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...
Une cloche sonne.
- Hé ! Mate ce que je viens de trouver !
- Waouh ! - C'est énorme !
- C'est une vraie épée ? Fais attention ! Fais attention...
Arrête !
Fais gaffe... Merde ! - Quoi ?
- Regarde ! - Quoi ?
...
- Attends ! - Quoi ?
- C'est pas une bonne idée.
- Ca fait plaisir...
- Non, mais...
- Léa, c'est le seul moyen pour que tu puisses rester à Montpellier.
- Oui, mais...
- Quoi ? T'as peur de l'annoncer, c'est ça ?
Alors je vais le faire, moi. Viens. Je l'annonce. Tu dis rien.
- Paul, je...
- Non, dis rien.
Bien ! Excusez-moi !
Merci d'être là, toutes et tous, d'avoir répondu présent.
On va mettre fin au suspense.
En même temps,
y a pas 36 000 façons de l'annoncer...
Léa et moi, on est ensemble.
Enfin, de nouveau.
On s'aime, et on va se pacser.
- Quoi ? Vous m'aviez pas dit qu'ils se supportaient pas ?
- Ouais.
- C'est dit, alors on fait comme si de rien n'était,
et on se remet au boulot.
- Oui. Pardon. Bien sûr. - Merci. Voilà !
Au boulot !
- Félicitations.
- Franck... Merci d'être venu.
- Merci à toi
pour la convocation, ça valait le coup.
- On est heureux,
alors on a envie de le partager.
- J'ai rien vu venir, vous êtes bons comédiens.
Surtout Léa, parce que même maintenant que c'est officiel,
elle est heureuse, mais c'est une joie très intérieure.
- Oui, peut-être. Mais c'est sa fonction qui veut ça.
- Oui, c'est sûr... - Eh oui.
- Forcément.
Mazel tov.
- Ouais... Toi aussi.
"Intérieure"... N'importe quoi.
Téléphone.
Oui, Erwan ?
Oui. J'arrive.
- Un chevalier du Temple.
C'est une première.
Une armure...
Cotte de maille... Le tout forgé à la main.
Il y a une fête médiévale à Aigues-Mortes
en ce moment ? - Non. Erwan a vérifié.
On ignore son identité : ni papiers ni téléphone.
- Il a la nuque fracturée.
Franck trouvera sûrement d'autres fractures à l'autopsie.
C'est une chute
qui l'a tué.
- S'il a voulu se suicider, il pouvait pas se rater.
- Je crois pas : il a tenté
de se rattraper
au rempart.
- Donc on l'a poussé. - C'est ça, oui.
C'est une scène de crime.
Où est Marchal ?
- Sur les remparts. Vous êtes vraiment faits l'un pour l'autre.
Je dis ça par rapport au Pacs. Comme vous vous êtes séparés...
- Et que ça marche à nouveau...
- J'ai trouvé ça. - C'est quoi ?
- Un parchemin. - Ca appartenait au chevalier ?
- Je sais pas. Il faut le déchiffrer.
"Mon 1er : insulte grossière signifiant 'idiot'.
"Mon 2e : bruit du serpent.
"3e : objet de l'attention de la météo.
"Mon 4e : adjectif démonstratif. Et mon tout
"est un prénom féminin." - Constance.
"Con".
"Sss". "Temps". "Ce". Le nom de la tour de garde d'Aigues-Mortes.
- Oui. Comment t'as deviné ? - Ca ressemble à un jeu de piste.
- J'adore les jeux de piste. - C'est quand t'étais scout.
On envoie ça au labo. - J'ai mieux.
On va suivre le jeu de piste et découvrir où il allait.
- On l'envoie quand même au labo. Magalie, pour le labo.
- Je parie que ma méthode marchera mieux.
- Et tu paries quoi
exactement ?
Un repas en amoureux !
(On va avoir besoin de photos pour crédibiliser notre relation.)
- Si je gagne, Thomas et Alice viennent avec nous.
Ca sera un dîner en amoureux à quatre.
- D'accord.
Mais je vais gagner. - Ca m'énerve,
quand t'es sûr de toi.
- Bonne chance !
- Ton père m'a demandé de lui déposer ça. Tu sais pourquoi ?
- Pour faire croire
à un Pacs bidon à la brigade. - Tu préfères qu'elle soit mutée ?
Il a raison. A la guerre comme à la guerre.
- Mais maman va faire trois pas en arrière, avec ça.
- Elle sait faire la différence entre une vanne et la réalité.
Et papa aussi.
- C'était pas évident, pour lui,
la photo.
- Me dites pas qu'il fait ça pour récupérer maman, enfin !
Non. - Thomas...
- Non...
- Ah là là... C'est magnifique.
- C'est très beau. Mais on n'est pas là pour admirer le paysage.
Allez, viens.
- C'est la perspective de vous remettre avec le commandant
qui vous stresse ?
- Non. C'est qu'on a fait un pari, avec Léa,
et que pacsé, marié ou divorcé, j'aime pas perdre.
- On va gagner, alors. - Ouais.
- On cherche quoi ?
- On cherche un parchemin
comme celui-ci.
- OK.
Bon courage.
Excusez-moi.
J'ai ! - Ah bon ?
- Ouais.
"Tel le saint protecteur, tu partageras ton manteau
"avec les pauvres."
- Attends, le saint protecteur des rois, c'est...
C'est pas saint Thomas, non. C'est...
- C'est saint Martin.
Son blason est à la tour de la Gardette.
- Là, tu triches.
- Parce qu'Internet est interdit ? Et puis pas vu, pas pris. Alors...
Voilà. Hein ?
Bon, on se bouge ?
- Oui !
- Fractures du radius, du bassin...
Il a fait une sacrée chute.
- C'est ce que je pensais.
Vers quelle heure serait-il mort ?
- D'après la température du foie, entre minuit et 2h du matin.
- Les remparts sont fermés la nuit.
La victime ou le meurtrier avait une clé.
- Il était sérieusement alcoolisé.
L'état de ses mains
me ferait pencher pour un ouvrier du bâtiment.
- Vous avez pu voir ça ?
- Oui.
- Bravo. Merci, Franck.
- De rien.
Au fait, toutes mes félicitations.
- Pardon ?
Félicitations pour... ?
Ah oui ! Pour le Pacs !
- Oui.
- Merci.
- Vous avez l'air
rayonnante.
- On se pacse pas tous les jours avec son ex-mari.
- Ben non.
- Voilà.
- Bonne journée. - Bonne journée, Franck.
- Un petit chocolat ? - Ah oui, tiens. Merci.
- C'est un vrai miracle, ce Pacs.
- Oui, même les pires cas sont jamais désespérés.
- Et pile au bon moment.
- Vous insinuez quelque chose, capitaine ?
- Pas du tout. Et puis étant proche de Marchal, tu...
- Bonjour.
- Bonjour, commandant.
- Du nouveau ?
- Oui, la liste de ceux
qui ont la clé des remparts :
les pompiers, le conservateur et l'office de tourisme.
- Un guide, ça collerait.
- On a le trombinoscope de l'office du tourisme ?
- J'étais dessus.
- Revenez
en arrière.
Là. Et voilà notre victime.
"Marco Salieri".
- Un Italien.
- C'est joli, Marco Salieri.
Et c'est moi
qui ai gagné.
J'ai gagné.
Marco Salieri. Eh oui, j'ai gagné !
- J'ai !
"Non nobis, Domine."
"Jamais en notre nom." C'est là.
C'est la devise des Templiers.
- Dessous, c'est des coordonnées ?
Je dirais latitude et longitude...
- Ce qui fait que...
Notre victime allait à... l'Auberge des Templiers.
Un hôtel
au centre-ville d'Aigues-Mortes.
- Ah, le commandant a trouvé le nom de la victime, vous avez perdu.
- Comment elle a fait ?
- Dites qu'on savait déjà, mais que vous vouliez garder le secret.
Je confirmerai.
- Non ?
Mais non... Non, c'est pas fair-play.
Va à l'office de tourisme, Erwan ira à l'Auberge des Templiers.
- OK, capitaine.
Une porte claque.
- L'office de tourisme n'est pas encore ouvert au public.
- C'est au sujet de Marco Salieri. - Pourquoi ? Y a un problème ?
- Je pose les questions, madame...
- Louise Chesnot, responsable de l'office de tourisme.
- On a retrouvé Marco Salieri ce matin au pied d'un rempart. Mort.
- Mon Dieu, mais c'est affreux !
- La petite fête, là, c'était pour quoi ?
- Marco allait se marier, on a fêté son enterrement de vie de garçon
hier, et il devait nous rejoindre à l'issue du jeu de piste.
- Personne ne s'est inquiété ?
- Dans le jeu de piste, y avait un cadeau spécial avant d'arriver ici.
- Spécial à quel point ?
- Oui, il y a une réservation à ce nom.
D'ailleurs M. et Mme Salieri doivent toujours y être.
- Elle, peut-être, mais pas lui. - Si, je vous assure.
Justement, les voilà.
- Lieutenant Lebellec, gendarmerie.
Vous êtes Marco Salieri ?
Mauvaise nouvelle : vous êtes mort.
- Quoi ?
- On ne sait pas grand-chose, sinon qu'il est arrivé d'Italie
il y a cinq ans et qu'il rénovait des maisons.
- Je croyais qu'il était guide.
- C'était juste un hobby.
Qui est le faux Salieri
qu'Erwan a ramené ? - Nicolas Gaudet, un autre guide.
Il était à la soirée d'enterrement de vie de garçon hier soir.
- Et que faisait-il à l'hôtel ? - Il profitait du cadeau.
Une stripteaseuse qu'ils avaient engagée pour le futur marié.
- Une stripteaseuse... Vous avez vraiment des cadeaux...
C'est ringard, une stripteaseuse à un enterrement de vie de garçon.
- Pourquoi "vous" ?
Je fais pas partie du truc. - Oui... Bref. Et donc ?
- Gaudet a passé la nuit avec elle.
- Une stripteaseuse...
- Même ton esprit prude est capable d'imaginer la suite ?
- Depuis quand je suis prude ?
- Si on veut que les collègues croient à notre amour renaissant,
tu devrais te rapprocher de moi.
- Tu crois ? - Ben oui.
- Est-ce que là, je suis assez proche ?
- Oui... C'est bien, ça.
Tu devrais peut-être me dire des mots doux, tu sais.
- Oui. Alors...
Les pompiers et le conservateur de la ville ont tous un alibi.
A part eux, seuls les guides ont la clé des remparts.
Et comme Salieri a été tué pendant leur jeu de piste...
Ton esprit limité
comprend ce que ça veut dire ?
- Que l'assassin est parmi eux.
- Bravo, Marchal. C'est bien. Allez, au boulot.
- Oui.
Si, tiens, y a un truc... J'ai failli oublier.
Ca. Ca serait vachement bien...
Là. - Non, pas là.
- c'est joli, et ça égaye ton bureau.
A plus tard.
- Hop hop hop...
- Quoi ?
- Mais non...
- Ca fait combien de temps ?
Personne n'a rien vu.
- on reste professionnels.
- Vous connaissiez Marco Salieri ? - Non, je l'ai jamais vu.
- Et vous servez souvent de... De cadeau ?
- Pour les enterrements de vie de garçon ? Oui.
Je suis gogo-danseuse.
Si jamais vous avez besoin...
Pour groupes ou individuels.
- Maya est une très bonne copine. C'est moi qui l'avais contactée.
- Un striptease pour Marco Salieri.
- Il était censé arriver vers 23h.
- Pourquoi à l'hôtel ? Pour aller plus loin si affinités ?
- Je suis pas une prostituée, je suis une artiste ! Je cache rien.
- Oui, ça, je veux bien le croire.
Vous auriez pu organiser ça directement chez M. Salieri.
- Il habitait chez sa fiancée. Elle aurait pas vraiment approuvé.
- Les filles comprennent pas toujours mon art.
- Marco avait pas besoin de payer pour plaire aux femmes.
C'était un érudit, il était bourré d'humour. Tout le monde l'adorait.
- Quand on adore quelqu'un, on lui fait un cadeau qui fait plaisir.
Les autres guides l'adoraient pas tant que ça, si ?
- Si, on forme un groupe très soudé. Ils étaient tous à la soirée.
- Prêts à faire la fête en attendant l'arrivée de Salieri.
- Oui. On l'a déposé au pied des remparts vers 20h30,
où le jeu de piste débutait.
Ne le voyant pas revenir, on s'est dit qu'il profitait de son cadeau.
- A minuit, j'ai appelé Nicolas pour savoir ce que je devais faire.
- Et vous avez fait quoi ?
- J'ai rien dit aux autres, et j'ai rejoint Maya.
- Sans le chercher.
- Je me suis dit qu'il s'était endormi dans un coin.
On l'avait fait boire.
- Et vous pouviez profiter du cadeau à sa place.
- Et surtout d'un bon lit.
- Tous les guides sont bénévoles. Je suis la seule à toucher un salaire.
- Et Salieri travaillait dans le bâtiment pour payer ses factures.
- Il restaurait des maisons médiévales.
Il était féru d'histoire. Il a connu Charlotte comme ça.
- Elle est liée à l'office du tourisme ?
- Pas directement, mais sa mère, Olivia de Rohan,
est une professeure émérite à l'université de Montpellier.
Elle m'a d'ailleurs aidée à créer les énigmes pour le jeu de piste.
- Pardon
pour cette question, Mlle de Rohan, mais... Où étiez-vous hier soir ?
- Ici, avec maman.
Je suis restée dormir.
Marco m'avait dit qu'il ferait la fête toute la nuit.
- Ah bon ? Il vous avait parlé de son enterrement de vie de garçon ?
- Pas en détail, non.
Il évitait de me parler de ses collègues guides.
- Vous ne semblez pas les porter dans votre coeur.
- C'est juste que Marco et moi, on était très différents.
- C'est-à-dire ? - Marco était
charmeur, rêveur, autodidacte...
Tout le contraire de moi.
- Et ça vous a plu.
Les contraires s'attirent.
On a besoin des coordonnées de sa famille en Italie.
- Il en avait pas. Il a perdu ses parents très jeune.
Il s'est passionné pour l'Histoire dès l'orphelinat,
au point de damer le pion
à de grands universitaires. - Votre mère est historienne :
ça vous a plu.
- Que se passe-t-il ? Qui êtes-vous ?
- Des gendarmes.
C'est Marco.
- Magnifique.
Et c'est Marco qui a supervisé les rénovations.
- Oui, cette demeure est dans ma famille depuis des siècles.
Il avait saisi l'âme des Rohan. - Que de points communs !
Alors que votre fille et lui, c'était plutôt le contraire, non ?
- Ils se ressemblaient beaucoup, au fond.
Il était orphelin, je l'ai élevée seule...
- Son papa est décédé ? - Parti. Pendant la grossesse.
Elle n'était pas prévue. - Et il n'aimait pas les surprises.
Je vous en prie.
- Il avait surtout déjà une famille, ce que j'ignorais.
- Et quand Marco est entré dans la vie de votre fille,
l'arrivée d'un ouvrier autodidacte ne vous a pas dérangée ?
- Au début, j'étais méfiante.
Un Casanova fauché qui veut épouser une fille comme Charlotte...
- Et vous avez changé d'avis ?
- J'ai vite vu que l'argent ne l'intéressait pas.
Marco était un type bien.
- Oui, l'office du tourisme aussi chante ses louanges.
Mais quelqu'un le détestait suffisamment pour vouloir le tuer.
- Tous ses collègues en ont dit du bien ?
- Hum... Oui.
- Les guides ne sont pas du tout un groupe soudé.
- Ah ? Pourquoi vous dites ça ?
- Certains étaient jaloux des découvertes de Marco
et voulaient se les approprier.
- Des découvertes ? Quelles découvertes ?
- Le trésor des Templiers ? Rien que ça ?!
- On a réagi comme vous, mais Marco nous a montré des preuves.
- Il vous a montré le Graal un soir entre le fromage et le dessert ?
- Non, le Graal est une légende. Il avait trouvé des pièces d'or
datant des Templiers. - C'est ce qu'il a dit.
- Un expert me l'a confirmé.
- Pardon, je suis pas historien, mais...
Le trésor des Templiers ne se limite pas à quelques pièces d'or.
- Marco avait aussi trouvé des documents.
- Ah bon ? - Oui.
- Ma mère croyait à l'existence du trésor, mais ne s'en vantait pas.
J'ai grandi avec ces mythes. - Ces preuves que Marco
avaient découvertes, elles sont où ?
- Ici. En sûreté.
- Vous pouvez nous les montrer ?
On entre.
- Je peux vous aider ?
- Non, je...
- Commandant, deux personnes n'ont pas d'alibi solide :
Louise Chesnot et Nicolas Gaudet.
- Il était avec la stripteaseuse,
non ?
- Il a pu passer par les remparts avant de la rejoindre.
- Vous en pensez quoi ?
- Louise Chesnot, je sais pas trop.
Gaudet, lui, est resté très discret sur ses rapports avec Marco.
Non ?
- Discret ? - Comme Marchal et vous.
- Vous allez vous y faire. Même moi, je m'y suis faite, donc...
Erwan !
L'état civil ?
Le casier judiciaire de la victime ?
- J'ai contacté les autorités italiennes, et ça traîne un peu.
- OK. Bon, on continue.
- C'est par ici.
- Les travaux étaient pas finis ?
- Marco travaillait seul.
Les week-ends, en général.
Il s'était aménagé un bureau ici
pour ses recherches, pendant
que je restais avec maman. - C'est son coffre ?
- Oui. - Vous pouvez l'ouvrir ?
- Non. - Non.
- Personne n'a le code ?
- Il était méfiant.
- J'appelle un serrurier.
- Non. C'est pas la peine : regarde.
Non. Il est vide.
- Donc on l'aurait tué pour mettre la main sur un trésor mythique
que tout le monde cherche depuis des siècles ?
- Présenté comme ça, c'est un peu radical,
mais c'est une piste crédible.
Le cambriolage du coffre va dans le même sens.
- Enfin si les pièces d'or des Templiers existent,
et si les De Rohan disent la vérité.
- De la part du capitaine Marchal.
Les pièces que l'expert a authentifiées.
Pour le capitaine, la thèse du trésor légendaire
n'est pas si absurde que ça.
- Pourquoi ça ne me surprend pas ?
- Si une sommité comme Olivia de Rohan a fini par croire Salieri,
c'est qu'il avait des éléments probants.
J'ai trouvé ça dans la cave
des De Rohan. - "L'Ordre des Templiers
"en Occitanie". C'est pour Marchal.
Merci. Vous avez creusé du côté de l'office de tourisme ?
- Devinez avec qui Marco Salieri s'était disputé.
- Nicolas Gaudet.
- Comment vous avez deviné ?
- Il a engagé la stripteaseuse et s'est absenté de la soirée.
- Il a fait ça
pour brouiller les pistes ?
- Possible. Je demande à Vannier de l'interroger. Merci, Inès.
- Pourquoi est-ce que j'aurais tué Marco ?
- Pour voler ses documents concernant le trésor des Templiers.
- Je comprends rien de ce que vous me racontez.
On s'est disputés, c'est vrai,
mais ça avait rien à voir avec le trésor.
- Pour quoi ?
- Il me devait du fric, je ne pouvais plus attendre.
- Donc vous êtes allé vous servir dans son coffre.
- Pas du tout ! J'ignorais l'existence de ce coffre !
Il a dû déconner avec quelqu'un d'autre,
c'est sûr.
- Comment ça ? - Il baratinait
sans arrêt pour se faire mousser et pour se mettre en avant.
- Prouvez-le.
- On n'a jamais pu lui faire dire où il avait trouvé ces pièces d'or.
C'était le roi pour embrouiller son monde, beaucoup se sont fait avoir.
- Comme qui ?
- Par exemple... Louise Chesnot ! Elle était dingue de lui.
- D'où tenez-vous ça ?
- Je les ai surpris tous les deux à l'office, dans leur bureau.
- La tour de Constance
a été nommée ainsi en souvenir de la grand-tante de Saint Louis,
l'épouse du prince de Toulouse, Raymond VI.
Je vous parlerai aussi
de la tour des Bourguignons, un peu plus loin.
Vous avez du nouveau ? - Oui.
Marco et vous avez eu une histoire.
Quelque chose à me dire là-dessus ?
- C'était avant qu'il rencontre Charlotte. On est restés amis.
- On dit que vous l'aimiez encore, que vous étiez jalouse.
- Qui ? Nicolas ?
Il nous a surpris une fois. Et alors ?
C'est moi qui ai quitté Marco. - Ca se passait mal ?
- Il était pas assez dans la réalité pour moi.
C'était un personnage romanesque, Marco, inventé de toutes pièces.
- Un très gros menteur, quoi.
- Plutôt un affabulateur qui avait besoin qu'on s'intéresse à lui.
Ca faisait partie de son charme. - Ca donnait quoi, par exemple ?
- Au sujet de sa jeunesse,
ses rares souvenirs changeaient suivant ses interlocuteurs.
- De sa jeunesse ? - l'orphelinat,
les familles d'accueil...
Je n'aurais rien pu construire avec lui.
- Donc on a deux témoins qui accusent la victime de mythomanie.
- Salieri aurait aussi menti au sujet des pièces d'or ?
- Pourquoi pas ? Quoi qu'il en soit, c'est son passé qui m'intéresse,
pas ce trésor des Templiers...
Contrairement au capitaine Marchal, je sais, Erwan.
On en est où, avec l'Italie ?
- On a du mal à les joindre. Il faut que je les relance.
- Eh ben relancez ! J'ai besoin de savoir où, quand et comment
ses parents sont morts, s'il a eu des soucis à l'orphelinat... Tout.
Allez, Erwan ! - Oui.
Oui, euh...
Buongiorno.
Signor Lebellec...
Ah, vous parlez français ? Super. Ca m'arrange.
- Merci d'être venue aussi vite. - Si je peux être utile...
- C'est gentil. Le capitaine Marchal vous attend.
Les documents conservés dans le coffre indiquaient l'endroit
où Marco avait trouvé les pièces d'or, n'est-ce pas ?
- C'est ce qu'il m'avait dit. - Vous les aviez jamais lus ?
- Non, mais il avait promis de me les montrer
une fois qu'il serait sûr de la piste qu'il suivait.
- Votre déclaration au grand public a été un peu hasardeuse, alors.
Je parle de l'article paru dans la presse locale.
"Pour O. de Rohan, le trésor se trouverait donc à Aigues-Mortes."
- Un raccourci de journaliste.
Mais j'admets que cette déclaration était un peu prématurée, oui.
- Vous aviez confiance en Marco, et les pièces étaient authentiques.
Je comprends.
Est-ce que vous vous rappelez la date de leur découverte ?
- Il y a deux semaines environ. Pourquoi ?
- On doit établir la chronologie des événements pour l'enquête.
Emmanuelle,
je vous confie Mme de Rohan.
Merci.
- Ah, madame de Rohan...
Asseyez-vous s'il vous plaît.
Reconnaissez-vous cette carte ?
- C'est la reproduction d'une vieille carte d'Aigues-Mortes,
qui date, je dirais... Milieu du 13e siècle ?
- Chapeau. 1250. Pile poil.
Le plus intéressant,
c'est qu'elle a été annotée ici, là, là...
Par Marco. - C'est son écriture, en effet.
- Et vous savez à quoi correspond ce tracé en rouge ?
- Aux voies de la ville du temps des Templiers.
- On voit l'oeil de l'expert.
J'ai mis un bon moment
à faire le lien.
J'avais pensé à autre chose, et en fait j'avais bon quand même.
- Je comprends pas.
- Ici, on a les emplacements des maisons rénovées par Marco.
Si je fais ça... Il est sur le tracé.
Chaque point bleu correspond à un chantier. Coïncidence ?
Non, je crois pas.
- D'accord.
Mais... Je ne vous suis plus du tout, là. Où voulez-vous
en venir ?
- Au fait que Marco choisissait ses chantiers de rénovation
pour enquêter sur le trésor des Templiers.
- C'est une hypothèse très intéressante.
Les pièces d'or étaient sur son chantier en cours.
- Voilà. Celui de votre maison.
...
- S'il y avait un trésor sous ma maison, je le saurais.
- Vous descendez souvent creuser dans votre cave ?
- Non, mais...
- Marco n'a pu trouver ces pièces qu'ici, on est sur la bonne voie.
Faites-moi confiance.
Attendez... Pardon. Excusez-moi.
C'est quoi, ça ?
- Je ne sais pas. Marco entreposait beaucoup de choses dans la cave.
- Attention à vous.
Waouh !
Je vous l'avais dit : il faut toujours garder la foi.
- Un grand cru ?
- Tu vas m'en dire des nouvelles. Mon père est un passionné de vin,
et régulièrement, il m'offre une bonne bouteille.
- Tu serais devenue gendarme si ton père l'avait pas été aussi ?
- Enfant, j'adorais jouer aux gendarmes et aux voleurs.
Je coupais les cheveux de mes poupées, fabriquais des armes...
A l'adolescence, j'ai voulu être photographe,
et j'ai senti la déception chez mon père.
Je suis devenue gendarme pour lui faire plaisir.
- Et ta mère ?
- Ma mère, c'est un autre dossier.
J'étais un petit garçon manqué, elle voulait une vraie fille.
Elle continue à m'acheter des robes que je ne mettrai jamais.
Pourquoi tu ris ?
- Je reste rarement avec mes clientes après un cours de yoga,
pas vrai ?
Je les invite pas au musée, et je ne cuisine pas avec elles.
- Et c'est pas bien ?
- Ah si. Ca me plaît.
- A la tienne. - A nous.
Ton abonnement va expirer, tu sais ?
- Déjà ?
Ah bon ?
Non... Mais non !
Paul ? C'est Léa. Il va falloir qu'on fixe quelques règles, là.
Un geste de tendresse
par jour, si nécessaire, et puis faut arrêter avec ces photos.
C'est un cauchemar.
Oui !
Euh...
- J'en avais beaucoup à la maison,
et je me suis dit que ça pourrait égayer mon bureau.
Vous voyez ? Bref.
Je vous écoute.
- La police italienne confirme que Marco a menti à tout le monde.
Et en beauté.
- Il est pas orphelin. - Non.
Il est resté jusqu'à ses 18 ans chez sa mère. Qui vient d'arriver.
- OK.
Merci.
Madame Salieri...
Vous avez élevé votre fils seule ?
- Son père ne l'a pas reconnu.
Il était tout le temps en prison, alors c'était pas plus mal.
- Marco était au courant ?
- Son père nous rendait visite, parfois.
Au début, Marco était content.
Mais en grandissant, il a fini par comprendre.
Il avait honte de lui.
- Alors il préférait inventer sa vie.
- C'était un rêveur.
Je peux pas lui en vouloir pour ça. Il n'était heureux que comme ça.
- Il allait se marier.
Vous le saviez ?
- J'ai respecté sa décision,
mais ça m'a fait mal de savoir qu'il reniait ses origines.
- Salieri ne cachait pas que son passé, et j'avais raison.
- Le trésor des Templiers existe ?
- Je sais pas. J'aimerais bien. Mais les galeries, oui.
Il a découvert une entrée dans la cave de la maison des De Rohan.
Ca s'étend sur des centaines de mètres.
- Sans en parler ? - Non, a priori.
Il voulait explorer avant d'en parler à Charlotte
et à sa mère.
Les pièces d'or étaient là.
- Ou pas.
Pardon. Merci.
Alors...
Le père de Marco était un cambrioleur.
Il y a 20 ans, il avait volé un collectionneur.
- Et je parie que le butin a jamais été retrouvé.
- Gagné.
Il comprenait des pièces d'or datant...
- DU MOYEN AGE.
- D'accord. Merde... Bon, OK.
- Quand Marco était petit, son père lui disait qu'il était un chasseur
de trésors, d'où son absence.
Ces pièces sont le seul cadeau
qu'il lui a jamais offert.
- D'où sa passion pour l'histoire des Templiers.
- Si mon fils les a données, c'est qu'il avait pas le choix.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
- La dernière fois
que j'ai vu Marco,
j'ai eu l'impression qu'on me surveillait.
Il y avait une voiture garée devant chez moi.
Une belle voiture. Avec une plaque française.
Je suis sortie, et elle a démarré tout de suite.
- Et c'était quand, ça ? Vous vous en souvenez ?
- Il y a dix jours.
- Marco redoutait que Charlotte ne découvre qui il était vraiment.
Plus il s'inventait en héros, plus il s'éloignait de son histoire.
- Les galeries étaient vides, alors il a improvisé.
- Excusez-moi. - Je vous en prie.
- Soler, j'écoute.
D'accord.
OK. Merci.
- Y a un souci ?
- La voiture qu'a vue madame Salieri serait celle de Charlotte de Rohan.
- Elle avait tout découvert ?
- Sûrement. Vous imaginez le choc, juste avant son mariage ?
- Je la vois pas en meurtrière, et puis les remparts étaient fermés.
- Les galeries s'étendent sur des centaines de mètres, selon Marchal.
- Oui ? - Venez avec moi.
Donc si la carte de Marco Salieri est exacte,
les fondations de la maison des De Rohan rejoignent les remparts
au niveau de la tour des Bourguignons.
- La scène de crime.
- Exact. Ramenez-moi Charlotte.
- Très bien. - Merci.
- C'est ridicule ! Charlotte était avec moi lorsque Marco a été tué.
- Entre minuit et 2h ? Vous ne dormiez pas ?
- Votre fille a pu
gagner la cave sans vous réveiller.
Donc... vous n'avez pas d'alibi.
- Mlle de Rohan, suivez-moi.
- Maman !
- Vous pouvez l'aider en me donnant un coup de main.
- Pour faire quoi ?
- Juste vérifier une hypothèse.
Guidez-moi dans les galeries.
- D'accord.
...
- Je comprends pas pourquoi Marco m'aurait menti sur ses parents.
- Par peur de vous perdre,
vous, la jeune fille de bonne famille, intelligente, cultivée...
Lui, le fils de voleur, autodidacte...
- N'importe quoi !
J'aurais été séduite exactement de la même façon.
Je m'en fichais, de ses origines. Je l'aimais tellement !
J'aurais pas pu lui faire du mal.
Une cloche sonne.
Je l'aimais !
Vous comprenez ?
- Le capitaine Marchal est sur la ligne 3.
- OK. Euh... Excusez-moi.
Oui, Paul ?
- Les galeries mènent bien à la tour des Bourguignons :
à peine 10mn entre la maison et la scène de crime.
Marco ne vous avait pas parlé de ces galeries ?
- Ni à moi ni à Charlotte.
- OK, à plus tard. - La Brigade
avait déjà repéré les pièces. - Quoi ?
- Les collectionneurs photographient leurs pièces en cas de vol,
et l'expert les a reconnues. - Celui qui les a authentifiées ?
de Rohan il y a une semaine.
- Vous avez entendu ?
- Ca confirme mes doutes.
- Eh ben voilà.
- Votre fille est innocente et vous êtes la seule à pouvoir le prouver.
Je pense qu'il est temps de dire la vérité, maintenant.
Vous avez volé les documents de Marco, puis vous l'avez tué.
- J'ai pas voulu les jeter avant de tout vérifier.
- Vous avez vite compris qu'il mentait, vous l'aviez
déjà suivi en Italie après le coup de fil de l'expert.
- Ma voiture était en panne, j'ai emprunté celle de Charlotte.
Là-bas, j'ai compris que Marco se moquait de moi depuis le début,
sur sa découverte, et surtout sur sa famille.
- Vous n'avez pas voulu lui parler, alors ?
- Bien sûr que si. Je pouvais pas garder ça pour moi.
Je pouvais pas non plus en parler à ma fille.
Je voulais pas être celle qui lui apprendrait la vérité.
J'ai essayé de le convaincre de changer d'avis pour Charlotte.
- Et vous avez tenu
jusqu'à la veille du mariage.
Comment une médiéviste comme vous
a pu se faire avoir comme ça ?
- Marco savait se montrer convaincant.
Il m'avait montré les galeries, disait y avoir trouvé les pièces...
L'histoire était belle.
- Trop pour être vraie.
Et vous connaissiez la combinaison du coffre ?
- Oui.
Je l'avais vu la composer.
- Vous avez été manipulée.
Vous aviez déjà annoncé la découverte du trésor.
Vous alliez subir une sacrée humiliation à cause de lui.
- C'est pour ma fille que je suis allée m'expliquer avec lui.
- Vous aviez élaboré les énigmes et saviez où le trouver ce soir-là.
- Oui.
Sauf qu'il était ivre mort quand je suis arrivée.
Il m'a dit que je briserais la vie de Charlotte si je racontais tout.
De colère, je l'ai poussé, et puis..
Il a trébuché contre le parapet.
J'ai voulu le retenir,
mais l'armure l'alourdissait.
C'était un accident. - Votre fille l'aimait vraiment.
- Je voulais qu'il lui dise la vérité.
Elle méritait pas d'épouser un menteur.
Je voulais pas qu'elle connaisse à son tour les promesses,
les faux espoirs...
Et au final, l'abandon.
...
- Paul !
Les galeries
ont toutes été explorées et... Eh ben y a pas de trésor.
- Ah... . - Ca va aller, psychologiquement ?
- Je le savais. J'ai pas 12 ans.
Mais tu sais,
des historiens disent que le trésor des Templiers existe vraiment.
Il serait en Italie.
Précisément en Toscane. - D'accord.
- Tu vois le truc ?
- Non. - Toi, moi...
Un petit scooter... Deux verres de chianti et... Boup !
C'est vrai... - "Boup" ?
- C'est une jolie destination, pour fêter un Pacs.
- A quoi tu joues ?
- Je disais ça comme ça. Je plaisante.
- Ah ouais ? J'ai eu un doute, là, d'un coup.
- Mais non... Mais un petit resto,
pour commencer, c'est bien. - Super. Un petit resto.
Et on y va avec qui ?
Avec Alice et Thomas, parce que j'ai gagné le pari.
- Non, j'ai gagné le pari.
Demande à Inès. - Elle n'a pas intérêt à me mentir.
Elle n'osera pas. - OK. Laisse tomber. T'as gagné.
- C'est vilain. C'est pas beau, de mentir.
- Ca va, c'est la première fois...
Dis, ce soir, le resto ? Si t'as rien, moi, j'ai rien.
- Non, ce soir, je peux pas.
- C'est pas grave. Une autre fois, alors.
T'as quoi, ce soir ?
Le tonnerre gronde au loin.
- Euh... A demain.
A demain, Paul. Bonne soirée.
- Ouais.
...
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