All language subtitles for L.histoire.D.Annette.Zelman.2022.FRENCH.720p.WEBRip.H264

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Original subtitles

Si vous pouvez, on se dépêche. Allez.

Allez.

Allez, mesdames.

Allez-y.

Avancez, avancez.

Allez, allez, dépêchez-vous.

Dépêchez-vous.

Attention à la voiture.

des Juifs présents autour d'elle.

Mesdames, Mesdemoiselles, en rang, s'il vous plaît.

En rang ! Sur six colonnes ! Devant moi ! Allez, on se dépêche !

Avancez à l'appel de votre nom.

La Juive Berga Zima !

La juive Bécate Clarisse.

La juive Zivy Rosette.

La juive Daeneri Jeanne.

La juive Daeneri Julie.

La juive Desimone Rebecca.

La juive Veil Janine.

Je vois pas ce qu'il y a de lâche là-dedans. Les poètes se battent au-delà

des frontières.

Tu crois pas que c'est en restant en face de l'ennemi qu'on combat le mieux ?

Regarde Éluard, il est resté en France.

Bon, vous voulez voir mes dessins ? Ah oui, bien sûr.

Comment tu t'appelles déjà ? Annette.

Annette Zellman.

Montre-nous ce que t'as apporté, Annette.

J'ai des choses différentes, des dessins, des pastels, des aquarelles.

J'ai toujours un carnet sur moi et je dessine tout le temps.

J'aime beaucoup.

C'est joli.

C'est un peu académique, mais... J'ai des choses plus personnelles aussi.

Ça, ça m'intéresse.

Ça, j'adore.

C'est beaucoup plus original.

Magnifique.

C'est merveilleux, cette esquisse. C'est puissant, c'est inspiré. J'aime beaucoup

ce pastel.

Ça me rappelle des compositions de Bonnard.

Quel oeil ! J'ai peint ça après avoir découvert ces toiles.

Jean est un expert en peinture. Mon père est un expert.

Il m'a tout appris, c'est un grand collectionneur.

Bon, on embauche Annette comme illustratrice. Je vote pour.

Pour. Pour aussi.

Hop. Pardon.

Bonsoir. Vous avez commencé sans moi.

Annette, une amie des Beaux-Arts.

Bella, notre directrice de rédaction.

Bonsoir.

Salut.

On pensait demander à mademoiselle de faire les dessins pour la revue.

C'est mignon tout ça.

Il me ferait pas un portrait de Karl Marx ? Un portrait de Karl Marx ? Ça va,

laisse-nous tranquille avec ton Marx.

C'est pas possible.

Mother, déjà, faut que je rentre. Mes parents vont me tuer.

Je te raccompagne à la porte ? Demain, je passe te prendre au Beaux-Arts.

Oui.

En octobre 1941, les Allemands occupaient Paris.

Les contrôles de police s'intensifiaient, mais Annette avait

décidé de ne rien changer à sa vie.

Annette avait 20 ans.

Elle se fichait du couvre-feu et sortait tous les soirs aux quatre coins de

Paris.

Bien sûr, il fallait ruser avec nos parents.

Bien décidé à ne pas la laisser faire.

Tu as vu l'heure ? Pardon maman, je te réveille ? J'ai l'air de dormir.

Et toi ? Tu dors pas chez Justine ? On s'est disputé.

Menteuse. J'ai téléphoné à ses parents en n'étant pas vue dès la soirée.

Ah bah bravo, tu me surveilles maintenant ? Bien obligée puisque tu

mens. Des heures que j'ai rongé les cendres et demandé où tu es.

Si je suis là, tu peux t'arrêter de ronger. Il est minuit passé, Annette. J

'aurais pu te faire arrêter cent fois.

Je fusillais pendant qu'on y est. Parfaitement, ça se passe comme ça pour

des vrais, figure-toi.

Mais chise d'hommes ! On les met en prison et on les tient !

Je vois que tu me fais mal.

Et puis arrête de délirer, calme-toi. Chat, comment tu oses ? Tu vas te

promener un train folle. Mais tu es déjà folle de toute façon.

Je préfère encore mourir que de vivre comme toi, que l'autre ici en ayant peur

de tout. Gagrez pas ! Tu vas réveiller ton père.

Je suis réveillé, qu'est-ce que vous croyez ? Ta mère jouit de toutes ses

facultés mentales, Annette. Et elle s'inquiète à bon escient. Toi, tu n'en

fais qu'à ta tête, tu nous mens sans répil, tu sors la nuit pour aller...

pour aller... euh... euh... Bâtir le feu.

Patifoulé, avec des inconnues, résultat, tu es convoqué chez le directeur de ton

école, monsieur Landowski.

Tu es renvoyé, dis-nous la vérité. Renvoyé ? Je ne rate jamais un coup, je

travaille comme une brute.

Il va me donner une médaille, Landowski.

Allez, fais la maligne.

Tu devrais te méfier, ma fille.

Me méfier de quoi ?

Fichez-moi la paix à la fin, vous m'asphyxiez avec votre trouille.

J'ai le droit de sortir, de m'amuser, de voir des gens. J'ai 20 ans, je veux

vivre. À 20 ans, ne vis pas.

Arrêtez de crier toutes les deux, vous me rendez méchiguée. C'est ça que vous

voulez, m'envoyer à la CIL ? Oh, c'est pas bientôt fini.

C'est continu, j'appelle la police.

Tu les passes tout dès qu'elles font le clown.

Nous redommes ces titres aux évêques.

Si je l'enferme dans sa chambre, elle s'enfuira par la fenêtre.

Ce gars est un russe bannard pour rencontrer des hommes.

Quand j'étais connu, tu n'avais pas 20 ans.

Quoi ? Ce n'est pas des bons souvenirs ? C'est Zira Khefar, Moïse. En plus de

nous mentir sans scrupule, c'est Zira Khefar.

Je vais l'interdire de sortie.

Tu ne m'as pas répondu.

Il y en a une ? Ils sont un petit groupe.

Ils s'écrivent des articles de la poésie.

Ils ont déjà édité cinq numéros.

Ils ont regardé mes dessins et ils ont décidé de les prendre dans la rue.

Mais les poètes, ça a de la barbe.

Et ça se lave pas.

Mais pas eux, Michel.

Qu'est-ce que tu racontes ?

Tu savais comme il est beau.

Mais tu vas le revoir, dans le Claude.

Demain. Il m'a donné rendez-vous au posard.

Si il t'embrasse, tu me raconteras, Annette.

Tu me raconteras.

Ma sœur était mon héroïne.

Elle était belle.

pleine d'énergie et elle avait du cran.

Quand je la regardais, la vie me paraissait simple.

Il fallait la prendre comme un jeu, se jeter dedans en étant décidée à gagner

la partie.

Et tout devenait possible.

Désormais, les restrictions s'appliquent aux étudiants juifs dans toutes les

universités. Les Beaux-Arts ne font pas exception.

Le secrétariat a donc établi une liste de noms qui vont être radiés de l'école.

C'est un quota à poser, un numerus clausus.

Ceux qui le souhaitent pourront tout de même continuer à fréquenter les ateliers

en auditeurs libres. Mais leurs travaux ne seront pas validés par le diplôme.

Monsieur Landowski, vous êtes un grand artiste. Vous avez été nommé à l'école

sous le front populaire. Alors comment pouvez-vous cautionner cette mesure ?

Parmi les milliers de Français prisonniers en Allemagne, il y a une

poignée d'anciens élèves d'ici.

Je veux obtenir leur retour en France par tous les moyens. C'est pour eux que

je reste en poste.

Et le statut des juifs ? Vous l'approuvez ? Je m'efforce d'améliorer

la situation sans esprit partisan.

Les concessions à l'occupant sont hélas le prix à payer.

Les concessions à l'occupant, ils les font sur notre dos.

Il faut agir.

Qu'est-ce que tu veux faire ? Alerter tout le monde.

Les gens sont au courant Samuel, ils s'en fichent. Oui, ils ont peur. Cinq

professeurs juifs ont été virés en un mois et personne n'a bougé. Alors il

faut se ressaisir et protester.

L'Andoski nous laisse venir à l'école.

À condition de raser les murs et de renoncer à notre diplôme. Tu veux vivre

en paria ? C'est ça que tu veux ? Je me moque d'avoir mon nom sur un bout de

papier. Les artistes n'ont pas de diplôme. Pas de diplôme et pas de fierté

? Si on proteste, on nous jettera dehors, c'est tout.

Moi, je préfère travailler.

Personne m'empêchera de dessiner.

Qu'est-ce que tu fais là, toi ? Bonjour, Annette.

Claude n'a pas pu venir, alors... Tu viens pour le remplacer ? C'est ça.

Enfin non, il m'a demandé de te prévenir, quoi.

Tu sais, Claude et moi, on est comme des frères, on partage tout.

Y compris les filles ? Ah non.

Je rigole, Jean.

Là, je termine d'écrire mes pièces et je m'arrache les cheveux sur un roman. Ça

raconte quoi, ton roman ? Alors, ça s'appelle Un homme marche dans la ville.

Ça se passe au Havre, dans le milieu des dockers.

C'est une histoire d'amour.

Oui, pas que, c'est politique aussi.

Là, je suis complètement en panne.

Sinon, je fais des piges, des critiques de cinéma, de théâtre.

Bon, j'y vais.

Merci d'être venu, Jean.

Jean et Claude se retrouvaient au Café des Arts à Saint-Germain-des-Prés.

Ils passaient des journées entières à parler poésie et littérature.

A tout ce qui gémit.

À tous ceux qui roulent, à tous ceux qui dansent, à tous ceux qui chantent.

Annette était attirée par Claude, qui n'était pas insensible à son charme.

Mais Bella était un dragon, jalouse de son trésor.

Bonjour.

Bonjour.

Je ne l'ai pas raconté.

Le bus était plein à craquer.

J'étais debout, en face d'un SS, assis droit sur son siège.

J'ai commencé à le fixer.

Il a fait pareil.

Ça a duré 20 secondes.

Les yeux dans les yeux.

Je voulais pas lâcher.

D'un coup, il s'est levé. Je me suis dit, je suis foutue, il va m'embarquer.

Il a claqué les talons.

Et il m'a laissé sa place.

Non.

Magnifique.

L'action, pour certains hommes, est d'autant plus impraticable que le désir

est fort.

Encore un prétexte pour me fazer chier.

Laisse-le finir.

D'ailleurs, les affections profondes ressemblent aux honnêtes femmes.

Elles ont peur d'être découvertes et passent dans la vie les yeux baissés.

Bien sûr, les femmes passent dans la vie les yeux baissés. Eh bien, moi, je lève

les yeux et je n'ai pas peur.

Ce n'est pas du tout ce que dit Flaubert.

Il ne plaide pas pour l'inaction, il plaide pour l'intensité du désir.

Un désir si fort et si brûlant qui ne peut pas s'incarner, qui ne peut pas

devenir réel. Non, non, non, je suis désolé pour Flaubert. Le travail passe d

'abord, la passion c'est après.

Petite ligne de vie.

Ça va ?

Profitant de l'absence de ses parents, Claude avait décidé d'organiser une fête

dans leur grand appartement. Je pensais que tu étais amoureux d'elle.

Attends, excuse-moi.

Naturellement, il avait invité Annette.

Hey, Annette ! Rouge ! Rouge de la

passion ! Est-ce pas un peu bientôt fini ce petit jeu ? Mais quoi, quel petit jeu

? Tu m'embrasses dans le cou, tu me fais les yeux doux.

Dès que Belle arrive, il n'existe plus.

Mais Bella, mais c'est fini avec Bella, tu plaisantes ? C'est une scène

terrible, non, non, non.

Adieu Bella, bonjour Annette.

Excuse.

Georges, enfin, vous me voilà.

Ça va bien, vous-même ? Venez, on vous attendait.

Par ici.

Je vous présente, Monsieur Suzanne, le roi de la fête à Paris.

Bonjour, mesdames et messieurs.

Saucisson, andouillette, jambon, mais gin, vodka, champagne, et tout cela avec

des friandises à tout genre, à prix d'amis.

À votre bon cœur, mesdames, messieurs.

Allez, par ici.

Ça, ça vient de l'Auvergne.

Mesdemoiselles, regardez ces parfums.

Ah, ça, c'est extraordinaire.

Gin, Angleterre, 1500.

Ça, c'est un peu plus cher, c'est normal.

Merci. Ça, Maison Castel.

Extraordinaire qualité.

Touchez, madame, touchez.

Je te la prends une minute ?

À

toi l'honneur.

C'est quoi ?

Tu te gênes.

J'en ai jamais bu.

Il y a une première fois à tout.

C'est fort.

Attends.

Attends.

Tu n'as pas vu Claude ? Claude ? Au fond, là, avec les autres.

Claude ! Quoi, qu'est-ce qui se passe ? Y'a Bena qui arrive.

C'est juste, je pensais qu'on serait tranquille pour ce soir.

Mais tout à l'heure tu m'as dit... Je suis désolé.

Je te revendrai ça, on m'a dit.

Quelle bonne amitié.

J'ai soif.

Je t'apporte un verre d'eau ? Je veux pas d'eau, je veux du gin.

Je veux manger aussi.

De la charcuterie.

Tu portes pour mauvaise huile.

T'en veux ? T'as tort, c'est du bon.

Et ces vannes, tu me les offres ? Tu les vannes ? Vous l'emballes, la bouteille,

mademoiselle ? C'est 1500 francs.

Mais c'est pas marqué, c'est beaucoup trop cher.

Une fois ouverte, il faut la payer.

Ah pardon, je savais pas.

J'ai mes tickets de rationnement, si vous voulez.

Dis pas de bêtises. Dégoter une bouteille de gin comme ça, de whisky, la

trimballer jusqu'ici, tu crois que c'est gratuit ? Et le vendre à ce prix-là,

vous pensez que c'est légal ?

Tu l'as ouverte, il faut la payer. Tu la touches pas.

Allons, j'ai le code l'euro.

Qu'est-ce qu'il y a ? Récule.

Qu'est-ce qu'on a ? C'est bon, je vous la paye la bouteille.

Ben voilà.

Il ne faut pas s'énerver.

Une danse, mademoiselle ?

Tu danses bien ? Oui, toi aussi.

Merci.

Merci de m'avoir accompagnée.

Et Claude ? Tu es toujours furieuse contre lui ? Claude ? Je l'ai oublié.

Tu voudrais venir voir les derniers décis avec moi ? Je dois faire la

critique pour Paris Soir.

On pourrait discuter du film.

J'adore parler avec toi.

Moi aussi, j'adore parler avec toi.

Je te retrouve demain chez toi.

D'accord.

T'as fait une tête ?

Qu'est-ce que t'as ? Je suis amoureuse.

Bonjour. Bonjour.

Je te prends ton manteau ? Oui.

Tu veux du thé ? Oui.

C'est brûlant.

Tu t'es brûlé ? Ça va ? Ça va pas.

T'es un peu chaud. Pardon.

Aïe. Désolée.

Quand est-ce que t'as su que je te plaisais ?

C'est vrai.

Chez Claude, la première fois que je t'ai vu, j'étais bouleversé.

Pourquoi tu ne t'es pas déclaré plus tôt ? Je suis l'ami de Claude.

Je lui plaisais, il te plaisait.

Mais j'aurais pu passer à côté de toi, tu te rends compte ? Dans

la vie,

il ne faut jamais sacrifier l'amour.

Jamais. C'est ton manuscrit.

Complètement en panne.

On va le remettre en route, tu vas voir.

J'adore ce dessin ! Il est magnifique ! C'est un vrai Degas.

Mon père me l'a offert pour ma mention au bac.

Ça te plaît ? Je te le donne.

T'es fou, un cadeau de ton père ? Écoute, disons qu'il est à toi, mais que

je le garde en otage ici pour t'obliger à revenir.

D'accord ? Très bien.

Je vous rendrai visite à deux gars et toi.

Vraiment, Annette ? Un goy ? Papa, l'important, c'est que je l'aime.

Déjà que ton frère est amoureux d'une chixée, mais qu'est-ce qu'elle vous a

fait tous avec les goys ? Tu dis toujours qu'il y a des gens bien

partout, papa.

Mais un goy, ça reste un goy.

Les nazis attisent la haine entre les communautés.

Annette refuse cette folie. Elle a raison. Vous vous plaignez toujours de

ne pas savoir ce que fait Annette. Là, vous devriez être rassuré.

Et toi, tu me dis rien.

Bon, ce jeune homme, qu'est-ce qu'il va devenir ? Annette te l'a dit, maman.

Il écrit.

Mais pour gagner sa vie, qu'est-ce qu'il va faire comme métier ? Docteur ou

avocat ?

Docteur ou avocat ? Qu'est-ce qui t'intéresse

?

Bonsoir, je m'appelle Jean-Joséon, le meilleur ami de ma fille.

Je suis très heureux de vous connaître.

Vous parlez judaïque ? Oui, je parle judaïque. Mes parents m'ont appris à

parler judaïque quand j'étais encore petit, à Végan.

C'est vrai, on ne peut pas s'amuser à l'église.

Attention ! Vous êtes prêts ?

A Paris vient de s'ouvrir l'exposition Le Juif et la France.

Au pied de la gigantesque statue La France Nouvelle se dégageant de l

'emprise juive, le capitaine Césille prononce le discours d'inauguration.

Les trois premiers jours, 13 000 personnes ont visité cette remarquable

exposition où se trouvent rassemblés les documents, les photographies démontrant

le péril juif dans tous les domaines de l'activité nationale.

Ces graphiques, ces tableaux, ces statistiques donnent véritablement le

vertige. Il prouve combien la France, victime de sa générosité et de sa

traditionnelle hospitalité, surtout depuis 1936...

Je

tape comme une tortue.

Agent Josion, futur grand homme de lettres, mon grand amour, sa petite

Annette.

Et tes parents, quand est-ce que je les rencontre ? Bientôt.

Bientôt, bientôt, mais ça fait des semaines que tu dis bientôt.

Je vais commencer à croire que t'as honte de moi.

Mais non, mais t'es folle de dire ça.

Je t'aime tellement.

Justement, la semaine prochaine, mes parents donnent une soirée musicale pour

une oeuvre de bienfaisance.

T'as qu'à venir.

Ça tombe bien, j'adore la musique !

Un grand merci à notre ami Edouard de Chastenay.

Et donc avant la seconde partie de son résultat, je vous invite à profiter du

buffet. Et je vous rappelle que la Croix Saint-Bernard compte sur vous pour

soutenir les familles de nos soldats retenus en Allemagne.

Madame Perrodin, notre trésorière, est là pour recueillir vos dons.

Bonsoir.

Bonsoir mon chéri. Bonsoir maman.

Je vois que tu es venue avec ton ami.

Depuis le temps que tu nous en parles.

Annette, je te présente mes parents.

Christian et Hubert Josian.

Enchanté de vous rencontrer, Annette.

De même.

Annette, j'adore ce prénom.

Vous vous appelez Annette ? Annette Zellman.

Écoutez, je vais vous laisser, je vais aller m'occuper de mes invités. Et Jean,

va embrasser ton parrain avant qu'il ne soit qu'apparait par ses admirateurs. Le

Vigan qui rentre de sa tournée en Allemagne, ça fait sensation.

A tout de suite.

A plus tard.

Robert Levigan, l'acteur, c'est ton parrain ? C'est un ami de la famille.

Jean,

comment ça va ? Mon grand, comment ça va ? Très bien, Robert, merci.

Je te présente mon amie, Annette.

Charmante.

Enchantée, mademoiselle.

Mon filleul est un écrivain de génie.

Si, si, si, si, je pèse mes mots. J'ai lu sa pièce.

J'ai vu sa pièce, c'est formidable.

Merci Robert.

Tu es la relève, Jean Josian, tu es la relève.

Place aux jeunes, bordel.

Les Allemands l'ont compris depuis belle lurette.

Ils sont en avance sur tout.

Là-bas, il y a une énergie et en même temps, ils ont une rigueur.

C'est pas comme ici, on est mou, c'est le foutoir, il se passe rien.

Là-bas, les Allemands, ils ont la niaque.

Ils font le ménage. Les youpins, les cocos, allez hop, rideau.

Et du coup, on respire.

On respire.

Je suis idiot.

J'aurais dû y penser avant de te le présenter.

Il est bizarre, exalté.

Ses idées politiques, c'est n'importe quoi. J'ai l'habitude de m'entendre ça

partout. Je m'en fiche de ce type.

Jean, si tu as deux minutes, ta mère veut te dire un mot à la cuisine.

A tout de suite.

Monsieur Josu, Jean m'a parlé d'un petit tableau de Villard.

Ah oui, le petit Villard, oui.

Mais il n'est pas ici, je l'ai mis dans mon bureau, à l'hôpital Avicenne, où je

dirige le service de dermatologie.

C'est bête.

J'aurais bien aimé le voir, mais j'ai pas de problème de peau.

C'est même pas un petit eczéma.

Ça va ? Ton amie n'est pas trop déstabilisée ? Pourquoi ça ? Zenman, c

'est un nom qui... Enfin, c'est un peu... Un nom juif ? Oui, ça tombe bien,

Annette est juive.

Voilà. Et comme certains de nos invités ont des opinions très tranchées, je ne

voudrais pas d'incident.

Annette est intelligente.

Elle fait la part des choses.

Bon. Tant que tu restes discret, tu peux t'amuser avec qui tu veux.

Je te demande pardon, maman, mais je ne m'amuse pas avec Annette. Je suis très

attaché à elle.

À ton âge, on s'attache fort, on se détache vite.

Professeur Laville, je suis une fanatique de votre exposition.

J'y suis retournée trois fois. J'y ai même emmené mon neveu et ma nièce. Tous

les enfants de ce pays doivent voir Le Juif et la France.

C'est donc à vous, Maître Goublet, que Le Juif et la France doit son immense

succès.

Allez-vous me réclamer un pourcentage sur la recette ? Que vous êtes drôle !

Mais ça ne m'étonne pas, votre exposition est pleine d'humour. Ah oui,

depuis qu'il a vu l'exposition, mon fils s'amuse comme un fou à reconnaître les

Juifs dans la rue.

N'exagérons rien, les Israélites ne sont pas si différents.

C'est bien le problème.

Certains ne sont pas identifiables, on dirait qu'ils sont comme nous.

Pour tout arranger, il y en a qui s'amusent à changer de nom. D'où la

nécessité d'imposer aux Juifs...

Un signe de reconnaissance.

J'étais à Vichy la semaine dernière et je crois savoir que la chose est à l

'étude.

C'est qui cette bonne femme ? C'est Juliette Goublet.

Une avocate très en vue.

Emmène-moi Jean.

Je peux plus rester ici.

Annette, attends-moi.

Mais c'est qui ces gens ? Des amis de tes parents ? Je sais, Annette, ils sont

horribles.

On va les éviter, je te le promets. Mais on peut pas éviter tes parents.

Non, mais je te parle de leur relation.

Mes parents, ils sont différents, ils sont pas comme eux.

Mon père, c'est un scientifique, c'est un rationaliste pur et dur.

Ma mère, bon, elle a les préjugés de son milieu, mais c'est une catholique

fervente. La seule chose qui compte pour elle, c'est l'amour du prochain.

Je te juge pas, Jean.

Ni toi ni tes parents.

Mon chéri, restons-en là.

Je t'embrasse éternellement, Annette.

Elle est où, Annette ? Elle vient de partir.

Annette !

Je t'en supplie, ne me quitte pas.

Je n'ai pas envie de te quitter, Jean.

Mais soyons réalistes. Dans ton milieu, je n'ai pas ma place.

Vis-à-vis de tes parents, ce serait trop compliqué.

Je t'aime trop pour être un problème dans ta vie.

Mais tu n'es pas un problème.

Au contraire, tu es la solution, Annette. Tu es celle que j'attendais. Je

le sais, j'en suis sûr.

Et je vais aller le dire à mes parents.

Je vais leur dire que tu n'es pas une amie, mais que tu es la femme de ma vie.

Et crois-moi, quand je vais leur dire ça, ils vont se réjouir.

T'es d'accord ? Tu veux bien être ma femme.

J'ai pas entendu.

Je t'aime, Annette.

Est-ce que tu veux m'épouser ?

Mais c'est pas sérieux.

Tu plaisantes, j'espère.

J'en ai l'air.

Je t'annonce mon mariage et tu récanes.

Non mais Jean, tu n'as pas épousé cette fille.

Et pourquoi ça ? Je ne sais pas, c'est... C'est improbable.

Surréaliste.

Parce que je te l'interdis.

Voilà. Ne nous énervons pas, Christian. Non mais bien sûr que je m'énerve. Ce

nigot est prêt à tout saccager. Tu voudrais que je reste calme ? Saccager ?

Mais de quoi tu parles ? Je te parle d'une vie digne dans un milieu

respectable, Jean. Je te parle de notre position.

Des efforts qu'il a fallu pour y accéder et la conserver depuis des générations.

Je ne te laisserai pas salir notre nom.

Me jeter au caniveau. C'est de la démence.

Tu veux épouser une juive, laissez-moi la démente.

Elle est née où d'abord ? Elle est née en France, maman. Elle est aussi

française que toi.

Aussi française que moi. Parlez du calme, s'il vous plaît.

Ta mère réagit avec son caractère, mais elle pointe l'essentiel.

Ne sois pas naïf. Ce mariage aurait des conséquences terribles sur notre

famille. Et sur toi, en premier lieu. Tu te retrouverais marginalisé, exclu.

Alors s'il te plaît, ne gâche pas tes chances.

Ce serait vraiment irrationnel.

Vous devriez me féliciter.

Et au lieu de ça, vous... Mais de quoi parlez-vous ? C'est l'hostilité envers

les juifs qui est irrationnelle, vous le savez bien. Parce qu'elles sont tout

blancs d'après toi ? Les juifs suscitent la méfiance, c'est un fait. Toute la

politique actuelle vise à les écarter de l'activité du pays.

Parce que je t'aime et que je suis ton père, je te demande d'y renoncer.

Vous n'avez rien à m'interdire.

J'épouserai Annette.

Que ça vous plaise ou non.

J'ai honte.

J'ai tellement honte.

Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? On se marie.

On se marie encore plus.

Tu connais ton fils, il ne bougera pas.

Tête de mule.

Donc, c'est à nous de bouger.

On n'a pas le choix.

On n'a qu'à inviter cette fille à mon anniversaire. On verra bien. Qu'est-ce

que tu racontes ? Tu dis que c'est à nous de bouger.

Bougeons.

Merci, Pauline.

Quand je parle de bouger, je veux dire changer de tactique.

Quoi que nous fassions, Jean nous tiendra tête.

Tu sais comment il est.

En fait, Hubert, on ne va quand même pas se résigner.

Tu nous vois, non ? Sans ses fiançailles et avec cette fille ? Je ne peux pas. Je

ne suis pas une sainte. J'ai mes limites, comme tout le monde.

Supporter une telle déchéance, c'est...

Au-dessus de mes forces.

Bon, Jean ne veut pas nous aider, soit... Eh bien, débrouillons-nous pour

l'en dissuader sans avoir l'air d'être à la manœuvre.

Il y a forcément une solution.

Comment tu me trouves ? Sublime ! Qu

'est-ce qui se passe maman ?

Le fils de Nathan Katz.

Katz, le fournisseur de papas ? Qu'est-ce qui est arrivé à son fils ? Il

est sorti sans ses papiers.

Et il a été embarqué.

Nathan a apporté sa carte d'identité au commissariat. Une heure après, on lui a

dit que tout allait s'arranger.

Et bien alors ? Il a été fusillé.

Tu te rends compte ? À dix-huit ans.

Il a été fusillé.

Seigneur.

Paris devenait trop dangereux.

Mon père avait refusé de souscrire au recensement des Juifs organisés à l

'automne, mais ça ne nous mettait pas à l'abri. Qu'est-ce qui se passe ? Guy

nous a trouvé une maison à Limoges. Un passeur va nous emmener en voiture jusqu

'à Vierzon et va nous faire passer la ligne des démarcations à pied. Préparez

les bagages, on part jeudi.

Mais et mon mariage ? Il faut le reporter, Annette.

Non, pas possible, votre départ attendra.

Notre départ à tous, Annette, tu viens avec nous. Vous n'y pensez pas.

Allez vous enterrer à Limoges si ça vous chante, moi je reste à Paris. On ne va

pas s'enterrer, on va continuer à vivre tous ensemble, avec tes frères, avec ta

soeur et avec toi.

On est une famille, une mise pour elle.

Tu viens avec nous, Kim Spittens. Je partirai pas, ma vie est ici.

Maman a raison, on va pas t'abandonner. Je serai pas abandonnée, je serai avec

Jean.

Vous pourriez vous séparer, vous deux ? Mais comment tu peux comparer ? Papa, je

l'aime.

Je reste à Paris auprès de mon mari. Enfin, mon presque-mari.

C'est injuste, mais c'est comme ça, dans son milieu, on est protégés.

Vous n'aurez pas à vous inquiéter à Paris auprès de gens, j'ai rien à

craindre.

Comment elle s'appelle, cette jeune femme ? Annette Zellman.

Je compte sur ta discrétion, Robert.

Ça va de soi.

Merci. Bon, je m'occupe de ton ordonnance.

Et tu comptes faire quoi ? Je me demande.

J'ai contacté le barquier de Pellepoix.

Tu sais qu'il dirige le commissariat général aux questions juives. On s'était

connu autrefois à l'Action Française. Il a été compétissant, c'est sûr. Il reçoit

tous les jours du courrier qu'il dénonce les unions mixtes. Des dizaines de

familles y sont touchées.

Il a les mains liées. La loi française autorise les mariages entre juifs et

ariens. Point très.

Laxisme et compagnie. Je me demande à quoi il sert ce commissariat de mes

fesses. Et puis le temps presse parce que Christiane se rend malade, Jean ne

donne plus de nouvelles. Petit con.

Tu veux que j'y remonte les bretelles, moi ? Tu coûteras pas plus.

Non, il faudrait trouver une astuce, quelque chose.

Je peux en parler à un camarade flic qui a été affecté à la Gestapo.

Il est directement sous les ordres du responsable aux affaires juives, Dan

Ecker. On dit très bien, énergique.

En parlant d'énergie, je te remets de la benzédrine ? Ah oui, mets-moi en plein,

j'adore.

Fais attention quand même, d'après certaines études, les amphétamines

esquintent le cerveau.

Ah bon ? C'est marrant parce que moi j'ai l'impression que ça me rend lucide.

Bon, j'en parle à mon amie ? Au revoir, ma petite

fille.

Adorée.

Vous allez vous marier sans moi ?

Je voulais être votre demoiselle d'honneur.

Et tu le seras, Michel.

On va juste se marier à la mairie, tu sais.

Quand on se retrouvera, on fera la fête tous ensemble.

On n'aura pas d'autre demoiselle d'honneur que toi, je te le jure.

Annette. Papa.

Je vous confie ma fille, Jean.

Comme disent les vieux papas.

On n'a jamais rien confié de plus beau, Moïse.

Je sais que vous l'aimez.

Je le sens dans mon cœur.

Il faut y aller.

Jean ! On vient de déposer les papiers

à la mairie. Les extraits de naissance, les justificatifs de domicile.

L'autorisation des parents de mademoiselle Zenman.

Et l'autorisation de tes parents, tu l'as obtenue ? J'en ai pas besoin. Je

suis majeur, je te rappelle.

Mon ami, je te demande solennellement d'être mon témoin.

J'accepte.

Mais alors c'est pour quand la noce ?

On vous laisse marier à la fin de la semaine, mais... L'employé de mairie a

refusé. Quel empoté, celui-là.

Il y a un délai de dix jours à respecter à compter de la publication des bancs.

C'est normal.

Imagine qu'Anette soit déjà mariée.

Mais c'est vrai, ça.

Mon premier mari pourrait faire annuler la noce.

C'est vrai ? Tu t'es déjà mariée ? Mais non, mon Georges plaisante.

Enfin, bref.

On se marie le 25 mai.

à 11 heures précises.

Le 25 mai ? Je note.

J'y serai sans faute.

Henri, je te présente le professeur Hubert Josion.

Enchanté, professeur.

Inspecteur Jalbi.

Robert m'a parlé de votre affaire.

Mon supérieur va vous recevoir.

Déjà ? Non, mais t'as pas de temps chez vous. Je te l'avais dit. Si on est

rapide, on va droit au but.

La capitaine Denecker a du mal avec le français. Je ferai l'interprète.

Ce problème est très concernant pour moi, Herr Josian.

Vous avez bien agitement référé.

Les unions mixtes.

Misch-éhen sind eine Bedrohung für die arische Rasse.

Die Ehe führt zur Fortpflanzung und die Fortpflanzung führt zu Verderbnis.

Les unions mixtes sont une menace pour la race arienne.

Die Korruption gesunder Völker durch Heirat ist die Schlimmste, um ihre

Herrschaft über die Welt auszudehnen. Die arische Rasse.

Il est

déplorable

que Vichy, par son inertie, encourage ces mariages contre nature qui

abattardissent le peuple français.

Bravo.

Le capitaine Dadecker va régler le problème, monsieur Josian.

Quelle efficacité.

Nos chers dirigeants devront prendre de la graine.

Merci infiniment, Herr Dannecker.

Mon grand honneur est de vous secourir dans la détresse, professeur.

Nous avons terminé, messieurs.

Si je puis me permettre, cette jeune femme, Annette Zellman, je ne souhaite

en aucun cas lui faire de tort.

Tout ce qui m'apporte, c'est qu'elle renonce à épouser mon fils.

C'est sûrement elle qui a monté sa tête à lui, vous savez.

Oui, peut-être.

Mais je ne veux pas lui nuire.

Il faut juste empêcher ces deux gosses de faire une bêtise.

C'est parfaitement clair. La juive va recevoir un signal approprié.

Vous lui rendez service, en quelque sorte.

Police.

La dénommée Gelman Annette est-elle présente ? C'est moi.

Au nom de la loi, je vous arrête.

Pourquoi j'ai rien fait ? T'opérer sans faire d'histoire, mademoiselle, prenez

vos enfers.

Qu'est-ce que ça veut dire ? Vous n'avez pas le droit.

Écartez-vous.

Que se passe-t-il ? En tant que directeur de cette école, j'exige des

explications. Je n'ai pas à vous en fournir, monsieur Landowski.

Dommage que votre ami Léon Blum ne soit plus là pour vous protéger.

Allez reculer.

Où est-ce qu'on va ? À la préfecture.

Il suffisait de me convoquer.

À quoi ça rime, monsieur le cirque ? Il m'a arrêtée comme ça devant tout le

monde. On s'est présenté chez vos parents, il n'y avait personne.

C'est votre concierge qui nous a dit que vous étiez étudiante ici.

Une bonne française, cette dame.

Mademoiselle Zellman, vous faites l'objet d'une enquête pour suspicion d

'activité subversive.

Vous allez être placée en détention au dépôt pendant la durée des

investigations. Moi ? Les activités subversives ?

C'est pas planté là, ma jolie.

Entre, fais comme chez toi.

On va pas te bouffer.

Poste abayas à côté de la mienne.

Poussez-vous les pieds.

On t'a jamais vu, toi ? Qu'est-ce que t'as fait ? J'ai rien fait. Ouais, c'est

ça.

Je m'appelle Sylvie.

Et toi ? Annette.

Annette Zellman.

Papa ! Maman ! Annette a été arrêtée.

En grand calme, toi.

Un de ses camarades est venu me trouver au journal.

Il était sous le choc.

À la préfecture, on n'a rien voulu me dire.

Tu peux pas faire jouer tes relations, appeler quelqu'un ? On verra ça demain,

là, il est tard.

Essaie de te détendre, Jean, ça va aller.

Me détendre ? Alors qu'Anette est bouclée dans un sous-sol ? Je comprends

que tu sois secouée, mais est-ce que tu t'affoles pas un peu vite ? On a tenté

de te mettre en garde, tu n'as rien voulu savoir.

C'est tout ce que vous trouvez à me dire.

Ce qu'on te dit avec ta mère, c'est que les Juifs font l'objet de tracasseries

incessantes. Qu'il s'agit sans doute d'un simple contrôle de routine.

Ton amie est solide, elle se remettra du nuit au poste.

Maman, papa, quelles que soient vos réserves, là j'ai besoin de votre aide,

d'accord ? Je peux compter sur vous ? Bien sûr mon chéri, nous sommes là pour

toi.

Je suis infirmière.

J'ai aidé des femmes avortées, on m'a dénoncée.

Puis je suis communiste aussi.

Alors si t'es une camarade, la subversion, j'ai rien contre.

Non, je te jure.

L'activité subversive, je vois pas.

J'y connais rien en politique, j'ai jamais milité nulle part.

T'as rien fait d'illégal ? Non, ma famille, on s'est pas fait recenser

comme juifs.

On met pas les gens en prison pour ça.

L'activité subversive, c'est vague.

Si on a rien contre toi légalement, peut-être qu'on te reproche quelque

chose sur un autre plan.

Mon Jean, j'ai l'horrible sentiment que tes parents sont en lien avec la

situation.

Je sais que l'accusation est grave.

J'espère que tout s'éclaircira au plus vite.

Je t'embrasse tendrement, Annette.

Je suis pas autorisé à la voir, mais elle m'a fait passer un mot.

Tu crois vraiment que tes parents auraient fait une chose pareille ?

Annette est sûre qu'ils sont derrière tout ça.

C'est tout à fait extravagant.

Vous êtes opposé à ce mariage. Et comme par hasard, elle a été arrêtée trois

jours avant sous un motif absurde.

Y'a de quoi se poser des questions, non ? Tu peux me jurer que t'y es pour rien.

Reprends-toi, s'il te plaît.

Je fais pas la pluie et le beau temps à la préfecture.

Y'a pas lieu de te mettre dans cet état pour un simple contrôle de police.

Ton amie a beau être juive, si elle a rien fait, on va constater son innocence

et la relâcher.

C'est une affaire d'un jour ou deux.

On est en France, y'a des lois, tu sais.

Un peu de patience et je suis sûr que tout va rentrer dans l'ordre.

Et si ça se prolonge, j'interviendrai moi-même.

Tu me le promets ? Tu as ma parole.

Merci.

Qu'est-ce que vous faites ? J'ai des provisions pour Annette.

Vous pouvez nous laisser ? Oui madame, merci.

J'espère que la police se trompe.

Évidemment qu'elle se trompe.

Mais cette fille, la connais-tu vraiment ? Qui te dit qu'avant votre rencontre,

elle n'avait pas des activités anti-françaises ? Tu es bon, Jean. Tu as

pu être manipulé.

Maman ? Pourquoi t'aimes pas les juifs ? Quelle drôle de question.

Réponds-moi.

Mais enfin, Jean, c'est... Tu sais bien.

Les... Parce que... Les juifs... Je sais pas, les juifs sont différents.

Ils... Ils sont pas comme nous.

Tu seras jamais heureux avec une juive.

Si je doutais d'Anette un seul instant, je me suis fait arrêter d'écouter la

calomnie pour retrouver aussitôt toute ma confiance en elle.

Un fameux jet de confiture.

Merci.

Mon

chéri,

déjà quatre jours dans cette eau.

et je n'ai toujours pas été interrogée je suis de plus en plus sûre qu'on me

retient ici à la seule demande de ton père et j'enrage es-tu sûre qu'il s

'active pour me sortir de là

Je ne rêve plus du tout et cela me manque.

Je voudrais rêver à toi, mon doux, mais je dors comme une pierre.

Merci pour le gilet, les morceaux de savon et les culottes. Ça me change la

vie. Et merci aussi pour les craies, c'était une idée géniale.

Sur mes cahiers d'écoliers, sur mon pupitre et les arbres,

Sur le sable, sur la neige, j'écris ton nom. Sur toutes les pages lues,

sur toutes les pages blanches, pierres, sang, papier au centre, j'écris ton nom.

Sur les images dorées, sur les armes des guerriers, sur la couronne des rois, j

'écris ton nom.

Sur la jungle et le désert, sur les nids, sur les genets, sur

l'écho de mon enfance.

J'écris ton nom sur les merveilles des nuits, sur le pain blanc des journées,

sur les saisons fiancées.

J'écris ton nom sur tous les chiffons d'azur, sur les temps soleil noisi, sur

le lac lune vivante. J'écris ton nom sur les champs sur l'horizon, sur les ailes

des oiseaux et sur le moulin des ombres.

J'écris ton nom sur chaque bouffée d'aurore, sur la mer, sur les bateaux.

Sur la montagne des menthes, j'écris ton nom.

Et par le pouvoir d'un mot, je recommence ma vie.

Je suis née pour te connaître, pour te nommer.

Liberté.

Qu'est-ce qui se passe ? Je viens te voir, puisque tu as répondu au

téléphone. Messieurs, c'est mon fils. Tout va bien. Vous pouvez nous laisser.

J'ai hâte de parler maintenant.

Tu veux que je le fasse devant témoin ? Madame Carnier, le tout va bien.

Je suis désolé. On fera un petit contrôle le mois prochain. D'accord.

Merci, docteur.

Ça fait trois semaines qu'Anne est enfermée au dépôt. Trois semaines !

Personne n'est foutu de me dire où en est cette prétendue enquête.

T'es toujours convaincu que tout va rentrer dans l'ordre ? C'est un endroit

immonde et va tomber malade.

Moi, je deviens dingue, tu comprends ? Alors qu'est-ce que tu fiches, mon sang

? Qu'est-ce qui se passe ? Je fais tout ce que je peux.

J'arrête pas de téléphoner, d'essayer de...

C'est de prendre des contacts, des rendez-vous.

Mais c'est plus compliqué que je pensais. En fait, j'ai... Ben, vas-y.

Si t'as quelque chose à dire, c'est le moment.

Quelque chose de vrai.

Bon, avec ta mère, nous étions préoccupés, tu le sais.

J'ai parlé de la situation autour de moi. Et il se peut... Enfin, voilà, il

se peut que mes propos aient été mal interprétés.

Attends, attends.

T'as parlé à qui, au juste ?

Un responsable de la Gestapo qui s'est proposé d'envoyer un signal.

T'as dénoncé Annette à la Gestapo ? Non, Jean, c'était pas une dénonciation.

J'ai bien précisé que je voulais nuire à personne.

C'est ce responsable que j'essaie de joindre depuis des jours.

C'est abject, ignoble.

Jean, je suis désolé, j'ai rien vu venir.

Mais je vais régler ça, je te le jure.

J'en fais ma priorité.

T'as intérêt.

Sinon tu perds ton fils.

On a fait part de vos nombreux appels, professeur.

Le capitaine Daneker a été appelé en Allemagne.

Inspecteur, tout ça doit cesser.

Je vous demande de relâcher cette jeune femme.

Si votre supérieur est absent, vous pouvez intervenir, non ? Vous voulez que

je contrevienne à un ordre de Théodore Daneker ? Les nazis ne plaisantent pas

avec la hiérarchie, vous savez.

Mais il revient quand, Daneker ? Je ne suis pas informé de son emploi du temps.

Vous ne pouvez pas le joindre, lui laisser un message ? Il est à Berlin

pour une affaire capitale. Je me vois mal le déranger sous prétexte que vous

avez changé d'avis.

Cher monsieur Josillon.

Et puis il faudrait savoir ce que vous voulez aussi. La Gestapo n'est pas à

votre service.

Pardon, mais j'insiste. Un Edselman doit sortir.

Alors qu'est-ce qu'on peut faire, messieurs ? Quelle est la procédure ?

Sinon je pourrais... Je sais pas si ça peut aider, mais...

Je pourrais faire un geste.

Un geste ?

Mon supérieur sera informé de votre visite à son retour.

On ne peut rien faire de plus.

Au revoir, monsieur.

Le 7 juin 1942, l'ordonnance obligeant les Juifs à porter l'étoile jaune en

zone occupée entra en vigueur.

Quelques jours plus tard, Annette était transférée au camp des Tourelles.

Co-administrée par les autorités françaises et l'armée allemande, la

caserne des Tourelles servait de centre de détention pour étrangers

indésirables.

Mais ici, les détenus pouvaient recevoir des visites.

Je partage ma cellule avec une seule fille.

Les repas sont mangeables.

À côté de la préfecture, c'est le paradis.

Qu'est-ce qu'il y a à mon cœur ? Je te fais pitié à ce point ? Mais non.

T'es toujours aussi belle.

Mais tu manques.

Je comprends de moins en moins ce qui se passe, Jean.

Ma côté tenue est tchèque.

Alors venez pas de voir arriver une Française.

Quand on m'a sortie du dépôt, j'ai cru que c'était terminé. Et je me retrouve

ici, enfermée avec des dizaines d'étrangères depuis des mois.

La plupart n'ont commis aucune infraction.

Des juifs, comme par hasard.

On va te sortir de là.

Mon père est en train de remuercier les terres. T'es sûre ? Je le lâche pas.

Te raconter sur lui, c'est incongru.

Tout est si tordu dans cette histoire.

Tes parents le sentent bien. Ils croient plus à mes bobards.

Dis-leur ce qui se passe, Jean.

Mais pas tout.

Évite les détails sordides.

Essaie de les rassurer autant que tu peux.

Je vais leur dire que tu seras bien tout libre.

Mon père connaît bien un proche de Pétain, Georges Scapini. Il a pu lui

obtenir une entrevue avec Fernand Brénon.

C'est qui, ce De Brénon ? C'est le délégué de Vichy, dans une zone occupée.

On peut pas monter plus haut.

Danekers, Scapini, De Brénon... Je m'y perds.

Tu me dirais trois petits cochons, ça serait pareil.

Camille, je t'ai fait rire.

T'es si beau quand tu ris.

Sois confiante, manette.

C'est bientôt fini.

Au revoir.

Ce n'est pas à vous, Monsieur Josion.

Monsieur et Madame de Fourmont, Monsieur Debrinon va vous recevoir.

Debrinon m'a fait attendre toute l'après-midi.

Quatre heures, tu peux le croire.

Pour m'entendre dire qu'une intervention officielle pouvait créer un incident

diplomatique qui doit préserver un équilibre.

Résultat, il va rien faire. Non, il fera rien.

Face à la police SS, il a aucune marge de manœuvre.

Bon, alors qu'est-ce qu'on fait ? Tu te souviens de cette avocate que Robert

Levigan nous a présentée récemment ? Juliette Goublet ? Oui, Juliette

Goublet.

Elle a beaucoup d'entre gens parmi les politiques, y compris les Allemands.

Je lui ai exposé la situation et elle est d'accord pour te recevoir en

urgence.

Plutôt que de nous engager dans une procédure longue et incertaine, il faut

mettre en place une conciliation.

Dans votre infortune, vous avez de la chance.

Je connais personnellement Daneker et j'obtiendrai facilement un rendez-vous.

Je suis tout à fait disposé à le rencontrer, maître.

Laissez-moi m'occuper des contacts avec lui, monsieur Josion.

Je ne crois pas que le courant passerait entre vous.

Daneker est très... particulier.

D'ailleurs, préparez-vous à faire une concession.

Vous devez renoncer à ce mariage.

Mais ce n'est pas une concession.

C'est une reddition pure et simple. C'est ma seule chance de faire libérer

votre ami.

J'ai préparé un document attestant votre résignation à tous les deux. Que je

remettrai en main propre à Daneker.

Pour les frais, votre père tient à s'en occuper.

Ah non, il n'en est pas question. C'est moi qui paye.

Comme vous voudrez.

Mes honoraires, c'est 25 000 francs plus 3 000 francs de frais de dossier.

Mais bon, c'est pas des artistes connus.

Je peux rien faire.

Sinon, là, j'ai une gravure d'Émile Jeannin.

Mais bon, ça non plus, ça vaut pas grand-chose.

Ça, c'est différent.

Ça, c'est de la bonne cam.

Celui-là, je ne peux pas le vendre. Il ne m'appartient plus.

C'est à vous de voir.

Je peux vous en offrir 18 000 francs. Vous fichez de moi, là ? En salle des

ventes, la mise à prix serait de 50 000 francs minimum.

Voyons, réfléchissez bien.

Si je vous dépanne, il faut bien que je m'y retrouve.

20 000, c'est mon dernier prix.

Et pour votre petite amie, voilà, c'est pour

elle.

Voyez, je ne suis pas rancunier.

Un dimanche de juin 1942, Jean vint nous rendre visite dans ce village près de

Limoges où nous nous étions réfugiés.

Son père lui prêta sa voiture et en dépit du danger, Jean traversa la ligne

de démarcation.

Uniquement pour nous donner des nouvelles d'Anette.

Autour elle, Anette est mieux traitée qu'à la préfecture.

Et je peux la voir deux fois par semaine. L'avocate, qu'est-ce qu'elle va

faire au juste ? Elle va débloquer les choses, accélérer le mouvement.

Mais comment ? Et quelle est sa stratégie ? C'est une femme de réseau.

Elle connaît les gens qui décident et elle va les approcher.

Ce que vous devez retenir, c'est que c'est presque fini et qu'Anette se porte

aussi bien que possible.

Elle pense beaucoup à vous et elle viendra vous voir dès qu'elle sera

sortie. Quand même.

Pourquoi c'est si compliqué qu'elle sorte ? Ils n'ont rien à lui reprocher.

Et pourquoi est-ce qu'on l'a arrêtée au départ ? Est-ce que quelqu'un lui

fallait du mal ? Qui peut vouloir du mal à notre fille ? Ça peut être une simple

erreur. Le monde n'est pas si logique, vous le savez bien.

Si Anette vous voyait vous inquiéter à ce point, elle se fâcherait.

Elle m'a dit un jour que vous, les Zellmann, vous arriviez toujours à vous

tirer d'affaires, même dans les situations les plus invraisemblables.

C'est vrai, on est doués pour la vie.

Attendez un moment.

Pour l'avocate, désolé, on ne peut pas faire plus. C'est toutes nos économies.

Ah non, non, non, monsieur, je...

J'ai le débrouillé pour payer vraiment.

Les parents doivent soutenir les enfants, sinon où irait le monde ?

Prenez.

C'est pour vous que je me bats à net, mais j'ai besoin de votre aide.

Je ne peux pas arriver devant Dané Kerr les mains vides.

J'ai dit à Jean qu'une concession était nécessaire.

Et il n'a pas signé. C'est vous, ma cliente.

C'est d'abord vous que je dois convaincre.

Vous voulez que je signe la première pour convaincre Jean de signer aussi ?

Ce que je veux, c'est que Daneker revienne sur son initiative.

Je ne relancerai pas à Jean.

Je ne signerai jamais cette lettre.

Et lui non plus ne la signera pas.

Réfléchissez, mademoiselle.

Montrez-vous intelligente.

On dit que les Juifs sont malins.

Reprenez votre torchon, maître. Mon torchon ?

Une requête dont j'ai pesé chaque mot, chaque virgule, parce que j'essaye de

vous faire libérer ? Gardien !

Bella

?

Depuis plusieurs mois, je faisais partie d'un groupe qui a décidé de passer à l

'action armée.

Pendant des semaines, on a préparé un attentat.

On avait les explosifs, la date était fixée.

Mais une semaine avant, j'ai été arrêtée avec deux camarades.

Ils osent... Ils n'ont pas commencé par moi.

Et j'étais juste à côté.

J'ai entendu les coups, les hurlements.

Il y a même un moment où je me suis fait dessus.

Moi, la terroriste.

J'étais terrorisée.

Le pire, c'est quand le type qui me surveillait est allé jeter son cendrier

à la fenêtre.

J'ai eu 20 secondes pour me jeter dans le vide.

J'ai pas pu.

J'étais paralysée.

Un de mes camarades a craqué au bout de deux heures.

Il a tout donné.

Les noms, les infos.

Et voilà, c'était fini.

Ils ne m'ont rien demandé, ils n'ont pas eu à le faire.

Mais si j'avais été la première, en moins d'une minute, j'aurais balancé

tout.

Je me croyais si forte.

Il n'y a pas de honte, Bella.

Toi, tu t'es battue, t'as pris des risques.

Tu peux être fière.

J'ai rien vu venir.

Pour le faire.

Qu'est-ce qu'on fiche ici, Annette ?

J

'y crois pas.

T'as signé ? Tu veux pas m'épouser ? Tu m'aimes plus ? Annette.

Je t'aime.

Je t'aime plus que jamais.

Oui, j'ai signé, mais ça ne m'engage en rien.

Il faut feindre, mon amour.

Ils veulent nous soumettre, alors faisons semblant d'être soumis.

Pour le moment, ils sont plus forts que nous.

Ils croient qu'ils ont gagné, mais on s'en fiche.

On va s'enfuir à Limoges, chez tes parents.

On sonne libre, on sera à l'abri.

Il faut que tu signes aussi.

Pour moi.

Pour nous.

Tant que toute cette folie...

S'il me reste une seule certitude, c'est que je suis ta femme.

Tu sais où elle est ? Elle est partie en Allemagne comme travailleur volontaire.

Elle n'en a rien à faire, Danette.

Je dois rencontrer Dan Lecker moi-même.

Ça fait trois semaines que je demande un rendez-vous. Quand Dan Lecker me verra,

je saurai lui parler.

En fait, tu n'es pas en position de négocier. Je vais lui donner un gage de

soumission absolu.

Je vais me proposer en otage à la place d'Annette. J'ai voulu l'épouser, je l'ai

demandé en mariage. Si c'est un crime, autant châtier le véritable criminel. S

'il y a un responsable dans cette affaire, c'est moi.

Alors en conscience, c'est à moi de me livrer en otage.

Arrêtez ! Arrêtez ça ! On sait très bien ce que deviennent les otages.

Ils se font exécuter.

Si l'un de vous venait à mourir, je ne survivrais pas.

Alors s'il vous plaît, revenez à la raison. Nous n'avons pas mérité ça. Et

Annette ? Elle mérite son sort, peut-être ? Si on la fugit, j'aurai plus

de raison de vivre. Tu veux me condamner à mourir de chagrin ? C'est ça que tu

veux ? Hein ? C'est ça que tu veux ? Non mais tu vas te taire ! Tu vas te taire,

Christiane ! Arrête avec tes plaintes et ton habitoiement sur toi-même.

Je te rappelle à la charité chrétienne, ma chérie.

Tu n'es pas sur terre pour penser à ta petite personne.

Jean, tu as ta vie à vivre.

Alors, laisse-moi faire ce sacrifice à ta place.

S'il te plaît.

Francisco Iglesias et Fernando Marquez, Espagnols.

Il y a un malentendu, monsieur Josion. On n'a pas besoin de vous pour remplacer

Annette Zellman.

Le prochain attentat, ce sera plus édifiant d'exécuter un homme comme moi,

un Français catholique de la bonne société, plutôt qu'une petite juive que

personne ne connaît.

Asseyez-vous.

Monsieur Josion, il ne s'agit plus d'attentat ni de représailles.

Les Allemands veulent régler le problème juif, une fois pour toutes.

Ils sont en train d'organiser un transfert massif des populations

israélites vers l'est de l'Europe.

Chacun chez soi, on y verra plus clair.

Pour les regrouper où exactement ? Quelque part là-bas, d'où ils sont venus

au départ.

Je ne connais pas les détails, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'une

opération d'envergure se prépare.

Daneker a des objectifs chiffrés.

Nous, sur le terrain, on arrête des juifs.

Beaucoup de juifs.

Le plus possible.

Alors cette fille...

Elle ne va pas ressortir.

Mais qu'est-ce que je peux faire ? Enfin, dites-moi ce que je peux faire.

Mais rien.

Il n'y a rien à faire.

Vous ne voulez pas d'Anette Zellman dans votre famille.

Dan Ecker ne veut pas en France.

Vous êtes d'accord sur l'essentiel, non ?

S'il vous plaît ! Dépêchez-vous ! Silence !

Quand Jean découvrit qu'Anette n'était plus autour elle, il réclama des

informations.

On lui parla d'un camp de travail à l'étranger.

Pendant des semaines, il attendit un signe d'Anette.

Et puis Paris lui devint insupportable.

Qu'est-ce que tu fais ? Je pars.

Je quitte Paris.

Tu voulais partir comme ça, sans nous dire au revoir ? À moi ? À ta mère ? Ma

mère ? Vous

n'êtes plus mes parents.

Vous n'êtes plus rien pour moi.

Tu n'as pas le droit de dire ça, Jean. Tu es notre fils.

Tu es notre fils unique.

Et nous t'aimons.

Jean ? Tu veux savoir où je vais ? Je

pars à Limoges, dans la famille d'Anette.

La famille de ma femme.

Ma vraie famille.

Les deux années suivantes, Jean s'installa chez nous pour finir son

roman. comme Annette le lui avait demandé.

La maison Gallimard l'avait pris sous contrat.

Parfois, Jean travaillait toute la nuit.

Au matin, je tapais le manuscrit à la machine.

Les mois passaient, et nous étions toujours sans nouvelles d'Annette.

Les enfants m'ont abandonné les uns après les autres.

Tes fils n'étant pas abandonnés, ils sont partis se battre. Ils vont chasser

les nazis et ils vont revenir.

Ils pourraient donner des nouvelles, non ? Charles, pas de message depuis six

mois. Guy, on l'a entendu à la radio, on ne sait même pas si c'était lui.

Bien sûr que c'est lui.

Qui veux-tu que ce soit ? Ici Radio Londres.

L'aîné de la famille Batifolles à Bonne-et-Syon. Je répète, l'aîné de la

famille Batifolles à Bonne-et-Syon.

C'est Nip.

Qui veux-tu que ce soit d'autre ? C'est pas drôle.

Et Annette.

Annette.

540 des jours.

540 des jours qu'on n'a pas de ses nouvelles.

Kylie, mets-toi à sa place. Ça doit être encore plus dire pour elle que pour

nous.

Hein ? Tu sais, Vidal, on n'a pas le droit de se laisser aller.

Moi, je suis prêt à parcourir l'Allemagne, la Pologne et toute l

'Europe s'il faut pour retrouver la femme que j'aime.

Où qu'elle soit, même à des milliers de kilomètres, Annette reste reliée à nous.

Moi, je lui parle sans cesse.

Chaque jour.

Plusieurs fois par jour.

Et je sais qu'elle m'entend.

Le 25 août 1944,

Paris était libéré.

Jean avait donné rendez-vous à Claude dans leur quartier général du Café des

Arts.

Claude vint à sa rencontre, mais Jean tardait à venir.

Jean.

Mon Claude.

Excuse-moi, j'ai attendu des heures, un coup de tampon à l'état-major.

Un coup de tampon ? Pour quoi faire ? Je pars demain matin, en reportage, pour le

journal Frontireur.

J'ai un photographe qui me suit, on va couvrir l'avancée des alliés en

Lorraine.

T'as du cran.

Il paraît que les Allemands résistent comme des forcenés. Tu veux pas venir

avec nous ? On est censés faire l'aller-retour, et mon idée c'est de

continuer vers l'Est, avec les Américains.

Faut que tu viennes avec nous, Claude.

On va chercher Annette et Bella.

Annette et Bella ? Annette est vivante, Claude.

Annette est vivante et elle m'attend.

Je vais la retrouver et je vais la ramener ici.

Je vais la retrouver et on va se marier.

Tu comprends ? On va se marier.

Lui-même ?

Votre

fils a voulu accompagner un détachement en route pour l'Allemagne.

Il était averti du danger, mais il a insisté. Le détachement est tombé dans

une embuscade, des soldats sont morts.

D'autres ont été faits prisonniers par les Allemands.

Contrairement à son camarade retrouvé tué, le corps de votre fils n'était pas

dans la voiture.

Attendez. S'il n'était pas dans la voiture, c'est qu'il est vivant.

Il est en Allemagne.

Il a été fait prisonnier.

Il est vivant.

Il y avait ça dans une de ses poches.

À Jean Josion, futur grand homme de lettres, mon grand amour, sa petite

Annette.

En avril 45, mes parents apprirent qu'Annette avait été déportée à

Auschwitz.

Elle était morte un mois après son arrivée dans le camp.

Vous êtes ? Le docteur Josion.

Hubert Josion.

Je suis le père de Jean.

Alors il a enfin été édité son roman.

Vous savez que c'est moi qui ai tapé tout le manuscrit ? Quel dommage qu

'Anette ait jamais pu lire son livre.

Jean faisait partie de notre famille.

Nous l'avions adopté.

Je suppose que vous ressentez la même chose que nous, monsieur.

Pour des parents, perdre un enfant, je ne sais pas, en plus du chagrin, c'est

comme si l'ordre des choses s'était détraqué.

C'est nous qui aurions dû partir à leur place.

Enfin, je veux dire, avant...

Docteur,

vous pouvez nous rendre un petit service ? Oui, avec plaisir.

Moshé a une petite grosseur sur les bras.

Il ne veut pas consulter. Mais moi, ça m'inquiète. On ne sait jamais.

Arrête d'ennuyer le docteur. Je vais très bien.

Tu veux mourir et nous abandonner ? C'est ça que tu veux ? Mais je ne vais

pas mourir. Je vais très bien.

C'est juste une inflammation.

C'est rien du tout. Ne vous inquiétez pas.

Tu vois que c'était rien.

Monsieur Zellman.

Madame Zellman.

Il faut que je vous dise quelque chose.

Moi, je n'avais que Jean.

Vous, vous avez quatre beaux enfants qui ont la vie devant eux.

C'est une joie, mais c'est aussi une lourde charge.

Alors j'ai pensé, votre plus jeune fils veut faire son droit, je crois.

Oui. Si je pouvais vous apporter mon soutien, aider votre famille,

eh bien, j'en serais très honoré.

Je vous remercie de votre générosité, monsieur Josian.

Mais nous pouvons nous débrouiller sans vous.

Et vous, mademoiselle, vous avez des projets d'avenir ? Je vais d'abord me

marier. L'avenir, on verra plus tard.

Comme sa grande sœur des grandes amoureuses.

Alors, toutes mes félicitations, mademoiselle.

Et tiens, ça me fait penser, j'ai dans ma collection un petit tableau d'Edouard

Vuillard.

Ça me ferait grand plaisir de vous l'offrir.

Eh bien d'accord.

Vous serez invité alors.

En fait, le docteur Josion est mort en 59.

Deux ans après, Henri Amouroux a écrit un livre qui s'appelle « La vie des

Français sous l'occupation » dans lequel il y a une espèce de petit encart qu'il

a appelé « Remue Juliette 42 ». C'était la seule façon de le savoir.

Parce que lui, il a trouvé les papiers dans la police, puisque c'était le but

de son livre.

Il a trouvé les papiers, comme quoi M.

Josion, le docteur, avait envoyé une lettre à Daneker, chef de la

commandature, en disant, mon fils sort avec une juive, qu'est-ce que vous

pouvez faire ? La réponse que nous avons est, ne vous inquiétez pas, on va s'en

occuper. Et ils s'en sont très bien occupés, vu que je leur ai appris, ils

sont venus arrêter ma soeur.

Il n'a jamais essayé de vous le dire de son vivant ?

Absolument pas.

Mais jamais.

D'abord, comment peut-on raconter une chose comme ça ? Après la libération,

les gens qui ont eu des problèmes avec la police, c'est des gens qui ont fait

des délations et qui ont été arrêtés pour ça.

Et alors, quand est-ce que vous avez appris qu'Anette avait été assassinée à

Auschwitz ? On l'a appris qu'après la guerre.

On vous envoyait un courrier avec une date très précise.

Parce que dans les camps, tout est marqué.

Donc c'est comme ça qu'on l'a appris.

Je peux vous poser une question ? Bien sûr.

Est-ce que c'est vous qui allez interpréter moi, ma vie, mon rôle ? Oui.

Oui, oui, ce sera moi.

Et on va refaire le jour de votre mariage. Oui.

Alors vous vous sentiez comment ce jour-là ? Mon mariage était

extraordinaire. Juste mon mari, mes frères et mes parents.

Le reste des invités, je ne sais même pas qui était là.

C'est là que nous avons recréé.

Le clan Zellman.

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