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Zulu
...
Bips, grésillements.
...
Les bips s'accélèrent.
- M. Jolivet, prêtez-moi votre lampe !
Je crois que j'ai un truc.
- Encore une chambre vide, petite, y en a partout dans le coin.
Elles ont toutes été pillées. - Merci.
- Monsieur Jolivet !
Monsieur Jolivet !
- Oh non... Marion !
...
On n'est plus obligés de chuchoter.
- (Si : si on réveille mes parents, on devra déjeuner avec eux.)
- Et alors ? - Non.
Le matin, j'aime pas avoir trop de bruit, trop de gens.
(Et j'aimais bien quand t'étais mon petit secret.)
- C'est pas toi qui voulais une relation normale, stable,
rassurante ?
Vibreur.
- (Oui, Erwan ? D'accord. J'arrive tout de suite.)
A plus. - A plus.
...
Bonjour Erwan. - Bonjour commandant.
Par ici.
- Merci Erwan.
- C'est juste là.
On n'a pas voulu élargir le trou. - Vous avez bien fait.
La victime ?
- Marion Duval, 24 ans, étudiante en archéologie, en protohistoire.
L'âge de fer, avant l'Antiquité. Une période fascinante.
- Vous connaissez tout.
- Edmond Jolivet, qui a découvert le corps, m'a fait un topo.
- Commandant !
Vous descendez ? - Franck, bonjour ! Je vous rejoins.
Que faisait-elle ici ?
- Du bénévolat, avec d'autres étudiants.
Elle habitait dans cette tente. - Très bien. Marchal est là ?
- Il interroge Jolivet. Il trouvait le lieu trop exigu pour descendre.
- "Trop exigu" ? Il est claustro. Ca reste entre nous.
"Trop exigu"...
Très bien. Perquisitionnez la tente de la victime.
Je rejoins Franck. - Très bien.
Vous êtes vraiment sûre ?
Le passage est étroit. - Je veux voir la scène in situ.
- Très bien.
- Ca nous change de l'IML, hein ?
- Oui, c'est plus intime. Pourquoi êtes-vous venu ?
- Pour faire les premières
constatations. - Des traces de fractures ?
- Juste un coup porté à la tête.
- A quand remonte la mort ? - Hier soir. Je vous préciserai ça.
- OK.
- Drôle d'idée, d'amener un corps ici.
- Comment on l'a amené jusqu'ici ?
- Monsieur Jolivet ?
Bonjour. - Bonjour.
- Capitaine Marchal, gendarmerie nationale.
Je peux vous poser quelques questions ?
- Oui, bien sûr. - Que faisiez-vous ici ce matin ?
- Je fouillais.
C'est un chantier primordial, qui permettra de savoir
si les Samnagenses ont vécu sur ce site gallo-romain.
- D'accord.
Vous êtes chercheur. - Non. Un modeste étudiant.
- Etudiant ? Vous êtes pas un peu...
- Vieux ? Depuis ma retraite, je suis les cours de Marc Samoens.
Il dirige ces fouilles.
C'est un des plus grands spécialistes de la Gaule romaine.
- Vous connaissiez la victime ? - Bien sûr, Marion
était une étudiante charmante, très enthousiaste...
Enfin moins depuis une semaine.
- Pourquoi ? - Elle avait découvert
une statuette qui devait conforter nos recherches,
mais celle-ci a disparu
avant l'expertise de l'INRAP.
- L'INRAP ?
- L'Institut national de la recherche archéologique préventive.
- Elle a disparu comment, cette statuette ?
- Sans doute volée.
- Ca se revend si bien que ça ?
- Pour des passionnés, ça vaut une petite fortune.
- Vous en avez une photo ?
- Bonjour. - Bonjour.
- C'est quoi, ce truc ?
Paul, c'est quoi, cette statuette ?
- Une découverte de Marion,
qui a disparu, et qui vaut une fortune.
- Qui l'aura tuée.
- Exactement.
- Interroge les bénévoles,
et trouve ceux qui sont capables de refermer une chambre mortuaire.
de passage secret.
- Je m'en occupe.
dans cette petite pièce
- Tu peux m'envoyer Inès s'il te plaît ?
- Elle est chez Marc Samoens, le directeur du chantier,
pour l'interroger.
- Comment a réagi Marion
suite à ce vol ?
- Ca l'a beaucoup affectée. C'était sa découverte.
- Et qui aurait pu faire ça ?
- On ne sait vraiment pas.
- Le vol a été commandité, on ne dérobe pas un tel objet par hasard.
- C'est sa valeur
historique, qui compte.
Ca devait sauver le chantier. - Qui doit bientôt fermer.
- Une erreur !
- Selon toi. Après analyse, l'INRAP aurait pu
prolonger le chantier. - La statuette a disparu !
L'INRAP campe sur ses positions ! - Je n'y suis pour rien.
Je travaille à l'INRAP, mais sans lien avec les chantiers.
Mon mari a du mal à le comprendre. - Ca va, monsieur. J'ai compris.
Merci. Je vous laisse. - Je vous raccompagne.
Je dois aller travailler. - Au revoir, monsieur.
...
Qui a dessiné ça ?
- C'est moi. - Vous avez du talent.
- Merci. Je passe mon temps libre sur les fouilles avec mon mari.
- Vous déménagez ? - On part vivre en Bretagne.
Après 20 ans ici, l'Atlantique nous fera du bien.
- Vous sembliez proches de Marion. - On l'a rencontrée l'an dernier,
après la mort de sa mère, quand elle a rejoint l'équipe.
On était comme sa famille.
- Et vous aviez une passion commune pour les Samnag...
- "Samnagenses". C'est surtout la passion de mon mari.
Marion et lui pouvaient en parler pendant des heures.
- Vous l'aviez vue récemment ? - Elle m'a appelée hier après-midi.
- Pourquoi ? - Elle devait venir
récupérer des affaires.
- Vous savez qui pourrait m'en dire plus sur elle ?
- Karim Daoui, un autre étudiant du site. Son petit ami.
- Karim Daoui.
- Ne touchez à rien. - Vous êtes qui ?
- Gendarmerie.
Karim Daoui ?
- Oui, je venais récupérer des affaires.
- Elles doivent rester aux mains de la justice, désolé.
- A quoi bon, de toute façon ?
C'est tout ce qui me reste d'elle, des souvenirs.
- Vous étiez ensemble depuis longtemps ?
- Presque six mois.
- Vous n'habitiez pas avec elle ici ?
- J'aime pas le camping.
Je viens la journée pour creuser encore un peu,
mais le chantier va fermer.
- Elle avait prévu un voyage ? - Pas que je sache.
Mais elle avait son jardin secret, et elle respectait le mien.
J'aimais ça.
- Au point de ne pas vous en parler ?
- Non.
- D'accord. Donc personne ne sait rien sur Marion, même pas vous.
Alors ? - La chambre est sur le plan.
Elle a été découverte il y a deux ans,
puis rebouchée. - Tout le monde
la connaissait. - Oui.
D'après Inès,
le vol devait empêcher la prolongation des fouilles.
- Et elle a disparu au bon moment. - Oui, comme par hasard.
Qui a un intérêt à stopper les fouilles ?
- Bon, et ce passage secret, alors ?
- Y en a pas. Faut arrêter, avec ça. C'est dans les films.
- Le commandant ne se contentera pas
de cette explication. - Je sais, mais... Vas-y, toi.
- Je suis trop grand. - Pas beaucoup plus.
- Et je dois rapporter ça.
- Allez... - Désolé.
- Ca a donné quoi, la perquisition de la tente ?
- Je suis dessus, là.
- Et vous, capitaine ? - Je cherche chez les receleurs.
- OK. Et le mystère de la chambre mortuaire, ça avance ?
- Marchal est dessus, mais c'est pas gagné.
- D'accord.
C'est quoi, ce truc ?
C'est pas la statuette qui a été volée ?
- Mais si.
- C'était dans ses affaires ? - Oui, que Karim Daoui a emballées.
- Ah d'accord. En fait, c'est elle qui l'a piquée.
- J'ai eu Marc Samoens au téléphone, il est tombé des nues.
- Pourquoi elle aurait fait ça ?
- Pour vendre la statuette et se faire de l'argent.
- Non, sa mère lui a laissé un héritage conséquent. C'est pas ça.
- Alors c'était pour empêcher la prolongation du chantier ?
- T'as trouvé autre chose ?
- Une méthode pour apprendre le turc.
- OK. Chacun ses hobbies. - Mais son petit ami le savait pas.
T'apprendrais une langue étrangère
en cachette, toi ? - Non.
- Quelle tête ! Je t'ai pas vexé,
au moins ? - Non, tout va bien. Je gère.
Je viens juste vérifier un truc avant d'y retourner.
- Tiens-moi au courant. - Oui.
- Salut. - Salut.
C'est africain !
- Pardon ?
- Le collier. Il vient d'Afrique.
- On a dit qu'on ne parlait pas de Greg.
- Ce n'était pas mon intention, mais puisque tu...
C'est immature, d'héberger ton amant alors que les enfants
peuvent débarquer.
Si tu leur mens sur ça, sur quoi d'autre tu vas leur mentir ?
Ca va les perturber. - En effet.
Nos enfants ont grandi, ils comprendront que leur mère
puisse refaire sa vie. Je leur parle ce soir.
- Hein ? Pas ce soir. Ne précipite pas tout.
- Greg est appelé à prendre une place
centrale dans ma vie, je dois le leur dire.
- Au fait, j'ai fortement réfléchi à la proposition de ton père
pour devenir commandant.
- Mais non. Paul, dis pas n'importe quoi.
On sait tous que tu diras non.
- Au contraire, je le sens plutôt bien.
- Mais tu détestes l'autorité, les ordres.
Comment tu veux en donner ?
- Quoi ? - C'est pas ton truc, Paul.
- Alors vous risquez tous d'être très surpris par ma décision.
- Te vexe pas, enfin !
Si tu deviens commandant, ça veut dire qu'on ne travaillera plus
ensemble, c'est ça ?
Oublie. Pardon.
Ecoute-moi. C'est bien, que tu penses à ta carrière.
Vraiment. OK ? - Ouais ?
- Je suis fière de toi.
- Allez. - A plus.
Je dois déjà t'appeler
"commandant" ?
- Elle est bien morte hier soir vers 22 heures,
du coup porté à la tête.
- Et les bleus sur les bras,
ça date de quand, selon vous ?
- C'était y a trois ou quatre jours. - Trois ou quatre jours ?
Donc elle se serait battue y a 3 ou 4 jours, et on l'a tuée hier soir.
- Oui. J'ai trouvé
du sulfamate d'ammonium sous ses ongles.
- C'est quoi ?
- Un produit toxique interdit en Europe.
- Mais encore ?
- C'est un ignifugeant. Normalement, ça se diffuse en spray.
- OK. Autre chose ?
- Pas pour le moment.
- Merci, Franck. - Bonne journée.
- De même. Sulfamate d'ammonium...
- Super. Merci maman.
Oui, ça va. On se rappelle, maman ? Là, je suis en train de travailler.
Oui, je t'embrasse. Bonne journée.
J'avais bien entendu parler du sulfamate d'ammonium :
ma mère en utilisait autrefois. - Pour quoi ?
- Comme désherbant. On ne parlait pas d'écologie, alors.
- Pourquoi Marion aurait-elle utilisé un désherbant
interdit ? - Ca...
- Marion communiquait par mails avec un chantier turc
comportant des traces
des Samnag... - "Samnagenses".
- Exactement. - OK. Que disent ces mails ?
- Je sais pas.
Je parle pas turc. - Moi non plus.
- Moi non plus.
- Je vais essayer
d'appeler là-bas.
- M. Daoui ? Karim Daoui ?
- C'est moi.
- Capitaine Marchal, gendarmerie nationale.
Je peux vous interroger ? - Allez-y.
- On a retrouvé la statuette dans les affaires de Marion.
Elle aurait pu la voler ? - C'est impossible.
Marion était passionnée, intègre. Elle a pas pu faire ça sans raison.
- Elle aurait eu un intérêt à ce que les fouilles s'arrêtent ?
- Non, elle faisait tout pour que le chantier continue.
Ca les avait rendus fous de joie,
avec Samoens.
- Et est-ce que quelqu'un aurait eu intérêt à ce que le site ferme ?
- Ben... Je ne vois qu'une personne.
Le promoteur. Taillerand.
- "Livraison fin 2017" ?
Ils avaient un peu de retard, non ?
- Chaque fois que le site devait fermer,
Samoens déposait un recours, ça a duré 4 ans.
- Ca a pas dû le ravir. - C'en est presque venu aux mains.
- Et ce Taillerand, il connaissait Marion ?
- Je pense pas.
- Entrez !
- Bon, j'ai vérifié : Taillerand et Samoens
ne s'appréciaient vraiment pas. - Un rapport avec la victime ?
- Taillerand avait un projet d'éco-lodge au milieu des arbres,
genre nature et luxe.
Sauf que les arbres en question ont mystérieusement commencé à mourir
il y a quelques semaines. - Fini l'éco-lodge.
- Ou plus urbain, moins nature.
- Evidemment. Et donc le sulfamate d'ammonium retrouvé
sous les ongles de la victime aurait servi à tuer les arbres ?
- Certains archéologues
agissent ainsi, parfois, quand ils veuillent fouiller sous des arbres.
- Mais pourquoi elle aurait tué les arbres pour continuer les fouilles
et également volé le seul élément qui permettait de les prolonger ?
- En tout cas, avec ce petit jeu, elle allait ruiner Taillerand.
- Envoyez Erwan et Inès.
...
- M. Taillerand ?
On a quelques questions à vous poser.
- Oui ? - Vous connaissez Marion Duval ?
- La petite archéologue ? Je l'ai vue une fois, je crois.
- On parle d'un meurtre, là.
- C'est bon. J'ai eu des mots avec elle, mais je l'ai pas tuée.
- C'était quand ? - Y a 4 jours.
- Que s'est-il passé ?
- Je cherchais depuis un moment ce qui pouvait arriver à mes arbres.
J'ai fait faire des analyses et découvert qu'on les empoisonnait.
- Et vous avez appris que c'était Marion.
- Oui. Et puis on s'est expliqués.
- Et ces griffures ?
Ca a dérapé, vous l'avez poussée...
- Pas du tout !
Elle s'est jetée sur moi, je l'ai bousculée, c'est tout.
Et puis je savais que mon chantier allait redémarrer.
- Comment ça ?
- La femme du taré me l'a dit.
- Sylvie Samoens ? - Oui.
Elle s'en était occupée.
- Marc s'acharne sur ces cailloux pour rien !
- Vous disiez n'avoir aucune influence.
- J'ai un peu menti sur ce point à mon mari.
- Vous avez magouillé dans son dos pour que le chantier ferme.
- La fermeture était inéluctable, j'ai juste accéléré les choses.
- Marion le savait ? - Bien sûr que non.
- Elle a pu le découvrir et vous demander des comptes...
- Absolument pas.
Et puis elle aurait très vite retrouvé un autre chantier
bien plus prestigieux.
S'il vous plaît... Si mon mari l'apprenait, il comprendrait pas.
- Incroyable. C'était le retour d'un receleur sur la statuette.
- Mais on l'a retrouvée. Marion l'avait mise en vente ?
- Elle l'a achetée y a un mois 4 000 euros.
- Achetée ?
- La statuette ne vient pas du site, mais d'un chantier au Portugal.
- OK. Donc Marion a acheté la statuette
pour retarder la fermeture
du chantier. Mais pourquoi l'a-t-elle volée ensuite ?
- Et si elle avait pris peur ?
Imagine : Marion apprend
qu'un expert de l'INRAP va venir pour authentifier la statuette...
- Elle réalise qu'il va découvrir la supercherie...
- Elle panique,
et la récupère. - Ca peut tenir.
Mais pourquoi aller aussi loin pour un chantier ?
- Capitaine !
J'ai étudié le plan du site, j'ai trouvé quelque chose pour vous.
J'aurais dû y penser avant. - C'est quoi ?
- Descendez, je vais vous montrer. Allez-y.
Euh...
Vous êtes sûr, là ?
- Oui, pas de souci. Je vous rejoins.
- Putain...
Edmond ! C'est un peu long, là !
Edmond !
Y a pas d'air, en fait !
Coups.
Edmond, c'est vous ?
- Voilà, capitaine. C'est par où votre meurtrier est passé.
Ca va,
capitaine ? Je pensais que vous seriez content.
Vous êtes tout pâle. - Non, c'est bien. Vous m'ouvrez ?
Vous auriez pas pu me parler de ce passage secret plus tôt.
- J'aurais dû. On l'a découvert y a deux ans,
et comme y avait rien d'intéressant, j'avais oublié.
- C'est pas grave.
Donc le meurtrier, après avoir déposé le corps,
a remonté un mur ?
- Oui, avec du bitume gaulois, comme au 1er siècle avant J. -C.
C'est fait de matières végétales
et de roche calcaire. - C'est facile à faire ?
- Pour un spécialiste, oui. - Vous connaissez qui ?
- A part Marion, Marc Samoens.
- C'est tout ? - Et Karim.
Il était en master sur les Samnagenses.
Je vois personne d'autre.
- OK. Très bien.
Merci.
- Je suis si fière ! T'as entendu ?
Et du coup, tu rentres quand ?
- Dans 8 jours. Je finis les partiels et j'attaque le stage.
- D'accord. Génial. Et Julien ?
je resterai à Montpellier.
- Eh ben c'est super. Super...
Mais quand tu vas rentrer, quand vous allez rentrer,
vous comptez habiter où exactement ?
- Comment ça ?
- Eh ben je sais pas. Vous allez vous installer ici ? A la maison ?
- C'est embêtant ?
- Ah non, pas du tout.
OK. Thomas !
Viens deux secondes. - Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je suis tellement fière de toi, ma chérie !
- Salut.
- Alors... En fait, voilà, quand ta soeur, quand tu vas rentrer,
- Papi et mamie ?
- Non, papi et mamie ont trouvé un appartement pas loin d'ici.
Mais on sera pas que nous
quand même. - Ca va, maman ?
- Ne me coupe pas la parole, sinon je vais pas y arriver.
Alors voilà, on sera pas que nous, pour la bonne raison que,
depuis un certain temps...
- Voilà. Je l'aurais pas formulé comme ça, mais...
- Mais non !
- Mais si. Il s'appelle Grégory, c'est mon prof
de yoga, tu te rappelles ? - Mais non !
- Mais si. Tu veux pas trouver autre chose, Thomas ?
Voilà.
Eh ben voilà, hein.
- Thomas, embrasse-la.
- Hein ?
et fais-lui un câlin.
que t'es heureux pour elle.
- Je suis heureux pour toi, maman. - Moi aussi, je suis heureuse.
- Je t'aime, maman. - Moi aussi, je t'aime.
Eh ben voilà. Ca, c'est fait.
- Salut Charlie. - Salut Marchal.
- Paul !
Ca va ? - Oui, colonel.
- J'interviens ce soir dans un colloque sur le cyber-terrorisme,
sujet dramatiquement d'actualité. Je voudrais que tu viennes.
Ca t'intéressera, et surtout tu rencontreras des gens qui comptent.
C'est primordial, pour un futur commandant.
- Oui, c'est tentant.
Mais je reste très attaché au terrain, sachez-le.
Du coup je m'interroge sur le...
Je dois encore mûrir ma décision. - Vous avez raison, mûrissez.
Rendez-vous ici à vingt heures.
- Mais on est d'accord : j'ai pas pris ma décision.
- Tu veux être dirigé par ma fille
toute ta vie ?
Allez, à ce soir.
- Bonjour capitaine.
Déjà là ? - "Gercekten"...
- Vous êtes déjà là ?! - Bizarre, cette langue.
Ah, bonjour. Excusez-moi, j'avais pas mes appareils. Vous disiez ?
- Je disais : "Déjà là." - Oui, depuis l'aube blanche.
Je déchiffre les mails de Marion. Je suivrais bien la piste turque.
- Vous avez trouvé quoi ? - D'après le logiciel de traduction,
le dernier message se termine par "nous vous attendons
"dans dix jours."
Sylvie Samoens disait que Marion trouverait vite un autre chantier.
Pour partir bosser en Turquie, vous avez besoin d'un visa.
On a un passeport ? - Oui.
Et un visa.
- Eh ben ça, c'est fait.
- Marion devait partir en Turquie, mais n'avait rien dit à Karim.
- Elle serait partie comme ça
après avoir tout fait pour empêcher la fermeture du site ?
Non, Léa.
Ca colle pas. - C'est l'hypothèse la plus logique.
- A-t-on vérifié la fréquence des appels entre Marion et Karim ?
- Ah, pardon, j'avais pas compris... Tu joues au commandant, là ?
Tu répètes ?
Pardon. OK, très bien.
Oui, mon commandant, il semblerait qu'il ne l'avait pas appelée
depuis la veille, donc soit il respectait leur "indépendance"...
- Soit il savait qu'elle était morte.
Ca se vérifie, ça.
Je suis sûr que le meurtre est lié au chantier.
- La porte !
- Pourquoi Marchal bloque à ce point sur cette histoire de statuette ?
- Ca correspond pas à la personnalité de la victime,
alors ça le fait tilter.
M. Jolivet, voici ma collègue,
le lieutenant Zaïdi. - Bonjour.
- Vous connaissez le chantier de Gerês,
au Portugal ? - Non...
Attendez, ça me dit quelque chose.
Portugal... Samoens connaît tous les chantiers, c'est une sommité.
Attendez.
Portugal, Gerês...
Espagne... Gerês, voilà.
Il a même rédigé une note sur le sujet y a quelques années.
Quel rapport avec le meurtre ? - On peut vous emprunter ce livre ?
- Oui, bien sûr. - Merci monsieur.
- Merci.
Marchal avait raison.
Samoens était de mèche avec Marion, il savait où trouver la statuette.
- Ca a donné quoi, les relevés de téléphone de Karim Daoui ?
- Il n'a pas communiqué avec Marion le jour du meurtre.
Avant, c'était 4-5 SMS par jour. - On va suivre cette piste.
- Ce n'est pas tout : j'ai fouillé les comptes de Samoens.
Il a retiré 4 000 euros en liquide.
- Le prix de la statuette,
qu'il était le seul à savoir où trouver.
Comme le désherbant.
- Pardon. D'ailleurs il a fait des achats sur des sites étrangers,
or le sulfamate d'ammonium
est interdit à la vente en France.
- Samoens aurait guidé Marion ? - C'était son mentor.
Marion a pu trouver que tout ça allait trop loin,
elle a menacé de tout révéler, et pour la faire taire, il la tue.
- D'ailleurs j'ai relevé
un truc étrange dans le parcours de la victime
avant son arrivée dans la région. - Quoi donc ?
- Sa première passion n'était pas du tout les Sam...
- Samnagenses. - Mais la 1re Guerre mondiale.
- Oui, ça n'a rien à voir. - On pourrait très bien imaginer
qu'elle ait changé d'orientation pour lui.
- Tu veux dire
qu'ils auraient pu être amants ?
- Convoquons Daoui et Samoens.
- Je prends Daoui. - Merci.
Samoens : répondeur.
- Moi aussi.
- On géolocalise ?
- Les deux portables bornent exactement au même endroit,
chez Marc Samoens.
- On va pouvoir les interpeller en même temps.
...
Cri au loin.
- Ca vient de derrière, non ?
- Avoue. Qu'est-ce que tu foutais avec Marion ?
- C'est toi qui l'as butée !
- Tu mens ! - Karim ! Lâchez votre arme !
- Ce salopard
l'a tuée ! - C'est toi, enfoiré !
- Pourquoi, hein ? Elle allait te dénoncer ?
- De quoi tu parles ? - La statuette
planquée sous son lit ! J'ai tout de suite compris.
- Du calme, on baisse l'arme. Avec moi. Avec moi, Karim...
Baissez votre arme. Voilà, reculez. Avec moi.
Très bien.
- C'était vendredi. - Parlez plus fort, M. Daoui.
- C'était vendredi. Elle m'a juste dit que c'était fini,
qu'elle voulait rattraper le temps perdu.
- Vous avez essayé de comprendre ? - Non. J'aurais pu faire quoi ?
- Péter un plomb, cogiter,
retourner la voir avant que ça tourne mal.
- Non.
Si vous voulez tout savoir,
je me suis soûlé en espérant qu'elle change d'avis.
Et puis j'ai... J'ai découvert la statuette sous son lit.
Marion aurait jamais eu cette idée seule.
Quelqu'un l'avait poussée, c'était forcément Samoens.
- De là à vouloir la tuer...
- Il tenait à sa réputation. - Il fallait nous le dire.
- Il s'en serait sorti, faute de preuves. Je voulais qu'il avoue.
Vos collègues l'en ont empêché.
- Excusez-nous de faire notre métier.
- Il l'a tuée
parce qu'elle l'avait quitté.
- C'est quoi, cette histoire ? Comment vous êtes au courant ?
- Parce que... Elle me l'avait dit. On était proches.
- Tellement proches que c'est pour vous qu'elle a tout quitté.
Pas pour les Samna... - Samnagenses.
- C'est pour vous rejoindre qu'elle a tout quitté.
- Je vois pas...
- Les arbres, la statuette, c'était pour vous.
- On ne voulait pas que le chantier ferme.
- Elle a quitté Karim en disant : "Je dois rattraper le temps perdu."
Ca signifie quoi à votre avis ?
OK.
Si on refait un peu votre historique...
En 1996, vous êtes professeur à la fac de Lille,
fac où étudiait la maman de Marion, Marion qui est née quelques mois
après votre départ de père inconnu.
Vous êtes le père de Marion.
- Evidemment.
Mais qu'est-ce qu'elle est forte...
Ca reste entre nous, ça. - Je le répéterai pas, promis.
- Dis, tu pourrais vérifier un truc pour moi ?
- Dis toujours.
- Vu tout ce que Marion a fait pour son père,
elle devait sûrement partir avec lui.
- Bien vu. Je vais vérifier ça. - Merci.
- Elle est arrivée l'année dernière, comme ça.
- Vous ignoriez son existence. - Absolument.
Sa mère ne m'a jamais rien dit.
- Vous étiez marié, ça peut expliquer beaucoup de choses.
- Marion a découvert qui j'étais à la mort de sa mère, et...
C'est tout elle, ça.
Elle a décidé de venir se présenter.
- Et comment vous avez réagi ?
- J'ai eu peur.
On n'a pas eu d'enfant avec Sylvie, alors découvrir que j'avais eu
une fille avec une autre... - Elle a promis de ne rien dire ?
- Oui. Sylvie ne devait pas savoir. - Et donc ?
- Marion voulait rattraper le temps perdu, qu'on se rapproche.
Elle s'est inscrite à mon cours,
et est vite devenue plus calée que les autres étudiants.
On se ressemblait.
- Vous avez alors commencé à la manipuler.
- Non, Marion était partante. Les arbres, c'était son idée !
- Mais Taillerand l'a coincée, elle a réalisé que ça allait trop loin.
Elle allait révéler que ce chantier était votre rêve, pas le sien.
Votre réputation
était en jeu.
- Non. Bien au contraire.
Notification.
- Excusez-moi.
D'accord !
Au temps pour moi.
Vous comptiez partir tous les deux en Turquie, c'est ça ?
- C'est Marion qui voulait.
Pour elle, ce nouveau chantier recelait de telles promesses.
- Et votre femme, dans tout ça ? - Pour le voyage,
elle aurait compris.
Elle a toujours compris.
- Et pour votre fille ? Vous comptiez lui dire un jour ?
- J'arrivais pas à lui dire.
- Ca reste un bon mobile.
- Un père qui tue son propre enfant ?
- On ne doit écarter
aucune piste, et peut-être qu'il ne la considérait pas comme sa fille.
On retourne sur la piste de l'amoureux ?
- Non. Karim serait allé menacer Samoens chez lui avec une arme
pour se forger un alibi ? Non.
- T'as raison, ça tient pas la route.
Mais ce sont les seuls qui savent faire du mastic
comme les Sam...
- On oublie une 3e personne, hors de l'équipe, qui a ces connaissances.
- Et qui aurait des bonnes raisons d'éliminer Marion ? Une femme ?
- Sylvie Samoens, une femme délaissée par son mari,
plus passionné par son métier que par elle,
et qui rêve d'une retraite en Bretagne.
- Si elle a découvert qu'il allait partir en Turquie avec Marion...
C'est la fin du rêve. - Rappelons-la.
- Je m'en occupe.
Si elle a pu enterrer une gamine, elle ne parlera pas facilement.
Et on a zéro preuve.
- Je pense que la preuve est sur le chantier.
- Une intuition ? - Le fameux mastic.
Ah, Léa ! J'ai eu Alice au téléphone tout à l'heure.
- On cherche des preuves, Paul. Ce n'est pas le moment.
- Alors la grande nouvelle a été annoncée.
- Effectivement.
J'ai suivi tes conseils, j'ai clarifié la situation.
- Bien. Thomas m'a dit que
Grégory préparait ses propres tisanes.
- Oui. Essaie, ça a beaucoup de vertus contre la connerie.
Tu vas faire un colloque
avec mon père ce soir, alors ?
Marrant, cette complicité soudaine. Tu seras sur ton trente-et-un ?
- Je mets mon costume de mariage.
- Le lie-de-vin ? Fais une photo, je voudrais pas rater ça.
Cette porte, ça m'énerve...
Ca te fait rire ?!
Bonne journée à tous.
- Bon, allez.
Edmond...
Ce mur est donc une reproduction exacte
faite par les étudiants à la manière des Samnagenses ?
- Oui. Pourquoi ?
- Et si le meurtrier n'avait pas refait le mastic entièrement,
mais avait volé celui-là ?
C'est possible, ça ?
- Oui, c'est possible.
- Bon, j'appelle l'équipe pour faire des relevés d'empreintes.
- Vos empreintes
sont sur le mastic qui a servi à refermer la chambre mortuaire.
- Je ne sais pas
de quoi vous parlez.
- Vous vouliez retrouver votre mari.
Elle devait disparaître. Mais votre plan était voué à l'échec.
- Je ne comprends pas. - Marc se serait inquiété
de sa disparition, non pas parce qu'elle était sa maîtresse,
mais parce qu'elle était
sa fille.
- Qu'est-ce que vous racontez ?
- Quand il était professeur à Lille, il a eu une histoire d'amour,
et de cette histoire est née Marion.
Sylvie, j'ai besoin de savoir ce qui s'est exactement passé.
- Quand j'ai découvert qu'ils allaient partir en Turquie,
je suis devenue folle, je ne l'ai pas supporté.
- Donc vous avez appelé Marion ? - Non, c'est elle qui m'a appelée.
Elle savait que j'avais fait fermer le chantier.
- Vous vous êtes vues et... - Elle allait le dire à Marc.
Il fallait qu'elle se taise, alors je l'ai frappée !
Mais je voulais pas...
Elle est tombée...
- C'est quoi, ces conneries ?!
- Elle a avoué, M. Samoens.
- Ma chérie...
Pourquoi ?
...
- Non...
- Ah oui ! - Pourquoi vous rigolez ?
- Non,
c'est bien. - C'est le costume ?
- Pas du tout.
- Hé, c'est du sur-mesure, hein ?
C'est ma maman qui me l'a cousu pour mon mariage.
- Il vous va très bien, capitaine. C'est vraiment la bonne taille.
- Et le velours côtelé et la couleur lie-de-vin, je trouve que c'est...
- OK, je suis ridicule.
- Je vous prête ma veste ? - Non.
- Ca coûte rien d'essayer.
- Sans le gilet.
Faut l'enlever.
- Ah, une cravate !
Une cravate...
- La bleue.
La fine. Plus sobre.
Voilà. Là, c'est mieux.
- C'est bien. A part...
- Le pantalon. Ca va pas,
le pantalon.
- Mais j'ai que celui-là.
- OK.
- Là, c'est bien. C'est classe. C'est tendance.
- Oui ? Eh ben merci.
Oh ! Il te va
super bien, mon pantalon. - Vous êtes sûr ?
- Vous êtes vraiment très beau. - Je me sens un peu déguisé, non ?
- Pas du tout, c'est hyper tendance. - Ca fait un peu années 80, non ?
Ah ouais, c'est pas mal. - N'oubliez pas la cravate.
- Je n'ai jamais su faire les noeuds de cravate. Tu sais faire, toi ?
- Je veux bien essayer. - Allez.
C'est vrai, ce qu'on dit ?
Que vous allez devenir commandant ?
- Ben... Je vais à un colloque, rien de plus.
- Mais vous en avez envie ?
- De ? - De devenir commandant.
- Ah...
- Vous faites pas ça pour prouver quelque chose à quelqu'un ?
- Pour prouver quoi à qui ?
- Ben je sais pas. Au commandant Soler, par exemple.
- Non, ça a rien à voir.
- Et voilà, commandant.
- Bon, eh ben j'y vais.
Tu crois, toi, que...
Je ferais un bon commandant ?
- Ah oui. Mais c'est ce que vous voulez vraiment ?
- Tout le monde avance, je peux pas être le seul à rester sur place.
- Mais vous êtes heureux sur place. Non ?
- Je vais être à la bourre, il faut vraiment que j'y aille.
- Vous êtes... vraiment très beau.
Bonne soirée.
- Merci. Pareillement.
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