel. Aucune nouvelle de tout le week-end.
- Hum.
- Bonjour, commandant ! - Bonjour, Erwan !
- Vous avez bonne mine ! - Oh, merci !
Qu'est-ce qu'on a ?
- Alors, Julius Uton, 35 ans. Il habitait
dans le centre de Montpellier. Célestin perquisitionne chez lui.
- Il a l'air drôlement amoché ! J'ai oublié mes gants : montrez-moi
sa main ! On dirait
qu'elle a été écrasée.
Autre chose ?
- Son téléphone est introuvable, mais on a ça.
Un vélin, une peau très fine utilisée par les scribes
au Moyen Age.
- Je vous écoute. Vous avez fait latin en 6e, vous !
- "O cler nuit,
"tesmoing solitaire, viers Notos, le crâne gisoit en un repos
"sous pins, triste présage
"entre ciel et terre du grand prophète, reposera sous vitraux".
- J'ai rien compris !
- C'est du vieux français, en fait. - Je sais.
- Bien sûr !
- C'est pas possible !
- Capitaine !
Je vous présente le sous-lieutenant
Fabrice Tessier, un copain. - Bienvenue !
Vous tombez bien pour m'aider à chercher. Allez, feu !
Dans le périmètre là.
- Dans les fourrés ? - Aussi.
Ho ! C'est pas un bout de vitre de téléphone portable ça ?
- Celui de la victime, peut-être ? - Possible.
Cherchons le téléphone !
- Capitaine !
- Ouais ? - Je l'ai.
En miettes : quelqu'un s'est acharné dessus.
- Complètement explosé. Il a dû faire une grosse chute.
Grincements.
...
Soupir.
- Oui, Paul ?
est porteur d'une bonne nouvelle.
- Tu as trouvé la scène du crime ?
- Oui, au sommet de la tour des Pins.
- Très bien !
Non, ne me remercie pas ! J'ai fait mon travail, en fait !
Ouais, bisous ! C'est pénible ça !
- Alors, capitaine, ça avance sur notre victime ?
- Oui, mais peu : Julius Uton était sans famille.
- Comment ça ?
- Ben, comme ni femme, ni enfant, ni frère, ni soeur.
- Pas de parents non plus ? - Non plus.
- Ils sont morts dans un accident de voiture
pendant sa dernière année
de fac d'histoire.
- J'admire les historiens !
- Ca, les indices concordent ! - Vous savez pourquoi ?
Dieu ne peut rien changer au passé, mais les historiens oui.
- Néanmoins, "toute science vient de Dieu", si j'en crois Origène.
Je continue ? - Oui !
- Julius Uton venait d'être embauché
au musée Fabre comme commissaire
d'exposition. - La fouille chez lui ?
- Ca n'a rien donné. Placards et frigos vides.
- Il vivait peut-être chez des amis ou chez une fiancée.
- Je vais interroger ses collègues. - Je vous épargne ça.
- Ca ne me dérange pas !
- J'ai besoin de m'aérer.
- Au musée, papa ?
D'accord. Je fais transporter le corps à l'IML.
- Léa ! Pardon ! - Je te rappelle.
- Ca va ? - Ca va.
- Sûre ? - Ca va.
- Bonjour, commandant, ça va ?
- Oui, Inès, merci.
- Erwan va tenter de faire parler le téléphone HS.
- Donc, notre victime serait tombée du haut de cette tour...
survécu par miracle avant de venir s'écrouler ici.
- Les buissons au pied de la tour des Pins ont
amorti sa chute sans le sauver. - "La tour des Pins".
Dans le vélin, on parle
de pins aussi. - Il y a un lien.
Certains poussent en haut
de la tour. Peut-être est-il
monté vérifier.
- Un truc super important, au point de forcer la porte !
Le colonel se rend
au musée à propos du vélin. - Ton père ?
- Oui, jusqu'à preuve du contraire.
- D'habitude, c'est moi...
- C'est pas comme d'habitude !
Rejoins-le si tu veux. Inès,
vous envoyez ça au labo ? Expertise classique : datation, empreintes...
Voilà !
- Elle est bizarre ! - Tu trouves ?
Elle est un peu fatiguée, ça se comprend.
- J'avais
beaucoup d'admiration pour Julius.
- Et vous étiez son assistant, c'est ça ?
- Oui, on a fait nos études ensemble.
Il y a 5, 6 mois, il a contacté ma mère
pour lui proposer une expo.
- Nostradamus ! Personnage fascinant, non ?
- Une exposition qui nous attirait des visiteurs du monde entier !
- On n'est pas
obligés d'annuler ! On a presque terminé. Je peux tout boucler
avant l'inauguration.
On lui rendra hommage.
- Tu n'as pas les épaules pour une telle expo, mon chéri.
- Julius avait des ennemis ? - Je n'irai pas jusque-là, mais
il s'est disputé hier avec Marion. - Marion ?
- Elle criait qu'elle ne le laisserait pas faire.
- Au sujet du catalogue. - Qui est cette Marion ?
- Marion Jonzac. Elle collabore à l'exposition, mais Julius a demandé
que son nom soit retiré du catalogue.
- Frustration !
- Quelle catastrophe pour le musée. - Souhaitons que non !
Ah, Cpt Marchal ! Voici Mme Eloïse Fauré,
directrice du musée et son fils Baptiste
qui assistait Julius.
- D'accord. Bonjour ! - Bonjour !
- Savez-vous si Julius avait une raison de monter à la tour des Pins
hier soir ? Il avait ce vélin en main.
Ca vous parle, ça ?
- Le style de ces quatrains rappelle Nostradamus.
Regarde !
- Je ne me souviens pas de les avoir lus dans ses "Centuries".
- Dans quoi ? - "Les Centuries".
C'est le titre du recueil.
- Beaucoup de légendes circulent autour.
Quelques-unes
auraient disparu à sa mort.
- Ce vélin pourrait être une des prophéties perdues ?
- C'est possible.
Julius disait avoir fait
une découverte sensationnelle.
- Si ce vélin est authentique, il a une valeur inestimable !
Il se serait battu pour garder le vélin.
- C'est surtout un bon mobile de meurtre.
Porte.
Merci ! Oups !
Ho !
"Centuries".
Il dormait là ? - Parfois, oui.
Il vivait au musée.
Il était obsédé par Nostradamus. - Mais pas par le rangement !
- Vous cherchez quoi au juste ?
- N'importe quoi sur le vélin.
Il semblerait que Julius en a parlé à la mauvaise personne
qui l'aurait tué pour le récupérer.
C'est étonnant qu'il ne
vous en ait pas parlé ! - Julius ne s'épanchait pas
sur sa vie ou ses recherches.
Déjà à la fac, il était du genre secret.
Pilules remuées.
- Il était malade ?
- Pas que je sache.
- J'ai de la peine pour Julius.
Mais il s'est si mal
comporté avec moi !
- Vous n'êtes pas la seule oubliée.
Baptiste Fauré n'est pas crédité. - Mais Baptiste n'est qu'assistant.
A moi, Julius avait promis une partie de l'expo.
- Et ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je ne sais pas. Du jour au lendemain,
il a tout modifié pour valoriser ses découvertes.
- Il vous a parlé du vélin ?
- Un vélin ? - Oui.
- Non.
Voilà, c'est typique du problème. Tout se passait à merveille et puis
il a soudainement changé d'attitude, il est devenu méfiant,
limite parano.
Comme s'il n'avait
plus confiance.
- Vu l'état du téléphone,
il va falloir du temps avant de récupérer toutes les données.
- Il n'avait pas le cloud ?
- Ni les réseaux sociaux. Il préférait le 16e siècle,
les vieux livres.
- Qui préfère ça à la technologie ?
- Quelqu'un de cultivé, par exemple.
- Ma tante disait : "La culture, c'est comme la confiture...
- "Moins on en a plus on l'étale". - Non. "Quand y en a trop c'est
"écoeurant". - OK. Et sinon ?
- Selon son chargé de thèse, Julius a refusé un poste à la fac il y a
3 ans. - Ses parents venaient de mourir.
- Il était vacataire à Edimbourg
jusqu'à ce qu'Eloïse Fauré valide son projet.
- Ca faisait 3 mois qu'il était
rentré à Montpellier ?
- La Cpt Mauriac m'a donné la liste des élèves de sa promo. Il était
peut-être en contact avec certains. - Tout ça ?
Pfft ! Bon !
On partage ? - Hum-hum.
- Tss, tss !
- Multiples fractures costales...
ayant entraîné un pneumothorax traumatique...
avec perforation du poumon gauche.
Au niveau de l'abdomen, multiples contusions,
importante hémorragie due à une rupture de la rate.
- Bonjour, Franck !
- Bonjour, Léa ! Vous êtes là depuis longtemps ?
- Non, je viens d'arriver.
J'ai été très touchée que vous preniez de mes nouvelles.
- C'est normal. Je voulais être sûr que vous alliez bien.
- Ca va.
- Votre commotion cérébrale doit faire l'objet d'un suivi.
D'autres symptômes peuvent surgir.
- Noté. Mais là tout va bien !
Donc, vous confirmez
la mort par hémorragie interne.
- Oui, l'analyse des tissus prouve que Julius Uton est tombé
vers minuit et mort 8h après. - 8h plus tard ? C'est incroyable
après une telle chute, non ? - Mais pas impossible.
Une chute de 3 ou 4 étages est mortelle une fois sur 2.
- Je n'avais pas vu ces marques-là.
Tentative de suicide ?
- Ca date d'une dizaine d'années. - D'accord.
Je récapitule :
nous avons affaire à un historien brillant, parano, obsessionnel,
manipulateur, violent
et suicidaire ? - Un profil cohérent avec le flacon.
Le binzum soigne la schizophrénie. - La schizophrénie ?
Je comprends mieux !
Mais malgré son traitement, tout le monde le trouvait bizarre
ces derniers temps. - Peut-être avait-il arrêté
de prendre son traitement. - J'ai besoin de certitude, Franck.
- Les analyses toxicologiques sont en cours.
- Vous me tenez au courant.
- Marion Jonzac,
je viens de vérifier son alibi, était aux urgences quand Julius
Uton a été poussé. - Pour quelle raison ?
- Son fils a fait une crise d'épilepsie pour la 1re fois.
- Je la voyais mal assassiner Julius pour l'avoir enlevée du catalogue !
- Le seul mobile qu'on ait, c'est cette histoire de vélin.
- Non, j'ai récupéré
un texto que Julius
qu'il a envoyé juste avant de mourir à Adrien Jonzac,
libraire à Montpellier. - "Jonzac",
comme Marion. - Son mari, qui grimpe tout en haut
de la liste des suspects. - "Rendez-vous à 23h à la tour
"des Pins".
- Je ne suis pas allé au rendez-vous. J'étais aux urgences.
- Votre femme était en froid avec Julius. Vous vous entendiez comment
avec lui ? - Bien.
On était
inséparables à la fac.
Puis nos vies ont bifurqué.
Julius a fait sa thèse et j'ai suivi
ma passion pour les vieux livres. - Vous saviez pour sa maladie ?
- C'était un sujet tabou. Il avait peur qu'on le prenne pour un fou.
- Son traitement lui permettait
de cacher sa schizophrénie ? - Cette maladie lui pourrissait
la vie. - C'est-à-dire ?
- Julius s'interdisait d'avoir une relation sérieuse,
encore moins un enfant auquel risquer
de transmettre sa maladie. - Bon !
Ce rendez-vous, pourquoi Julius vous a-t-il demandé de le rejoindre
là-bas ? - Pour l'aider.
Il y a 2 jours,
il est venu avec un vélin qu'il avait trouvé
dans le contreplat d'un livre.
Pour lui, c'était la clef pour retrouver le crâne
de Nostradamus.
- En même temps, ça fait 200 ans qu'on le recherche en vain !
L'anecdote est connue :
à la Révolution, son tombeau pillé, le crâne de Nostradamus a disparu.
- Et Julius imaginait que ce vélin
mènerait à lui. Ca paraît fou ! - Avant d'en décider,
vérifions l'authenticité
du vélin. Des nouvelles du labo ? - Oui. Le spectromètre
montre que le vélin
est d'époque et l'encre de type métallo-gallique :
composée d'eau, de noix de galle, de sulfate de fer, comme de juste.
- Mais quelque chose me chiffonne.
Alors, je vais
creuser un peu. Merci, Erwan ! - Je vous en prie !
...
- Ah, Léa, Léa !
J'étais en train de lire la thèse de Julius. C'est vachement
intéressant.
- Ben, je n'en doute pas !
- C'est une mine d'infos : tu savais que quand les sans-culottes
ont ouvert sa tombe, ils ont trouvé une plaque où était inscrite
la date de sa profanation ? - C'est surtout invérifiable.
- Sachant que Julius était monté à la tour pour trouver un indice,
je me suis dit que je pourrais... - Continuer les recherches ?
- Nos seules pistes, c'est ce crâne
et ce vélin qui valent une fortune. Le tueur voulait-il mettre la main
dessus ?
J'aurais peut-être une chance de remonter sa trace !
- Ben, va chercher ton crâne !
- Léa ? - Paul ?
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien.
- Dis-moi ! - Je n'ai rien à ajouter.
Je crois que j'ai tout dit. Toi, tu as quelque chose à dire ?
Non ?
Oui ?
Pardon, Franck ! Je vous dérange ? - Pas du tout.
J'ai reçu les analyses
toxicologiques. Ca ne va pas ? - Non, c'est Paul. Il s'est mis
en tête de retrouver le crâne
de Nostradamus. - Beaucoup ont cherché avant lui !
- Vous avez de quoi m'aider ?
- Oui. Ca vous dirait une marche un de ces jours ?
- Une marche ?
- Une balade. C'est très bon pour la cognition.
- "Pour la cogni..." Ah, pour la cognition, d'accord !
On était sur les analyses, à la base !
- Oui, elles sont négatives. Rien dans le sang.
- Aucune trace de drogue,
mais de son traitement ? - Non.
Enfin, il ne prenait plus son traitement depuis 3 semaines.
- Il a arrêté son traitement ? - C'est ce qu'un légiste lambda
aurait conclu. J'ai fait analyser le flacon : les médicaments étaient
factices. - Quelqu'un aurait trafiqué
son traitement ? - Hum.
- On récapitule, lieutenant ! On sait qu'il y a une semaine,
le comportement de Julius Uton a changé.
- OK !
C'est là qu'on a bidouillé ses médocs.
Pour modifier son traitement ?
- Pour provoquer une confusion mentale ?
On aurait voulu le pousser à la folie. La personne
qui a fait ça le savait schizophrène.
- J'ai contacté tous ses collègues
de promo. - Tous ? Erwan vous a aidé, non ?
- Oui, il m'a assisté, c'est vrai.
Bref ! Julius ne donnait de nouvelles à personne.
Toute sa vie tournait
autour du musée, de Marion, Adrien,
Eloïse et Baptiste.
L'un d'eux est forcément impliqué.
- Songez que ce texte a pu être écrit par Nostradamus !
C'est émouvant !
- Oui. Et d'après notre labo, et le vélin et l'encre
sont d'époque. Mais je voulais avoir votre avis d'historienne.
- Un faussaire pourrait aisément tromper les tests de datation.
- Ah bon ? Comment ?
- Nos archives regorgent de vélins
vierges. Quant à l'encre, une exposition aux UV
accélère l'oxydation et peut lui donner cet aspect ancien.
Mais un détail
vous a troublé ? - Oui, dans la calligraphie,
j'ai cru reconnaître des caractères du haut Moyen Age.
Ca ne colle pas avec la Renaissance.
- Historien ?
- Oh, juste amateur !
- L'histoire de la calligraphie est plus vaste que le temps
qui nous reste, mais si vous m'autorisez à examiner ce vélin,
je pourrai vous répondre demain. - Vous êtes toute autorisée !
Et...
voici mon numéro !
- A demain !
- Oui.
A demain !
Mme Jonzac s'éloigne.
- C'est pour mes lumières sur Nostradamus
que tu m'as fait venir ici ? - Ouais. Si tu veux, hein !
400 pages de thèse : je n'ai pas le temps de lire !
- J'en ai écrit une, moi. Une thèse qui avait marqué les esprits !
- Sur Nostradamus ? - Non.
- Sur quoi alors ?
- "Proctologie, de la statique à la dynamite".
- Non, "dynamique" ! - Non, "dynamite".
Bref, tu sais que Nostradamus est venu étudier à Montpellier en même
temps que Rabelais ? - Imagine ces 2 cerveaux ensemble !
Un peu comme... Non, rien ! - Tu comptes vraiment retrouver
le crâne de Nostradamus ? - J'ai même une stratégie !
- J'ai hâte de savoir. - On va reprendre là où Julius
s'est arrêté : ici ! Notre seul indice, c'est ce vélin,
mais je l'ai décodé !
- Tu en veux un ? - Non, merci, papa.
- Au fait, tu as pu parler avec Paul ?
- Non. Je n'ai pas trouvé l'occasion, en fait.
Et toi, maman ne te manque pas trop ?
- Non !
- Je peux lui dire de rentrer chez vous :
ça vous ferait du bien. - Surtout pas !
- A ce point-là ? - Ta mère et moi,
on habite ensemble mais on ne vit plus vraiment ensemble. Voilà !
Chacun a sa vie de son côté.
- Tu sais, papa, j'ai appris pas mal de choses avec ce voyage
dans le temps et je crois qu'on a tendance à trop cristalliser
sur ce qui ne va pas et du coup, on oublie tout le reste.
Les raisons qui ont fait qu'on s'est aimés,
qu'on a voulu vivre ensemble et avoir des enfants.
Pourquoi on a eu envie de partager des moments ensemble qui pourraient
encore faire qu'on s'aime à nouveau et qu'on recommence.
- Excuse-moi !
Oh, Eloïse !
- Eloïse Fauré ? - Oui.
Désolé, elle m'attend
au musée. A plus tard !
...
- Ha ! - Bonjour,
Eva. Ca va ?
Que fais-tu là ? - Eva nous fait
une surprise : elle a... le déjeuner... apporté... pour nous 3.
- Super ! - Hum !
- Merci !
- Bon, on ne va pas
rester plantés là ! On sort ?
- "O cler de nuit, tesmoing solitaire,
"viers Notos, le crâne gisoit en un repos sous pins,
"triste présage,
entre ciel et terre, du grand prophète, reposera sous vitraux".
- Piètre tragédien ! Un peu fumeux comme indices, non ?
- Non, d'après le quatrain, il faut depuis sous ces pins
regarder vers Notos. - "Notos" ?
- Un vent du sud des Grecs anciens. - Je sais.
- Et d'après ma boussole... - C'est par là.
- Tu sais ça comment ? - Ben, le soleil !
- C'est quoi ce bâtiment ?
- "Medicinae schola". - En français ?
- La fac de médecine
où Nostradamus a étudié il y a 500 ans. Et moi aussi, de fait.
- Ah ouais ? - Mais plus récemment.
- OK, je patiente.
- Au fait, capitaine, c'était vraiment
chouette, ce truc à 3 !
- Très ! Entre vous 2, je n'ai pas vu le temps passer.
- Vous aviez raison : il n'y a pas de mal à se faire du bien.
- Tu vois ! Vous êtes si agréables à regarder tous les 2 !
- On remet ça
ce week-end ? Un nouvel endroit à découvrir ensemble a ouvert.
Eva et moi, on compte sur vous. - D'accord ! Mais cette fois,
mon mari se joindra à nous. Arnaud t'aime beaucoup.
- Ok. - Ho, ce week-end, on a le chien !
Ce sera chez nous !
- Vous êtes certain ?
Merci, merci !
J'ai vérifié
les portables des proches de Julius :
l'un d'eux a borné près de la tour des Pins avant-hier soir.
Eloïse Fauré a dîné non loin et pas seule.
- Eloïse Fauré ? - Hum-hum !
- Elle dînait avec Julius ? - Et ce n'était pas un dîner pro.
Le serveur les a vus se disputer : plutôt une querelle d'amoureux.
- Inès va nous la ramener.
- Vous aviez raison à propos de la calligraphie :
l'imprimerie a imposé des standards typographiques.
- Certaines lettres ne sont pas contemporaines de Nostradamus ?
- Elles existaient au Moyen Age, mais n'étaient plus utilisées
à la Renaissance.
C'est le cas du N de "Notos".
- Alors, ce vélin est un faux !
- Absolument ! - Vous avez fait
une découverte extraordinaire. - Nous l'avons faite ensemble.
- Ouais. Oh, excusez-moi !
Lt Zaïdi ? - Colonel !
- Un problème ? - Je dois demander
à Mme Fauré de nous suivre.
- Pourquoi ?
- Mme Fauré a caché qu'elle était la maîtresse de la victime
et la commandante a hâte de savoir pourquoi.
- La salle des crânes. C'est trop évident !
- Non, Léa ! Pas maintenant !
- Tu ne décroches pas ? - Si près du but, non !
- Tu ne devrais pas faire ça. - T'en fais pas, elle a l'habitude.
- Paul, elle va encore éprouver de l'anxiété, de la fatigue, des maux
de tête, de l'irritabilité. Elle a besoin
de protection en ce moment. - OK. Tu as raison. Merci !
Bon, allez !
"Du grand prophète
"reposera sous vitraux". Voilà !
Ca y est !
On y est !
- Quand j'étais étudiant, j'adorais venir ici.
- Tu avais déjà des goûts bizarres ! - Toutes ces têtes, ça me fascinait.
A cause d'elles je suis devenu légiste.
Je voulais savoir qui étaient ces gens.
- Le crâne de Nostradamus
est là quelque part devant nous.
- Et personne ne s'en serait aperçu ?
- Tu connais une meilleure cachette ?
- Comment on le reconnaît ?
- Julius écrit que le corps de Nostradamus aurait été retrouvé
la tête en sang
et le crâne enfoncé. Je prends à droite ?
- OK.
...
Viens voir celui-là !
L'os pariétal est enfoncé et c'est un crâne caucasien.
- Ho !
Pfft ! Il faut que je prévienne Léa !
Oui, Léa, ça y est !
J'ai retrouvé le crâne de Nostradamus.
de Shakespeare ! Le vélin est faux.
- Pas du tout !
Allô ?
On s'est fait rouler. - Quoi ?
- Toi, moi, Julius, on s'est fait rouler. Le crâne n'a jamais existé.
- Mais pourquoi a-t-on caché un crâne là ?
- Ce n'est pas celui de Nostradamus !
- OK, mais ce crâne-là n'a jamais fait partie de la collection !
Regarde ! La faculté a répertorié tous les crânes de la galerie.
Tous
sauf celui-ci.
- Tu insinues quoi ? Quelqu'un l'aurait placé là ?
Pourquoi ? - J'en sais rien.
Mais la vitrine est fermée à double tour.
- Notre faussaire en avait la clef. - Oui, ou l'autorisation de la fac.
- J'espère que tu es sûr de ton experte !
- Pourquoi elle mentirait ? - Pour éloigner les soupçons.
Elle a oublié de nous dire qu'elle s'envoyait en l'air avec Julius.
- Omission n'est pas mensonge. - Arrête de jouer avec les mots
parce que tu as le béguin ! - Mes sentiments n'ont jamais
altéré mes jugements. - "Mes sentiments", carrément !
- J'avais peur qu'il me quitte. J'étais jalouse. Voilà !
- Pour être jalouse, il faut une rivale.
Vous aviez peur de qui ?
- Marion Jonzac.
Julius avait tant insisté pour travailler avec elle,
si intelligente !
- S'il l'estimait tant, pourquoi l'a-t-il retirée du catalogue ?
Ah, ce n'était pas Julius, c'était vous.
- C'était un bon moyen de la mettre en colère.
- Et de la pousser à la démission.
Sauf que vos manigances se sont retournées contre vous
quand Julius a exigé des explications.
- Au restaurant, il enrageait.
Il m'a dit qu'à cause de moi, Marion ne se montrerait pas
conciliante. - "Pas conciliante" ?
- Il a employé ce terme.
Mais je me suis dit que ça n'avait pas de lien avec l'exposition,
que c'était plus... - Plus personnel.
- Oui. Je lui ai dit que je ferais tout
pour arranger les choses avec Marion.
Il n'a rien voulu entendre.
Pour lui, c'était fini.
- Tu vas sans doute me trouver partial,
mais Eloïse n'a pas tué Julius. Ca n'a rien d'un crime passionnel.
En plus, pourquoi elle aurait fabriqué un faux vélin ?
Non, celui qui a fait ça a voulu piéger Julius.
- OK. Julius avait déjà tenté de se suicider plusieurs fois.
Donc, on aurait trafiqué
son traitement pour faire croire qu'il avait pété les plombs ?
- Et simuler un suicide.
Mais Julius s'est
agrippé au parapet et il a fallu lui
faire lâcher prise.
- "Etre ou ne pas être, telle
"est la question. Y a-t-il plus de noblesse
"d'âme à subir la fronde... - "Ou les flèches
"de la fortune outrageante ?" - Ah, colonel, pardon !
- OK, pour le crâne, on était obligés ?
- Le faussaire l'avait caché
dans la salle des crânes à la fac. - C'est lié à notre affaire ?
- Le faussaire a demandé
à accéder à la vitrine et j'ai le nom !
- Alors, Baptiste Fauré.
Le fils d'Eloïse
Fauré ? Mais enfin,
pourquoi ce jeune homme aurait caché ce crâne dans la vitrine ?
- Telle est la question !
- J'aimerais parler à Baptiste Fauré.
Tous les autres sortent, s'il vous plaît !
Bravo pour vos talents de faussaire ! Le vélin
a l'air si vrai qu'il a berné notre labo. Votre mère a failli y croire.
- Vous savez ce que c'est de jouer les larbins d'un gars
qui a tout ce dont vous rêvez ? Un taré en plus !
- Dites-moi, Baptiste,
comment avez-vous su que Julius était schizophrène ?
- En rangeant son bureau, j'ai trouvé ses médocs. Ma mère m'a
conseillé de terminer
ma thèse plutôt que de débiner les autres. Là, j'ai compris...
- Que Julius couchait avec elle.
Donc, toute cette supercherie, c'était
pour le ridiculiser.
- Si Julius avait dévoilé ce crâne, sa carrière aurait été détruite.
- Vous avez substitué son traitement
pour qu'il craque... - Chacun devait voir
son vrai visage.
- Il a fini par comprendre et vous a donné
rendez-vous à la tour des Pins. Vous deviez le faire taire.
Sinon, vous disiez adieu à votre thèse, votre mère...
- Je voulais détruire Julius, pas le tuer !
- Hé ! Tss, tss !
- Excuse-moi ! Léa, Léa ! - Oui, Paul ?
- On n'arrive jamais à se parler. - C'est vrai.
- Je peux être débile parfois, mais là, je n'ai rien compris !
- Ce n'est pas très compliqué ! - On boit un verre ce soir ?
- Hum, OK.
Baptiste n'aurait jamais eu le courage de s'attaquer à Julius.
- Le détruire intellectuellement
était plus fort. - Sur le répondeur
de Julius, il y a un message
d'un agent immobilier : Julius cherchait un grand
appartement. - Lui qui dormait dans son bureau ?
- Il cherchait un appartement
près d'une école avec une chambre pour un enfant.
- De quel enfant on parle ?
- Ben, d'aucun. Julius n'en voulait pas, d'après Adrien Jonzac.
- Je ne comprends rien ! Il n'y a plus d'enfant ?
Pas très clair, ton raisonnement. - A l'époque, non,
mais il a eu un traitement et pu changer d'avis.
- Voilà, un projet d'enfant. - Ou un enfant caché.
- Ou un enfant caché.
C'est pas faux ça, Célestin.
Allez réinterroger Baptiste.
Peut-être en sait-il plus.
- D'accord.
Déverrouillage.
Grincement métallique.
- Je n'ai pas de preuves, mais Julius en pinçait pour Marion.
Déjà à la fac, ça se voyait.
- Mais c'était réciproque ? - Ils auraient
couché ensemble la dernière année.
- Mais Adrien et Marion n'étaient pas ensemble alors ?
- Si, mais il n'a rien vu. Il était au fond du trou d'avoir loupé
sa thèse. - Les études l'intéressaient alors ?
- Adrien racontait qu'il rêvait d'être libraire,
mais c'était par défaut.
- Alors, dites-moi comment je peux vous aider.
Il n'y a pas de problèmes, que des défis ! Je suis là pour vous !
- Je voulais savoir
s'il y avait un lien entre schizophrénie et épilepsie.
- Ah ? Ouais.
- Ah oui ? - Les études ont montré
que les schizophrènes présentaient 6 à 8 fois plus de risques.
- C'est héréditaire ? - Souvent.
- Eh ben, voilà ! Marion et Julius se sont disputés,
pas au sujet de l'expo...
mais de leur fils !
- Julius voulait tout raconter à Adrien,
peut-être !
Mais les Jonzac veillaient leur fils quand Julius a été tué.
- Ca, j'ai vérifié.
Il n'y a que 2km entre la tour des Pins et l'hôpital.
- Il y a forcément une faille dans son alibi. A nous de la trouver !
- Que fait-on là ?
- Je pensais que vous auriez envie de voir où est mort Julius.
Il n'est pas mort sur le coup. Il a agonisé pendant 8h.
C'est ici que nous l'avons trouvé.
Selon l'hôpital, votre fils a dû passer une IRM en urgence.
Un seul parent pouvait rester.
C'est votre mari qui est resté.
Ca vous laissait 1h pour revenir à la tour des Pins et tuer Julius.
- Ben, oui, et comment j'aurais su qu'il était là ?
- Mais Julius a donné rendez-vous à votre mari qui vous en a forcément
parlé, Marion.
Que s'est-il passé ?
Vous avez eu peur que Julius dévoile votre secret à Adrien ?
J'aimerais éviter un test ADN à votre fils
pour prouver que Julius
était son père biologique. - Ca ne prouvera pas
que j'ai tué Julius.
J'ai voulu t'en parler,
mais je ne pouvais pas. J'avais peur de te perdre !
- Quand le neurologue a parlé de schizophrénie,
putain, tu ne m'as rien dit !
Tu ne m'as rien dit, Marion !
Toi et Julius, quoi ! Comment tu as fait pour cacher
un truc pareil ?
- A l'époque, tu étais obnubilé par l'échec de ta thèse.
Rien d'autre ne comptait ! Et quand Nils est né,
tu t'es métamorphosé.
Tu as retrouvé ta joie de vivre, on était tellement heureux !
Quand Julius m'a contactée, je ne me suis pas méfiée
et il a fini par me dire qu'il voulait voir son fils.
- Tu l'as tué !
- Il m'a menacée d'aller voir
d'exiger un droit de visite.
Il voulait nous voler notre petit garçon !
Je voulais juste protéger ma famille, c'est tout.
- Non, tu as tout gâché.
Adrien sanglote.
...
- Ho ?
- Coucou, mon chéri !
- Hé !
Pardon,
je ne savais pas que tu serais là. - Je me suis dit que le mardi soir,
on pouvait avoir notre petit rituel genre western, road-movie,
plateau de sushis, etc. - Ah ouais, si, carrément. J'adore
l'idée, vraiment !
Mais non, désolé, pas ce soir !
- Tu m'invites
au resto ?
- Non, je vais boire un verre avec Léa.
Non, mais c'est important, Inès.
- Plus qu'une soirée tous les 2 ? - Non. Ca n'a rien à voir.
Je sens qu'il y a un malaise avec Léa, je veux clarifier les choses.
- Je croyais que c'était clair ?
- Ca l'est.
- Ca me fait mal au coeur.
Mais, vas-y !
Si c'est important pour toi, je comprends.
Je t'attends.
- Tu n'es pas très bavarde !
- En même temps, c'est toi qui voulais qu'on prenne un verre.
- Oui, parce que je sens qu'il y a un souci.
- C'est vrai que je ne suis pas au top.
En fait, je crois que j'attendais une réaction de ta part.
Au moins un coup de fil pour prendre de mes nouvelles.
- Ha, d'accord !
Ben, non, mais, heu, désolé !
On n'a pas arrêté du week-end avec Inès.
On a fait du trekking, on n'avait pas de réseau.
- Et donc ?
- Et donc quoi, Léa ? Tu m'as dit que j'étais très clair, mais
à propos de... - Arrête un peu !
Parlons en adultes, OK ?
Là, tu ne fais qu'éviter le sujet. - Je n'évite rien du tout là !
- Tu te souviens que tu m'as demandée en mariage ?
- Ben, oui, évidemment.
Mais oui, enfin, la période
était particulière.
J'étais un peu perdu, moi.
Je ne sais pas ce qui m'a pris.
...
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