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Oh là ! Aucun de sol ! J'entre gratis. Pourquoi ? Je suis chevalier de la
maison du roi. Vous ! Je ne paie pas. Si ! Je suis mousquetaire.
C'est la dernière fois.
Et restez au parterre.
Tiens.
Tu verras ce soir des acteurs très illustres.
Montfleury, Belrose... Allumez dans la luz ! Et qui vont-ils jouer ? Chlorise.
De qui est-ce ? De monsieur Balthazar Barraud.
C'est une pièce.
Et pensez que c'est dans une salle pareille qu'on joie du retrou, mon fils.
Et du corneil.
Tenez, à la première, Lucie, j'étais là.
La dentelle sur tous mes enfants.
Coupez-la.
Raguenau, mon ami, pâtissier des poètes. Mais
celle que vous êtes !
Tous ces messieurs chez lui se servent à crédit. C'est que je suis poète aussi.
On me l'a dit.
Alors, pour un sonnet ou pour une eau de lait ? Une tarte.
Une tarte de lait ? Votre place aujourd'hui là, voyons, entre nous, vous
la coûtez combien ? Quatre flancs, quinze choux.
Cet hiver, mes amis, le public fera fureur.
Monsieur de Cyrano n'est pas là, je m'étonne. Pourquoi ? Montfleury joue.
Montfleury, cette tonne. Il joue encore ce soir.
Le rôle le fait donc.
Qu'importe à Cyrano.
Mais vous ignorez donc. Il a pris Montfleury si brusquement en haine qu'il
lui a interdit de reparaître en scène.
Il ne jouera donc pas ? Si, il est annoncé.
Monsieur Cyrano viendra ? Je l'ai parié.
Il est mort avant d'être trouvé.
Madeleine Robin, dite Roxane, fine, précieuse,
précieuse, orpheline et cousine du fameux Cyrano.
On dirait une pêche qui sourirait avec une fraise. Et si fraîche qu'on pourrait
l'approchant prendre un rhume de cœur.
Cet homme qui est-il ? Dites-le vite, j'ai peur.
C'est le comte de Guiche. Et Priddle ? Enflammé.
Mais un détail le gêne. Et bien ? Il est marié à la nièce de Richelieu.
Et il désire faire épouser Roxane à ce bien triste-ci.
C'est un homme évalué, vicomte et complaisant.
Roxane n'en veut pas, mais de Guiche est puissant.
Il peut persécuter une simple bourgeoise.
D'ailleurs, j'ai dévoilé sa main d'œuvre sur Noël, dans une chanson.
Oh ! Il doit m'en vouloir.
La fin était méchante. Où allez-vous ? Bonsoir.
Commencez ! Commencez ! Commencez ! Commencez ! L'Académie est là, mon fils.
Regarde-les.
Porcher, Colombie, Bourzay, Bourdon, Arbeau.
Tous ces noms n'ont pas un nom au rat.
Que c'est beau.
Lâche-moi ! Je te livre un secret. Dis.
Linière, ton ami, il vit son heure dernière.
Une chanson qu'il fit blesse à quelqu'un de grand et cent hommes ce soir lui font
un guet-apens. Cent hommes ? Contre un seul. Un poète aussi frêle.
Préviens-le.
Où sont-ils ? À la porte de Nel.
Si Rano n'est pas là, j'ai perdu mon pari. Eh bien, tant mieux, tant mieux.
Qui loin des cours, dans un lieu solitaire, se prescrit
à soi-même un exil volontaire, et qui, lorsque Zéphyr a soufflé sur les
bois... Coquin ! N'atteste pas l'interdit pour un mois ! Qu'est-ce ? C
'est lui. J'ai gagné. Roi des pitres ! Hors de scène à l'instant. Monsieur.
Tu récalcites ? Chute assez.
Bon fleuri, jouez. Ne craignez rien. Mais oui ! Qui loin...
dans un lieu seul ! Eh bien ! Faudra-t-il que je fasse, ô monarque des
drôles, une plantation de bois sur vos épaules ?
Disparais !
Je vais me fâcher !
Vous êtes à mon secours, messieurs, mais jouez donc ! Gros homme,
si tu joues, je vais être obligé de te fesser les joues ! Assez !
Les marquis se taisent sur leur banc.
Ou bien je vais tâter ma canne à leur ruban. J'en ai trop.
Mon fleuri. Qu'un mon fleuri s'en aille ou bien je l'essorille et le désentrie
paille. Qu'il sorte. Mais monsieur. Ce n'est pas encore fait. Bon, je vais sur
la scène en guise de buffet découper cette mortadelle d'Italie.
On m'insulte, monsieur.
Vous insultez Thalie.
Mon fleuri, mon fleuri, mon disque, Cyrano.
Ayez pitié de mon fourreau si vous continuez, il va rendre sa lame.
Toi, sors de scène ! Eh bien ? Quelqu'un réclame ?
Si
j'entends encore une fois
cette chanson, je vous assomme tous.
Vous n'êtes pas sans son ! Je vous ordonne de vous taire et je dresse un
défi collectif au parterre.
J'inscris les noms.
Je vais donner des numéros.
Ah non ! Quel est celui qui veut ouvrir la liste ? Vous, monsieur ?
Non ? Vous ? Non ?
Le premier dueliste, je l'expédie avec les honneurs qu'on lui doit. Que tous
ceux qui veulent mourir lèvent le doigt ! La pudeur vous défend de voir Madame
nue ?
Je continue. Donc, je désire voir le théâtre guéri de cette fluxion.
Sinon, je distouille.
mon fleuri.
Jeune oison, j'ai deux raisons dont chaque est suffisante seule. Primo, c
'est un acteur déplorable qui gueule et qui soulève avec des hands de porteur d
'eau le verre qu'il faut laisser s'envoler.
Secondo est mon secret.
Mais vous nous brivez sans surplus de la chlorise et par la force.
Vieille mule, les verres du vieux barreau valant moins que zéro j
'interromps sans remords.
L'intelligente chose ! Au manteau de Tespi, je ne fais pas de trous.
Attrapez cette bourse au vol et taisez-vous !
Attaquez
mon Fleury, mais c'est fou ! Quel scandale ! Lui qui est protégé par le
duc de Candale.
Avez-vous un patron ? Non.
Un protecteur ? Non.
Quoi, pas un grand seigneur pour couvrir de son nom ? Non, et je dis deux fois,
faut-il donc que je triste ? Non, pas de protecteur, mais une protectrice.
Bon, tournez les talons maintenant.
Mais... Tournez !
Vous dites-le moi, pourquoi vous regardez mon nez ? Moi ? Qu'a-t-il d
'étonnant ? Votre grâce se trompe. Est-il molle et ballant, monsieur, comme
une trompe ? Mais du port de les yeux, j'avais su me garder. Et pourquoi, s'il
vous plaît, ne pas le regarder ? J'avais.
Il vous dégoûte, alors ? Monsieur.
Malsaine vous semble sa couleur ? Monsieur.
Sa forme obscène ? Pas du tout. Pourquoi donc prendre un air dénigrant ? Peut
-être que monsieur le trouve un peu trop grand ? Je le trouve petit, tout petit,
minuscule. Hein ? Comment ? M'accuser d'un pareil ridicule, petit, mon nez ?
Hola ! Monsieur ! Et non !
Ferme mon nez ! Ville Camus, saucamard, tête plate, apprenez que je m
'enorgueillis d'un pareil appendice, attendu qu'un grand nez propre au mon
indice d'un homme affable, bon, courtois, spirituel, libéral, courageux,
tel que je suis, et tel qu'il vous est interdit à jamais de vous croire,
déplorables marauds.
Car la face sans gloire que va chercher ma main en haut de votre col est aussi
dénuée de fierté.
d'envol, de lyrisme, de pittoresque, d'étincelle, de somptuosité, de nez.
Enfin, que celle que va chercher ma botte au bas de votre dos. Au secours, à
la garde ! Avis donc au bas d'eau qui trouverait plaisant mon milieu de
visage. Et si le plaisantin est noble, mon usage est de lui mettre, avant de le
laisser s'enfuir, par devant et plus haut, du fer et non du cuir. Mais à la
fin, il nous ennuie.
Fanfaronne. Personne ne va donc lui répondre.
Personne ? Attendez, je vais lui lancer un de ses traits.
Vous ! Vous avez un nez... Euh... un nez...
très grand.
Très ? Ah ! C'est tout ? Oui.
Ah non, c'est un peu court, jeune homme.
On pouvait dire, oh Dieu, bien des choses nous en sommes en variant le ton.
Par exemple, tenez.
Agressif. Moi, monsieur, si j'avais un tel nez, il faudrait sur le champ que je
me l'amputasse.
Amical. Mais il doit tremper dans votre tasse. Pour boire, faites-vous fabriquer
un anap.
Descriptif. C'est un roc.
C'est un pic. C'est un cap. Que dis-je ? C'est un cap. C'est une péninsule.
Curieux. De quoi sert cette oblongue capsule ? D'écritoire, monsieur ? Ou de
boîte à ciseaux ?
Gracieux.
Aimez-vous à ce point les oiseaux que paternellement vous vous préoccupate
tendre ses perchoirs à leurs petites pattes ? Truculant.
Ça, monsieur, lorsque vous patinez, la vapeur du tabac vous sortait le du nez
sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminer.
Maintenant, gardez-vous votre tête entraînée par ce poids de tomber en
avant sur le sol.
Tendre, faites-lui faire un petit parasol de peur que sa couleur au soleil
ne se fane.
Fais donc.
L'animal seul, monsieur, qu'Aristophane appelle hippocampe et les fantômes
camélos, dit avoir sous le front tant de chair, sous tant d'os.
Flammatique, c'est la mer rouge quand il saigne.
Admiratif pour un parfumant, alors qu'elle en saigne.
Lyrique, est-ce une conque ? Et tout un triton.
Naïf. Ce monument, quand le visite-t-on ? Militaire, pointez contre le cavalerie
! Pratique.
Voulez-vous le mettre en loterie ? Assurément, monsieur, ce sera le gros
lot.
Enfin, parodiant Pyram en un sanglot, le voilà-donc ce nez qui, détrait de son
maître, a détruit l'harmonie. Il en rougit, le traître.
Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit si vous aviez un peu de l
'être et d'esprit.
Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres, vous n'en eûtes jamais un atome.
Et de l'être, vous n'avez que les trois qui forment le mot « so ».
Eussiez-vous eu d'ailleurs l'invention qu'il faut pour pouvoir me servir devant
la galerie, pareil assortiment d'amères moqueries, que vous n'en eussiez pas
articulé le quart de la moitié du commencement d'une, car je me les sers
moi-même, avec assez de verve, mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.
Pas le verre, mais les cédrons.
Ces grands airs arrogants.
Un haut-bureau qui n'a même pas de gants, qui sort son ruban.
Sans bouffette, sans ganse. Moi, c'est moralement que j'ai mes élégances.
Je ne sortirai pas avec, par négligence, un affront pas très bien lavé, la
conscience jaune encore de sommeil dans le coin de son oeil, un honneur
chiffonné, des scrupules ordeuils, mais je marche sans rien sur moi qui ne
reluise, empanaché d'indépendance et de franchise.
Il suffit ! Je n'ai pas de gants, la belle affaire.
Il m'en restait un seul, d'une très vieille opère, lequel m'était d'ailleurs
encore fort important.
Je l'ai laissé dans la figure de quelqu'un.
Maraud, faquin, buteur de pieds plats, ridicule. Et moi, Cyrano-Savignin,
Hercule de Bergerac.
Diffondre. Aïe ! Qu'est-ce encore qu'il dit ? Il faut la remuer, car elle s
'engourdit. Ce que c'est que de la laisser inoccupée. Aïe ! Qu'avez-vous ?
J'ai des fourmis dans mon épée.
Soit.
Elle aime ce bruit presque passionnément.
Poète ? Oui, monsieur poète.
Et tellement qu'en ferraillant, je vais, hop, en improvisade, vous composer une
balade. Une balade ? Et vous touchez, monsieur, au dernier vers.
Non. Non ? Balade du duel.
Quand l'hôtel Bourguignon, monsieur de Bergerac, eut avec un bel idre. Qu'est
-ce que c'est que ça, s'il vous plaît ?
C'est le titre.
Attendez, je choisis mes rimes.
Là, j'y suis.
Je jette avec grâce mon feutre. Je fais lentement l'abandon
du grand manteau qui me cale feutre.
Et je tire mon espadon.
Dénégant comme Céladon, agile comme Charamus,
je vous préviens, cher Myrmidon, qu'à la fin de l'envoi...
Je touche !
J'ai dû rester neutre.
Pouvais-je vous larder d'un don ? Dans le flanc, sous votre maheutre, au cœur,
sous votre bleu cordon, les coquilles tintent.
Un point de voltige, une
mousse, décidément, c'est au pedon qu'à la fin de l'envoi, je touche.
Il me manque une rime en neutre.
En paix, plus blanc qu'amidon, c'est pour me fondir le mot bleutre.
Je pars la pointe dont vous espériez me faire don.
J'ouvre la ligne.
Je la bouche.
Tiens bien ta broche, Laridon, à la fin de l'envoi.
Je touche.
Envoi.
Prince, demande à Dieu pardon.
Je carte du pied.
J'esgarbouche. Je coupe.
À la fin de l'envoi, je touche.
Mais où te mènera la façon dont tu vis ? Des ennemis partout.
Oui, cela me ravit.
L'argent que tu jetas sur scène.
Sans tes culs ? C'est le bien que j'avais, en un soir il vécu. Pour vivre
maintenant alors ? Rien ne me reste.
Jeter ce sac, quelle sottise.
Mais quel geste. Quel système est le tien ? J'irai dans un méandre, j'avais
trop de parties, trop compliqué à prendre.
J'ai pris... Lequel ?
Mais le plus simple de beaucoup.
J'ai décidé d'être admirable en tout, pour tout. Soit, mais enfin, à moi le
motif de ta haine pour mon fleuri. Le vrai, dis-le-moi.
Ce Silène.
Je le hais depuis qu'il se permit un soir de poser son regard sur celle.
J'ai cru voir glisser sur une fleur une longue limace.
Comment serait-il possible ? Que j'aimasse ? J'aime.
Tu ne m'as jamais dit.
Qui j'aime ? Réfléchis, voyons.
Il m'interdit le rêve d'être aimé même par une laide.
Ce n'est qui d'un quart d'heure en tout lieu me précède, alors moi j'aime qui ?
Mais cela va de soi.
J'aime, mais c'est forcé, la plus belle qui soit. La plus belle ? La plus fine,
la plus brillante, la plus douce, le vrai.
Comme la plus savante.
Ah mon Dieu, je comprends, c'est clair.
C'est diaphane.
Madeleine Robin, ta cousine.
Oui, Roxane.
Eh bien, mais c'est au mieux. Tu l'aimes, dis-le lui. Tu t'es couvert de
gloire à ses yeux aujourd'hui.
Regarde-moi, mon cher, et dis quelle espérance pourrait bien me laisser cette
protubérance.
Oh, je ne me fais pas d'illusions par bleu, oui.
Quelquefois, je m'attendris dans le soir bleu.
De loin, je suis des yeux sous un rayon d'argent.
Au bras d'un cavalier, quelques femmes.
En songeant que pour marcher à petits pas dans de la lune, j'aimerais moi
aussi au bras en avoir une.
Je m'exalte.
J'oublie.
Et j'aperçois soudain l'ombre de mon profil sur le mur du jardin.
Mon ami.
Mon ami,
j'ai de mauvaises heures.
De me sentir si laid parfois, tout seul.
Tu pleures ? Ah non, cela jamais, non.
Ce serait trop laid si le long de ce nez une larme coulait.
Mais Roxane, ce soir, oui, Roxane elle-même a suivi ton duel.
Elle était toute blême.
Son cœur et son esprit déjà sont étonnés.
Ose et lui parle, afin... Qu'elle me rie au nez ? Non, c'est la seule chose au
monde que je craigne.
Quelqu'un te chercherait ? Ah, mon Dieu, ça deveigne.
Monsieur, votre cousine aimerait bien savoir où, demain, en secret, elle
pourrait vous voir. On a des choses à vous dire.
À moi ? Mon Dieu. Après la messe, où pourrait-on causer un peu ? Où ? Je...
Mais, ah, mon Dieu ! Dites-le vite.
Je cherche. Où ? Chez... Chez... Ragenaud, le pâtissier. Il perche ? Dans
la rue... Ah, mon Dieu, mon Dieu ! Saint-Honoré. On ira.
Soyez-y. Sept heures.
J'y serai !
Moi, Del, un rendez-vous. Eh bien, tu n'es plus triste.
Pourquoi que ce soit, le sait que j'existe. Maintenant, tu vas être calme.
Maintenant ? Mais je vais être frénétique et fulminant. Ils me font une
armée entière à déconfier. J'ai dix cœurs, j'ai vingt bras.
Il ne peut me suffire de pourfendre des nains. Ils me font des géants.
Quoi ? Nous dormons, parlez plus doucement.
Qui grogne ici ?
De quoi se plaint ce tas de bivres ? L'ignore, tyranon.
Qu'est-ce qui t'arrive ? Il ne peut pas rentrer chez lui.
Tiens donc, pourquoi ? Quelqu'un m'a averti, cent hommes contre moi, à cause
de chansons. Grand danger, menace.
Porte de Nel.
Il faut pour rentrer que j'y passe.
Je reste ici caché.
Ils m'ont offert leur toit.
Cent hommes, m'as-tu dit ? Tu coucheras chez toi ! Vous, debout ! Suivez-nous,
et vous serez témoins. Mais cent hommes ! Ce soir, il ne m'en faut pas moins.
Et pourquoi sont-ils cent rassemblés contre lui ? C'est parce qu'on sait bien
qu'il est de mes amis.
... ... ...
...
Etouffant-toi, le dieu qui chante, Ragno.
L'heure du lutte viendra.
C'est l'heure du fourneau.
Vous avez mal placé
la fente de ces miches.
Au milieu, la césure entre les hémistifs.
À ce palais de croûte, il faut vous mettre un toit. Et toi, sur cette broche
interminable, toi, le modeste poulet, la dinde superbe, alterne-les, mon fils,
comme le vieux malherbe alternait les grands vers avec les plus petits.
Et fais tourner au feu des strophes de rôti.
Maître, en pensant à vous ce matin, j'ai fait cuire ceci.
Qui vous plaira, je l'espère.
Une lire.
Va voir à ma santé.
Chut, ma femme, circule. Elle cache de cet argent.
C'est beau.
C'est ridicule.
Mes sacs. Bon, merci.
Si elle... Mes livres vénérés.
Les verres.
de mes amis déchirés, démembrés. Vos méchants écriveurs de lignes inégales.
Fourmis ! Ne sulte pas ces divines cigales.
Avec des vers, faire cela.
Pas autre chose. Que faites-vous alors, madame, avec la prose ? Ah, petit.
Que veux-tu ? Trois pâtés.
Bien haut et bien chaud. S'il vous plaît, enveloppez-les-nous.
Dans un sac ?
Eh bien, oui.
Que je les enveloppe.
Telle, Phyllis, le jour qu'il quitta Pénélope.
Pas celui-ci.
Le blond Phébus.
Pas celui-là. Alors, décidez-vous.
Voilà, voilà, voilà.
Psst, petit.
Rendez-moi le sonnet à Phyllis.
Au lieu de trois pâtés, je vous en donne six.
Phyllis.
Sur ce doux nom, une tache de beurre.
Phyllis. Quelle heure est-il? Oh, mon Dieu!
Je... Sept heures?
Ah, quel moment il y a ce barral, ce combat!
Lequel? Celui de l'hôtel de Bourgogne. Ah, le duel? Oui, le duel en veille. Il
en a plein la bouche. À la fin de l'envoi.
Encore? Oh non ! Je touche à la fin de leur envoi. Je touche que c'est beau à
la fin de leur envoi. Quelle heure, Raguenaud ? C'était en deux. Je touche.
Oh, faire une balade ! Qu'avez-vous à la main ? Rien, une estafilade.
Courrez-vous quelques périls ? Moi ? Non, aucun.
Je crois que vous mentez.
J'attends ici quelqu'un. Vous nous laisserez seuls ? C'est que je ne peux
pas. Mes rimeurs vont venir.
Pour leur premier repas.
Ici, vous saurez bien.
Et voilà.
Lui écrire, peut-être.
Oui, partir, me sauver. Lui laisser une lettre.
Régalez-vous ! Que c'est qu'on peut manger quand on a faim ? Surtout, passez
-moi des pâtés.
Pour la première fois, la lyre me nourrit. Une recette en verre.
Écoutez, mes amis. Oui, oui, nous t'écoutons.
Comment on fait les tartelettes amandines ? Battez pour qu'ils soient
mousseux quelques œufs.
Incorporez à leur mousse un jus de ses draps choisis.
Versez-y un bon lait d'amande douce.
Mettez de la pâte à flan dans le flan des moules à tartelettes.
D'un doigt, preste à bricoter les côtés.
Versez goutte à gouttelette votre mousse en ses puits.
N'êtes-vous pas gourmande ? À me rendre malade. Bon, voici deux sonnets de M.
Binserade que je vous remplis de Darion.
Aimez-vous le gâteau qu'on nomme Petit Chou ? Oui.
Vous aimez les gâteaux frais ? J'en suis férue.
Veuillez aller manger tout ceci dans la rue.
Et ne revenez qu'après avoir fini.
Roxane, cet instant est un instant
béni.
Parfois, vous oubliez que j'existe et respire.
Mais qu'importe aujourd'hui.
Que venez-vous me dire ?
D'abord, merci.
Pourquoi ? Ce vicomte, ce fat, qu'au brave jeu d'épée, hier, vous avez fait
mat, c'est lui qu'un grand seigneur ait pris de moi. De guiche ? Cherché à m
'imposer comme un mari.
Postiche ! Je me suis donc battu, cousine, et c'est tant mieux, non pour
mon vilain nez, mais bien pour vos beaux yeux.
Puis je voulais...
Mais pour la vue que je viens faire, il faut que je revoie en vous le presque
frère avec qui je jouais dans le parc, près du lac.
Oui, vous veniez tous les étés à Bergerac.
Roxane, en jupe en cours, s'appelait Madeleine. J'étais jolie, alors.
Vous n'étiez pas vilaine.
Parfois, tomber d'un arbre et la main tout en sang vous accouriez.
Alors, jouant à la maman, je disais d'une voix qui tâchait d'être dure. Qu
'est-ce que c'est encore que cette égratignure ?
C'est trop fort, et celle-ci ? Non.
Montrez-la.
Hein, votre rage encore ? Où as-tu fait cela ? En jouant, du côté de la porte de
Nel.
Tu t'es battu ? À peine, une simple querelle.
Racontez-moi, pendant que j'ôte un peu le sang, ils étaient contre vous ? Oh,
pas tout à fait.
Sans. Racontez.
Non, laissez.
Mais vous...
Dites la chose qu'en entrant vous n'osiez pas dire.
À présent, j'ose.
Car le passé m'encourageait de son parfum.
Oui, j'ose maintenant.
Voilà, j'aime quelqu'un.
Qui ne le sait pas d'ailleurs.
Pas encore.
Mais qui va bientôt le savoir s'il l'ignore.
Un pauvre garçon qui jusqu'ici m'aimait timidement.
De loin, sans oser le dire, elle se met à votre main, voyant elle à la fièvre.
Mais moi, j'ai vu trembler les aveux sur sa lèvre.
Et figurez-vous, tenez que, justement, oui, mon cousin, il sert de votre
régiment, puisqu'il est cadet dans votre compagnie.
Il assure son front de l'esprit, du génie.
Il est fier, noble, jeune, intrépide, beau.
Beau ? Quoi qu'avez-vous ?
Moi ? Rien.
C'est... C'est... C'est ce bobo.
Vous vous êtes parlé ? Jamais.
Il est cadet ? Cadet au garde, oui.
Son nom, vous le savez ? C'est le baron Christian de Neuvillette.
Hein ? Il n'est pas au cadet ? Si, depuis ce matin.
J'ai fini les gâteaux, monsieur de Bergerac. Eh bien, lisez les verres
imprimés sur le sac.
Ma pauvre enfant.
Vous qui n'aimez que beau langage, bel esprit.
Si c'était un profane, un sauvage ? Non.
Tous les mots qu'il dit sont fins, je le devine. Oui, tous les mots sont fins,
quand la moustache est fine.
Et si c'était un sot ? Eh bien, j'en mourrais, là.
Vous m'avez fait venir pour me dire cela ? Je n'en sens pas très bien l'utilité,
madame.
Non, écoutez.
Quelqu'un m'a mis la mort dans l'âme en me disant que tous vous êtes tous
gascons dans votre compagnie.
Et que nous provoquons tous les blancs-becs qui sont là par faveur ?
Oui, j'ai très peur pour lui.
Non, sans raison.
Mais j'ai songé en vous voyant hier tenant tête à ces brutes, vous
invincibles et grands tels que toujours vous fûtes.
J'ai songé, s'il voulait, lui, que tous ils craindront. C'est bien.
Je défendrai votre petit baron.
Oh, n'est-ce pas que vous allez me le défendre ?
J'ai toujours eu pour vous une amitié si tendre. Oui, oui. Vous serez son ami ?
Je le serai. Et jamais il n'aura de duel ? C'est juré.
Oh, je vous aime bien.
Il faut que je m'en aille.
Mais vous ne m'avez pas raconté la bataille de cette nuit ? Vraiment, c'est
dû être inouï ? Dites-lui qu'il m'écrive.
Oh, je vous aime.
Oui, oui.
Cent hommes contre vous.
Allons, adieu.
Nous sommes de grands amis.
Oui, oui.
Qu'il m'écrive.
Saint homme, vous me direz plus tard, maintenant je ne puis.
Saint homme, quel courage.
Oh,
j'ai fait mieux depuis.
Et ce combat prodigieux fut digne de l'Antique. Ce fut extravagant. Sans
égard au mérite.
Notre héros ! Notre héros ! Il
est blessé. Pas obtenu.
Mais non. Juste un peu écorché.
Apprends ce mot à m'en dire. Tu vas nous raconter. Le récit du combat.
Oui, le récit.
Assez !
Mais qu'as-tu donc ? Rien.
Roxane t'a parlé ? Non.
C'est bien vrai ?
Monsieur,
mes félicitations pour le nouvel exploit dont le bruit vient le court.
Bravo. Et Monseigneur s'y connaît en bravoure. Je n'aurais jamais cru le fait
si ces messieurs n'avaient pu me jurer l'avoir vu. De nos yeux.
Sans contraintes.
Ainsi donc, vous servez chez ces fous de gascons, n'est-ce pas ? Au cadet, oui.
Chanou ! Ces jeunes gens à la mine hautaine, ce sont donc les fameux...
Cyrano ! Capitaine.
Puisque ma compagnie est, je crois, au complet, veuillez la présenter au comte,
s'il vous plaît.
Il est d'humeur bourrue.
Eh bien !
Pas aujourd'hui.
Bon, je dis le couplet à sa place.
Allez-y.
Ce sont les cadets de Gascogne, de Carbon, de Casteljaloux, menteurs et
brêteurs... Brêteurs et menteurs, sans vergogne, tous plus nobles que...
plus nobles que des filous, parlant baston. Parlant blason, lambelle,
bastogne, ce sont les cadets de Gascogne, de Carbon, de Casteljaloux.
Jambes de cigogne, moustache de chat, dents de loup, fendant la canaille qui
grogne, ils vont.
Coiffés d'un vieux vigogne dont la plume cache les trous. De gloire leur âme est
ivrogne. Perces belaines et casses trognes sont leurs sobriquets les plus
doux. Dans tous les endroits où l'on cogne, ils se donnent des rendez-vous.
Ce sont les cadets de Gascogne qui font au cul tous les gens loups.
Un poète est un luxe aujourd'hui qu'on se donne.
Voulez-vous être à moi ? Non, monsieur, à personne.
Vous pourriez amuser mon oncle Richelieu.
Et je veux vous servir auprès de lui.
Grand Dieu.
Vous avez bien aimé cinq actes, j'imagine ? Oui.
Une tragédie. Appelez.
Agrippine.
Portez-la lui.
Vraiment ? Il est des plus experts. Il vous corrigera seulement quelques vers.
Impossible, monsieur.
Mon sang se coagule en pensant qu'on y peut changer une virgule. Vous êtes
fier. Vraiment ? Vous l'avez remarqué ?
Ce matin sur le quai, le bizarre régibier en plumes que nous prime, les
feutres des fuyards et restes des victimes.
Celui qui poste à ses gueux, ma foi, doit rager aujourd'hui. C'est donc qui c
'est ? C'est moi.
Je les avais chargés d'un châtier, besogne qu'on ne fait pas soi-même.
Henri Maillard, ivronne. Grand auteur de chansons. Vous vous êtes permis.
Monsieur, si vous voulez les rendre à vos amis...
Vous êtes permis de me contrecarrer dans mes projets, monsieur.
Projet d'assassiné ? Non, non.
Angélique, ça suffit ! Alors ? Sortez d'ici ! Sortez !
Monsieur,
une question.
Avez-vous lu le Don Quichotte ? Je l'ai lu et me découvre au nom de cet
hurluberlu. Veuillez-en méditer un peu, ne vous déplaise, sur le chapitre des
moulins. Chapitre 13.
Car lorsqu'on les attaque, ils arrivent, souvent.
J'attaque dans des gens qui tournent tatouvant. Qu'un moulinet de leurs
grands bras chargé de toiles vous lance dans la boue.
Ou bien dans les étoiles.
Ça, tu conviendras.
Eh bien oui, c'est mon vice.
Déplaire est mon plaisir, j'aime qu'on me haïsse. Si tu laissais un peu ton
âme, mousquetaire, la fortune et la gloire... Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant ? Prendre un patron ? Comme un lierre
obscur qui se circonvient à un tronc et s'en fait un tuteur en lui laissant l
'écran, ça ? Climper par ruse ? Au lieu de s'élever par force ? Non, merci.
Pédier comme tous ils le font des verges aux financiers, se changer en bouffon
dans l'espoir vil de voir.
Aux lèvres d'un ministre naître un sourire enfin qui ne soit pas sinistre.
Non, merci.
Déjeuner chaque jour d'un crapaud.
Avoir un ventre usé par la marche.
Une peau qui plus vite à l'endroit des genoux devient sale.
Exécuter des tours de souplesse dorsale. Non, merci.
De trouver du talent comme Mazette.
Être terrorisé par de vagues casettes. Et se dire sans cesse, oh, pourvu que je
sois dans les petits papiers du Mercure, François.
Non, merci.
Calculer. Avoir peur.
Être blême, et même mieux faire une visite qu'un poème, rédiger des placés,
se faire présenter. Non, merci ! Non, merci ! Non, merci !
Mais chanter, rêver, rire,
passer, être seul, être libre,
avoir l'œil qui regarde bien, la voix qui vibre. mettre, quand il vous plaît,
son feutre de travers, pour un oui, pour un non, se battre ou faire un verre.
Travailler sans souci de gloire ou de fortune, à tel voyage auquel on pense,
dans la lune, triomphant par hasard, en garder le mérite bref,
dédaignant d'être le lierre, parasite, l'or même qu'on n'est pas, le chêne ou
le tilleul.
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul.
Fais tout haut l'orgueilleux et la mère, mais tout bas, dis-moi tout simplement
qu'elle ne t'aime pas.
Si tu ne le sais pas, toi, le nouveau venu, je t'apprends quelque chose. C'est
qu'il est un objet chez nous dont on ne cause pas plus que de cordon dans l
'hôtel d'un pendu. Ah oui ? Regarde-moi.
Tu m'as bien entendu ? Ah, c'est le... Chut ! Jamais ce mot ne se profère.
Ou c'est à lui, là-bas, que l'on aurait affaire ? Un mot suffit. Que dit Jean
-Maud ? Un geste, un seul. Et tirer son mouchoir, c'est tirer son linceul.
Capitaine ! Monsieur ? Que fait-on quand on trouve des méridionaux au Troventard
? On leur prouve qu'on peut être du Nord et courageux. Merci.
Ah !
Le récit ! Le récit ! Le récit ! Eh bien donc, vers minuit,
j'allais à leur rencontre.
La lune dans le ciel luisait comme une montre, quand, soudain, je le sais que
le soigneux horloger s'est emmis à passer un coton nuagé sur le boîtier d
'argent de cette montre ronde.
Il se fit une nuit la plus noire du monde.
les quais n'étant pas du tout illuminés.
Mordius ! On n'y voyait pas plus loin que son nez.
Qu'est-ce que c'est que cet homme-là ? C'est un homme arrivé ce matin.
Ce matin ? Il se nomme le baron Christian de Neu... Ah ! C'est bien.
Je...
Très bien.
Je disais donc, Morbius, que l'on n'y voyait rien.
Et je marchais, songeant que pour un gueux fort mince, j'allais mécontenter
quelques grands, quelques princes, qui m'auraient sûrement... Dans le nez.
Une dent, qui m'aurait une dent, et qu'en somme imprudent, j'allais fouer...
Le nez.
Le doigt entre l'écorce et l'arbre, car ce grand pouvait être de force à me
faire donner.
Sur le nez. Sur les doigts ! Mais j'ajoutais, marche Gascon, fais ce que
dois. J'avance, et tout à coup me trouve... Nez à nez.
Face à face ! Oui, avec son braillard enragé qui puait.
À plein nez. L'oignon et la vinasse.
Je bondis, front baissé. Nez au ventre. Et je passe.
J'en estomac deux, j'en empale un tout vif. Quelqu'un m'ajuste, paf ! Et je
riposte. Pisse ! Tonnerre ! Sortez tous !
C'est le réveil du tigre.
Sortez ! Laissez-moi seul avec cet homme. Bigre, on va retrouver le
machine. J'en meurs d'effroi. Des miettes de cadets.
Malheur.
Embrasse-moi.
Monsieur. Bravo. Ah, ça, mais... Très brave, je préfère. Me direz-vous ?
Embrasse-moi, je suis son frère. De qui ? Mais d'elle.
Hein ? Mais de Roxane.
Si elle vous, son frère ? Ou tout comme, un cousin, fraternel. Elle vous a...
Tout dit.
Même telle.
Peut-être.
Comme je suis heureux, monsieur, de vous connaître.
Voilà ce qui s'appelle un sentiment soudain.
Pardonnez-moi.
C'est vrai qu'il est beau, le gredin.
Roxane attend ce soir une lettre de toi.
Ah non, c'est impossible.
Impossible ? Pourquoi ? Parce que... je suis sot.
Maman, tu es de honte. Mais non, tu ne l'es pas, puisque tu t'en rends compte.
D'ailleurs, tu ne m'as pas attaqué comme un sot. On trouve des mots quand on
monte à l'assaut.
C'est de l'esprit banal, celui des militaires.
Mais... je ne sais devant les femmes que me taire.
Ah, leurs yeux, quand je passe, ont pour moi des bontés.
Et leur cœur n'en ont plus quand tu dois leur parler.
Je ne sais pas parler d'amour.
Moi je saurais, mais à quoi bon ? Qui me voyant m'écouterait ? Oh, pouvoir
exprimer les choses, avec grâce.
Être un joli petit mousquetaire qui passe.
Roxane est précieuse, exigeante, coquette.
Il me faudrait de l'éloquence.
Je t'en prête ! Toi, du charme physique vainqueur prêtement.
Et faisons-en nous deux.
Un héros de roman.
Quoi ? Te sens-tu de force à répéter les choses que chaque jour je t'apprendrai ?
Tu me proposes ? Puisque tu crains tout seul de refroidir son cœur.
Monsieur Rano ! Christian ! Veux-tu ? Tu me fais peur que je brille.
Veux-tu ? Quoi ? Cela te ferait tant de plaisir.
Cela... Cela...
m'amuserait.
C'est une expérience à tenter un poète.
Veux-tu me compléter ? Et que je te complète, tu marcheras, j'irai dans l
'ombre à ton côté. Je serai ton esprit, tu seras ma beauté. Mais la lettre qu'il
faut aujourd'hui lui remettre, je ne pourrai jamais. Tiens, la voilà, ta
lettre. Hormis la signature, il ne manque plus rien.
Je... Tu peux l'envoyer, sois tranquille, elle est bien.
Prends, nous avons toujours nous autres dans nos poches quelques lettres d
'amour, filles de nos caboches.
Prends, tu verras, prends-la ! J'y suis très éloquent.
Ira-t-elle à Roxane ? Elle ira comme un gant.
Mais... La crédulité de l'amour propre est telle que Roxane croira que c'est
écrit pour elle.
Mon ami...
Alors ?
C'est très, très surprenant.
On peut donc te parler de ton nez maintenant.
Je suis entre vos mains.
Ce papier, c'est ma voix.
Cette encre, c'est mon sang.
Cette lettre, c'est moi.
Croyez que tout mon corps ne transporte que fièvre, croyez que devers vous mon
cœur ne fait qu'un cri, et que si les baisers s'envoyaient par écrit, madame,
vous liriez ma lettre avec les lèvres.
de ce monde obscur, vulgaire et mensonger.
Il existe un pays pour les cœurs raffinés, loin de ce monde amer,
violent et tortueux.
Il existe un pays pour les amants heureux.
Bonsoir. Non, non...
Je viens prendre congé.
Vous partez ? Pour la guerre.
Ce soir même.
J'ai des ordres en assiège à race.
Ah, en assiège ? Oui.
Mon départ a l'air de vous laisser de neige. Mais non.
Mais si,
hélas.
Vous reverrai-je ? Quand ? Vous savez que je suis nommé maître de camp ?
Bravo. Du régiment des gardes.
Ah, des gardes. Où sert votre cousin, le mot-phrase ventarde ?
Je saurais me venger de lui là-bas.
Comment les gardes vont là-bas ? Tiens, c'est mon régiment.
Christian.
Qu'avez-vous ? Ce départ me désespère.
Quand on tient à quelqu'un le savoir à la guerre.
Pour la première fois, me dire un mot si doux.
Le jour de mon départ.
Alors vous allez vous venger de Cyrano ?
On est pour lui.
Non, contre.
Vous le voyez.
Très peu.
Partout, je le rencontre.
Vous voulez vous venger, mais pour lui faire mal, vous l'envoyez au feu qu'il
adore.
Banal. Je sais, moi, ce qui pour lui serait sanglant.
C'est ? Si votre régiment, en partant, le laissait avec ses chers cadets,
pendant toute la guerre, à Paris, bras croisés, c'est la seule manière, un
homme comme lui, de le faire enrager.
Vous voulez le punir, privez-le de danger.
Une femme.
Une femme ! Il n'y a qu'une femme pour inventer ce tour.
Il se rongera l'âme, mais ses amis les pointent de n'être pas au feu.
Et vous serez vengé.
Vous m'aimez donc un peu.
Je veux voir dans ce fait d'épouser ma rancune une preuve d'amour, Roxane. C'en
est une.
J'ai les ordres sous moi qui vont être transmis à chaque compagnie.
Oui, dans une heure, hormis...
Celui-ci, c'est celui des cadets. Je le garde.
Cyrano, son humeur bataillarde.
Vous jouez donc des tours aux gens, vous ? Quelquefois.
Vous m'affolez.
Ce soir, écoutez, oui, je dois être parti, mais fuir quand je vous sens ému.
Écoutez, il y a près d'ici, dans la rue d'Orléans, un couvent où je peux me
cacher. Les capucins ne pourront pas me refuser.
On me... trois rabattis et, ce soir, sous le masque.
Laissez-moi revenir vous voir, cher Fantasque.
Mais si cela s'apprend, votre gloire... Mais le siège, Arras ! Tant pis.
Permettez. On permet.
Je dois vous le défendre.
Partez. Christian, reste.
Je vous veux héroïque.
Antoine. Vos célestes. Vous aimez donc celui... Pour lequel j'ai frémi.
Je pars.
Êtes-vous contente ? Oui, mon ami.
Nous serons en retard, je vous ai prévenu.
Clomir et mon ami, ils m'auront attendu.
Cousine ! Ah, Cyrano ! Qui cherchez-vous ? Comment ? Vous cherchez bien quelqu'un
? Oui, je cherche... Christian.
Il m'écrit nuit et jour, mais je ne sais pourquoi il s'enfuit sans raison dès que
je l'aperçois.
Roxane ! S'il vous plaît, venez à mon secours. Mais de quoi parle-t-il dans
ces lettres ? D'amour.
Ces mots sont des soleils et j'en suis aveuglée.
Il est maître absolu de toute ma pensée. Roxane !
Que je l'aime.
Il a donc tant d'esprit.
Cousin plus que vous-même.
Il sait parler du cœur d'une façon experte. Mais il n'en parle pas,
monsieur. Il en dit certes.
Roxane.
Allez-y, mon.
Bonsoir, Félicie.
Bonsoir. Parthénoïde.
Trouvez-le où qu'il soit.
Dites-lui que je veux ce soir même combler le plus doux de mes vœux, les
beautés. Qu'il a su depuis deux jours m'écrire, je veux tout près de moi me l
'entendre les dire. Venez vite.
J'y vais.
Ne manquez pas ces singes.
Voyez, leur...
C'est ce soir ou jamais, prépare ta mémoire. Le moment est venu de te
couvrir de gloire. Quoi ? Qu'écris-tu encore ? Les mots que tu vas dire, il va
falloir parler.
Quoi ? Oui ! Elles désirent te voir enfin de près.
Ne perdons pas de temps.
Tiens, voilà le début, assieds-toi et apprends. Non.
Apprends ta leçon. Non, je n'apprendrai rien.
Je suis là d'emprunter ces mots qui sont les tiens.
Maintenant, je le sais. Oui, je sens qu'elles m'aiment. Mais si je n'ai plus
peur, je vais parler moi-même. Ah oui ? Et qui te dit que je ne saurais pas ? Je
ne suis pas si bête à la fin. Tu verras.
Oui, mon cher, ton exemple a été profitable. Je saurais parler seul. Et
de par tous les diables, je saurais bien toujours la prendre dans mes bras.
Parlez tout seul, monsieur.
Attends, ne t'en vas pas.
La bouche qui dit moins que les yeux.
Beaux yeux dont la teinte profonde trouble des cœurs incessamment. Le doux
repos qui ne se fonde que sur un si doux mouvement.
Bouche, la merveille des bouches.
Bouche au parler délicieux.
Bouche à donner de l'âme au sourd.
à donner de l'âme aux souches, bouche qui n'est que pour les
dieux.
Christian,
vous êtes là ? C'est moi.
L'air est doux.
Il fait nuit.
Nous sommes seuls.
Venez.
Asseyons-nous.
Parlez.
J'écoute.
Je vous aime.
Oui, parlez-moi d'amour.
Broder, broder, broder.
Je t'aime tant.
Sans doute, et puis ? Et puis, je serais si content si vous m'aimiez. Dis-moi,
Roxane, que tu m'aimes.
Vous m'offrez du bruit quand j'espérais des crèmes.
Dites un peu comment vous m'aimez.
Mais, beaucoup.
Oh, des labyrinthes et vos sentiments.
Donc, je voudrais l'embrasser. Christian, encore ?
Non, je ne t'aime pas.
C'est heureux.
Je t'adore.
Oh non.
Pardon, je deviens saut. Et cela me déplait, comme il me déplairait que vous
devinciez laid. Mais... Allez rassembler votre éloquence en fuite.
Écoutez... Vous m'aimez, je sais, adieu. Pas tout de suite, je vous dirai... Que
vous m'adorez, oui, je sais. Non, non, allez-vous-en. Mais je... C
'est un succès.
Bonne nuit.
Qui est là ? Qui lance des cailloux ? C'est moi.
Qui moi ? Christian.
Je voudrais, je voudrais vous parler.
Non, vous parlez trop mal.
De grâce à notre amour, cela serait fatal.
Non, vous ne m'aimez plus.
M'accuser juste Dieu de n'aimer plus quand j'aime plus.
Tiens, mais c'est mieux.
L'amour grandit, bercé, dans mon âme inquiète, que ce cruel marmot prit
pour... Barcelonette.
Barcelonette. C'est mieux.
Mais puisqu'il est cruel, vous fuyez de saut de ne pas cet amour l'étouffer au
berceau.
Aussi l'ai-je tenté, mais tentative nulle. Ce nouveau-né, madame,
est un petit...
Hercule. C'est mieux.
De sorte qu'il strangula comme rien les deux serpents orgueil et
doute. Ah, c'est très bien.
Mais pourquoi parlez-vous lentement, mon ami ? Vos mots sont hésitants. Pourquoi
? C'est qu'il fait nuit.
Quoi ? Dans l'ombre, atteint-on ? Il cherche
votre oreille.
Les miens n'éprouvent pas difficulté pareille ? Ils trouvent tout de suite.
Oh, cela va de soi.
Puisque c'est dans mon cœur, eux, que je les reçois. Or, moi, j'ai le cœur grand.
Vous, l'oreille petite.
D'ailleurs, vos mots à vous descendent.
Ils vont vite.
Les miens montent, madame. Il leur faut plus de temps.
Mais ils montent bien mieux depuis quelques instants. De cette gymnastique,
ils ont pris l'habitude.
Je vous parle en effet d'une vraie altitude.
Certes. Et vous me tueriez si de cette hauteur vous me laissiez tomber un mot
dur sur le cœur.
Je descends. Non.
Grimpez jusqu'ici alors, vite. Non. Comment non ? Laissez un peu que l'on
profite de cette occasion qui s'offre de pouvoir se parler doucement sans se
voir. Sans se voir ? Mais oui, c'est adorable.
On se devine à peine.
Vous voyez la noirceur d'un long manteau qui traîne.
J'aperçois la blancheur d'une robe d'été.
Moi, je ne suis qu'une ombre et vous qu'une clarté.
Et je crois vous parler pour la première fois.
C'est vrai que vous avez une toute autre voix. Oui, toute autre.
Car dans la nuit qui me protège, j'ose être enfin moi-même.
J'ose.
Où en étais-je ? Je ne sais tout ceci.
Pardonnez mon émoi.
C'est si délicieux.
C'est si nouveau pour moi.
Si nouveau ? Si nouveau, mais oui, d'être sincère.
La peur d'être raillé toujours au cœur me sert.
Raillé de quoi ? Mais d'un élan.
Oui, mon cœur toujours de mon esprit s'habille par pudeur.
Ah, l'esprit, je le hais dans l'amour.
C'est un crime lorsqu'on aime de trop prolonger cet escrime.
Le moment vient d'ailleurs inévitablement.
Et je plains ceux pour qui ne vient pas ce moment où nous sentons qu'en nous un
amour noble existe, que chaque joli mot que nous disons rend triste.
Et bien si ce moment est venu pour nous deux, quels mots me direz-vous ? Tous
ceux qui me viendront, je vais vous les jeter en touffe sans les mettre en
bouquet. Je vous aime, j'étouffe, je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus,
c'est trop.
Et ton nom dans mon cœur a l'écho d'un sanglot. De toi, je me souviens de tout.
J'ai tout aimé. Je sais que l'an dernier, un jour, le 12 mai, pour sortir
le matin, tu changeas de coiffure.
Un soleil m'éblouit.
C'était ta chevelure.
Comprends-tu à présent ? Enfin te rends-tu compte ? Sens-tu mon âme un peu
dans cette ombre qui monte ? Oh, mais vraiment, ce soir, c'est trop beau.
C'est trop doux.
Je vous dis tout cela, vous m'écoutez, moi. Vous, c'est trop.
Dans mon espoir, même le moins modeste, je n'ai jamais espéré tant.
Il ne me reste qu'à mourir maintenant.
C'est à cause des mots que je dis qu'elle tremble entre les bleus rameaux.
Je sens le tremblement, adoré de ta main descendre tout le long des branches du
jasmin. Oui, je tremble et je pleure.
Je t'aime.
Je suis tienne et tu m'as enivré.
Alors que la mort vienne.
Cette ivresse, c'est moi.
Moi qui l'ai su causer.
Je ne demande plus qu'une chose.
Un baiser.
Hein ? Quoi ? Vous demandez ? Oui, je... Tu vas trop vite. Puisqu'elle est si
troublée, il faut que j'en profite. Oui, j'ai demandé, c'est vrai.
Mais juste, monsieur.
Je comprends que je fus bien trop audacieux.
Alors... Non.
Ce baiser, ne me l'accordez pas. Pourquoi ? Tais-toi, Christian.
Que dites-vous tout bas ?
Mais d'être allé trop loin, moi-même, je me gronde. Je me disais, tais-toi,
Christian. Une seconde. Obtiens-moi ce baiser. Attends.
Où êtes-vous ? Nous parlions d'un baiser.
Non. Si, le mot est doux.
Taisez-vous.
Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce ? Un serment fait d'un peu
plus près.
Une promesse plus précise, un aveu qui veut se confirmer.
Un point rose qu'on met sur lit du verbe aimer, c'est un secret qui prend la
bouche pour oreille.
Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille.
Une communion ayant un goût de fleur.
Une façon d'un peu se respirer le cœur et d'un peu se goûter au bord des lèvres
l'âme.
Priez-vous, s'il vous plaît.
Oui, je me tais, madame.
Mais il me semble à présent que c'est mal.
Vous êtes toujours là ? Monte donc, animal !
Monsieur ? Oui, quoi ? Pardon, Madeleine Robin, c'est ici sa maison ? Oui,
je suis son cousin, que voulez-vous ? J'ai un billet à lui remettre.
Ola ! Roxane ! Oh !
Qui est-il ?
Une lettre ? Tiens, Christian.
Cyrano. Que fais-tu donc ici ? Qui peut m'envoyer une lettre à minuit ? Oh, il
ne peut s'agir que d'une sainte chose.
C'est-à-dire que Seigneur qui... C'est de Guiche.
Mon régiment s'en va, je vous désobéis. Je suis restée pour vivre avec vous
cette nuit. J'arrive en grand secret, attendez-moi.
J'espère que vos lèvres quittent un temps mon sourire.
Mon père, voici ce que me dit cette lettre, écoutez.
Mademoiselle, il faut souscrire aux volontés du cardinal, si dur que cela
vous puisse être.
C'est la raison pourquoi j'ai fait choix pour remettre ces lignes en vos mains
charmantes, d'un très saint, d'un très intelligent et discret capucin.
Nous voulons qu'il vous donne, et dans votre demeure, la bénédiction nuptiale
sur l'heure. Vous mariez ? Avec qui ? Et séance tenant.
Comment ? Mais tais-toi donc, il faut bien qu'elle invente.
Christian doit en secret devenir votre époux.
Je vous l'envoie, il vous déplait, résignez-vous.
Ah !
Courage, mon enfant.
Oh, j'étais sans crainte. Il ne pouvait s'agir que d'une chose sainte. C'est
affreux. C'est vous ? Non, lui.
Mais le pinceau n'est pas si repoussant.
Est-il sûr ? Poscriptum.
Donnez pour le couvent 120 pistoles.
Digne, digne, seigneur.
Résignez-vous.
Je me résigne.
Il nous faut nous unir, monsieur, sans résistance.
C'était votre désir ? Oui ou non ? Oui, je pense.
Allez, dépêchez-vous. De Guiche va venir.
Vous !
Je vous donne un quart d'heure pour les bénir.
Tu seras mon témoin. Debout, réveille-toi.
Allons vite. Témoin ? Debout.
Témoin de quoi ?
Vite le chandelier, la nappe, un crucifix, les anneaux. Quels anneaux ?
Et du laurier béni.
Quel est cet homme ? Et d'où nous tombe-t-il ? De la lune ! Comment ? Des
riens ! Quelle heure est-il ? Qui est-ce ? J'y vois mal. N'a-t-il plus sa raison
? Quelle heure ? Quel pays ? Quel jour ? Quelle saison ? Mais, je suis étourdi !
Monsieur ! Comme une bombe, je tombe de la lune ! Bonsoir, monsieur ! J'en tombe
! Quoi ? Quoi que vous en tombez, c'est peut-être un dément ! Et je n'en tombe
pas métaphoriquement ! Bon !
Il y a cent ans ou bien une minute, j'ignore tout à fait ce que dura ma
chute. J'étais dans cette boule, à couleur de safran.
Quel est ce continent ? Où suis-je ? Soyez francs, ne me déguisez rien ! Ah !
Grand dieu ! Je crois voir qu'on a dans ce pays le visage tout noir.
Comment ? Suis-je en Algérie ? Êtes-vous indigène ? C'est un masque ! Oh, je suis
d'Ambonise, ou d'Angers. Une dame m'attend.
Je suis donc à Paris.
Le drôle est assez drôle.
Je ris, mais veux pas faire. C'est à Paris que je retombe. J'arrive.
Excusez-moi pas la dernière trompe. Je suis un peu couvert d'éther.
J'ai voyagé.
J'ai les yeux tout remplis de poudre d'astre.
J'ai aux éperons encore quelques poils de planète. Tenez, sur mon fourfoin, un
cheveu de comète.
En proulant le trident, j'ai vité ces trois lances et suis allé tomber assis
dans les balances de l'aiguille. À présent, là-haut, marque mon poids. Par
l'enfer !
Par le ciel ! Douteriez-vous de moi !
Le
voilà !
Dépêchez-vous, mon père. Et pourquoi faudrait-il hâter une prière ?
Je suis ! Parfait ! Retirez ça, pour m'écouter ! Mon masque ! Plus de masque
! Il faut que vous sachiez comment la lune est faite, et si quelqu'un habite
dans la rotondité de cette cucurbite. Non ! Vous devez savoir comment j'y suis
monté. Ce fut par un moyen que j'avais inventé.
Vous dominez ? C'est un fou ! La marée !
Oui, l'eau de l'océan par la lune est tirée.
Je me mis sur le sable, après un bain de mer.
Et la tête partant la première, mon cher, car les cheveux surtout gardent l
'eau dans leurs franges. Je m'enlevais dans l'air, droit, tout droit, comme un
an. Je connais cette foi.
Savoyard, je suis ivre.
Le quart d'heure est passé, monsieur, je vous délivre.
Le mariage est fait.
Vous voyez, c'est Cyrano.
Ils viennent à l'instant d'échanger leur ami.
Un beau couple, mon fils, réuni là par vous.
Vous pouvez dire adieu, madame, à votre époux.
Comment ? Le régiment déjà se met en route.
Joignez-le, vous partez.
Pour la guerre ? Sans doute.
Mais monsieur, les cadets n'y vont pas.
Ils iront.
Voici l'ordre.
Quoi le portez-vous, baron ? Christian.
Vous entendez, c'est en bourre, c'est pour nous.
Obéissez, monsieur.
Eh bien, qu'attendez-vous ? Allons.
La nuit de noces est encore lointaine.
Dire qu'il croit me faire énormément de peine.
Vous aussi vous parlez ? Je vous le confie, promettez-moi que rien ne va
mettre sa vie en danger.
J'essaierai.
Que ce siège terrible n'aura jamais froid.
Je ferai mon possible, mais... Il sera fidèle ? Eh oui, sans doute, mais... Qu
'il m'écrira souvent.
Ça, je vous le promets.
Sous-titrage FR ?
Blessé ? Non.
Tu sais bien qu'ils ont pris l'habitude de me manquer tous les matins.
C'est un peu rude pour porter une lettre.
À chaque jour levant, de risquer. J'ai promis qu'il écrirait souvent.
Surtout, ne lui dis rien.
Si la pauvre petite savait qu'il meurt de faim.
Mais toujours bourre.
Va vite dormir.
Ne grogne pas, Lebray, je te l'ai dit.
Pour franchir la ligne espagnole, j'ai choisi un endroit.
Où je sais chaque nuit qu'ils sont ivres. Tu devrais bien un jour nous
rapporter des vivres. Impossible.
Il faut être léger pour passer.
Nous étions assiégeants.
Nous voilà assiégés.
Quelle honte.
Où vas-tu ? Dormir, enfin ? Peut-être, quand j'aurai terminé. Quoi donc ? Une
autre dette.
Ils ont le fer.
Et alors, moi aussi ? Donne les oreilles à moi, j'ai des bourdons de main.
Non, non, votre affamé, pas d'oreilles, tu mens.
Richelieu à Paris fait ses quatre repas. Il devrait t'envoyer du perdreau ?
Pourquoi pas ? Moi, je voudrais du veau. Du ragoût de mouton. Du bœuf à l
'étouffée. Un boudin à l'oignon. Du pâté de canard. Des haricots.
Des crêpes. Avec de la rôtie et une sauce au cèpe.
J'ai faim ! Mais vous ne pensez qu'à manger !
Approche, Bertrandou.
Le fifre.
Ancien berger.
Souffle un air du pays, tu sais.
Juste pour moi.
Un air dont la musique a l'air d'être en patois.
Écoutez, les Gaspons.
Ce n'est plus sous ses doigts.
Le fiffre aigu des camps, c'est la flûte des bois.
Ce n'est plus le sifflet du combat sous ses lèvres, c'est le lent galoubet de
nos meneurs de chèvres.
Écoutez, c'est le val, la lande, la forêt,
le petit pâtre brun sous son rouge béret.
C'est la verte douceur des soirs sur la Dordogne.
Écoutez, Dégascon.
Toute la Gascogne.
Et tu les fais pleurer ? De nostalgie. Un mal plus noble que la faim.
Pas physique, moral.
Tu vas les affaiblir. Allons donc.
Qu'est-ce ? Tu vois ? Il a suffi d'un
roulement de caisse.
C'est un gascon, hélas. Un faux, méfiez-vous. Parce que les gascons, ils
doivent être fous.
Rien de plus dangereux qu'un gascon raisonnable. Il est pâle. Il a faim.
autant qu'un pauvre diable. N'ayons pas l'air non plus de souffrir.
Vous, vos cartes, vos pips et vos dés.
Et moi, joli, j'ai quatre.
Ah, bonjour.
Il est vert.
Il n'a plus que les yeux.
On me regarde ici ? Oui, je le sais, monsieur.
Aubreau, Béarnais, Baron, Périgourdin n'ont pour leur colonel pas assez de
dédain.
Ça suffit.
Je peux mépriser vos bravates.
On connaît ma façon d'aller aux mousquetades hier à Bapaud.
Avec mes gens en avalanche, j'ai chargé par trois fois.
Et votre écharpe blanche ? Vous savez, ce détail.
À la troisième charge, un remous de fuyard m'entraîna sur la marge des
ennemis. J'étais en danger qu'on me prie et qu'on marque Musa.
Quand j'eus le bon esprit de dénouer et de laisser couler à terre l'écharpe qui
disait mon grade militaire, en sorte que je pus sans attirer les yeux quitter les
Espagnols et revenant sur eux, suivi de tous les miens réconfortés, les battre.
Eh bien, que dites-vous de ce trait ? Qu'Henri IV n'eût jamais consenti le
nombre lacablant à se diminuer de son panache blanc.
L'adresse a réussi cependant.
C'est possible, mais on n'abdique pas l'honneur d'être une cible.
Si j'eusse été présent quand l'écharpe coula, je l'aurais ramassée et me la
serais mise.
Oui, ventardise encore de Gascon.
Ventardise, prêtez-la moi.
Je m'offre à monter dès ce soir à l'assaut de premier avec elle en son
toit. Offre encore de Gascon.
Vous savez que l'écharpe resta chez l'ennemi sur les bords de la scarpe en
un lieu que depuis la mitraille cribla, où nul ne peut aller la chercher.
La voilà.
Merci.
Je vais avec ce bout d'étoffe clair pouvoir faire un signal que j'hésitais à
faire.
Qui est-ce ? Un espagnol que je paie, un espion, et je peux, grâce à lui, forcer
leur décision.
C'est très commode.
Et justement, cette nuit même, pour nous ravitailler, je compte un coup suprême,
je lance vers Dourlance tout notre régiment, vous seul et vos cadets
resteront dans le camp. Et si les Espagnols le savent ? Ils le savent.
Et demain, dès l'aurore, ils vous attaqueront.
Et si vous les retenez deux heures sans plier, nos troupes en revenant pourront
les enfoncer.
Mais pour tenir ainsi, vous aurez l'obligence de vous faire tuer.
Ah, voilà la vengeance.
Comme à votre bravoure, on n'en comprend aucune. C'est mon roi que je sers en
servant ma rancune.
Souffrez que je vous sois, monsieur reconnaissant. Je sais que vous aimez
vous battre un contre cent.
Vous ne vous plaindrez pas de manquer de besogne.
À vous revoir, messieurs les cadets de Gascogne.
Que fais-tu ? Rien.
Non, tu mens.
Montre-moi.
Tu veux ? Oui, montre.
Bien voilà, j'écrivais tes adieux.
À Roxane ? À qui d'autre ? Ah oui.
Tu crois peut-être qu'un messager volant emportera ta lettre ? Non, on peut
traverser, aller jusqu'à Vimy.
C'est impossible.
Non.
Tu l'as fait ?
Tu écris souvent ? Plus souvent que tu crois.
Tous les jours ? Réponds-moi ! Oui, tous les jours.
Deux fois.
Et cela, ton ivraie ? L'ivraie, c'était elle que tu bravais la mort ? Oui, pour
toi. Non, pour elle ! Et tu ne m'as rien dit ? Oui, bien sûr, je
comprends. Non, tu ne comprends pas. Tu te trompes, Christian.
Elle a ce petit rond.
Un rond ? C'est une larme.
Oui.
Poète, on se prend à son jeu, c'est le charme. Tu vois bien, ce billet, c'était
très émouvant. Je me suis fait pleurer moi-même en l'écrivant.
Où vas-tu ? Cyrano, il nous faut un canon.
Prends le brin avec toi et quatre ou cinq garçons.
Amen.
Où vas-tu ? À Vimy, pour porter une lettre. Une lettre ? Il est fou ! Nous,
on va se repaître. Pendant qu'ils communient, on va voler leurs peignes.
Venez ! On veut bien mourir, mais pas de feuilles.
Nous les mangeons !
Vite, on a le routine !
Par où diable, madame, avez-vous pu passer ? Par Bétune et Vimy, à travers
la forêt. Madame, c'est fou.
C'était trop long, ce siège. Tu ne peux pas rester.
Et pourquoi m'en irais-je ? Madame, il a raison, ne restez pas.
Fuyez. Pourquoi ? Les Espagnols, ils vont nous attaquer.
Très bien, on va se battre. Il faut que tu t'en ailles.
Ah non, j'ai décidé de voir une bataille.
Où est-on mangé ? J'aimerais des chauds froids, du vin fin, des pâtés. Voulez
-vous m'apporter tout ça ? Nous en manquons.
Alors, des hortelans, des truites, des jambons, n'importe quoi ? Où les trouver
? Dans mon carrosse.
Mais il faut conserver des coupes et des os.
J'ai dans mon équipage un homme précieux.
Allez le regarder d'un peu plus près, messieurs.
Petit garde-manger !
Rouge
ou blanc, a du pain pour M. Ducarbon.
Buvez un peu.
Pourquoi pleurez-vous ? Je vais trop boire.
Eh bien, notre précieuse était une héroïne. Monsieur de Bergerac, je suis
votre cousine.
Et où sont les cadets ? Ça, c'est impossible ! L'aurait-il déserté ? À
vos postes ! Oui, oui.
Mais vous êtes tout rouges. Qu'avez-vous ? C'est le sang. On va se battre. Ils
bougent. Ils sont ivres. Qui ? Nous ? Pas vous ! Fous, ils sont cadets ! Oui,
oui. Merci, monsieur.
Bien charmant de t'attention.
Qu'ont-ils bu ? Ils sont fous ! Chacun son contre-fiche.
On s'arme !
Garde-vous ! Bonjour, monsieur de Guiche.
C'est un ordre fuyé. Moi, jamais.
Vous restez ? Oui.
Très bien.
On me donne un mousquet.
Moi ? Je ne quitte pas une femme en danger.
Dis donc, pourquoi qu'on peut lui donner un manger ? Les vivres ? Il en sort
dessous toutes les vestes.
Est-ce que vous croyez que je mange vos restes ? Vous faites des progrès.
Je vais me battre à Genne. À Genne ? Il vient d'avoir l'accent.
Moi ? Salutons !
Ne bouge pas d'ici. Où vas-tu ? Attends-moi.
À l'abri ! Pourquoi es-tu venue ? Pourquoi ? À cause
de tes lettres. Pour quelques petites lettres d'amour.
Tais-toi.
Tu m'en attends, écris tes plus belles, toujours.
Tu ne peux pas savoir.
Mon Dieu, je t'ai adoré, c'est vrai, depuis le soir, où tu ne vois que j
'ignorais sous ma fenêtre.
Ton âme commençait de se faire connaître.
Mais tes lettres, vois-tu, c'était depuis un mois, comme si tout le temps
je l'entendais, ta voix.
Oui, je lisais, je relisais, je défaillais. J'étais à toi, Christian.
Ton amour me brûlait.
Pardon de t'avoir fait dans ma frivolité l'insulte de t'aimer d'abord pour ta
beauté. Roxane. Mais plus tard, ton âme m'entraînant, je t'aimais pour les deux
ensemble.
Et maintenant ? Et bien toi-même, enfin, l'emporte sur toi-même.
Et ce n'est plus que pour ton âme que je t'aime. Non.
La beauté par quoi ? Tout d'abord, tu me plus.
Maintenant, j'y vois mieux et je ne la vois plus. Non. Tu es encore d'une telle
victoire. Roxane. Je comprends, tu ne peux pas y croire à cet amour.
Je ne veux pas de cet amour. Moi, je veux être aimé plus simplement pour...
Pour ce qu'elles ont aimé, on veut jusqu'à cette heure.
Laissez-vous donc aimer d'une façon meilleure. Non, c'était mieux avant. Tu
n'y comprends rien. C'est maintenant que j'aime mieux, que j'aime bien.
C'est ce qui te fait toi. Tu m'entends que j'adore.
Et moi, brillant... Tais-toi. Je t'aimerai encore, même si ta beauté tout
d'un coup s'envolait.
Non, ne dis pas cela. Si je le dis.
Quoi ? Lay ? Oui.
Lay, je te le jure.
Eh bien, mais tu es blême. Elle ne m'aime plus. Comment ? C'est toi qu'elle
aime. Non.
Elle n'aime plus que mon âme. Non.
Si. C'est donc bien toi qu'elle aime et tu l'aimes aussi.
Moi ? Je le sais.
C'est vrai.
Comme un fou.
Davantage.
Dis-le lui ! Non ! Pourquoi ? Regarde mon visage. Dis-lui tout ! Non.
Christian, tu me tentes, c'est mal. Je suis là de porter en moi-même un rival.
Parle-lui. Je veux savoir. Et quel préfère l'un de nous deux ? Ce sera toi.
Mais je l'espère.
Que veut-il ? Ne restez pas là. Mais que vous a-t-il dit ? Ah, mon Dieu, il s'en
va !
Peut
-être
a-t-il douté de ce que j'avais dit, et pourtant c'était vrai. Vous n'avez pas
menti. Non, non, je l'aimerais même.
Le mot vous gêne devant moi ? Non.
Il ne me fera pas de peine, même s'il est ailé ? Même s'il est ailé.
Même défiguré ? Même défiguré.
Et s'il était affreux, ridicule, grotesque, vous l'aimeriez encore ? Et
davantage, presque.
Dieu, c'est vrai, peut-être, et le bonheur est là.
Mais quoi, que dites-vous ? Je... Écoutez, voilà.
Roxane, je voudrais... Christian !
J'ai tout dit.
C'est toi qu'elle aime encore.
Oh non.
Christian.
Christian.
Vous autres, sauvez-la ! Ah non, reste avec moi ! Mais Roxane, on se bat ! Ce
lettre ? Vous étiez le seul à le connaître. N'est-ce pas que c'était un
être exquis ? Un être merveilleux ? Oui, Roxane. Un poète inouï, adorable ? Oui,
Roxane. Un esprit sublime ? Oui, Roxane.
Un cœur profond, inconnue du profane ? Une âme magnifique et pure ?
Il est duc maintenant, et maréchal, je crois. Il n'était plus venu la voir
depuis des mois.
Toujours en deuil.
Toujours. Aussi fidèle.
Aussi.
Vous m'avez pardonné ? Puisque je suis ici.
Ce matin, je l'ai vu.
Très bien, Sœur Marthe. Mais dire est un péché.
À tout petit Bruno. Je le dirai ce soir à M.
Cyrano. Oh non ! J'ai fait pour lui des pâtes d'angélique. Vous savez qu'il n
'est pas un très bon catholique.
Nous le convertirons.
Je vous défends de l'entreprendre encore sur ce point, mes enfants.
Ne le tourmentez pas.
Il viendrait moins, peut-être. Mais Dieu ! Rassurez-vous.
Dieu doit bien le connaître. Mais chaque samedi, quand il vient, d'un air fier,
il me dit en entrant, ma soeur, j'ai fait gras hier.
Il vous dit ça ? Toujours.
Mais samedi dernier, il n'avait pas mangé depuis deux jours entiers.
Même mort, vous l'aimez.
Quelquefois, il me semble qu'il n'est mort qu'à demi.
Que nos cœurs vont ensemble.
Et que son amour flotte autour de moi, vivant.
Ah tiens, voilà le vrai.
Elle vient ici souvent ? Monsieur le maréchal. Vous arrivez trop
tôt, il ne vient qu'à 7h. Qui donc ? Cyrano.
Ah, lui.
Comment va-t-il ? Mal.
Mal ? Il exagère.
Tout ce que j'ai prédit.
L'abandon, la misère, ces pamphlets qui lui font des ennemis nouveaux.
Il attaque les faux nobles, les faux dévots, les faux braves, les plagières,
tout le monde.
Mais son épée inspire une terreur profonde. Ne le plaignez pas trop.
Il a vécu son pacte libre, dans sa pensée autant que dans ses actes.
Monsieur le Duc. Je sais, oui, j'ai tout.
Il n'a rien.
Mais je lui servirai bien volontiers la main.
Adieu. Je vous conduis.
Oui, parfois je l'envie.
Voyez-vous, lorsqu'on a trop réussi sa vie...
On sent, n'ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal, mille petits dégoûts de
soi dont le total ne fait pas un remord, mais une gêne obscure.
Et les manteaux de ducs traînent dans leur fourrure pendant que les grandeurs
remontent les degrés d'un bruit d'illusions sèches et
de regrets.
Vous voilà bien, Réveur.
Monsieur le vrai, vous permettez un mot ? C
'est vrai, nul n'oserait attaquer votre ami, mais beaucoup l'entend haine. Et
quelqu'un me disait hier au jeu chez la reine, ce Cyrano pourrait mourir d'un
accident.
C'est jour-ci qu'il ne sort pas.
Qu'il soit prudent.
Non !
Le médecin, monsieur.
Trouvez un médecin.
Vous, restez près de lui.
Oui, monsieur.
Je reviens.
L'heure a sonné, madame.
Il devrait être là.
Rien ne peut l'empêcher de venir.
Le voilà !
Je
vais manquer de laine.
Ces teintes fanées, comment les ressortir ?
Depuis 14 années, pour la première
fois en retard.
Oui, je sais.
J'enrage.
Je fus mis en retard, en effet, et par une visite assez inopportune.
Ah oui, quelque fâcheux ? Cousine,
c'était une fâcheuse.
Vous l'avez renvoyée ? Oui.
J'ai dit excusez-moi, mais c'est aujourd'hui samedi, jour où je dois me
rendre en certaine demeure.
Rien ne m'y fait manquer.
Repassez.
Dans une heure.
Eh bien, cette personne attendra pour vous voir. Je ne vous laisse pas partir
avant ce soir.
Peut-être un peu plus tôt faudra-t-il que je parte.
Vous ne taquinez pas Sœur Marthe ? Si.
Sœur Marthe, approchez.
Vos yeux toujours baissés.
Qu'avez-vous ?
Hier, j'ai fait gras.
Je sais.
Mais vous êtes si pâle.
Au réfectoire, vous viendrez tout à l'heure et je vous ferai boire un grand
bol de bouillon.
Oui, c'est ça. Vous viendrez ? Elle vous convertit ? Moi ? Non, je vous promets.
Racontez-moi cette semaine quoi de neuf ? Ma gazette, j'attends.
Oui.
Samedi 19, ayant mangé huit fois du résiné de sept, le roi en fut guéri par
deux coups de lancette. Au grand bal, chez la reine, on a brûlé dimanche
763 flambeaux de cire blanche.
Nos troupes ont battu lundi Jean l'Autrichien.
On a pendu quatre sorciers.
Le petit chien de Madame Datis a dû prendre un clister.
Monsieur de Bergerac, voulez-vous bien vous taire ? Mardi, rien.
Ligue d'Amir a changé d'amant.
Jeudi, toute la cour est à Fontainebleau.
Le vendredi 25, la brune Mancini a dit non le matin
et le soir a dit oui.
Et ça me dit... 26.
Cousin.
Je vous assure, ce n'est rien.
Laissez-moi. Venez.
C'est ma blessure d'arras qui, quelquefois, vous savez... Pauvre
aimant. Mais ce n'est rien.
Cela va finir.
C'est fini.
Chacun de nous a sa blessure.
J'ai la mienne.
D'où je revive, elle est là, cette blessure ancienne.
Sous sa dernière lettre au papier jaunissant, où l'on peut voir encore des
larmes et du sang.
Sa lettre.
N'aviez-vous pas dit qu'un jour, peut-être, vous me la feriez lire ?
Ah, vous voulez... sa lettre ? Oui.
Je veux... aujourd'hui.
Tenez.
Je peux ouvrir ? Ouvrez.
Lisez.
Roxane, adieu.
Je vais mourir. Tout haut ? C'est pour ce soir, je crois, ma bien-aimée.
J'ai l'âme lourde encore d'amour inexprimé.
Et je meurs.
Jamais plus.
Jamais mes yeux grisés.
Mes regards dans cette aile... Comme vous la lisez sa lettre. Dans cette aile
effrémissante faite, nous baiserons au vol les gestes que vous faites.
J'en revois un petit qui vous est familier pour toucher votre front.
Et je voudrais crier. Comme vous la lisez, cette lettre. Et je crie à Dieu.
Vous la lisez.
Ma chère, ma chérie, mon trésor. Tu ne vois.
Mon amour. Tu ne vois, mais que je n'entends pas pour la première fois. Mon
cœur ne vous quitta jamais une seconde.
Et je suis.
et serez jusque dans l'autre monde celui qui vous aima sans mesure.
Celui... Comment pouvez-vous
lire à présent ? Il fait nuit.
C'était vous.
Non, Roxane, non.
J'aurais dû deviner quand vous disiez mon nom.
Non, ce n'était pas moi.
C'était vous.
Je vous jure. J'aperçois toute la généreuse imposture.
Les lettres, c'était vous.
Non. Les mots chers et faux, c'était vous. Non.
La voix dans la nuit, c'était vous. Je vous jure que non.
L'âme, c'était la vôtre. Je ne vous aimais pas. Vous m'aimiez. C'était l
'autre. Vous m'aimiez. Non.
Déjà, vous le dites plus bas.
Mon cher amour, je ne vous aimais pas.
Que de choses qui sont mortes, qui sont nées.
Pourquoi vous êtes-tu pendant 14 années, puisque sur cette lettre où l'une n
'était pour rien, ces pleurs étaient de vous ? Ce sang était le Cieux.
Cyrano !
Tu es là.
Tiens, bonsoir, mes amis. Il s'est tué, madame, en venant jusqu'ici.
Mais tout à l'heure, alors, cette faiblesse, cette... C'est vrai.
Je n'avais pas terminé ma gazette.
Et samedi 26, une heure avant dîner, monsieur de Bergerac est mort,
assassiné. Quoi ? Que vous a-t-on fait ? Le destin est ailleurs.
Moi qui toujours voulais tomber.
La pointe au cœur.
Oui, voilà que je suis tué dans une embûche, par derrière, par des laquais,
d'un coup de bûche.
C'est très bien.
J'aurais tout manqué, même ma mort.
Monsieur.
Raguenaud, ne pleure pas si fort.
Allez chercher de l'aide.
Non, non.
N'y allez pas.
Quand vous reviendriez, je ne serai plus là.
Qu'est-ce que tu deviens maintenant, mon confrère ? Tu n'es plus pâtissier.
Non, je suis chez Molière.
Mes amis m'ont ruiné. Et ta femme est partie.
Molière, que fais-tu dans cette compagnie ? Bougeur de chandelles.
Je quitte demain.
Oui, je suis indigné.
Hier, on jouait ce capin et j'ai vu qu'il vous a pris une scène.
Entière ? Oui, monsieur. Le fameux que diable allait-il faire ? Molière te l'a
pris.
Il a bien fait.
La scène, n'est-ce pas, produit beaucoup d'effets.
Oh, monsieur, on riait, on riait.
Oui, ma vie, ce fut d'être celui qui souffle et qu'on oublie.
Vous vous souvient-il du soir où Christian vous parla sous le balcon ? Eh
bien, toute ma vie est là.
Pendant que je restais en bas dans l'ombre noire, d'autres m'ont accueilli
le baiser de la gloire.
C'est justice.
Et j'approuve au seuil de mon tombeau Molière a du génie.
Ma sœur, ma sœur, venez ! Non, n'appelez personne.
Qu'elles aillent prier, puisque leurs cloches sonnent.
J'ai fait votre malheur.
Moi.
Moi. Vous.
Au contraire.
J'ignorais la douceur féminine.
Ma mère ne m'a pas trouvé beau.
Je n'en ai pas eu de sœur.
Plus tard, j'ai redouté l'amante à l'œil moqueur.
Je vous dois d'avoir eu tout au moins une amie.
Grâce à vous, une robe a passé dans ma vie.
Je vous aime.
Vivez.
Il est trop tard, cousine.
Je vais monter là-haut, dans la lune à Paline.
Plus d'une âme que j'aime y doit être exilée.
Et je retrouverai Socrate et Galilée.
Philosophe, physicien, rimeur, breteur, musicien,
et voyageur aérien, grand riposteur du tac au tac.
Amant aussi, pas pour son bien.
Fidji, Hercule, Savignin, de Cyrano, de
Bergerac, qui fut tout et qui ne fut rien.
Mais je m'en vais.
Pardon.
Je ne peux faire attendre.
Vous voyez ?
Le rayon de lune vient me prendre.
Ne me soutenez pas, non.
Rien.
Rien que les arbres.
Elle vient.
Je me sens déjà botté de marbre, ganté de plomb.
Mais puisqu'elle est en chemin, j'irai à sa rencontre.
Et l'épée à la main.
Que dites-vous ? C'est inutile ? Je le sais.
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès, non.
C'est bien plus beau lorsque c'est inutile.
Qu'est-ce que c'est que tout cela ? Vous êtes mille.
Ah, je vous reconnais.
Tous mes vieux ennemis.
Le mensonge, les lâchetés, les compromis.
Je sais bien qu'à la fin, vous me mettrez à bas n'importe.
Je me bats, je me bats, je me bats.
Oui, vous m'arrachez tout.
Le laurier et la rose, arrachés.
L'IA malgré vous.
Je rentrerai chez Dieu.
Mon salut balayera largement le seuil bleu.
Quelque chose que sans un pli, sans une tache, j'emporte malgré
vous.
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