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Zulu
...
-Là, là ! Vise ! Le loupe pas !
Il tire. -Ouais ! Tu l'as eu !
T'as eu ton premier canard !
Oh merde !
Attends.
Reste là.
...
...
-Et voilà notre nouveau chez-nous !
Mais que font-ils ?
Alors, ça vous plaît ?
Hé ho ! Je vous parle !
-Ouais...
-Je sais que c'est pas facile mais mettez-y du vôtre !
-Wouah ! Extraordinaire !
-Mieux qu'un rêve !
-Le premier entré choisit sa chambre.
Et surtout,
prenez pas les sacs ! Téléphone.
...
Allô, oui ?
Oui, Soler.
OK, j'arrive...
Alice, Thomas !
Elle siffle.
-Quoi ?
-Désolée, le boulot... -Déjà ?
Mais regarde tout ce qu'il y a.
-Je sais. Soyez sages ou privés de sortie.
-Tous nos potes sont restés à Lyon.
-Oui, bon... Enfin, bref.
Je vous fais confiance.
A ce soir.
...
-Presque 200 affaires résolues à la Section Recherches de Lyon.
Cette femme est un monument.
-Elle a pas l'air contente. -Une tente devrait
protéger le cadavre,
pour protéger les indices.
Commandant Soler. Bonjour.
J'aurais préféré un pot de bienvenue,
mais une scène de crime, ça me va. Lt Le Bellec ?
Barbier ? Enchantée.
-Vous l'avez identifiée ? -Non. On cherche ses papiers.
Des bijoux ? -Une montre.
Une alliance.
-Le tueur
s'est acharné sur le visage.
-Non, c'est post-mortem.
Je penche pour des corbeaux.
-Sang dans les cheveux. C'est un coup derrière la tête
avec objet contondant.
-Le tueur a laissé
le corps sur place, sinon... -Il y aurait
des traces.
-Toujours aussi pertinent, Cne Marchal.
-C'est ton premier jour.
-Vous êtes en congé.
J'aimerais pas avoir à gérer
un vice de procédure.
Je déteste ça. -Qu'on discute de ton autorité ?
On fait comment ?
On se tutoie ? On se vouvoie ?
-J'avais oublié
comme vous êtes drôle, Marchal !
Vous finissez les relevés ?
-Et la plage ? -J'ai oublié mon maillot.
-Alors, vous connaissez
le Cdt Soler ?
-Si on veut.
-Vous avez bossé avec elle ?
-Y a un truc pas normal, là. -Quoi ?
Ils se connaissent. Et alors ?
-Pourquoi il dit rien ? -Ca changerait quoi ?
On a juste une nouvelle patronne. -Y a un contentieux entre eux.
-Toi, t'as peur de changer tes habitudes, non ?
-Pas du tout. J'essaie juste d'anticiper les emmerdes.
-Hé ! Détends-toi.
Marchal est un électron libre. Il fait toujours ce qu'il veut.
La nouvelle défend son territoire.
Ca va se tasser. -Je le sens pas.
-Elle attend pas le légiste ?
Téléphone.
...
-Oui, Alice ?
Oui, OK. Passe-le-moi.
Oui, Thomas ? Qu'y a-t-il ?
Le micro-ondes ? Branche n'importe quelle prise.
Ecoutez, vous êtes grands.
Débrouillez-vous. -Que faites-vous ?
-Je dois raccrocher. (Bisous.)
Votre boulot. Ca vous arrive
d'être à l'heure ?
-Avec les vivants.
Vous êtes la nouvelle ? -Commandant Léa Soler.
Ce sont des traces
de lutte ? -Oui.
Empreinte partielle sur le bracelet.
-Date
de la mort ?
-Hier, fin de journée. J'en saurai plus après l'autopsie.
-Ces entailles ? -Corbeaux.
Toujours un mouvement du haut vers le bas.
-Cicatrices, tatouages, un signe distinctif ?
-Non. Mais chaque genou présente
un hygroma prérotulien.
Là et là. -Et c'est quoi ?
-Inflammation de la poche contenant la synovie.
C'est une maladie professionnelle chez les carreleurs.
-Ses mains seraient plus abîmées si elle travaillait
dans le bâtiment. Aux genoux,
ces calcifications s'appellent "pierres de piété".
-Comment vous savez ?
-Sans mon père, ma mère serait rentrée au couvent.
-On m'explique ? -Les religieuses
présentent la même pathologie.
-Une bonne soeur en jeans-baskets au milieu des vignes ?
Et l'alliance ?
-C'est pas incompatible.
C'est un signe d'union avec Dieu.
Un couvent dans la région ? -L'abbaye de Valmagne est proche.
-Je vais voir.
Passez ses empreintes au fichier.
-Commandant ? -Oui ?
-Bienvenue
chez vous. -Merci.
-Aucune de nos soeurs ne manque à l'appel.
-Vous les comptez ?
-Je sais ce qui se passe entre ces murs.
-La reconnaissez-vous ? -Ca peut pas être une des nôtres.
-Madame... -"Ma Mère."
-Ma mère, c'est important.
-Pourquoi l'une de nous fuguerait ? -Puis-je voir vos chambres ?
-Nos "cellules". Elles n'y sont pas, elles prient.
Vérifiez par vous-même.
Murmures.
...
(Soeur Bernadette !
(Vous avez vu soeur Mathilde,
(ce matin ?)
...
Mon Dieu...
C'est affreux.
Qu'est-il arrivé à soeur Mathilde ? -On l'ignore encore.
Vous n'aviez pas noté son absence ? -Je suis revenue
tout à l'heure de l'évêché.
-Elle était ici
depuis longtemps ?
-Depuis presque 20 ans,
juste après sa majorité.
C'était une des plus ferventes.
-De la famille ?
-Personne ne lui rendait visite.
Un oncle qu'elle ne voyait plus.
-Elle est sortie pour voir
quelqu'un. -Qui ?
Nous vivons entre nous.
Nous sortons rarement et n'avons rien à nous cacher.
-Soeur Mathilde devait penser
autrement.
Laquelle d'entre vous
l'a vue pour la dernière fois ?
-Soeur Bernadette, mon adjointe, et soeur Hélène, une novice.
-Après la prière de midi, elle m'a dit se sentir mal.
Elle m'a demandé qu'on ne la dérange pas.
-Allons !
Ca va aller, mon enfant.
Soeur Mathilde encadrait souvent
les novices.
Elle s'occupait d'Hélène. -Vous étiez
proches ? -Très.
Elle me guidait avant que je ne prononce
mes voeux.
-C'est une vie de renoncement.
Soeur Mathilde était un modèle pour nos novices.
-Elle était si douce et pure
qu'elle effaçait nos doutes en un mot.
-Salut !
-Que fais-tu là, toi ?
-Le plombier peut pas changer ma chaudière avant 15 jours.
-C'est mon peignoir.
-Je sors de la douche, je vais pas l'abîmer.
T'as eu les enfants ? -Oui.
Je passe les prendre ce week-end. -Ca va pas, toi...
-Si, ça va.
Une femme a été assassinée,
je la connais mais ne me souviens pas...
-T'es mon frère, je te connais. Les cadavres te perturbent pas.
-Je sens arriver les emmerdes mais je vais gérer...
-T'as croisé
Léa ?
Il rit.
Merci, frangine !
Il sort.
Cloche.
-Elle ne fait pas partie de votre communauté ?
-Non. Nous accueillons des victimes de violences conjugales.
-Y a jamais eu de problèmes ?
-Excusez-moi, j'aurais dû vous en parler.
Il y a 15 jours, un homme ivre est venu
pour voir sa femme,
menaçant de tout casser.
-Et ?
-Soeur Mathilde l'a ramené à la raison.
-Vous n'auriez pas un nom ?
-Francini, je crois...
-Francini...
Une voiture approche.
Merci, madame. Euh, ma mère.
-Au revoir, ma fille.
-Laisse-moi deviner.
C'est un pur hasard ? Ou tu viens pour te confesser ?
Que fais-tu là, Paul ?
-Et toi, t'as quitté
la brigade de Lyon parce que je te manquais ?
-C'est ça. Que fais-tu là ? T'as besoin de te prouver
des choses ? -Non.
Ce matin, j'ai cru reconnaître la victime.
Mais sans son voile... -Et comment ça t'est revenu ?
-C'est Magali. Ce serait trop long à t'expliquer. C'est quoi ?
-J'arrête de fumer. -Encore ?
-Abrège.
-L'an dernier, j'ai amené une femme battue.
La victime nous a reçus.
-Soeur Mathilde ? -Oui.
Je traite surtout...
-Si tu t'ennuies,
fais du bateau, oublie mon enquête.
-Le bateau, je ne l'ai plus.
Et je ne m'ennuie pas du tout, je...
-Tu peux me donner tes informations par téléphone. Rentre.
Téléphone. T'as les enfants,
ce week-end.
-Les ai-je déjà oubliés ?
-Camille,
elle s'appelle
Mathilde Lanier.
Essayez de me trouver un certain Francini.
J'ai pas son prénom.
Désolée. Rappelez-moi. Merci,
Camille.
-M. Francini ?
-Gendarmerie nationale.
...
-Ca va ? Pas trop fatiguée ? Je t'ai mis 15 s dans la vue !
Entraîne-toi avec moi.
Je peux
te coacher. -Allez !
-C'est du délire !
-Assis !
Qu'avez-vous,
M. Francini ? Ca vous perturbe
qu'une femme vous donne des ordres ?
Hein ?
Assis, j'ai dit.
Je les connais bien, les types
comme vous.
Vous avez envie
de me cogner, c'est ça ?
Ca vous démange ?
Votre femme vous manque ?
Elle est partie,
on n'a plus personne sur qui frapper...
Allez-y,
cognez.
C'est ça que t'as fait à Mathilde Lanier ?
-J'y suis pour rien ! -Reste là, je te dis !
-(J'aurai des problèmes
(si la mère supérieure nous surprend.)
-(Je dirai
(que je vous ai torturée.)
-(Oh ! Dépêchez-vous !)
-Ouais... Funky, la déco !
Vous êtes toutes logées à la même enseigne ?
-Notre foi impose de vivre dans le dénuement.
-Les carmélites n'ont que 2 tenues.
Vous aussi ? -Oui, pour quand l'une est sale.
-Soeur Mathilde a été retrouvée en jeans.
Elle s'est changée. Où est l'autre robe ?
-J'en sais rien.
C'est vrai, ça... -Si vous deviez
faire le mur incognito,
vous feriez comment ?
-Enfin !
M. Marchal !
-Admettons que vous ayez envie
d'assister discrètement au concert géant de Soeur Sourire,
vous passez par où ?
Vous coupez par la forêt ou vous contournez la colline ?
Je vous jure, je dis rien.
Vous voulez me montrer ?
-Vos enfants semblent plutôt bien s'en sortir.
Leur mère vous laissera peut-être les revoir un jour.
Mais pas si vous êtes derrière les barreaux.
Vous risquez 20 ans, Francini.
-OK. C'est vrai. Je l'ai revue après être allé au couvent.
C'est elle qui m'a appelé.
Quand j'ai su que ma femme était au couvent,
j'ai essayé de la voir. J'étais un peu...
C'est cette soeur Mathilde qui m'a calmé.
-Pourquoi vous avoir recontacté ? -Pour que je l'amène en ville.
-En ville ? Pourquoi vous ? -Je sais pas.
J'ai juste fait le taxi.
Le couvent est paumé. Il lui fallait un chauffeur.
-Qu'a-t-elle dit d'autre ?
-Que ça devait rester entre nous. -Vous aviez rendez-vous
au couvent ? -Non, sur la route, à l'écart.
Elle s'était déjà changée, je l'ai pas reconnue.
-Alors, moi, je passerais par là.
Personne pourrait me voir.
Après...
Je regagnerais la Nationale en contrebas.
Puis je ferais du stop.
Pas mal de camions transitent par ici.
Quoi ?
Parce que vous m'avez demandé. Ne croyez pas que j'y ai pensé.
-Non. Moi, je crois rien, ma soeur.
...
Excusez-moi.
-Vous trouvez quelque chose ? -Non.
Pas pour l'instant.
Regardez !
-C'est la tunique de Mathilde.
Mon Dieu ! Où a-t-elle bien pu se changer ?
-Excusez-moi.
Merci.
-C'est le carnet de commandes.
-Une page a été arrachée.
-"Place Jean-Moulin."
-Place Jean-Moulin...
-Vous me croyez, maintenant ?
-Pourquoi vous enfuir devant mes collègues ?
-Un juge m'a interdit de voir ma femme.
J'ai cru que vous veniez pour ça.
-En effet, il a pas le droit d'approcher sa femme.
-Où avez-vous déposé Mathilde ?
-Place Jean-Moulin.
-Y a quoi, là-bas ? -Mairie, bibliothèque.
-Si vous touchez encore un cheveu d'une femme,
c'est à moi que vous aurez affaire.
-C'est là-bas. -Merci.
-Bonjour. Cne Marchal,
Brigade de Recherches de Montpellier.
On s'était vus il y a 2 ans sur une enquête.
Vous m'aviez donné des infos.
-Peut-être. Téléphone.
Pardon...
C'est bon, c'est rien.
Je recherche une femme.
La quarantaine.
Euh... Cheveux longs. Châtains. -Oui... Je sais pas, les yeux ?
-Marron. Elle avait les yeux marron.
Et elle ressemblait à ça.
-Désolée, je vois pas.
-Merci, mademoiselle.
Tu venais toucher tes allocs ? -T'énerve pas !
-Je suis pas du tout énervée !
-Reprends la clope. -Ca va !
-On va où ? Ton bureau, le mien ?
-Je vous place en garde à vue
pour entrave à la justice et insubordination.
-C'est une blague ? -Non.
La blague, c'est pas son truc.
Léa... -Marchal, vous foutez le bordel
sur mon enquête.
-Quel bordel ? -T'es en vacances,
j'ai pas le choix. -Combien d'heures ?
-Je sais pas. 24. 48.
96 si je prouve que t'es un terroriste.
Par où, la cellule ? -Là-bas.
-Et là, tu vas me dire que tout est normal ?
-Non.
Après vous.
-Tu changes pas, toi, hein ?
T'en fais toujours qu'à ta tête.
-Je te retourne le compliment.
C'est toujours compliqué avec toi.
-J'aime pas qu'on me force la main, tu devrais le savoir.
C'est fou, ça !
Y a un mec sur Terre obligé de bosser
avec son ex-femme,
et il a fallu que ce soit moi !
-Y a pire,
ça va !
-Non !
Tu t'es mis à ma place
quand t'as demandé à être mutée dans ma brigade ?
J'étais très bien, ici. -Je crois pas, non,
d'après mon prédécesseur.
-Favard ?
-Mm. Je le cite...
"Très bon élément mais ingérable, n'en fait
"qu'à sa tête."
-L'enfoiré...
Tu as donc voulu
m'éloigner ?
-Pas du tout !
Quand je t'ai vu réagir à l'annonce
de mon arrivée, je me suis dit qu'une semaine de vacances
ferait pas de mal. -C'est normal que je pète un câble.
Tu pouvais te faire muter n'importe où.
Pourquoi ici ?
Quand Alice et Tom m'ont dit que vous veniez vous installer ici,
j'ai cru à une blague.
En pleine année scolaire, en plus.
T'as des ennuis ?
-Non.
-Léa ?
On se connaît depuis 20 ans.
10 ans de mariage et 2 enfants, je te connais par coeur.
Quand tu fais ton petit truc avec ton sourcil,
quelque chose cloche. -Tu te trompes.
Voilà. Je... Je voulais changer d'air.
Ca rapproche les enfants de leur père.
-C'est toi qui as voulu divorcer.
-Tu me fatigues ! -Je vous dérange ?
-Oui ! -Non ! On a du nouveau ?
-Oui. C'est l'Immaculée Conception. Soeur Mathilde a eu un enfant.
Le légiste est formel.
-Une soeur qui accouche ? -Il y a des années.
-La DDASS. -Elle est
place Jean Moulin. -Elle voulait retrouver
l'enfant abandonné.
-C'est bon, ça ! -Tu fais quoi ?
-Je prends
de l'avance.
-Oh !
-Eh bien, merci quand même.
Les services sociaux refusent de lever le secret.
-J'ai demandé une commission rogatoire.
-Rien sur l'état civil de Mathilde.
-Et pourtant, elle a accouché.
Une bonne soeur... -C'est une épreuve.
On n'abandonne pas un bébé comme ça.
-Quel lien avec sa mort ?
-Ses démarches ont pu déranger quelqu'un.
-Les parents adoptifs.
-Ils ne voulaient peut-être pas que Mathilde débarque.
-Il faut la date
de naissance.
-Trouvez l'hôpital le plus proche de son ancien domicile.
Avec de la chance...
Paul appelle. -Erwan ! Camille !
-Le Cne Marchal vous appelle.
Il est tard.
On se retrouve demain ici.
De bonne heure
et de bonne humeur.
-Ouvre !
-C'est quoi ce truc entre vous et le commandant Soler ?
OK...
-Alice, Thomas, c'est maman !
Je suis rentrée.
Encore désolée pour ce matin. Quelle journée de dingue !
Vous avez choisi vos chambres ? Qu'y a-t-il ?
-On a quelques petits problèmes.
On n'a pas trouvé les câbles pour la télé
et ma console. Le micro-ondes est mort.
Impossible de se faire à bouffer.
Mais pire encore...
-Y a pas d'Internet.
-C'est le bordel, ça. -Ca peut causer
des traumatismes irréversibles à l'enfant
de pas avoir un cadre de vie sain.
-A cause d'Internet ?
-A l'unanimité,
on a décidé d'aller dormir chez papa.
Tant que les conditions optimales ne sont pas réunies.
Sinon on va faire des conneries :
sexe, drogue... -Echec scolaire,
suicide. -C'est bon !
On a compris.
Votre père est au courant ? -Oui.
Il a compris nos revendications.
-Le taxi est là.
-Un taxi ? Mais ça va pas ?
-Maman, assieds-toi 3 secondes.
Pourquoi emménager à côté de chez papa
si on peut pas en profiter ?
On est grands, il pourra s'occuper
de nous.
Et puis... Ca va être bien pour toi.
Tu vas pouvoir profiter de ta vie.
Tu vas pouvoir souffler.
Ca va bien se passer. -Ciao !
-Euh... Je t'appelle quand on arrive.
-Salut, p'pa.
-Salut, loulou. Bien dormi ? -Oui.
-Non, p'pa, tu sais bien
que je mange pas de croissants.
-J'ai donc acheté tes céréales.
-Oh, merci ! T'es au top !
-Alors, par contre, non... C'est du bois, ça tache.
-OK, d'accord. Excuse-moi. -C'est pas grave.
-En tout cas, on est mieux ici qu'au milieu des cartons.
-Attends, on verra
à la fin de la semaine.
-"A la fin de la semaine" ?
-Avant, on passait que les vacances ensemble.
Maintenant, on est à Montpellier.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? -On va squatter
la moitié du temps chez toi.
-Houlà ! Pas de précipitation.
Maman est au courant ?
-Bien sûr. -Ouais.
-Ah bon ?
Ah bon...
Bon, OK !
-Mathilde Lanier ? Oui, je m'en souviens.
Très bien, même.
Elle a accouché d'un magnifique petit garçon.
-Vous avez une très bonne mémoire.
-Je ne me rappelle pas
tous les bébés que j'ai mis au monde.
Mais ceux nés sous X,
ceux-là, je m'en souviens.
Et c'est pareil pour toutes les sages-femmes.
-Vous savez pourquoi elle a fait ça ?
-On ne pose pas beaucoup de questions.
On respecte le choix des mères.
Tout ce que je sais,
c'est qu'elle ne se sentait pas capable de l'élever seule.
-Sa famille l'accompagnait-elle ? -Non.
Juste une bonne soeur.
Mathilde pleurait beaucoup.
Elle a demandé à prendre son bébé dans les bras.
Elle lui a parlé
pendant un long moment.
-Elle hésitait ?
-Peut-être.
En général, les femmes qui accouchent sous X
ne veulent pas avoir de contact physique
avec leur enfant.
Pour ne pas s'attacher.
Mais elle, si.
C'est tellement rare.
Je l'ai écrit dans le dossier d'abandon.
-Ecrit quoi ?
-Qu'elle l'a pris dans les bras.
J'ai pensé que si son fils retrouvait un jour son dossier,
ça l'apaiserait de savoir
que sa mère ne l'a pas abandonné froidement.
Elle aimait cet enfant. Ca se voyait.
-Vous auriez une date à nous donner ?
Le mois ? L'année ?
-Le 21 septembre 1997.
-Ah ouais, quand même !
-C'était la veille
de l'anniversaire de mon fils. J'ai eu du mal à faire la fête.
J'en ai pas dormi de la nuit.
-Thomas, c'est maman. J'arrive pas à vous joindre.
J'espère que ça va, rappelez-moi. Bisous.
Bonjour. Alors, la sage-femme ?
-Mathilde a accouché le 21 septembre 1997.
-C'est précis. Commission rogatoire ?
-Elle vient d'arriver. On va pouvoir
cibler nos recherches. -Très bien !
Cherchons les parents adoptifs.
-Mathilde était enceinte de 6 mois quand elle est entrée au couvent.
Une religieuse l'accompagnait.
-On connaît son nom ? -Pas encore.
Qui s'occupait des victimes de violences ?
-La mère supérieure.
-Merci.
Pourquoi ne m'avoir rien dit ?
-Je ne pensais pas que c'était lié à sa mort.
Et cela relevait du secret de la confession.
-Votre silence a peut-être protégé
un assassin.
-Soeur Mathilde était jeune, sans repères.
Elle a perdu sa mère très tôt.
Quand elle est arrivée ici,
c'était pour s'éloigner de son petit ami.
-Il la battait ? -Non.
Mais c'était une relation amoureuse toxique.
Intense, mais dangereuse pour elle et...
-Pour le bébé ?
-Mathilde était enceinte de 6 mois.
Le père de l'enfant était un petit voyou.
Comprenant qu'il ne changerait pas, elle l'a quitté.
-Le père savait pour l'enfant ? -Non. Elle le lui a caché.
-Et son nom ?
-Oh...
Je sais qu'il était mystérieux, rebelle.
C'est ce qui l'avait séduite. -Oui, on s'est toutes fait avoir.
Enfin, je...
Je veux dire...
Pourquoi elle a pas gardé son enfant ?
Elle aurait pu refaire sa vie.
-Elle était très jeune. Elle ne se sentait pas capable
de l'élever. Et puis, ici,
avec nous, elle a trouvé la paix.
-La paix ?
Oui. Elle a trouvé
la paix...
Signal de SMS.
SMS.
Elle rit.
...
-Dis-lui
que tu bosses.
-Jaloux ? -Appelle-le,
ça ira plus vite.
-Ouais, t'as raison.
Tonalités. Allô, mon amour ?
...
Ah, d'accord...
*-Oui, Camille ?
-Allô ? Oui, Commandant.
Mathilde a dit
à la DDASS qu'elle voulait retrouver
ses droits parentaux
*et quitter les ordres.
-Ca nous oriente un peu plus vers les parents adoptifs.
-Jean et Isabelle Labaste, convoqués dans 10 mn.
-Ah ? Faites-les patienter, j'arrive.
-Vous auriez pu laisser notre fils en dehors de ça.
-J'aurais préféré.
Mais il y a eu homicide.
-Tout vous rappelle que vous n'êtes pas
sa mère : ceux qui vous parlent des ressemblances,
les médecins
qui vous posent des questions sur les antécédents familiaux,
et aujourd'hui, vous...
-Je comprends.
Vous n'avez donc jamais rencontré Mathilde Lanier ?
-Puisqu'on vous le dit.
-Où étiez-vous
avant-hier, entre 18 et 20 h ?
-Vous nous soupçonnez ? -Nous étudions
toutes les pistes.
-A la maison. J'ai longuement téléphoné à ma soeur. Vérifiez.
-Votre fils sait-il qu'il a été adopté ?
-Je dois lui parler.
Il ne suffit pas
d'enfanter pour prétendre
être une mère.
Marc n'en a qu'une.
-Bonjour, Marc.
-On vient de m'expliquer.
-Et vous savez quelque chose d'utile ?
-Non. J'ignorais qu'elle me cherchait.
Elle m'a seulement mis au monde, pas élevé.
-Vous ne l'avez jamais rencontrée ?
-Je suis heureux, mes parents
sont formidables.
-Notre fils était au tennis à l'heure du meurtre.
N'est-ce pas ?
-Oui.
-Elle est pas là ?
-Qui ? -Soler.
-Non, sortie. Pourquoi ?
-Je repensais à un truc sur l'enquête...
Vous avez retrouvé l'oncle de la victime.
-Un fermier
qui n'a pas vu Mathilde depuis son entrée au couvent.
Et il savait pas que...
-Quoi ?
-Capitaine, voyez avec le commandant.
-Le commandant ? -Vous n'êtes pas sur l'affaire.
-Je ne partirai pas sans mon info.
-OK. Je vous dis ce que je sais si vous me parlez de votre histoire
ou de votre contentieux avec le Cdt Soler.
-Un mariage et deux enfants. Bon, l'oncle,
il savait pas quoi ?
-Que Mathilde voulait sortir du couvent.
-Etrange. Elle aurait dû vouloir le contacter,
retrouver ses repères... Bon, je te le prends.
-C'était pas dans le deal, ça...
-Maintenant, si. -Non, non. Capitaine !
Je vais me faire engueuler.
-M. Lanier ?
Cne Marchal, Brigade de Recherches de Montpellier.
-J'ai tout dit à vos collègues.
-Ca m'étonne que vous n'ayez pas revu Mathilde.
-C'est pourtant vrai. D'autres questions ?
-Belle exploitation !
Montée avec votre frère, père de Mathilde.
A sa mort, votre nièce a touché ses parts.
Mais elle vous en a laissé l'usufruit.
Non ? -Vous voulez en venir où ?
-Saviez-vous que Mathilde voulait quitter le couvent ?
-Je l'ai pas vue depuis 20 ans.
-C'est pas ce qu'elle dit dans son journal intime.
Elle notait tout.
Elle vous a revu il y a quelques semaines.
Je vais retrouver la date...
Toujours sûr de pas l'avoir revue ?
Je pourrais vous placer en garde à vue
pour vous laisser réfléchir.
-Mais je comprends.
Ca doit être dur d'imaginer devoir partager
tout ce qu'on a construit seul, de ses mains.
-Du temps de mon frère, c'était une petite ferme familiale,
avec 3 lopins de terre.
Aujourd'hui, j'ai 30 employés.
Et ça, Mathilde me l'enlèvera jamais.
-De là à la tuer...
-Cherchez plutôt du côté du père de son môme.
-Pourquoi ça ?
-Pour qu'elle entre au couvent,
il a pas dû lui laisser
que de bons souvenirs. -Son nom ?
-C'est quoi, ça ?
Pas un journal intime.
-Préparez-vous, M. Lanier. La famille va s'agrandir.
-Salut, m'man !
-Vous n'êtes pas chez votre père ?
Non, Paul ! -On fait que passer.
Ils récupèrent des affaires.
-Mais c'était juste pour 2-3 jours.
-Ben... En fait, on s'est dit qu'une semaine sur deux,
ça serait pas mal.
-Allez m'attendre dans la voiture.
...
-J'ai raté tant de choses avec eux.
C'est dur de tout mener de front. -Je sais.
-Tu sais ?
Et tu sais quoi, exactement ? Tu les avais pour les vacances.
Les rendez-vous médicaux, les poux, les devoirs,
les convocations, les chagrins d'amour...
C'est moi qui ai géré le quotidien.
-Tu sais, 1 semaine sur 2, moi, ça me va, si toi, ça te va.
-Tu renonces à ta vie de célibataire ?
-Ben... Oui.
-OK.
OK. -OK.
-Faisons ça.
-Ah, j'ai...
J'ai une info pour ton enquête. -Tu m'énerves.
-Le copain de Mathilde s'appelait Patrick Granger.
-Le père de son fils ? -Et peut-être le meurtrier.
J'ai tout : adresse, téléphone, numéro de sécu.
Hop là...
-Tu veux retourner en garde à vue ?
-Non, je te connais : tu préfères me supporter
que de laisser courir un assassin.
-Demain matin, 9 h pétantes. C'est la dernière fois.
-Moi, j'aime bien la nouvelle patronne.
-Ouais...
J'ai parlé avec Paul. Tu sais quoi ?
-Non. Quoi ? -C'est plus énorme que prévu.
-Développe. -Ils ont été
mariés.
On va en baver. -Pourquoi ?
-Quoi de pire que des parents divorcés ?
Des patrons divorcés.
-Au boulot, personne ne savait que j'avais un casier.
-Vous nous en voyez désolés. -"Vol, violences..."
-C'est fini, tout ça.
-Mathilde Lanier, vous connaissez ?
-Bien sûr, je la connais.
Elle est venue me voir il y a un mois à peine.
Ca faisait
20 ans. -Que voulait-elle ?
-M'annoncer que j'avais un fils. Comme ça, sans prévenir.
-Vous ne le saviez pas ?
-Bien sûr que non. Elle m'a ignoré durant des années.
Sans explication.
Elle aurait eu du mal à vivre avec ça sur la conscience.
-Si ça m'était arrivé,
ça m'aurait tué.
-C'est un bon mobile pour la tuer.
-Quoi ?
-Elle a été assassinée.
-Et vos empreintes
sont sur sa montre.
-Attendez...
Non, vous n'y êtes pas du tout.
J'ai pété un câble en apprenant pour mon fils.
-Vous l'avez frappée...
-Non, je... Je l'ai attrapée par le bras, c'est tout.
Je venais d'apprendre
que j'avais un enfant. J'allais pas tuer sa mère.
-Vous avez cherché à rencontrer Marc ?
-J'ai essayé, oui.
Je voulais le voir en chair et en os, le sentir.
-Et ?
-Je suis tombé sur ses parents adoptifs.
Le père m'a menacé de porter plainte.
-Ca peut se comprendre. Vous débarquez dans leur vie
en provoquant le même cataclysme que Mathilde dans la vôtre.
Ca secoue. -Vous avez respecté l'ultimatum ?
-Disons que mon casier m'a aidé à rester à distance.
J'ai déjà eu assez d'emmerdes avec la justice.
C'est pour ça que Mathilde m'a largué à l'époque.
-Elle pensait que vous feriez
un mauvais père. -Oui.
C'est ce qu'elle m'a dit.
Elle avait peut-être raison.
-Brigadier, s'il vous plaît !
-Je... J'ai pas d'enfant caché, moi ?
-Je crois pas, non.
Les parents adoptifs nous prennent pour des idiots.
-Je m'en occupe. -Non, vous êtes en vacances,
Marchal.
-Pourquoi vous n'avez rien dit ?
-Pour protéger Marc.
Ces gens sortis de nulle part ne sont pas ses parents.
Ils l'ont abandonné.
-Foutez-leur la paix. Ce sont mes seuls parents.
-Nous cherchons l'assassin de Mathilde Lanier.
-Marc, si tu as rencontré cette femme, tu peux le dire.
-Mais non, je... Pourquoi je l'aurais cherchée ?
A quoi ça m'avancerait de savoir si ma mère
m'a pris dans ses bras ou...
-Vous allez venir avec moi, Marc.
On a des choses à se dire.
Mathilde t'a tenu dans ses bras le jour de ta naissance.
La sage-femme l'a écrit sur ton dossier.
Pour connaître ce genre de détail qui n'en est pas un,
tu as dû rencontrer Mathilde.
Nous allons comparer
ton ADN avec celui retrouvé sur le corps de ta mère.
Alors, parle. -Oui, je l'ai vue.
J'avais besoin de la retrouver.
C'est moi qui ai fait toutes les démarches, pas elle.
-Tu craignais de blesser tes parents ?
-Ils ont toujours eu peur que je les aime pas assez.
Ca les aurait blessés.
-Ca se comprend.
C'est eux qui t'ont élevé, aimé,
qui t'ont vu grandir chaque jour.
Quelqu'un d'autre était-il au courant ?
-Non.
Il pleure.
Elle aussi, elle voulait que ça reste secret.
On se voyait tous les lundis soirs, au Carbona, un café.
On a beaucoup pleuré.
Et c'était merveilleux.
-Je suis obligée de te poser la question...
Est-ce que tu l'as tuée ?
-Non. Jamais j'aurais fait ça.
On avait tant de choses à rattraper.
On imaginait les prochaines fois.
Quand j'ai quitté le café, elle allait bien.
-Le Carbona,
vous connaissez ?
-C'est un café, dans le centre. Pourquoi ?
-Il doit y avoir des caméras de surveillance.
Une banque, un feu rouge...
-Il y a un distributeur de billets juste en face, je crois.
-Récupérez les bandes pour voir si Marc dit la vérité.
(Vous avez pas une cigarette ?)
Non, non. J'ai arrêté.
-Attends, attends !
Reviens en arrière.
Zoome sur cette silhouette.
...
-J'ai prié pour que tout cela s'arrête.
Il vient de m'exaucer.
-Comment vous avez su que Mathilde était en ville ?
-Elle n'était plus la même. Elle était absente, préoccupée.
Alors, je l'ai suivie, prétextant une livraison.
-Vous l'avez alors vue en civil. -Sur le coup, j'ai pas compris.
-Je la voyais parler et rire avec un jeune homme très beau,
lui prendre les mains, caresser son visage.
Quand elle est sortie du café, je l'ai suivie.
Je l'ai regardée marcher.
Elle ne ressemblait plus à celle que je connaissais.
Je l'ai attrapée par le bras.
Mathilde a paniqué.
Elle m'a demandé de la ramener au couvent, de ne rien dire.
-Elle a expliqué
ce qu'elle faisait dans ce café ? -Elle m'a parlé
de ses erreurs de jeunesse.
De son accouchement, de l'abandon, de ce fils
qu'elle venait de retrouver.
Elle semblait si heureuse. -Vous avez dû vous sentir trahie.
Elle était censée vous montrer le chemin.
-Ce qui me faisait le plus peur avant de prononcer mes voeux
était de ne pas avoir d'enfant. Mathilde disait qu'il fallait
penser à Dieu. -Or elle en avait eu un.
-C'était qu'une menteuse, une pécheresse.
Elle se disait comblée de n'être mariée qu'à Dieu.
-Vous vous êtes sentie
abandonnée ?
-Je ne pouvais plus me contrôler.
Mathilde était mon seul repère. Je n'avais qu'elle.
-Et ensuite ?
-Je me suis arrêtée sur le bord de la route.
J'ai couru, pleurant de rage.
Pour me calmer, elle m'a attrapée par le bras.
Je l'ai repoussée.
Elle est tombée en arrière.
C'était un accident, je vous jure.
-Dieu vous pardonne.
Allée 3, place 17.
Je suis désolée, Marc.
-On venait de se retrouver, et la voilà au cimetière.
-T'es sûr que tu veux y aller ?
-Oui, j'en ai besoin.
-Ca se comprend.
SMS.
-Mes parents. -Ca va aller ?
-Oui, c'est même eux qui m'ont proposé d'aller là-bas.
-Prends soin de toi.
-Merci.
-Salut. -Au revoir.
-Il va retrouver
son père biologique ?
-Il a aussi droit à une seconde chance.
-C'est vrai, y a des gens qui changent. D'autres pas.
T'embrasses les enfants pour moi ?
...
Sous-titrage MFP.
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