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Sonnerie de téléphone.
...
- Antonin ?
Anto, qu'est-ce que...
- Attends...
- Ne t'affole pas.
- Calme-toi.
de se jeter du pont ?
- Calme-toi, je pars tout de suite. On se retrouve là-bas.
...
Cyrielle !
...
- Il n'y a pas de sucre dans cette maison ?
- Le tiroir du milieu, comme d'habitude.
- Ah !
- Thomas, tu nous aides à mettre la table.
- Ouais, 2mn.
- Alice, qu'est-ce que tu fais là ?
- Coucou, la famille !
- Mais tu vas où comme ça ?
- En Grèce, mamie a réservé à Skopelos.
On part demain.
- Je ne savais pas... Vous partez tous les trois ?
- Tu peux venir, il y a de la place.
- Au pied levé, c'est compliqué.
- C'est les vacances dont je rêvais avec ton père.
Dix ans que j'attends ça, eh non, monsieur en a décidé autrement.
- OK. Je n'ai pas
mon mot à dire. C'est ça ?
- C'est 12 kilos max, la valise. - Ca ne dépasse pas, là !
- Vous avez de la chance.
- Viens avec nous !
- Oui...
Mais j'ai un travail, j'ai un colloque,
les astreintes sont réparties, tout ça !
Et papa en pense quoi ?
- Il a un colloque, les astreintes sont réparties.
Je pensais que ce serait le moyen de se réconcilier.
Non, il ne peut pas.
Téléphone.
Soler, j'écoute.
Oui, Erwan.
Quoi "Marchal" ?
Paul !
Paul, ça va ?
Qu'est-ce qui s'est passé ? - Je n'y suis pas arrivé, Léa.
- J'ai eu peur !
- J'étais tétanisé, je n'ai rien pu faire.
Je l'ai vue s'approcher du pont...
Et elle a sauté, comme ça.
Après, je ne sais pas...
A 2mn, ça s'est joué. A 2mn...
- (Tu as fait ce que tu as pu, Paul.)
Non, non, calme-toi.
- Je n'ai rien pu faire...
- OK. Merci.
Comment va le capitaine ?
- Pas top. On a retrouvé le corps de Cyrielle ?
- Oui, il a été sorti de l'eau.
Vous la connaissiez ? - Non, pas elle.
Son compagnon, Antonin Valette, un ami d'enfance de Paul.
Quand on habitait à Lyon, on le voyait souvent.
Excusez-moi.
- Vous avez terminé avec la voiture de M. Valette ?
- Merci.
Bonjour, Antonin.
- C'est de ma faute, Léa. - Ne dis pas
n'importe quoi.
- Si...
Je suis arrivé juste après Paul.
Elle était en train de dériver.
Je l'ai récupérée comme j'ai pu.
Mais pourquoi elle a fait ça ?
Pourquoi elle a fait ça ?
- Donc, Cyrielle Jalabert s'est garée ici.
Puis, elle a marché jusque là-bas.
Pour se jeter.
- C'est bizarre, ça.
Et avant de se jeter, elle a pris soin de bien se garer.
Parce que moi, si j'ai envie de me jeter d'un pont,
je vais au milieu du pont, j'ouvre la porte
et je passe par-dessus le pont. - Effectivement, c'est bizarre.
- Mais oui !
- Les travaux
sont arrêtés, et le pont a fermé pour des raisons de sécurité.
- Elle serait tombée d'où ?
- Ici, selon Marchal.
- Attention ! Regardez.
On a des empreintes fraîches, là.
Qu'est-ce qu'elle portait aux pieds ?
- Des espadrilles.
- On a deux sortes
d'empreintes.
Là, les espadrilles. En revanche, là, on est plutôt sur de la basket.
- Il y a eu du mouvement. - Oui.
- Vous pensez à quoi, une bousculade, une lutte ?
- Je ne sais pas.
On fait un relevé d'empreintes. - Bien.
- Pardon, mais je n'ai pas faim.
- Papa.
Nous aussi, on a de la peine.
On ne pensait pas que Cyrielle puisse faire
une chose pareille.
- C'est fou...
On a beau être proches...
On ne sait pas ce qui se passe dans la tête des gens.
- C'est vrai ce que maman a dit,
que vous déliriez bien quand vous étiez jeunes ?
- "Quand on était jeunes" ! On n'est pas croulant non plus !
Si ? Ouais, on délirait pas mal.
- Moi, je me souviens d'un truc.
Vous n'étiez pas encore divorcés, on habitait sur Lyon.
J'étais toute petite.
Et je me suis levée un matin,
tu étais avec Antonin sur la terrasse,
vous dormiez habillés.
Et dans le jardin, il y avait un lama !
- Oui, je me souviens
du lama ! - Oui, emprunté
dans une ménagerie.
Ce qui m'a marqué, c'est la tête
de votre mère quand elle a aperçu le lama qui bouffait ses fleurs.
On l'a rendu après.
Le lama !
Ouais, Léa.
Ouais, ça va.
Je suis avec les enfants.
Non ! Non, non.
Je n'ai pas besoin de prendre quelques jours, je t'assure.
Non, c'est bon, ça va.
Je serai demain matin au bureau.
Ouais.
Ouais, bisou.
- Je suis vraiment désolée pour ce qui t'arrive.
- Merci, Léa.
- Tu vas devoir faire une déposition.
C'est la procédure. - En cas de suicide.
On m'a dit, oui.
Et Paul, comment il va ?
- Pas bien, il s'en veut beaucoup.
- Il m'a beaucoup aidé ces derniers temps.
- Il paraît, les enfants m'ont dit que vous vous étiez pas mal vus.
- Ouais.
- Tu as une idée
des raisons qui ont pu pousser Cyrielle à en arriver là ?
- Elle était bipolaire, tu sais.
Il y a trois mois, elle avait déjà fait une tentative.
D'ailleurs, Paul a été vraiment super.
Il m'a beaucoup soutenu.
Ca fait du bien de pouvoir compter sur un ami dans ces moments-là.
- Je vais te présenter le lieutenant Zaïdi.
C'est elle qui va prendre ta déposition.
Vu la situation, je pense que c'est mieux comme ça.
- OK.
- Cyrielle a eu...
Une histoire familiale compliquée.
Sa mère l'a abandonnée quand elle était petite.
Elle a été trimballée de famille d'accueil en famille d'accueil.
- C'est la 2e fois en trois mois qu'elle tentait d'en finir.
Selon vous,
qu'est-ce qui l'a poussée à passer à l'acte ?
- Je ne sais pas.
C'est vrai qu'il y a trois mois, elle était au plus bas.
Mais après son hospitalisation, ça allait beaucoup mieux.
- Pourquoi elle était
au plus bas ?
- On essayait d'avoir un enfant.
Et comme ça ne marchait pas, elle a passé des tests.
- Elle a découvert qu'elle était stérile.
C'est ça ? - Oui.
Quand le médecin l'a appelée pour lui annoncer la nouvelle,
ça a été comme si le monde s'écroulait autour d'elle.
- Il y a d'autres solutions.
- Oui, une FIV, je sais.
Justement, on avait enfin pris rendez-vous.
A une clinique de fertilité.
- Excusez-moi, mais j'essaie
de comprendre,
si vous aviez une solution,
pourquoi est-ce que ce matin, elle est passée à l'acte ?
- Je n'en sais rien.
Je ne comprends pas.
- Une femme bipolaire, fragile, en mal d'enfant,
et qui en plus a déjà fait une tentative de suicide.
C'est plié, non ?
- Et Paul a été le témoin
direct des faits, je ne vois pas ce qu'il vous faut de plus.
- Imaginons que vous ayez besoin d'un témoin crédible pour prouver
à la terre entière que votre femme s'est suicidée,
vous appelez qui ?
- Un capitaine de gendarmerie. - Eh bien, voilà !
Antonin se réveille, sa femme a disparu.
Pourquoi ne pas se précipiter
sur le pont puisqu'il était sûr qu'elle voulait s'y jeter ?
Pourquoi ne pas appeler les pompiers
puisque la caserne est à côté ?
- Appeler un gendarme est un réflexe.
- Ce qui est logique,
c'est de voler au secours de sa femme.
Voilà ! - On pourrait
en parler au Cpt Marchal.
- Non, on ne va pas lui en parler, il est assez perturbé comme ça.
- Je vous laisse faire le point et je m'occupe de l'IML ?
- OK ! OK.
Il y a un truc qui n'est pas logique.
- C'est intéressant... - Avec les noyés,
j'ai énormément de mal.
- J'ai eu les premiers retours de la toxicologie.
- Ah ! Très bien.
- Au moment de sa mort, elle était chargée
à bloc. - Alcool ou stupéfiants ?
- Les deux, anxiolytiques et antidépresseurs en dose massive,
et une alcoolémie à 2,7 g.
- Elle aurait pu conduire
dans cet état-là ?
- Si elle était au volant, moi, je suis le pape.
- Elle se serait encore moins
garée au carré ? - Elle était à moitié inconsciente.
Elle a dû couler à pic.
- Donc, tout aussi incapable de se jeter du haut
d'un pont.
Ce n'est pas un suicide.
- Non.
- Capitaine, vous voyez le mannequin ?
- Oui, très bien.
- Et moi ?
- Et si je suis comme ça ?
par le coffrage.
OK. Ca, c'est vérifié, il a très bien pu
balancer sa femme sans que Marchal le voie.
- Exact.
45 secondes.
- Vous êtes un rapide !
- Antonin a bien pu
pousser sa femme, redescendre et venir aider
le Cpt Marchal. - Mais pas conduire deux voitures
en même temps. - Quoi ?
- Sa bagnole était garée ici ? - Pas loin de celle de Marchal.
- S'il a conduit la voiture
de sa femme là-haut, comment il a pu apporter la sienne ici ?
- Il aurait fallu qu'il dépose sa voiture avant pour faire croire
qu'il était arrivé après Marchal. - Soit il a dix coups d'avance...
- Soit le Cdt Soler
se plante.
- Toc-toc-toc !
- Ah ! - J'ai tapé...
Bref, je suis rentrée.
- Tu as bien fait.
- Comment tu vas ? - Ca va.
Ca va, ça va.
C'est bien le voyage
en Grèce pour les enfants.
L'île "Bolobos".
Tu devrais y aller. - Ca ne s'appelle pas comme ça...
Non, je ne vais pas y aller.
J'ai pas mal de boulot, et là, avec l'enquête, Antonin,
tout ça, tout ça.
- Tu vas classer l'affaire, non ?
- On a du mal à croire au suicide.
- J'étais là, Léa, j'ai tout vu. On croit à quoi alors ?
- Un faisceau d'indices pourrait nous laisser croire
que quelqu'un l'a aidée à tomber du pont.
- Elle était seule.
- Et ça, tu en es absolument sûr ? - Oui.
- Paul, pourquoi Antonin t'a appelé, toi ?
S'il avait peur que sa femme se jette du pont,
pourquoi il n'est pas allé le plus rapidement possible sur place ?
- C'est fou, ça ! Tu n'as jamais aimé Antonin.
- Non, ça n'a rien à voir. Pourquoi il n'a pas appelé les pompiers ?
- Il a paniqué, il appelle un ami, qui est gendarme en plus.
- Justement, oui,
qui est gendarme.
- C'est quoi ta théorie, il m'a appelé
et a entendu que j'arrive
pour la pousser ?
- On ne peut écarter aucune hypothèse.
- Tu prétends donc que mon pote m'a manipulé
pour que je sois témoin du suicide de sa femme.
Tu as conscience de ça ?
- C'est super beau !
Ici, on est à la croisée de tous les chemins de rando.
- Tu reviendras faire un trek. En attendant, on a quoi ?
- D'après les collègues, il y avait quatre clients,
dont Virginie Valette, la soeur d'Antonin.
- Tu t'occupes des clients, j'aime bien chasser les secrets
de famille. - D'accord.
- Non, Cyrielle n'était pas mélancolique.
- Son conjoint l'a décrite comme dépressive.
- Ah bon ?
Ecoutez, moi, je ne suis là que depuis trois jours,
mais elle était très active, très gaie.
- Elle ne vous a pas semblé déprimée ?
- Non, elle mettait tout le monde à l'aise.
Elle souriait
tout le temps !
- Et puis, une attention, une "amobilité".
- "Amabilité", "a-ma-bi-li-té". - Amabilité !
- Il a du mal avec ce mot.
- Et le patron aussi d'ailleurs, mais moins naturel.
Vous voyez ?
- Enfin !
Sauf... quand ils se sont disputés.
- Vous parlez d'Antonin et Cyrielle ?
- Oui.
On n'entendait pas leurs propos, mais alors, ça criait fort.
On avait les fenêtres de la chambre ouvertes, et ça nous a réveillés.
- Quelle heure il était à peu près ?
- Très tôt. - Très tôt, oui.
- 5h du matin ? - Oui, 5h du matin.
Et après, on a entendu une voiture partir.
- Et puis,
plus rien, fini.
- J'aimerais juste savoir
si vous avez entendu quelque chose vers la fin de la nuit ?
- Non.
- Du bruit.
Quelque chose qui ressemble à une dispute.
- Je suis désolée, j'ai un sommeil profond.
- Mme Valette, excusez-moi,
mais j'ai besoin de savoir ce qui s'est passé.
- J'ai des choses à faire, c'est moi qui cuisine pour les clients.
- Je comprends.
Et c'est plus facile de s'occuper pour s'éviter de penser.
- Nous étions très proches.
Ma belle-soeur était une femme agréable,
très douce.
Mais fragile aussi.
Mon frère et moi, on a tout fait pour la sauver.
- OK, très bien, on reprend tout depuis le départ.
Tu as dit que lorsque tu avais appelé Paul,
tu venais de te réveiller.
C'est bien ça ? - Oui, elle n'était plus là.
- Alors, comment expliques-tu que des clients vous aient entendus
vous disputer vers 5h ?
- On ne s'est pas engueulés,
elle m'a fait une crise de panique à cause de la FIV, c'est tout.
Alors, j'ai essayé de la calmer.
Et une fois que ça allait mieux, je suis retourné me coucher.
- Admettons.
Tu as aussi déclaré
que Cyrielle traversait une période difficile.
Plutôt down.
- Oui.
Elle n'était pas bien du tout.
- Pourtant, les clients disent
qu'elle était gaie. - Elle était bipolaire.
Un jour, elle voulait
tout refaire
dans le gîte, et le lendemain, elle était au fond du trou.
C'est ça, la réalité.
Demande à son psy, il te le dira, lui !
- Figure-toi que je suis allée le voir, son psy.
Et il m'a confirmé
qu'elle était plutôt dans une bonne période.
- C'est nouveau, ça.
Bon, écoute, qu'est-ce que tu veux me dire, là ?
- On sait que Cyrielle n'a pas pu se suicider.
- Quoi ?
- Elle n'a pas pu se jeter
du pont toute seule.
- Tu en es vraiment sûre ?
- Oui.
- Tu me soupçonnes ? - On n'écarte aucune hypothèse.
Donc que s'est-il passé ce matin ?
OK.
Alors, je ne vais plus rien dire, je veux un avocat.
- C'est ton choix.
M. Valette, vous êtes officiellement placé
en garde à vue à compter
de ce mardi 22 septembre, à 15h17, pour homicide.
- Bonjour.
Vous êtes M. Molina.
C'est ça ? - Je suis pressé, je dois partir.
- On a juste quelques questions de routine à vous poser.
- Je n'ai rien vu, OK.
- On a juste quelques questions à vous poser.
- On m'attend. - Oui.
Au poste !
- Oh ! Tu m'as fait peur.
- Ton enquête, ça avance ?
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
- Tes enfants sont venus me voir.
- Pour ?
- Pour aller avec eux en Grèce.
Sur une île, je ne sais plus.
"Ski"...
- Skopelos ! - Voilà !
- C'est une bonne idée !
- Oui, oui ! Mais il y a le colloque, et les astreintes sont...
- "Réparties". Je suis au courant, j'ai les mêmes excuses que toi.
- Ils te l'ont proposé aussi ? - Hm !
- Tous les deux pareils, butés.
- Sauf que moi, mon couple a explosé il y a très longtemps, papa.
Et toi, tu as peut-être une chance de sauver le tien sur ce coup-là.
- Bien, si ça devient trop difficile pour Paul, on dépayse le dossier.
- Mais papa, tu es bien venu pour me parler de maman.
- Je ne devrais pas. - Leur avion décolle
demain,
vers 20h.
- Pourquoi je ne peux pas savoir qui est en salle
d'interrogatoire ? C'est Antonin ?
- Tu n'es pas sur l'enquête.
- C'est lui ?
- Oui, c'est Antonin.
Paul...
- C'est quoi, ce bordel
ici ? - Un problème ?
- Depuis quand tu mènes des enquêtes à charge ?
- Contrôlez-vous,
capitaine. - Pourquoi s'acharner sur Antonin ?
- Je te l'ai expliqué.
- Tu ne m'as pas convaincu.
- Peux-tu me confirmer que tu as vu que Cyrielle était dépressive
ces derniers temps ?
Non !
Donc, on a pu te faire croire
n'importe quoi. - Pourquoi il l'aurait tuée ?
Pour l'argent ?
Ils ne sont pas mariés, pas pacsés, tout appartient à Antonin.
Léa, tu le connais depuis toujours, tu sais que c'est un mec bien.
- En attendant, tu restes à l'écart de l'enquête,
tu es trop impliqué.
- Je te gêne, comme ça, tu peux bien le charger.
- Tu dis n'importe quoi.
Attention, Marchal, une connerie et ça va mal se passer !
OK, on se remet au boulot.
Zaïdi !
Dans mon bureau.
Otez-moi d'un doute,
je vous avais demandé de ne révéler aucun élément de l'enquête
au Cpt Marchal ? - C'est vrai. Mais il m'a demandé
si c'était Antonin, je ne voulais pas
lui mentir. Pardon.
En même temps, il a raison, on n'a pas de mobile.
On frappe. - Pardon... Entrez !
- Excusez-moi, mais j'ai épluché les comptes du gîte,
c'est du grand n'importe quoi.
- Pourtant,
Antonin dirigeait une grosse boîte avant et ça se passait bien.
- Mais Cyrielle
dépensait sans compter.
- "Travaux" ?
- Sur place, il y a des travaux en cours.
Il y a aussi beaucoup de retraits, dont 5 000 euros la veille
de sa mort.
- Elle aurait payé les travaux au black ? Il faudrait vérifier ça.
L'avocat d'Antonin
est arrivé ? - Oui.
Silence radio depuis.
- On va devoir le relâcher.
- Je sais, merci.
Le type qui a tenté
de s'enfuir, au gîte...
- Benjamin Molina. - On en est où ?
- Je m'en occupe.
- Ben, très bien.
La porte, Erwan,
s'il vous plaît. - La porte !
- Sacré casier, hein !
Cambriolage, vol avec violence.
- Je n'ai rien à voir avec tout ça, je dormais quand elle s'est tuée.
- Vous êtes somnambule, alors.
Votre relevé de téléphone
indique qu'à 6h48,
vous passiez un appel qui a duré 13mn.
On ne rigole plus, là, Molina.
C'est une enquête pour meurtre.
Alors, vous allez tout me raconter.
Sinon, vous allez avoir des ennuis.
- Je téléphonais à ma copine.
- A 6h48 du matin ?
- C'est une lève-tôt, je voulais savoir les horaires de son train.
Elle devait me rejoindre au gîte.
- Et c'est pour cacher ça
que vous avez dit que vous dormiez ?
Faites-moi signe quand vous serez prêt.
En attendant, je vous garde au chaud.
- Tiens. - Merci.
- Il y avait des problèmes entre Cyrielle et Antonin ?
Je comprends que Antonin ait pu en avoir marre
à un moment donné.
- Ce que je peux te dire,
c'est qu'il était très patient avec elle.
- "Patient", Antonin ?
Je le connais bien, tu sais, ce n'est pas un saint non plus.
Je sais de quoi je parle.
Lui-même m'a avoué qu'ils s'engueulaient souvent.
- Moi aussi, je m'engueulais avec elle.
- Ah bon ! A propos de quoi ?
- Ben...
Elle faisait n'importe quoi avec l'argent.
- Je croyais qu'elle était l'âme
du gîte. - Oui.
Avec les clients, c'est sûr.
Cri. - Antonin !
- C'est qui ?
- Jérôme Lassale.
- Antonin !
- C'est un ami de Cyrielle. - "Un ami" comment ?
- Antonin, viens !
Assassin ! - Oh ! Oh !
- Foutez-moi
la paix, vous ! - Sinon, quoi ?
Voilà !
Antonin Valette n'est pas ici.
- Vous êtes venu l'arrêter ?
- Qu'est-ce qui vous fait croire qu'il l'a tuée ? Et vous êtes qui ?
- Je suis guide.
Je rentre de rando, là.
On vient...
On vient de me dire...
- Attendez... Vous êtes l'amant de Cyrielle ?
- Depuis quelques mois, oui.
Elle ne s'est pas suicidée...
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? - Elle n'était pas
dépressive.
Elle était malheureuse avec l'autre !
Il la traînait de médecin en médecin.
Il la gavait de médicaments.
Pour avoir du pouvoir sur elle, pour la contrôler.
Avec moi,
elle était bien.
Elle allait le quitter.
- C'est elle qui vous l'a dit ?
- Il y a deux jours... Il y a deux jours.
Et comme par hasard,
ce matin, elle saute d'un pont.
...
On sonne à la porte.
- Ah ! C'est toi, viens, rentre.
Alors, des nouvelles de l'enquête ?
- Soler va me tuer, mais voilà... - Elle va inculper Antonin.
C'est ça ? - Non.
Elle va devoir le libérer, elle n'a pas de mobile.
- OK.
- Tu sais quelque chose ?
Il faut le dire, Paul.
- Non, quoi ? Je ne sais rien.
- Ecoute, Paul, j'en ai marre de te voir qu'au boulot.
Je ne sais pas
si tu es juste pro ou si tu m'évites...
Je sais que ce n'est pas le moment.
Mais j'ai besoin de savoir, tu veux qu'on se revoie ou pas ?
- Je ne sais pas...
Non !
Pardon, mais je suis un peu paumé.
Voilà !
Et avoir une relation au boulot,
à ce qui paraît, ce n'est pas une très bonne idée.
Je n'en sais rien...
- Mais qui te parle d'une relation ?
On fait comme on veut.
Quand on veut.
Elle frappe.
- Entrez !
- Apparemment, vous n'avez pas beaucoup dormi, commandant.
Thé vert
sans sucre.
- Merci, Sabine.
Je viens de relâcher Antonin Valette.
Je ne voulais pas gaspiller des heures de garde à vue.
On n'a rien.
Dites-moi, capitaine,
vous pensez que je me suis trompée, que j'ai accusé un innocent ?
- Je n'en ai aucune idée.
Mais j'ai joint la clinique où Cyrielle était censée
faire des examens, elle n'y est jamais allée.
- Ah bon ! Et on sait pourquoi ?
- Le rapport
d'autopsie.
Regardez tout en bas.
- Elle n'est pas
stérile.
- Et si, en plus, on prend la pilule,
c'est compliqué de faire un bébé.
- Je ne comprends pas pourquoi
elle a menti pendant tout ce temps à Antonin.
- Pour ne pas le perdre, peut-être en relation avec son histoire
et les abandons successifs.
- C'est compliqué, cette affaire, pour moi, il n'y a rien de logique.
Bon, OK ! Merci, capitaine.
Attention, la porte !
Qu'est-ce qui se passe ?
- Antonin !
- Du calme, monsieur... - Il est où ?
- M. Valette a été relâché. Vous allez faire une connerie.
- Tu l'as relâché ? - Ecoutez-moi.
- Alors, c'est moi qui vais le buter !
- Ca ne ramènera pas
Cyrielle, vous m'entendez ?
Je vais venir vers vous. Regardez-moi.
Il faut
qu'on en parle ensemble.
Donnez-le-moi.
Propos inaudibles.
Ca va aller.
Voilà.
Très bien.
Doucement !
On va aller à l'intérieur.
On va parler calmement.
Attention à la marche.
- Je ne voulais faire de mal à personne.
J'ai pété les plombs.
Je suis désolé.
- Vous avez dit que Cyrielle allait quitter son mari pour vous.
Pourquoi je devrais
vous croire ?
- On s'aimait.
Je le savais.
Je le sentais.
Et elle me l'avait dit. - Vous croyez
tout ce que les femmes
vous disent, vous ?
- C'était sérieux avec elle.
C'est pour ça
qu'il l'a tuée, c'est lui qu'il faut mettre en prison.
Pourquoi il n'a rien fait, votre Marchal ?
- Vous lui avez raconté tout ça ?
- Ben, oui ! Hier.
- Paul, ça t'amuse de me prendre pour une imbécile ?
Tu savais que Cyrielle avait un amant,
- Léa, je te rappelle.
- Allô !
Allô !
- Je suis content que tu sois là.
- Anto, pourquoi tu ne m'as pas dit que Cyrielle avait un amant ?
- Donc, toi aussi, tu penses que je l'ai tuée ?
D'abord, Léa. Et maintenant, toi, mon meilleur ami.
Mais vous le comprenez
que ma femme est morte ?
Vous le comprenez, ça ?
- Je sais...
- Non ! Justement, tu ne sais pas.
Tu ne sais pas à quel point je suis rongé par la culpabilité,
à quel point je m'en veux. Parce que tout ça,
c'est de ma faute, Paul, c'est ça, la vérité.
- Excuse-moi.
- Lassale n'était pas le premier, elle l'a embobiné
avec ses histoires, et il y a cru comme les autres.
Mais elle ne m'aurait jamais
quitté.
- Je te crois.
Je suis obligé de te poser la question.
Pourquoi vous vous êtes disputés avant sa mort ?
- A cause de ce putain de rendez-vous à la clinique.
Je me suis rendu compte qu'elle n'y était jamais allée.
Alors, je lui ai demandé pourquoi.
Et là, elle m'a tout avoué.
En fait, elle pouvait avoir des enfants.
Elle m'a juste menti pendant toutes ces années.
- Je sais, je t'ai menti, je suis désolé.
Quand Cyrielle m'a dit qu'elle n'était pas stérile,
je suis devenu dingue.
Cette fois, c'était vraiment fini.
- Elle a réagi comment ?
- Mal, évidemment.
Elle m'a fait du chantage affectif, comme d'habitude.
Elle s'est mis dans tous ses états.
Elle hurlait, se jetait à mes pieds, pleurait.
Et elle m'a menacé de se jeter du pont si je la quittais.
Tu sais ce que je lui ai dit ?
Tellement j'étais à bout.
J'ai dit : "Vas-y, vas-y, fais-le !
"Fais-le qu'on en finisse une bonne fois pour toutes."
Elle avait bu...
Elle est sortie en titubant.
C'est là que j'ai réalisé qu'elle allait vraiment
faire une connerie.
- Donc, là, tu la mets dans sa voiture,
tu la conduis sur le pont, et tu l'aides à tomber du pont.
- Bien sûr que non !
Je restais là,
comme un con, perdu dans ma colère, je ne savais pas quoi faire.
Et j'ai réalisé qu'elle allait vraiment faire une connerie.
- C'est là
que tu m'as appelé. - Oui.
Cette fille était capable de me rendre dingue de colère
et de me rendre fou d'amour dans l'heure suivante...
Je sais qu'elle était toxique pour moi.
Mais je ne pouvais pas vivre sans elle.
Si je l'avais retenue, si je n'avais pas souhaité
qu'elle disparaisse,
elle serait encore là, tout est de ma faute.
Je te jure que je ne l'ai pas tuée, Léa, je te le jure.
Il faut me croire.
- Paul.
Paul. - Oui.
- Il faut que tu arrêtes d'enquêter hors procédure,
parce qu'un jour ou l'autre, il va t'arriver des ennuis.
- Je n'allais pas rester croupir.
En plus, on parle de mon meilleur pote.
- C'est incroyable, dès l'instant où tu es en contact avec lui,
tu fais n'importe quoi, tu t'enflammes, tu débloques.
Et depuis toujours. - C'est le concept de l'amitié.
Ou de l'amour.
- Et si on reprenait tout
depuis le départ ? - Hm !
- Cyrielle et Antonin se disputent vers 5h du matin.
- Alors qu'Antonin repart
se coucher, elle menace de sauter du pont.
- Se dirige vers sa voiture, soûle, sous l'effet des médicaments.
- On sait qu'elle n'a pas pu conduire.
- Donc, elle rencontre quelqu'un qui la conduit sur le pont
et qui la fait tomber du pont.
Mais c'est quelqu'un autour du gîte, c'est là.
- Pourquoi vous voulez retourner dans la chambre de Molina ?
- Hier, j'ai essayé de joindre mon mari.
Je n'ai pas eu de réseau. Alors comment Molina en a eu ?
- Il est peut-être chez un autre opérateur.
- Tu me sous-estimes, c'est son portable.
Et je n'ai rien, pas une barre.
C'est incroyable, ce n'est pas possible cet endroit...
Ah ! Ca y est. OK.
Donc, le seul endroit où ça capte, c'est la réception.
Il a forcément appelé d'ici.
- Pourquoi il ne nous l'a pas dit ?
- OK, je suis sorti de ma chambre pour téléphoner.
J'avais oublié.
- "Oublié" !
Molina, je vais vous mettre en préventive.
Je connais des costauds en prison qui vont vous faire
retrouver la mémoire comme ça !
- Je peux avoir un verre d'eau ?
- Non.
- J'avais vu la patronne déposer du liquide dans un tiroir
à la réception.
- Les 5 000 euros retirés la veille. Comment vous avez fait votre coup ?
- Au petit matin, j'ai entendu du bordel, des cris.
J'ai attendu que ça se calme.
Et j'ai profité qu'il n'y avait plus personne
pour récupérer le fric.
- Et appeler votre copine.
- On allait enfin pouvoir partir
en vacances.
- Vous êtes vraiment un cas, vous vous laissez accuser
de meurtre pour éviter d'avouer un vol.
- La mort de la patronne, je n'y suis pour rien.
Demandez à la soeur du patron, elle m'a vu
quand je téléphonais.
- Vous recommencez à me mentir, Molina.
On va vous déférer pour meurtre.
- Je ne mens pas, elle m'a vu, elle rentrait à pied au gîte.
- Virginie Valette rentrait à pied au gîte à 7h du matin ?
- Vous n'allez pas croire
ce mec ?
C'est n'importe quoi !
Et pourquoi il ne l'a pas
dit avant ? - Parce qu'il a volé
5 000 euros et qu'il n'est pas futé. Mais il n'est pas assez bête
pour mentir sur ce point-là.
- Virginie est rentrée au gîte 30mn après la mort de Cyrielle.
C'est le temps qu'il faut pour revenir du pont
à pied.
Peux-tu affirmer
qu'elle était dans sa chambre au moment où tu as quitté le gîte ?
- OK ! Alors,
c'est quoi l'idée ?
Virginie aurait conduit Cyrielle
au pont et l'aurait tuée ?
- C'est l'hypothèse. - Ca ne tient pas
debout !
Paul,
tu la connais !
Elle ne ferait pas de mal à une mouche.
- Sauf si elle t'embêtait.
Tu le sais, Virginie ferait n'importe quoi pour toi.
- On parle d'un meurtre.
- Antonin, tu l'as dit toi-même, elle te pourrissait la vie.
- Bon, on va chercher Virginie.
- Laisse-moi y aller, je la connais depuis qu'elle est gamine.
- Très bien.
...
- Tu te souviens quand on avait 10, 12 ans...
On était les rois des cabanes.
Et Antonin disait :
"Ma soeur vient avec nous,
"parce que c'est ma petite princesse à moi."
- Paul !
C'était horrible cette nuit-là.
Cyrielle hurlait.
Elle était complètement hystérique.
Je suis descendue de ma chambre.
Je les ai vus.
- Et tu as tout entendu ?
- Elle lui avait menti pendant des années.
Quand il a compris,
j'ai vu son visage...
Il souffrait tellement.
- Alors, quand elle est sortie, tu l'as suivie.
- Elle ne tenait pas debout.
J'essayais de lui parler, elle n'écoutait rien.
J'ai pris le volant.
Quand je conduisais, elle n'arrêtait pas de parler.
Elle disait qu'Antonin allait revenir.
Et qu'il ne la quitterait jamais.
Quand on est arrivées au pont,
elle est descendue toute seule.
Elle s'est approchée du parapet.
Je l'ai suivie.
Quand j'ai vu ta voiture, j'ai cru que c'était Antonin qui venait
la chercher.
C'est là que je l'ai poussée.
Je savais qu'il allait encore lui pardonner.
Ce n'était pas possible.
...
Pardon.
...
- Vous n'êtes pas partis ?
Je croyais que je vous avais ratés.
- L'avion décolle dans 3h.
- C'est cool, je suis contente.
- Ma chérie. - Câlin, maman.
Oh ! Vous allez me manquer. - Tu nous rejoins là-bas.
Ou tu pars maintenant, un tee-shirt et un maillot, comme ton fils.
- Non ? - Si !
- Tu me fais honte. Et papa ?
- Il a un colloque.
- Oui, les astreintes. Merci !
- Allons-y, on va rater le taxi.
- Profitez bien.
Tu fais des photos.
- Oui ! A bientôt.
- Et tu t'occupes de ta grand-mère. - Oui.
- Et de ta soeur. - Aussi.
- Voilà ! - A plus.
- Bisou !
- Essaie de venir, s'il te plaît.
Ca fait combien de temps qu'on n'est pas partis
en vacances en famille ?
Et c'est quand la prochaine fois qu'on aura l'occasion de le faire ?
Il faut passer du temps avec les gens qu'on aime.
- Tu devrais faire de la philosophie !
Je t'aime, ma chérie - Moi aussi.
- Profite !
Oh ! Ils ont oublié leur guide.
Oui, bonsoir, j'aurais souhaité une pizza, s'il vous plaît.
Peu importe, mais rapidement.
Je te devais une pizza !
En fait, je me disais :
les gens qu'on aime, on a souvent tendance à leur faire du mal,
alors que ça devrait être tout le contraire.
Mais je ne suis pas venue
pour ça, en fait.
Je suis venue parce que je voulais te proposer... C'est pour toi !
Bon, maman
et les enfants décollent à 20h, et si on ne réfléchit pas trop...
Prendre l'avion.
Euh...
Pardon.
Je...
...
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