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Zulu
...
Sifflement de rapace.
Détonation.
- Eric ?
...
- Tombé du lit, capitaine ?
- Non, je suis sur un truc qui me travaille.
- Au point de venir bosser à l'aube ?
- Oui. C'est une affaire non résolue.
Un truc compliqué,
tu vois ?
Puisque t'es là, je peux avoir ton avis
sur un truc ? Regarde.
Quand y a trois croix, ça veut dire que... ?
- La personne est enceinte. C'est un peu piègeux,
mais c'est ça. Positif, positif,
positif : "Vous êtes enceinte !".
- C'est bien ce que je pensais.
Il soupire.
Non mais, comme il s'agit d'une femme,
une suspecte qui a la quarantaine...
- Quelle affaire ? Je vois pas. - C'est pas grave.
En fait, c'est...
juste un nouvel élément sur une affaire ancienne.
- Vous voulez un coup de main ?
Vous avez pas l'air dans votre assiette.
- Si, je suis en plein dans mon assiette.
- "Homicide." A la carrière de Sadile.
Vous venez avec moi ?
- Non, je vais bosser sur ce truc. Je te remercie.
- Je dis quoi au commandant ?
- Tu m'as pas vu. - Vu l'heure
et vu que c'est vous, ça devrait
passer crème. - Un peu de respect, lieutenant.
- Bonjour, lieutenant. Le capitaine Marchal
n'est pas avec vous ? - Non.
Il était pas à la gendarmerie.
- Vu l'heure, ça m'étonne pas.
- C'est vous qui me briefez, sur ce cas ?
- Deux ados ont retrouvé cette jeune femme
en tenue de travail, sans papiers d'identité...
Je vous laisse continuer. Je vous écoute.
- OK.
Je dirais que la rigidité cadavérique
commence à peine. - Donc,
l'heure de la mort ?
- Pss... - Entre 4h et 7h.
- Arme à feu. - Hum, hum.
- Les bords sont brûlés, donc le coup a été tiré
à bout portant. - Très bien.
Mais l'impact n'est pas celui d'une arme classique.
J'attends l'avis de Franck.
Quoi d'autre ?
- Vu la position du corps
et les traces, là, au sol,
elle a vraisemblablement été traînée.
C'est quoi, ce truc ? - Un convoyeur à bande.
Ca sert à transporter les matériaux.
Celui-là doit faire 1 km !
Le corps a dû faire un sacré voyage.
- On aurait tiré sur elle au début du convoyeur
avant de le mettre
en route. - Pour l'éloigner
de la scène de crime. - Et les ados auraient
dérangé le tueur.
- Ca dessert toute la carrière de Sadile.
- Une carrière de bauxite. - Vous connaissez ?
- Sadile, non, mais la bauxite, c'est cette roche sédimentaire
de couleur rouge ou blanche... - Ou grise.
- J'allais le dire.
On en fait de l'aluminium.
On doit identifier
la victime, retrouver la scène de crime primaire,
je vais chez le proc', vous me tenez au courant ?
- En fait, maintenant, on s'en sert surtout
de pigment pour le ciment.
- T'es calé, toi, hein !
Détonation.
T'as vu le sol ?
Labouré par des engins de chantier. Ca va pas être facile de trouver.
- Dans un western, là, on tomberait
dans une embuscade. - "Embuscade" !
Un des meilleurs westerns, avec Robert Taylor.
- Je connais pas. Moi, je suis plutôt Nouvelle Vague.
- Tu devrais, c'est trop stylé.
Suspense, cascades, y a tout !
- Oh !
Qu'est-ce que vous foutez là ?
Vous avez pas vu les panneaux ?
- Les panneaux ? De quoi il parle ?
T'en as vu ? - Non.
- Ouais, les panneaux.
On fait des tirs de mines dans la carrière.
On a frôlé la catastrophe !
- On baisse d'un ton.
Gendarmerie nationale.
On peut parler au responsable ?
- On enquête sur un homicide,
la victime porte une tenue comme la vôtre.
- On a des raisons de croire que le crime a eu lieu ici même.
Regardez.
- C'est Patricia !
La directrice de la carrière.
- Vous pouvez nous suivre ? On a quelques questions
à vous poser.
- Il faut demander aux autres.
C'est une Scop, ici.
Les mineurs ont racheté l'entreprise, il y a 10 ans.
Toutes les décisions sont prises à l'unanimité.
- C'est un genre d'entreprise démocratique ?
- Ouais. Pas de patron.
Le directeur est élu,
et sa voix vaut pour autant que les autres.
La jeune femme que vous avez retrouvée,
elle a été élue il y a 3 mois.
Léger brouhaha.
...
- Bon.
C'est pas Patricia qui va... présider le vote aujourd'hui.
Ce matin, il y a eu un problème.
Et... la gendarmerie
est venue m'annoncer que...
que... - On a retrouvé
son corps près de l'ancienne voie ferrée.
- Il va y avoir une enquête.
Et ces messieurs dames
ont demandé notre collaboration.
Qui est contre ?
- Non mais... Attendez, c'est une blague, là, où quoi ?
Vous n'avez pas le choix.
Bon. Tous ceux qui veulent
finir en garde à vue
lèvent la main !
Non mais, attends...
- Vous avez raison, je vous comprends.
Mon père était marin pêcheur,
c'est un milieu solidaire, comme le vôtre,
mais là, vous vous trompez d'ennemi.
Quelqu'un a tué
votre collègue, votre amie.
- Ecoutez, la seule chose qu'on vous demande, c'est
de nous aider à retrouver l'assassin de Patricia.
Pas besoin de vote pour ça ? Si ?
- Si.
Dans le cadre de l'enquête pour trouver le meurtrier,
qui est pour aider la gendarmerie ?
- Faisons gaffe, le coupable pourrait se cacher parmi eux.
- La victime était en tenue de travail,
elle avait commencé sa journée.
M. Delgado ?
C'était vous, le précédent directeur ?
- J'ai été directeur 10 ans, oui.
- Pas facile de céder sa place. - Elle a été élue.
- Mais ça fait mal d'être battu par une gamine ?
- C'est quoi, ces questions ?
Vous me suspectez ?
Vous me mettez en garde à vue à cause de ces 2 affiches ?
- Les marins, à côté, c'est de la rigolade.
- Voici votre café, madame Raynaud.
Votre fille travaillait depuis longtemps à la carrière ?
- Depuis toujours.
C'était bien plus qu'un emploi pour elle.
C'était une affaire de famille.
Moi, je travaille à la carrière et...
son père était mineur.
- Pourquoi "était" ?
- Il a disparu il y a 10 ans.
Et il a plus jamais donné signe de vie.
A la gendarmerie,
ils nous ont dit qu'on pouvait rien faire.
- Sans motif réel de penser que la disparition est inquiétante,
on n'ouvre pas d'enquête.
- Une famille morte d'inquiétude, c'est pas
un motif réel ?
Patricia avait 12 ans.
Elle a jamais compris pourquoi son père l'avait abandonnée.
- Je comprends votre douleur.
Vous n'avez pas remarqué de changement
dans le comportement de votre fille ?
- Si.
Elle était triste, ces derniers jours.
Mais bon, ça, c'était normal...
- Patricia Raynaud venait de faire une demande officielle
pour déclarer le décès de son père disparu depuis 10 ans.
- En l'absence de corps, c'est une décision pas facile.
- Et l'administration a refusé.
Sans plus d'explications.
Quelques jours après, elle s'est fait tuer.
- Son meurtre pourrait avoir un lien
avec la disparition de son père ? - Pourquoi pas ?
On devrait ressortir toutes les infos.
- On s'en charge.
- Tu passes ton temps à textoter avec Grégory ?
Tu m'en envoyais pas autant
quand on était mariés. - Le portable n'existait pas...
- En 2005, quand on s'est séparés ? Si, bien sûr.
- C'était de l'humour, mais pas très drôle.
- Je voulais
te dire que je t'admire.
Tu vois, arriver à...
t'investir dans une nouvelle relation,
à cent pour cent, c'est... T'as passé le cap, chapeau.
- Je disais juste à Greg
que j'avais super envie de fraises.
- Des fraises ? Déjà ?
- Bah, c'est la meilleure période pour en manger, hein...
Ca va, Paul ?
Tu vas aller prendre l'air,
aux carrières de Sadile. Qu'on en sache plus
sur la relation entre la victime et les mineurs,
le meurtrier pourrait être l'un des leurs.
- Hein ? - OK.
- Des fraises, quoi...
- Il y a un souci, Paul ?
- Non, non, mais... pas ce soir.
On parlera plus tard. Je veux dire...
Prends ton temps, je veux pas te stresser.
- OK.
Je n'ai jamais vu ce genre de blessure.
- Le projectile est entré à faible vitesse.
Elle a succombé à une hémorragie interne.
- Type d'arme ?
- Difficile à dire, mais pas une arme classique.
Et le projectile est ressorti. Il nous le faudrait.
- On n'a toujours pas retrouvé la scène de crime primaire.
- C'est normal. - Pourquoi ?
- J'ai un retour du labo sur la terre
retrouvée sur la victime.
Il y a 30 % d'une terre rouge qui correspond
à l'échantillon prélevé sur la carrière,
et 70 % d'un minerai pas encore identifié.
- OK, merci, Franck.
Vous me tenez au courant ? - Bien sûr. Au revoir.
- Ouais ?
- Vous avez avancé sur votre affaire ?
- Ah ! Euh, non, pas franchement.
Je crois qu'elle a pas fini de me surprendre.
L'idée, ce serait que tu diriges l'équipe de perquisition
chez la victime, et je prends le relais ici, OK ?
Tu me mets au parfum ?
- Ne vous attendez pas à un accueil chaleureux.
On est chez les Peaux-Rouges, ils aiment pas voir
débarquer la cavalerie, alors un marshal... !
Rires.
- Bon, et t'as appris quoi ?
- Les employés de la carrière commencent à 8h,
personne n'a vu la victime depuis hier soir,
le meurtre a eu lieu avant l'embauche.
- OU ILS SE COUVRENT.
- Dans ce genre de groupe,
il y a une très forte solidarité.
On peut pas se baser sur les témoins.
- Oui, je crois. On vérifie les alibis.
- Et ce Louis Delgado, il peut être impliqué ou pas ?
- Franchement, c'est qu'une intuition,
mais je le trouve pas très à l'aise.
J'ai l'impression qu'il cache un truc.
- C'est bon, ça.
Les intuitions. C'est bien.
Ca fait pas tout, mais c'est un bon départ.
- Voilà notre sherpa.
- Notre... "sherpa" ? - Bonjour.
René Lebrach.
- Paul Marchal.
- Les carrières sont dangereuses.
Il vous faut un guide.
J'ai été choisi par vos collègues et les miens, on a voté.
- Vous verrez, on vote beaucoup, ici.
M. Lebrach a été choisi pour la solidité de son alibi.
- Ouais.
- A plus.
- J'ai passé toute la nuit chez les perdreaux !
- Les perdreaux ? - Vos collègues.
Les poulets, quoi !
Hier, on a marié ma petite nièce, alors après, vous voyez
le tableau. - Ah oui. Oui, je vois.
- Vous voulez savoir quoi ?
- Je veux savoir qui a tué cette jeune femme.
- Et vous pensez que moi, je sais ça ?
- Vous devez savoir des choses qui peuvent m'aider.
- Ah ouais ? - Oui.
- Ah ouais.
- Louis Delgado et Patricia avaient quel genre de rapports ?
- C'était toujours un peu compliqué, mais jamais bien méchant.
- René, si je dois vous faire confiance,
faut me dire la vérité. - Bon...
Ils se disputaient souvent,
mais ça datait pas d'hier.
Elle reprochait à Delgado d'avoir pris
la place de son père.
- Comment ça ? - Il y a 10 ans,
l'ancien propriétaire de la mine, Alain Bordes,
a voulu fermer et virer tout le monde.
Ca a déclenché un bordel de mouvement social !
- Quel rapport avec le père de Patricia ?
- Pierre Raynaud a convaincu tous les mineurs
de mettre leurs primes en commun pour racheter la mine.
- D'accord. Et quand il a disparu, Louis Delgado a pris le relais ?
- Oui. Quand on a monté la Scop,
Pierre avait foutu le camp.
Delgado a été élu directeur, et réélu pendant des années.
- D'accord. Jusqu'à ce que Patricia s'interpose.
- Elle disait qu'une entreprise démocratique
ne devait pas réélire le même directeur pendant 10 ans.
Elle a parlé à tout le monde.
Elle avait du bagout, la môme ! Et c'était la fille à Raynaud.
Delgado a essayé de s'accrocher au poste, mais...
- Et Patricia a été élue. - C'est ça, commandant.
- Capitaine, en fait.
- Pardon.
- Patricia Raynaud a bien dit ignorer
pourquoi on refusait de déclarer son père décédé ?
- Pourquoi ? - Elle a menti.
Ils lui ont dit pourquoi.
C'est écrit noir sur blanc dans ce courrier.
- Il perçoit le RSA...
depuis 10 ans !
- Regardez dans quelle CAF il est inscrit.
- Montpellier !
Si ça se trouve, il n'a jamais quitté la région, dis donc !
- Bon, tu avais quelque chose d'important à me dire ?
- Et ça va changer plein de choses, je voulais
te parler rapidement. - Je suis très content
que tu m'en parles.
- D'accord.
Ce document prouve qu'une semaine avant sa mort,
la victime a découvert que son père était en vie et peut-être,
dans la région, sans le dire à sa mère.
Soupir. - Et c'est tout ?
- Que te faut-il de plus ?
- Admettons, elle a retrouvé son père,
il pourrait l'avoir tuée ? - Je sais pas.
Quelqu'un que ça dérangeait ?
- C'est ça, le problème.
Avec les gens qui font des cachotteries.
C'est chiant, hein ? - Oui. Enfin...
Parfois, on n'a pas le choix, Paul.
Je vais continuer de fouiller la piste du père,
tu pourrais retourner aux carrières pour...
creuser un peu. - Bien sûr.
Dans une carrière, je vais faire quoi ? Creuser.
- C'était quand, tes dernières vacances, Paul ?
Une thalasso te ferait du bien, t'as une petite mine.
- Bah, mine, carrière, on est dedans, là.
- Bon, salut.
- Tu vas où, là ?
- Bah, j'ai un petit truc,
une course perso à faire. - Une course perso ?
- Quand tu vas vérifier un truc, je demande rien, non ?
- Non. - Ben, c'est pareil.
Tu fermeras en sortant.
- Je suis là. Excuse-moi, j'ai pas vu l'heure passer.
- C'est rien, j'ai prévenu
le gynéco. - OK.
- Ca va ?
- Oui, oui.
- Alice, t'es pas à deux jours près.
- J'ai pris ma décision.
J'ai 19 ans, je suis à la fac,
j'ai plein de rêves,
Julien aussi, on...
On peut pas avoir un enfant maintenant.
- On n'a jamais eu l'occasion d'en parler, mais...
Assieds-toi.
Je sais ce que tu ressens.
Moi aussi, je suis passée par là.
C'était avant que je rencontre ton père.
J'avais à peu près ton âge.
Renoncer à une grossesse, c'est pas anodin.
On aimerait bien croire le contraire, mais...
c'est une décision qu'on n'oublie jamais.
Vous en avez parlé avec Julien ?
- Oui, oui, bien sûr.
Je sais ce que je fais.
- Le procureur vient d'appeler,
il veut des infos.
Du nouveau sur le père ?
- La banque où est versé le RSA m'a donné son adresse,
il n'y vit plus.
Le compte est vide,
il fait un retrait mensuel.
- Ils l'ont vu quand, la dernière fois ?
- Le mois dernier.
Ils nous préviendront pour ce mois-ci.
Dire que cette gamine a cherché son père toute sa vie !
- Ca a dû lui faire un choc de le savoir en vie
et à quelques km de chez elle.
- J'ai les relevés de la triangulation de son portable.
La veille de sa mort,
elle est allée chez Alain Bordes.
- L'ancien propriétaire
de la carrière. - Et l'ennemi des mineurs.
- Oui, la petite est venue me voir, c'est vrai.
- J'imagine que ce n'était pas pour vous dire des gentillesses.
- C'était pour des raisons personnelles.
- Elle vous a parlé de son père ? - Elle ne voulait pas
que ça se sache. - Oui, mais elle est morte.
Elle ne vous reprochera rien.
Le mieux serait de tout me raconter.
- Elle voulait savoir si j'avais revu son père.
- Pourquoi vous ? A l'époque, vous étiez adversaires.
- Elle n'obtenait de réponse nulle part.
Elle voulait comprendre pourquoi son père
avait disparu. - Vous lui avez dit quoi ?
- J'avais pas grand-chose à lui dire sur les faits.
Mais je lui ai dit que j'avais vu
son père dans la région il y a 2 ans. Le pauvre vivait
dans la rue.
- Ils avaient dit "calme", le covoiturage.
Ils ont causé tout le trajet !
Pardon, je suis pas super frais.
- Merci d'être venu si vite.
- Evidemment.
Bon, et toi, ça va ?
C'était pas trop dur, chez le médecin ?
Alice, je suis vraiment désolé de pas avoir été là.
- T'inquiète pas, tu seras là demain.
C'est le 2e rendez-vous le plus important.
- Ils ont réagi comment, tes parents ?
- Maman, elle a été super.
Elle m'a accompagnée chez le gynéco,
elle a été top.
Papa, je lui ai pas encore dit.
Je suis pas prête, je peux pas.
Bon...
...
- C'est bon, les gars ? On fait comme ça.
- M. Delgado ?
- C'est pas vrai, ils sont combien ? Bon, à tout à l'heure.
- Bonjour. Capitaine Marchal.
Dites-moi, c'est quoi, ce truc ?
- C'est un pont-bascule.
On pèse les camions à l'arrivée.
- Une grosse balance !
- C'est ça. Une grosse balance.
Après, on charge les camions dans la carrière
et on les re-pèse
quand ils partent.
On fait la différence, on sait
ce qu'ils ont chargé. - Ah... On peut tricher, alors ?
Ca doit être tentant de rajouter
quelques kilos, pour saler la note, non ?
- Vous insinuez quoi, là ? - Rien. Je cherche juste
à comprendre pourquoi vous vous êtes accroché à votre poste,
à la dernière élection.
Si c'est pas pour l'argent... Vous cachez un truc, non ?
- Je l'ai fait pour les mineurs et pour la carrière.
Patricia, c'était une gamine.
Elle avait pas les épaules. - Voilà ! Là, on avance.
Vous en parlez comme vous la voyez.
- N'importe quoi. - Vous me faites des cachotteries.
- Ouais, c'est ça ! - Ah, ah !
Je finis toujours par trouver !
- Bordes, l'ancien propriétaire, dit la vérité.
Dans les fadettes de la victime,
y a des numéros d'associations qui s'occupent
des gens sans domicile. - Elle devait chercher son père.
- Ouais, elle a commencé à les appeler
au moment où elle a reçu le courrier
indiquant qu'il touchait le RSA.
- Les disparus volontaires se retrouvent souvent
à la rue.
- Y a un numéro qu'elle compose souvent, quand même.
Sonnerie.
Acacias, Montpellier, bonjour.
les lundis, mardis et jeudis
Une permanence est assurée
Merci de ne pas laisser de message.
- Bon, je préviens Erwan et j'y vais.
- Et la photo de Pierre Raynaud ? - Nouvelle génération.
- Vous savez, vos collègues
ont déjà fouillé le bureau de Patricia.
- Oui, mais on n'est jamais mieux servi
que par moi-même !
M. Lebrach, Patricia était
à ce bureau depuis quand ?
- Depuis que les mineurs l'avaient élue, il y a 3 mois.
- Pourquoi
les "mineurs" ? C'est dans les mines, sous terre.
Ici, c'est une carrière. - Y avait des galeries.
Les mineurs, c'étaient les "gueules rouges".
Ces galeries sont condamnées depuis 10 ans.
Plus personne n'y va.
- Pourquoi ? - Ca devenait trop dangereux.
Maintenant, on extrait en surface.
La mine est devenue une carrière.
Mais nous, on continue à s'appeler les mineurs.
Pour le symbole.
- Donc, plus personne ne descend dans les galeries.
- Non, commissaire, c'est trop dangereux.
- Non, moi, c'est capi...
Et ça ?
- C'est pour la déco. C'est une antiquité.
Ca a pas servi depuis 10 ans.
- Waouh !
Depuis 10 ans ?
Elles durent longtemps, vos piles.
- Patricia Raynaud est allée au restaurant solidaire,
elle cherchait d'anciens mineurs.
- Et ?
- Y en a un qui est devenu SDF et qui vient souvent.
Patricia a voulu le rencontrer.
Mais impossible de savoir
si c'est son père.
Il est connu sous le surnom de Diogène.
- Trouvez-le et vérifiez son identité.
- Oui. Mais ça fait 3 jours qu'il n'est pas passé,
ils ne savent pas quand il viendra.
- Lancez un avis de recherche sur ce Diogène, OK ?
- Très bien, capitaine.
On frappe. - Oui, entrez.
Une petite seconde.
Et voilà.
Je suis tout à vous.
Enfin, dans la mesure du possible.
Donc, la terre était bien de la bauxite ?
- Oui, mais pas n'importe laquelle. Regardez, là.
- "L'échantillon présente un taux très élevé
"en argile caractéristique
"du Jurassique supérieur dolomitique."
C'est parfait, ça.
Et en langage courant, ça veut dire quoi ?
- Que la terre qui recouvrait la victime
doit provenir des sous-sols.
- Ca s'appelle les mines de Sadile. Il y a des parties souterraines ?
Quelqu'un sifflote.
- Alors, qu'est-ce que tu vois ?
- De la lumière. - Hum, hum.
- Même s'il n'y en a pas à tous les étages...
- C'est rigolo, dans les galeries, on parle d'étages.
- D'accord. Allez droit au but, Marchal.
- Oui, parce que là... - La pile fonctionne.
Je sais pas si t'es au courant, Léa...
mais en général, une pile,
même la plus balèze, ne dure jamais 10 ans.
- Quand même, les piles au lithium...
- Donc, la victime a dû
visiter les galeries...
- Que l'on croyait fermées. - Hum, hum.
- J'appelle le proc.
Il nous faut... - Une commission rogatoire ?
J'ai toujours un coup d'avance.
- Visiblement, je t'ai appris des petites choses.
- On dirait.
- Bravo, Paul. - Oh, Franck. T'es là ? T'étais où ?
- J'envoie une équipe vérifier cette histoire de galeries,
et on prévient la scientifique. On a peut-être la scène de crime.
Merci, messieurs.
- Comme t'étais pas là,
je disais à Léa...
- Mettez ça.
C'est obligatoire.
Tenez-moi ça.
- Ce cadenas a servi il y a moins de 10 ans.
- Vous croyez ? - Je peux vous l'assurer.
- Allez !
- C'est dingue, là, sérieusement,
on se croirait dans une mine d'or, non ?
Ca me rappelle un western incroyable,
un des premiers avec John Wayne.
L'action se passe dans une mine d'or
qui ressemblait à ça, en fait. - Ah ouais ?
- C'est génial. J'adore.
- Bah, c'est quoi, ça ?
Ils ont rien à faire ici, ces bidons.
- Pour l'or, on repassera.
Déchets toxiques.
- Déchets toxiques.
Waouh !
- Ah, Léa ! Léa, Léa...
Vous aviez raison, avec Franck.
On a notre scène de crime.
La Scientifique a trouvé le projectile
fiché dans une paroi de la mine. - Je sais, on m'a prévenue.
T'en penses quoi, de ces déchets ?
- Vu la réglementation sur le traitement de ces saloperies,
ça doit être très lucratif d'aider des industriels
à s'en débarrasser à moindres frais.
- La victime était-elle complice ou a-t-elle découvert le trafic ?
En tout cas, c'est un bon mobile.
Et l'argent ?
- On cherche.
Je pense que ce Delgado
est mêlé à cette histoire.
- L'ancien directeur ? - Hum.
- Tu n'as rien pour le relier à ça. - Pas encore.
Mais je vais chercher. - Ecoute, Paul...
On sait que la victime tentait de retrouver
un certain Diogène, qui pouvait être son père.
Il faut qu'on retrouve ce gars-là.
- Je suis sûr qu'il y a un lien entre Delgado et ces bidons.
- Il est 20h. Tu iras à la carrière demain matin.
- Il est 20h ? Une bière,
ça te dit ? - Non, je rentre chez moi.
- Ah oui. Retrouver Grégory.
Pfou !
- Comment tu te sens, ma chérie ?
- Ca va.
- Julien n'est pas là ? - Il est parti chercher des pizzas.
- Oh non ! J'avais tout acheté pour faire des lasagnes,
comme quand t'étais petite.
- Maman... - Je suis désolée, ma chérie.
Je suis désolée.
Ca va aller.
- Je pensais que ça serait plus facile que ça.
- C'est jamais facile, mon bébé.
Ca va passer, je te jure.
Je t'admire, tu sais.
- Je sais pas si c'est admirer, le mot.
- J'admire le courage de ma fille
d'avoir fait des choix difficiles et de les assumer.
- Merci.
Et pour papa, on fait quoi ?
Je me sens pas prête.
Je... C'est trop tôt.
Ca fait trop.
- Je m'en occupe, si tu veux.
T'as déjà assez de choses à penser comme ça.
- Tu peux attendre quelques jours ?
Je veux que tout ça soit fini.
- Oui. Tout comme tu veux.
T'es sûre que tu veux pas mes fabuleuses lasagnes ?
Rires. - Non.
...
Oui, entrez.
- Bonjour, commandant. - Bonjour, Inès.
Mm ! Vous sentez très bon. C'est...
C'est floral, c'est très doux. - Merci.
On a le rapport balistique : c'est pas un cas classique.
Sauf si le tireur était un cow-boy et qu'il a tiré en 1850...
- Une arme à poudre noire. - Ouais.
Comme celles des cow-boys. Les vrais, pas ceux des films.
- C'est-à-dire ?
- A l'époque, il y avait les Colt et les Remington.
Pour les charger, il fallait mettre la poudre,
puis le projectile, et on fermait avec de la graisse.
On défouraillait pas comme ça,
dans l'Ouest. - Vous êtes incollable.
- J'adore ça, c'est ma passion. - Et c'est...
pertinent pour l'enquête ?
- Pardon.
Aujourd'hui, ce sont des armes de collection,
ou des armes sportives en vente libre sur Internet.
- Donc des armes de catégorie D :
pas de port d'arme ni d'identification nécessaires.
- Ca va pas aider à trouver l'arme. - C'est sûr.
Faites le tour des armuriers,
et dressez une liste des collectionneurs.
On ne sait jamais. - Entendu.
Je ferme la porte ? - Merci.
- Venez avec moi.
C'est vrai, ce qu'on raconte ?
On aurait trouvé des trucs pas clairs dans les galeries ?
- Vous n'étiez pas au courant ? - Comment je l'aurais été ?
- Je sais pas.
Vous étiez pas le directeur ?
- Y avait rien dans les galeries à mon époque.
Ca peut très bien être Patricia, la responsable.
- Qu'est-ce que vous faites bien l'innocent, vous !
- C'est peut-être parce que je le suis, en fait.
Allez, les gars, on y va.
...
- Tiens, vous revoilà, colonel.
Vous prenez goût à la mine ?
Y a des vieux qui partent à la retraite.
Y aura peut-être des postes. - Je vais réfléchir.
Existe-t-il un historique
du pont-bascule ? - Oui, en trifouillant ce machin,
on peut voir les données.
Vous cherchez quoi ? - Comme d'habitude,
le petit truc anormal.
- Le petit truc anormal...
Tiens.
C'est bizarre.
Y a des camions qui partent très tôt le matin.
- Et c'est anormal ?
- Non... C'est une erreur.
- Pourquoi ?
- Bah... Les chiffres ont été inversés.
Les camions repartent plus légers qu'à l'arrivée.
Ca devrait être le contraire.
- Ca veut juste dire qu'ils arrivent pleins
et repartent vides. Les bidons sont pas arrivés tout seuls.
Qui a accès à ces informations ? - Un peu tout le monde.
L'ordinateur est même pas protégé par un mot de passe.
Par contre, une seule personne peut faire marcher le pont-bascule
en dehors des heures d'ouverture. Il faut une clé.
Elle est remise au directeur quand il est élu.
- Donc, Patricia.
- Je sais pas, mais ça a commencé il y a plus d'un an.
- Et Patricia avait été élue il y a 3 mois.
Monsieur Delgado !
Vos copains vont faire une drôle de tête,
quand ils sauront que vous faites du beurre sur leur dos.
Vous avez tué Patricia pour qu'elle se taise.
- C'est n'importe quoi.
C'est vrai, j'ai planqué les déchets.
Mais chaque centime a été réinvesti dans la mine.
Je l'ai fait pour protéger
les emplois des camarades. - Waouh !
Vous êtes le Robin des Mines !
- J'ai pas eu le choix.
Depuis 3 ans, à la mine, on est dans le rouge.
- C'est...
Ils sont à qui, ces déchets ?
- C'est Alain Bordes qui m'a proposé le marché.
Je sais pas comment il a appris nos difficultés.
- Alain Bordes vous paie pour planquer ces saloperies ?
Alain Bordes, l'ancien propriétaire des mines ?
- Ouais.
Je pensais que ça durerait qu'un temps,
mais on remonte jamais la pente.
- Patricia a dû être contente de savoir que le rêve de son père
survivait en ayant pactisé avec le diable.
- Quand elle a appris le trafic, elle est venue me voir,
mais pas pour m'engueuler.
Elle voulait faire tomber Bordes. - Comment ça ?
- Pour elle, c'était le salaud qui avait voulu tous nous virer
et empêcher la Scop
d'exister. Et il était responsable de la disparition de son père.
- Eh ben, je vais aller voir ce monsieur.
Et puis vous, vous restez ici,
gentiment, bien au chaud, hum ?
- Diogène de Sinope. Moins 413 - moins 327 avant J. -C.
- Notre SDF était en Grèce antique ?
- J'étais bloqué dans mes recherches,
je me suis demandé
pourquoi ce surnom... - Moi aussi, j'y ai réfléchi.
Diogène, c'est pas ce philosophe,
avec son écuelle, son manteau,
qui vivait dans le dénuement, dans un tonneau ?
- Oui. A l'époque, on appelait ça un "pithos".
C'est devenu "tonneau"
au fil du temps, dans le langage populaire.
Regardez ce que j'ai trouvé
aux environs de la mine.
- Ah oui, ça doit être drôlement populaire.
C'est marqué "Le Tonneau" et non pas
"Le Pithos". - Ah bon ? C'est un puits de mine
désaffecté depuis 30 ans.
La victime y est allée 3 fois.
- Très bien, je vais m'y rendre.
Au Tonneau.
- Au "pithos".
...
- Bonjour, monsieur.
Commandant Soler, gendarmerie nationale.
Vous êtes Diogène ?
- On m'appelle comme ça.
- Et votre vrai nom, c'est Pierre Raynaud ?
- C'est une manie, ma parole.
Je suis Gérard Donzère.
- Pourquoi une manie ?
- Sa fille m'a posé la même question
il y a une semaine. - Patricia Raynaud ?
Elle voulait quoi ?
- Elle a entendu parler d'un ancien mineur SDF
qui allait au resto solidaire. Elle a cru que c'était son père.
Mais c'était moi.
- Et vous vous êtes revus par la suite ?
- Ouais. Elle voulait que je lui parle de lui.
- Vous le connaissiez ?
- C'était un ami, à l'époque.
Je l'ai bien connu.
Elle a pensé que je pouvais aider à le retrouver,
mais je vois pas ce que je pouvais faire.
J'ai pas vu Pierre depuis 10 ans.
- Le commandant a vérifié l'identité de ce Diogène,
ce n'est pas du tout le père.
Et il dit n'avoir jamais revu Pierre Raynaud
depuis sa disparition. - Un vrai fantôme.
- Ouais. Et toi, de ton côté ?
- J'ai quelqu'un en chair et en os. - Très bien !
- Il y a 3 mois, il y a eu une vente d'armes de la Guerre de Sécession.
La majorité a été achetée par une seule personne.
- J'ai hâte.
- Un riche industriel de la région.
- Bravo, Inès. Je préviens le commandant.
- Excusez-moi.
- Je vous en prie. - Merci.
Que fais-tu là ?
- J'avais raison pour Louis Delgado.
Le trafic de produits, c'était lui.
Et son client, c'est Alain Bordes, l'ex-proprio
de la mine. - Et tu comptais m'en parler quand ?
- T'es là, donc tu sais, non ?
- Non. En fait, ce monsieur pourrait être le propriétaire
de l'arme du crime.
C'est bien de communiquer, non ?
- Et c'est toi qui me dis ça ?
- OK.
T'es très bizarre depuis hier. Y a un souci ? On en parle ?
- OK...
Je suis au courant pour le bébé, Léa, voilà.
- Le bébé ?
Je suis désolée que tu aies été tenu à l'écart de tout ça, mais...
ça me fait du bien que tu saches.
C'était trop lourd à porter pour moi.
On allait t'en parler, on avait besoin de 2 ou 3 jours
pour souffler un peu. Et il n'a jamais été question
de le garder, vraiment.
- Bon... - Et c'est sa décision, donc...
Oui.
Mais c'est mieux, non ?
De prendre son temps...
Faut pas aller trop vite, dans ce genre de situation.
On a
toute la vie pour faire un enfant, donc, ça va.
- OK, si tu le dis, c'est...
Embrasse Grégory de ma part, d'accord ?
Ca doit être dur pour lui. Je me mets à sa place...
On ouvre la porte. - M. Bordes va vous recevoir.
- Donc, M. Bordes, on arrête les cachotteries.
C'est pour parler du trafic découvert à la mine
que Patricia est venue vous voir ?
- Oui. Et je lui ai tout expliqué.
Elle avait pas plus intérêt que moi à en parler aux gendarmes.
Moi, ça m'aurait coûté une prune un peu salée.
Mais pour la carrière,
la révélation de ce trafic, c'était la clé sous la porte.
- "Une prune un peu salée" ? Vous êtes soupçonné de meurtre.
- C'est quoi, ces conneries ?
- Il manque un revolver, là.
Un Colt Walker 1847.
Une arme à poudre noire,
comme celle qui a tué Patricia Raynaud.
- C'est elle qui me l'a volée.
- Ben voyons !
Mais vous n'avez pas déclaré le vol.
Il va falloir trouver quelque chose de plus percutant.
- Elle a fait un malaise. Je suis allé chercher de l'aide,
à mon retour, elle avait disparu, l'arme aussi.
- Pourquoi elle était mal ? - Je lui ai dit la vérité.
Son père est mort, enterré sous la mine de Sadile,
depuis 10 ans. Une galerie s'est effondrée.
- C'était un accident.
- Il y a 10 ans, presque jour pour jour.
En plein processus de rachat de la mine par les mineurs.
- On avait réussi à convaincre les camarades
de réinvestir leurs primes dans le rachat.
Mais ça suffisait pas.
Et Bordes voulait pas baisser le prix.
- Mais si l'achat n'avait pas eu lieu,
Alain Bordes était toujours
propriétaire, donc responsable.
- Oui. On a été le voir tout de suite,
pour lui dire
qu'on allait voir les gendarmes et tout arrêter.
- C'était la merde. J'allais pas aller en taule pour ça.
J'y étais pour rien. J'ai proposé un marché.
Je baissais le prix, j'étais pas inquiété
et eux pouvaient monter leur Scop. Gagnant gagnant.
- Vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ?
Vous avez pensé à Patricia ?
A sa mère ?
- J'ai jamais cessé d'y penser.
Chaque jour.
Depuis le moment où on a pris la mauvaise décision.
Mais c'était trop tard.
- Tu parles d'un choc !
Toutes ces années à chercher son père,
et il était là, sous ses pieds.
- Marchal, vous aviez raison.
Patricia avait bien découvert le trafic de déchets.
- T'avais pas tort non plus.
Ce qu'elle a découvert ensuite a sûrement causé sa mort.
L'accident qui a tué son père 10 ans plus tôt.
- On l'aurait tuée pour empêcher de révéler la vérité ?
- Y a pas de crime, l'accident est prescrit.
Elle est pas allée chez Bordes prendre une arme sans raison.
- Attendez deux secondes. Si Pierre Raynaud est mort,
quelqu'un touche le RSA depuis 10 ans à sa place.
- Patricia a dû comprendre qui c'était.
- Quelqu'un qui pourrait
ressembler à son père
s'il avait passé 10 ans dans la rue.
Je sors de la banque.
a identifié Gérard Donzère,
chercher l'argent du RSA.
à l'homme sur la carte d'identité.
- Très bien, merci, Erwan.
Visiblement, Diogène n'est plus au "pithos".
Il a plié bagage.
- Et les billets trouvés, ça donne quoi ?
- Les numéros de série correspondent au RSA que Diogène a perçu
en se faisant passer pour Pierre Raynaud.
- Le portrait de Diogène a été envoyé partout,
il pourra pas se cacher longtemps.
- Ah ben non, on vient de le trouver.
Il a été admis au CHU, il a tenté de se foutre en l'air.
- C'était un secret trop lourd à porter.
Maintenant, je suis soulagé.
Même si je finis ma vie en prison.
- Vous n'étiez pas seul à porter le secret.
- Je l'ai porté un peu plus que les autres.
Y avait cette poignée de mineurs dans la galerie
au moment de l'accident. Y a qu'eux qui savaient.
Et Alain Bordes.
C'est lui qui a eu l'idée de faire croire
à une disparition volontaire.
Il fallait brouiller les pistes.
- Et faire croire qu'il était devenu SDF.
- C'est ça.
Fallait aussi semer des preuves.
C'est moi qui ai accepté de le faire.
J'ai fait quelques achats avec sa carte bleue,
je l'ai inscrit au RSA, j'allais retirer l'argent.
- Auquel vous n'avez jamais touché.
- Non. C'était pour Patricia.
- Que s'est-il passé avec elle, justement ?
- Elle m'a donné rendez-vous dans la galerie
juste avant l'ouverture de la carrière.
J'ai tout de suite compris qu'elle savait.
J'ai mis l'argent du RSA dans un sac.
Elle avait cette arme.
J'ai eu peur.
J'ai voulu la désarmer, mais le coup est parti tout seul.
La carrière allait ouvrir d'un instant à l'autre.
- Alors vous avez déposé son corps dans le convoyeur.
- Je vous jure que je voulais pas la tuer.
- Même si vous n'avez pas appuyé sur la gâchette,
c'est bien vous qui l'avez tuée.
- Quoi ?
- C'est pas la balle qui l'a tuée.
Dans le convoyeur, elle a fait une hémorragie interne.
- Vous auriez pu la sauver.
- Ah, non !
- Salut, Grégory. - Salut, Paul.
- Ca va ? - Ca va.
- Tu viens voir Léa, j'imagine ?
- Oui, elle avait pas l'air bien, hier,
je voulais l'inviter au resto,
pour lui changer les idées. - Je comprends.
- Ca a pas dû être facile
pour vous. Je veux dire...
C'est pas un renoncement évident.
- Pardon ?
- Le bébé.
Léa m'a dit.
Je suis désolé.
Courage.
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