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Nous venons de voir que dans la horde primitive, le sort de la femme est très
dur. Chez les femelles animales, la fonction reproductrice est naturellement
limitée et quand elle s'effectue, l'individu est dispensé plus ou moins
complètement d'autres fatigues.
Seules les femelles domestiques sont parfois exploitées jusqu'à épuisement de
leur force en tant que reproductrices et dans leur capacité individuelle par un
maître exigeant.
Ce fut sans doute le cas de la femme en un temps où la lutte contre un monde
ennemi réclamait le plein emploi des ressources de la communauté.
Aux fatigues d'une procréation incessante et déréglée s'ajoutaient
celles des dures tâches domestiques.
Cependant, certains historiens prétendent que c'est à ce stade que la
supériorité du mâle est le moins marquée.
Ce qu'il faudrait dire plutôt, c'est que cette supériorité est immédiatement
vécue, pas encore posée et voulue.
On ne s'applique pas à compenser les désavantages cruels qui handicapent la
femme. Mais on ne cherche pas non plus à la brimer, comme il arrivera plus tard
en régime paternaliste.
Aucune institution n'enterrine l'inégalité des sexes. Aussi bien n'y a
-t-il pas d'institution, pas de propriété, pas d'héritage, pas de droit.
La religion est neutre. On adore quelques totems asexués.
C'est quand les nomades se fixèrent au sol et devinrent agriculteurs qu'on voit
apparaître les institutions et le droit.
L'homme ne se borne plus à se débattre durement contre les forces hostiles, il
commence à s'exprimer concrètement à travers la figure qu'il impose au monde,
à penser ce monde et à se penser.
À ce moment, la différenciation sexuelle se reflète dans la structure de la
collectivité. Elle prend un caractère singulier. Dans les communautés
agricoles, la femme est souvent revêtue d'un extraordinaire prestige.
Ce prestige s'explique essentiellement par l'importance toute neuve que prend l
'enfant dans une civilisation basée sur le travail de la terre.
En s'installant sur un territoire, les hommes en réalisent l'appropriation.
Sous une forme collective, la propriété apparaît. Elle exige de ses possesseurs
une postérité. La maternité devient une fonction sacrée.
Beaucoup de tribus vivent en régime communautaire. Cela ne signifie pas que
les femmes appartiennent à tous les hommes de la collectivité. On ne croit
guère aujourd'hui que le mariage par promiscuité ait jamais été pratiqué.
Mais hommes et femmes n'ont d'existence religieuse, sociale et économique qu'en
tant que groupe.
Leur individualité demeure un pur fait biologique.
Le mariage, quelle que soit sa forme, monogamie, polygamie, polyandrie, n'est
lui aussi qu'un accident profane qui ne crée aucun lien mystique. Il n'est pour
l'épouse source d'aucune servitude, elle demeure intégrée à son clan.
L'ensemble du clan rassemblé sous un même totem possède mystiquement un même
mana, matériellement la jouissance commune d'un même territoire.
Selon le processus d'aliénation dont j'ai parlé, le clan se saisit dans ce
territoire sous une figure objective et concrète.
Par la permanence du sol, il se réalise donc comme une unité dont l'identité
persiste à travers la dispersion du temps.
Seule cette démarche existentielle permet de comprendre l'identification
qui a subsisté jusqu'à nos jours entre le clan, la gens, la famille et la
propriété. A la conception des tribus nomades, pour qui n'existe que l
'instant, la communauté agricole substitue celle d'une vie enracinée dans
le passé et s'annexant l'avenir. On vénère l'ancêtre totémique qui donne son
nom aux membres du clan et le clan accorde un intérêt profond à ses
descendants. Il se survivra à travers le sol qu'il leur lègue et qu'ils
exploiteront. La communauté pense son unité et veut son existence par-delà le
présent. Elle se reconnaît dans les enfants, elle les reconnaît comme siens,
en elle, elle s'accomplit et se dépasse.
Mais beaucoup de primitifs ignorent la part que prend le père à la procréation
des enfants.
Ils considèrent ceci comme la réincarnation des larves ancestrales qui
flottent autour de certains arbres, de certains rochers, dans certains lieux
sacrés et qui descendent dans le corps de la femme.
On estime parfois que celle-ci ne doit pas être vierge pour que cette
infiltration soit possible.
Mais d'autres peuples croient qu'elle se produit aussi bien par les narines ou
par la bouche.
De toute façon, la défloration est ici secondaire et, pour des raisons
mystiques, elle est rarement l'apanage du mari.
La mère est évidemment nécessaire à la naissance de l'enfant. C'est elle qui
conserve et nourrit le germe dans son sein et c'est donc par elle que dans le
monde visible la vie du clan se propage.
Elle se trouve ainsi jouer un rôle de premier plan.
Très souvent, les enfants appartiennent au clan de leur mère, portent son nom,
participent à ses droits et particulièrement à la jouissance de la
terre que le clan détient.
La propriété communautaire se transmet alors par les femmes.
Par elles, les champs et les moissons sont assurés aux membres du clan et
inversement, c'est par leur mère que ceux-ci sont destinés à tel ou tel
domaine. On peut donc considérer que mystiquement, la terre appartient aux
femmes. Elles ont une emprise à la fois religieuse et légale sur la glaibe et
ses fruits.
Le lien qui les unit est plus grand. plus étroite encore qu'une appartenance.
Le régime de droit naturel se caractérise par une véritable
assimilation de la femme à la terre.
En toutes deux, s'accomplit à travers ces avatars la permanence de la vie, la
vie qui est essentiellement génération.
Chez les nomades, la procréation ne semble guère qu'un accident et les
richesses du sol demeurent méconnues. Mais l'agriculteur admire le mystère de
la fécondité qui s'épanouit dans les sillons et dans le ventre maternel.
Il sait qu'il a été engendré comme le bétail et les récoltes, il veut que son
clan engendre d'autres hommes qui le perpétueront en perpétuant la fertilité
des champs. La nature tout entière lui apparaît comme une mère, la terre est
femme et la femme est habitée par les mêmes puissances obscures que la terre.
C'est en partie pour cette raison que le travail agricole lui est confié.
Capable d'appeler dans son sein les larves ancestrales, elle a aussi la
puissance de faire jaillir des champs ensemencés, les fruits et les épis.
Il s'agit dans l'un et l'autre cas non d'une opération créatrice, mais d'une
conjuration magique.
À ce stade, l'homme ne se borne plus à collecter les produits du sol.
Mais il ne connaît pas encore sa puissance.
Il hésite entre les techniques et la magie.
Il se sent passif, dépendant de la nature qui dispense au hasard l
'existence et la mort.
Certes, il reconnaît plus ou moins l'utilité de l'acte sexuel et des
techniques qui domestiquent le sol, mais enfants et moissons n'en apparaissent
pas moins comme des dons surnaturels. Et ce sont les mystérieuses effluves
émanant du corps féminin qui attirent en ce monde les richesses enfouies aux
sources mystérieuses de la vie.
De telles croyances sont encore vivaces aujourd'hui parmi de nombreuses tribus d
'Indiens, d'Australiens, de Polynésiens.
Elles ont pris d'autant plus d'importance qu'elles harmonisaient avec
les intérêts pratiques de la collectivité.
La maternité destine la femme à une existence sédentaire. Il est naturel,
tandis que l'homme chasse, pêche, guéroie, qu'elle demeure au foyer.
Mais chez les peuples primitifs, on ne cultive guère que des jardins de
dimensions modestes et contenus dans les limites du village.
Leur exploitation est une tâche domestique. Les instruments de l'âge de
pierre ne réclament pas un effort intensif.
Économie et mystique sont d'accord pour abandonner aux femmes le travail
agricole. Dans la mesure où elles commencent à naître, l'industrie
domestique est aussi leur lot. Elles tissent, tapis et couvertures, elles
façonnent les poteries.
Souvent, ce sont elles qui président aux échanges des marchandises. Le commerce
est entre leurs mains.
C'est donc par elles que la vie du clan se maintient et se propage. De leur
travail et de leur vertu magique dépendent enfants, troupeaux, moissons,
ustensiles, toute la prospérité du groupe dont elles sont l'âme.
Tant de puissance inspire aux hommes un respect mêlé de terreur qui se reflète
dans leur culte. C'est en elles que va se résumer toute la nature étrangère.
On a dit déjà que l'homme ne se pense jamais qu'en pensant l'autre.
Il saisit le monde sous le signe de la dualité.
Celle-ci n'a pas d'abord un caractère sexuel.
Mais naturellement, étant différente de l'homme qui se pose comme le même, c'est
dans la catégorie de l'autre que la femme est rangée.
L'autre enveloppe la femme, elle n'est d'abord pas assez importante pour l
'incarner seule.
Si bien que se dessine au cœur de l'autre une subdivision.
Dans les vieilles cosmogonies, un même élément a souvent une incarnation à la
fois mâle et femelle.
Ainsi, l'océan et la mer, chez les Babyloniens, sont la double incarnation
du chaos cosmique.
Quand le rôle de la femme grandit, elle absorbe presque dans sa totalité la
région de l'autre.
Alors apparaissent les divinités féminines, à travers lesquelles on adore
l'idée de fécondité.
On a retrouvé à Suse l'image la plus ancienne de la grande déesse, la grande
mère à la robe longue, à la haute coiffure, que d'autres statues nous
montrent couronnées de tours.
Les fouilles de crête en ont livré plusieurs effigies.
Elle est tantôt stéatopige et accroupie, tantôt plus mince et debout, parfois
vêtue et souvent nue, serrant les bras sous ses seins gonflés.
Elle est la reine du ciel, une colombe la figure, elle est aussi impératrice
des enfers, elle en sort en rampant et le serpent la symbolise.
Elle se manifeste dans les montagnes, les bois, sur la mer, dans les sources.
Partout elle crée la vie, si elle tue, elle ressuscite.
Capricieuse, luxurieuse, cruelle comme la nature, à la fois propice et
redoutable, elle règne sur toutes les Gèdes, sur l'Afrigie, la Syrie, l
'Anatolie, sur toute l'Asie occidentale.
Elle s'appelle Ishtar à Babylone, astartée chez les peuples sémitiques et
chez les Grecs Géa, Réa ou Cybele.
On la retrouve en Égypte sous les traits d'Isis, les divinités mâles lui sont
subordonnées. Suprême idole dans les régions lointaines du ciel et des
enfers, la femme est sur terre entourée de tabous. Comme tous les êtres sacrés,
elle est elle-même taboue. À cause des pouvoirs qu'elle détient, on la regarde
comme magicienne, sorcière. On l'associe aux prières, elle devient parfois
prêtresse, telle les druidesses chez les anciens celtes. En certains cas, elle
participe au gouvernement de la tribu, il arrive même qu'elle l'exerce seule.
Ces âges reculés ne nous ont légué aucune littérature.
Mais les grandes époques patriarcales conservent dans leur mythologie, leurs
monuments, leurs traditions, le souvenir d'un temps où les femmes occupaient une
situation très haute. Du point de vue féminin, l'époque brahmanique est une
régression sur celle du Rig Veda, et celle-ci sur le stade primitif qui l'a
précédé. Les Bédouines de l'époque préislamique avaient un statut bien
supérieur à celui que leur assigne le Coran.
Les grandes figures de Niobé, de Médée, évoquent une ère où les mères,
considérant leurs enfants comme leur bien propre, s'en orgueillissaient. Et
dans les poèmes homériques, Andromaque et Cube ont une importance que la Grèce
classique ne reconnaît plus aux femmes cachées dans l'ombre du Guinnessé.
Ces faits ont amené à supposer qu'existait dans les temps primitifs un
véritable règne des femmes. C'est cette hypothèse proposée par Bachofen qu'a
reprise Engels. Le passage du matriarcat au patriarcat lui apparaît comme la
grande défaite historique du sexe féminin.
Mais en vérité, cet âge d'or de la femme n'est qu'un mythe.
Dire que la femme était l'autre, c'est dire qu'il n'existait pas entre les
sexes un rapport de réciprocité.
Terre, mère, déesse, elle n'était pas pour l'homme une semblable. C'est au
-delà du règne humain que sa puissance s'affirmait. Elle était donc hors de ce
règne. La société a toujours été mâle. Le pouvoir politique a toujours été aux
mains des hommes.
L'autorité publique ou simplement sociale appartient toujours aux hommes,
affirme Lévi-Strauss au terme de son étude sur les sociétés primitives.
Le semblable, l'autre, qui est aussi le même, avec qui s'établissent des
relations réciproques, c'est toujours pour le mal un individu mal.
La dualité qui se découvre sous une forme ou une autre au cœur des
collectivités oppose un groupe d'hommes à un groupe d'hommes, et les femmes font
partie des biens que ceux-ci possèdent et qui sont entre eux un instrument d
'échange. L'erreur est venue de ce qu'on a confondu deux figures de l'altérité
qui s'excluent rigoureusement.
Dans la mesure où la femme est considérée comme l'autre absolue, c'est
-à-dire quelle que soit sa magie, comme l'inessentielle, il est précisément
impossible de la regarder comme un autre sujet.
41. Les femmes n'ont donc jamais constitué un groupe séparé qui se fut
posé pour soi en face du groupement mâle.
Elles n'ont jamais eu une relation directe et autonome avec les hommes.
Le lien de réciprocité qui fonde le mariage n'est pas établi entre des
hommes et des femmes, mais entre des hommes au moyen de femmes, qui en sont
seulement la principale occasion, dit Lévi-Strauss.
La condition concrète de la femme n'est pas affectée par le type de filiation
qui prévaut dans la société à laquelle elle appartient. Que le régime soit
patrilinaire, matrilinaire, bilatéral ou indifférencié, l'indifférenciation n
'étant jamais rigoureuse, elle est toujours sous la tutelle des hommes.
La seule question est de savoir si elle demeure après le mariage soumise à l
'autorité de son père ou de son frère aîné, autorité qui s'étendra aussi à ses
enfants, ou si elle passe sous celle du mari.
En tout cas, la femme, elle, n'est jamais que le symbole de sa lignée. La
filiation matrilinaire, c'est la main du père ou du frère de la femme qui s'étend
jusqu'au village du frère, 43.
Elle n'est que médiatrice du droit, non sa détentrice.
En vérité, ce sont les relations des deux groupes masculins qui sont définies
par le régime de filiation et non le rapport des deux sexes.
Pratiquement, la condition concrète de la femme n'est pas liée d'une manière
stable à tel ou tel type de droit.
Il arrive qu'en régime matrilinière, elle occupe une situation très haute.
Encore faut-il prendre garde que la présence d'une femme chef, d'une reine,
à la tête d'une tribu, ne signifie absolument pas que les femmes y soient
souveraines. L'avènement de Catherine de Russie n'a en rien modifié le sort des
paysannes russes. Et il n'est pas moins fréquent qu'elles vivent dans l
'abjection. D'ailleurs, les cas où la femme demeure dans son clan et où son
mari n'est admis que lui faire des visites rapides, voire clandestines,
sont très rares.
Presque toujours, elle s'en va habiter sous le toit de son époux. Ce fait
suffit à manifester la primauté du mâle.
Derrière les oscillations du mode de filiation, dit Lévi-Strauss, la
permanence de la résidence patrilocale atteste la relation fondamentale d
'asymétrie entre les sexes, qui caractérise la société humaine.
Comme elle garde ses enfants après elle, il en résulte que l'organisation
territoriale de la tribu ne se recoupe pas avec son organisation totémique.
Celle-ci est rigoureusement fondée, celle-là contingente. Mais pratiquement
c'est la première qui a le plus d'importance, car le lieu où les gens
travaillent et vivent compte plus que leur appartenance mystique.
Dans les régimes de transition qui sont les plus répandus, il y a deux espèces
de droits, l'un religieux, l'autre basé sur l'occupation et le travail de la
terre, qui s'entrepénètrent.
Pour n'être qu'une institution laïque, le mariage n'en a pas moins une grande
importance sociale, et la famille conjugale, quoique dépossédée de
significations religieuses, existe fortement sur le plan humain.
Même dans les collectivités où se rencontre une grande liberté sexuelle,
il convient que la femme qui met un enfant au monde soit mariée. Elle ne
réussit pas à constituer, seule avec sa progéniture, un groupe autonome. Et la
protection religieuse de son frère ne suffit pas. La présence d'un époux est
exigée. Il a souvent de grandes responsabilités à l'égard des enfants.
Ceux-ci n'appartiennent pas à son clan, mais c'est cependant lui qui les nourrit
et les élève. Il se crée entre mari et fils, père et fils, des liens de
cohabitation, de travail, d'intérêt commun, de tendresse.
Entre cette famille laïque et le clan totémique, les rapports sont très
complexes, comme en témoigne la diversité des rites du mariage.
Primitivement, le mari achète une femme au clan étranger, où du moins il y a, d
'un clan à l'autre, un échange de prestations, le premier livrant un de
ses membres, le second cédant du bétail, des fruits, du travail.
Mais comme le mari prend à charge sa femme et les enfants de celle-ci, il
arrive aussi qu'il reçoive des frères de l'épousé une rétribution.
Entre les réalités mystiques et économiques, l'équilibre est instable.
L'homme a souvent beaucoup plus d'attachement pour ses fils que pour ses
neveux. C'est en tant que père qu'il choisira de s'affirmer quand une telle
affirmation deviendra possible.
Et c'est pourquoi toute société tend vers une forme patriarcale lorsque son
évolution amène l'homme à prendre conscience de soi et à imposer sa
volonté. Mais il est important de souligner que même au temps où il était
encore confondu devant les mystères de la vie, de la nature, de la femme, il ne
s'est jamais démis de son pouvoir.
Quand, effrayé par la dangereuse magie que recèle la femme, il la pose comme l
'essentiel, c'est lui qui la pose et il se réalise ainsi comme l'essentiel dans
cette aliénation qu'il consent.
Malgré les fécondes vertus qui la pénètrent, l'homme demeure son maître,
comme il est maître de la terre fertile.
Elle est destinée à être soumise, possédée, exploitée, comme l'est aussi
la nature, dont elle incarne la magique fertilité.
Le prestige dont elle jouit aux yeux des hommes, c'est d'eux qu'elles le
reçoivent. Ils s'agenouillent devant l'autre, ils adorent la déesse mère.
Mais si puissante que celle-ci paraisse, c'est à travers des notions créées par
la conscience mâle qu'elle est saisie.
Toutes les idoles inventées par l'homme, si terrifiantes qu'il les ait forgées,
sont en fait dans sa dépendance et c'est pourquoi il lui sera possible de les
détruire. Dans les sociétés primitives, cette dépendance n'est pas reconnue et
posée, mais elle existe immédiatement, en soi.
Et elle sera facilement médiatisée dès que l'homme prendra une plus claire
conscience de lui-même, dès qu'il osera s'affirmer et s'opposer.
Et en vérité, même quand l'homme se saisit comme donné, passif, subissant
les hasards des pluies et du soleil, il se réalise aussi comme transcendance,
comme projet.
Déjà en lui, l'esprit, la volonté, s'affirment contre la confusion et la
contingence de la vie.
L'ancêtre totémique dont la femme assume les multiples incarnations est plus ou
moins nettement sous son nom d'animal ou d'arbre, un principe mâle.
La femme en perpétue l'existence charnelle, mais son rôle est seulement
nourricier, non pas créateur.
En aucun domaine, elle ne crée. Elle entretient la vie de la tribu en lui
donnant des enfants et du pain, rien de plus.
Elle demeure vouée à l'immanence. De la société, elle incarne seulement l'aspect
statique, fermé sur soi.
Tandis que l'homme continue d'accaparer les fonctions qui ouvrent cette société
sur la nature et sur l'ensemble de la collectivité humaine. Les seuls travaux
dignes de lui, ce sont la guerre, la chasse, la pêche. Il conquiert des
proies étrangères et les annexe à la tribu.
Guerre, chasse, pêche représentent une expansion de l'existence, son
dépassement vers le monde.
Le mal demeure la seule incarnation de la transcendance.
Il n'a pas encore les moyens pratiques de dominer totalement la femme terre.
Il n'ose pas encore se dresser contre elle.
Mais déjà, il veut s'en arracher.
C'est à mon sens, dans cette volonté, qu'il faut chercher la raison profonde
de la fameuse coutume de l'exogamie si répandue dans les sociétés à filiation
utérine. Même si l'homme ignore le rôle qu'il joue dans la procréation, le
mariage a pour lui une grande importance.
C'est par là qu'il accède à la dignité d'adulte et qu'il reçoit en partage une
parcelle du monde.
Par sa mère, il est lié aux clans, aux ancêtres et à tout ce qui constitue sa
propre substance.
Mais dans toutes ses fonctions laïques, travail, mariage, il prétend s'évader de
ce cercle, affirmer la transcendance contre l'immanence, s'ouvrir un avenir
différent du passé où il plonge ses racines.
Selon le type d'appartenance reconnu dans les différentes sociétés, la
prohibition de l'inceste prend des formes différentes, mais elle garde des
époques primitives à nos jours le même sens.
Ce que l'homme souhaite posséder, c'est ce qu'il n'est pas. Il s'unit à ce qui
lui apparaît comme autre que lui.
Il ne faut donc pas que l'épouse participe au manat de l'époux, il faut
qu'elle lui soit étrangère, donc étrangère à son clan.
Le mariage primitif se fonde parfois sur un rapte, soit réel, soit symbolique. C
'est que la violence faite à autrui est l'affirmation la plus évidente de son
altérité. En conquérant sa femme par la force, le guerrier prouve qu'il a su s
'annexer une richesse étrangère et faire éclater les bornes du destin que sa
naissance lui avait assigné.
L'achat sous ses différentes formes, tribus payées, prestations de services,
manifestent avec moins d'éclat la même signification.
Peu à peu, l'homme a médiatisé son expérience et dans ses représentations
comme dans son existence pratique, c'est le principe mâle qui a triomphé.
L'esprit l'a emporté sur la vie, la transcendance sur l'immanence, la
technique sur la magie et la raison sur la superstition.
La dévaluation de la femme représente une étape nécessaire dans l'histoire de
l'humanité.
Car c'est non de sa valeur positive, mais de la faiblesse de l'homme qu'elle
tirait son prestige.
En elle s'incarnaient les inquiétants mystères naturels. L'homme échappe à son
emprise quand il se libère de la nature.
C'est le passage de la pierre au bronze qui lui permit de réaliser par son
travail la conquête du sol et de se conquérir lui-même.
L'agriculteur est soumis au hasard de la terre, des germinations, des saisons. Il
est passif, il conjure et il attend.
C'est pourquoi les esprits totémiques peuplaient le monde humain. Le paysan
subissait les caprices de ces puissances qu'il investissait.
L'ouvrier, au contraire, modèle l'outil selon son dessin. Il lui impose avec ses
mains la figure de son projet.
En face de la nature inerte qui lui résiste mais qui le vint, il s'affirme
comme volonté souveraine.
Qu'il précipite ses coups sur l'enclume, il précipite l'achèvement de l'outil.
Tandis que rien ne peut hâter le mûrissement des épis.
Il apprend sur la chose façonnée sa responsabilité. Son geste adroit ou
maladroit la façonne ou la brise, prudent, habile, il l'amène à un point
de perfection dont il est fier.
Son succès ne dépend pas de la faveur des dieux, mais de lui-même.
Il défie ses compagnons, il s'enorgueillit de ses réussites. Et s'il
fait encore quelques places au rite, des techniques exactes lui semblent bien
plus importantes.
Les valeurs mystiques passent au second plan et les intérêts pratiques au
premier. Il ne s'affranchit pas entièrement des dieux, mais il les
sépare de lui en se séparant d'eux. Il les relève dans leur ciel olympien et
garde pour lui le domaine terrestre. Le grand pan commence à s'étioler quand
retentit le premier coup de marteau et le règne de l'homme s'ouvre. Il apprend
son pouvoir.
Dans le rapport de son bras créateur à l'objet fabriqué, il expérimente la
causalité. Le grain semé germe ou ne germe pas, tandis que le métal réagit
toujours de la même manière au feu, à la trempe, à l'action mécanique.
Ce monde d'ustensiles se laisse enfermer dans des concepts clairs. La pensée
rationnelle, la logique et les mathématiques peuvent alors apparaître.
Toute la figure de l'univers est bouleversée.
La religion de la femme est liée au règne de l'agriculture, règne de la
durée irréductible, de la contingence, du hasard, de l'attente, du mystère.
Celui de l'homophabère, c'est le règne du temps qu'on peut vaincre comme l
'espace, de la nécessité, du projet, de l'action, de la raison.
Même quand il affronte la terre, l'homme l'affrontera dorénavant en ouvrier.
Il découvre qu'on peut enrichir le sol, qu'il est bon de le laisser reposer, qu
'il faut traiter de telle façon telle semence.
C'est lui qui fait pousser les récoltes. Il creuse des canaux, il irrigue ou
assèche le sol, il trace des routes, il bâtit des temples.
Il crée le monde à neuf.
Les peuples qui sont demeurés sous la coupe de la déesse mère, ceux où s'est
perpétuée la filiation utérine, se sont aussi arrêtés à un stade de civilisation
primitive.
C'est que la femme n'était vénérée que dans la mesure où l'âme se faisait l
'esclave de ses propres craintes, le complice de sa propre impuissance.
C'est dans la terreur et non dans l'amour qu'il lui rendait un culte.
Il ne pouvait s'accomplir qu'en commençant par la détrôner.
C'est le principe mâle de force créatrice, de lumière, d'intelligence, d
'ordre qu'il reconnaîtra alors comme souverain.
Auprès de la déesse mère, surgit un dieu, fils ou amant, qui lui est encore
inférieur mais qui lui ressemble trait pour trait et qui lui est associé.
Lui aussi incarne en principe de fécondité.
C'est un taureau, c'est le minotaure, c'est le nil fertilisant les plaines d
'Égypte. Il meurt en automne et renaît au printemps après que l'épouse mère,
invulnérable mais éplorée, ait consacré ses forces à rechercher son corps et à
le ranimer.
On voit apparaître en Crète ce couple que l'on retrouve sur tous les rivages
de la Méditerranée.
C'est en Égypte Isis et Horus, Astarté et Adonis en Phénicie, Cybele et Attis
en Asie mineure, et, dans la Grèce hélénique, Réa et Zeus.
Puis, la Grande Mère se trouva détrônée. En Égypte, où la condition de femme
reste exceptionnellement favorable, la déesse Noute qui incarne le ciel et
Isis, la terre fécondée, épouse du Nil, Osiris, demeure des déesses d'une
extrême importance.
Mais c'est cependant Ra, le dieu soleil, lumière et énergie virile, qui est le
roi suprême.
À Babylone, Ishtar n'est plus que l'épouse de Belmardoc. C'est lui ce qui
crée les choses et qui en garantit l'harmonie. Le dieu des sémites est Mal.
Quand Zeus règne au ciel, il faut que Géa, Réa, Sibèle abdiquent.
Il ne reste en Déméter qu'une divinité encore imposante mais secondaire.
Les dieux védiques ont des épouses, mais qu'on n'adore pas au même titre qu'eux.
Le Jupiter romain ne connaît pas d'égal.
Ainsi, le triomphe du patriarcat ne fut né un hasard ni le résultat d'une
révolution violente.
Dès l'origine de l'humanité, leur privilège biologique a permis au mâle de
s'affirmer seul comme souverain sujet.
Ils n'ont jamais abdiqué ce privilège.
Ils ont aliéné en partie leur existence dans la nature et dans la femme, mais
ils l'ont ensuite reconquise.
Condamnée à jouer le rôle de l'autre, la femme était aussi condamnée à ne
posséder qu'une puissance précaire.
Esclave ou idole, ce n'est jamais elle qui a choisi son lot.
« Les hommes font les dieux, les femmes les adorent », a dit Frazer.
Ce sont eux qui décident si leur divinité suprême seront femelles ou
mâles. La place de la femme dans la société est toujours celle qu'il lui
assigne. En aucun temps, elle n'a imposé sa propre loi.
Peut-être cependant, si le travail producteur était demeuré à la mesure de
ses forces, la femme aurait réalisé avec l'homme la conquête de la nature.
L'espèce humaine se fut affirmée contre les dieux à travers les individus mâles
et femelles, mais elle n'a pas pu faire sienne les promesses de l'outil.
Engels n'a expliqué qu'incomplètement sa déchéance.
Il ne suffit pas de dire que l'invention du bronze et du fer a profondément
modifié l'équilibre des forces productrices et que par là, l
'infériorité de la femme s'est accomplie.
Cette infériorité ne suffit pas en soi à rendre compte de l'oppression qu'elle a
subie. Ce qui lui a été néfaste, c'est que ne devenant pas pour l'ouvrier un
compagnon de travail, elle a été exclue du mid-sign humain.
Que la femme soit faible et de capacité productrice inférieure n'explique pas
cette exclusion.
C'est parce qu'elle ne participait pas à sa manière de travailler et de penser,
parce qu'elle demeurait asservie au mystère de la vie, que le mal n'a pas
reconnu en elle un semblable.
Du moment qu'il ne l'adoptait pas, qu'elle gardait à ses yeux la dimension
d'autre, l'homme ne pouvait que se faire son oppresseur.
La volonté mâle d'expansion et de domination a transformé l'incapacité
féminine en une malédiction.
L'homme a voulu épuiser les possibilités nouvelles ouvertes par les nouvelles
techniques. Il a fait appel à une main-d'œuvre servile. Il a réduit son
semblable en esclavage.
Le travail des esclaves étant beaucoup plus efficace que celui que la femme
pouvait fournir, elle a perdu le rôle économique qu'elle jouait dans la tribu.
Et dans son rapport avec l'esclave, le maître a trouvé une confirmation de sa
souveraineté beaucoup plus radicale que dans l'autorité mitigée qu'il exerçait
sur la femme.
Étant vénéré et redouté pour sa fécondité, étant autre que l'homme et
participant au caractère inquiétant de l'autre, la femme tenait d'une certaine
manière l'homme dans sa dépendance au moment même où elle dépendait de lui.
La réciprocité du rapport maître-esclave existait actuellement pour elle, et par
là, elle échappait à l'esclavage.
L'esclave, lui, n'est protégé par aucun tabou. Il n'est rien qu'un homme
asservi, non pas différent mais inférieur.
Le jeu dialectique de son rapport au maître mettra des siècles à s
'actualiser. Au sein de la société patriarcale organisée, l'esclave n'est
qu'une bête de somme à face humaine. Le maître exerce sur lui une autorité
tyrannique, par là s'exalte son orgueil. Et il le retourne contre la femme.
Tout ce qu'il gagne, il le gagne contre elle. Plus il devient... puissant, plus
elle déchoit. En particulier, quand il devient propriétaire du sol, il
revendique aussi la propriété de la femme.
Naguère, il était possédé par le mana.
par la terre.
Maintenant, il a une âme, des terres.
Affranchi de la femme, il réclame aussi une femme et une postérité à lui.
Il veut que le travail familial qu'il utilise au profit de ses champs soit
totalement sien. Et pour cela, il faut que les travailleurs lui appartiennent.
Il a servi sa femme et ses enfants.
Il lui faut des héritiers en qui se prolongera sa vie terrestre, du fait qu
'il leur lègue ses biens et qui lui rendront, par-delà la tombe, les
honneurs nécessaires au repos de son âme.
Le culte des dieux domestiques se superpose à la constitution de la
propriété privée et la fonction d'héritier est économique et mystique à
la fois.
Ainsi, du jour où l'agriculture cesse d'être une opération essentiellement
magique et devient d'abord un travail créateur, l'homme se découvre comme
force génératrice. Il revendique ses enfants en même temps que ses moissons.
Il n'y a pas dans les temps primitifs de révolution idéologique plus importante
que celle qui substitue l'agnation à la filiation utérine.
Désormais, la mère est ravalée au rang de nourrice, de servante, et la
souveraineté du père est exaltée. C'est lui qui détient les droits et les
transmet.
Apollon, dans les homénines d'Esquille, proclame ces vérités neuves. Ce n'est
pas la mère qui engendre ce qu'on appelle son enfant.
Elle n'est que la nourrice du germe versé dans son sein.
Celui qui engendre, c'est le père.
La femme, comme un dépositaire étranger, reçoit le germe et s'il plaît au Dieu,
elle le conserve.
Il est évident que ces affirmations ne résultent pas d'une découverte
scientifique. Elles sont une profession de foi.
Sans doute l'expérience de la causalité technique, où l'homme puise l'assurance
de son pouvoir créateur, l'a conduite à reconnaître qu'il était aussi nécessaire
que la mère à la procréation.
L'idée a guidé l'observation, mais celle-ci se borne à accorder au père un
rôle égal à celui de la mère.
Elle amenait à supposer que sur le plan naturel, la condition de la conception,
c'était la rencontre du sperme et des menstrues.
L'idée qu'exprime Aristote, la femme est seulement matière, le principe du
mouvement, qui est le mal dans tous les êtres qui naissent, est meilleur et plus
divin, cette idée traduit une volonté de puissance qui dépasse toute
connaissance. En s'attribuant exclusivement sa postérité, l'homme se
dégage définitivement de l'emprise de la féminité. Il conquiert contre la femme
la domination du monde.
Voué à la procréation et à des tâches secondaires, dépouillé de son importance
pratique et de son prestige mystique, la femme n'apparaît plus que comme
servante. Cette conquête, les hommes l'ont figurée comme l'aboutissement d
'une lutte violente.
Une des plus antiques cosmogonies, celle des Assyros babyloniens, nous raconte
leur victoire dans un texte qui date du VIIe siècle, mais qui reproduit une
légende beaucoup plus ancienne.
L'océan et la mer, Atoum et Tamiat, engendrèrent le monde céleste, le monde
terrestre et tous les grands dieux. Mais trouvant ceci trop turbulent, ils
décidèrent de les anéantir. Et c'est Tamiat, la femme-mère, qui mena la lutte
contre le plus fort et le plus beau de ses descendants.
Bel Marduk.
Celui-ci, l'ayant défié au combat, après une terrible bataille, la tua et trancha
son corps en deux.
D'une moitié, il fit la voûte céleste, de l'autre, le support du monde
terrestre. Puis, il organisa l'univers et créa l'humanité.
Dans le drame des Huménides, qui illustre le triomphe du patriarcat sur
le droit maternel, Orestes assassine aussi Clitemnestre.
Par ses sanglantes victoires, la force virile, les puissances solaires d'ordre
et de lumière l'emportent sur le chaos féminin. En absolvant Orestes, le
tribunal des dieux proclame qu'il était le fils d'Agamemnon avant d'être celui
de Clytemnestre.
Le vieux droit maternel est mort, c'est l'audacieuse révolte du mal qui l'a tué.
On a vu qu'en vérité, le passage au droit paternel s'est accompli par de
lentes transitions.
La conquête masculine a été une reconquête. L'homme n'a fait que prendre
possession de ce que déjà il possédait.
Il a mis le droit en harmonie avec la réalité.
Il n'y a eu ni lutte, ni victoire, ni défaite.
Cependant, ces légendes ont un sens profond. Au moment où l'homme s'affirme
comme sujet et liberté, l'idée d'autre se médiachise.
De ce jour, le rapport avec l'autre est un drame.
L'existence de l'autre est une menace, un danger.
La vieille philosophie grecque, que Platon sur ce point ne démenta, a montré
que l'altérité est la même chose que la négation, donc le mal.
Poser l'autre, c'est définir un manichéisme. C'est pourquoi les
religions et les codes traitent la femme avec tant d'hostilité.
À l'époque où le genre humain s'est élevé jusqu'à la rédaction écrite de ses
mythologies et de ses lois, le patriarcat est définitivement établi. Ce
sont les mâles qui composent les codes.
Il est naturel qu'il donne à la femme une situation subordonnée.
Mais on pourrait imaginer qu'il la considère avec la même bienveillance que
les enfants et le bétail.
Il n'en est rien.
Organisant l'oppression de la femme, les législateurs ont peur d'elle.
Des vertus ambivalentes dont elle était revêtue, on retient surtout l'aspect
néfaste. De sacrée, elle devient impure.
Ève, donnée à Adam pour être sa compagne, a perdu le genre humain. Quand
ils veulent se venger des hommes, les dieux païens inventent la femme. Et c
'est la première née de ces créatures femelles, Pandore, qui déchaînent tous
les maux dont souffre l'humanité.
L'autre, c'est la passivité en face de l'activité, la diversité qui brise l
'unité, la matière opposée à la forme, le désordre qui résiste à l'ordre.
La femme est ainsi vouée au mal.
Il y a un principe bon qui a créé l'ordre, la lumière et l'homme, et un
principe mauvais qui a créé le chaos, les ténèbres et la femme, dit Pythagore.
Les lois de Manou la définissent comme un être vil qu'il convient de tenir en
esclavage. Le Lévitique l'assimile aux bêtes de Somme, possédées par le
patriarche. Les lois de Solon ne lui confèrent aucun droit.
Le Code romain la met en tutelle et proclame son imbécilité.
Le droit canon la considère comme la porte du diable. Le Coran la traite.
Et cependant, le mal est nécessaire au bien, la matière à l'idée et la nuit à
la lumière.
L'homme sait que pour assouvir ses désirs, pour perpétuer son existence, la
femme lui est indispensable.
Il lui faut l'intégrer à la société.
Dans la mesure où elle se soumet à l'ordre établi par les mâles, elle est
purifiée de sa souillure originelle.
L'idée est fortement exprimée dans les lois de Manu.
Une femme, par un mariage légitime, revêt les mêmes qualités que son époux,
semblable à la rivière qui se perd dans l'océan, et elle est admise après sa
mort dans le même paradis céleste.
Ainsi, la Bible trace avec éloge le portrait de la femme forte.
Le christianisme, malgré sa haine de la chair, respecte la vierge consacrée et l
'épouse chaste et docile.
Associée au culte, la femme peut même avoir un rôle religieux important.
la Flaminia à Rome sont aussi saintes que leur mari.
Dans le couple, c'est l'homme qui domine, mais l'union des principes mâle
et femelle demeure nécessaire au mécanisme de la fécondité, à la vie et à
l'ordre de la société.
C'est cette ambivalence de l'autre, de la femme, qui va se refléter dans la
suite de son histoire.
Elle sera jusqu'à nos jours soumise à la volonté des hommes.
Mais cette volonté est ambiguë. Par une totale annexion, la femme serait ravalée
au rang d'une chose.
Or l'homme prétend revêtir de sa propre dignité ce qu'il conquiert et possède.
L'autre garde à ses yeux un peu de sa magie primitive.
Comment faire de l'épouse à la fois une servante et une compagne, c'est un des
problèmes qu'il cherchera à résoudre.
évoluera au cours des siècles ce qui entraînera aussi une évolution dans le
destin féminin.
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