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...
Petite musique triste de boîte à musique.
...
Une jeune femme pleure.
...
-Viens à moi.
Viens à moi.
Un ange gardien, une présence qui me réconforte,
une présence céleste descendue des sphères.
Quoi que tu sois, entends ma voix.
Viens à moi.
Paysage sonore hallucinatoire et inquiétant.
...
Langue fictive inspirée du dace ancien :
...
-Je le jure.
Gémissements.
...
Hurlement.
Musique frénétique.
...
Tocsin.
...
(Thomas.)
Thomas ?
-Qu'y a-t-il, amour ?
Qu'y a-t-il ?
-Rien. J'ai...
J'ai fait un rêve et... -Allons, viens.
Tu n'as aucune raison d'avoir peur.
-Notre lune de miel fut trop courte.
Retire tes chaussures.
-J'aimerais tant rester, amour.
Suis-je digne d'une épouse si aimante ?
Ellen, pas dans le lit, tout ce que je porte est couvert de poils.
-Greta est bien ici. Elle aussi veut que tu restes.
-C'est un jour important pour nous. -Une minute de plus.
-Il faut que je parte.
Au revoir.
-(La place lui est déjà acquise.)
(On l'enverra loin de moi.)
Agitation de la rue.
...
Musique intrigante au violon.
...
-Il vous attend depuis un quart d'heure.
-Je suis navré, monsieur.
Un homme rit aux éclats.
...
Pardonnez-moi, Herr Knock, pour ce retard.
-Ce contretemps est providentiel, mon garçon.
Entrez. Je prépare encore le dossier.
-Je vous remercie, monsieur, d'avoir songé à moi.
-Quand j'ai appris votre mariage,
j'ai reconnu la main de la providence.
Un nouvel époux a besoin de nouveaux émoluments.
-Vous êtes trop généreux.
-Permettez-moi de féliciter votre épouse.
-Merci, monsieur. -Elle est
véritablement magnifique.
Elle est... Elle est sans pareille.
On croirait voir...
une sylphide.
Il rit.
-Oui, je vous remercie. Et j'ai hâte de me mettre au travail
et de faire mes preuves pour intégrer votre cabinet.
-Tout à fait, tout à fait.
La providence.
Je tiens une correspondance
avec un comte étranger, une lignée issue de la haute noblesse,
fort ancienne et... excentrique.
Il souhaite acquérir une résidence ici, à Wisburg.
-Oui ? -Pour y finir ses jours.
Il a un pied dans la tombe.
Il rit.
-Je lui ferai découvrir nos plus belles demeures.
-J'ai décidé de proposer Grunewald, le manoir.
-Pardonnez-moi, mais ne s'agit-il pas d'une ruine ?
-Le comte a exigé une vieille demeure,
et paiera une somme conséquente. -J'irai le voir dès demain. A 9h ?
-Il y a une petite difficulté : il est trop infirme pour voyager.
Il faudra donc vous déplacer jusqu'à lui.
-Je vois.
-Le comte réside dans une petite contrée
à l'est de la Bohême,
perdue au milieu de la chaîne des Carpates.
-Oh.
-Ce sera une formidable aventure, mon garçon.
-En effet. Le comte ne veut-il pas signer l'acte une fois à Wisburg ?
-C'est trop urgent.
Il insiste pour que nous dépêchions un courtier... en chair et en os.
Et il vous récompensera, mon garçon, fort largement.
Concluez la transaction,
et vous serez assuré d'une place de choix dans notre cabinet.
-Je vous remercie, monsieur. Je ne vous décevrai pas.
Excusez-moi, le nom du comte m'échappe.
-Orlok.
Knock rit.
...
Grondement du tonnerre.
...
-Je devrai partir dès demain, car le voyage prend six semaines.
Mais Harding offre généreusement de t'héberger.
-Pourquoi as-tu fait mourir ces fleurs ?
-Pardon ? -Non, rien.
-Que veux-tu dire ? -Pardonne-moi.
-Mettons-les dans l'eau.
-Prolonger leur agonie ? Non, jette-les !
-Pardon ? -Je t'ai dit de les jeter !
-Mais...
-Tu ne dois pas partir.
-Que se passe-t-il ? -Je dois te raconter mon rêve.
-Ellen, on a écarté ces embarras. -Ecoute-moi !
-Oublie ces souvenirs d'enfance. -Non, écoute-moi.
J'ai vu notre mariage.
Il se tenait hors de la maison de Dieu.
Un immense et impénétrable nuage s'étendait par-delà les collines.
Les lilas répandaient leur parfum sous la pluie,
et lorsque j'arrivais à l'autel, tu n'étais pas là.
Et devant moi, tout habillée de noir, se tenait...
la mort.
Mais c'était un tel bonheur. J'éprouvais un tel bonheur.
Nous avons échangé nos serments, nous nous sommes embrassés,
et quand nous nous sommes retournés,
tout le monde était mort.
Père et...
et tout le monde.
L'odeur de leurs cadavres était horrible.
Et...
Mais je n'avais jamais connu un tel bonheur au moment...
où j'ai donné la main à la mort.
-Ne raconte jamais cela à quiconque. Jamais.
Ce n'est qu'un rêve aussi inepte que tes chimères d'enfant.
Rassure-toi.
-Cela présage un malheur effroyable pour nous.
-Ellen, à mon retour, je pourrai enfin nous acheter une résidence...
-Nous n'en avons aucun besoin. -Mais tu le mérites.
-Je ne veux pas que tu partes. Je t'aime trop !
Martèlement des sabots sur les pavés.
Rire aux éclats. -Je t'en prie,
cesse donc.
Enfin...
Cesse donc.
...
Cela remonte à nos années d'écoliers.
Thomas, la réserve de mon grand-père, de la meilleure.
-Ce n'est pas sérieux. -Faisons honneur à ton aventure.
-Merci.
-Je crois que je suis jaloux.
-C'est à moi de l'être. Tu as pris la suite de ton père avec brio.
-Les responsabilités sont très lourdes.
Difficile de se plaindre,
mais la demande en navires est telle que le chantier ne suit pas.
Et mes deux filles... Deux, Tom.
C'est vrai, je tiens à elles plus que tout au monde.
Et...
N'en parle pas à Ellen ou à Anna,
mais un troisième est déjà en chemin.
Mm, mm.
-Félicitations !
Je reconnais bien là le bouc en rut.
Il grogne.
-Je ne peux lui résister.
Et vous deux, les jeunes mariés ?
-Quand j'aurai de l'argent devant moi.
Friedrich, je pourrai bientôt te rendre l'argent que tu m'as prêté.
-Laissons là ce sujet.
-Et Friedrich... -Mm ?
-Prends soin de mon Ellen.
Elle ne voulait pas que je parte. -Même pour une si belle occasion ?
-Je crains le retour de la mélancolie qui la tourmentait.
-Surtout si son jeune époux ne réchauffe plus
sa couche. -Mes amours, il faut aller au lit.
-PAPA ! PAPA !
NON ! -Allons, écoutez votre mère.
-Il est l'heure, c'est ainsi. Venez.
-Voilà. -Non !
Il y a un monstre dans notre chambre !
Papa ! Papa ! Empêchez-la de me jeter au monstre !
Poignardez-le ! -Je pars à la chasse au monstre.
-C'est vous, le véritable enfant.
Bonsoir. -Bonsoir.
-Allez, au lit. -Restez avec nous, s'il vous plaît.
-Je resterai jusqu'à ce que vous dormiez.
-Pardonne-moi.
-Je ne laisserai plus ces chimères me troubler. Je les ai oubliées.
Je ne pense qu'à nous.
Gémissements langoureux.
...
Musique angoissante.
...
Rire diabolique.
...
Langue fictive inspirée du dace ancien.
Grognements et gémissements.
...
Rire.
Mon seigneur et maître, tout a été ordonné selon vos demandes.
Il sera bientôt soumis à votre emprise,
et je servirai vos intérêts ici,
au plus près de l'objet de votre contrat !
-Je suis fière de toi.
Je t'en prie, sois prudent. -Tu n'as que si peu foi en moi.
-Ma foi absolue voyage avec toi.
A la fin de chaque journée, tu m'écriras.
-Oui, je le promets.
N'oublie pas, c'est pour notre bonheur.
Je t'aime. -Je t'aime.
-Au revoir.
Tocsin.
...
Chants d'oiseaux.
Musique festive au loin.
...
Cris d'animaux de ferme.
Les occupants du lieu s'expriment en romani.
...
-Merci. Il répond en romani.
Il siffle un signal.
Cris d'enfants.
...
-Non, non.
Excusez-moi.
Ils mendient en romani.
...
Musique festive.
...
Tout le monde se met à rire à l'unisson.
...
-Pardonnez-moi, je ne reste qu'une nuit.
J'ai une audience au château Orlok.
Une femme crie en romani.
-Je suis à bout de forces. -Va-t'en !
-Je peux payer. Je peux payer le double.
Une porte grince.
...
Roumain.
...
Elle répète une invocation.
...
Hennissement.
Voix au loin.
...
Un chien aboie.
...
Le cheval hennit.
Aboiements.
...
Hurlement.
-Par la grâce
du Seigneur !
Chant du coq.
Il y a quelqu'un ?
Mon cheval !
Musique lancinante et inquiétante.
Cris de rapace.
...
Bourrasque de vent.
...
Grincement des planches du pont.
...
Martèlement de sabots.
...
Le martèlement devient assourdissant.
Hennissement.
Il a la respiration haletante.
...
Ambiance sonore stressante et angoissante.
Grognements féroces et aboiements.
Musique mystique et angoissante en crescendo, jouée aux violons.
...
La musique redescend en intensité, mais garde son côté oppressant.
...
Nouveau crescendo.
...
Souffle inquiétant.
Musique désormais intrigante par son côté calme et vibratoire.
...
Cliquetis de chaînes.
Voix caverneuse : -Vous êtes en retard.
Minuit a déjà sonné,
et mes serviteurs se sont retirés.
-Pardonnez-moi, comte.
On entend le souffle court du comte.
...
Les pas résonnent.
...
-Laissez là vos bagages.
Présentez l'acte et prenez place.
-Vous ne souhaitez pas attendre le matin ?
-Je souhaite vous voir faire ce que je requiers.
-Oui.
Bien sûr, monsieur.
-Seigneur !
-Pardon, monsieur ?
-Votre seigneur !
L'on s'adresse à moi avec le respect qu'exige mon sang.
-Oui, monseigneur.
Pardonnez-moi, monseigneur.
-Je vous en prie,
prenez place.
-Merci, monseigneur.
-Je suis fort impatient
de porter à mes yeux votre contrat,
et ma correspondance avec le propriétaire, Herr Knock.
Je les attends depuis longtemps.
-Bien sûr, monseigneur.
Le comte a une respiration sifflante et inquiétante.
Il verse une boisson.
Buvez.
Respiration sifflante.
...
-Je souhaite vous faire part, monseigneur,
de ma perplexité
face aux surprenantes coutumes des paysans
et des voyageurs forains.
Hier soir, j'ai vu, ou je crois avoir vu,
des Tsiganes qui sont entrés dans un petit bois de bouleaux
et ont entrepris...
-Nos contrées
perpétuent maintes superstitions
qui paraîtraient arriérées
à celui qui possède votre grande érudition.
Respiration.
-Cette troupe de Tsiganes a exhumé un cadavre.
-C'est leur rituel infâme.
-Quel peut être ce rituel ? -Ne l'évoquez
plus jamais !
J'ai la plus grande hâte
à m'établir dans votre ville aux conceptions modernes,
...
qui ne connaît ni n'admet rien de ces contes morbides.
...
Mangez.
Vous êtes marié, Herr Hutter ?
-Ah !
-Prenez garde.
Orlok pousse un long râle rauque.
-Ce n'est rien.
-Je peux apaiser votre blessure.
...
Venez près du feu,
vous semblez souffrant.
...
-Attendez-moi !
-Attention, les enfants, ne touchez à rien, c'est sale.
-Es-tu parfois envahie par l'impression que tu n'es...
que tu n'es pas une personne ?
-Eh bien, je... -Je veux dire
que tu n'es pas réellement présente ou en vie,
comme une poupée soumise aux caprices d'un être
qui aurait le pouvoir d'insuffler la vie,
de l'insuffler en toi, de te mouvoir à son gré.
-On peut tous se sentir d'une humeur inégale.
-Il ne s'agit pas de ça.
Une force va se manifester, si terrible, si grave
qu'elle dépasse notre entendement. -Oui, Dieu !
-Non, ma chère Anna, c'est...
Regarde le ciel, regarde la mer,
elle ne t'appelle jamais, ne t'exhorte jamais ?
Une présence va s'exprimer. -C'est ainsi qu'il apparaît :
une douce brise envoyée du ciel. -Le destin !
-Ma charmante romantique...
-Je ne suis pas folle. -Leni...
-Pardonne-moi. Tout ce que je dis semble tellement enfantin.
-Tu parles avec un coeur sincère.
-Mon coeur est égaré sans mon Thomas.
-Il y a quelqu'un ?
Monsieur le comte ?
...
La porte grince.
...
Oh !
Respiration rauque et sifflante.
...
-Et votre signature en qualité de notaire.
-Oui, c'est un oubli, monseigneur.
-La langue de mes ancêtres.
-Bien entendu.
-Le gage d'une jeune fille, je vois.
Votre épouse ?
-Tout à fait.
Oui.
-Puis-je ?
-Nous sommes mariés depuis peu.
Je lui ai écrit des lettres que je souhaite poster, si vous permettez.
-Qu'avez-vous dit, monseigneur ?
-La fortune vous sourit en amour.
-C'est la providence, comme le dirait Herr Knock.
-Votre signature.
Je vous prie
de consentir à me pardonner.
Je n'oserais négliger votre commission,
Herr Hutter.
...
Ah, nous voilà désormais voisins.
-Je mesure ce privilège, monseigneur.
Pardonnez ma curiosité,
mais pourquoi avoir choisi une demeure si ancienne ?
-Le covenant est signé.
-Bien entendu.
Je vous remercie et vous félicite pour cette acquisition.
-Il est tard.
Vous souhaitez sûrement vous retirer.
-Monseigneur, si vous permettez une certaine franchise,
je souhaiterais partir le plus vite qu'il conviendra,
ma tâche étant achevée.
Je suis persécuté par des rêves très inhabituels.
Sûrement une maladie.
-Voyager en mauvaise santé est de sombre augure.
Demeurez ici, et remettez-vous.
-Je proteste, monseigneur. -Vous obéirez, monsieur l'avoué.
-Mais... monseigneur...
Une porte grince et se ferme.
Comte ?
Vous avez mon médaillon !
...
Le vent souffle violemment.
...
Musique lancinante et oppressante.
...
Musique dissonante et endiablée.
...
Grognement bestial.
Aboiements féroces.
...
Chocs violents sur la porte.
Hurlements de loups.
Musique lancinante et angoissante.
...
Grognement.
...
Longues déglutitions.
...
Tic-tac de l'horloge.
...
-Ce sont des crises de somnambulisme.
Un trouble provoqué par une congestion du système sanguin.
Trop de sang.
Et il est possible...
Il est possible qu'elle ait été oppressée
en adoptant une posture inhabituelle.
-Mais elle a déjà souffert de crises similaires.
Les nerfs fragiles.
-Je vois. Si cela continue, faites-moi appeler,
mais ne vous alarmez pas, mon ami. -Oui, bien sûr.
-Qu'elle dorme avec son corset, cela améliore le maintien
et ranime la circulation. -Oui, parfait.
-Et si une crise s'aggrave, vous pouvez lui attacher les mains.
-Oh...
Oh, il vient à moi.
Il vient...
-J'administre plus d'éther.
Elle pousse de petits gémissements.
Respiration haletante.
Long soupir.
Halètements et grognements.
Grognement féroce.
Aboiements.
Thomas hurle.
-Aucune nouvelle de Thomas ? -Non.
Je n'ai aucune nouvelle de lui. -Même au chantier, à votre bureau ?
Et Herr, Knock ? -Toujours aucune trace de lui.
Ses affaires sont des plus confuses.
-Cet homme m'a toujours déplu. J'irai à son cabinet !
-Frau Hutter ! -Je ne peux attendre plus.
-Vous ne pouvez sortir sans être accompagnée !
Je suis profondément sensible à votre nature ardente.
Et je ne vous reprocherai pas une idée résultant de votre égarement.
J'enverrai quelqu'un tous les jours au cabinet d'Herr Knock.
Thomas va très bien, j'en suis convaincu.
-Leni, le soleil se couche. Il est temps de rentrer.
Leni ?
-Encore un bref instant, s'il te plaît.
-Ne soyez pas revêche. -N'encouragez pas ses divagations.
Toute la maisonnée est soumise à ses caprices.
Je suis las d'ergoter sur son cas. -Ce fardeau pèse sur moi aussi.
Je l'aime. Elle subit aussi sa maladie.
-Pardonnez-moi. Le docteur Sievers va revenir l'examiner,
mais de grâce, tâchons de parler d'autre chose.
Comment va notre jeune Friedrich ? -Eh bien, affamé, comme toujours.
Il tient de son père.
Friedrich, en public ?
-Je ne sais comment vous résister.
Hurlement. -Ellen !
...
Leni !
On entre.
-Un nouveau patient ?
-Oui, monsieur. On l'a enfermé en bas, monsieur.
-J'ai interdit l'usage des anciennes cellules !
-J'ai cru bien faire. -Ceci est un hôpital moderne,
pas une prison ! -Il a l'air d'un bon vieux,
mais je le jure, il fallait le voir, à se démener et hurler
sur le marché de l'Enfant-Christ.
Il avait tué trois brebis à mains nues !
Et il mangeait leur viande crue !
Crue !
Sanglots.
Les sanglots se transforment en rire dément.
...
Sanglots.
...
-Bonjour, mein Herr. Je suis le docteur Sievers.
Dites-moi ce qui vous préoccupe. -Mais rien.
Rire.
Rien.
La providence. La providence.
-Je vois.
Votre nom, s'il vous plaît ? Herr...
-Je ne suis personne.
Je suis son serviteur.
-Et... Qu'avez-vous là ?
-Des vies... offertes.
Je me les suis vu accorder par le seigneur et maître.
Voyez comme elle est belle.
Le seigneur et maître aime les plus belles.
Oui.
-Le seigneur et maître ?
-Il est l'infini.
Les yeux étincelants, tels les gemmes d'un diadème.
Et puis, la putrescence,
l'asphyxie.
-Allons, mon cher ami. Pourquoi avoir fait ça ?
C'est inutile.
Personne ne vous veut du mal, cher ami.
-Le... voilà... qui vient.
-Qui ?
Qui vient ?
-Celui qui m'a appelé, moi.
C'est moi qui fus choisi pour le servir,
car moi, je sais ce qu'il convoite.
Rire dément.
Et avec sa venue, s'abattront sur vous malédiction,
confusion, affliction et punition,
car vous m'avez délaissé, moi !
Et il règnera du haut de la montagne de vos cadavres vidés.
Dévoration.
Dévoration !
Sifflet.
Râles.
...
-Harding, aidez-moi !
...
-Ces attaques d'hystérie lui viennent à la tombée de la nuit
avec une régularité mécanique.
Cigare ? -Non, je vous remercie.
Je suis navré de vous l'apprendre, mais l'employeur de Herr Hutter,
Herr Knock, a été admis à l'hôpital ce matin.
-Pardon ?
Il a donné des nouvelles de Tom ? -Il est devenu fou.
-Comment cela ? -Non compos mentis.
C'est pas tout.
Le pauvre homme semble possédé d'une espèce de fureur mystique.
Il répète les mêmes paroles que Frau Hutter.
"Il vient."
-Quoi ?
Mais où es-tu ? Où diable es-tu donc, Thomas ?
-Oh !
Elle parle roumain.
...
-Il y a un spécialiste dont je veux vous parler : monsieur von Franz.
Un Suisse.
-Un Suisse ?
-Le professeur Albin Eberhard von Franz,
le seul qui pourra établir un diagnostic.
Un éminent médecin de Zurich, où j'ai étudié.
Mon meilleur professeur.
-Alors, écrivez-lui à Zurich. -Non, non. Il est ici,
à Wisburg.
-Ici ?
Dans notre ville ? Pourquoi n'avoir rien dit ?
-Eh bien... -C'est une excellente nouvelle !
-En vérité, il...
Von Franz est le meilleur dans son domaine,
un esprit prodigieux, mais... -Je paierai le prix.
-Non, vous vous méprenez. Il m'est devenu difficile de le recommander.
Il s'est vu chassé de l'université et a fui son pays, moqué.
-Quoi ? -L'avouer me chagrine,
mais il s'est pris d'obsession pour les travaux de Paracelse, Agrippa
et d'autres.
-Ce sont les bateaux, mon domaine, Sievers.
-L'alchimie,
la mystique,
l'occultisme.
Roumain.
...
-Orlok !
...
-Un mage noir, il était de son vivant, un solomonar.
...
-Le diable a préservé son âme
afin que son cadavre foule la Terre tel un monstre impie.
...
-Vous êtes égaré dans son ombre.
-Non ! Je dois partir, je l'ai promis à Ellen.
...
-Ne quittez pas ces lieux.
...
-Sa noirceur ne peut entrer ici. -Je suis venu ici vendre au comte
une demeure à Wisburg. -Non.
...
-Il ne peut partir. -Il est en chemin pour Wisburg.
-Non, il lui est imposé de rester sur la terre damnée
où son cadavre fut enterré.
-Non ! Son intention est de s'en prendre à Ellen !
Je le sais !
-Je n'ai pas failli, mon seigneur et maître !
Le présent qui vous revient est là !
La providence !
-La communauté scientifique a voulu prouver
que son travail l'a fait sombrer dans la folie.
Croyez-moi, le professeur est peut-être original,
mais il va découvrir la nature de son mal.
Vociférations.
Il frappe.
-Professeur von Franz ? -Laissez-moi tranquille !
-C'est votre ancien étudiant. -Du vent ! Disparaissez !
Il pousse la porte qui grince.
Miaulements.
-Mes excuses, professeur, je ne veux pas vous importuner.
Von Franz marmonne en latin.
-Professeur... -J'avais presque percé
la dernière énigme du Mysteriorum Libri Quinque.
-Je suis navré, professeur. -Non !
Peu importe, mes calculs astronomiques étaient erronés.
Hermès ne transmutera pas mon soufre noir en or cette nuit.
-Nous ne vous dérangerons pas plus.
Mieux vaut partir. -Un instant.
...
-Bonsoir, professeur.
...
-"Nolite dare sanctum canibus..."
-"Neque mittatis margaritas vestras ante porcos."
Mon jeune et cher Sievers !
Mes yeux de vieillard se jouent-ils de moi ?
Dans mes bras, mon garçon, quelle merveilleuse surprise !
C'est une intuition qui m'a attiré à Wisburg, il y a longtemps.
J'avais le sentiment qu'elle allait advenir sous peu.
J'ai bien l'impression que c'était vous !
Maintenant, dites-moi ce qui vous amène.
Ah oui, je vois.
Une amie très chère souffre d'un mal indéfinissable.
Une invitée ?
Non, une jeune femme frappée par de terribles crises de somnambulisme.
Vous avez l'air fatigué, mon ami.
Schnaps ?
-Attendez ! Vous n'êtes pas remis !
Grincements du navire.
On frappe. -Da !
-Détachez cette enfant immédiatement !
-Elle aurait mis la chambre en pièces.
-Détachez-la !
-Vous êtes le médecin dont Sievers a parlé ?
-Elle est droguée ? -Par un opiacé.
Son agitation nocturne est délétère.
-Sa conscience ne doit pas être voilée ! Ecartez-vous !
Oui, ma chère enfant, je suis ici pour vous venir en aide.
Elle est à vous ?
-Greta ?
Elle n'a ni maître, ni maîtresse. -Tout à fait.
Veuillez m'excuser, mais je dois commencer ma consultation
sans perdre plus de temps.
Voyez-vous, vous éveillez en moi une profonde curiosité.
Le Dr Sievers dit que vous souffrez de ces crises depuis l'enfance.
Décrivez-moi ces épisodes, s'il vous plaît.
-Je ne m'en rappelle pas toujours.
C'est comme si mon esprit se perdait au loin.
-Dites-moi ce que vous pouvez, depuis les prémices.
-Ces moments étaient parfois... Ils sont tels un rêve.
Et je sais des choses.
Je savais quel cadeau je recevrais à Noël,
je savais quand ma mère allait mourir.
Mon père me retrouvait parfois dans la forêt,
comme si j'étais sa petite créature échangée
par les fées. -Je vois.
-Mais en grandissant, cela a empiré, je lui faisais peur.
A mon toucher... Et je me sentais si seule,
je voulais un soutien qui apaise ma souffrance.
Alors, une présence et...
les cauchemars,
l'épilepsie et...
-S'il vous plaît, continuez.
-Enfin, papa me trouva par terre, allongée, dévêtue.
Je m'étais...
exposée.
Ma chair, mon corps révélés...
"Souillon ! Souillon !" dit-il.
J'ai su où il voulait m'envoyer. "Je ne veux pas."
-Non, non.
-Tout est passé lorsque j'ai rencontré mon Thomas.
L'amour qu'il me porte m'a rendue normale.
-Mais ces visions et cette agitation vous ont reprise.
-Je crains terriblement pour lui.
Professeur, mes rêves deviennent noirs.
Le mal prend-il source en nous, ou vient-il
d'un au-delà ?
-La transe a commencé.
Elle émet un râle guttural.
Vous avez pratiqué une saignée pour soulager la congestion ?
-Bien sûr.
-Et ces menstrues sont... -Généreuses.
-Trop de sang. Trop de sang.
Approchez la chandelle.
...
La pupille est dilatée. Elle ne se contracte plus à la lumière.
-Impossible. -La double vue.
Elle n'est plus ici. Ma sacoche.
Veuillez pardonner l'excès grotesque de la démonstration...
L'aiguille.
Mais avant d'aller plus loin, je me dois de vous prouver
que cette tendre enfant n'est plus avec nous.
-Professeur, je proteste ! -Retenez vos protestations,
et observez qu'elle ne sent rien.
Elle est en communion avec un autre monde.
Sievers, soignez la plaie.
Très bien.
Entendez-vous ma voix, mon enfant ?
Dites-moi ce que vous voyez.
Je vous l'ordonne, dites-moi ce que vous voyez !
-La nuit éternelle...
Un spectre de mort...
Lui.
Il répand son ombre.
Et... Et il vient... -Qui vient ?
Qui vient à vous, mon enfant ? Bon sang, parlez !
Invite-toi face à ce talisman !
-Professeur ! -Je ne lui ferai aucun mal !
...
Je te commande ! Entends le son de ma voix !
Par la protection que nous offrent Samuel, Haniel et Zadkiel,
fais-moi connaître ta parole !
Au nom d'Eligos, Orobas et Asmodée,
fais-moi connaître ta parole !
-Je serai chaque nuit dans ton sommeil, puis dans tes bras.
L'abomination
sera partout et vous nagerez dans le sang.
L'humanité pleurera, sans personne pour enterrer les cadavres.
C'est à moi que tu es destinée ! -Elle parle
de son mari !
-Aidez-moi ! Aidez-moi !
-C'est ce que je redoutais.
-Mais encore ? -Comment, vous ne comprenez pas ?
-Comprendre quoi ? -Qu'elle est possédée.
-Possédée ? -Oui !
Cette innocente créature est sous l'emprise d'un puissant esprit.
Peut-être d'un démon. -Vous avez dit démon ?
-Il s'agit d'une hyperbole.
-Non ! Il s'agit d'un démon ! -Soyons sérieux.
-Et vos travaux sur les pathologies hallucinatoires ?
-Aucun rapport. -Nul ne perçoit de tels phénomènes.
-Et pourquoi Ellen ?
-Les démons obsèdent plus aisément
les individus dominés par les fonctions animales inférieures.
Ils en font souvent leurs proies.
-Sans vous contredire,
j'ai souvent soigné des patientes nerveuses en proie à des mirages.
-Ici, point de mirages.
Je pense qu'elle a toujours été réceptive à ces forces cosmiques.
Votre aliéné est peut-être comme elle.
-Vous supputez un lien entre les deux ?
-Voilà toute la question. -Oh, c'est formidable.
-Elle est choquée de la disparition de Tom.
-Non !
Ce maléfice, sa véritable nature,
la manière dont il a été invité et déchaîné, je ne le sais pas.
Mais cette enfant étonnante, qui subit son emprise,
affronte un péril mortifère.
Je dois reprendre mes recherches.
Frau Harding,
restez avec elle, observez-la, rapportez-nous son comportement.
Sievers, je ne veux plus d'éther. -Elle va délirer toute la nuit.
-Qu'elle délire, laissons-la.
Une terrible tempête approche.
Musique angoissante.
...
Cris des rats.
Hurlement.
...
-Aidez-moi !
Aidez-moi !
Il pousse des hurlements. -Attendez.
Je vous relève.
Ca va aller.
Attendez. Attendez.
Voilà. Voilà. Ca va aller. -Ecoutez.
-Comment ? -Ecoutez.
Coup. -Oh !
Le seigneur est arrivé.
Il est venu ! Cris d'agonie.
Rire diabolique.
Il est ici ! Il est ici !
Le seigneur est ici !
Le sang est la vie !
...
-Il est ici !
-Ellen !
...
Hennissement.
-Thomas !
Thomas !
-Il ne t'a pas trouvée.
Je pensais ne jamais te revoir.
-Tendre amour.
-Tu avais raison.
Il...
Il a ton médaillon.
-Thomas.
Thomas ! Clochette.
-Quoi encore ? Hartmann, la porte ! -Oui, monsieur.
-Thomas !
-Papa ! Papa ! -Papa !
On frappe violemment à la porte.
-Que se passe-t-il ? Il est au moins 3 heures du matin !
Une cloche retentit.
...
Oh, mon Dieu !
-La peste. Le navire est pestiféré.
Cris des rats.
-Bon sang ! Prévenez l'administration du port !
Faites venir le docteur Sievers. -Oui, monsieur.
Rire diabolique.
-Nous y sommes, seigneur et maître.
Nous y sommes.
...
Souffle rauque d'Orlok.
-Le courtier est en vie.
-Je vais tordre le cou au jeune marié, monseigneur.
-Il m'est utile.
-Je vous en supplie !
Instruisez-moi.
Ordonnez-moi.
Utilisez-moi.
...
Je déposerai à vos pieds votre charmante possession.
-Le covenant exige
qu'elle prononce à nouveau ses voeux de son plein gré.
Elle ne peut être volée.
-Je vous en prie, monseigneur,
laissez-moi vous aider.
-Silence, chien !
Tes suppliques frisent l'insolence.
Tu n'exigeras rien de moi.
-Monseigneur !
-L'aube est proche.
Bientôt, les cloches de l'aurore
sonneront le désespoir de ma venue.
Inspiration profonde et sifflante.
Et moi, je me délecterai de toi.
Cloche.
...
Carillon d'horloge.
...
-Comment est-il ? -Je crains
qu'il ne subisse les mêmes souffrances que moi.
Pardonne-moi tout ce que je vous ai imposé.
-Je me réjouis de retrouver l'amie que je connais.
Le professeur Franz
avait sûrement tort.
Peut-être souffrais-tu de l'absence de Thomas et aussi de ta...
-Ma mélancolie ?
Thomas a vu là-bas
une chose effroyable. Le professeur pourrait sûrement...
-Non ! Ses idées sont choquantes.
-Le professeur a dit : un démon. -Je t'en prie.
Pense aux enfants.
Noël approche.
Pourquoi t'obstines-tu à rester si contrariante ?
-Car c'est moi qui vois clair.
-Sievers, j'ai demandé à parler à votre aliéné, pas à un mort.
-J'implore votre patience, ce cas est une énigme.
Il présente les signes d'une corruption du sang :
septicité, écoulements oculaires,
et même des morsures de rongeurs visibles ici et là.
Je crains que ce naufrage n'ait apporté la peste à Wisburg.
Le plus déconcertant, c'est que la dépouille est vide de sang.
Regardez ces curieuses blessures.
La vermine de nos canaux peut être plus grosse que le Léviathan,
mais, professeur, quel rat a de telles mâchoires ?
-Que les anges et les démons nous protègent.
Où est votre aliéné ? Je dois lui parler au plus vite.
-On vous a pas dit, docteur ?
-Non. -Herr Knock a réussi à s'échapper.
-Quoi ? -Hier.
Il a tué le gardien de nuit. -Il faut retrouver cet homme !
Mon brave, ramenez-moi.
Sievers, allez chercher Harding et venez ce soir chez moi.
C'est pire que la peste !
Il prononce des incantations dans sa langue ancestrale.
...
Pleurs de bébé.
...
Cris affolés d'enfants.
...
Thomas pousse des gémissements.
-Il est sur moi.
Non, laissez-moi !
-Thomas.
Je peux pas respirer.
Non !
-Restez avec nous, s'il vous plaît, maman.
-Je ne laisserai rien vous arriver. Aucun monstre ne vous fera du mal.
Maintenant, embrassez-moi et dites vos prières.
Musique douce de boîte à musique.
...
-IL FAUT MAINTENANT ALLER DORMIR.
PUISSES-TU, SEIGNEUR...
...
-Anna ? -Ah !
Tu m'as fait peur. -Pardonne-moi.
Friedrich est-il revenu ?
-Non, non.
Pourquoi es-tu levée, ma tendre amie ?
-Puis-je dormir avec toi, cette nuit ?
-Notre amitié est comme un baume précieux à mon coeur.
Pardonne les reproches de tantôt.
-Merci de vouloir m'aimer.
-Tu peux le garder, si tu le souhaites.
Dieu est avec nous, Leni.
-Je refuse de croire à vos histoires de fantômes.
-Non, nous ne parlons pas d'un fantôme.
Il se manifeste concrètement, et avec les intentions
les plus ignobles. -Et quelles sont-elles ?
-Comme tous les fléaux,
il veut dévorer la vie sous toutes ses formes.
Cette créature est plus puissante que le mal.
C'est la mort incarnée !
-Je ne dors plus depuis des jours.
Ma maison vit dans le chaos,
et on me convoque à nouveau dans cette masure délabrée !
Et pourquoi ?
Vous prétendez croire à ce folklore moyenâgeux ?!
-Je ne crois rien, je sais !
Ce que j'ai vu des réalités de notre monde
aurait forcé Isaac Newton à regagner le ventre de sa mère.
Nous voulons croire que nous sommes éclairés
quand nous sommes éblouis par les lumières de la science !
J'ai affronté le diable, comme Jacob a affronté l'ange à Peniel.
Et pour espérer triompher de ténèbres si féroces,
il faut d'abord admettre qu'elles existent.
Meine Herren,
nous faisons face au non-mort, l'annonciateur de la pestilence.
Le vampire.
Nosferatu.
...
-Vous.
C'est vous que j'ai senti ramper tel un serpent dans mon corps.
-Ce n'est pas moi,
c'est ta nature.
-Non ! Non, j'aime Thomas.
-L'amour est inférieur à toi.
Je te l'ai dit, tu n'es pas du genre humain.
-Vous êtes vil
de le prétendre. -Je suis en appétit,
rien de plus.
Respiration rauque.
Au long des siècles, bête immonde,
je reposais dans la fosse noire.
Mais tu me réveillas, enchanteresse,
et m'arrachas à ma tombe.
Tu es mon supplice.
-Je n'ai que faire de vos supplices.
-Et pourtant, le destin nous unit.
Ton époux a signé de son nom le covenant
qui te lie à ma personne pour une simple bourse d'or.
-Mensonge ! -Il a abjuré le serment nuptial.
-Vous ne savez rien de lui !
-Sa dissolution ne peut être achevée que par toi, seulement
de ton plein gré. -Vous n'êtes que mensonge.
-C'est toi qui te mens.
-Je n'étais qu'une enfant innocente.
-Tu pensais ne jamais me revoir,
que jamais je ne reviendrais ?
Ta passion n'appartient qu'à moi.
-Vous ne pouvez aimer.
-Cela est la vérité.
Mais je ne peux me rassasier que de toi.
Te souviens-tu de ce que nous fûmes un moment ?
Te souviens-tu ?
-Je vous abhorre.
-Ah, tu es fausse !
Tu souhaites que je fasse, moi aussi, preuve d'inimitié ?
Alors, je te laisse trois nuits.
Cette nuit fut la première.
Cette nuit, tu as nié ta nature, et par ton refus,
tu endureras que je tarisse la vie de tous ceux que tu aimes.
-J'ai nié ma nature ? Vous prenez plaisir à me torturer.
-La troisième nuit, tu te soumettras
ou l'homme que tu dis être ton mari
périra par ma main.
-Non !
-Tant que tu ne m'auras pas invité,
sous tes yeux, le monde sombrera dans le néant.
-Non ! Hurlement.
Anna pousse des gémissements.
...
-Tenez-la !
-J'ai jamais vu ça ! Ca se répand plus vite qu'un feu de forêt.
-N'admettez plus aucun patient. La contagion est trop rapide.
J'ai demandé la quarantaine. Il faut isoler la ville.
-On trouvera de la place. C'est le jugement dernier qui frappe.
Ayez pitié. -On doit garder notre calme
et affronter l'épidémie.
-Une ombre m'écrase.
Mon pauvre corps se noie.
Se noie.
Une puanteur de viande pourrie.
Je suffoque.
Je...
Je suis si faible.
Elle rit.
Le petit Friedrich est si fort.
Il a faim. Il m'épuise.
Puis-je... Puis-je voir les filles ?
J'aimerais les rassurer.
-Ne vous en faites pas, mon aimée. Tout va aller pour le mieux.
-Je ne me reconnais pas.
Ellen,
dis-moi...
Dis-moi quelle est cette épouvantable noirceur.
Cri de souffrance.
Respiration forte et suffocante.
...
-Herr Harding, entendez-moi, quelque chose nous menace.
Une ombre, une créature infernale. -Ellen.
-Je vous en prie ! Le professeur a raison, à propos du démon.
-Frau Hutter, pardonnez-moi, mais vous et Thomas,
vous devez retourner chez vous. -Pardon ?
-C'est pour votre bien.
-Mais ayez pitié, Thomas est très diminué.
-Je ne sais pas ce que je peux... Je vais prier pour Tom.
Je vous aime tous les deux. -Et Anna ?
Ne voyez-vous pas son état ? -Cela ne vous concerne pas.
-Friedrich, écoutez-moi. Un danger terrible nous guette.
Je me jette à vos pieds. -Frau Hutter, enfin !
-Pourquoi un tel ressentiment ?
-Comment osez-vous employer un ton si peu amène ?
-Vous ne m'avez jamais aimée. -Restez à votre place.
-Je n'accepte pas
votre prétendue supériorité ! -Je n'échangerai pas des critiques.
-Ecoutez-moi !
-J'ai tout fait pour vous aider durant ces longs mois !
-Vous m'avez ligotée.
-Tâchez de trouver la dignité de respecter celui qui vous a reçue.
-Etes-vous vraiment aussi bête
et aussi cruel ?
-Hartmann va faire venir une voiture.
A mes dépens, bien sûr.
Et par égard pour votre mari, essayez d'apprendre la déférence.
-Anna va mourir.
Vous allez mourir.
Nous allons tous mourir !
-Pourquoi avoir attendu pour m'en informer ?
-Je suis un imbécile. C'est Herr Knock.
Il mange des créatures vivantes, c'est forcément lui.
-Il ne peut pas être Nosferatu, mais il faut le retrouver,
car il a conclu un pacte avec cette ombre.
Fouillez partout !
Soulevons le tapis.
Les solomonari.
Et leur codex des secrets.
-Sortez vos morts !
Pleurs et cris désespérés de la population.
-Je vis la bête monter de la mer.
Et le dragon lui donna la force et l'autorité
de dire des prodiges et des blasphèmes.
Et la bête avait la forme d'un léopard,
les pattes d'un ours,
la gueule d'un lion !
Une bête avec sept têtes et dix cornes !
Et sur ses cornes, dix diadèmes !
Et sur ses têtes, des noms de blasphèmes !
-Poussez-vous ! Laissez passer ! -Nous sommes maudits !
...
-Notre somnambule et son mari courent
un danger indescriptible. Je dois les voir.
-Ils sont partis à ma demande.
Comment tuer cette perversion ? -Je ne sais pas.
Vous les avez renvoyés chez eux ? -Oui, en effet.
Vous ne savez pas !
-C'est exact. Je n'ai pas de réponse.
Je n'ai jamais été confronté à Nosferatu.
-Il ne sait pas.
Toutes vos belles leçons ne sont
que régurgitations de vos maudits livres !
-Les moyens pour le repousser et le détruire varient
d'une région à l'autre, et leur efficacité reste inconnue.
Mais un fait revient toujours et m'intéresse fortement.
-Dites. -Selon les témoignages,
le Nosferatu est obligé de retourner à la terre
dans laquelle il a été inhumé avant le premier chant du coq.
-Il doit dormir dans sa tombe le jour ? Que se passe-t-il, sinon ?
-Ceci, mon cher Sievers, est toute la question.
Harding rit. -Oh, mon Dieu !
Mon Dieu !
...
Je m'effondre !
Mes forces m'abandonnent ! Allez-vous-en !
-Harding ! -Partez tous les deux !
-Allons, Friedrich ! -C'est la peste et pas un esprit,
qui nous menace, une vraie épidémie qui fait mourir de vrais gens !
-Bon sang ! -Dehors !
-Je suis désolé.
-Frau Hutter est folle. Elle devrait être enfermée.
Ma chère Anna a été mordue par la vermine.
Par des rats.
Rien de plus.
Demain, nous quitterons Wisburg.
-Et la quarantaine ?
-Je refuse que vos délires coûtent la vie à Anna !
-Nosferatu s'est abreuvé du sang de votre femme.
Et il reviendra terminer
son oeuvre.
-Allez-vous-en.
Musique dramatique.
...
-Oh, Thomas...
-Ellen, mon amour.
Il faut partir.
Il faut partir de cette ville.
Tu es en danger. Tu le sais. -Il est impossible de fuir !
-Il le faut.
-Je dois d'abord te parler d'une chose si horrible, si abjecte...
-Rien de ce que tu diras ne peut me troubler, car le diable existe,
je peux en témoigner. Et...
C'est au-dessus de mes forces.
Il est venu à Wisburg pour toi. -Je le sais, oui.
-Quoi ?
-Je le connais.
-Tu le connais ?
-Je nous ai infligé ce maléfice.
Jamais je n'ai partagé mon secret avec quiconque.
J'avais besoin de compagnie.
J'avais besoin...
de tendresse et... et j'ai appelé. -Que veux-tu dire ?
-Ce fut d'abord un immense bonheur. -Ellen.
-Mais c'est devenu une torture. J'ai cru en mourir.
Ce fut toi qui me donnais la force de me libérer de mon infamie.
Ce fut toi.
-Qu'es-tu en train de dire ? -Ne comprends-tu pas ?
-Aide-moi à comprendre.
-Il est mon infamie, ma mélancolie. J'étais son amante !
Mais il a découvert notre mariage et il est revenu !
-Impossible !
-Il me poursuit dans mon sommeil toutes les nuits !
-Ellen ! -Non !
Je ne dois pas être touchée !
Tu as arrêté de m'écrire.
-Quoi ?
-Tu devais m'écrire tous les jours. Tu ne pensais plus à moi ?
-Si.
-Mensonge.
-Après ce que tu m'as confessé... -Il m'a tout dit de toi.
Il m'a dit combien tu as été bête et craintif, et comme un enfant.
Et comment tu es tombé en pâmoison devant lui.
-Ellen... -Tu m'as vendue pour un peu d'or.
-Non. -Notre amour était sacré !
-Je t'en prie... -Où sont ces merveilles ?
Ta maison, ta promotion, ton argent !
Où est tout ce que tu trouves si précieux ?
As-tu payé tes dettes à Harding en amenant la peste qui infecte Anna ?
-Je suis parti pour nous. -Pourquoi ?
Pour ces objets ? -Pour toi !
-Ca n'a plus d'importance ! Tu ne le vois pas ?
Nous n'aurions jamais dû nous marier ! Nous sommes déjà morts !
-Ellen, je t'en prie ! Je t'en prie !
Ellen...
Cris aigus incontrôlés.
...
Râle rauque et grinçant.
...
Ellen !
...
Je vais envoyer
chercher le docteur Sievers. -Non !
Non ! Pas ça.
Pas ça. Je vais être sage. Je vais être sage, je promets.
Je promets.
Jamais tu ne me satisferas comme lui.
Qu'il voie !
Qu'il voie notre amour !
Ellen rit d'un rire d'enfant.
Sans toi, je vais devenir un démon !
-Ellen ! Ellen !
Ellen, c'est moi ! Ellen !
Ellen ! Je t'aime ! Je t'aime !
Tu es protégée avec moi ! C'est moi ! C'est moi !
Sanglots.
-Ne m'approche pas ! Je suis souillée !
-Jamais !
Jamais !
-Il te tuera si je n'obéis pas. Nous serons séparés à jamais.
Et tout ne sera que désespoir. -Non. Je vais le tuer.
Je vais le tuer, je te le promets.
Il ne te fera plus jamais de mal.
Jamais.
-Enfin.
"Et ainsi, la blanche jeune fille
"offrit son amour à la bête
"et s'allongea auprès de lui en une étreinte puissante
"jusqu'au premier chant du coq.
"Par son sacrifice, elle brisa la malédiction
"et les libéra de la pestilence de Nosferatu."
C'est elle, l'espoir.
Cri des petites filles.
-Friedrich !
Friedrich !
Hurlements et pleurs.
Friedrich, réveillez-vous !
...
Grognement féroce.
Aucun son.
Grognement.
...
-Je ne peux plus pleurer, mes larmes se sont taries.
-Venez, il faut lui parler. -Attendons encore un peu.
Sa douleur est trop grande. -Puis-je ?
D'autres seront emportés. Elle attendait un enfant.
-Je le sais.
-La faucheuse nous frappe avec la plus aveugle des cruautés.
-J'ai des choses à vous dire. -Je dois vous parler aussi.
-Chassez d'ici ce misérable scélérat !
Votre esprit malade
a provoqué notre ruine ! -Arrêtez !
-Non, c'est ma faute. -Ca ne te concerne pas.
-Votre simple présence... -Tu dois nous écouter.
-...insulte ma douleur ! -Ces cauchemars existent !
Ils existent !
-Il n'a aucun symptôme d'infection.
-Les soeurs m'ont guéri par leurs prières,
mais je crains encore son emprise. -Ayez foi en Dieu, et en vous.
De la gueule des loups, vous avez triomphé.
-Harding.
-Pardonnez-moi, je ne me sens pas bien.
Je vous en prie, pardonnez-moi.
Ma raison ne se résout pas à accepter... à accepter...
-Mon ami, soyez fort. -Le cercueil d'Orlok est
au manoir de Grunewald. -Oui.
-Ce soir, nous détruisons la bête. -Je viens avec vous.
-Non, tu dois rester à l'abri. -Retrouvons-nous chez Harding,
et nous irons au manoir. -Il faut être prêts.
-Nous sanctifierons le lieu où il repose et détruirons le sarcophage.
Il n'aura plus de sanctuaire pour s'abriter au chant du coq.
-Et son corps ?
-Je lui plongerai un pieu de fer en pleine poitrine.
-Et si cela ne suffit pas ? -Il le faut.
-Professeur, laissez-moi vous accompagner à votre porte.
Je le sais, ce ne peut être que moi seule.
-Je ne suis qu'un amateur éclairé du monde de l'occulte.
Vous, vous y êtes née. C'est une chance rare.
-Son empire sur moi est si puissant, si terrible.
Mais mon âme ne peut être aussi noire que la sienne.
-Il faut connaître le mal pour pouvoir le détruire.
Il faut donc découvrir où il se cache en nous,
et enfin, le crucifier, ou nous ne trouverons jamais le salut.
-Nul besoin de salut, je n'ai nui à personne,
j'ai juste suivi ma nature. -Continuez à l'écouter.
Je crains fort
que Nosferatu ne puisse être terrassé par nos pieux de fer.
Et je suis convaincu que vous seule avez la capacité de nous sauver.
-Ellen, il faut nous hâter !
-En des temps lointains,
vous auriez pu être une grande prêtresse d'Isis.
Mais en ces temps modernes et bien étranges,
plus important encore
est votre rôle : c'est vous, notre salut.
-Merci.
-J'occuperai votre mari ce soir.
Confortez-le. Qu'il ait toute sa vigueur pour cette fausse chasse.
...
-Tu vas mettre fin à ce malheur.
Promets de ne revenir que lorsqu'il ne sera plus.
Promets-moi de ne pas revenir... -Je te le promets.
-Il n'aura jamais aucun pouvoir sur toi.
Ma confiance et ma foi sont à toi.
Je t'aime.
-Ne crains rien.
...
-Adieu.
-Il n'est pas là ? -M. Harding est sorti.
-Où a-t-il pu aller ? -Son chagrin doit peser lourd.
Attendons. Nous avons du temps avant la nuit.
-Non, il faut absolument le retrouver.
Il est au plus mal. Je crains pour lui.
Harding !
-Harding !
Friedrich !
...
-Clara.
Louise.
Mes filles.
Anna.
Ton lit est si noir.
Si étroit.
Anna, ma tendre aimée...
Notre fils.
Notre petit enfant.
Pardonnez-moi.
Jamais plus je ne dormirai.
Jamais plus !
...
Qu'ainsi, ta douce étreinte toujours me tienne en extase,
loin des profondeurs éternelles du sommeil.
...
-Friedrich !
Mon Dieu !
-Il est trop tard. Il faut brûler leurs corps infectés.
Les flammes vont les sanctifier.
-C'est au-delà de ce que je peux supporter.
De grâce, ne nous arrêtons pas.
-Orlok doit être déjà éveillé. Il faut rentrer chez nous.
-Je ne veux pas attendre demain. -C'est fort sage, mon ami.
-Son emprise devient plus forte.
-Que Dieu ait pitié de leur âme.
-Au nom de Jéhovah,
et par le pouvoir et la dignité de ses trois noms,
Tetragrammaton, Anexhexeton et Primematum, sois banni,
ô toi qui refuses sa loi, Nosferatu, dans le lac de feu
où tu demeureras jusqu'au Jour du jugement,
oublié, loin du visage de Dieu, qui viendra juger les vivants,
les morts et le monde par le feu.
Musique frénétique soutenue par un choeur incantatoire.
...
-Il y a une chapelle de l'autre côté de la cour.
-Hâtez-vous.
...
-Je suis prête.
Je t'invite.
Viens à moi.
-C'est ici.
Cris de rats.
...
-Oh, mon Dieu !
-Par le ciel !
Avancez, Thomas.
Libérez le corps du démon.
...
-Thomas, non !
Herr Knock !
-Je...
lui avais abandonné mon âme.
Je devais devenir le prince des rats, immortel.
Mais il ne se soucie que de sa belle promise.
-Ellen. -Elle est sienne.
-C'est monstrueux. -Frappez encore.
Je ne suis plus que blasphème. -Meurs,
rejeton difforme
de l'enfer !
Il faut tout brûler. -Il va s'en prendre à Ellen !
-Nous devons détruire son refuge !
Pas de sanctuaire ! -On a trop attendu.
Il poursuit Ellen ! -Ce doit être elle !
Il ne peut résister à son sort. -Vous avez perdu la raison !
-Vous saviez qu'Orlok ne serait pas là. Vous le saviez !
-Ellen l'a voulu ! -Ce n'est pas moral !
-Dieu se moque de notre morale.
Il rit.
En vain ! En vain ! Vous courez en vain !
Nul ne court plus vite que le destin !
Le noir lien qui l'unit à la bête va racheter nos péchés,
lorsque la lumière pure du soleil fera naître l'aurore.
Rédemption !
Le fléau sera vaincu !
Rédemption !
...
-J'accepte.
-Oui.
Respiration sifflante.
...
-Mm.
Mmm.
...
La respiration d'Orlok s'accélère.
...
Elle gémit de plaisir.
...
Encore.
Elle gémit.
Il déglutit.
Chant du coq.
...
Hurlement.
...
-Ellen.
Tocsin.
Respiration lente et suffocante.
...
Tocsin.
...
-Pardonnez-nous.
"Et ainsi,
"la blanche jeune fille offrit son amour à la bête
"et s'allongea auprès de lui en une étreinte puissante
"jusqu'au premier chant du coq.
"Par son sacrifice,
"elle brisa la malédiction
"et les libéra de la pestilence de Nosferatu."
...
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