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...
Elle pousse un cri.
...
Elle crie.
...
- Tom, c'est juste un test d'orientation. Stop !
- Je suis un loyal empathique.
70 % intuitif, 65 % extraverti.
J'y comprends rien.
Personne ne voudra d'une tache comme moi !
- Au moins, tu seras pas conseiller d'orientation.
Elle rit. - Cet enfoiré !
Selon lui, j'ai pas le niveau pour une prépa
et je manque d'autonomie pour la fac.
Donc il me reste un BTS hôtellerie. - Bah c'est cool, ça.
- Devenir majordome ?!
- Tom, aujourd'hui, on choisit pas un métier pour toute la vie.
Tu dois t'adapter et être multifonction.
- Parle pour toi.
Si encore j'avais un rêve où je pourrais me battre.
Mais je sais même pas ce que je veux faire.
- T'en as parlé aux parents ?
Ils pourraient t'aider à trouver un stage.
Elle compose un numéro.
Ca sonne.
Répondeur. Papa, c'est moi.
J'ai vu le mec de l'orientation.
Bonne nouvelle : quand maman et Alice,
l'an prochain, partiront à l'autre bout de la France, tu auras un fils
en BTS chômage.
Bonne journée.
...
- Bonjour, Jean-Marc. C'est où ? - Là-haut.
- Merci.
Bonjour.
Bonjour, Thierry. - Bonjour.
- Bonjour, Camille.
- Bonjour. - Qu'est-ce qu'on a ?
- Isabelle Prioux, 37 ans,
prof d'escalade et bénévole pour les services sociaux.
- Les deux sont liés ?
- Oui. Elle s'occupait d'ados en échec scolaire.
Elle est morte sur le coup. On a trouvé son téléphone,
mais il est HS.
- Comment je vous rejoins ? - Il y a un accès, là.
- La chute a été fatale. Elle avait le niveau pour la paroi ?
- Oui, d'après son compagnon, Pierre Grassi, qui tient une buvette,
elle serait jamais montée sans être "encordée".
- Ca signifie "attachée à la paroi". Et si elle était encordée,
son pontet aurait dû la retenir. - Son "pontet" ?
- C'est un anneau dans lequel on passe la corde. C'est une sécurité.
Regardez, c'est ça.
- On dirait qu'il a été décousu.
- Ce n'est pas normal puisque les grimpeurs vérifient leur matériel.
- Désolé, M. Grassi.
On m'a dit que les ados dont elle s'occupait étaient un peu...
difficiles.
- Ces gosses, personne n'en veut.
Echec scolaire et tout ce qui va avec.
Isabelle les avait pris en main, et ça se passait bien.
Ils sont pas méchants.
- Vous... Vous grimpez, vous aussi ?
- Depuis plus de 15 ans, avec Isabelle.
- Isabelle grimpait souvent toute seule ?
- D'habitude, on grimpe en cordée classique par deux.
Mais là, c'était différent.
- Pourquoi ?
- Elle allait déposer un bouquet sur la paroi.
Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la mort de David,
un ancien compagnon de grimpe.
- Un bouquet... Il est mort au même endroit ?
- Il y a 5 ans.
- Pardon... Une dernière question.
Qui était au courant qu'Isabelle allait grimper seule, ce matin ?
- Hier, on a fait une soirée en mémoire de David.
Alors tout le monde, j'imagine.
- Celui ou celle qui s'est débarrassé d'Isabelle Prioux
a saisi la bonne occasion. - Oui. Mais pourquoi l'a-t-on tuée ?
Penses-tu que c'est lié à la mort de leur collègue, il y a 5 ans ?
- Je sais pas, mais Erwan et Sophie sont sur le coup.
En tout cas, pour élaborer un tel meurtre, il faut un sacré mobile.
Téléphone.
Ah, un message de Tom.
On va chercher ailleurs. - Je sais que tu vas trouver.
Je m'occupe du proc'. Embrasse Thomas. J'ai plus de nouvelles.
- Attends... Léa. - Quoi, il y a un souci ?
- Tom me dit que tu vas partir à l'autre bout de la France.
- Mais non. C'est rien.
- Tu pars pas.
- C'est plus compliqué.
- Tu pars ou tu pars pas, c'est simple.
- J'aurais dû me taire. C'est le colonel...
Il m'aime pas. Il monte un dossier contre moi.
- Et tu laisses faire ?
- Non. Son truc va retomber comme un soufflet.
- Oh putain... ! - T'as confiance en moi ou pas ?
C'est...
C'est joli, ce bleu. Ca te va bien.
Tout va bien.
- Erwan. - Oui ?
- L'homme mort il y a 5 ans était l'assistant d'Isabelle Prioux.
- Il est mort comment ?
- Il est parti sur la paroi, seul. - Sans système d'assurage ?
- Oui, sans cordes,
tout seul, à mains nues, face à la montagne.
Isabelle Prioux a arrêté la compétition après le drame.
Tiens.
- Et 5 ans plus tard, jour pour jour, elle est tuée.
Ce serait une vengeance, alors. - J'y ai pensé,
mais c'était bien un accident.
Mais bien vu.
- L'assistant de la victime s'appelait David Menoul ?
- Tu le connaissais ?
- Je viens de voir ce nom.
- Ah...
- Attendez une seconde...
Un des ados du groupe d'Isabelle Prioux s'appelle Lucas Menoul.
- C'est peut-être pas un hasard, ça. J'appelle Camille.
- Je connaissais déjà Isabelle. Elle travaillait avec mon frère.
Cette saloperie de montagne m'a déjà pris David il y a 5 ans.
Et maintenant Isabelle.
- Et vous étiez restés en contact ? - Non,
je l'avais pas revue depuis l'accident.
Et il y a 5 jours, je l'ai croisée à la mairie.
J'étais avec les flics... - Ah bon ?
- Oui. On avait fait les cons. Ca va, rien de méchant.
- D'accord...
Et quand t'as revu Isabelle, elle a compris que t'étais en galère
et t'a intégré dans son groupe ? - Avec mes potes, oui.
Elle s'occupait bien de nous. - Tu la voyais donc tous les jours.
T'as rien remarqué de spécial ? - Ben...
Hier matin, elle s'est engueulée avec un autre grimpeur.
- C'était qui ?
- On l'a pas vu, on était sur la paroi.
- Tu reconnaîtrais sa voix ?
- L'Hortus,
spot d'escalade mondialement connu. On vient le défier de partout.
- Durant ces 5 dernières années, Isabelle est guide en Savoie.
Il y a 2 mois, elle revient s'installer dans sa maison natale
pour s'occuper de ses parents.
- Avec Pierre Grassi.
- Son compagnon. Elle travaille comme bénévole à la mairie.
- Et elle s'est disputée avec un autre grimpeur non identifié.
- Pour l'instant.
Quelque chose me perturbe avec cette histoire de matériel saboté.
- Pourquoi ?
Un élément de sécurité saboté, c'est la mort assurée,
en cas de chute.
- Justement, c'est ça qui me gêne.
Comment le tueur pouvait être sûr qu'Isabelle perdrait l'équilibre
et qu'elle ne devrait compter que sur son pontet ?
Venez avec moi.
Regardez. Isabelle est tombée à cet endroit,
le seul passage de la paroi qui est en surplomb.
C'est en ligne droite. Rien pour se retenir.
- Ca, c'est pas un hasard. - Je crois pas.
Pour s'en assurer, on doit envoyer quelqu'un sur la paroi.
Et là, j'ai ma petite idée.
- C'est bon. - Je dois dire "Tu m'emmerdes !" ?
- Comme celui qui s'est disputé avec Isabelle.
- J'y crois pas.
- Laissez-nous faire notre boulot. - Et d'une voix bien forte.
- Tu m'emmerdes !
- Oui... Plus fort. - Tu m'emmerdes !!!
- C'est bon, ça. Merci.
Euh... M. Grassi.
Il y a combien de grimpeurs,
ces jours-ci ? - Environ 50.
- Voilà. Plus que 49 à enregistrer. Et après, tu fais écouter aux ados.
- Il y en a pour la journée.
- On aurait dit Erwan !
Il aurait fait la même réponse puis il aurait accepté dans...
Elle soupire.
un grand soupir.
Puis il serait parti remplir sa mission avec dignité.
- Pourquoi vos gars grimpent ? - Comment ?
- Pourquoi vos gars grimpent ? Ils ont trouvé quelque chose ?
- Je vois rien, d'ici.
- Là.
Paul rit. - J'y crois pas !
- Alors ?
- Je n'ai rien pour vous. Elle est morte des suites de sa chute.
Seul élément étrange : elle avait de la graisse sous les doigts.
- De la graisse ? Animale, végétale, mécanique ?
- Je l'ignore encore. Téléphone.
- Excusez-moi. - Je vous en prie.
- Oui, Paul ?
c'est l'océan.
- Mais il est sportif. Je suis sûre que l'escalade
n'a aucun secret pour lui.
c'est vers le haut.
Ca devrait aller. - Je vous entends !
- Tu savais qu'il avait le vertige ?
de surmonter ses peurs.
Tu comptes arriver là-haut quand ?
Je suis occupée.
- OK.
- Bisou.
- J'ai envoyé une brigade de haute montagne en haut.
Mais mon baudrier est trop petit. J'ai pas pu les suivre.
- Ah, c'est pour ça ! En effet. - Bah je trouve.
- Ils ont l'air de s'en être sortis sans toi.
- On a récupéré ça sur une prise.
- C'est quoi ? - De la graisse.
- De la graisse ? - Oui.
- C'est idéal pour faire tomber un grimpeur.
- OK... Merci.
C'est une première :
on a une scène de crime verticale. - Ca réduit la liste des suspects.
Seul un excellent grimpeur aurait pu mettre de la graisse là-haut.
- En général, un grimpeur qui ouvre une voie lui donne une note sur 9.
Commandant.
Vous dormiez ? - Non.
Je réfléchissais à tout ça.
- D'accord.
Donc un grimpeur qui ouvre une voie
lui donne une note sur 9. Celle qui nous intéresse a été cotée à 7 A,
ce qui est accessible
par la victime. Et on sait à peu près quand la paroi a été piégée.
- Comment ? - Hier soir,
le même trajet a été emprunté. - Le piège pouvait être évité ?
- Non, c'est une prise obligée.
De plus, il faut prendre de l'élan pour l'atteindre.
- Donc soit le meurtrier est le dernier de cordée
du groupe d'hier soir...
Quelqu'un s'en occupe ? - Oui.
- Soit il y est allé cette nuit. Dans les 2 cas, c'est un grimpeur
qui est excellent et motivé. - Voici.
- Bah voilà.
Grâce aux ados, on sait qui s'est disputé avec la victime hier matin.
Daniel Tulak,
alias Dan. Tu peux checker sur Internet ?
- Ah ouais, quand même !
Regarde.
- Wah ! Le roi des montées spectaculaires.
Avec des casse-cou, il relève des défis, et cerise sur le cadeau...
- Le gâteau. - J'ai pas dit ça ?
Bref. Il a un casier.
- Ah bon ? Qu'a-t-il fait ? - Regarde.
- Alors...
Il a été arrêté pour avoir grimpé sur des monuments. Rien de méchant.
- Mais la prochaine fois qu'il se fait choper, il perd sa licence.
- Ca l'empêchera pas de grimper. Et la licence n'est pas obligatoire.
- C'est Marchal qui s'en charge. En attendant,
on creuse sur lui.
- Dan Tulak ?
- Pour les autographes, c'est avec mon agent, pour les DVD,
c'est en ligne, pour les cours, j'en donne pas.
- Et pour les questions, c'est en salle d'interrogatoire ou ici ?
- Votre collègue m'a enregistré. - Je sais, et ça nous a été utile.
Mais moi, j'ai 2 questions. La première :
quel était le sujet de votre dispute avec Isabelle ?
La 2e : pourquoi nous l'avoir cachée ?
- Tiens.
Malika, mon assistante.
- Bonjour. - Alors, 1)
parce que ça n'a aucune importance, et 2) pour éviter d'être suspecté.
- C'est raté. Là, vous êtes dans mon viseur,
à moins d'avoir un alibi
pour la nuit dernière. - J'étais dans mon lit.
- Seul ? - Oui. Ca pose un problème ?
- Non, pas du tout, j'adore.
Dans la liste des alibis pourris, c'est le top.
Bon, cette dispute ?
- Isabelle disait
qu'on était des mauvais exemples.
- Comme si elle avait jamais fait du solo intégral.
- Un truc m'a échappé. On peut m'expliquer ?
- Avant, Isabelle grimpait n'importe quel spot sans assurage.
Une paire de chaussons, un peu de magnésie, et elle s'envolait,
libre, sans cordes.
- Vous l'admiriez, vous.
- Elle m'a transmis la passion quand j'étais ado. Je peux pas l'oublier.
Mais elle nous emmerdait avec ses histoires de sécurité,
l'obligation de grimper en cordée.
Elle avait qu'à nous lâcher !
- C'est pas ce qu'il a voulu dire.
- C'est émouvant, cette compassion. - Attendez, moi,
je suis honnête. Le danger nous motive.
On n'allait pas arrêter pour lui faire plaisir.
- Un mobile, pas d'alibi :
vous aimez l'adrénaline, vous adorerez la garde à vue.
- J'ai trouvé quelque chose dans l'historique de la victime.
Un texto envoyé il y a 2 jours à Dan Tulak.
- "Je vais tout révéler, ton sponsor va pas te louper." C'est quoi, ça ?
- Ouais, mais bon...
Même si elle l'avait fait, c'est juste une chaîne web.
- Avec 8 millions d'abonnés.
C'est le 1er diffuseur mondial de sport extrême.
Et il y a beaucoup d'argent en jeu.
- OK. Faire taire Isabelle pouvait être un mobile pour Tulak.
T'as prévenu Soler ?
- Oui. Je creuse sur les grimpeurs ? - Oui.
"Je vais tout révéler..." Il faut qu'on trouve
ce qu'Isabelle avait contre Tulak.
- J'ai jamais vu ça.
- Vous ne lisez pas vos textos, M. Tulak ?
- Isabelle me prenait la tête. J'ai supprimé ses textos sans les lire.
- Admettons. Et vous ignorez ce qu'Isabelle voulait révéler ?
Bien.
J'imagine que votre dispute d'hier matin n'était pas la première.
- Non. Dès le 1er jour, elle nous a demandé d'aller ailleurs
parce que je donne un mauvais exemple. Ca, je vous l'ai déjà dit.
- Alors je vous cite :
"On n'allait pas s'arrêter pour lui faire plaisir."
- Je m'entraîne 10h par jour.
J'y suis pour rien si des crétins qui n'ont pas mon niveau m'imitent.
- J'adore votre humilité.
Vous refusez de partir, Isabelle passe à la vitesse supérieure,
elle vous menace, vous envoie ce SMS, et... ?
- Si je l'avais lu, je l'aurais engueulée, mais pas tuée !
- Je te cherchais.
Ils sont 5 dans la bande de Tulak, et aucun d'eux n'a d'alibi.
- Aucun ? Ils sont tous célibataires et n'ont pas de famille ?
Ils sortent pas ? - Apparemment, non.
Même alibi bancal que Tulak. "J'étais dans mon lit tout seul."
Avoue que c'est curieux. - Oui.
- Qu'a donné son interrogatoire ? - Rien. Tulak se défend même pas.
Pire, il s'enfonce à chaque réponse tout en niant le meurtre.
- Selon toi, il joue la comédie ou il est bête ?
- Ni l'un ni l'autre. Ce mec est perché sur sa planète.
- Au point de ne pas savoir ce qu'Isabelle voulait révéler ?
- Là, il ment. Et il n'est pas le seul à connaître ce secret.
- Ah ouais ? Ne m'en dis pas plus, surtout !
J'adore les surprises.
- Excusez-moi.
- Oui.
- Vous prenez la relève d'Isabelle Prioux ?
- La mairie l'a demandé.
J'allais pas les laisser tomber. - Pourquoi Isabelle menaçait Dan ?
- Des menaces ? Je comprends pas.
- Vous étiez où, la nuit dernière ? - Dans mon lit.
- Bah oui, elle dormait.
Seule, j'imagine ? - Dan aussi. Pourtant,
vous habitez ensemble.
Ils doivent avoir une maison avec plein de chambres
et des très grands lits.
Je vois que ça. - Ou alors elle nous ment.
- Non, tu crois ? - Oui.
- Pourtant, le mensonge le plus simple aurait été de dire
que vous avez passé la soirée ensemble. Et c'est un bon alibi.
- En fait, vous voulez pas dire que vous avez passé la soirée ensemble.
Pourquoi ?
- Bah parce qu'elle ne veut pas qu'on sache ce qu'ils ont fait.
J'en ai marre, je vous embarque. Occupe-toi des ados.
- Euh... Je connais rien à l'escalade, capitaine.
- Je t'ai pas parlé d'escalade. Tu fais un feu de camp, tu...
Tu sais jouer
de la guitare ? - Ouais.
- Je rigolais, hein. - Ouais...
- Dis-leur de rentrer.
- Pas de problème. - Allez, hop !
Ca va aller ? - Mm...
Je leur dis de rentrer chez eux. Pas de problème.
- Voilà !
J'ai trouvé ce que faisaient Tulak et sa bande, hier soir.
La police a reçu un appel dans l'après-midi.
- Isabelle Prioux leur a dit que des grimpeurs allaient, dans la nuit,
s'attaquer à la cathédrale ?
- Oui. Et des riverains ont appelé la police vers 3h du matin.
- "5 hommes masqués ont gravi la façade de la cathédrale."
Tulak et sa bande ?
- I. Prioux voulait le faire arrêter pour qu'il perde ses sponsors.
- Ca se tient, mais une preuve manque.
- Je vais aller du côté de la cathédrale.
- C'est quoi, cette hypothèse ? Malika aurait balancé à Isabelle
que Tulak allait faire une ascension illégale ?
- Pourquoi pas ?
- Donc Malika se serait servie d'Isabelle pour dénoncer Tulak.
Pour quoi faire ? - Je sais pas. Malika ne dit rien.
Je l'ai mise en garde à vue. - OK. Admettons.
Si Tulak l'avait appris...
- Il se serait vengé sur Malika.
- Sauf si sa priorité était de faire taire Isabelle.
Alors la nuit avant de retrouver ses potes à la cathédrale,
il se rend sur la paroi, il sait qu'il sera seul.
- Il pose la graisse pour qu'elle se tue au matin avant de le dénoncer.
OK. Et le pontet ?
- Il avait toute la journée pour le découdre discrètement...
- Non, ça colle pas avec leur philosophie.
- Les tueurs ont une philosophie ? - Non, mais les grimpeurs, oui.
Ils respectent la montagne.
- Je vais pas éliminer un suspect sur une intuition.
- Mais on s'est peut-être pas assez focalisés sur la vie d'Isabelle.
- OK. J'ai un cours de yoga. On en parle demain. Bonne soirée !
- On est quel jour ? C'est tous les jours, maintenant, les...
- Et après, si je suis mutée, peu de choses me retiennent ici.
Les enfants sont grands. Ils vont prendre leur indépendance.
Vous trouvez ça lâche ? - Non, votre réaction est saine.
Parfois, il faut savoir accepter.
On gâche nos vies à se battre pour des choses inutiles.
- Et je peux être utile ailleurs. - Mm...
Que votre colonel se batte seul.
Vous vous êtes occupée de votre famille durant des années,
à votre tour,
vous avez plein de choses à explorer.
A la semaine prochaine.
- Si je suis mutée, vous perdez une cliente.
- Raison de plus pour me croire. Regardez, j'accepte.
On sonne à la porte.
...
- J'arrive !
T'es fou, ma mère vient de partir. - C'est la merde, là.
- Quoi ?
- D'abord.
Je dois rendre mon projet de candidature pour les arts appliqués
et le dernier couple qui devait poser m'a lâché.
- T'as déjà plein de portraits. - Oui, j'ai déjà plein de minorités,
mais ça n'a aucun sens si,
au milieu de ça, j'ai pas un couple qui incarne la norme.
Il me manque un couple de Blancs, la quarantaine, bien hétéros.
Sinon mon truc sur les tatouages qui effacent les différences,
ça marche pas.
- J'ai compris : c'est la galère. - J'ai pensé à une solution, mais...
Ils accepteraient,
tes parents ? - Non !
- Maman...
Maman, s'il te plaît.
- Non, c'est hors de question. - Mais...
Vous avez le profil et l'âge. Ca aiderait Julien. Ca te coûte quoi ?
- Bah ça me coûte... Bah que ton père et moi,
on n'est pas un couple.
- C'est qu'une photo. Ca aiderait Julien.
- Qu'il photographie ses parents. - Ses parents, c'est trop compliqué.
- Entre ton père et moi aussi. - C'est pas pareil.
- Vu mon métier, je peux pas me le permettre.
- C'est une photo dans un dossier. Elle ne sera pas imprimée.
- Mais il en trouvera un, de couple. Il y en a partout,
des couples !
- C'est pour ce soir. Et s'il va pas à Montpellier, je pars à Rennes.
- C'est du chantage, ça !
C'est laid. - Tout de suite les grands mots.
- Là,
j'ai 18 000 trucs à faire. Vous cherchez et, ce soir,
on en reparle.
- Merci.
- J'ai pas dit oui.
Et je suis pas seule dans cette affaire.
- Papa, j'ai un petit truc à te demander.
- Bonjour. - Bonjour.
- Ca va ? - Oui.
- J'ai reçu un texto d'Erwan. - Il a trouvé quelque chose ?
- Dan et sa bande étaient à la cathédrale avant minuit. A 3h,
ils ont grimpé
puis fini la nuit dans un bar.
Une serveuse a témoigné.
- Donc aucun d'eux n'a pu piéger la paroi.
Il y a un mais, c'est ça ?
- Mais une personne n'était pas avec eux et n'a donc pas d'alibi.
- Je vous ai dit que j'étais seule chez moi, vous ne m'avez pas crue.
- Et là, c'est pire : je vous crois, mais vous n'avez pas d'alibi.
- Je vais pas en inventer un. Que va-t-il se passer pour Dan ?
- On va le libérer. Par contre, pour sa grimpette sur la cathédrale,
j'en sais rien, le juge décidera.
- Je l'avais prévenu. Il n'a jamais su s'arrêter.
Dire que c'est ce que j'aimais chez lui, au début.
- Pourquoi ? Plus maintenant ?
- Un couple, ça doit évoluer. Le côté ado, ça va un temps.
- C'est pourquoi vous avez prévenu Isabelle de votre petite ascension
pour qu'elle vous dénonce ?
- Elle m'a proposé son aide. Ca la dérangeait pas de jouer la balance.
- Et en même temps,
ça mettait hors service le symbole de l'escalade irresponsable.
C'est pratique.
Allez, pourquoi vous l'avez tuée ?
- C'est pas moi. J'avais aucune raison.
Et je suis incapable d'aller poser un piège sur la paroi la nuit.
- Comment savez-vous pour le piège ? - Les nouvelles vont vite.
- Vous êtes capable de poser un piège. Vous avez le niveau.
On a vérifié.
- Peut-être.
Mais je prends plus de risques depuis 3 mois.
Je suis enceinte.
- Ah bon ?
- Demandez à mon médecin. - Non non...
D'accord.
Du coup, c'est aussi pour ça qu'Isabelle voulait vous aider ?
- Elle disait que la montagne se nourrissait des chagrins d'amour
et que ça devait cesser. - Quoi ?
Elle parlait de son expérience ? - Je sais pas.
Isabelle voulait m'aider. Pour le reste,
j'en sais rien. Dan se blesse de plus en plus souvent,
et je sais où mènent les sports extrêmes.
Je voudrais pas élever un enfant toute seule.
- Je vous l'avais dit : Dan et Malika
ne sont pas des tueurs.
- On cherche ailleurs. Vous étiez avec Isabelle depuis longtemps ?
- Moins de 5 ans. - Elle était en couple, avant vous ?
- Non.
On s'est mis ensemble peu après la mort de son assistant.
- David. - Oui.
- Ca allait, entre eux ?
- Oui. Quel rapport avec le meurtre d'Isabelle ?
- Merci. On vous tient au courant.
- Isabelle aurait eu une histoire avec son assistant ?
- Il y a des chances.
Vois avec Sophie ce que vous pouvez trouver là-dessus.
Paul souffle.
Tu t'es bien cachée.
Que fais-tu ? Tu cherches l'inspiration ?
- Non, je me pose des questions. - Sur ?
- Et si le colonel avait raison ? Si j'étais pas si efficace que ça ?
- Non non non, il a tort.
- Et si on te proposait ma place, tu la prendrais ?
- Moi ? Non, merci.
- Non ? - Non. Commandant ? Non.
- Pierre Grassi, ça a donné quoi ? - Il ne sait rien.
Du coup, j'ai envoyé Erwan chez Mme Menoul
parce que si son fils David a eu une aventure, à l'époque,
avec la victime, peut-être a-t-elle des souvenirs.
- OK.
- Je repensais à Dan et Malika : ils forment un joli couple.
Quand l'un a besoin, l'autre est là. Tu vois ?
- Je dois y voir une allusion ?
- Alice m'a appelé pour le projet de Julien.
- Non.
- Si. C'est marrant, ce truc de la photo. Et ça rend service.
- C'est des photos de couples, on n'est pas crédibles.
- Bah faisons semblant.
- T'es sérieux ?
- T'as pensé à l'engrenage du truc ? Si Julien part à Rennes,
Alice le suit.
Ca donnera l'idée à Thomas de se barrer. Toi, rien ne te retient,
et moi, je me retrouve seul.
- Comme un con.
- J'ai pas envie de ça.
J'ai pas envie de faire un bon en arrière. Je suis bien, là...
A moins que tu aies peur que ça rende jaloux ton prof de yoga.
Comment il s'appelle ?
- Greg. Enfin... Grégory.
Ecoute, de toute façon, tu l'apprendras tôt ou tard :
Greg et moi, on va se marier.
Salut.
- N'importe quoi.
- Je trouve rien.
Et toi ?
- Pas mieux. Isabelle Prioux a eu 2 vies :
la 1re dans l'escalade extrême.
- J'ai vu ça. Une sorte de Dan Tulak au féminin.
- En pire même : pas de petit copain, que des potes grimpeurs.
Et après la mort de son assistant,
tout le contraire. Aucune histoire d'amour n'est derrière ce meurtre.
Paul Marchal fait fausse route. Il fait un transfert.
- Pardon ?
- Il fait un parallèle avec sa vie privée.
Il est célibataire depuis si longtemps.
Il peut plus avoir la femme qu'il aime et voit des amoureux partout.
- Mme Menoul ? - Oui.
- Lieutenant Lebellec. Gendarmerie.
Il s'agit de votre fils. - Lucas ?
- Non, David, votre 1er fils.
On peut en parler à l'intérieur ?
- Mon époux m'a quittée un an après l'accident.
La mort de David avait créé un gouffre entre nous.
Je me suis retrouvée avec mon chagrin et un enfant à élever.
- Comment ça se passait entre Isabelle Prioux,
Pierre Grassi et votre fils ?
- Ils s'entendaient bien. Ils étaient une petite bande
à faire les 400 coups, à grimper les montagnes du matin au soir.
- David n'avait pas de petite amie ?
- Il disait que la montagne lui suffisait. Il était secret.
Mais il devait y avoir quelque chose entre Isabelle et lui.
- Qu'est-ce qui vous le fait dire ? - Elle est venue me voir,
il y a 5 jours.
Elle voulait qu'on parle de David. Après toutes ces années.
- C'était la première fois qu'elle venait vous voir ?
En quoi ça vous fait dire qu'il y avait quelque chose entre eux ?
- Parce que je l'ai laissée monter dans la chambre de David.
Et quand elle est redescendue, elle pleurait.
- Erwan est toujours sur place ? - Oui. Et dans la chambre de David,
il a trouvé des lettres d'amour destinées à Isabelle Prioux.
- Elle les aurait lues ? - A priori, oui :
les enveloppes étaient déchirées. Rien d'autre dans la chambre
ne la concernait. - Sa mère savait pour ces lettres ?
- Non. Enfin, elle jure que non. Mais Erwan la croit.
- OK...
Donc Isabelle a découvert qu'il y a 5 ans,
son assistant était fou amoureux d'elle.
Quel rapport avec sa mort ?
- On va trouver. On a une piste, là. - Pourquoi David Menoul
n'a pas envoyé ses lettres ?
- On va trouver aussi.
- T'es confiant.
- Oui, comme d'hab'.
- OK. - Léa...
Ta blague, tout à l'heure... - Quelle blague ?
- Celle sur le mariage.
- Ah... Téléphone.
Pardon.
J'écoute.
Oui, Erwan.
Du nouveau ?
- Oui. Je vous le lis.
On vous écoute.
c'est que je ne suis plus là.
faire comprendre ce que je ressens.
"car je sais que tu n'y jetterais qu'un oeil. Ton seul intérêt,
"c'est cette foutue montagne. Alors pour que tu me voies,
"je vais grimper là où toi seule peux passer sans cordes.
"C'est stupide, mais si c'est la seule façon de te séduire,
"je prends le risque. Et si je meurs, au moins, j'aurai essayé,
"et la montagne te fera toujours penser à moi."
- Isabelle a compris qu'elle était responsable de la mort de David.
Sacré choc. - Il n'avait pas le niveau.
Il n'était que son assistant. - C'ETAIT DU SUICIDE.
- Et vous n'étiez pas au courant ?
- David n'en a jamais parlé.
- C'est ce qu'on a compris dans ses lettres : un amour secret.
Isabelle l'a compris il y a 5 jours, et vous n'avez rien vu ?
- Si, elle était abattue. J'ai cru que c'était dû aux circonstances.
Elle allait déposer un bouquet sur la paroi. C'est triste, non ?
- Mon souci est que, hormis vous, Dan Tulak et sa bande,
personne n'a le niveau pour grimper sur cette paroi.
- Vous avez cherché du côté des ados ?
- Non. Il y en a qui ont le niveau ? - Certains font du parkour.
- Ah oui, genre Yamakasis. - Isabelle disait qu'ils maîtrisent,
même si elle peinait à leur apprendre la sécurité.
- Ah...
D'accord.
Merci, M. Grassi.
- Ca va être une belle journée. On va aller à la Roche aux Fées.
Vous avez tout ?
Céline, resserre bien. - Oui, c'est bon.
- Vous prenez goût
à l'enseignement ! - Ils sont chouettes.
Il suffit de les motiver.
- Ouais... Et pour les vidéos de Dan Tulak ?
- J'ai décidé d'arrêter.
Avancez, je vous rejoins.
Arthur, tranquille.
- Ouais, comme d'hab' !
Je veux pas priver Dan de sa passion, mais c'est sans moi.
On se verra le soir à la maison, et ce sera très bien.
Du nouveau pour le meurtre ?
- Possible. Justement, pensez-vous que dans votre groupe,
il y en a un ou une qui aurait le niveau pour grimper la paroi ?
- Merde... Bah ils sont 3 :
Mathieu, Arthur
et Lucas. - Lucas Menoul, le frère de David ?
- Oui. - Il est où ?
- Je l'ai pas vu, aujourd'hui.
- Merci.
- Oui, Paul ?
Oui, on est arrivés à la même conclusion.
Erwan et moi arrivons chez Mme Menoul. Super, à plus tard.
Bonjour, commandant Soler. - Bonjour.
Qu'y a-t-il ? - On voudrait parler à Lucas.
- Il n'est pas ici.
- Où peut-on le trouver ? - Sur la tombe de son frère.
- Vous vous en occupez ? - Oui.
- Vous lui voulez quoi ? - Je voudrais lui parler
et voir sa chambre.
D'accord... Donc Lucas ne vit que pour l'escalade.
Comme son frère. - David lui a transmis la passion.
Lucas a voulu l'imiter dès qu'il a su marcher.
- L'accident de son frère ne l'a pas fait réfléchir ?
- Il me dit de pas m'inquiéter, qu'il est sérieux.
Je sais qu'il fait des conneries, mais j'y arrive pas, toute seule.
- Excusez-moi.
- J'ai passé ma vie à avoir peur pour mes fils.
- On ne peut pas, hélas,
mettre nos enfants sous bulle.
...
- Je dois regarder quoi ?
- Bah les coutures du pontet.
- Elles sont décousues.
- Lucas s'est entraîné pour trouver la meilleure solution
pour saboter discrètement le pontet d'Isabelle.
- Et réaliser
le sabotage parfait.
Je résume : Lucas est tombé sur les lettres de son frère,
et là, il découvre que ce dernier s'est tué par amour
pour Isabelle.
Et alors quoi, il rumine sa vengeance ?
- Non, je pense que tout ça, c'est un concours de circonstances.
Je crois qu'il a gardé ces lettres sans jamais les ouvrir
par respect pour son frère.
- Il espérait pouvoir les lui remettre un jour.
- C'est probable.
Et il lui en aura parlé quand il la croise à la mairie.
- Isabelle, intriguée, va voir ces lettres.
- La mère de Lucas lui raconte la visite d'Isabelle.
Il se décide enfin à lire ces lettres.
Et là, il comprend tout.
- Et il la tue.
- On l'a placé en cellule, mais il ne dit rien. On n'a aucune preuve.
- Son monde, c'est sa famille, c'est ce frère idéal,
mort comme un héros sur la paroi. Ce gamin est un sentimental,
un émotif. - Et alors ?
- Il faut s'en servir. J'ai la solution pour le faire avouer.
Je sais que tu veux pas parler, mais là,
je veux juste que tu écoutes.
Mathieu.
- C'est vrai, ce que disent les gendarmes, Lucas ?
C'est toi qui as tué Isabelle ?
J'ai perdu David.
Et maintenant, je dois te perdre.
Si tu es coupable, je veux que tu le dises.
Fais-le pour moi.
- Maman...
- Ton frère s'est toujours inquiété pour toi.
Il n'aurait jamais voulu...
que tu deviennes un meurtrier.
Et encore moins que tu t'en prennes à celle qu'il aimait.
- C'est à cause d'elle s'il est mort.
Je voulais comprendre pourquoi Isabelle m'a demandé pardon.
- Donc vous avez lu les lettres que David lui avait écrites.
- Ca faisait 5 ans
que je détenais le secret de la mort de mon frère sans le savoir.
- Pourquoi tant de haine ? Pourquoi avoir tué Isabelle ?
- Vous voyez pas qu'elle a joué avec lui ?
Elle l'a tué.
- Non. Je pense qu'elle ne se doutait de rien.
- J'ai tout perdu à cause d'elle :
mon frère,
mon père qui s'est barré,
ma mère qui est tombée en dépression,
et vous voulez encore la défendre ?
- J'essaie juste de comprendre. - Mais y a rien à comprendre !
Ca fait 3 jours que je la vois chauffer tous les mecs,
à faire la belle alors qu'elle est heureuse en couple avec Pierre.
Pendant que mon frère est au cimetière.
Et en plus, elle voulait lui rendre hommage.
...
Téléphone.
- Paul, tu me tires les cheveux. - Pardon. Je me mets là.
- Que ne ferait-on pas pour ses enfants !
- Tu vas sortir avec l'autre, là ? - Avec qui ?
- La grande saucisse.
- Avec Greg ? - Ah, j'aime pas ce prénom !
- Paul, je plaisante.
Souris, qu'on en finisse. - Prenez-la dans vos bras, Paul.
Enlacez-la. - C'est bon.
- Passez derrière,
et enlacez-la. Voilà... Et enlacez-là.
- Ca va ? - Oui.
- C'est mieux.
C'est plus naturel.
- Attends, je... - On réessaie ?
- Oui.
- Ouais... Euh, comment dire ?
Là, on dirait
2 étrangers.
- Comment ?
- On sent pas l'intimité.
- D'accord... - On réessaie.
- Aïe, mon pied ! - Excuse-moi.
- Attention, Paul. - Oui.
Comme ça ?
C'est bon ?
- "Décambrez-vous" un peu, Paul.
- Que je me "décambre" ?
- Voilà, c'est mieux.
Bon, ça marche pas, en fait.
- Bah change d'objectif et mets une focale plus courte.
- Le pro de la photo ! - C'est pas la lumière, le problème.
- C'est nous ?
- J'ai pas dit ça non plus, mais...
Sinon, imaginez qu'on est il y a 20 ans.
Vous vous êtes jamais touchés, vous n'attendez que ça depuis des jours.
Vous en pouvez plus.
Vous pensez qu'à ça, Paul. Vous pensez à sa bouche.
Vous pensez à son corps.
La pression monte.
Vos regards se croisent.
Déclencheur d'appareil photo.
...
Bah voilà ! Quand vous voulez !
Merci, c'était super, ça.
Elle est canon, la photo, en plus.
...
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