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...
- Merde !
...
- Thomas ?
T'en es où, mon chéri ?
C'est bientôt prêt.
Traîne pas trop, mon ange.
Faut pas être en retard le 1er jour... Merde.
C'est pas possible.
- T'en penses quoi ?
Ca me va bien ou ça me va bien ?
J'ai dit quoi ?
- T'as rien dit, mon chéri, ça fait...
beaucoup d'émotions, en ce moment,
et ça sort au mauvais moment, comme d'habitude.
- C'est quoi,
ce qui te stresse ?
Que je devienne pompier ?
Ta rupture avec Greg ?
Le divorce de papi et mamie ?
Que mamie ait annoncé que tu étais encore
amoureuse de papa ? - Oh... Ca va, Thomas.
La liste est complète, on s'arrête.
Et il faut arrêter avec ça, je ne suis plus amoureuse de lui.
C'est des fantasmes de mamie.
Oh... Je peux même pas te préparer le petit déj.
- T'inquiète pas.
- Tu seras prudent.
Je suis pompier en formation,
ils vont pas m'envoyer au feu demain.
- Hum. Mais...
Il faut quand même faire attention à toi.
Bonjour.
Merci.
- Bonjour, commandant.
- Bonjour, Erwan.
Qu'est-ce qu'on a ?
- La victime a été ramassée dans l'eau
et a une combinaison en néoprène. Vu l'heure où on l'a retrouvé,
c'est un habitué de sport en mer. - Autre chose ?
- Pas pour l'instant. On cherche son identité.
- Qui a découvert le corps ?
- Le secouriste qui est juste là.
Regardez.
Ici, une plaie à la tête.
- Le sang a coagulé, le coup a été donné hors de l'eau.
- Je vous ai appelée parce que c'est bizarre
d'aller surfer dans cet état, non ? - Vous avez bien fait.
En tout cas,
il s'est étranglé avec la corde du cerf-volant.
- Au lieu de corde, en fait, on dit ligne,
et cerf-volant, on dit "aile".
- J'ai pas vu le capitaine Marchal.
- Il est avec votre père, ils inspectent le périmètre.
- C'est pas mon père.
- Ah bon ?
- Techniquement, si, c'est mon père, mais...
voilà... au travail,
c'est le colonel Pierre Soler.
Et que fait le colonel Soler
sur une scène de crime ?
- Il veut s'impliquer sur le terrain.
Il est donc venu épauler le capitaine Marchal.
- Hum...
- Je vais interroger le secouriste.
- Ouais, bien sûr.
- Ah !
J'ai !
Bingo. Les kiters
ne partent jamais à l'eau avec leurs clés.
- Bah, oui ! - Ouais.
...
- Trois planches identiques en carbone,
c'est du très bon matos, et je m'y connais.
- Léa m'a souvent parlé de tes exploits sportifs,
mais pour le "skite", je l'ignorais.
- Le kite, on dit le kite.
- Ouais.
Ah !
Je crois qu'on a l'identité de notre victime.
Lance une recherche sur ce Eric Delterme.
Et fais relever les empreintes.
- Pour un rapide retour du labo. - Voilà.
- Bien, mon colonel.
Euh, la porte, je... ?
- Oui. - Bah oui.
- T'as pas idée comme le terrain m'a manqué.
Etre au coeur de l'action, interroger, chercher...
- Oui. - Réfléchir...
On va faire une équipe du tonnerre, toi et moi.
Hein ?
- OK.
- Colonel, j'ai l'identité
de la victime. - Eric Delterme.
- On dirait le capitaine Marchal.
- Normal, je lui ai tout appris.
Sérieusement, des infos sur ce Delterme ?
- D'après le secouriste, c'est un jeune homme poli, aimé de tous.
le contact facile,
pédagogue avec les débutants.
- D'où le matos dans sa voiture. Il était prof de "skite" !
- Oui. Il logeait chez un élève, Mathieu Guerin, tout près.
Je l'ai dit au commandant,
c'était sur sa route... - Bien.
- Eric vivait ici depuis presque six mois.
On lui louait la petite chambre du haut.
- Et vous l'avez connu comment ?
- On s'est rencontrés sur la plage.
On surfait sur le même spot.
- Et avant de venir vivre ici, il habitait où ?
- Dans son camion.
C'est pour ça que je lui ai proposé la chambre.
Il me donnait des cours gratos
et avec la location, ça nous aidait.
- J'ai très peu travaillé ces dernières années.
J'ai fait une grave dépression.
- C'était pas difficile, une 3e personne à la maison ?
- Non, au contraire.
Eric était la joie de vivre.
Les garçons m'ont aidée à remonter la pente.
- Maman travaille chez Natura Hérault
depuis un mois.
Elle s'occupe des espèces protégées dans un parc.
- Et pour en revenir à Eric,
comment s'est passée son arrivée sur la plage ?
J'imagine que ce n'était pas le premier prof de kite.
- Il s'est pris la tête avec Maxime, au début.
- Maxime comment ?
- Maxime Viala.
Une légende du kitesurf.
Il nous a appris tout ce qu'on sait.
- Oui. Merci, commandant.
D'après Léa, Delterme a marché
sur les platebandes de ce Maxime Viala.
Et il n'est pas très commode.
- Monsieur Viala ?
Il soupire.
- Vous venez à cause de la mort d'Eric ?
- Vous n'avez pas l'air très affecté.
- Pourquoi ? Je devrais
faire semblant ? Je l'aimais pas.
- J'adore les gens qui font pas semblant, c'est bien.
- Il n'avait rien à faire dans la famille de la glisse.
- Pourquoi ? Il vous faisait de l'ombre ?
- Il transportait tout son matos dans sa camionnette.
Il était mobile et réactif
et il pouvait casser les prix ? - Ouais, déjà.
Mais il faut aussi respecter les règles de sécurité.
- C'est-à-dire ? Vous pouvez être plus précis ?
- Il emmenait des débutants sur des spots pour initiés.
C'est précis, non ?
- Vous aviez donc un mobile : la colère.
Et un alibi, vous avez ?
Vous étiez où, au petit matin ?
- Je surfais, monsieur.
Et j'ai pas vu Eric.
Et je l'ai pas tué.
- On va voir tout ça à la gendarmerie.
- J'adore la région. Tout me plaît, ça m'éclate.
J'adore le climat, je me sens bien. - Maman ?
Ca va ? Un souci avec Linette ?
- Non. Elle est à la garderie.
Faire un bisou à mon fils, c'est interdit ?
- Non, mais ça peut être un peu gênant,
en fait. - Donc, vous disiez
que vous adorez la région ? - Ma petite-fille surtout.
Je peux plus partir ! - Il faut te trouver
un appartement. - Et si tu venais
au cours de tango ?
- Bonne idée. Ca t'irait
très bien. - Pour quoi faire, le tango ?
- T'amuser, décompresser, lâcher prise.
- Et puis trouver une fille ! Peut-être
pour la vie. - Ou pour une nuit.
Ou plusieurs filles pour plusieurs nuits.
Ou plusieurs filles pour la même nuit.
- Bon, on a du travail, donc...
- OK, je te laisse ! Oh là là ! Bon, on se voit vite ?
- Bah oui, bye-bye.
- Oups ! Je t'envoie l'adresse pour le tango.
C'est en plein air.
- J'en peux plus, capitaine.
- Entrez.
- Salut.
- Commandant.
- Alors, ça fait du bien, le terrain ?
- Magnifique. Je vais bien me plaire dans cette brigade.
- Vous avez du concret ? - Ouais.
Eric Delterme, c'est un fantôme.
On n'a rien sur lui, dans aucun fichier.
- Et quelque chose de concret
et de positif ? - On a aussi.
On a trouvé, dans le van,
plein de prospectus comme celui-ci.
- "Maxime Viala, champion de France de kitesurf."
La victime avait un prospectus de son concurrent
dans son van, c'est ça ?
- Regarde le numéro de téléphone.
C'est celui de la victime, Eric Delterme.
- Il a donc tenté de détourner la clientèle de Maxime Viala
en se faisant passer pour lui ?
Et c'est tout ?
- Oui. - Pour l'instant.
- D'accord.
- Commandant.
- Marchal ? - Oui ?
- La porte.
- J'ai été le 1er prof de kite de la région.
Y en a toujours pas un qui m'arrive à la cheville.
- Pour la modestie, c'est certain.
Donc, Eric s'est servi
de votre réputation et c'est remonté jusqu'à vous.
- Oui, mais je m'en foutais.
C'est pas les élèves qui me manquent.
De toute façon, on cherchait pas le même genre d'élèves.
- C'est-à-dire ?
- Ce qui intéressait Eric, c'est ces petits cons
qui cherchent des spots toujours plus inaccessibles,
pour se prendre en photos et poster ça sur internet.
- Et vous aviez rien d'autre à lui reprocher ?
- Non, non, moi, je vous ai pas menti.
Il faisait n'importe quoi avec ses élèves.
A cause d'Eric, la mairie allait interdire le kite.
- Et vous alliez perdre votre gagne-pain.
- J'ai dit au maire que j'allais dénoncer
ceux qui respectaient pas les règles.
- Vous avez dénoncé Delterme ?
- J'ai pas eu le temps.
Quand il a entendu parler de ça,
il est venu me supplier de ne rien dire.
Après, il a ajouté que...
il arrêterait de faire n'importe quoi.
- Quand on a peur d'être dénoncé,
c'est qu'on a déjà eu affaire aux forces de l'ordre.
- On peut être pas clair sans avoir de casier.
- Oui.
- J'ai eu un retour sur l'immatriculation du van.
Il appartenait à un certain René Delorme,
décédé il y a 3 ans, à 88 ans. - Déclaré volé, ce van ?
- Non. - De la famille ?
- Un petit-fils. J'attends des nouvelles de l'Office central.
Ah, justement...
Bah merde !
- "Eric Delorme".
Ah, ah !
Eh ben, voilà.
Notre victime se cachait sous une fausse identité.
On frappe. - Je dois raccrocher, maman, bisou.
- Voilà. Thé vert sans sucre, à température comme tu aimes.
Ca va, toi ?
- T'as fait quoi, Paul ?
- Je... Rien. Non, j'ai rien fait.
Je venais juste voir comment tu... vas,
après ta rupture avec...
- Avec Greg. - Hum.
- Merci pour le thé.
- Si t'as besoin, je suis là.
Tu sais, une rupture,
c'est un peu le deuil d'une partie de soi,
et c'est à partir de ce moi-même incomplet...
de ce soi-même incomplet,
qu'on apprend à se reconstruire.
Mais ça demande du temps et de l'indulgence.
- Et t'as lu ça où ?
- Sur Psychoblog. Super site.
T'as une question, ils ont la réponse !
- T'as compris tout ce que t'as dit avant ?
- Ouais...
Jusqu'à "deuil", c'était clair, après je me suis un peu perdu.
- Tu sais que tu es la dernière personne à qui j'ai envie
de parler de tout ça ? - Ah bon ?
OK, d'accord.
Y a aussi le divorce de tes parents, c'est compliqué.
Ta mère était à bloc,
à l'anniversaire d'Alice.
Elle a dit qu'en fait, juste, tu avais essayé avec...
Mais c'est à moi que tu pensais et...
N'importe quoi, quoi.
- Ouais, vraiment n'importe quoi.
- Et y a Thomas, qui devient pompier.
- OK. Ton fils m'a déjà fait la liste, ce matin.
Je vais finir par la connaître par coeur.
- Il m'a dit aussi que t'avais pleuré en le voyant.
- Qu'est-ce que... ?
Non, j'ai absolument pas pleuré.
Je vois pas pourquoi il t'a dit ça. En même temps,
quand il avait 12 ans, il fallait laisser allumé
dans le couloir pour qu'il s'endorme.
Thomas n'est pas fait pour être gendarme,
ni même pompier. Il lui faut un lieu sécurisé, sûr...
Entre 4 murs, avec un toit.
- Comme une maison ? - C'est ça.
- Je venais justement pour te dire que j'ai un plan.
- Quel genre de plan ? - Pour le faire changer d'avis.
C'est Sabine qui m'a donné
l'idée, mais je pense qu'elle est bonne.
- J'ai fait des prélèvements assez profonds
au niveau du lobe pariétal, là.
Si tu as des questions, n'hésite pas.
- Ca va ?
Si tu deviens pompier, tu seras confronté à des corps
blessés, mutilés, voire pire.
Donc, en venant ici, t'as une petite idée de ce qui t'attend.
Si ça va pas, dis-le, y aura aucun jugement.
Mais vraiment aucun.
- C'est quoi, ces cicatrices à la Frankenstein ?
- Des incisions pour ouvrir et prélever les organes
afin de déterminer les causes de la mort.
Ensuite, on prend les organes,
on les met dans les glacières et on les envoie au labo.
- Oh... - Doucement.
- Il est génial, ce poumon. Ca me rappelle mes cours de bio.
T'as vu ? - Et c'est avec ça
que je découpe le sternum. - Tu me fais un tuto ?
- On n'est pas à la foire à l'andouillette.
Ca se passe pas du tout comme prévu.
- Pour une fois
que quelqu'un s'intéresse vraiment à ce que je fais...
- Ma super idée, en fait, c'est un échec...
absolument total.
Voilà.
A plus tard.
- Commandant ? J'ai reçu ça.
- Merci.
Inès, on a quoi sur Delterme ?
- Delorme. - Oui.
Delorme. - Pas grand-chose,
quelques écarts de conduite.
Il a perdu ses parents très jeune, son grand-père l'a élevé,
au Cap d'Agde. Depuis sa mort, il est seul.
- On sait qu'il maîtrisait le kite,
à son arrivée il y a 6 mois : il donnait des cours.
- Pourquoi a-t-il quitté le Cap d'Agde
pour se cacher ici sous un faux nom ?
- Si je voulais me cacher, j'irais plus loin qu'à 65 km.
- Bah oui. - Sauf...
si quelque chose ou quelqu'un me retenait au Cap d'Agde.
On envoie Sabine sur place ? - OK.
Adeline ? Vous me rajoutez Delorme, là ?
- Papa ! Viens.
On va faire un brief avec Franck.
- Ca va, Paul ?
- En étudiant les lésions, Franck a trouvé des résidus.
Sûrement de l'objet qui a assommé
la victime. - Des résidus ? Genre ?
- Ca, on ne sait pas encore.
On a envoyé ça au labo, on attend les résultats.
- Top. Donc info inutile, merci.
Et vous auriez un truc qui m'aiderait, Dr Jekyll, Mr Hyde ?
- Parmi tous ses tatouages, il y en a un qu'il a dû
se faire lui-même, il est un peu tout moche.
- Bah oui.
Je pencherais pour un coeur. - Un coeur...
T'es un romantique, toi.
On s'en va avant qu'il te fasse autopsier un vrai coeur.
- Vous avez trouvé
pourquoi il avait quitté le Cap d'Agde
pour se planquer sous un faux nom ?
Aucune trace de lui nulle part.
Mais ils se sont souvenus qu'il avait été impliqué
dans un accident grave de kitesurf, l'an dernier.
Une gamine blessée : Dana Marchand, 18 ans.
- Marchand, OK.
C'était lui, le responsable ?
- Je vous demande ça parce que je n'en trouve aucune trace.
- La famille n'a pas porté plainte.
- Je sais pas. On voit Dana Marchand demain.
On a un nouvel os à ronger.
Je vais m'attarder un peu avant de rentrer.
Et voilà.
capitaine.
- Coucou, ma puce.
- Coucou.
- Ca va ? Euh...
T'es rentrée à pas d'heure, je t'ai pas entendue.
- Ben, j'ai...
J'ai bossé tard et...
je commence tôt.
- Sinon...
ça va ?
- Qu'est-ce que t'as encore fait, papa ?
Bon, allez.
- Voilà, je sais que c'est compliqué en ce moment,
avec la séparation de maman et Grégory,
tes grands-parents maintenant.
Mais je crois qu'elle a besoin que...
que tu sois un peu plus là, avec elle, voilà.
- OK.
Y a autre chose ?
- Non, c'est... - T'es sûr ?
- Oui...
Eh ben, oui, oui...
- Coucou, ma puce.
- Tu me cachais bien un truc.
- BONJOUR.
- Ton grand-père... - Oui.
- Je veux dire, il est en coloc là, pour quelque temps.
- Papi, je...
Je pensais que mamie et toi, c'était pour la vie.
- Non mais, ma puce...
Tu sais, on a tous des rêves, on a tous
des envies, des espoirs,
mais la vie a plus d'imagination que nous, je crois.
- C'est pourtant pas ce qui manque dans la famille ! Hein ?
- Purée... - Allez, à la vie !
- OK, à l'amour, alors.
- A nous trois !
- Bonjour.
Paul ?
Il est tôt. Y a un souci ? - Non, je bosse.
- C'est Thomas ? - Non.
- C'est pas Alice ? - Non plus, non...
J'ai un truc qui devrait t'intéresser.
- Vas-y, je t'écoute.
- Il y a un an, Eric donnait des cours à Dana Marchand,
tout se passait bien.
- Oui, ça, je sais. - Et un beau matin,
accident, pompiers, hélicoptère, Dana dans le coma.
- Et ni poursuite ni plainte contre Eric,
alors qu'elle était en zone dangereuse.
- Il a affirmé qu'elle avait perdu le contrôle du kite
avant la zone interdite. - Dana ne pouvait donc rien dire...
OK.
- Mais il y a 6 mois, elle s'est réveillée.
- C'est ça, ton info ? - C'est le début.
- Tu la donnes ou pas ?
- Oui. D'après ses relevés téléphoniques,
Dana a appelé Eric plusieurs fois ces dernières semaines.
- D'accord.
Bonne info. Tu t'en occupes ?
- OK, d'accord. Hé, ho !
- Voilà ton partenaire.
Enfin non, que dis-je ? Ton coéquipier,
mais non, ton mentor, ton nouveau meilleur ami !
- Ami, ami... - Eh !
Ami, ami...
En même temps, quelque part...
En même temps, ça me rassure.
J'avais tellement peur que mon père rencontre une nouvelle femme,
que de savoir qu'il passe tout ce temps avec toi,
ça me fait du bien.
A moins que ce soit un malentendu...
Mon Dieu, Paul, j'ai des images ! - Ca va pas bien ?
Non, tu viens pas de dire ça.
Tu parles de ton père et du père de tes enfants.
- Donc, tu n'as plus du tout d'humour !
Je te croyais plus fun.
- Ce sont les séquelles de ton accident ?
- Oui, j'en ai encore pour quelques semaines.
Mais avec un peu d'entraînement, je me remettrai bientôt au kite.
- Pour ce que ça t'a apporté.
Ca et ta rencontre avec Eric. - Maman !
- Pardon.
Je souhaitais pas sa mort non plus.
Mais c'est de sa faute, tout ça.
- Maman, c'est bon !
- Le capitaine et moi, on se demandait
pourquoi vous avez appelé Eric
il y a quelques jours ?
- Tiens, viens avec moi, Dana, on va parler...
- Votre fille ne vous a pas dit qu'elle continuait à l'appeler ?
Pourquoi ?
Cette relation vous était à ce point intolérable,
Mme Marchand ?
C'est vous qui l'avez obligé à partir d'ici ?
- Evidemment. Il a failli tuer ma fille.
- Vous lui avez proposé de ne pas porter plainte
en échange de son départ, c'est ça ?
- Il m'avait promis de ne rien dire à Dana.
- Ah ouais...
Et au bout de quelques mois, il a craqué.
Il a recommencé à tourner autour de Dana
et vous n'avez pas trouvé d'autre solution
que de le tuer.
- Pff !
Je savais même pas qu'ils s'étaient revus.
En revanche, j'ai lu dans la presse que des surfeurs avaient tué
des flamants roses dans une zone protégée près d'ici :
l'étang du Méjean.
J'étais sûre qu'il recommençait ses conneries.
- Et vous avez fait quoi ?
- J'ai prévenu les gardiens qui surveillent l'étang.
Ces gars-là ont une sale réputation.
Ce sont tous d'anciens détenus en réinsertion.
- Vous vous êtes dit qu'ils pouvaient s'en prendre à Eric
parce qu'il surfait là où il fallait pas ?
- Pourquoi tu l'as rappelé ?
- Je l'ai appelé pour lui dire que je lui en voulais pas.
- Après plusieurs mois de coma ?
Le pardon est une bonne thérapie, mais quand même...
- Dana, regarde-moi.
Eric, c'était pas que ton prof.
- Il me manquait tellement...
J'étais folle amoureuse de lui.
Quand je suis sortie du coma, j'ai pas pu m'empêcher de l'appeler.
Lui non plus m'avait pas oubliée.
- Tu l'as vu quand, la dernière fois ?
- Hier matin.
Sur la plage où vous l'avez retrouvé.
- Il était quelle heure ?
- Vers 7h.
On s'est vus 10 mn, après j'ai dû aller à la fac.
- Et Dana, t'en penses quoi ?
- Je pense pas qu'elle... - Excusez-moi.
Eric proposait bien des excursions de kite interdites
sur l'étang du Méjean. Mais il avait seulement
une centaine d'euros et rien sur son compte.
- Où est passé l'argent des excursions ?
- Un complice a tout gardé ?
- Quel complice ?
- Eviter les vigiles sur l'étang, c'est une chose,
mais pour pénétrer dans le site, y a une barrière,
tout le parc est clôturé...
- Un gardien l'aidait peut-être à entrer dans le parc ?
- Faut aller voir. - Je m'en occupe ?
- Très bien. Vous emmenez Mauriac. - OK.
- Ca va, Erwan ?
Petite mine, là.
- Non, ça va, mais c'est plus jamais Marchal et Lebellec.
- Mais là, en l'occurrence, c'est moi qui ai donné un ordre.
Donc... - Oui.
- Je pensais pas vous poser un jour la question, mais...
vous êtes jaloux ?
- Jaloux ? Non, pas du tout.
C'est juste que je trouve que c'est plus comme avant.
- Montrez-lui que vous existez toujours.
Rendez-vous indispensable.
- A une époque, on nous comparait au duo de "L'Arme fatale".
- "L'Arme fatale" ?
- Vous saviez pas ? - Non.
Et qui disait ça ?
- Eh ben...
Des gens, plein de gens.
- Oh ! Vous foutez quoi, là ?
C'est interdit au public, ici.
- On va se calmer, monsieur,
c'est pas le public, c'est la gendarmerie.
- Vous vous en servez souvent ?
- Jamais. C'est dissuasif contre les braconniers.
- Ou les kitesurfeurs.
Sauf si vous les laissez entrer en échange d'un billet.
- De la guérite, on voit pas toujours qui entre.
Mais si la barrière s'ouvre, c'est qu'ils ont un badge.
- Vous vérifiez pas plus que ça ? - Je serais pas contre.
Mais on est que 3 gardiens. - Bon, les badges,
c'est vous qui les délivrez ? - Non.
Ils viennent direct de la société qui gère l'étang.
- Qui est... ?
- Natura Hérault. - Ben voilà !
Natura Hérault. - Hum.
- C'est là que travaille la femme qui hébergeait Eric,
Daphnée Guerin. - Oui. Y a plus qu'à.
- Natura Hérault m'a confirmé
que Daphnée Guerin avait demandé un double de son badge
parce qu'elle avait perdu le sien. - Perdu ou piqué par Eric
pour accéder à l'étang. Sabine est allée l'interroger.
- Suite à la mort des flamants roses,
le site peut perdre son statut de zone protégée.
Daphnée Guerin aurait dû porter plainte,
or elle ne l'a pas fait.
- Mme Guerin ?
Capitaine Mauriac, gendarmerie.
- Vous avez du nouveau ?
- Peut-être.
Pourriez-vous me montrer votre badge, s'il vous plaît ?
Ca, c'est le double.
Il est où, l'original ?
- Bah, c'est celui-là.
- Ne mentez pas, madame.
Vous aviez laissé l'original à Eric, c'est ça ?
Vous saviez qu'il l'utilisait pour ses excursions de kite
sur l'étang.
Ce qui fait de vous sa complice.
- Vous comprenez que vous êtes notre principale suspecte,
Mme Guerin ?
- Mais pourquoi je l'aurais tué ?
- Il vous a entraînée dans ses magouilles
alors que vous retrouviez un certain équilibre,
et vous risquiez de tout perdre. C'est un mobile.
- Mais pas du tout.
Il m'a promis qu'il ne recommencerait plus.
- Alors pourquoi ne vous a-t-il pas rendu son badge ?
- Je sais pas.
Il m'a dit qu'il me le rendrait.
Fallait juste qu'il le retrouve.
Et puis de toute façon, j'avais mon double.
- Admettons. Il vous a dit qu'il irait sur ce site
une seule fois pour une seule excursion ?
Et vous l'avez cru ?
- Il avait réuni la somme pour créer son école de kitesurf.
Il avait même prévu d'embaucher Mathieu.
- Rassurez-moi, vous n'avez pas pris tous ces risques
uniquement pour que votre fils ait un travail ?
- Vous ne pouvez pas comprendre.
Eric...
a toujours été prévenant avec moi.
Quand il s'est installé chez nous,
j'étais au plus profond de la dépression.
Il a tout fait pour m'aider.
Me faire sortir, me faire rire...
Il m'a même initiée au kitesurf.
Je pensais qu'il était trop tard à mon âge.
Il m'a prouvé le contraire.
- Eric était votre amant ?
pouvoir revivre ça, un jour.
à nouveau aimée ?
plus seulement une mère,
- On a fini d'analyser les appels d'Eric Delorme
ces dernières semaines : il a demandé des tarifs
à des agences de voyage.
Rio de Janeiro. - Au Brésil ?
- Oui. Sauf si tu connais plusieurs Rio de Janeiro !
- Non, mais c'est bizarre, ça.
Passer par une agence de voyages
c'est pas très courant chez les jeunes, non ? Si ?
A l'époque du tout-connecté.
- Sauf si t'as que du cash. - C'est pour ça
qu'on n'a pas retrouvé son blé, il avait payé en espèces.
- C'est probable.
- Mais ce voyage colle pas trop avec ce que dit Daphnée Guerin.
Y a un truc qui cloche.
Bon.
- Quand mon mari est mort...
Vibreur.
j'ai complètement sombré.
La dépression m'a même empêchée de m'occuper de mon fils.
Ca me faisait tellement de bien, cette histoire d'amour cachée.
On était bien, tous les deux.
Et rien d'autre ne comptait.
- Il vous avait parlé de son projet ?
Son voyage au Brésil.
- On informe le commandant.
- Les billets pour le Brésil ? - Oui.
Eric avait bien acheté 2 billets
et réservé un hôtel à Copacabana.
- Le 2e billet n'est pas au nom de Daphnée Guerin.
- Mais au nom de Dana Marchand.
- Bien, commandant. - Oui...
Eric avait deux femmes dans sa vie.
Daphnée Guerin et Dana Marchand. A l'une,
il a fait croire qu'il montait une école de kite ici,
et a promis à l'autre de l'emmener
au Brésil. - Les deux femmes avaient
le même mobile : la trahison.
- Ce qui nous fait deux suspectes sans alibi.
Et peut-être même quatre.
Anne Marchand,
la mère de Dana Marchand.
- Qui ne supportait pas que Dana revoie Eric.
- Et Mathieu Guerin, qui avait compris
qu'il était l'amant de sa mère. - Bravo, mon colonel.
La victime a pu se mettre quatre personnes à dos.
- Commandant, on se partage les interrogatoires ?
- Avec plaisir.
Vous prenez le relais
avec Mme Guerin ? - C'est parti.
- Super. A plus tard. - A plus tard.
- Merci, adjudant.
- On est mieux ici, non ?
J'ai horreur des salles d'interrogatoire,
ça m'oppresse. Je préfère être à l'air libre.
- Je ne sais pas ce que je peux vous dire de plus.
Je n'ai pas tué Eric.
- Du sucre ?
Vous connaissez une certaine...
Dana Marchand ?
- Non.
C'est qui ?
- Une jeune kitesurfeuse qui était l'élève d'Eric.
Elle a eu un accident.
- Ah oui...
Je connaissais pas son nom.
- Et...
Eric vous avait parlé d'elle ?
- Un jour...
le téléphone n'arrêtait pas de sonner.
Il m'a dit que...
cette fille le harcelait depuis des mois.
C'est elle qui l'a tué... ?
- Ca va ?
Tu testes tes appuis, là ?
- J'essaie de retrouver mes sensations.
- Dis-moi, tu savais qu'Eric voulait t'emmener au Brésil ?
- Il me le promettait tout le temps.
Mais je lui disais qu'avant qu'il puisse économiser,
on serait trop vieux pour surfer.
- Eh ben, figure-toi qu'il avait trouvé un moyen.
Il avait réservé un petit séjour pour vous deux.
- Pourquoi il m'a rien dit ?
- Pour te faire une surprise ?
Tu fais quoi ?
- Pour décoller seule, quand on a personne pour tirer la voile...
il faut mettre du sable.
- D'accord. C'est malin, ça.
Et après, pour décoller, comment tu fais ?
- Je tire d'un coup sec et...
ça fait sauter le sable.
Du coup, la voile se lève. - OK.
- Vous allez trouver qui a tué Eric ?
- Oui...
Bien sûr, oui.
On frappe. - Oui, entrez.
- On peut retirer Anne Marchand de la liste des suspects.
- Et pourquoi ?
- Elle ne pratique pas le kitesurf.
- D'accord.
Et ?
- Quand le kite d'Eric a décollé, il était inconscient ?
- A priori oui, suite au coup qu'il aurait pris sur la tête.
- Exact. On sait aussi qu'il allait surfer seul.
Donc, il a forcément lesté son aile pour décoller.
- Si tu le dis, je veux bien te croire.
- Une astuce qu'on connaît bien, nous, les surfeurs.
- Et pour que le meurtrier sache comment faire...
- Décoller son aile,
il devait être au courant de cette astuce
que vous, les surfeurs, connaissez.
- Anne Marchand n'a jamais pratiqué, donc elle ne sait pas.
- Donc, on élimine Anne Marchand,
il nous reste... trois suspects.
Vous auriez une idée de génie pour qu'on avance, Kelly Slater ?
- Tu connais ? - Tout le monde connaît.
- J'aurais besoin de faire sortir Daphnée Guerin, s'il te plaît.
- Je te ramène ça. - Merci.
- Alors, on va où ? - T'es pas au courant ?
Changement de programme : le colonel rejoint Marchal
et Anthony emmène Mathieu Guerin sur la scène de crime.
- Pourquoi Marchal t'a demandé ?
- Il a demandé à Anthony. Moi, je te passe l'info.
- Il t'a demandé de me dire
qu'il confiait à un autre un travail important.
Il veut me mettre au placard ? - Rien à voir.
Pourquoi il ferait ça ?
Ca va ?
- Oui. N'hésite pas à le dire à Marchal,
s'il te demande : Erwan va bien.
- Faut vraiment qu'il se trouve une meuf.
- Pourquoi tout le monde me dit ça ?
Oui, je t'ai entendue.
Je vais passer ma journée à la brigade,
tout le monde sera content...
- OK.
- Tout va bien, ma chérie.
Je suis là.
Vous nous dites ce qu'on fout ici ?
- Bientôt, promis.
Dana, tu es très courageuse,
je te demande de tenir encore un peu, OK ?
- Il ne reste plus qu'une solution.
- Ils arrivent.
- Qu'est-ce que mon fils fait ici ?
- Vous vous connaissez ?
- Bah non, c'est qui ?
- Lui, il t'a déjà vue.
Mathieu, c'était quand ?
Hier matin,
peut-être à 7h, non ?
Au moment où tu discutais avec Eric,
juste ici ?
Mathieu ?
C'est maintenant.
Allez, parle. Dis-nous ce que tu as vu.
- T'as fait quoi ?
- Ce que moi, j'ai fait ?
Tu les as pas vus, ils discutaient pas,
ils s'embrassaient.
- On était amoureux,
et alors ? - Amoureux ?
Ton amoureux, c'est l'amant de ma mère !
- Mathieu, non ! - Et toi, t'as rien vu.
Il allait foutre ta vie en l'air !
Te faire replonger dans la dépression !
Que voulais-tu
que je fasse ? Il pleure.
...
- A quel moment avez-vous su
que votre mère et Eric avaient une relation ?
- C'était pas compliqué.
Elle recommençait à se maquiller et souriait dès qu'il arrivait.
- Et vous n'avez pas eu envie d'en parler avec eux ?
- Non.
S'ils voulaient que ça reste secret,
moi, je m'en foutais.
Je l'avais pas vue aussi heureuse depuis la mort de mon père.
- Racontez-moi ce qui s'est passé hier, Mathieu.
- Eric est parti surfer.
Et il avait oublié son téléphone.
Il a reçu un texto de confirmation de 2 billets pour Rio de Janeiro.
J'ai cru qu'il faisait une surprise à ma mère.
J'ai voulu lui rendre son téléphone et aller kiter avec lui,
j'ai pris mon matos et je l'ai rejoint
sur la plage.
Mais là... - Mais là, vous l'avez vu
embrasser Dana.
Donc, vous avez attendu qu'elle parte.
Et puis...
vous êtes allé voir Eric
pour lui demander des explications ?
- Il a haussé les épaules en disant que ça me regardait pas
et que ma mère comprendrait.
- Et vous avez réalisé que...
ce n'était pas avec votre mère qu'il comptait partir à Rio.
- Il avait pas le droit de faire ça !
Vous savez pas ce que c'est,
de devoir surveiller sa mère tout le temps,
pour éviter qu'elle se foute en l'air.
Tout faire pour qu'elle reste en vie
à cause de cette putain de maladie.
- Que s'est-il passé ? Qu'avez-vous fait ?
- J'ai pété un plomb.
Quand il m'a dit que la vie continuait
et qu'il a tranquillement lesté son aile...
...
- Merci pour cette virée.
- Avec plaisir. A la vôtre.
Y a rien de tel pour prendre du recul.
Ca permet de réfléchir. - Oui.
D'ailleurs, en roulant,
j'ai repensé à une phrase que tu m'avais dite.
- Oui ? J'ai dit quoi ?
- Que ta carrière n'était pas ta priorité.
Tu m'as dit ça
quand je te poussais à devenir commandant.
- Ouais... Du coup ?
- Du coup, cette balade avec toi,
ça m'a ouvert les yeux.
Ma carrière,
c'est ma priorité.
J'ai ça dans le sang.
Et que ma femme ne le comprenne pas, ça me...
Tant qu'on ne me virera pas,
je continuerai.
- Au risque de perdre votre femme ?
Réfléchissez, Pierre, c'est pas une décision
à prendre à la légère.
Se séparer de la femme avec qui on a tout partagé,
c'est pas forcément une...
- Renoncer à ma carrière, c'est non.
- Bon, ben, OK.
pas toujours comme prévu.
- Oui, on va dire ça comme ça.
D'autant que, d'après Franck, Thomas a adoré l'IML.
Il a l'air doué, en plus.
Remarque, fac de bio, tout ça,
- Bon... Je vais me rattraper.
En tout cas, j'ai réussi.
- A réconcilier mes parents ? Papa m'a raconté
votre virée en moto, votre colocation.
- J'allais pas le laisser à la rue.
- De... ?
- Pas du tout.
Je m'entends super bien, je l'adore.
Faut pas qu'il chante "Mexico" tous les soirs, mais sinon,
- Il a chanté Mariano ?
- Tu l'as fait boire ?
- Euh, non, pas du tout.
- Oh, tu mens, Paul.
C'est pas croyable.
Et t'as réussi quoi, alors ?
- Qui ?
- Qu'est-ce que tu racontes ?
à venir jusqu'à chez toi,
au milieu de la pizza.
tu disais toujours aux enfants :
- "Y a toujours une pizza."
ou je vais me baigner ?
- Tu vas pas te baigner, je vais t'ouvrir.
- Oui, il fait meilleur ici.
- Tu m'étonnes !
- C'est parti.
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