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Original subtitles

...

- Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit.

Et un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept et huit.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit.

Et boum !

Et toujours boum !

Pam ! Pam ! Pam ! Pam ! Très bien. Très bien. Allez, Irina.

Oui. Oui.

Plus d'amplitude.

Cri au loin.

...

- En attendant une nomination pérenne, le colonel Pierre Soler

va assurer le commandement de la brigade pour les 6 prochains mois.

- Je suis ravi de finir ma carrière ici, près de ma fille, car...

- Des questions ?

Parfait. Au boulot !

- Paul n'est pas là ?

- On a un meurtre à l'Agora. J'y vais.

- Je conduis ou tu conduis ? - Non, papa... mon colonel, je gère.

- Je sais, mais c'est pour moi. Rien de tel que le terrain

pour sentir une nouvelle équipe.

Capitaine Sabine Mauriac.

Lieutenant Erwan Lebellec.

C'est ça ? - Oui.

- Bon travail.

- MERCI, MON COLONEL.

- C'est le premier colonel qui se souvient de mon prénom.

- Si je comprends bien,

le commandant Soler travaille avec son ex-mari

et désormais avec son père qui est donc

l'ex-beau-père du capitaine Marchal. C'est ça ?

- Oui, c'est ça.

- Quand on m'a dit qu'ici, c'était une famille, c'était littéral.

- La victime,

Alexander Williams, 45 ans, danseur et chorégraphe réputé.

Il était en résidence ici avec sa troupe...

- Pour répéter le spectacle d'ouverture du festival de danse.

- Tu le connaissais ?

- Non. Alice me tannait pour avoir des places, mais c'était complet.

Bonjour.

- Le corps est chaud.

- Donc l'heure du décès remonte à ? - 1h30, 2h.

On a l'arme du crime ?

- Un tabouret appartenant au décor. On a trouvé du sang dessus.

- Des témoins ?

- Les gens ont entendu un cri, mais personne n'a rien vu.

- A cette heure-ci, l'Agora est fermée au public.

Ne laissez sortir personne. - Merci, mon colonel. Autre chose ?

- On a trouvé une caméra. - Envoyez-la à Erwan. Merci, Inès.

- Bienvenue, colonel.

- Merci, lieutenant Zaïdi. Merci.

...

- Alexander puisait son inspiration dans tous les domaines.

Même en médecine.

- Je suis le capitaine Marchal, gendarmerie nationale. Bonjour.

- Philippine Rouvière. Je suis la directrice artistique du festival.

Son prochain ballet était une parabole sur l'amnésie.

- Donc il avait potassé tous ces articles pour écrire son ballet ?

- Hum hum... - Un vrai perfectionniste.

- Un précurseur, toujours en quête d'innovation.

Alexander avait énormément de talent.

Excusez-moi. - Vous vous entendiez bien, alors ?

- Je le connaissais depuis plus de quinze ans. Il était mon ami.

- Euh... et avec ses danseurs, ça se passait comment ?

La compétition, ça ne doit pas être simple dans ce milieu.

- Dernièrement, c'était tendu, mais c'est normal, avec le festival.

- Il n'y a rien de particulier qui pourrait m'aider ?

- Je m'occupe de l'organisation du festival.

- Oui, mais en dehors du travail ? - Je ne me mêle pas des histoires

personnelles.

- Merci.

- Bon, qu'est-ce qu'on a ?

- C'est fou. La prise d'otage en 85, c'est lui.

Les attentats déjoués en 2011,

c'est lui. - Pardon ?

Il parle fort. - Je disais...

- Non, mais de quoi tu me parles ?

- Du colonel Soler. Il a une belle carrière. Pour le commandant,

c'est pas facile

d'assumer après... - Je te parle des vidéos du meurtre.

- Oui, j'ai un truc justement.

- Voilà. - Regardez.

Quelqu'un a rejoint la victime à 7h30, ce matin.

Mais on ne voit pas de qui il s'agit.

- En tout cas, ce n'est pas un inconnu. Regarde. Il reste calme.

Pas inquiet.

Ca pourrait être un de ses danseurs.

- On va vérifier.

J'ai les répétitions de la semaine.

- Alors...

Sanglot.

- On est à deux doigts de la maltraitance.

7h47,

c'est très tôt. C'est qui, cette femme ?

Elle s'entraînait peut-être avec lui chaque matin.

- Alors, 7h32...

- 7h42... Oui, c'est à peu près pareil tous les matins.

Probablement, ce matin, pareil.

- Très bien, Erwan. Envoyez-moi la photo.

- C'est Paul ? - Oui,

c'est Paul. - Paul !

Comment tu vas ? - Pierre !

- Je te présente notre colonel. - C'est pas vrai ? C'est génial !

Enfin, c'est une sacrée surprise. Ca s'est décidé quand ?

- J'ai été désigné... - On parlera de ça plus tard.

Concernant l'enquête, Marchal ?

- La victime était un bourreau de travail. Et l'ambiance

était électrique. Les danseurs vivent ensemble 24h/24...

- Mélanger vie privée et le travail,

je vois ce que ça peut donner.

- Ce qui est intéressant, c'est ce qu'il se passe en coulisse.

Je vais donc rester ici

pour fureter. - C'est ce que j'attendais de vous,

capitaine. - Bien.

Pendant que tu furètes, pourrais-tu nous ramener cette personne

à la gendarmerie ?

- Bien sûr. - Non, on va t'envoyer la photo.

- Pardon.

- Je suis content de te retrouver. On va faire du bon boulot ensemble.

- Carrément. Merci.

Vous êtes tous de la compagnie Williams ?

- Moi, non.

Je suis prof de danse de l'Agora.

- Hugo Delambre ?

- A l'approche du festival, j'aide les compagnies à répéter.

- Vous étiez tous là, ce matin ?

- OUI. - Non. Cette danseuse n'est pas là.

- C'est Nathalie Parisot.

Alex nous avait choisis comme premiers rôles du spectacle.

Mais Nathalie l'a joué solo.

- Elle était là, ce matin ? - Non.

C'est la seule qui n'est pas en résidence ici.

- Le matin, elle est en tête-à-tête avec Alex.

- Alexander la faisait répéter seule avec lui pendant une heure.

- Si tu le dis...

- La répète d'hier s'est mal passée avec Nathalie.

- C'était une cata. Alex l'a incendiée.

- Pourquoi ?

- Elle avait la tête ailleurs. Avec Alexander, ça ne pardonne pas.

- Il aurait pu la virer. - Bah oui. Ce n'était pas le genre

d'Alex d'être indulgent.

- Merci.

- Je suis devant chez Nathalie Parisot. Elle n'est pas là.

Son mari me dit qu'elle est partie à l'Agora.

- Passez-moi votre supérieur. - OK, je m'en occupe.

- Que se passe-t-il ? Pourquoi vous cherchez Nathalie ?

- Calmez-vous, monsieur. Alexander Williams a été retrouvé mort.

Votre femme est introuvable. - Quel rapport ?

Vous la suspectez ?

Je suis avocat. Vous ne pourrez pas interroger Nathalie sans moi.

Je suis calme et je connais la loi.

- Sabine, on a lancé l'avis de recherche sur Nathalie Parisot ?

- Oui, j'ai transmis son signalement.

- Qu'est-ce qu'on a sur elle ?

- Elle rencontre Alexander Williams quand elle a 20 ans.

Ils sont tous les deux au Conservatoire national de danse.

- Ils font carrière ensemble ? - Pas du tout. Au contraire.

- C'est-à-dire ? - Alexander s'est très vite fait

un nom dans le milieu de la danse. - Célibataire, sans enfants.

Il a dédié sa vie à sa passion. Et pour Nathalie ?

- Elle a épousé Frédéric Parisot, puis elle est devenue

assistante de direction jusqu'à il y a 2 ans.

- Elle a arrêté son travail pour se remettre à la danse. Reprendre

une carrière de danseuse à 40 ans, c'est audacieux.

- Elle a peut-être voulu réaliser

son rêve de jeunesse. - Alexander lui offre le 1er rôle

de son spectacle, mais il se rend compte qu'elle n'est pas prête

et il décide de la remplacer ? Téléphone.

...

- Mauriac.

D'accord. Merci.

On a retrouvé sa voiture sur le parking de l'Agora.

- D'accord. Je préviens Marchal.

- Nos équipes sont sur le coup. On s'en occupe.

Nathalie Parisot est forcément toujours ici.

- C'est classé à l'inventaire des monuments historiques.

Couvent, prison pour femmes et caserne militaire.

- Merci.

C'est ici que personne n'a pu la croiser. Sûr.

Sanglots.

...

- Madame Parisot, vous aviez l'habitude de retrouver Alexander

tous les matins pour répéter entre 7h30 et 8h30.

C'est bien ça ?

- Oui.

- Il s'est passé quoi, ce matin ?

Je vais vous dire ce qu'il s'est passé.

Alexander vous a annoncé que vous ne feriez pas partie du spectacle.

- Quoi ? - Merci de vous en tenir aux faits.

- Après tout ce que vous aviez fait,

il allait vous remplacer par une danseuse plus douée et plus jeune.

Vous ne l'avez pas supporté

et vous l'avez tué.

Vos empreintes sont sur l'arme du crime. Vous avez une explication ?

- J'invoque mon droit au silence.

- Et le sang sur vos vêtements ? - J'invoque mon droit au silence.

- Inutile de poursuivre. Ma cliente ne vous dira rien.

- Il nous faut des aveux.

- On doit maintenir la pression sur elle.

Il reste quoi ? 22h de garde à vue ? Elle va finir par craquer.

- Voilà l'esprit que j'aime. Persévérance et fermeté. Bravo.

- Il y a un truc qui ne va pas. Il y a autre chose.

- Chéri, j'ai rangé la perceuse au même endroit que d'habitude.

Derrière les ampoules. T'es en RTT, pas moi. On se rappelle.

Je t'embrasse.

- Nathalie Parisot s'obstine à se taire. Ca me rend dingue.

Peut-on avoir raté quelque chose entre elle et Alexander ?

- Elle ne serait pas revenue vers lui uniquement pour danser ?

- Pour se remettre à la danse, elle a pris des décisions radicales.

Le genre de décisions qu'on prend quand on est amoureuse.

- L'histoire se finit mal. Crime passionnel. C'est possible.

- Il faut creuser. Demandez à Erwan de réinterroger la troupe.

- Bien sûr.

- Ca a l'air très bon.

- Commandant ! Je voulais vous dire...

On est ravis de la nomination du colonel, mais on sent que c'est dur

pour vous.

Etre sous les ordres de son père qui est une figure du métier...

Donc je voulais juste vous assurer de notre soutien.

- C'est gentil. Merci.

- Un chorégraphe est plutôt proche de son premier rôle, non ?

- Oui, mais je pense que ça ne se limitait pas à la danse.

- Nathalie et Alexander étaient amants ?

- Il n'y a aucune preuve,

mais il y a des attitudes, des attentions qui ne trompent pas.

- Nathalie avait droit à un traitement particulier.

- Quand Alexander s'absentait, bizarrement,

Nathalie était absente aussi.

- Vous savez où ils allaient ?

- Aucune idée. Mais je les ai quand même couverts.

- Par rapport à qui ? - Le mari de Nathalie.

La semaine dernière, il est passé.

Alex et elle n'étaient pas là. J'ai dit qu'ils étaient à un essayage

costumes.

- Tu vois,

si Alexander et Nathalie entretenaient une relation,

ils ont dû faire des extras. Restos, hôtels...

- Il n'y a rien sur ses comptes.

- Ah oui, mémoire eidétique. - Non, les comptes sont juste là.

Il y a 3 mois, Alexander a versé toutes ses économies

pour la recherche contre la maladie d'Alzheimer.

- Le thème de son spectacle était sur l'amnésie, donc il y a un lien.

Pourquoi ça l'intéressait autant ? - Sa mère avait Alzheimer.

Elle est morte il y a 3 ans.

- Pourquoi faire un don il y a 3 mois ?

Et pourquoi ce spectacle maintenant ?

- Il a peut-être appris qu'il était malade aussi.

- Quel rapport avec le meurtre ?

- Je dis ça comme ça. Maintenant, il faut creuser.

- Ouais. D'accord.

Mais on pourrait s'égarer. - J'adore l'idée.

- De ? - Bon, qui fait quoi ?

- Je vais retourner à l'Agora interroger Philippine.

- Je contacte le médecin qui gère la fondation, le docteur Bellanger.

Son cabinet est en ville. - Je vais envoyer Erwan.

C'est son domaine.

Il adore les blouses, les médecins. - OK.

- Merci.

- Madame Parisot, nous savons que vous étiez très proche d'Alexander.

Que vous vous voyiez en dehors des répétitions,

en secret de votre mari.

Vous ne voulez pas parler devant lui pour ne pas qu'il découvre

une relation plus intime ?

- Je n'ai jamais trompé Frédéric.

Alexander, c'était mon ami, c'est tout.

- Quelque chose m'échappe. J'aurais besoin de votre aide.

- Je suis l'avocat de Mme Parisot.

- Garder le silence n'arrange rien. - Que faites-vous ?

Vous ne pouvez pas l'interroger sans moi.

- Ce n'est pas un interrogatoire. C'est simplement une conversation.

- Ne jouez pas sur les mots, commandant. Pas avec moi.

- Comment avez-vous vécu que votre femme délaisse votre couple

pour sa passion pour la danse ? - Qu'insinuez-vous exactement ?

- Je n'exclus aucune piste.

D'ailleurs, hier matin, vous avez dit que vous étiez chez vous,

seul.

J'imagine que personne ne peut confirmer votre alibi ?

C'est ballot, hein ?

- Vous voulez me placer en garde à vue ?

Musique lente.

- Et explosion. Bam !

...

Stop ! Kévin, que fais-tu ? - Je me suis dit que...

- Pas d'impro.

Alex ne l'avait pas pensé ainsi. - T'en sais quoi ?

- Messieurs !

Le spectacle a lieu dans deux jours.

Alors, on reprend et on se concentre.

- Difficile de prendre la suite du maître, hein ?

- Effectivement, alors si je dois en plus gérer les egos de chacun...

Vous avez du nouveau ? - On a découvert

que la maman d'Alexander était atteinte d'Alzheimer.

- Oui, ça a été terrible pour Alex. Ils étaient très proches.

Il ne restait qu'elle.

- Comment il faisait avec les spectacles, les tournées, tout ça ?

Il devait être peu présent.

- Il s'en voulait.

A chacune de ses visites, l'état de sa maman empirait.

Le pire, ça a été le jour où elle ne l'a plus reconnu.

Je l'ai beaucoup soutenu à cette époque.

Il culpabilisait. Il ne savait pas comment l'aider.

J'ai été l'épaule sur laquelle il pouvait pleurer.

Au décès de sa maman, Alex a sombré dans la dépression.

J'ai tout fait pour le raccrocher à la danse.

La scène, c'est l'espace idéal pour exprimer ses émotions.

- D'où ce spectacle sur l'amnésie. - Oui. C'est une jolie façon

de rendre hommage à sa maman.

- Alexander avait-il changé d'attitude,

dernièrement ? - Comment ça ?

- Avait-il des sautes d'humeur, un manque de concentration ?

- Non. Alex était à fond dans la préparation du spectacle.

- D'accord.

- A la semaine prochaine. - Oui. Au revoir, docteur. Merci.

- Au revoir.

- Docteur, gendarmerie nationale. - J'ai des patients qui attendent.

- Je n'en ai pas pour longtemps. - Patientez quelques minutes.

- Votre secrétaire m'a déjà raconté pas mal de choses.

M. Williams était venu vous voir plusieurs fois

accompagné de cette femme.

- Oui. Et alors ?

- Avez-vous été témoin d'une dispute ou d'un litige entre eux ?

- Non, jamais.

- Expliquez-moi pourquoi Nathalie Parisot accompagnait Alexander

chez le médecin. Sans rien briser du secret médical, évidemment.

- Alexander n'était pas

mon patient. Il était donateur dans la fondation.

- Pourquoi il venait

en consultation ?

Ah, c'est Nathalie qui est malade.

- Pourquoi vous nous avez caché que vous étiez atteinte

d'un Alzheimer précoce ? - Parce que je me souviens de rien.

Entre hier soir et ce matin, c'est le trou noir.

La maladie, elle ne prévient pas. Par moments, tout va bien.

Et puis, à d'autres, j'oublie tout.

Ce que j'ai pu dire, ce que j'ai pu faire.

- Vous n'avez aucun souvenir de ce qu'il s'est passé ce matin ?

- La seule chose...

... dont je me souviens, c'est...

C'est tout ce sang.

J'aimerais bien vous dire que je ne l'ai pas tué...

Mais, la vérité, c'est que je ne sais pas.

- Quand a-t-elle

été diagnostiquée ? - Il y a 2 ans.

Je n'avais rien vu. Nathalie avait des oublis,

mais elle me disait que c'était la fatigue.

- Qu'est-ce qui vous a fait réagir ?

- Alexander. C'est lui qui nous a ouvert les yeux.

- Comment ?

- Nathalie l'a recroisé à l'occasion d'un de ses spectacles

à Montpellier. Après toutes ces années, ils étaient contents

de se retrouver. Elle me l'a présenté. Il est venu à la maison.

Et...

A force de passer du temps ensemble...

- Il a détecté des symptômes car sa maman avait eu la même maladie.

- Oui.

- Et il vous a présenté le médecin qui s'était occupé d'elle.

- Il a insisté pour qu'elle consulte.

Quand le diagnostic est tombé,

ça a été terrible.

Mais on a décidé de se battre ensemble.

- Le docteur m'a parlé de ses recherches prometteuses.

Sur la pratique de la danse et ses bienfaits sur le cerveau.

- Une sorte de thérapie ? C'est pour ça que vous avez intégré

la compagnie ? - Alexander me l'a proposé.

Il voulait m'aider.

Et moi, j'ai repris espoir.

Espoir que ça marche.

Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Ca ne peut pas être elle. Alexander faisait tout

pour qu'elle aille mieux. Nathalie n'avait aucune raison de le tuer.

- Oui, mais elle était là au moment du meurtre.

- Peut-être qu'elle a été témoin de quelque chose.

- Comment lui faire recouvrer la mémoire ?

- On va trouver un moyen.

- "Persévérance et fermeté."

C'est ton père, mais je ne le fais pas bien.

Entre le colonel Vauvert qui te pourrit la vie 3 ans et ton père...

- Je gère.

- Ne te laisse pas impressionner. - Je gère.

- Thomas m'a dit que tes parents s'étaient installés chez toi.

Comment vous faites dans le salon, pour le yoga ? Vous vous empilez ?

- On gère, Paul. A demain.

- OK.

- Il m'énerve. Mon Dieu qu'il m'énerve.

- Léa est très respectée par toutes ses équipes. Ca ne m'a pas étonné.

Elle a une autorité naturelle. Avec elle, ça doit filer droit, non ?

- Ouais, plutôt.

- Les femmes qui font des métiers d'hommes surcompensent.

- Non, elle ne surcompense pas. Elle est très méthodique.

Elle a un sens inouï du détail. Elle est épatante.

Paul, c'est différent.

C'est un électron libre, mais il a un instinct...

Comme moi quand j'ai été affecté en Corse.

- Thomas connaît tes histoires par coeur.

- Non, j'aime bien.

- Tes parents ont dû t'en raconter pas mal.

- Non, pas tant que ça. Ils essaient de nous mettre à l'écart.

Mais ça a eu l'effet inverse. - Lequel ?

- Je veux être gendarme. - Excellent choix.

- Les parents en pensent quoi ? - Ils ne sont pas trop chauds.

- Ils changeront d'avis. Tu as le soutien de tes grands-parents.

Lieutenant, garde-à-vous !

Il rit.

- Ca ne durera pas longtemps. - Ca m'ennuie.

- Moi aussi.

- T'as qu'à leur dire. - A mes parents ?

Le dire à mon père ? C'est mieux de le faire étape par étape.

- Tu as peur de lui.

- Pourquoi j'aurais peur de mon père ?

- Parle-lui de moi.

- J'aime bien que tu sois mon secret.

Son père tousse.

Oh non, papa ! Non.

- Ne dis rien à ta mère. - Comme d'habitude. C'est pas cool.

- J'ignorais que tu étais là.

- J'éveille mes sens au contact de la nature.

- C'est bien, ça.

Ca va, toi ? - Oui.

Et toi, ça va ? - Oui.

- Il faut que je t'avoue un truc. - Aïe !

Tu peux tout me dire, ma chérie. - Ado, je faisais le mur.

Mieux vaut tard que jamais.

- Je m'en doutais. Je m'en doutais.

J'aurais dû mettre des barbelés et faire placer des caméras.

- La caméra...

Evidemment, la vidéo. - Quelle vidéo ?

- La mémoire, tout ça. Merci, papa.

Bonjour. - Mon commandant.

On ouvre la porte. - Merci.

Bonjour, Nathalie.

- Bonjour. - Je voudrais tester quelque chose.

Vous m'avez dit que la danse vous permettait de vous sentir mieux,

de faire travailler votre mémoire, alors je me suis dit

qu'on aurait pu s'en servir pour tenter de raviver vos souvenirs.

Plus d'ampleur dans les bras.

- Non, ça sert à rien, ça ne me revient pas.

- Ce n'est pas grave. Au moins, on aura essayé.

- Attendez.

J'ai besoin de retourner à l'Agora pour me souvenir.

- Je ne peux pas faire ça. Vous êtes notre principal suspect.

Je n'ai pas le droit. - Cette incertitude,

ça me ronge. Je préfère me souvenir même si je suis coupable

plutôt que de rester dans le doute.

S'il vous plaît.

- C'est quand vous voulez.

...

- Ca sert à rien.

Ca sert à rien. - Chut...

- Je revois la tête d'Alexander dans mes bras,

le sang sur mes mains.

Je ne crois pas que je l'ai tué.

Je ne me souviens de rien. - Ce n'est pas grave.

Chut. Chut. Tout va bien. Tout va bien, Nathalie.

C'est magnifique, quand vous dansez.

On sent qu'Alexander a écrit cette oeuvre sur mesure pour vous.

- Elle n'est pas de lui.

- Comment ça ?

- Ce n'est pas lui qui l'a écrite.

C'était son idée, mais c'est Hugo qui l'a écrite.

- Hugo Delambre ? Le professeur de danse de l'Agora ?

D'accord.

Désolée, mais on va devoir vous ramener en cellule. Ca va aller ?

Merci.

Merci beaucoup.

- Paul...

- Mon colonel. - Pas de ça entre nous.

J'ai une question à te poser. Réponds-moi sincèrement.

Comment ça va avec Léa ?

- A quel niveau ? - Comment ça, "à quel niveau" ?

Au travail, évidemment. - Bien. Très bien, même.

- Travailler avec son ex, ça doit être dur.

- Non, on est super pros. Entre la vie privée et le boulot,

c'est la Muraille de Chine.

- Dans l'intérêt de tous, ce n'est pas obligatoire que ça perdure.

- Comment ça ? - Il serait temps

de mettre tes ambitions au jour. Tu veux pas devenir commandant ?

Diriger ta propre brigade ? Je passe deux coups de fil,

je te briefe un peu, et c'est tout.

Penses-y. Passe demain matin à la maison. On en parlera.

- Demain, je... - C'est un ordre.

- Ah...

Ah... merde.

- Et tchac ! Voilà. Plus léger dans le plié.

C'est bien. C'est bien. Stop ! Stop !

C'est bien, mais je veux plus de légèreté dans le rebond. Toi,

garde ton centre. - Yes.

- Et le regard toujours présent.

Hein ?

Et...

Go ! Allez ! Voilà. Léger dans les gestes. Léger.

- Il a rapidement pris la place du boss.

Qu'est-ce qu'on a sur lui ?

à l'Agora. Il a monté une compagnie de danse à 23 ans,

mais il n'a jamais rencontré le succès. Il l'a dissoute

au bout de 2 ans. Il n'a pas dépassé le stade amateur.

- Du coup, il bosse avec toutes les compagnies qui passent à l'Agora.

- D'accord.

Il a l'air d'avoir du talent, mais de là à lui demander d'écrire

une oeuvre...

j'ai relevé une autre écriture. Comme s'il avait corrigé

le travail de quelqu'un.

- De rien. A plus tard.

- On fait une pause et on reprend le dernier acte.

- M. Delambre, commandant Soler.

Quelque chose me tracasse. Ca doit être frustrant

de voir son travail rencontrer le succès sous le nom d'un autre,

surtout quand on n'a pas percé soi-même.

- Je ne comprends pas.

- Ca faisait longtemps que vous écriviez pour Alexander ?

- Non, c'est la première fois. - Quelqu'un d'autre le savait

à part Nathalie ? - Personne.

- C'était quoi, Alexander, pour vous ?

- C'était un mentor. Un jour, il m'a lancé un défi :

écrire un spectacle sur la mémoire. Il m'a donné les premières pistes.

L'histoire d'une femme confrontée à ses souvenirs qui s'enfuient.

J'ai imaginé la suite.

- Il vous a demandé d'écrire ce ballet ? Pour quelle raison ?

- Pour que je prenne la direction artistique de sa compagnie.

- Non.

Je crois qu'il vous a vendu du rêve,

qu'il s'est servi de votre oeuvre et que ça vous a énervé.

- Pas du tout. Il était fatigué de cette pression. Il voulait arrêter.

- Alexander voulait tout arrêter alors que cette compagnie,

c'était toute sa vie ?

- Il attendait l'ouverture du festival pour l'annoncer.

- Merci beaucoup, docteur. Au revoir.

Le témoignage de Bellanger coïncide.

- Développez, capitaine.

- Alexander avait déjà prévu d'organiser des ateliers de danse

avec les patients du docteur. Comme il allait arrêter sa carrière,

il s'était projeté. - Et au sujet de la compagnie ?

- D'après la société qui gère les droits des auteurs, Alexander

avait modifié les infos de son spectacle deux jours avant sa mort.

- Hugo Delambre est désigné comme l'auteur du spectacle

et co-directeur artistique de la troupe.

Donc il dit la vérité.

- Il était le successeur d'Alexander.

- Quelqu'un a découvert ses projets et l'a mal vécu.

- Quelqu'un qui convoitait son héritage.

- Et qui, depuis le début, n'a fait qu'appuyer nos soupçons

sur Nathalie.

- Kévin Legrand.

Je vous en prie.

On a appris qu'Alexander comptait mettre un terme à sa carrière.

En fait, il a désiré aider les personnes atteintes d'Alzheimer

à travers la danse. Et il voulait qu'Hugo reprenne la compagnie.

- Alexander n'a jamais eu d'enfant, mais il a toujours eu ce besoin

de transmettre.

De transmettre...

Ce sont ses mots.

C'est exactement ce qu'il m'a dit.

Il m'a demandé de rester dans la troupe encore un an.

Pour jouer le spectacle...

... et pour aider Hugo à s'installer.

Mais j'ai paniqué.

J'ai eu peur de ne pas y arriver sans lui.

Alors, j'ai voulu tout arrêter.

Je suis rentrée chez moi. J'étais déboussolée.

Et puis j'ai réfléchi.

Ce spectacle, c'était mon histoire, mon combat contre la maladie.

C'était l'occasion pour moi de l'exprimer sur scène,

devant tout le monde.

- Et donc, hier matin, vous vous êtes rendue à l'Agora

comme tous les matins, pour retrouver Alexander.

Vous êtes entrée dans le studio...

- Je suis entrée dans le studio...

Et je l'ai vu.

Il était étendu sur le sol. Il y avait du sang.

Je l'ai pris dans mes bras.

- C'est ça.

C'est ça.

Voilà. C'est fini.

- Merci.

- Kévin, je peux t'embêter deux secondes ?

Tu vois, qu'Alexander décide de s'arrêter, OK,

mais qu'il nomme Hugo pour lui succéder, ça a dû t'énerver.

- Alex voulait s'arrêter ? Sérieux ? - Oui, sérieux.

Du coup, Hugo allait le remplacer. - J'ai compris. Il le mérite.

- Je ne sais pas, je... Cette place, tu y tenais plus que tout au monde.

- Vous rigolez ? Diriger une troupe, c'est trop prise de tête.

- Ah oui ? Alors, qui pouvait pâtir du départ d'Alexander ?

- L'Agora. Tous les ans, c'est ici qu'Alex présentait son spectacle.

- Un Alexander, ça se remplace.

- Non, des têtes d'affiche de ce calibre, il y en a peu.

Philippine va galérer.

- Oui, bien sûr.

Ouais, Léa, c'est moi. On s'est gourés. C'est pas du tout Kévin.

- Ce n'est pas Nathalie non plus. Marchal, j'ai besoin

d'une bonne nouvelle.

- La victime a un lien très étroit avec le festival

et avec sa directrice.

- Il y aurait eu un contrat entre Alexander et Philippine ?

On n'a rien trouvé de ce genre. - C'était plutôt un pacte moral.

- Marchal, je vous mets sur haut-parleur.

Qu'est-ce que vous entendez par pacte moral, Nathalie ?

- C'est Philippine qui a découvert Alexander.

C'est elle qui a lancé sa carrière.

Il lui devait une grande partie de son succès.

- Mais quel rapport avec le festival ?

- Quand Philippine en a pris la direction,

il a voulu lui montrer sa gratitude. Il lui réservait

toutes ses premières.

- Dont elle se servait pour faire du festival

un événement incontournable. Si Alexander comptait mettre un terme

Marchal, je vous tiens au courant.

- Ouais, OK, ça marche.

- J'ai repris l'historique du festival.

- Et alors ? - L'année où Philippine Rouvière

a engagé Alexander, la fréquentation a augmenté de 30 %.

- C'est pour ça qu'elle a doublé ses subventions l'année suivante.

- Avec Alexander comme tête d'affiche, elle assurait

la reconduction de son festival. - Elle profitait de son succès,

mais de là à le tuer... - Non, elle dépendait de lui.

D'après le Conseil

d'administration de l'Agora, Philippine est sur la sellette.

- Pourtant, le festival cartonne.

- Le Conseil souhaite du sang neuf à la direction.

- Alexander était son seul argument pour pouvoir conserver son poste.

- Voilà. - Je préviens le commandant.

- Et moi le capitaine. - Et moi, je retourne à mon bureau.

- Mettez le cube au coin du tapis, s'il vous plaît. Bien au coin.

- Bonjour. - Bonjour.

Anatole, vous l'aidez, s'il vous plaît.

- Ca va être dur de dire adieu à tout ça.

- Je prépare déjà la prochaine édition.

- Oui,

vous avez appris à anticiper. Avec Alexander, vous étiez sûre de tenir

vos promesses.

Vous aviez tout planifié, sauf qu'il allait vous faire faux bond.

- Messieurs, vous nous laissez seuls,

s'il vous plaît ?

- Quand il est arrivé ici avec ses danseurs, vous avez prétendu

qu'il était comme d'habitude.

Mais c'est faux, vous avez menti.

Il y a un petit quelque chose chez lui qui avait changé.

Donc hier matin, vous lui avez demandé des explications.

- Il m'a annoncé qu'il allait faire ses adieux à la scène.

Je ne l'ai pas cru. Il avait encore une longue carrière devant lui.

Il ne pouvait pas tout abandonner comme ça.

- Vous avez essayé de le dissuader, mais ça n'a pas marché.

- Il s'est énervé.

Il a reconnu qu'on avait chacun tiré des bénéfices

de notre collaboration, mais qu'il fallait passer à autre chose.

Que notre relation professionnelle était en train de l'étouffer.

Qu'il avait besoin de retrouver son indépendance, sa liberté.

- Vous ne l'avez pas supporté.

- Il m'a dit qu'il n'allait pas passer sa vie à servir de caution

pour que je garde mon poste. Après tout ce que j'ai fait pour lui.

15 ans d'amitié et de confiance balayés comme ça.

Je me suis sentie humiliée.

En colère.

Je n'ai pas supporté son égoïsme.

- Alexander avait découvert que la danse pouvait aider des malades

d'Alzheimer à aller mieux.

- Comment ça ?

- Il voulait valoriser la danse à des fins médicales,

montrer que sa passion était belle,

utile aussi. Et salvatrice.

Sa décision, ce n'était absolument pas contre vous, vous savez.

Elle pleure.

Les aveux de Philippine innocentent Nathalie.

- Elle est rentrée chez elle.

Elle a décidé d'assumer sa maladie. - Du coup,

elle reste dans la compagnie. - Le temps du spectacle "Memoria".

- Bon, allez... - A plus.

- Ah ! Rho...

Talalalata !

- Pour "Memoria" ? Ce n'était pas complet ?

- Si.

J'ai dû tuer deux personnes pour avoir ça.

- C'est Alice qui va être contente.

- Ouais.

- C'est bien, ce que tu fais pour elle.

- Très bien.

Vous montez les mains vers le ciel tout doucement, en expirant.

On garde l'équilibre. OK, très bien.

Parfait.

- C'est dommage que ma fille ait arrêté le yoga. Ca fait du bien.

- Regardez vers l'avant. On sonne.

- A l'origine, mon amie Isabelle m'a parlé de vous. Puis j'ai donné

votre numéro

à ma fille.

Paul ! - Bonjour, Annie.

Je ne vous dérange pas ? - Nullement.

- Je venais voir Pierre. - Il ne va pas tarder. Entrez.

- Bonjour. - Bonjour.

- Vous étiez en pleine séance de... - Yoga.

- Je vous dérange ? - Pas du tout.

- Le cours était presque terminé. On fera 10mn de plus

la prochaine fois. - Parfait. Merci. C'était super.

- Paul. - Oui ?

- Oui, non, Paul, au revoir. - Ah, d'accord. Au revoir...

- Grégory. - Grégory.

- Un petit thé ?

- T'as déjà fini ton cours ? - On a terminé plus tôt que prévu.

- Voilà ce que je te propose. Je mange avec ma mère,

puis on se fait un ciné.

- Annie, je vais devoir décliner votre invitation.

Je viens de me souvenir que j'avais un truc.

J'appellerai Pierre.

- Donc t'as pas totalement

arrêté le yoga.

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