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Zulu
...
- Alors, le café ouvre quand ?
- On y est presque.
On a encore reçu des fournitures hier.
- Super ! - Et comment va votre petite ?
- Ca va... - Venez vite !
Venez, dépêchez-vous !
- Oh ! Putain, Vincent.
...
On sonne à la porte.
- Salut ! - Salut.
- J'ai eu ton message hier soir, mais c'était trop tard.
Du coup, je me suis dit pourquoi pas ce matin.
- Une visite surprise, c'est réussi.
En fait, tu me prends au saut du lit.
- Si tu veux y retourner, je peux t'accompagner.
OK, tu n'as plus du tout envie.
- Non, ça n'a rien à voir.
J'ai envie de faire les choses bien.
- "Les choses bien", c'est-à-dire ?
- Un verre tous les deux, douché.
J'ai même envie d'enfiler une chemise,
histoire d'avoir l'air moins con.
- Chacun son truc.
Ce soir, 20h, aux Arceaux ?
- Euh... OK, d'accord.
Jamais avant le petit déjeuner.
Dommage !
...
- Bonjour, commandant.
- J'ai eu un mal de chien à vous trouver.
Etrange ce village, c'est un village fantôme.
Le taux de criminalité doit être proche de zéro.
- 0.77, exactement.
- C'est précis, ça ne m'étonne pas de vous.
- Le village a subi de plein fouet la désertification rurale,
pour passer de 1 200 habitants à 150 en 15 ans.
- Ca va réduire la liste des suspects.
Bonjour. - Bonjour.
- Qui est la victime ?
- Vincent Restier, 39 ans, 1er adjoint au maire.
Un conseiller a découvert le corps. - Bonjour, messieurs dames.
Ah ! Bonjour, Franck.
Vous prenez goût aux scènes de crime.
- Il y a deux types de blessure, et une occasion pour vous voir.
- On peut estimer l'heure de la mort ?
- Je dirais hier soir. - Une agression dans le bureau.
- Vous avez parlé de deux blessures.
- D'abord, frappé à la tête.
Et ensuite, poignardé dans le dos avec une lame tranchante.
- On ne l'a pas retrouvée ? - Pas encore.
On ratisse les alentours.
Par contre, il y avait ça sur la scène de crime.
- Vu les traces de sang,
je peux dire que c'est avec ça qu'on l'a assommé.
- Un presse-papiers ? - Oui.
- On l'envoie au labo. - Oui.
- Merci, Franck. - A tout à l'heure.
- D'autres infos sur la victime ? - C'était un homme d'affaires.
Et un enfant du pays de retour après 25 ans d'absence.
- Revenu depuis ?
- Un an. Il vivait
ici avec Isabelle Lecomte, qui possède un domaine
avec son frère, Etienne, hérité de leurs parents.
- Bien. Je vous laisse
vous occuper de la famille, et vous perquisitionnez.
- OK.
Imitation d'un moteur de voiture.
Ca va mieux, hein !
Tu t'amuses bien ?
- Là, je ne joue pas, je bosse.
C'est important de travailler l'imagination.
- Certainement.
Sinon, on a du concret ? - Ouais.
Tu as quel niveau au jeu des sept erreurs ?
- Je suis plutôt pas mal.
- Ouais ? OK, on va voir.
Alors, vas-y !
- M. le maire n'est pas derrière son bureau.
Et sinon, il est où ?
- En congrès à Marseille depuis hier matin.
Il arrive.
- Ce n'était pas ça ?
Alors, le presse-papiers, je l'ai vu en bas.
- Hm !
- Le coupe-papier.
- Bingo ! Le meurtrier s'est saisi du 1er truc qu'il trouvait.
- Deux armes par destination,
improvisation plutôt que préméditation.
Il est tombé sur un voleur ? Il s'est disputé avec quelqu'un ?
- Peut-être bien !
On va enquêter.
Je vais interroger les témoins, je te tiens au courant.
Et tout, et tout, comme d'hab.
- Paul, pour hier soir...
On en parlera plus tard, c'est bien aussi.
Beaucoup mieux.
- Vous êtes vraiment sûre ? - J'ai regardé partout.
A ma connaissance, rien n'a été volé.
- Je ne vois pas qui a pu faire ça.
Tout le monde l'appréciait ici.
- C'est marrant, j'étais sûr que vous alliez dire ça...
La maquette dans le bureau, c'est quoi comme projet ?
- Eden, un futur complexe de loisirs.
Le nouveau combat de M. le maire pour dynamiser la commune.
- Attirer les touristes ? - Les faire
revenir surtout, ils s'arrêtaient ici
à une époque.
- Puis, les commerces
ont fermé et les habitants sont partis.
- C'est quoi le rapport entre la victime et ce projet ?
- C'était son idée.
Il était motivé, c'était un homme d'affaires, il avait des relations.
- On dirait que quelqu'un a détruit la maquette volontairement.
- Et alors ?
- Le meurtrier ne s'est pas acharné uniquement sur Vincent Restier,
mais aussi sur son projet.
D'où ma question : Quelqu'un était contre ce complexe ?
- Ben non, personne.
- Mais si !
Vous.
...
- Jolie moto !
- Hm hm !
Bonjour.
- Je peux vous aider ? - Gendarmerie nationale.
- Etienne Lecomte, Vincent était mon beau-frère.
C'était sa moto.
- Vous êtes déjà au courant de sa mort ?
- Saint-Martin est un village, tout se sait très vite.
- J'aurais aimé parler à Isabelle.
- Allez-y doucement, elle est en état de choc.
Le médecin vient de partir.
- OK. - Je m'occupe de la perquise.
- Vous voulez bien montrer les appartements de Vincent
à mon collègue ? - Oui. Vous me suivez ?
à chaque réunion du conseil municipal,
a menacé de déposer des recours contre le projet Eden
en cherchant tous les prétextes possibles.
peut être un mobile.
de découvrir le corps, un bon moyen
- Pas faux. Merci, Sabine.
Je prends le relais.
Merci, Sandra.
M. Venel, alors, dites-moi, vous étiez où hier soir ?
- Chez moi.
- Quelqu'un peut
le confirmer ? - Ah ! Je vois.
Je me suis opposé à Restier, je suis donc coupable.
Eh bien, non.
- Un truc m'échappe, vous êtes attaché à votre village ?
- Evidemment. - Ce projet pouvait le sauver.
- Vincent avait peut-être des idées, mais il avait surtout du pognon.
Ce n'est pas le cas de tous ici. - C'est-à-dire ?
- Son projet allait tripler nos impôts locaux.
Ca, il n'en a rien dit. - D'où vos recours.
C'est un bon motif de dispute.
- Je n'ai même pas déposé les recours. Vérifiez !
- Vous avez changé d'avis ?
- Disons qu'il a réussi à me...
- Corrompre ?
Soudoyer ?
Non... Acheter ?
- Me convaincre. - Ah ! Je ne l'avais pas, celui-là.
- J'avais un terrain, il me l'a acheté
le double de son prix. - Non ! Pour vous faire taire ?
- Il m'a dit texto qu'il ne pouvait pas échouer
dans ce projet. - OK.
- Je m'en veux tellement.
- Vous n'avez pas trouvé bizarre qu'il ne donne pas de nouvelles ?
- Non.
Non, c'était dans ses habitudes de travailler tard.
Depuis qu'il était devenu adjoint, il était tout le temps sollicité.
- Vous avez passé la soirée ici, donc ?
- Avec mon frère,
on a regardé un film.
Et puis, je suis allée me coucher.
Je pensais que Vincent rentrerait dans la nuit.
- Mais ce matin, personne.
Vincent s'est imposé très vite à la mairie, non ?
- Vous insinuez quoi ?
Vincent était quelqu'un d'honnête.
- J'ai trouvé ça, lieutenant.
Elle est verrouillée.
- C'est quoi ?
- Honnête, mais qui avait ses petits secrets.
- Merci, Nicolas.
- Vincent Restier avait des dossiers
sur tous les habitants de la commune.
- Certains ont
hypothéqué leur maison au profit d'Eden SARL.
- La société de la victime.
Mais non !
Il était en train de racheter tout le village.
- Vous vous trompez.
Vincent n'a jamais rien fait dans notre dos.
- Si je vous comprends bien, il a dévoilé ses plans
dès son arrivée. - Il n'en avait aucun.
Il était venu pour enterrer sa tante.
- Pour la succession aussi, elle lui léguait son terrain.
- 25 ans que je ne l'avais pas vu.
Voiture de luxe, costume sur mesure,
ça m'a fait un choc.
- Pourquoi ?
- Il a grandi dans la misère, ses parents étaient pauvres.
Il n'a pas eu une vie facile. Il s'est battu pour s'en sortir.
- Et il est venu se réinstaller ici, comme ça, sur un coup de tête ?
- Non, c'est moi qui lui ai demandé son aide, et j'ai dû insister.
- C'est-à-dire ?
- Ca fait des années que je me bats pour ma commune sans résultat.
On essaie de s'en sortir, on se sent très seul.
Les gens souffrent. - Et vous l'avez vu
comme la solution à vos problèmes.
- Un enfant du pays avec un talent pour les affaires,
c'était une belle occasion. - Et il venait avec un beau projet.
- Un bon investissement pour la commune.
- Dites-moi, M. le maire,
personnellement, vous avez mis de l'argent dans ce projet ?
- Bien sûr, et je ne suis pas le seul.
- En réalité, Vincent Restier a proposé
aux gens d'investir dans son projet.
Les hypothèques servaient de cautions.
- En échange de quoi il faisait d'eux des actionnaires ?
- Avec un retour sur investissement grâce aux bénéfices.
- Il devait être vachement convaincant, ce Vincent Restier.
- Il avait organisé une réunion collective en expliquant
que pour s'en sortir, tout le monde devait y mettre du sien.
- Limite comme méthode. On doit continuer...
- A enquêter, bien sûr ! - Voilà.
Paul ! Paul !
Je voulais revenir sur hier soir.
Je n'ai pas été très... Comment dire ?
- Tu veux parler de quoi ?
- Tu sais bien, la pizza, hier soir, chez moi, à la maison, la pizza !
- Ouais, ma pizza, elle était comment ?
- Al dente !
- Ah ! bon.
- Non, c'était une plaisanterie, mais ce n'est pas très drôle.
J'étais en colère contre moi, contre nous,
contre notre façon de faire
avec Thomas... - Alors, je t'arrête.
Je trouve qu'on s'en sort plutôt pas mal.
- Oui, tu trouves ?
- Evidemment, oui.
Léa, je t'assure,
tu es une bonne maman.
Et je trouve que Thomas devient un beau grand
jeune homme.
Mais je crois qu'il faudrait que tu arrêtes d'essayer
de vouloir tout contrôler tout le temps.
- Oui.
Je sais, tu as raison.
- Evidemment que j'ai raison.
- Tu ne peux pas t'en empêcher ! - C'est comme ça que tu m'aimes.
- Que je t'aime, n'importe quoi. - C'est une façon
de parler, Léa.
- Eh oui !
Forcément...
- Vincent Restier avait du fric à la banque.
Mais sur ses comptes, rien de suspect.
- J'ai sa trace dans des boîtes internationales
et 2 sociétés en France.
- Une SCI pour le terrain et la SARL pour l'exploitation du projet.
Je les ai sur ses comptes. - Les statuts, rien à dire.
Et même le contrat de directeur de son beau-frère est nickel.
- Viens voir ! On dirait
qu'il n'a pas
choisi sa banque par hasard.
Conseillère financière. - Isabelle Lecomte.
Tomber amoureux
de sa banquière n'est pas interdit.
- Sauf s'il a couché avec elle pour obtenir
des financements.
- C'est ça le projet Eden ?
- Ouais ! Ouais, c'est ça.
Au fond, vous aurez la résidence hôtelière.
Là, de ce côté, la piscine, avec sauna, toboggans, hammam.
- Je vois ! Je vois !
"Je vois", façon de parler.
Je pensais que les travaux seraient plus avancés. Là, il y a juste...
Rien ! - On attend
le géomètre. - Ah !
Il prend son temps. - Il est très pris.
- Et c'est le seul
géomètre du pays.
Apparemment, votre beau-frère n'était pas du genre
à laisser traîner les choses.
- Vincent était quelqu'un d'exigeant.
- "Un emmerdeur"... Ils ne s'entendaient pas ?
- C'était souvent tendu entre eux.
Vincent aimait que les choses
soient faites à sa façon. - Vous avez son nom ?
- Oui. Vous me suivez ?
- Ouais.
- Ca nous a fait bizarre de nous retrouver
25 ans après.
Vincent était un ami de mon grand frère.
J'avais le béguin pour lui à l'époque.
Quand il est revenu, il m'a avoué que lui aussi.
- Et il vous a avoué ses sentiments avant ou après vous avoir choisie
comme banquière ?
- Après.
Quand Vincent
a voulu lancer son projet, il s'est naturellement adressé à moi.
Il avait besoin de quelqu'un de confiance
pour l'aider à créer ses sociétés.
- Vincent était un homme d'affaires qui n'avait pas de banque ?
- Il n'avait que des entreprises aux Etats-Unis.
En attendant que ses actifs soient transférés,
on lui a accordé un prêt pour qu'il puisse
commencer
les travaux. - Elle est très jolie,
cette maison.
- Un de nos derniers week-ends en amoureux
dans le Lubéron.
C'était la villa de Vincent.
Il était sur le point de la vendre
pour s'installer ici. - D'accord.
Je peux vous l'emprunter ?
- Voilà
sa carte... - C'est lui le géomètre ?
- Oui.
Vous le connaissez ?
- Oui, carrément.
Mais alors d'où ?
"Laurent Giraud".
Ca ne me dit rien ce nom.
Je vous l'emprunte.
- Allez-y ! - Merci.
Ah ! Mon colonel.
Il y a un truc qui ne va pas ?
- Tu me réponds franchement.
- Ouais.
- Crois-tu que j'ai tort de refuser la retraite
quitte à provoquer le divorce ?
J'ai l'impression de faire une connerie.
L'idée de me retrouver seul me fout
la trouille. - Je comprends.
Un divorce, ce n'est pas une décision facile.
Ca, je le sais.
Mais si vous me permettez,
on ne reste pas avec quelqu'un
parce qu'on a peur de se retrouver seul.
- Certes. - Vous êtes un homme
de terrain, vous êtes passionné par votre boulot,
c'est ce qu'Annie a toujours
aimé chez vous. - J'imagine, oui.
- Il y a plein de raisons d'éviter ce divorce.
Plein, je ne dis pas.
Mais ne culpabilisez jamais d'être qui vous êtes. Jamais !
- Merci, Paul.
J'avais vraiment besoin d'entendre ça.
- Je l'ai senti, ouais.
- Le coup porté à la tête a été violent mais pas mortel.
En revanche,
la blessure dans le dos a été fatale.
La plaie provient d'une lame fine, 15 cm environ,
un seul bord tranchant.
- Il pourrait bien s'agir d'un coupe-papier ?
- Sans doute, oui.
- Des blessures de défense ? - Aucune.
Soit il n'a pas vu venir l'agression...
- Soit il connaissait l'agresseur et il ne s'est pas méfié.
- J'ai relevé aussi qu'il avait de la poussière sous les ongles.
De la poussière de bois,
type balsa.
- Putain, c'est dingue !
D'où je connais ce type, là ?
- Tu l'as peut-être croisé sur une autre affaire.
Une vraie tête d'escroc.
- C'est clair, mais non...
- Dis-moi, la maquette était bien en balsa ?
- Oui. Pourquoi ?
- Je crois que c'est la victime qui l'a fracassée juste avant
de se faire tuer. - Mais...
- Merci, Erwan.
- C'est Fred sur la photo.
- Il fait partie de la maison ?
- Non, il jouait dans le film de la gendarmerie.
Il est acteur.
Qu'est-ce qu'il a fait ? Pourquoi il est en photo ?
- Tu ne vas jamais le croire... - Si, je prends le risque !
- Vincent Restier l'a payé pour jouer le géomètre
auprès de tous les habitants.
Mais surtout, pour simuler le conflit entre eux.
- Pourquoi il aurait fait ça ? - Pourquoi les travaux
n'avancent pas. - N'importe quoi.
- Viens, tu vas comprendre.
- Doucement... - Oui, pardon.
Sabine, c'est à toi.
- Isabelle Lecomte est menacée d'être licenciée car elle a accordé
à Vincent Restier des prêts sans le moindre justificatif.
Donc, on a tout repris à zéro, enfance, école, études.
Il n'a aucun diplôme de commerce, n'a jamais été dans les affaires.
- Tout est faux dans sa vie, parcours, entreprises, tout !
- Fausse maison ? - Oui.
Il en était le gardien, on a trouvé son contrat de travail.
- Il a trompé tout le monde, le parfait imposteur.
- Exactement.
- Oui !
Encore des révélations sur la victime ? Vas-y...
- Non, non... Non, pas du tout.
Non, je voulais juste te prévenir, avant que j'oublie,
que j'avais un peu discuté avec ton père.
Oui, il avait l'air mal, j'ai eu le sentiment
qu'il avait besoin de soutien,
après le coup de ta mère.
- "Le coup de ma mère" ? Je ne suis pas au courant.
- Soit il part en retraite, soit elle le quitte.
C'est un peu piqué des hannetons.
- Et mon père qui fait des promesses à ma mère
et qui ne les tient jamais, c'est pas "piqué des hannetons" ?
- Tu le vois partir à la retraite ?
Tu le vois en voyage organisé ou faire de la poterie ?
Ton père, waouh ! - Et si ça rend heureuse ma mère ?
- C'est à lui de faire tous les sacrifices ?
- Non, mais ça fait 50 ans que ma mère sacrifie tout
pour mon père, avec tout l'amour que je lui porte.
Donc, si les rôles s'inversent, c'est aussi ça, un couple.
- Mais ce n'est pas que ça. - Non... Marchal !
On pourrait revenir
à l'enquête ?
OK ! Donc, Vincent Restier,
qui a menti à tout le monde,
peut-être que quelqu'un s'est aperçu
de la supercherie.
Aussi, je voudrais réentendre tous les témoins.
Et surtout, les Lecomte.
- Moi, je mise tout sur le maire. - On n'est pas d'accord, étonnant !
- On a vérifié les comptes communaux, il a investi
le budget des deux prochaines années sur le projet de Restier.
- Très bien, mais Georges Parmentier était à Marseille hier.
- Je sais, mais il y a un truc qui cloche dans son alibi.
- Un truc qui cloche dans son alibi.
Tu ne me le dis
que maintenant ? - Non.
Le colonel est dessus.
- Mais c'est quoi
qui cloche ?
Marchal !
- Vous devez vous tromper.
Tout ça, là !
Les plans, les devis, les études, c'était réel.
- C'est ressemblant, hein ! Ils sont tous faux.
Vous ne vous en êtes vraiment jamais
rendu compte ?
- Non, non...
- Bon, M. Parmentier, le soir du meurtre,
vous étiez à Marseille, à un dîner organisé par votre congrès.
C'est bien ça ? - Oui.
- Mais, car il y a un mais, des témoins vous ont vu
quitter l'hôtel à 19h30 pour y revenir au petit matin.
Vous avez eu tout le temps de faire l'aller-retour jusqu'ici.
- Il n'a rien fait !
Vous devriez plutôt vous intéresser à Etienne et Isabelle Lecomte.
Ca sent la magouille familiale. - On s'en occupe également.
Je voudrais savoir
où vous étiez exactement la nuit
du meurtre.
- J'étais bien à Marseille.
Mais avec une femme.
- On leur a fait peur, on dirait. Non ?
Sirène.
...
- C'est bon ! C'est bon !
- On ne bouge pas.
Délit de fuite, on ne fait pas mieux comme aveu de culpabilité.
- Un aveu de meurtre, par exemple.
- Pourquoi on l'aurait tué ?
- Pourquoi vous enfuir ?
- La banque m'a dit que vous aviez appelé.
C'était moi
la complice
de Vincent...
- Stop, j'aime bien être confort
pour écouter les belles histoires.
- On les place en garde à vue pour complicité d'escroquerie.
- OK.
- Je vous écoute, capitaine.
- Elle aurait été sa complice moins
d'un an après leurs retrouvailles ?
- Vincent n'était pas un inconnu, c'était son amour de jeunesse.
Retrouver son premier amour, ce n'est pas anodin.
C'est renouer avec son passé,
son insouciance.
- On a idéalisé la personne et on reste dans le fantasme ?
- Oui. - Sauf qu'après
plusieurs années,
la donne n'est plus la même, les gens changent.
- Isabelle aurait pu s'apercevoir qu'il s'était joué d'elle,
ce qui deviendrait un bon mobile. - Je peux
chercher dans ce sens-là ?
- Très bien, vous me tenez au jus. - Merci.
- Inès, on a trouvé
un coupe-papier couvert de sang à Saint-Martin.
On sera vite fixés.
- C'est pas possible.
Ca ne veut pas enregistrer... - C'est peut-être l'arme du crime.
- Ca n'enregistre pas.
Ca me soûle, ça ne marche pas.
Voilà, échec.
- Il faut que tu appuies là-dessus.
Voilà !
- Je le faisais.
Mais merci.
C'est gentil.
- Tu veux que je termine ? - Sérieusement, ouais !
- OK. - Je te revaudrai ça.
- Je ne voudrais pas faire attendre ton prétendant. Je le connais ?
- Rien à voir, c'est un dîner de famille.
- Ah ! Ta famille qui habite à 600 km.
Vous allez manger tard. Allez, bonne soirée !
- C'est ça, bonne soirée.
Arrête de me regarder comme ça !
- Comment s'est passée ta journée ?
- Fatigante, la routine.
Non, c'est plutôt papa qui m'inquiète.
- Les tomates sont délicieuses...
- Maman, arrête.
En deux semaines, on n'a pas évoqué une seule fois ta séparation.
- C'est à lui de savoir ce qu'il veut
maintenant. - Oui, je suis d'accord avec toi...
Mais toute ta vie, tu as été la femme dévouée.
Tu as tout accepté, les mutations de papa,
ses ambitions, ses absences.
Et d'un coup, tu fais volte-face.
Il est perdu, c'est normal. - Tu prends
toujours son parti !
- Moi, je prends son parti ? - Ce n'est pas vrai ?
- Mais non, maman.
Je ne prends pas le parti de papa, j'essaie d'être juste.
Et cet après-midi encore, je me suis pris la tête
avec Paul parce que j'ai pris ta défense.
- Toi, tu m'as défendue, moi ?
- Oui, moi, je t'ai défendue, toi.
- Elle est pas mal, cette chemise.
Ca aurait été dommage de ne pas la sortir.
- Ouais, je l'aime bien.
- Ca change des carreaux.
- Merci.
- Voilà !
- C'est joli les cheveux comme ça sur le front.
- La frange ! Ca fait un bout de temps
que je l'ai. - Ah !
- Tu peux te détendre, ça va aller.
- Ca va, c'est juste le manque d'habitude.
- Tu n'as pas eu
de rendez-vous depuis ton divorce ? - Si, quand même.
- Ah ! Combien ?
Dix, vingt, trente ?
- Non ! Non, ben, non. - Quarante ?
- Non, tu peux les compter sur les doigts...
D'une main !
- En fait, là, j'ai l'impression de te forcer un peu la main,
et ça me met mal à l'aise
parce que ce n'est pas... - Non, ne sois pas mal à l'aise.
C'est bien parfois de sortir de sa zone de confort.
Voilà !
Surtout quand on est attiré par quelqu'un.
- J'ai aimé
ton père parce qu'il était ambitieux, dévoué aux autres.
En lui demandant de renoncer à sa carrière,
j'ai l'impression de lui demander de renoncer
à l'homme qu'il a toujours été.
- Il t'avait promis de prendre sa retraite cette année.
- Il ne peut pas, c'est conforme à sa nature.
- Et c'est vrai que j'ai du mal à l'imaginer à la retraite.
Il a besoin d'action, il a besoin d'être sur le terrain.
- J'ai deux solutions, je le garde comme il est ou je m'en vais.
- Il doit bien exister un entre-deux.
Chacun fait des efforts.
Ce n'est pas ça le couple, faire des concessions ?
- Le couple oui, pas l'amour.
Quand on aime vraiment quelqu'un, on n'a pas envie
de le changer.
- C'est important
d'être prêt à changer pour se donner toutes les chances
que ça fonctionne. - Hm...
Je ne sais pas.
Moi, je t'aime bien comme tu es.
A la tienne !
- Dis-moi, Paul, ça fait deux jours que tu arrives à l'heure.
Tu crois que ça peut devenir une habitude ?
- Vous féliciterez le héros de ma part.
- Hein ? - La vidéo de Thomas.
- Quelle vidéo ? - Regardez !
Il fait le buzz depuis ce matin, il a sauvé quelqu'un.
- Pour de vrai ?
- Oui !
3 200 like.
- Tiens ! - C'est énorme !
Oh ! Putain...
- Merci.
C'est maman. - Et papa !
- Et papa.
Je viens de voir la vidéo, celle qui fait...
- Bravo ! J'ai vu aussi.
- Je te félicite...
- Félicitations ! - C'est génial...
- Enorme !
- Thomas, je te rappelle, ton père est relou, là.
Je t'aime, bisou, bravo.
Sans déconner, Paul, fais attention...
- Attends !
Oui, Thomas, c'est papa !
Je viens de voir la vidéo avec maman.
Ouais !
- M. Parmentier, bonjour, merci d'être venu.
Je vous en prie.
Je souhaitais en savoir un peu plus
sur l'enfance de M. Vincent Restier.
Vous étiez déjà maire de Saint-Martin à l'époque.
N'est-ce pas ?
- Mon tout premier mandat, oui.
- Et vous savez s'il y a eu quelque chose de particulier
le concernant, lui, ou sa famille ?
- Quand Vincent avait 14 ans,
son père s'est retrouvé au chômage.
Tout ce qui restait à la famille, c'était la maison.
Et puis, le terrain à côté.
- Le terrain de la tante. C'est bien ça ?
- Le père a voulu y monter une petite entreprise de transport.
Mais j'ai refusé le permis de construire.
- Pour quelle raison ?
- Le village se portait bien.
Je ne voulais pas d'une entreprise bruyante et polluante.
- D'accord.
Et c'est suite à cette décision que la famille a déménagé ?
- Je l'ai su après, mais le père
avait tout investi dans ce projet, y compris la maison.
Il n'avait pas imaginé
que le projet pourrait être retoqué.
Ils se sont retrouvés sans rien.
- Donc, le déménagement, la galère, les dettes, tout est parti de là.
- Leur vie aurait sans doute été différente
si le père n'avait pas investi, comme ça, sur un coup de tête.
- Et Vincent a nourri sa rancoeur contre vous
et contre ce village qui lui avait tout pris
pendant toutes ces années.
Et là, il tenait enfin sa vengeance.
- Je pensais que tout ça était loin derrière lui.
- D'accord.
Commandant ! Merci, au revoir.
Isabelle Lecomte n'était pas au courant des arnaques de Vincent,
pas au début. - D'où vous sortez ça ?
- De ses collègues, elle n'arrêtait pas de relancer
Vincent pour avoir des justificatifs.
- Qu'il ne pouvait pas lui fournir.
- Dans un mail, elle le supplie de lui expliquer ce qui se passe.
- D'accord. Donc,
Isabelle Lecomte n'était pas sa complice,
mais sa première victime.
Mlle Lecomte, comment vous dire qu'il va falloir nous dire
la vérité maintenant.
Alors, je veux bien croire
que vous étiez folle amoureuse de M. Restier.
Mais, entre nous, c'est un amour de jeunesse à sens unique.
N'est-ce pas ?
Il vous a manipulée, trahie.
A quel moment vous avez compris que tout était faux ?
- J'ai fini par chercher ses comptes aux Etats-Unis.
Il n'y en avait pas.
Ensuite, j'ai découvert que sa villa n'était pas la sienne.
Alors, j'ai foncé à la mairie.
Il n'a même pas cherché à nier.
Il s'en foutait.
- Qu'est-ce qui vous a le plus blessée ?
De tomber amoureuse d'un escroc
ou d'avoir été trahie ?
- Ca ne concernait pas que moi.
En nommant mon frère directeur, il l'a impliqué jusqu'au cou.
Il lui a fait signer des tas de papiers en son nom.
Au moindre problème, Etienne plongeait à sa place.
J'étais tellement en colère...
J'ai pris le presse-papiers et je l'ai frappé.
Il est tombé au sol, j'ai eu peur et je suis partie.
Ce n'est qu'en apprenant son décès le lendemain
que j'ai compris ce que j'avais fait.
- Et le coupe-papier, Isabelle ? - Quel coupe-papier ?
- Celui-ci.
- Je ne sais pas.
- Alors, Vincent Restier a seulement était mis K. -O.
par Isabelle Lecomte.
- Il se réveille et réalise qu'il est en danger
puisqu'elle va très probablement dénoncer ses mensonges.
Quand elle s'est enfuie
après l'avoir frappé, elle a dit que la maquette était intacte.
- Donc, Vincent l'aurait fracassée après son départ.
Sa dernière recherche en ligne, c'est une agence de voyage.
- Il s'apprêtait à s'enfuir.
Le meurtrier l'aurait surpris à ce moment-là.
- Et l'aurait tué pour l'empêcher de partir.
- Il avait fait des promesses,
il avait des responsabilités à assumer, personne ne l'aurait
laissé s'en tirer comme ça.
- On cherche donc du côté de ceux qui ont intérêt à ce que le projet
se réalise. - Et ils sont nombreux.
- Oui, surtout ceux qui ont hypothéqué leur maison.
- 14h en salle de travail, merde !
Et vous étiez tout le temps avec elle ?
Vous n'avez pas bougé ?
D'accord. Merci, monsieur.
Au revoir, et félicitations.
- Alors ?
- Sur les 150 habitants,
60 ont hypothéqué leur maison, et tous ont un alibi solide.
- Et ceux impactés indirectement ?
- C'est-à-dire ?
- Ceux qui attendaient que Restier relance l'économie
avec son projet.
- C'est un village mort.
- Pas à l'époque, il y a forcément
une association de commerçants.
Voilà, elle est là.
Bingo ! Elle a été dissoute au moment où tous les commerces
ont commencé à disparaître les uns derrière les autres.
- Statuts relancés il y a peu.
- Quand Restier s'est mis à leur faire miroiter
le retour des touristes.
- Et regardez qui préside l'association.
Sylvie Mazureau.
- M. le maire,
je souhaiterais voir votre secrétaire.
- Je lui ai donné
sa journée.
La pauvre est anéantie.
- Oui, Paul c'est Léa.
Non, elle n'est pas là.
Tu vérifies son domicile, je lance son signalement.
Très bien.
- Vous suspectez Sylvie d'être la meurtrière.
C'est impossible !
Sylvie est une femme honnête et tellement investie.
Elle tenait le café avec son mari, ils allaient...
- Oui ?
...
- Je suis désolé, c'est la procédure.
On doit aussi l'interroger.
Vous êtes restée...
- A mon âge, prendre la fuite...
Pour aller où ?
J'ai grandi ici.
Je me suis mariée ici.
Ce village, je n'ai jamais voulu le quitter.
- Je comprends.
Ca a dû être dur de le voir mourir à petit feu, année après année,
de voir ses habitants qui déménagent,
ses commerces qui ferment, comme votre café.
C'est pour ça que vous avez relancé l'association des commerces ?
- Il fallait servir de modèle
pour convaincre nos anciens collègues de revenir
s'installer.
Vincent était censé présenter la maquette du projet.
J'étais venue pour l'installer.
- La maquette, d'accord, c'est ça que vous êtes venue chercher.
Et les choses se sont gâtées.
- En me garant, j'ai vu Isabelle Lecomte qui partait.
Elle pleurait.
Je me suis dit qu'elle avait dû
se disputer avec Vincent.
Alors, je suis entrée à la mairie, et je l'ai trouvé à son bureau.
Il était blessé, du sang plein la tête.
Moi, j'ai paniqué.
Je lui ai dit qu'il fallait appeler les pompiers et les gendarmes.
- Il a réagi comment ?
- Il m'a dit : "Surtout pas."
Il était furieux.
Alors, je n'ai pas insisté, c'était un problème de couple.
Moi, je voulais juste
récupérer la maquette.
Mais il a refusé.
Et là, il a craqué.
Il s'est mis à pleurer me disant que ce village avait ruiné
sa vie et celle de ses parents.
- Oui, 25 ans de rancoeur qu'il vous a crachés au visage.
- J'entends encore ses paroles.
"Vous allez voir ce que ça fait de tout perdre."
Il a saisi la maquette... - Et l'a détruite,
devant vous,
en vous disant qu'il avait escroqué tout le village.
- Et quand certains
ont décidé d'investir dans Eden,
vous, vous avez rénové votre café.
- Ce café, on l'a tenu pendant plus de trente ans avec mon mari.
Alors quand il a fallu arrêter...
plus de boulot, plus de salaire...
Plus rien, et les traites à payer.
J'ai convaincu mon mari d'y mettre nos dernières économies.
On allait enfin sortir la tête de l'eau.
Il n'avait pas le droit de nous faire ça.
Il n'avait pas le droit...
- Oui, Thomas est arrivé.
Prenez votre temps !
Je veux dire, soyez prudents.
Bisou, ma puce.
Ouais.
- On a des nouvelles d'Alice ?
- J'étais avec elle.
Ils sont dans les bouchons. - On commence sans eux ?
- Oui. - OK.
Merci, papa.
Voilà, je voulais porter un verre au héros du jour,
notre Thomas, qui a réussi deux exploits aujourd'hui.
Il a sauvé une vie et il a réuni la famille, ce qui n'était pas
gagné !
Donc, voilà.
A Thomas !
- Merci, mais ce n'était pas grand-chose.
- Enfin, tu n'aurais pas été là, le gars serait mort !
- Bel acte de courage, mon grand. - Merci.
- Je vois que la relève est assurée.
- OK, Thomas, tu viens avec nous.
Papa et moi, on veut s'excuser.
Depuis que tu veux devenir gendarme,
au lieu de te soutenir, de t'encourager, on fait l'inverse.
Mais c'est parce que pour nous...
Enfin, surtout pour moi, tu es toujours
mon petit garçon.
Et je dois te laisser grandir.
- Exactement.
On est fiers de toi, on est sûrs que tu vas réussir.
- Merci.
- Je m'occupe
du barbecue.
Elles ne vont pas se faire toutes seules, ces saucisses !
- Tu sais, mon chéri, j'ai toujours cru
qu'aimer les gens me donnait le pouvoir de les changer.
- "Pour les pousser à donner le meilleur".
- Oui, mais non, parce que vouloir les changer, c'est prétentieux.
Aimer quelqu'un, c'est vouloir le meilleur pour lui,
c'est l'accompagner,
l'aider, les accepter comme ils sont,
avec leurs défauts, leurs qualités.
- Pourquoi tu me dis tout ça, m'an ?
- Je t'aime, mon chéri, et je suis fière de toi.
- Merci. - "Ne me jette pas
"dans le feu !"
"Tiens !"
"Non, pas moi !"
- Il ne faut plus chercher à le changer !
- Allez, viens !
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