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Oh, leur concert c'était du top, les accords de guitare ça décollait ! Putain
de délire ! Tu m'étonnes ! T'as vu le nasse qu'est-ce qu'il y avait à sonneau
? Il voulait en prendre plein les oreilles, il en a eu plein la tronche !
Mais alors plein la tronche ! Regardez qui est là.
Einstein.
Einstein, viens à l'écoute.
Qui est qui ? Ne
bouge
pas.
Allez, dégage.
Allô, sécurité ? Je vous signale une agression dans le bus numéro... Allez,
roule, colère.
Allez, roule.
M'éteins ton pied, t'es roule.
Premier qui bouge, je l'éclate.
Allez, à genoux, entraîne.
Allez, roule, roule, roule.
Dis-moi, papa, tu manges pas ? Je suis au régime. Bon, mange ça.
Bon, alors dis-moi, dans quelles conditions un OPJ a-t-il le droit de
piéger un suspect sans risquer le défaut de procédure ? OPJ, tu peux pas dire
comme tout le monde un officier de police judiciaire, non ? C'est trop
long. Bon, alors tu m'as pas répondu. D'abord, pourquoi tu me demandes ça ce
matin, alors ? J'ai un partiel de droit pénal.
Eh bien, écoute, piéger, piéger, tu me parles de piéger, un piège, s'il est
bien fait, ben, c'est pas un défaut de procédure.
Il ne faut pas se faire prendre, c'est ça ? Non, un piège, c'est fait pour ne
pas se voir.
Si on le voit, ce n'est plus un piège, c'est une faute.
Mais légalement ? Légalement, pour piéger un suspect, il faut demander l
'autorisation au procureur ou à son substitut.
Et toi, tu respectes toujours cette règle ? On croit toujours que la règle,
c'est droit.
Mais il y a aussi des règles tordues. Et moi, je respecte les règles, même
tordues. Toi, tu me parles de théorie, moi je te parle de pratique.
Navarro, j'écoute.
Bon, j'arrive.
Alors, où est la différence entre la théorie et la pratique ? Alors, je vais
t'expliquer.
La théorie, c'est que je suis au repos.
Et la pratique, c'est que je retourne au boulot.
Je reviens.
Bonjour, patron.
Bonjour.
Blomé était dans le bus ? Il a essayé d'intervenir. Il a été éjecté. Il est
aux urgences, c'est pas brillant, mais il a rien de cassé.
Où est la victime ?
Il a été étranglé ? Violé d'abord.
Le chauffeur est traumatisé, il a craqué nerveusement.
Le médecin l'a bourré de calmant.
Il y a d'autres témoins ? Pour l'instant, non.
L'homme a dit ça quand c'est arrivé.
Il y a son nom dedans.
Quel saleton.
Oh, ça vient de le dire.
Putain.
Auclin !
Il va me conduire à l'hosto, on va voir Blomé.
Qu'est-ce qu'il a ? On va voir.
A l'heure du chauffeur, il n'avait pas de témoignage. Il a reçu les gens du
quartier. Bien, inspecteur. J'aurais dû le raccompagner. Il n'avait pas de
voiture ? Non.
Elle est au garage.
Problème de radiateur. J'aurais dû insister, vraiment.
En plus, il était vachement tard.
Arrête de culpabiliser. De toute façon, il n'est pas mort.
Il va peut-être mourir.
Il est en état de choc.
Il a une fracture du poignet droit et des contusions multiples.
Il va rester longtemps encore ici ? Encore trop tôt pour répondre.
Il prend la prochaine radio du poignet.
On va essayer de vous le rendre le plus vite possible.
Bon, merci, docteur.
Donc là, tu vas prévenir sa mère.
Mais délicatement, elle ne va pas nous la foler.
On peut le voir quelques minutes ? Bien sûr, mais il est hors d'état de
répondre.
Tout va bien, ne vous inquiétez pas.
Vous serez debout d'ici peu.
Je vous ai apporté votre livre, j'ai commencé, vous me raconterez la suite.
Madame Bloubet, c'est l'inspecteur Auclin.
Écoutez, votre fils vient d'être victime d'un accident.
Non, de la circulation, rassurez-vous, tout va bien.
Le crâne est intact.
Non, non, non, c'est juste le poignet, le bras.
Il est cassé, oui.
Aux urgences ? À l'hôpital, oui. Non, je ne peux pas vous le passer, il dort.
Il est avec l'infirmière.
Non, non, non, non, il ne dort pas avec l'infirmière, non.
Non, pas avant demain.
Oui,
oui, d'accord.
C'est grave ? Non, il a seulement des rouillées.
La tête.
Qu'est-ce qu'il a ? Il a une tête à sucer de la purée qu'une paille. Si son
âme l'a soufflé.
Patron, le divisionnaire vous attend.
Dis-lui que j'arrive.
Monsieur le divisionnaire, le patron arrive.
Je vois bien qu'il arrive.
Martin.
Alors, comment va-t-il ? Comme quelqu'un qui tombe d'un bus en marche.
Ça ne vous est jamais arrivé ? Je ne prends jamais le bus.
Soyez gentil, faites-lui parvenir un petit bouquet de fleurs de ma part.
C'est déjà fait, monsieur le divisionnaire. Un gros.
Un gros ? Vous avez bien fait.
Inutile de vous dire que cette pénible affaire me contrarie énormément.
Vous n'avez pas besoin de me dire, monsieur le divisionnaire. Ce qui vous
contrarie, ce n'est pas l'état de santé de l'OM, mais plutôt la suite, non ? La
suite, c'est que le préfet m'a déjà appelé.
Ils redoutent une réaction des conducteurs de bus si on ne leur promet
pas une action efficace pour leur sécurité et la sécurité des passagers.
La sécurité des passagers, ça ne dépend pas de nous, mais des transports
publics. On ne va pas mettre nos hommes dans tous les bus. Ils n'ont qu'à
doubler les effectifs, surtout de nuit. Écoutez, Navarro, ne mêlez pas les
transports publics à cette affaire.
Si nous avons les coupables, nous évitons une grève.
Sinon, vous viendrez travailler à pied.
Écoutez, j'ai quand même une voiture, monsieur le député.
Vous me contrariez, Navarro. Vous faites tout pour me gâcher ma journée.
Écoutez, ne vous mettez pas dans cet état. Je vous promets d'arrêter tous les
types, mais pas pour enrayer une grève qui ne nous concerne pas, mais parce qu
'il y a eu meurtre et viol.
Oui, ben c'est pareil.
Comment ça c'est pareil ? Oui, faites vite.
La victime, Florence Lijon, prof de maths au lycée Jean-Jacques Rousseau,
elle avait un studio dans la même rue.
Elle habitait seule ? Oui.
Il y a encore sa voix sur le répondeur.
Ecoutez.
Bonjour, vous êtes bien chez Florence Lijon ? Je ne suis pas là, mais si vous
me laissez un message après le bip, je ne manquerai pas de vous rappeler.
Merci, à très bientôt.
On a l'impression qu'elle est encore vivante.
Elle a des messages ? Non.
Aucun. Elle était moins ? Personne. C'est à croire que le bus était vide.
ou que le quartier était désert.
C'est curieux, là.
L'année dernière, je me suis fait arracher mon sac dans une rue piétonne.
Il y avait au moins cinq ou six personnes, il n'y en a pas une qui a
bougé. Des momies.
Et votre sac ? Je l'ai retrouvé dans un bac à fleurs, vide.
Le bac ? Non, le sac.
Et voilà, tout bien, deux beurrés.
Merci, Ginou.
Beurré avec amour.
La tendresse qu'une femme peut mettre dans une tartine beurrée.
Moi, j'ai surtout mis du beurre.
Je ne crois pas à ta dent.
Excuse-moi, Navarro, mais si je ventre vide, je n'ai pas la tête pleine.
Tu comprends ce que je veux dire ? Non, mais ça ne fait rien. Récite ta leçon,
je t'écoute.
Elle a été violée.
Elle viole collectif ? Non, un seul type, un seul sperme.
Riche en spermatozoïdes.
Encore vivant.
Si ça t'intéresse, un spermatozoïde peut vivre 72 heures dans le corps humain. Ça
ne m'intéresse pas les spermatozoïdes, ce qui m'intéresse, c'est la victime.
Tu as tort, c'est important.
Écoute, en calculant le nombre de spermatozoïdes dans un millimètre cube
de sperme, tu as l'âge du type.
Le violeur a 20 ans, ou pas loin.
Et si après ? La victime n'a pas été étranglée. Il n'y a pas eu d'écrasement
du cartilage pharyngé.
Elle a eu la nuque brisée.
Un coup ? Non, elle est tombée à l'arrière.
C'est fou, ça. Agresser, violer, pour finir morte, c'est un acharnement
terrible, ça, non ? Maintenant, il n'est pas impossible que la mort soit
accidentelle. Il n'y a pas de viol accidentel. Et puis qu'il ait voulu la
tuer ou non, le résultat est le même, elle est morte.
Navarro, moi, je t'informe, et toi, tu me coupes, tu m'écoutes même pas. Mais
je t'écoute, mais tu m'énerves, écoute. C'est vrai, il m'énerve.
Il était nerveux.
Bon, t'as rien d'autre à nous dire de plus, là ? C'est pas sans vagues.
Non, non, mais elle avait de l'alcool dans le sang.
Elle devait sortir d'une soirée ou d'une boîte.
Alors, elle était dans le bus par hasard.
Merci, Ginou. Oh, l'homme, t'es folle de tout.
Elle était dans le bus par hasard, alors.
Ah, mais c'est à toi de vérifier, ça.
Écoute, normalement, un taré...
Normalement, un taré repère sa victime.
Repère sa proie. Il attend d'être seul avec elle pour la tuer.
Là, il attaque à plusieurs, dans un bus, devant tout le monde.
C'est fou, quand même.
La violence n'a pas de limite.
Ils étaient combien ? Je vous assure, commissaire, je me suis rejoué le film
toute la nuit. Honnêtement, je ne peux pas vous dire s'ils étaient trois ou
quatre. Je conduisais et l'autre avait détourné le rétroviseur intérieur. Je ne
voyais pas ce qui se passait. Vous ne les avez pas vus, mais vous les avez
entendus ? Oui.
Et d'après les voix, ils avaient quel âge ? 20-25 ans. C'était des voix
jeunes. Et ils avaient un accent ? Oui, celui de la banlieue.
Et les passagers, ils étaient combien ? Six, en comptant la victime et votre
inspecteur qui a été éjecté.
Monsieur, est-ce que vous pourriez nous indiquer sur ce plan la place des
passagers dans le bus ?
Ce dont je suis sûr, c'est qu'il y avait un homme et une femme de chaque côté de
la porte centrale.
Ici ? Là, il y avait une femme de couleur et l'homme était en face.
Et vous n'avez pas pensé à lancer l'alerte ? Si, mais il y a un des types
qui s'est précipité sur moi et qui m'a arraché l'appareil des mains.
Alors vous avez vu son visage ? Il est resté dans mon dos. Je vous ai dit qu'il
avait détourné le rétroviseur.
Il vous a parlé ? Il m'a dit de continuer à rouler et de regarder droit
devant moi.
Est-ce qu'il avait un accent ?
Pas lui.
J'ai le réflexe de freiner au moment où il jetait le passager dehors.
Ils m'ont fait éteindre les lumières intérieures et tourner en rond. J'avais
un couteau dans le dos, je pouvais rien faire.
C'est pas mon métier, j'ai appris à conduire, pas à me battre.
J'ai entendu les voix de la jeune femme.
Je t'entends encore.
Je n'ai plus rien.
Et les passagers, comment ils ont été libérés ? Ils les ont fait descendre
après leur avoir pris leur papier.
Ils ont pris leur papier d'identité aux passagers.
Vous êtes sûr ? Absolument certain, oui.
C'est intéressant, ça.
Bon, la donne vient de changer.
Les agresseurs ne sont pas tombés de la dernière pluie. Ils ont les coordonnées
de tous les témoins.
Vous voulez dire que c'est pour exercer une pression sur eux ? Évidemment, c'est
pour ça que personne ne s'est présenté ici pour raconter ce qu'il a vu.
On n'est pas prêts de les retrouver.
Au contraire, on a même une grande chance.
Vous perdez vos papiers d'identité, qu'est-ce que vous faites ? Vous faites
une déclaration au commissariat de police.
Alors demain, je veux la liste de toutes les déclarations de perte ou de vol de
papiers d'identité depuis ce matin. C'est du boulot.
C'est du boulot, c'est pour ça qu'on est ici.
Alors Boréli, puisque tu viens de nous dire que c'est du boulot, tu vas le
faire. Au clin, toi tu vas passer à l'hosto et si Blomé va mieux, il te
donnera des détails.
Toi bien Marie, tu files au lycée Jean-Jacques Rousseau.
ont des renseignements sur la victime.
Entrez.
Monsieur le divisionnaire vous attend dans son bureau.
Il faut y aller.
Il faut que je me mêle.
Il faut que je me mêle.
Ah, Navarro.
Je viens de recevoir les...
PV de la brigade des transportonnés.
Ça n'a pas été facile, ils ne voulaient pas les lâcher. J'ai dû mettre tout mon
poids dans la balance.
Merci, ça va me servir.
Faites au plus vite.
J'ai le préfet sur le dos.
Un premier dépôt de bus est en grève et ça risque de s'étendre.
Les syndicats réclament la protection de la police pour le service de nuit.
Enfin, c'est quand même pas à nous d'assurer la protection des bus.
C'est à eux.
Mais c'est à nous qu'ils le réclament.
Vous avez une piste ? Si les témoins s'étaient manifestés, ça serait plus
clair. Moi, je vais bien aller plus vite, mais comment ? Je sais pas ce qu
'il faut faire, moi, mais faites-le ! Vous nous mettez une grève sur le dos,
Navarro. Toute la population va souffrir si vous ne faites rien. Mais moi, vous
trouvez que j'ai pas cette chose sur le dos ? Vous me collez une grève, en plus.
Enfin, c'est tout de même pas moi qui vais porter le chapeau ! C'est dommage,
ça vous irait bien.
C'est vrai, moi, je trouve que vous avez une tête à chapeau.
Non. Vous trouvez que j'ai une tête à chapeau ?
Ça va mieux ?
C
'est bien, en plus t'es à le sport.
Dis donc, tu m'as fait peur, toi, de sauter du bus comme ça ? T'avais pas ta
carte orange ou quoi ? Ne me fais pas rire, ça fait mal.
Et ils étaient combien au moins ? Une dizaine ? Sinon tu les aurais massacrés.
On va leur faire la peau, t'inquiète.
Non.
Hein ? Comment ils étaient ?
Hein ? Hein ? Là, j'ai pas bien compris.
Quoi ? Ah ben, tu vieillis, Joseph, là.
Hein ? Vous avez quelle gueule ? Qu'est-ce que vous faites là,
vous ?
Madame Blomet, je suis venu vous prendre des nouvelles.
Il a l'air d'aller beaucoup mieux, regardez.
Et pourquoi vous ne l'avez pas raccompagné en voiture ? Ça ne serait
pas arrivé.
Je ne demandais pas mieux, c'est lui qui n'a pas voulu.
Ça m'étonnerait.
Je vous en veux, vous savez.
Mais pas du tout, regardez, il va beaucoup mieux.
Il ressemble à un copain à moi, tu le connais, Poutrel, toi.
Bon, maintenant, soyez gentil de partir, il doit se reposer. Il peut rester.
Joseph, je te laisse avec ta maman, tu la portes pas tout seul.
Non ! Repose pas bien.
On est ! On est !
Mademoiselle ?
Mademoiselle
? Je voudrais parler au commissaire. C'est à quel sujet ? C'est personnel.
Ici, il n'y a rien de personnel. Si c'est personnel, appelez-le.
Moi, je n'ai pas de consigne.
Si je vous mets ma main sur la figure, il va pouvoir me recevoir, le
commissaire ? Suivez-moi.
Madame peut parler au patron, sinon elle me met sa main sur la figure.
C'est tout ce que vous avez comme carte de visite ? S'il faut, oui. J'ai pas d
'autres papiers.
Si vous n'avez pas vos papiers, on va vous garder ici. On va vérifier votre
identité. Allez, racontez-moi.
Non, j'ai dit au commissaire.
Non, à moi.
Je travaille dans une société d'entreprise de nettoyage.
Je termine tard et pour rentrer chez moi, je prends l'autobus.
Et vous étiez dans le bus sur la ligne 813 ? Oui.
Je voudrais témoigner, mais d'abord je voudrais être sûre que vous pouvez me
protéger. Oui, je sais qu'ils vous ont retiré vos papiers, qu'ils savent qui
vous êtes et là où vous habitez.
Mais vous pouvez compter sur moi.
Moi j'ose même plus décrocher le téléphone.
Quand je croise quelqu'un dans la rue, j'ai peur.
Je vous remercie d'être venu, ça prouve que vous avez du caractère, c'est bien.
Oui, ça elle en a.
Bon, vous pouvez parler maintenant, vous êtes en confiance ici.
Nous allons vous protéger tout le temps qu'il faudra.
Morelli, tu feras nécessaire auprès du parquet.
T'inquiète pas.
Vous étiez assise ici ? Oui.
Ils ne se sont pas attaqués à vous, mais à la victime qui était placée beaucoup
plus loin.
Pourquoi, à votre avis ? J'ai cru comprendre que le chef, celui qui avait
des lunettes noires, il la connaissait.
Le chef ? Le chef, oui.
Il la connaissait parce que quand il l'a emmenée au fond du bus, il l'a appelée
Einstein.
Einstein ? Oui, Einstein.
Là, il y a un passager qui a voulu intervenir, mais ils lui sont tombés
dessus.
Et le chauffeur du bus, il n'a pas réagi tout de suite ? Si, il a voulu donner l
'alerte, mais ils l'ont empêché.
Vous croyez qu'il serait monté dans le bus pour régler un compte avec Einstein
? Non, je ne crois pas.
Quand ils sont montés dans le bus, ils revenaient d'un concert de rock qu'ils
venaient de voir.
Ils avaient déjà bu pas mal de canettes de bière.
C'est seulement quand le chef a vu la femme que tout s'est déclenché.
Il y avait un flic dans le bus, un copain. Qu'est-ce qu'il a fait ?
Il a voulu intervenir lui aussi, mais ils l'ont attrapé, ils l'ont battu et
ils l'ont jeté hors de l'autobus.
Moi j'ai eu peur, j'ai cru que ça allait être mon tour.
Et comment ça s'est terminé ? Ils nous ont pris nos papiers.
Ils ont dit que si on parlait, ils nous feraient la peau.
Qu'est-ce que je vais devenir moi si vous les arrêtez pas ? Faut que je
déménage ? Faut que je change de pays ? Je vous donne ma parole, qu'ils seront
arrêtés et jugés.
Et grâce à vous.
On aura besoin de vous pour les portraits robots.
Je ne sais pas si je pourrais. Ils ont enlevé la lumière très tôt dans l
'autobus.
Bon, Morelli, t'oublies cette histoire de gifle et à toi de jouer.
Excusez-moi, tout à l'heure, j'étais un petit peu à cran.
Si vous voulez bien me suivre.
Einstein.
Marie, les agresseurs de Florence Lijon l'ont appelée Einstein.
Voici, ça mène quelque part.
Merci.
Eh, les gars, j'ai rendez-vous avec Mme Einstein.
Oui, prof de maths.
C'est pas Madame Einstein, c'est Madame Lijon.
Pourquoi ? Pour mon fils.
Pourquoi vous dites Madame Lijon, mon fils dit Madame Einstein ? C'est les
élèves de sa classe qui l'appellent comme ça. Son vrai nom, c'est Lijon.
Je ne sais pas où elle est. Demandez au bureau du proviseur.
Demandez, c'est par là.
C'est qui votre fils ? Marcel Proust.
Je ne connais pas.
Demandez au proviseur, elle doit savoir.
Merci, les gars. Au revoir.
C'est qui ce mec-là ? Moi, je paye 40 francs en boîte.
40 francs ? La conso, 30 francs.
Je ne sais plus, c'est trop difficile.
Allez, on continue, ne vous découragez pas.
Mon bus la nuit est sans éclairage.
On va y arriver, c'est une question de temps.
J'espère.
Peut-être avec ce nez-là.
Mademoiselle Poulen, je vais avoir besoin de vous encore une fois.
Je ne demande pas mieux.
Je vous demande l'autorisation de pouvoir divulguer l'information selon
laquelle vous avez témoigné à la police.
Ils vont se venger sur moi.
Ils vont me retrouver et ils ont mon adresse.
Je me suis arrangé avec ma fille. Vous pouvez vous installer chez moi.
Le temps qu'il faudra.
Je m'excuse de vous mettre à contribution, mais... Vous habitez vers
où ? Je vous demande ça par rapport à mon travail.
Dans l'une des tours du 13e arrondissement, rue du Javelot.
Je crois que c'est bon, il y a une ligne de métro directe.
Si ça vous dérange pas trop.
Pas du tout.
Continue.
Léo s'en fout. Avec la PAF que je lui ai collée, il ne bougera pas. Mais c'est
les deux morveux, là.
Eux, il faut qu'on les retrouve.
T'as leur téléphone ? Rappelle-les, on va leur mettre la pression.
Allô ? C'est eux.
Non, je vous jure qu'on n'est pas allé voir les flics.
Mais non, on n'ira pas. De toute façon, on n'a rien vu.
Rendez-nous nos papiers.
Et d'en rapprocher.
Moi, je reste pas là, ils vont venir, je m'attache chez mes vieux. Non mais t'es
con, ils sont pas à notre adresse.
Le loyer n'est pas notre nom.
Non, ils sont le numéro du portable.
Et alors, ça leur donne pas notre adresse. Non, le mieux, c'est de pas
bouger, de pas les bosser, d'attendre qu'on les choque.
Allons à la police.
Et pour leur dire quoi ? T'es capable de les décrire ? Non, mais je peux les
reconnaître. Et pour ça, faut qu'on les arrête.
Je suppose qu'on les arrête, ils vont trouver nos papiers, ils vont nous
demander pourquoi.
On n'a pas témoigné.
On leur dira la vérité, qu'on a eu la trouille.
T'as pas la trouille, toi ? Mais merde, on a le droit d'avoir la trouille. T'as
vu ces mecs ? C'est des malades, des cinglés. Tu voudrais que j'aille les
dénoncer ? Suppose le contraire. On les dénonce et la police les rate. Qu'est-ce
qu'ils font d'après toi ? J'en sais rien. Qu'est-ce qu'ils peuvent faire ?
Mais ils nous cherchent pour nous faire la peau, pour qu'on la boucle. Voilà ce
qu'ils font.
Putain ! Alors, on bouge pas.
Et tant qu'on bouge pas, on risque rien.
François, ne m'embêtez plus avec ces vacations fulérières.
Apprenez à imiter ma signature.
Apprends.
Madame Charbonnier.
Proviseur du lycée où travaillait Florence Lijon, la victime.
Madame.
Quelle histoire épouvantable.
Vraiment, Florence ne méritait pas ça. C'était une femme formidable, une
battante. Elle se consacrait entièrement à son métier.
Elle n'avait pas d'yeux privés ? Pas d'amis ? Pas que je sache, non. Elle
était plutôt solitaire.
Écoutez, je ne vois pas très bien en quoi je pourrais vous aider.
Est-ce que votre lycée est un lycée à problèmes ?
Il y a des élèves à problème, pas plus que dans les autres lycées.
Je me demande si Florence avait des rapports conflictuels avec ses élèves,
des rapports tendus.
Dans l'ensemble, il l'appréciait, je crois.
Mais il y a toujours des irréductibles.
Elle n'a jamais reçu de menace ? Pas que je sache, non. En tout cas, elle me l
'aurait dit.
Elle était plutôt discrète.
Je voyais bien qu'il y avait certains élèves avec qui c'était plutôt
difficile, mais...
Ce serait vraiment terrible que sa mort puisse être liée à son travail dans le
lycée.
Son agresseur connaissait bien son surnom, Einstein.
Il ne peut s'agir que d'un élève, ancien ou nouveau.
Oui, c'est possible, c'est contrariant.
Mais c'est possible.
Si vous voulez, je vais me renseigner discrètement auprès d'un de ses
collègues. Elle a dû mettre des annotations sur les dossiers de ce que
vous appelez les irréductibles, non ?
Oui, c'est la frange des élèves qu'on est obligé de scolariser, alors qu'ils
savent à peine lire.
Est-ce que je pourrais prendre connaissance de ces dossiers ? Alors, si
vous interrogez tous les mauvais élèves, si vous les soupçonnez tous, vous n'avez
pas fini.
Vous pourriez m'aider, ça irait plus vite.
Oh non, je vous assure.
Je ne vais pas me faire l'auxiliaire de la police.
Très bien, dans ce cas-là, nous allons enquêter sur votre établissement.
Mais évidemment, nous allons fatalement interroger tous les professeurs et tous
les élèves.
Bon, je vais voir ce que je peux faire.
Très bien.
Une tête comme ça, on n'est pas prêt à mettre la main dessus.
Qu'est-ce que t'as de particulier ? Il n'a rien.
C'est un clone de clone.
Des gars comme ça, t'en as des milliers. Je ne sais pas si au moins il était
borgne.
Attends, tu sais pas, il a des lunettes noires peut-être qu'il louche. Les mecs,
ils ont des tas de défauts dans les yeux, ils se mettent des lunettes
noires, tu sais pas pourquoi.
Il y a bien sûr des empreintes en pagaille, mais pour la plupart, elles
sont superposées ou partielles.
On a apporté le portrait robot du chef.
Voyons ça.
Oh là là, c'est pas très convaincant, ça. Bon, on le garde pour nous.
Fusion restreinte. Continue, Bob.
Si les empreintes sont inutilisables, en revanche, la récolte est dans le bus.
peut être exploitable. Regardez. Trois boutons dépareillés.
Deux clés de cadenas.
Un préservatif sous étui. Non ? Une canette de bière
écrasée. Un stylo gadget.
Une mignonnette de rhum vide.
Un badge en plastique dur à moitié cassé où l'on peut lire les lettres S et P.
Une tétine.
Voilà. Sans parler d'un journal, d'une dizaine de tickets de bus usagés et
divers mouchoirs sales.
Voilà.
Ah oui, voilà.
Voilà le relevé des emplacements de chaque objet.
Merci, Bloch. J'espère que ça pourrait nous servir.
C'est pas des indices, c'est un bric-à-brac.
En plus, tout ça, c'était peut-être déjà là depuis la veille, ou alors ça a été
perdu ou jeté avant la bagarre.
C'est autre chose, toi ? Non.
Alors apporte tout ça à Blomé, peut-être que ça lui ira quelque chose, à lui.
OK. Merci, bloc.
Le monsieur de la 3, il est tout seul dans sa chambre ? Non, sa mère est là.
Je dois lui signifier son arrestation.
Alors est-ce que vous pourriez la faire sortir sous un prétexte quelconque ?
Oui, bien sûr.
Mais qu'est-ce qu'il a fait ? Ça fait un an qu'il veut faire la sortie des
écoles. Alors pour un policier célibataire vivant avec sa mère, on a
des soupçons.
Oh, le salaud ! On lui donnera le bon Dieu sans confession.
Je plains sa pauvre maman.
C'est pour ça qu'il faut l'aménager.
Ne vous inquiétez pas, j'en parle au collègue, on va s'occuper de lui.
Ne vous inquiétez pas, madame Blanc, mais c'est juste quelques précisions
pour la sécurité sociale.
Deux minutes et je vous rends votre piston.
Ça va, ça va mieux, oui. Ne vous inquiétez pas, c'est rien du tout. Mais
il faut qu'on remplisse ces papiers et puis ça sera terminé. Regarde ce que je
t'ai apporté.
T'adores ça, hein ? Ah, papa
au rhum ! Il n'est pas loin d'un con, c'est interdit.
Bon ben tant pis.
Tant pis pour toi, je vais en profiter.
T'inquiète pas, je le prends pas flambé.
J'ai pas d'allumettes.
Tiens, je t'ai apporté le portrait robot du mec.
Profites-en pendant que je déguste.
Ça te dit quelque chose ? Alors ?
C'est ce que je leur ai dit, surtout avec des lunettes de soleil.
C'est bon.
J'ai bien fait de penser à toi.
Je devrais penser à toi plus souvent.
Tiens, autre exercice.
Ça, c'est tout ce qu'ils ont trouvé dans le but.
Attention. Voilà.
Si tu retrouves quelque chose, les boutons.
On peut reconnaître les boutons.
Il y a un stylo avec une femme à poil aussi.
Alors ? Ok.
Ouais.
C'est pas dur.
SP,
il m'a dit.
Les trois mecs portaient ça.
SPD.
Eh ben merci Joseph, je suis pas venu pour rien.
Tu sais ce que ça veut dire ? Je sais pas, mais on va pas tarder à le savoir.
T'en laisses un peu, ou quoi ? Tu changes d'avis.
Bon.
Bref.
Tu t'occupes bien des infirmières, parce que moi je leur ai dit de bien s'occuper
de...
Et René, oui, t'es gentil, flatteur.
Je vous le laisse, il
est à vous, mais vous me le surveillez.
Je compte sur vous.
Entre, Martin.
Patron, madame Charbonnier.
Merci d'être venu, madame le proviseur. Vous savez, je fais ça pour Florence.
Mais je vous en prie, appelez-moi Pénélope, ce sera plus simple.
Merci, Pénélope.
J'ai apporté les dossiers des élèves de Florence.
Comment on procède ? Suivez-moi.
Bon, ben Marie, je te confie madame le proviseur. Enfin, Pénélope.
J'ai une cousine qui s'appelle Pénélope, la fille de mon grand-oncle, qui en fait
est le frère de ma grand-mère, mais beaucoup plus jeune.
Je vous laisse parler de famille.
Bon, là, j'ai les cinq classes des élèves de Florence.
Tous les élèves de cette année. On va pas travailler dans cette ambiance, mais
c'est bien.
Non, non, non.
Oh,
moins fort ! Je connais un endroit beaucoup plus calme, venez.
Le patron est là ? Dans son bureau.
L'hommel a reconnu. C'était accroché sur la poitrine de ces salauds, ça a dû
tomber pendant la bagarre.
SP, ça veut dire quoi ? SPD.
Service protection et dissuasion.
Monsieur renseigné, c'est une boîte de sécurité qui a été montée par un ancien
flic. J'aime pas trop ça.
Ça sent les gros bras et les crânes rasés.
Le chef du service de sécurité s'appelle Roger Gonzales.
Un ancien flic que j'ai bien connu. Où ça ? Ici, avant que vous n'arriviez. Il
était soupçonné de corruption, mais rien n'a été prouvé. Son dossier a été
classé. Il était protégé ? Son oncle était sénateur, mais vous me direz qu
'aujourd'hui... Le genre de type qui se croit au-dessus des lois.
C'est possible qu'après il a quitté le service, il a monté sa propre agence de
sécurité pour protéger les hommes politiques.
Évidemment, son oncle en priorité.
Un ancien flic, un oncle sénateur.
Je ne saurais trop vous recommander la prudence, Navarro.
Après tout, ce badge a pu être perdu dans la journée. Nous n'avons pas de
preuves. Comment pas de preuves ? Le badge était sur tous les mecs du service
de sécurité.
Vous m'avez demandé de boucler cette affaire en 48 heures.
Si Gonzales s'est d'un coup, tant pis pour lui.
Navarro, je ne vous ai rien dit.
Je vais vous dire, je ne vous connais pas, je ne vous ai même jamais vu.
Vous aurez ma peau.
Abdou Abderrahman, accusé de raquette.
Dernier avertissement avant renvoi.
En fait, il a été renvoyé. Par qui ? Par moi.
Donc il n'avait aucune raison d'agresser Florence Lijon ?
Vous voulez qu'on aille déjeuner ? Ici ? Ça vous plaît pas ? Vous avez pas une
meilleure idée ? Je vais
téléphoner à la SPD en faisant passer pour un client pour avoir leur tarif.
Bonjour.
Aujourd'hui c'est petit salaud l'antille, alors dépêchez-vous parce qu
'il m'en reste que deux.
J'achète.
Euh, non, moi qui mets des frites à la place des lentilles.
Oh, lâche-moi. Ben, Marie, sois gentiment, je dis lentilles comme tout
le monde, hein.
Non, ben, alors mets-moi un steak à la place du petit salé, mais bleu. Pas très
cuit, hein.
Bon appétit. Merci.
La SPD, c'est spécialisé dans tous les secteurs où on a besoin de gros muscles.
Alors, ils font protection de rockers, de starlettes, enfin, tout ce qui
nécessite du muscle.
C'est pas désagréable. Comme ça, au moins, ils voient tous les concerts
gratuits. Vous vous intéressez au rock ? Depuis que je suis toute petite. Je suis
passée directement de Frère Jacques à Jerry Lulewis.
À ce propos, est-ce que vous saviez que Frère Jacques, d'antan, c'est comme ça
qu'on appelait le sexe masculin ? C'est vrai, à la lumière de cette information,
quand vous écoutez Frère Jacques, dormez-vous, ça prend une note d
'immensement. Vous me paraissez bien enseignée.
C'est dégueulasse.
J'en fais à mes enfants, moi.
Attends, c'est comme au coeur de la lune.
Ma chandelle est morte, j'ai plus de feu. T'as peur, pour l'amour de Dieu.
Attends, c'est toi qui chantes des chansons de porno. C'est nous qui sommes
dégueulasses. C'est le monde à l'envers.
Merci.
Bon appétit.
Ginou, il est pas cuit, mon petit salé ? Tu m'as dit bleu.
Mais bleu, c'était pour le steak, enfin.
Attends, y a pas de steak. Alors si tu continues, c'est les lentilles que tu
vas voir bleues.
C'est pas un bistrot, c'est une dictature dirigée par une main de fer.
Le fer, c'est dans les lentilles.
Non, non, moi, tout va bien, ça va très très très bien.
Alors le gigantage, je vais dire, c'est la meilleure année, 97, c'est
magnifique.
J'ai entendu un truc à la radio, c'est vrai que le vin californien est très
bon. Enfin, presque aussi bon que le Bordeaux.
Virginie, tu ferais pas du vin californien pour goûter ? Aurélie, tu
sais combien j'ai des toits de Michelin ? J'en ai zéro.
Alors tu manges et tu bois ce qu'on te donne.
Mais attends, c'est rien d'avoir un petit stock de vin californien ? Non
monsieur, j'ai pas de stock de vin californien. Mais j'ai du ketchup.
Alors si tu mélanges avec du thé froid, tu touilles, tu bois, il paraît que ça
fait la même chose. D'ailleurs c'est comme ça qu'ils font la boite.
C'est ça, je pourrais retourner aux alcooliques anonymes.
Elle maugrait là.
Ah ouais ? Si, si, si.
Elle maugrait.
Salut, Navarro.
C'est un plaisir.
Bon, grâce.
Respecteur au plein monde à jouer.
J'ai entendu parler de tes mulets. En bien, que du bien. Bah oui, je suis un
ancien de la maison, alors je m'intéresse.
Bon, hier soir, une jeune fille a été violée et tuée dans un bus de nuit.
Le 813.
On a retrouvé ça sur le lieu.
C'est un badge de chez nous, oui.
Asseyez-vous.
Je sais pas si ça a quelque chose à voir avec le viol, mais les badges comme ça,
il en circule des centaines.
Oui, mais le type qui l'a perdu sortait d'un concert de rock.
Ah.
Alors, hier... Euh... Oui, hier, on a assuré la sécurité
d'un groupe rock, le groupe Murène.
Faudrait avoir une photocopie de la liste des gens qui assistaient à ce truc
-là.
Ça, ça va être du rail, parce que...
Quand on fait des trucs comme ça qui durent que quelques heures, on embauche
des occasionnels et on les paye directement de la main à la main, quoi,
en liquide.
C'est bien légal ? C'est la seule entorse qu'on se permet quand on nous
demande de fournir beaucoup de personnel comme ça.
Tu sais bien, les charges sociales, sinon on s'en sort pas.
Et vous les embauchez sur quels critères ? Sérieux, sérieux.
Que des gens bien entraînés, des gros balaises, bien formés, sûrs. Je recrute
pas dans la rue.
Vous allez les chercher où ?
J'ai des accords avec un club d'armes, un sur le samouraï.
Tiens.
Merci.
Si tu veux aller voir, tu demandes à Anthony Lee, le patron, c'est ton
copain.
Bon, Navarro, j'espère que je peux compter sur ta discrétion. Je ne
voudrais pas faire part à mes clientes. Bien sûr.
Parce que tu comprends, quand on repart à zéro comme moi, et que personne ne te
fait de cadeau, c'est vachement dur de s'en sortir. Alors je ne voudrais pas
que... Ne t'inquiète pas, on soit discrets.
Et si je peux te filer un coup de main, t'hésites pas.
Enfin, franchement, je vois pas chez nous qui aurait pu faire une connerie
pareille.
Pourtant, il y a bien quelqu'un qui l'a fait.
Tu trouveras.
Je te connais, je me fais pas de mauvais sang pour toi.
Enfin, ce bus, il y avait des gens à l'intérieur.
Tu dois avoir tous les témoins qu'il te faut.
Non, personne veut témoigner, ils ont la trouille.
C'est terrible, cette époque, les gens se défilent.
Heureusement, il y a une femme, une réunionnaise qui a eu le courage de
témoigner. Elle veut bien parler, mais elle a la trouille de les reconnaître.
Demain, elle va nous aider pour les portraits robots, rassure-toi. Ah non,
peut-on s'aider ? Non, non, non.
Elle a mis du temps à se décider, mais maintenant, on peut compter sur elle.
Tant mieux.
Il y a encore des gens qui ont le sens du devoir.
Mais ça coule pas, ce truc-là.
Mais c'est qu'on se laissait mourir ici.
Personne ne vient.
On est là, à ce moment.
Elle semble se faire fondre.
Regarde.
Ça coule pas, c'est bouché. Ça fait une heure qu'il l'a.
Ça doit couler lentement.
C'est comme ça. Mais je le vois bien, ça coule pas du tout. J'ai fait une marque
au crayon.
Non. C'est pas un petit garçon.
Si vous étiez un petit garçon, vous lui feriez quoi ? Je lui ferais quoi ? Ne me
prenez pas pour une idiote. Je sais très bien pourquoi on vous a arrêté.
C'est pas une honte de faire ça à des enfants.
Tenez, prenez votre température. Vous savez où le mettre, pas vrai ?
Mon petit Joseph, dis-moi la vérité.
C'est quoi cette histoire d'enfant ? Je ne savais pas que c'était un piège.
S'il y a un coup, il va vouloir l'intimider, c'est sûr.
Elle le sait ? Bien sûr qu'elle le sait, au plein. Je ne serais pas permis d
'utiliser comme chèvre sans lui demander son accord, enfin.
Moi, je veux bien assurer sa protection, elle n'est pas mal. Non, non, non, toi
tu es raciste.
Ah non, je ne suis pas raciste avec les femmes. Les femmes, elles n'ont pas de
race, elles n'ont pas de couleur.
Moi, je les aime, les femmes, elles aiment que je les protège.
Oui, mais toi, tu es jaloux des maris. C'est une forme de racisme, non ? C'est
une forme de jalousie, patron.
Aurélie, ce soir, tu vas faire une planque avec ma marie.
Et en attendant, vous allez filer au Samouraï Club. Vous demandez Antonelli.
C'est une salle de gymnastique.
Non, non, vraiment, je ne vois pas. Il n'y a pas un petit gars qui lui
ressemble. Mais qu'est-ce qui vous fait croire qu'il serait ici ? On aimerait
bien interroger vos petits gars, monsieur Antonelli.
Si vous voulez, je vais faire une annonce au micro.
Non, ce n'est pas la peine, on va les interroger nous-mêmes.
Comme vous voulez, je vous laisse.
C'est là que j'aurais dû venir, j'ai pris 3 kilos pendant le week-end. 3
kilos pendant le week-end, mais qu'est-ce que tu as bouffé ? Ah non, je
n'ai pas bouffé, c'est le stress.
C'est mon fils qui a le stress.
Eh bien, j'ai l'impression qu'il est coincé avec les gonzesses, il ne regarde
même pas celles que je lui amène à la maison.
Non, mais ce que tu amènes, il n'y Ah non, non, non, Laurence, elle est
mannequin, elle est mannequin de la redoute. Un mannequin grande taille.
Quand même, j'ai l'impression qu'il est complètement arriéré.
Arrière, arriéré, c'est quand même son fils.
Oui, c'est le fils de sa mère surtout, parce que c'est sa mère qui lui a appris
à chanter par Jacques.
Pardon, monsieur.
Monsieur, police.
Vous connaissez cette lobe ? Ah non, ça ne me dit rien. Non, je ne connais pas
du tout. Non.
On a des nouvelles de Blomé ? Très bonne, mais il se plaint des
infirmières. Elle le vire de son lit, elle ne vit donc plus de calmant. Il est
douillet, ça lui fera du bien.
J'ai dit à Borélite de planquer chez Sophie Poulen cette nuit avec toi. J
'essaie, je l'attends.
Voilà, c'est ici, vous serez tranquille.
Yolande, ma fille, mademoiselle Poulaine.
Sophie.
Je dois passer la nuit chez nous.
Bravo, papa.
Mais non, dans ta chambre.
Toi, tu prendras le salon.
Non, mais moi, je ne voudrais pas déranger.
Elle a l'habitude.
Mademoiselle Poulaine est un témoin et je ne voudrais pas qu'il y arrive du mal
ou qu'on l'empêche de témoigner devant un tribunal.
Elle est en danger ? Votre père le pense.
Ma fille veut devenir avocate pour défendre les voyous.
Et les honnêtes gens, alors ? Il y a aussi des honnêtes gens qui sont
victimes d'injustice.
Elle n'aime pas ce que je fais. Elle croit que je vais remplir d'honnêtement
toutes les prisons de France.
Bref, que je suis un mauvais flic.
Toi, t'es policier. Et si je deviens avocate, il va falloir que je me batte
contre toi. Que je défende mon client.
Regardez-moi ça.
Regardez-moi ça.
J'espère que vous ne serez jamais une de ses clientes.
Elle est pire que son père.
Et c'est pas peu dire.
Qu'est-ce que tu cherches ? Des calmants.
Tu ne devrais pas toucher à ça.
Prends un tilleul, ça calme autant.
Tilleul, tu me prends pour une gonzesse ? Une gonzesse, une gonzesse.
Ça marche aussi pour les gros cons.
Vous pouvez pas me lâcher la grappe un peu ? J'ai des problèmes avec mon fils.
T'as des problèmes avec ton fils ? Ouais.
Je l'ai emmené voir un spécialiste.
Il s'est fait traiter de débile et en plus d'oligophonique à cause d'une
inscription familiale qui contrarie ses à-coups du développement.
Ce qui m'énerve, c'est que mon fils n'a rien compris.
Moi non plus, j'ai rien compris.
Toi, c'est normal.
Mais oui, c'est normal. Allez, viens, Borélie.
Tiens, t'es calmant.
Y avait pas une dame avec ? Et la boîte, elle est où ?
Les dents, elles s'emmerdent pas, ces filles poulaines.
C'est calme, comme quartier.
J'aimerais bien habiter par ici.
Elle est ton première.
Police.
Dylan, c'est chouette chez elle.
Oui.
C'est exactement ce qu'il me faudrait, hein.
Mais en plus grand.
Tu peux pas fermer la fenêtre, là ? On se les gèle.
Puis il y a un balcon, hein.
Bon, bouge pas, je reviens, je vais aux toilettes.
Merde ! Décoffe ! Aurélie ! Fumé !
Ça va ? On aurait dû se méfier.
Ils m'ont tiré ma carte.
Je crois que le plan est terminé.
Comment ils ont su qu'elle avait témoigné ?
Allô, patron ?
Bon,
Dallas, tu veux tout de même pas qu'on t'explique pourquoi tu es ici ? Aucune
idée. Je vois pas.
Cherche. Cherche bien.
J'ai rien à me reprocher, moi.
J'ai soldé le passif, j'ai payé le prix fort. C'est terminé, non ? À qui tu as
parlé de notre témoin Sophie Poulen ? Oh, c'est moi qui t'ai filé son nom.
Tu as très bien pu le vérifier sur les papiers que vous l'avez volé dans le
bus.
Avec son adresse.
Je comprends rien à ce que tu racontes. Tu te souviens quand même du badge ? Ah
oui, mais n'importe qui a pu le perdre.
N'importe qui, n'importe quand.
Ben non, justement.
La compagnie a fait nettoyer le bus une heure avant.
Pas de bol.
Tu me prends pour un imbécile, Gonzales. C'est pas bien.
C'est moi qui t'ai filé l'information exprès.
Et tu t'es précipité là-dessus comme un bleu. Tu t'es piégé tout seul.
Bon, Gonzales.
À qui tu as parlé de Sophie Poulen ? À personne, enfin.
Bon.
Et ça, c'est quoi ? Téléphone Dumont 28, téléphone Dumont 56, téléphone Dumont
13, téléphone Dumont 35.
C'est qui, ce Dumont ? C'est ton recruteur occasionnel ?
Oui, et alors, qu'est-ce qu'il y a de mal ? Qu'est-ce qu'il y a de mal ? Il y
a de mal une moume tuée et violée bêtement par des sauvages.
Et ces sauvages, c'est toi qui les as balancés dans la nature.
Françoise ? Voilà.
Bon ben, si ça te revient, n'hésite pas à nous parler.
On se fait un plaisir de t'écouter.
Mais ne nous dérange pas pour rien.
Bon café, croissants.
Bonjour, d'abord.
Moi, pareil.
Deux poissons et quatre tilleuls, s'il te plaît.
Un café serré pour moi. Qu'est-ce que j'ai ? Je dois avoir un bleu.
Heureusement que tu ne l'as pas brûlé sur la tête.
Il faut se rendre à l'évidence. C'est un gros alas de gagner du temps.
Vous pensez qu'il protège quelqu'un ? En tout cas, coïncidence, depuis qu'on est
passé à la SPD, tout le monde s'affole.
Cette nuit, ils ont voulu faire la peau de Sophie Poulain.
Maintenant, ils vont s'attaquer à tous les autres témoins.
Alors l'urgence, c'est de les récupérer avant eux.
Vous avez étudié les autres dossiers ? Pour le moment, rien, mais on n'a pas
fini.
Bon, on va pas perdre de temps, il faut donner un grand coup de pied dans la
fourmilière. Borény, tu vas faire tous les bus, tu vas refaire le 813, et puis
tu vas interroger les habitués.
Non, c'est pas la peine de bouger, tous les bus sont en live. Ah oui, c'est
vrai, ça je l'ai entendu à la radio.
Ou alors au clin de toi tu vas filer au Samouraï Club dès l'ouverture et tu vas
me secouer ceux du monde.
Gino, tu me montras mon café là-haut, on reprend les dossiers avec Pénélope.
S'il te plaît.
S'il te plaît.
Et pour moi ce sera un chocolat chaud si ça te plaît Gino.
Ok, ça marche ? Je t'amène ici Pénélope.
Pas mal hein ? Vous comprenez bien mes études moi.
Ça te fait pas de mal hein ?
On va bien courte du soir. Moi, je redouble.
Je me disais bien, il manque quelqu'un, mes amis. Mais qu'est-ce qu'ils foutent
? Arrête ton cinéma, s'il te plaît.
Laurent Dumont, ça te dit quelque chose ? Vivant ? Qu'est-ce qu'il a fait ?
On voudrait voir quel gars il a, des fois qu'on pourrait l'arranger.
Si c'est ça, il y a du boulot.
Tu mens. T'as des
admirateurs. Ton fan club.
C'est pour quel journal ? L'avis des flics, vous avez engagé du personnel de
sécurité pour un concert. Le groupe Meren.
Oui, c'est possible alors.
On voudrait le nom des mecs qui ont participé à ça. J'en avais une bonne
cinquantaine, je connais pas tout le monde.
C'est pas vous qui les payez ? Non, c'est pas moi, vous êtes de la
financière. Bon écoute, soit tu nous donnes les noms, soit moi je trouve un
patex pour vous mettre au tronc. Mon pote, il a raison, il va te foutre au
tronc. Tu sais qu'une cellule de 2 mètres sur 2, c'est pas bon pour la
boxe, mais c'est excellent pour la mémoire.
Alors, Laurent Dumont, né le 10-02-67, c'est toi, là ? C'est bien ce mot-là.
Peut-être qu'il y a des judiciaires, tu veux des expats, tu veux... Ça va, c'est
des conneries quand j'étais gamin, je suis plus un voyou.
Bah, t'as pas de bosse parce que moi j'en suis un voyou.
Alors tu te dépêches.
Vous pouvez pas me foutre au tronc, y'
Oh, ça va pas !
Eh
ben voilà un beau fichier. Et un beau motif.
C'est dingue, j'allais vous le donner.
Ben dis-moi ceux qui étaient au concert.
C'est pas ceux-là, c'en est d'autres.
C'est pas leurs photos.
Ah ben c'est pas bien ça, c'est pas professionnel.
Il y a des photos de mecs dans un casier.
C'est spécial.
Pas très bien, hein ? Allez.
Escobar, Roland Escobar, terminale T2, mathématiques.
Travail inexistant, insolence permanente.
Vous connaissez ? Non, lui, il est parti s'installer à Marseille avec ses
parents. Bien.
Là ? Non.
Oh, ben regarde, celui-là, il s'est mouché avec une enclume, non ? Oui, ben
non.
Je suis pas sûr. Bon, maintenant, ça suffit. Madame Bloubet, il reste dix
photos. Ça va être fini, là. Mon fils commence à fatiguer. Mais non, maman, c
'est gracieux. Le docteur a dit que tu dois observer un repos complet. Et lui,
il vient te faire travailler. Mais c'est pas du travail. C'est pour les besoins
de l'enquête, maman.
Non, non, on en a pour deux minutes, là. C'est fini. Si c'est pas malheureux de
le faire travailler alors qu'il est en congé de maladie.
Et je vous dis pas comment on le traite, ici.
Comme un bandit.
Il y a une rumeur comme quoi il serait pédophile.
Non, je suis pas pédophile.
Mais Mme Lomé, je peux vous garantir que votre fils n'aime pas les petits
garçons. Il n'aime que les grands, comme moi.
Hein ? Tu l'as ? Non.
Attends, attends, fais voir, fais voir là, reviens.
Tu l'as ? Ouais.
Ouais.
Sans le bouc et la moustache, celui-là, il était. C'en est un.
T'es sûr ?
Sûr. Serge Vanier, 35 rue du Génie, 94 400, Vitry-sur-Seine.
Ça vous intéresse finalement, vous ?
Monsieur
Serge Vanier ? C'est mon fils, pourquoi ? On voudrait lui parler.
Police. Il est là ? Pas de problème.
Serge ! T'as de la visite ?
La police ? Ouais, j'arrive.
Merde, il se tire !
Putain, c'est plus de bandage.
Regarde-la bien.
Je la connais pas, je vous dis, j'étais pas à ce concert.
Encore moins dans le bus.
On a des témoins qui t'ont identifié.
Et qui disent que c'est toi qui l'as tuée et violée.
Mais ils peuvent pas dire ça, c'est pas moi qui l'ai violée.
C'est qui ? C'est... C'est un des deux autres, là, je sais pas leur nom.
T'as intérêt à le souvenir.
Mais je vous jure, je l'ai pas touchée, j'étais devant avec le chauffeur.
Et les deux autres ? Mais ils nous ont réunis au début du concert, au hasard.
J'ai jamais bossé avec eux, moi.
Au concert, ils se parlaient, ils s'appelaient.
Comment ils s'appelaient, entre eux ? Philippe et Willy.
Philippe et Willy.
Et celui qui avait des lunettes de soleil, c'était qui, lui ? C'est
Philippe. C'est lui qui a tué Violet ? Mais je sais pas, moi, ça s'est passé au
fond. J'étais devant avec le chauffeur, j'ai rien vu.
Dis-moi, tu savais que le mec qu'on avait balancé du bus était un flic ?
Mais c'est Willy qui l'a balancé ! C'est Willy, monsieur le commissaire ! C'est
pas Philippe ! C'est Willy ! Mais je vous jure que c'est Willy ! Non, ça va,
ça va.
Allez, mettez-le au trou, je dois s'entendre.
Allez, viens, je vais te présenter un pote.
Par là que ça se passe.
Allez ! Françoise !
Voilà, donnez les mines.
Bon, je vais faire les présentations.
Serge Vanier, je te présente Roger Gonzales, le patron de ton concert de l
'autre soir.
C'est lui qui t'a dénoncé ? Eh oh, j'ai rien dit moi.
Je veux sortir.
Vous me massacrez pas.
C'est quoi ces bobards ?
Donc là, le fichier central nous signale un type qui déclare avoir eu ses papiers
volés dans un bus.
Tu sais où est Navarro ? Ben, sa fille est malade, il a dû rentrer chez lui,
appelle-le.
Navarro, j'écoute.
Non, non, Borrelli, ça va, ça va.
Violente va bien, la fièvre est tombée, des petits problèmes d'algèbre,
violette, c'est tout, quoi.
T'as fini, oui.
Mais vas-y, j'arrive.
Non, non, au contraire, j'arrive.
T'as pas honte de lui dire que tu m'aides à faire mes devoirs ? C'est pour
me valoriser.
T'es incapable de m'aider. Et j'en sais plus que toi, maintenant.
Mais moi, je suis ravi que ma fille en sache plus que moi.
Je pense que tous les parents souhaitent ça, avoir des enfants qui le dépassent.
Mais j'ai quand même le droit de regretter le temps où je t'aidais à
faire tes soustractions.
Je suis de la génération calculette. C'est pas mieux. J'ai plus besoin de
toi. Tu crois ça ? Tu auras toujours besoin de moi.
Même si tu ne sais pas encore.
Et n'oublie pas de prendre tes médicaments.
Oui, je vais m'occuper d'elles. Vous n'êtes pas de mauvais sang.
Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Mes papiers, je ne les ai pas. On me les a
volés. J'ai porté plainte. J'ai un truc de la préfecture.
Vous avez déclaré qu'on vous avait volé vos papiers dans un bus. Mais quand ? Et
à quelle heure ? Mais je l'ai dit, à l'heure que je vais au boulot. Je bosse
au tripostal.
Vous étiez dans le bus au moment de l'agression ? Je ne sais pas de quoi
vous voulez parler.
Moi, je vais vous le dire.
Vous avez assisté au meurtre et au viol d'une jeune femme.
Ah non, il y a deux jours, j'étais malade.
Répétez. Il y a deux jours, j'étais malade.
Deux jours ? Comment vous savez qu'il y a deux jours ? Je l'ai lu dans le
journal à cause de la grève des bus.
Eh bien, on va le demander à votre employeur.
Je vous préviens, monsieur Cholnier.
que s'il confirme que vous n'étiez pas malade et que vous êtes arrivé en retard
au travail, je ne vous ferai pas de cadeau.
Non-assistance à personne en danger et refus de témoigner.
Réfléchissez bien, monsieur.
Écoutez, je comprends que vous ayez peur, mais vous n'avez rien à craindre.
Puisque vous n'avez pas témoigné, vous n'avez rien à craindre de ces voyous.
Très bien, rentrez chez vous, mais je vous préviens, moi, je n'assure pas
votre sécurité.
Je vous en supplie, commissaire.
J'ai peur pour moi, mais aussi pour ma famille. Ils sont mes papiers, ma photo,
mon adresse, tout.
Une femme est morte, monsieur Cholnier. Et vous n'avez pas vu ses yeux, mais
moi, je les ai vus.
Des yeux qui suppliaient jusque dans la mort.
Des yeux qui refusaient.
Des yeux qui s'accrochaient à la vie.
Vous trouvez que j'ai pas assez mauvaise conscience ? Vous trouvez que je suis
pas assez puni ? Ses yeux, monsieur Cholnier, je les ai vus.
On les fermant.
Ils n'avaient pas de regard.
Pas de regard.
J'étais dans le bus.
Trois jeunes sont montés.
Il y avait un noir, il y en avait un qui avait des lunettes de soleil en pleine
nuit. Il a interpellé la jeune femme assise derrière nous.
Il l'a appelée Einstein.
Et tout de suite, il a cogné.
Allez-y, continuez.
J'ai essayé de me lever pour intervenir.
J'ai reçu un coup et je n'ai pas bougé.
Comme les autres.
Je vous assure, on n'a rien pu faire.
Vous pourriez identifier celui qui a violé et tué s'il était devant vous ? Il
avait des lunettes noires.
C'est tout ce que j'ai remarqué.
Mais quel type ? Nord-Africain ? Non, non, français, type européen.
Ça se passait derrière moi.
Je n'ai pas tourné la tête.
Oui, mais devant vous, celui qui menaçait le conducteur du bus, vous l
'avez vu, il était devant vous.
À peine. Et puis il a tout de suite fait couper la lumière.
On était dans le noir pendant que la femme criait. Dans le noir.
Au fond du bus, il y avait deux jeunes qui ont peut-être mieux vu que moi.
Deux jeunes, des voyous, des ouvriers ? Des apprentis.
Justement, je les avais entendus discuter avant l'agression.
Ils sont apprentis pâtissiers.
Borélie, la liste de toutes les boulangeries pâtisseries qui se trouvent
sur la ligne du bus.
Depuis le lieu de l'agression.
Jusqu'au terminus.
Et la liste de tous les travailleurs de nuit.
Ils nous ont maté les salauds.
S'ils se mettent à l'ouvrir, on est mal.
Regarde s'il n'y a pas une fiche de paie ou quelque chose dans leur portefeuille.
Putain, c'est une photocopie.
Elle est à chier, on ne peut même pas lire l'adresse de l'employé.
Tu veux voir ? C'est dans l'est de Paris.
Une boulangerie.
Tu parles d'une piste.
S'ils étaient dans ce bus, c'est qu'ils allaient à leur turban.
On va le trouver.
Elle passe par où, la ligne du 813 ?
Navarro, je suis contrarié.
Tenez, lisez.
Qu'est-ce que c'est que ces revendications ? Sur le manque d
'effectifs, l'exposition permanente au danger, l'absence de considération des
chefs. Enfin, qu'est-ce qui lui a pris d'aller donner une interview à ce
journal ?
M. Blomet n'échappe pas aux devoirs de réserve, que je sache.
Mais non, ce n'est pas possible, ce n'est pas Blomet, ça.
Et en plus, il attaque l'hôpital.
Il prétend qu'on le traite comme un bandit.
Non, non, il ne se serait pas permis de faire une telle déclaration à la presse.
Mais pourtant, il est cité, on ne parle que de lui.
Blomet par-ci, Blomet par-là, Blomet sauveur de la nation.
Pourquoi pas Blomet président de la République ?
Moi, je vais vous dire, dans son entourage, je ne vois que la mer. Vous
devriez la voir, monsieur le divisionnaire. Madame Lomé, vous savez,
c'est une femme fantasque, bizarre.
Elle couvre son fils, elle le protège, elle le bouffe. C'est un ogre.
Je vous parie, ma prime de fin d'année, que c'est elle qui apparaît à la presse.
Je suis ravi de vous rencontrer, madame.
J'aurais préféré que ce soit dans des circonstances moins pénibles. Comment va
-t-il ? A peine mieux, mais il mange bien, il est sage et son transit
intestinal est bon.
Je suis ravi d'apprendre que son transit est bon. Il aurait pu mourir, vous vous
rendez compte ? Madame, vous avez eu connaissance, j'imagine, de...
Cet article paru dans la presse qui parle de lui.
Ce que j'ai dit a été déformé bien en dessous de la vérité.
Enfin, madame Blomet, on ne peut pas se permettre comme ça de critiquer l
'institution auquel on n'appartient pas dans la presse.
Moi, je n'appartiens pas à la police.
Et je défends mon fils qui a failli laisser sa peau dans cette affaire.
Vous n'avez pas bien réfléchi. Je vais être obligé de prendre des mesures, des
sanctions contre l'inspecteur Blomet. Ah non, ne nous menacez pas.
Je sais tout de vous.
Tout.
Tout quoi, madame ? Mon fils m'a parlé de votre relation avec la femme de
monsieur le préfet.
Si c'est pas une honte.
Enfin, madame, cette relation est terminée.
En Amérique, vous ne seriez pas là à me faire la morale tandis que vous faites
carrière en couchant avec les femmes de vos supérieurs. Bon, madame, je vous en
prie. Et croyez bien que tout ça, je l'ai dit aux journaux. Et s'ils n'ont
pas passé l'information, ça prouve que la presse est muselée.
Madame, un mot de plus et je vous fais coffrer. Je veux là les journaux noirs
pour mon fils.
Je ne me tairai pas, moi.
Et je veux me permettre de vous faire remarquer que je ne l'ai pas moi-même.
Et le commissaire Navarro non plus.
Elle est belle cette peinture. Qui vous l'a faite ? Un détenu portugais.
Il est assez doué.
Si je n'ai pas la légion d'honneur pour mon fils, je demande qu'on me repeigne
mon appartement.
Il a eu une très violente altercation avec Florence à propos d'une note.
Il l'a frappée. Il a été exclu du lycée définitivement. Fais-le voir.
Oh, merde.
Patron ! Il y a un élève qui a eu une altercation avec Florence Lijon il y a
trois ans et qui était renvoyé du lycée à la suite de ça. Regardez le nom.
Philippe Gonzales.
Emmène-moi tout de suite son père dans mon bureau, là.
Bonsoir.
Oui.
Oui, c'est bien Philippe.
Il a été engagé par la SPD le soir du concert.
La SPD ? La Société de Sécurité.
Oui.
Qu'est-ce qu'il a à voir avec toi ? Si je suis bien paie.
Bon, allez, sois franc. Tu peux plus rien pour lui.
Comment il a pu faire ça ? Depuis que sa mère est morte, j'ai tout sacrifié pour
lui, j'ai tout donné, il a eu tout ce qu'il voulait.
C'est pas forcément la meilleure éducation.
On sait jamais comment faire avec les enfants.
Ils ont leurs copains qui font n'importe quoi dans la rue.
Comment tu veux les tenir, comment tu veux les punir ?
Dans le sens contraire, on leur passe tout, et si on leur passe tout, ils vous
en veulent.
On sait plus, quoi.
On sait plus.
Il a fait un vrai massacre, Gonzales.
Faut que tu saches ça.
Je sais, oui, je sais.
Mais c'était le hasard.
C'était pas prémédité.
S'il l'avait pas rencontré par hasard dans ce putain de bus.
Il ne se serait rien passé.
Je te plains, Gonzales. Il n'y a pas un homme, il n'y a pas un père qui mérite
ce qui t'arrive.
Alors il faut arrêter la casse maintenant.
Alors aide-moi.
Aide-moi à le retrouver avant qu'il fasse une autre connerie.
Non, c'est pas terrible par ici.
Je préfère encore là où je suis.
Toi, HLM ? Bah ouais, au moins je suis pas tout seul. Moi, je préfère l'hôtel.
On y va ? Attends, attends, attends. On sait jamais. On est jamais trop prudent
avec ces mecs. J'ai pas envie de me prendre un autre coup d'extincteur dans
la tronche. Je vais voir s'il y a quelque chose là derrière.
Ok.
On bouge pas ! Non, tirez pas ! Non, on se calme, on se calme.
Police.
Mais j'ai rien fait, moi. Je vous prenais pour des cambrioleurs.
On m'a encore volé la semaine dernière, ici, chez moi.
Il est là, votre voisin ? Je sais pas.
Enfin, si, je sais. Ils sont partis.
Ils sont d'eux ? Ah oui, le fils Gonzalès et un autre. Ils sont partis
ensemble, il y a une heure ou deux, dans la grosse voiture qui vend plus de
jours.
Alors ? Alors, ils se sont barrés, mais on a un informateur de première.
Vous les connaissez bien ?
Moi, je me suis toujours méfié d'eux. Ils vivent la nuit et je ne sais pas de
quoi.
Peut-être que c'est eux qui renseignent les voleurs.
Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Suffisamment de conneries pour vous laisser
tranquille pendant un moment.
Merci, monsieur.
Eh, ils sont partis avec leurs fringues.
On n'est pas près de les revoir.
Quand tu accroches ce genre de joujou au mur, c'est que tu rêves de t'en payer
un. Si c'est déjà fait, on a intérêt à appeler les blindés.
Une boulangerie.
Inspecteur Bamari, on recherche quelqu'un qui a pu vous téléphoner au
sujet de votre personnel.
Oui, quelqu'un de la sécu, pour connaître la liste de notre personnel de
nuit. Mais on n'a pas de personnel de nuit. Homme ou femme ? Homme.
Enfin, jeune.
Vous êtes sur la ligne du bus 813 ? Oui, il passe à deux rues.
Pourquoi ? Merci.
Ils cherchaient le même type que nous, des gars qui bossent pour une
boulangerie.
Non, Christian, n'y va pas.
Ouvrez ! Police, on vous dit ! Oh ! Qu'est-ce qui me dit que vous
êtes de la police ? Vous savez lire ? Allez, maniez-vous
! Vas-y.
Putain, ceux ! Non, arrêtez, je vous jure, on n'a rien fait ! Arrêtez ! On n
'a pas bougé d'ici !
Je suis vraiment surpris de votre visite, messieurs.
C'est la deuxième fois en moins d'une heure que des inspecteurs me demandent l
'adresse de mes apprentis.
Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Je peux savoir ? Et quels policiers ? Ils
étaient deux, assez jeunes.
C'est vrai qu'à première vue, je me suis demandé si c'était des inspecteurs. Mais
comme de nos jours, tout le monde ressemble à tout le monde.
Ils vous ont montré leur carte ? Oui, mais rapidement.
C'est celles qui m'ont piqué.
Donnez-nous vite l'adresse de vos apprentis.
Maman !
Est-ce que tu peux me donner l'adresse de Christian et d'Olivier ? Encore ?
Navarro, je viens d'avoir le chef de cabinet du ministre des Transports. Il
veut savoir si vous pensez arrêter le fils de Gonzales et son complice avant
son intervention au journal de 20 heures. On les a ratés de peu.
Je vous avais donné 48 heures pour boucler cette affaire, Navarro. Elle n
'est pas bouclée.
Et vous avez une piste ? Une piste, on ne sait jamais quand ça arrive.
On ne peut pas prévoir. L'effondrière, la pluie, la boue, on peut s'enliser, on
peut se perdre.
Une piste, ça n'obéit pas au journal de 20 heures.
Vous avez le chic pour me gâcher ma journée, Navarro.
Si vous me gâchez ma journée ! Je suis désolé.
Oui, patron ? Les otages, mais c'est pas possible.
Pourquoi ils les auraient enlevés ? Pourquoi ? Pour protéger leur fuite ? Ou
neutraliser les témoins ? Ou les deux ? Putain, il est armé, ton fils ? J'en
sais rien.
Écoute, il faut dire la vérité. Si tu veux pas qu'il passe sa vie en taule.
Sincèrement, je sais pas. Enfin, merde, il les a pas emmenés à l'hôtel.
T'as bien une baraque quelque part qui peut leur servir de planque, non ? Bah
oui, j'ai une maison de famille qui est vide en ce moment.
Bah là, on y va.
Qui ont ? Qui ont ? Toi et moi.
Oh, il va neiger, là.
Pour Clermont-Marais, ils vont directement.
Bien. Patron.
Blomé, vous venez avec nous.
Je suis
content
de vous revoir, Blomé.
Moi aussi, patron.
Mais il paraît que le divisionnaire Valls a mis ma mère dans une cellule. Ne
vous inquiétez pas, elle est très heureuse, Blomé. Elle parle peinture
avec un détenu portugais.
Maman ? Tu as une photo de ton fils ? Oui, elle date d'un an.
Montre-lui quand même.
Oui, c'est lui.
Mais avec des lunettes noires.
C'est là.
Il paraît qu'ils t'ont pris pour un pédophile à l'hôpital. Je ne sais pas
qui c'est qui a inventé ça.
Je me suis taillé.
Il y a un garage ici ? Oui, mais je l'utilise pour m'entraîner.
À tirer ? Oui, mais je sais bien la sonoriser.
Et tu laisses tes armes là-dedans ? Un peu, mais elles sont bien bloquées.
Décidément, tu cherches les emmerdements.
Au clin bleumé, à droite derrière les arbres.
Moi, je passe par la gauche avec Boréli.
Ben Marie, tu nous couvres.
Ouvre le portail.
C'est ma voiture.
Personne ne tire sans mon ordre ! N'abrochez pas !
Julio González ! Je
suis avec ton père ! Il veut te parler ! Qu'est-ce qu'il fout là, ton père ? C
'est lui qui nous a balancés ! Mais non, tu déconnes ! C'est une embrouille des
flics. Faut se barrer.
C'est là qu'ils vont nous servir, les petits cons.
Vous, les merdeux siennins qui bougent le but.
Hé ! On n'est pas tout seuls ! On veut négocier, mais d'abord reculer ! Ne
tirez pas ! Il n'y a pas vrai à faire.
On va passer. N'aggravez pas votre corps ! Libérez les otages ! Épongez vos armes
! On va sortir d'ici et prendre notre bagnole ! Si vous bougez, on descend les
types ! Nous, on n'a plus rien à perdre ! Alors tirez-vous !
Borélie, va prévenir le procureur, ça risque de durer.
On va avoir besoin des hommes du RAID pour les sortir de là.
Et ceux-là, crois-moi, ils font pas de cadeaux. Tu vas pas faire venir le RAID
? Si.
Je ne peux envoyer mes hommes au casse-pipe.
Laisse-moi essayer quelque chose, s'il te plaît.
C'est mon fils.
Si tu veux, mets à tes risques et périls.
Philippe !
Philippe, c'est ton père ! N'avancez plus ! C'est vous qui nous avez
balancés !
Papa. Lui, il n'a plus besoin de moi.
Ça va les gars, c'est fini.
Tu as mal ? Ah oui, j'ai mal.
Oui, mais je ne sais pas ce qui me fait le plus mal.
Tu vas vite te rétablir. Pourquoi faire ? Pour qu'on me regarde comme un paria ?
Parce que j'ai un fils violeur et assassin.
C'est un accident, elle est tombée en arrière.
Je vais rentrer chez nous et je dirai aux voisins, c'est un accident.
Elle est tombée plus tard, Philippe. Non, papa.
Allez, mon garçon, on peut y aller.
On peut faire un peu de journée.
Eh bien, vous deux, je ne vous félicite pas.
La prochaine fois, ayez le courage de témoigner.
On a eu la trouille. La trouille de quoi ? D'être un citoyen responsable ? Vous
vous êtes rendus comme des lâches. Et en plus, vous avez failli y rester par
lâcheté.
Apprenez à devenir des hommes, et la vie sera meilleure pour tout le monde.
Sophie est partie ? Oui, oui.
Heureuse ? Votre à lui demander.
Et alors, qui tu attends ? Toi, ma chérie.
Moi ? Et pourquoi ce dîner ? Tu connais les résultats ? Alors, on fête ton
succès ou je te remonte le moral ? Devine ! Je crois que c'est bon.
Allez, scotch. Je te sers un scotch.
Qu'est-ce que t'as fait de ta journée ? J'ai eu une journée très instructive.
Dis-moi, Yolande, si un jour j'étais trop dur avec toi, tu me le dirais ?
Pourquoi tu me dis ça ? Comme ça.
Je te trouve bien grave.
Tu sais, on apprend des choses tous les jours, à tous les âges.
Et toi ? Tu as appris quelque chose aujourd'hui ? Oui.
Et quoi, monsieur le philosophe ? Eh bien, j'ai appris qu'on peut mourir de
ne pas parler.
De ne pas se confier.
Ça ne peut pas nous arriver, ça.
Même en grandissant ? Même en grandissant.
Sous-titrage ST' 501
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