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Déjà, je suis issu d'un quartier
assez difficile, on va dire,
où bien parler est plus une tare qu'autre chose.
En fait, je viens d'un endroit où plus les mots étaient simples,
étaient…
comment dire,
étaient rébarbatifs, étaient durs,
plus on était respectés.
Je sais qu'il faut pas utiliser de gros mots,
mais pour bien décrire mon milieu, c'était plus à base
de "Wesh, ma gueule, nique ta mère". Ça passait mieux qu'un…
"Je voudrais dire, par ma pensée…"
Et j'avais beaucoup d'admiration pour ces grands orateurs,
pour ces politiciens, plutôt.
Même Sarkozy, je l'admirais beaucoup, là, avec sa petite taille,
ses talonnettes et tout…
"Ouais, je veux réformer le parti.
"Je veux une France unie, soudée.
"Je veux… une France libre."
Là, je me disais : "Putain, je te crois pas, mec,
"mais qu'est-ce que… qu'est-ce que tu m'emportes."
Un autre discours qui m'a marqué est celui de De Gaulle, à la libération.
"Paris libéré, Paris martyrisé…"
Je sais plus. C'était galvanisant.
Et je me suis dit : "C'est cool de parler, en fait."
C'est bien d'écrire, mais parler, c'est mieux.
Quand tu parles et que les gens t'écoutent et te regardent,
t'as l'impression que tu peux tout faire.
Tu peux conquérir le monde. C'est pour ça que je suis là.
C'est parce que… ça peut changer ma vie.
C'est un bonheur de vous voir,
tous ensemble, ici, rassemblés par l'amour de la parole.
La parole qui convainc, la parole qui libère,
la parole qui émeut, la parole qui choque,
c'est celle-là qui nous rassemble. Vous avez tous
été des merveilleux ambassadeurs
de la liberté d'expression.
Avant, pour manifester son attachement à la liberté d'expression,
on disait "Je suis Charlie".
Maintenant, à partir de ce soir, je dirai aussi "Je suis Saint-Denis".
Bonjour à tous.
Je m'appelle Camélia Kheiredine, j'ai 20 ans. Je viens de les avoir.
Je suis actuellement en 2e année d'information et communication,
en parcours médias et médiatisation.
Je suis une personne très ambitieuse, qui a soif de réussite.
J'ai envie d'être présidente de la République.
Je m'appelle Elhadj, j'ai 24 ans.
Avec un ami, on a monté une association en Afrique
pour faire du développement durable.
Je m'appelle Kiss.
Sainte-Rose. Kiss : K, I, deux S. C'est mon vrai prénom. Je précise.
J'ai 24 ans, j'habite à Argenteuil et je suis en licence Lettres modernes.
- Je m'appelle Leïla Alaouf. J'ai 22 ans. Je suis en 3e année de Lettres modernes.
À la base, j'étais là pour vendre du shit mais… Je rigole.
Je m'appelle Johan. J'ai 19 ans, bientôt 20.
Plus tard, j'aimerais travailler dans ce qui touche à l'écriture,
et du moment que ça rapporte, c'est tout.
Je suis en cinéma, en 3e année,
et j'aimerais intégrer Louis Lumière.
Je m'appelle Souleïla Mahiddin, j'ai 20 ans,
je suis en licence 2 de Psychologie.
Un matin, je me lève, je veux être avocate, l'autre matin, huissier,
le matin d'après, je veux être sur la scène, chanteuse…
Donc c'est un peu le bazar,
mais j'aime découvrir les horizons.
Bonjour à tous. Je m'appelle Bertrand Périer, je suis avocat,
et je suis là pour vous préparer au concours Eloquentia
qui, dans 6 semaines,
va élire le meilleur orateur de la Seine-Saint-Denis.
Vous allez tous participer à ce concours,
et j'ai 6 semaines, c'est très court,
pour vous donner les clés et les codes pour argumenter
et convaincre devant un amphi.
Mon idée est de vous faire prendre suffisamment
confiance en vous pour vous dire "Je vais me jeter à l'eau",
pour avoir une parole libre, sincère et authentique,
pour dire vraiment ce que je pense,
et surtout, et c'est le maître-mot, pour être convaincant.
Je ne vous connais pas, j'ignore combien vous êtes timides,
mais j'étais un champion hors catégorie.
J'étais limite de l'autisme pathologique.
Donc même si vous êtes très timides, vous me faites pas peur.
Y en a peut-être parmi vous qui sont des grandes gueules.
Ça me fera des cibles de choix. J'adore ça.
Peu importe votre niveau, vous pouvez progresser.
Il faut juste que vous y mettiez de vous-même
et qu'à un moment, vous vous poussiez aux fesses, et vous dire :
"Je vais me lever et le faire." Maintenant, je voudrais
que vous me disiez, vous, ce 1er jour, quel est votre rapport à la parole.
Allez, venez… Venez me voir.
OK. Alors…
Mon rapport à la parole, en fait, il est assez compliqué.
Je suis née en ex-Yougoslavie, et on est venu en France avec mon jumeau
et mes parents,
donc je parlais pas du tout français.
Il m'a fallu un peu de temps avant de commencer à parler.
J'avais l'impression, l'année dernière,
que toutes mes origines sociales, la catégorie sociale de mes parents,
les établissements que j'ai fréquentés,
que tout ça se dessinait sur mon visage, mais surtout sur ma parole.
Petit, mon rapport à la parole était différent
de celui que j'ai actuellement.
J'étais un gros moqueur, vraiment.
Et je parlais sans prendre compte l'efficacité, le but de ma parole.
L'objectif était de parler le plus possible,
un peu comme des éjaculations de poulet. Genre…
Vous avez remarqué ?
Les gens de banlieue, quand on parle, on va des graves aux aigus.
Ça fait : "Mais voilà, quoi !"
Ça, je sais que les gens,
ils le remarquent directement.
La 1re fois que j'ai vraiment pris confiance en moi pour parler,
c'était sûrement en seconde, plutôt fin seconde,
quand je suis arrivée au lycée.
Avant, j'étais sur la défensive. On me parlait, je rougissais.
C'était… Bon, je rougis toujours.
Mes professeurs m'ont toujours dit : "Vous, les gens de Champigny,
"du 94, vous allez vous battre deux fois plus que les autres.
"Parce que votre capacité à vous exprimer, votre richesse des mots,
"votre capital social sera différent des autres."
Je veux donner l'impression d'avoir confiance en moi,
alors que pour l'instant, c'est pas encore exactement ça. Donc voilà.
Bravo.
OK. Euh… Tiens, viens nous voir.
Oh non !
Viens. Viens nous voir.
Quel est ton prénom ? - Leïla.
Est-ce que tu as quelqu'un que tu aimerais rencontrer,
pour lequel tu as beaucoup d'admiration, mort ou vivant ?
Peu importe.
Victor Hugo. J'aimerais bien rencontrer Victor Hugo. Sincèrement.
- Sincèrement ? - Très.
- Pourquoi ça ? - C'est un auteur que j'ai connu…
- Un, deux. - OK, je recommence.
Ouais.
J'ai connu cet auteur en première.
La chaise rouge, là.
La chaise rouge. Vas-y. - C'est un auteur que…
- Encore. Encore. - Que j'ai connu…
D'accord, OK.
- La chaise rouge. Allez. - OK.
- Un, deux, trois. - OK.
Je précise que c'est quelque chose qu'on peut me dire,
c'est un connard avec sa conjointe… - Non ! Alors…
Mon sentiment,
c'est mon sentiment, c'est que jamais la vulgarité n'a servi
à quoi que ce soit dans la parole.
Ça convainc pas plus, et même moins…
J'allais préciser.
- Le mot "connard", je débranche. Je t'écoute plus.
D'accord ? Allez.
Donc… - Un, deux, trois. La chaise rouge.
En effet, il était particulièrement misogyne avec ses conjointes,
qu'il enfermait et qu'il poussait à rester, en fait, entre 4 murs.
- On va faire un exercice. Tu vas voir, ça va être formidable.
Tu fais pas les gestes. Mais c'est pas grave.
Euh… Viens nous voir.
Tu vas voir, ça va te dispenser.
T'auras pas à faire de gestes. Tu peux te mettre là ?
Non. Viens derrière.
C'est bon ? - C'est bon ?
Puisque Leïla ne veut pas faire les gestes, c'est…
- Camélia. - C'est Camélia qui va les faire.
Alors, Camélia,
ce que tu vas faire maintenant implique que tu sois très attentive
à ce que Leïla va dire.
C'est parti ? - Allez.
Comme je le disais, il poussait ses conjointes à rester
entre 4 murs,
ce qui est assez paradoxal, quand on sait
que ses romans sont très engagés dans le sens inverse.
Quand il parle de cette femme qui est poussée à se prostituer
pour faire vivre sa fille et qui a été abandonnée par…
Ça, c'est génial.
C'est génial !
C'est génial, on continue.
On commence par un exercice pour se connaître.
Vous vous connaissez entre vous ? Allez, venez sur le plateau.
On va faire un cercle.
On va associer son prénom à un geste.
C'est-à-dire que moi, je vais faire "Alexandra".
Tu vas devoir redire mon prénom en faisant le geste,
et à ton tour, tu vas devoir trouver un geste en disant ton prénom.
Donc, Alexandra, et Thomas.
T'as fait quoi ?
- Hitler ? - C'est les scouts.
C'est les scouts.
- On va vous aider. - Alexandra. Thomas.
Elhadj.
Le cœur, hein.
Euh, Alexandra, Thomas…
Elhadj.
Non mais ça, je sais.
- Ton geste. Remontre-lui. - Elhadj.
T'es trop grand. Elhadj.
Elhadj. Et euh… Euh…
Kristina. Hé, j'ai fait un truc simple.
Kristina, et Ouanissa.
- Ouassima. - Ouanissa.
Ouanissa, pardon.
Désolée. Ouanissa.
Moi, c'est Houda. C'est un H en langue des signes.
C'est parfait.
Yacine.
- Jérémy. - Johan.
Eddy.
Kiss.
Kiss…
Et Thomas.
Quoi ?
Attends, c'est…
Comme ça ?
Camélia. - Leïla.
Hanane.
Franck.
ALEXANDRA, THOMAS, ELHADJ,
JÉRÉMY, JOHAN,
KISS, THOMAS, CAMÉLIA,
LEILA, HANANE, FRANCK. - Encore une fois !
ALEXANDRA, THOMAS, ELHADJ, KRISTINA, OUANISSA, HOUDA,
YACINE, JÉRÉMY…
J'ai un rapport à la parole plus difficile qu'avec l'écriture.
Étant petite, j'étais plutôt solitaire, pas beaucoup d'amis,
je suis beaucoup plus à l'aise en écriture, à l'écrit.
Pour moi, l'écriture, c'est pas un passe-temps. J'en ai besoin.
Mais quand j'ai eu ce déclic : "Il va falloir s'exprimer en public,
"je peux pas rester comme ça."
Y a des idées à partager, et ce serait dommage de les laisser
pourrir en intérieur. La parole,
faut pas l'attendre. Faut l'arracher. C'est un peu le cas.
Si j'attends éternellement qu'on me donne
une voix, une parole, je peux attendre éternellement.
"Slam Poetry", parce que c'est des mots qui claquent.
"To slam". Voilà, quelque chose qui claque.
- Gros moment de doute. - Hein ?
Quand je vois ça, des fois, j'ai envie de couper ça,
et je vois, je me dis : "Edgar Allan Poe", quoi.
Et tu sais, je me dis : "Slam… just try." Tu vois ?
C'est un truc… C'est tellement beau. Bref.
Je me perds pas plus. On va écrire un quatrain. On rappelle ce que c'est.
- Une strophe de 4 vers. - Oui.
Et moi, pour ce quatrain, je vais vous donner des amorces.
"Je suis", "J'ai",
"Je viens",
"Je m'appelle". Vous avez 5 minutes.
Allez, on envoie. L'idée c'est de produire
de la poésie en cascade.
Je suis Corcyaquois
J'ai des km derrière moi
Je viens donc de Corcy Et je m'appelle pas, j'ai plus de crédit
Hier, j'étais pépère Je pensais qu'à m'envoyer en l'air
Aujourd'hui c'est fini Car je suis à découvert
Hier, le sang coulait lors des guerres Aujourd'hui, j'ai quitté cet enfer
Demain, la tête haute Je marcherai fière
Un jour, de cette nation Je serai la mère
Je suis musulmane J'ai horreur des amalgames
Je suis Noir Qui pourrait le croire ?
Je suis une jeune rappeuse J'ai 19 piges talentueuses
Je viens du 9-3 Je m'appelle S-OU-K-A
Hier j'étais chez moi Aujourd'hui je suis là
Demain je serai là-bas Un jour bien loin, inch'allah
C'était cool.
C'était beau. En plus, vous avez tous des styles,
des postures différentes, des…
Du coup, je vais vous quitter sur une note chouette.
Je vais vous faire un texte, si vous le souhaitez.
- Ah oui. - OUAIS !
J'invoque l'eau
Parce que le monde est fait d'images Expressives comme une eau forte
J'invoque l'eau
Parce qu'il faudra plus d'un orage Pour ressusciter
La mer morte J'invoque l'eau
Parce que la mort nous rend muet Comme un cri au fond de la mer
J'invoque l'eau, soit
Si c'est une question D'eau-de-vie ou de mort
Amèrement J'invoque l'eau
Parce que tu prônes un régime libre
Je te conseille de l'eau
Mais évite celle de Vichy Durant l'Occupation
Ainsi que ses vapeurs Qu'on appelle l'eau-pression
Enfin, j'invoque l'eau
Car…
L'eau
Je l'associe à…
L'air
Pour obtenir l'or
Et ça,
Ça coule de source car…
J'invoque l'eau
Merci.
J'ai découvert Eloquentia par le biais d'Ibrahim. On fait partie
du même club de foot américain.
Mais un concours d'éloquence,
on s'est dit : "C'est pas pour nous. Jamais.
"On fera jamais ça. On peut pas se lever devant un amphi
"et parler. On a jamais fait ça. C'est trop."
Pour réussir et évoluer dans ce sport, on doit se faire violence.
T'es obligé de te faire mal.
Prendre la parole, pour moi, c'est un réel combat. C'est dur.
D'avoir réussi à me dépasser et de participer à ce nouveau combat,
j'en suis fier. Je me dis :
"J'ai réussi à sortir un peu de ma zone de confort
"et faire quelque chose dont j'ai pas l'habitude."
Vengeance !
Vengeance ! Vengeance ! Vengeance ! Vengeance ! Vengeance !
Quand j'ai eu 13 ans, on a déménagé, et mes parents se sont dit :
"On va à la campagne, on est fous. Là où la civilisation n'existe pas."
Corcy, petit village dans l'Aisne.
300 habitants. Enfin, 300 habitants,
on compte les vaches, les poules, les animaux domestiques…
Pour aller à la faculté, en fait, la gare,
pour prendre le train pour Paris, elle est à 10 km de chez moi. Et donc,
dans une journée, je peux mettre parfois 3 h le matin,
3 h le soir, et donc 6 h au total de trajet pour aller à la fac
et pour revenir de la fac.
Je m'y suis pas fait tout de suite, et petit à petit j'ai apprécié ce calme.
J'ai apprécié le fait de pouvoir s'entendre penser.
Ces 10 km, finalement, c'est franchement une échappatoire,
et ça me fait un bien fou, de marcher.
L'air, c'est un peu comme de l'essence pour une bagnole.
Si y a pas d'air, y a pas de son.
Si je parle et que je prends pas mon air et que je continue,
parce que comme ça, j'aurai plus d'air et vous verrez que ma voix va perdre
en qualité. Là, je vais m'étouffer.
Donc on a besoin d'air pour parler.
Qui veut être le cobaye ? Ça va être très cool.
Donc, mets ta main sur le ventre.
Tu vas, voilà, appuyer comme si j'appuyais sur ton ventre.
- J'appuie sur mon ventre ? - Et tu…
Voilà. Et maintenant, tu détends.
Et il se regonfle. On y go ? Ensemble.
Ah non, c'est l'inverse.
Ventre gonflé. OK ? Main vers la bouche.
Et on expire.
Super. Et là… Génial.
Super. Tout le monde fait ça, avec le doigt.
Expire.
En appuyant. Super. Détends.
OK.
Une petite ivresse va s'installer. On en profite, c'est agréable.
Maintenant, maintenant on va passer à ce moment
un peu particulier qui est celui du premier vers.
Victor Hugo, Souvenir de la nuit du 4. Il commençait par :
"L'enfant avait reçu une balle dans la tête." Voilà.
Il a été d'une froideur clinique. Y a pas de figure de style particulière.
On peut faire simple, on peut faire compliqué.
Maintenant, essayez de voir ce qui, pour vous, sera le plus pertinent.
Par exemple ?
La prison c'est dans la tête Car la vie nous donne le barreau
Désirs et plaisirs De son corps céleste s'élèvent
OK. Ensuite ?
Mon seul crime a été De m'être mal garé
OK. Il faut en général
qu'on trouve le premier vers. On déroule. On déroule.
Après, on peut avoir encore un blocage,
mais il y a des techniques pour remédier à ces blocages, et on les verra.
Le 1er vers que j'ai écrit ?
À ce qui paraît Une meuf, ça rappe pas
Garde tes "on dit"
Je reprends le rap français Ça va faire mal
Peut-être voir si par moments,
tu pourrais pas instiller quelques petites figures de style,
pour donner un peu plus de relief, pour donner plus de corps,
pour faire, pour exhumer les idées.
Le camarade à côté, on t'écoute.
Sur mon visage
Passait le vent Autant vous dire que c'est exaltant
Je kiffais ma vie, j'étais content Mais c'est au détour d'un croisement
J'ai pas écrit la suite.
Je peux passer après ? Merci.
- Allez, on t'écoute. - Non, pas maintenant.
Bon, vas-y. Alors…
Sous ta fenêtre je mourais De par ces mots que tu me jetais
Sous cette glace brûlante La vision de notre rupture hurlante
M'a fait prendre conscience que…
Pas de suite.
On refait un tour ?
Cette chienne de vie m'emprisonne Comme un chien dans une fourrière
Je suis à l'usure
Reprends à partir de "Cette chienne de vie".
Cette chienne de vie - Voilà.
M'emprisonne Comme un chien dans une fourrière
Je suis à l'usure Il faut une rupture
Car mon cerveau sature - OK.
Alors refais, et en mettant, cette fois-ci, aussi du rythme.
Cette chienne de vie M'emprisonne…
Lentement et prononce tout.
Cette chienne de vie M'emprisonne…
Reprends et prononce.
"Cette-euh chienne-euh." Allez.
Cette chienne de vie - Voilà.
M'emprisonne Comme un chien dans une fourrière
Tu vois la différence ?
Vous écrivez des trucs magnifiques, vous y mettez les formes,
mais parfois, la diction peut devenir un handicap
dans la compréhension du texte.
Là, on l'a vu, quand il a tout prononcé sur cette chienne de vie,
il a pas perdu en rythme. C'était pareil.
Mais plus limpide à l'oreille.
Tu vois ? - Oui.
OK. Impeccable.
Pour s'échauffer un peu, avant de commencer,
on va faire un débat garçons/filles. - OUAIS !
Allez…
Pour ou contre la Saint-Valentin ?
Ah, monsieur…
Donc les mecs sont contre,
et les filles sont pour.
Si ! - Ça, c'est compliqué.
OK, 3 arguments de chaque côté.
C'est parti. Camélia.
- On est pour la St-Valentin. Mais la St-Valentin quand ?
TOUS LES JOURS !
TOUS LES JOURS ! - Combien y aura de suicides ce soir ?
Vous y avez pensé ?
C'est la fête obligée de l'amour. Combien seront seuls ?
La St-Valentin, ça permet d'acheter des cadeaux.
Au moins, la croissance, avec la St-Valentin, elle monte.
- Objection, Votre Honneur. - Johan, tu as une objection.
La croissance, elle monte forcément.
Bah, oui.
- T'as pas un Bescherelle ? - C'est pas une croissance, alors.
La St-Valentin, c'est un coup de cœur à l'économie.
Tous les jours ? T'es prête à débourser 300 euros tous les jours pour ton mec ?
Je suis pas sûr. - C'est pas cher.
Vous avez passé des années à militer pour être libres.
Oh, yeah !
Et là, vous régressez.
Quels hypocrites ! Vous êtes contents quand votre meuf s'apprête,
mais pour sortir un billet de sa poche, vous faites les radins.
Pour nous, l'amour n'a aucun prix.
L'effet de surprise, c'est tous les jours.
On peut pas prouver avec un seul jour que l'amour…
L'amour, c'est tous les jours. - C'est l'amour qui guide le monde.
Ce que je retiens, c'est que nous, on vous aime tous les jours.
- Voilà. - C'est tous les jours.
Évidemment, victoire écrasante
des filles.
Oh, la mauvaise foi ! La mauvaise foi.
Allez, à vos places.
Alors, je vous ai dit, dans le discours, c'est pas compliqué,
le plan, grosso,
c'est toujours la même chose. Y a 5 parties.
Ça fait 2500 ans que c'est comme ça,
vous en êtes les héritiers, donc franchement, vous cassez pas.
Premier temps : l'exorde. Ça veut dire que j'attire
la bienveillance de celui qui m'écoute, et sa curiosité.
L'exorde, c'est pour attirer l'attention
de la personne qui va m'écouter.
Deuxième temps : c'est la narration.
C'est l'histoire. Troisième temps :
l'argumentation.
C'est présenter vos arguments,
en faveur de votre thèse.
Le quatrième temps, c'est la réfutation,
c'est-à-dire expliquer pourquoi l'adversaire a tort.
Et la péroraison, important, c'est ce qui finit le discours,
c'est ce qui fait que le discours ne se termine pas en eau-de-boudin.
OK ? Allez, on va faire un pour/contre.
Et Franck, toi, tu vas plaider pour la réouverture des maisons closes.
Je vais
quand même vous laisser 3 minutes pour préparer.
OK ? 3 arguments de chaque côté.
Allez, Franck.
Viens. - On prend une fille ?
OK, ce que je voudrais, c'est des arguments.
Si t'as pas d'arguments, tu rentres. OK ? Et après,
tu feras l'inverse. OK ? Vas-y.
Ni pute, mais péripatéticienne,
ni soumise, c'est le prix. Pas sous-mise.
- C'est quoi, ça ? T'as tes arguments ou pas ?
Oui, avec moi mais… S'il vous plaît ?
- Non ! - Non mais c'est pas un discours.
T'essaies de le lire déjà, et c'est pas bon.
- OK, je lirai pas. Je lirai pas. J'ai besoin de jeter un coup d'œil.
- T'arrête avec ça. - OK, je lirai pas.
Franchement, que faites-vous des gens qui ont besoin
de leur dose… hebdomadaire,
de sexe ?
Ces pervers.
Dans la rue, vous voulez qu'ils se ruent sur vos filles ?
Ou pire, sur vos mères ?
Vous savez très bien, vous, en bon bobo du 16e,
euh que…
Regarde-le. Tu crois que c'est un bobo du 16e ?
En plus t'insultes sa mère ? Mais t'es un malade !
Pour l'instant, il n'y a pas
un argument. Zéro.
Zéro argument. Alors ça,
c'est de la merde. Voilà, ça suffit. Voilà. Hop.
- Panier, panier. - Hop, là.
Deux points. - OH !
Voilà !
J'ai besoin de mon truc.
Voilà !
Donc, c'est pas compliqué, Franck.
- Mais y a ma péroraison, dessus. - Tu vas la retrouver.
C'est quoi, tes arguments ?
Pour la réouverture. Un argument pour dire que c'est plus propre.
Donc y a un argument sanitaire.
- Oui. - Y a un argument quoi ?
Économique.
- Économique. Ça permet de réguler les prix.
- Euh, oui, y a ça. - Bien.
Et ça leur donne une protection sociale.
C'était dans ma réfutation, que vous avez jetée.
Bon, alors, on y retourne.
OK. Donc moi, je suis pour, pour 3 raisons.
Déjà au niveau de la santé. C'est quand même
difficile de se retrouver
à 22 h, 23 h, parfois 1 h, après la soirée,
entre deux pare-chocs de voitures,
et payer 50 euros, dans le froid, n'est-ce pas,
le vent tapant sur mes fesses nues,
monter, enfin, rentrer dans une chatte crade…
Oh, non ! Oh, non, non, non.
Oh, non. C'est honteux !
C'est honteux !
C'est honteux. - Je suis derrière !
C'est honteux !
Mais tu te crois où ?
La parole, c'est une arme qui sert surtout à se défendre, je trouve.
Quand je retrace mon parcours, je me dis que si j'avais eu
les bons mots au bon moment,
j'aurais pu changer littéralement certains événements de ma vie.
À mes 15 ans, y a eu un incendie chez nous, au Pré-Saint-Gervais,
et on a dû descendre par le 6e étage,
en sautant par le balcon. C'était n'importe quoi.
À partir de là, ma vie, elle a littéralement changé.
Quand l'incendie s'est déclaré, c'était dur, mais le plus dur,
c'est quand on est revenus chez nous. Tu débarques,
ton lieu d'habitation est ravagé, un mec de France Habitations débarque,
et la seule chose que ce gars-là trouve à dire, c'est que
"Vous allez être dehors mais vous étiez en irrégularité. C'est pas grave."
Là, à ce moment-là, tu te dis : "Mais merde."
Ça te fait tellement flipper, t'es tellement en colère que…
que y a rien qui sort.
Si j'avais eu les bons mots au bon moment,
j'aurais pu lui faire comprendre certaines choses,
qu'il allait limite briser des vies, sans s'en rendre compte.
À ces moments-là, j'aurais aimé avoir la force que j'ai dans mes mots, là.
Je me dis que la parole,
c'est ce qui m'a manqué, quand j'étais gosse. La parole, c'est une arme,
c'est quelque chose qui me permet
de pouvoir me défendre.
De pouvoir me défendre, et défendre certaines de mes idées, aussi.
OK, on échange.
Le plus important, quand vous êtes sur scène,
il faut que vous soyez vous, vraiment vrais, sincères,
et que ce que vous avez à dire, ça parte de là, ça vienne vraiment
du fond de vous. Vous voulez écrire un texte
où vous me dites pourquoi
vous montez sur scène et pour raconter quoi. Que voulez-vous dire ?
Ce qui me fait réellement peur, c'est la solitude.
Ça me fait peur d'être seul.
Pendant une longue période de ma vie, j'ai vécu seul. Littéralement.
J'avais personne vers qui me tourner.
Je savais plus où aller, je savais plus où me diriger. Et depuis lors,
j'ai appris au plus profond de moi-même à aimer mes proches.
À aimer mes proches, à passer du temps avec eux, à les chérir au maximum,
et surtout à essayer de les conserver auprès de moi.
Aujourd'hui, c'est difficile pour moi de parler devant vous.
S'ouvrir face aux autres, c'est beaucoup plus compliqué.
Parler d'une peur, ça l'est encore plus.
La solitude, ça me touche profondément.
Mais aujourd'hui,
je m'en plains un peu moins. Pourquoi ?
Parce que j'estime que je suis plutôt bien entouré, n'est-ce pas ?
OK. Hein, hein…
Des diplômes, j'en ai eu La misère, je l'ai vécue
Des conneries Oui, j'en ai faites
Mais pour rien au monde J'oublierai mon passé
Tomber au plus profond Pour mieux avancer
J'aimerais tant lui dire Ce que je ressens
La prendre dans mes bras chuchotant T'inquiète pas, maman
Ta fille a grandi C'est pas la voie que je t'avais promise
Mais le destin en a fait ainsi
C'est celle qui allait faire Le ménage chez les gens
Pour qu'on ne manque de rien À la maison
C'est celle qu'a tout donné Seule pour ses 4 enfants
Maman, t'es mon modèle T'es une vraie combattante
Quittant son pays, sa famille
S'installer dans l'inconnu Pour trouver meilleure vie
Tu m'as emmenée ici Tu as sacrifié ta vie
Je te rapporterai là-bas Dans une grande baraque à Kech-Marra
Les 1res paroles chantées,
les 1ers défis lancés dans la jungle hantée par les loups,
ces chants qui remuent en nous les espoirs les plus fous.
Nous, si éloignés de la réalité et pourtant si confiants.
Chanter la liberté, c'est déjà beaucoup.
C'est comme demander à quelqu'un dont la langue est tranchée de parler.
Le 4 juillet 2011, Ibrahim Kachouch est assassiné.
Ibrahim, qu'on appelait le rossignol de la révolution syrienne.
Ibrahim est mort.
Le gouvernement, symboliquement, lui a arraché les cordes vocales.
Je suis désolée.
Ses cordes vocales d'où s'élevaient les tout 1ers chants défiant le régime.
Personne ne l'avait fait depuis 30 ans,
depuis la 1re tentative de soulèvement.
Ibrahim, qui osait chanter "Allez, dégage, Bachar",
alors je vous le demande
très solennellement, à vous qui êtes ici assis…
J'ai bientôt fini.
Je suis désolée.
Vous qui jouissez de vos cordes vocales,
de la parole et du libre-arbitre,
célébrez cette chance de parler, de chanter et de vivre,
et tâchez d'en être à la hauteur,
car les mots qu'on prononce en toute liberté sont sacrés. Merci.
Je suis d'origine syrienne, majoritairement.
Mon papa est d'origine syrienne,
et ma maman est moitié syrienne, moitié américaine.
J'ai grandi dans un milieu assez mixte, culturellement parlant,
au niveau des cultures ou des religions.
Ça permet aussi de voir le monde de différentes façons.
Et ça aide aussi de manière générale à s'intégrer dans différents milieux.
J'ai envie de prendre la parole car j'ai envie de repenser le féminisme.
Le patriarcat et le sexisme, c'est universel, hélas.
Tout le monde s'entend sur ça.
À partir du moment où c'est universel, personne n'y échappe,
ni les communautés musulmanes ou les communautés chrétiennes
ou juives, ou je ne sais quelle communauté.
Un exemple récent était la question de la Grande Mosquée de Paris,
qui a relayé les femmes dans les sous-sols.
On s'était levé, on avait refusé cette discrimination inacceptable
et indigne de ce lieu de culte, qui appartient à une histoire française,
je veux dire.
Et d'un autre côté, on est plus en Mai 68,
il faut prendre en considération les mouvements,
les différentes façons de vivre sa féminité.
Le voile, si c'est un choix, au nom de quoi je vais dire à une femme
"Tu es soumise" ? Si elle me dit que c'est son choix.
Ça veut pas dire que certaines sont pas forcées. C'est comme tout.
Quand je vois aujourd'hui
qu'on sort pas sans maquillage, c'est pas une soumission ?
Quand on voit dans nos magazines people que les femmes font du 36,
qu'elles sont photoshopées, c'est pas une soumission ?
C'est dangereux quand on est habitués et qu'on réalise pas que c'est choquant.
Le voile, c'est comme n'importe quel autre préjugé.
En se confrontant à la personne, on peut déconstruire ce préjugé-là.
C'est toujours marrant.
Les gens réalisent qu'on est des êtres normaux,
qu'on rigole, qu'on a nos délires, qu'on est normaux.
C'est marrant parce que ce qui choque, c'est la normalité de l'autre.
On se rend compte à quel point il est normal.
Lors des différents passages du dernier cours,
tout le monde…
Lors des différents passages
du dernier cours,
tout le monde a fait une preuve perspicace de sa personnalité.
À mes yeux, tout le monde a brillé par son "moi, je",
par l'étalement de ses sentiments, et même parfois physiquement,
alors que nous sommes tous condamnés à être soi.
Je ne pensais pas que la scène serait prise d'assaut et détournée
par des élèves désirant une thérapie de groupe.
Lorsque Leïla a parlé avec une peine non-dissimulée
de ce mec qui s'est fait arracher les cordes vocales,
ma première pensée a été de me dire :
"Si ses cordes ont été traitées et allongées pour en faire une cithare ?"
Depuis 30 ans qu'il en attendait une,
Bachar al-Assad !
Et la touche musicale, à la manière de l'interlude grec,
Hanane et sa chanson sur sa relation avec sa mère : champ lexical
de repentance, clichés de la fille en larmes, tout y est.
Si des conneries tu en as faites, probablement la plus grosse
était d'avoir étalé tout ça sur notre visage, façon Nutella.
Voilà ma présentation. Sans histoire personnelle
ni sentiment guimauve. Juste un détenu qui chérit chacun de ses barreaux.
Ma sentence est bien rude.
Je suis condamné à être moi-même.
Je suis Thomas de Dessus Le Moutier, et je suis coupable.
- C'est gore, quand même. Faut pas le dire, ça…
- Y en a qui étaient choqués. Vous savez que c'est de l'humour ?
Oui, bien sûr.
Enfin, l'humour, c'est drôle, à la base.
- Lui, c'est un haineux, lui ! Quel rageux !
- C'est rigolo. Y a le débat sur Charlie et tout,
mais à mes yeux, il faut rire de tout, se moquer de tout,
surtout des choses dont on veut pas qu'on se moque.
On a le droit de rire de tout, mais pas obliger les gens à en rire.
- J'ai dit ce que je pensais. Quand j'ai parlé des cordes arrachées,
je l'ai vraiment pensé quand tu l'as dit.
- Ça m'a pas blessée, en tout cas. - OK, cool.
Si ça blesse, on peut pas en rire.
Faut s'adapter, c'est vrai.
Ou inverse. Si ça bloque, c'est pas un manque de respect mais c'est délicat
de rire de ça devant lui. - Comment tu sais ?
C'est ça.
Tout le monde a une sensibilité différente.
Il faudrait faire une limite pour chaque personne. Pas possible.
On peut avoir des sensibilités différentes mais avec l'autodérision,
on peut rire de tout en France. Si on s'attaque
à une autre culture, il faut faire attention.
Si on dit "Ça, c'est du domaine privé, c'est une autre culture. On touche pas".
Si on commence comme ça, on arrête l'humour.
L'humour, c'est un combat.
La parole, c'est une arme. Je veux faire des blagues qui vont dans mon sens,
sachant que des gens pensent pas comme moi.
Dieudonné, je déteste, je déteste son humour,
et je suis content qu'il puisse s'exprimer.
Avec ma parole, je vais le combattre.
On a tous des sujets qu'on aborde pas, ou qu'on aborde.
J'empêche personne de le faire.
Mais moi, je sais que si je vais blesser quelqu'un,
je le ferai pas. Je choisirai de pas blesser.
En fait, là, on fait tous les hypocrites.
On sait très bien qu'il y a des choses, on va en rire.
Mais quand ça nous vise nous, on va en pleurer.
Toute cette histoire, c'est un travail qu'il faut faire sur nous-mêmes.
Perso, j'ai dépassé ce stade, je peux rire de moi, y a pas de problème.
Si mes parents meurent et qu'on fait une blague drôle, je vais rire.
C'est peut-être sadique ou fou, mais si ça me fait rire, je ris.
Si ça me fait pas rire, je ris pas mais je fais pas de polémique.
Faut arrêter d'être hypocrite.
Vivre et laisser vivre. Si y en a qui veulent en rire, qu'ils en rient.
Fraise ?
Pomme ?
Pomme ! - Fraise !
- Banane ? - Pomme de terre ?
- Pastèque. - Salade.
Melon.
Radis…
Pomme de terre, betterave…
- Oignon. - Hmm. Ail.
Persil. Et fines herbes.
Je préfère parler plutôt qu'écrire. Déjà, j'écris pas forcément bien,
et donc parler, c'est plus facile à mes yeux.
Je veux devenir comédien car j'aime parler et être écouté.
J'aime transmettre, j'aime faire rire,
j'aime faire ressentir des émotions.
Je préfère parler.
Mangue. Mangue !
Mangue. - Ah, mangue. Pomme de terre.
Pomme de terre. - Melon ?
- Banane. - Ah…
- Banane. - Ah…
Radis.
Mon rêve, c'est d'être comédien.
La 1re fois que je suis entré sur scène,
j'ai cru que j'étais stressé et que j'avais le trac,
mais j'ai réalisé que c'était juste de l'excitation.
J'étais juste super heureux d'être là. J'étais tellement content,
tellement heureux, que j'ai failli en pleurer de joie, en fait.
- C'est trop marrant. On avait une vraie conversation.
- On a partagé un moment. - Putain, ça faisait longtemps.
C'est ouf, comment on s'est compris.
On va faire une autre situation.
Euh… Donc c'est ton mec. Il a fait une connerie, il rentre à la maison.
- Banane. - Non !
Banane ?
Kiwi ? - Kiwi.
- Kiwi ! - Kiwi…
- Ah. - Patate.
Banane.
Patate ?
Patate ? - Fruit de la passion ?
Cacahuète, raisin, clémentine, mandarine, pamplemousse…
Banane pastèque banane ?
Mais pastèque aussi.
Carotte.
Carotte ! - Céleri, endive. Oh.
- Pas patate. - Patate ?
- Pas patate. - Patate, patate ?
Chou-fleur.
Patate ?
Patate.
- Épinards. - Épinards ?
- Épinards. - Épinards…
Épinards pois chiches ?
On va faire une machine sur le thème l'union fait la force. Un son, un geste.
U.
U. - Ni.
- U. - Ni.
OK.
- U. - Ni.
- U. - Ni.
Ion.
- U. - Ni.
Ion.
- U. - Ni.
Ion.
U… ni… ion.
U… ni… ion. - Da.
U… ni… - Da.
OK.
- U… ni… ion. - Da.
Ah pardon, j'avais pas compris que c'était "union".
U… ni… ion.
U… ni… ion.
U… ni… ion. Ils chantonnent.
Ils continuent en rythme.
… - Ensemble.
… Ensemble.
… Ensemble.
Ensemble. - De plus en plus vite.
Ils accélèrent.
Ouais ! Parfait.
C'est le pied en avant, d'abord.
Pied en avant, et tu bloques. Oh, vas-y…
- Tu suis pas, papa. - Si, si, je suis.
Ça vous dérange pas trop que je veuille devenir acteur ?
Si. Je t'ai dit que je voulais que t'aies d'abord ta licence en lettres.
Tu veux pas que je devienne acteur ?
Si. Moi, je veux que tu sois heureux.
Que tu sois acteur ou ce que tu veux, je m'en fiche mais…
disons qu'en ayant
une licence en lettres, tu pouvais avoir un job que tu aimais,
puisque c'était en relation avec les livres, et faire ton truc d'acteur.
Parce que, acteur, c'est…
C'est un coup de bol.
- Mais non ! Mais ouais, quand même, un peu.
C'est un milieu, comme on connaît personne.
Ou t'as des relations, ou t'es "fils de". Ou à ce moment-là,
t'es né, t'as du talent. - Ou "filleul de".
Et moi, tu trouves que j'ai du talent ou pas ?
De ce que j'ai vu, c'est pas mal.
- Pas mal ? C'est bof ? - Je paierais pour aller te voir.
- Ah ouais ? - Ouais.
Mais je suis pas objective. Tu serais pas bon, j'irais te voir.
Super.
Merci beaucoup du soutien. Voilà, bravo.
Ma mère vient de dire que j'étais mauvais.
Allez !
Mesdames et messieurs,
je suis ici pour vous dire que je suis pour l'uniforme à l'école.
Les filles ne se chamailleront plus entre elles,
étant donné qu'elles n'essaieront plus d'être la plus belle.
Elles brilleront plus à l'intérieur mais à l'extérieur…
Le droit de vote des femmes, pour.
Pour ? Ça m'aurait étonné. Allez.
Taisez-vous. Y a une suffragette, là… - Oh, ça va.
Vas-y.
Allez. - J'ai décidé de choisir…
- Non, t'as pas décidé de choisir. C'est depuis toute ta vie…
- C'est vrai, en plus. Je soutiens le droit de vote des femmes.
En France, nous avons cette culture des droits de l'homme.
Je n'aime pas - Non. "Je n'aimeuh pas".
Les pack-pack Qui vendent des DVD dans le métro
Le regard, c'est le pouvoir.
Tu les as car tu les regardes. Sinon, ils sont perdus.
C'est pas bon. - OK.
D'abord, tu n'as qu'une seule raison, donc c'est pourri.
Je peux présenter plus tard ?
- Non, tu passes maintenant. On va y arriver. On est pas loin du tout.
C'est un peu mieux mais tu l'as pas monté assez.
- Je monte. - Tu la refais.
- Argument pourquoi ? Contre les maisons closes.
- T'en as pas. Allez. Non, t'en as pas. T'en as pas !
Bah si.
Prononce toutes les syllabes.
Et lentement.
- On nous bassine avec… - Non, c'est à chier.
C'est parfaitement nul.
C'est pourri.
Taisez-vous !
La parole est un sport de combat.
La parole, elle implique tout votre corps.
Je suis un ancien boxeur,
j'ai toujours aimé les sports de contact, j'ai…
toujours un peu intériorisé ma violence, et là,
c'était pour moi un bon moyen de m'exprimer.
Mais oui !
Parler,
c'est plus difficile qu'écrire.
Parce qu'un écrivain, il a une gomme.
Un orateur, y a pas de "rewind".
C'est ce qui fait que c'est beau, de parler. Y a le sentiment du risque.
Pour porter ta voix, imagine que tu as une montagne,
avec des gens derrière.
La montagne. - La montagne.
Allez !
Ce que l'on retient d'un orateur, c'est 10 % ses mots,
et 55 % ses gestes, son regard.
Peut-être que si l'on avait appris aux enfants plus tôt
ce qu'est la morale, universelle, on aurait évité tant de drames.
Alors oui, rétablissons le service militaire,
avec nos hommes, nos armes, et vive la République. Vive la France !
Eh bah voilà.
Toi, tu es doué. C'est formidable. C'est rare. Tu es doué.
- Elle est passée à l'acte. Elle a ôté la vie d'un homme.
D'un fils. D'un frère. D'un ami.
Malgré les blessures qu'elle a subies, malgré son séjour à l'hôpital,
elle a appelé les secours parce qu'elle voulait le sauver.
Eh ouais !
Mais tellement !
Prenez vos papiers que vous aviez préparés. C'est fini, ça !
Avant de commencer, on a voulu, d'une façon,
te rendre hommage. Rendre hommage à un des textes
que tu nous as présenté, qui nous a touchés. Donc, y a pas mal de personnes,
je dirai pas les noms, qui vont se lever,
qui vont déclamer leur texte.
Ô, Grand Loubaki.
Je suis ravie de commencer cet hommage, donc voilà.
J'invoque la nature Belle à la rosée du matin
Réunissant l'ensemble des éléments Force, passion et entrain
Le feu, l'eau, la terre Les minéraux et les métaux
Ne seront que vains
Sans ce sublime pouvoir Venant du Très-Haut
J'invoque la terre qui me transporte Et me relie à mes ancêtres
J'invoque la terre Car elle me fait ressentir leur mal-être
J'invoque la foudre Simplement pour la beauté du tableau
Tonnerre de Zeus comme Leonard Comme Vincent ou comme Pablo
J'invoque le caca
Le caca de vache
Qui fait pousser mes plantes
Celui qui me soulage Lorsque le mal de ventre me hante
J'invoque le caca
Le caca marron et croustillant
J'invoque le cacao
J'invoque le vent En soliloque
Qui cavale entre nous Et que j'éloque
J'invoque les ténèbres Pour de funèbres raisons
J'invoque le bois Et on l'invoque tous
Donc si t'es le feu Fais que tes flammes soient douces
Plus puissant que les éléments Que l'eau, le feu, le vent
Capable de donner la vie Mais de la reprendre aussi
Sortez tous vos testaments
Car, mes amis, j'invoque le sang
Sensation, sans répit Sanguinolent
Entre le début et la fin Vous me côtoierez forcément
Qu'il soit froid comme la glace Ou bien chaud comme la braise
Il aura toujours sa place Sous votre peau, à son aise
Assise, là, par terre
Je me remémore Mes sœurs et mes frères
Des pleurs, des rires Ça y est, ça va finir
Grâce à eux Je suis comme un poisson dans l'eau
Et je garde les pieds sur terre
Sans eux, je manquerais d'air
Nous avons cette flamme Dans les yeux
Et cette étincelle dans notre âme
Je suis dans mon élément
J'invoque ma famille de cœur
J'invoque ma famille Eloquentia
En fait, vous êtes des grands chtarbés.
C'était bien.
C'était un bel hommage. C'était le plus beau, je crois.
Le genre d'hommages… François Hollande, il serait jaloux.
Je kiffe.
C'est un hommage de super-président que vous m'avez fait.
- LOUBAKI ! LOUBAKI ! - S'il vous plaît…
LOUBAKI ! LOUBAKI ! LOUBAKI !
France d'en bas de gamme
Contre France haut-de-forme
France basket Ou France de l'uniforme
France qui se noie Ou France qui brûle
France éveillée Ou France somnambule
France qui s'assume Ou France qui se fume
France agricole Et France du bitume
Certains te baisent la main Les autres font la nique
On veut gagner ton cœur Et c'est matière à polémique
France république Contre fascisme en France
France terre d'asile Ou charter Air France
France de la colombe Contre France de la guerre
France de ton fils À la gloire de mon père
France à l'apogée Ou France au bord du gouffre
France qui sent le soufre Égale France qui souffre
France qui rit Ou France qui pleure
France qui aide Ou France killer
France laïque Et Notre-Dame de France
France à histoires Ou histoire de France
Y a-t-il une France libre Si la ligne est occupée
France passion Ou France raison
Radio France Ou bien France Télévisions
France qui sera Ou France qui était
France qui manifeste
Ou France qui se…
France ISF Et France SDF
France qui meurt Dans un local EDF
Ile-de-France
Et France des îles
Eldorado Ou France exil
France du véto Et France du vote
France généreuse
Protège mes potes
French manucure Mets pas tes doigts dans la pisse
France amour Voici mon French kiss
Quand le sujet
est tombé, je me suis dit : "Que dire ?" J'avais aucune inspiration.
C'est la 1re fois que je suis dans cette situation. Je suis stressée.
Je suis stressé. Content d'avoir fini le texte, mais j'aurais pu faire mieux.
- Je suis pas trop confiant. Je peux me faire éliminer au 1er tour.
Je dois passer, être dans les 8 premiers,
être en quart de finale.
Au minimum.
Y a beaucoup de niveau.
Cette année, y a beaucoup de personnes
qui sont vraiment impressionnantes. - Les inscrits,
je pense qu'ils ont un minimum de level.
Lors d'une joute oratoire, deux adversaires s'affrontent.
Une question est posée.
L'un doit y répondre oui, tandis que l'autre, non.
Les concurrents ont plusieurs jours pour se préparer. Mais celui qui se doit
de répondre oui à la découverte de la question, se trouve désarmé.
Alors il panique, il se met la pression, il a envie de crier
au complot.
Au complot !
Il va un peu mieux.
- Le crime paye. Souhaitez-vous rester pauvre ?
Le crime paye-t-il ?
- Le crime paye. - Ce crime ne paya pas.
Pire, il coûta cher.
Depuis quand le crime est-il honorable ? Sans doute
depuis que l'on a décidé que…
l'honneur des hommes se trouvait entre les jambes des femmes.
Ce genre de phrases, il faut en avoir
une ou deux, qu'il y ait un coup de tonnerre.
Lorsque celui qui sait parle…
Lorsque celui qui sait parle, c'est écrit, il faut que je le retrouve.
Que voyez-vous…
et voulez-vous me revoir ?
Vous avez avalé certains mots, et c'est quand même dommage,
surtout quand c'est la dernière image que vous laissez.
- Non mais arrête. C'est pas vrai. Je suis un génie. Je suis un génie !
C'est moi, le génie. Tais-toi.
Toi, tais-toi. Toi…
Le problème que nous avons nous, tout particulièrement,
c'est d'être trop transparents.
N'oubliez pas que la bougie n'éclaire que celui qui la porte.
Tout se dire n'est donc pas nécessaire.
C'est seulement le risque de perdre ses potes. Alors…
chut.
Vous avez
traité le sujet comme jamais un mec d'Assas ou de Sciences-Po y arrivera.
Moi, je suis hyper jaloux,
parce que vous faites ça grâce à une arme qu'eux n'utilisent pas,
parce que c'est le canon
de leur exercice, vous, vous avez le jeu.
Je pensais pas qu'un concours d'éloquence me mettrait dans l'embarras.
Qu'est-ce que je suis fier d'être prof !
Et fier de m'être cassé le dos toutes ces années
pour avoir droit de passer cet après-midi
avec vous, à Paris 8.
C'était monstrueux. Monstrueux !
Ah ouais ! J'ai rarement vu ça.
Non mais j'ai rien dit.
- T'étais monstrueuse. - Monstrueuse !
- C'est le cas de le dire. - C'est pas mal.
C'est de la folie.
On est d'accord.
C'est la première fois de ma vie que je te vois,
et je suis choquée.
Mesdames, messieurs, amis de Saint-Denis et d'ailleurs,
bonsoir !
Une centaine de valeureux candidats se sont battus
dans les salles de TD de Paris 8.
Ils ne sont plus que 8 devant vous, ce soir.
*- Touré Elhadj
*et Ouanissa Bachraoui.
*Franck Bikpo.
*Également de Paris 8, Faridi El Atrachi et Eddy Moniot !
*- Leïla Alaouf !
De tout temps, nous avons eu besoin d'un méchant, d'un bouc émissaire :
les Noirs, les Juifs, les Noirs, les Juifs,
et maintenant…
et maintenant, les Musulmans.
La pyramide de Maslow et son mille-feuille de besoins
réfutent le pulsionnel,
l'immédiat,
inclus dans un carpe diem moderne
bien loin de ses bases épicuriennes.
Pas selon ces artistes, qui meurent en…
une ligne.
Amy Winehouse.
De MST. Douk Saga.
De surmenage. Michael Jackson.
Vivre un rythme infernal, tout ça pour un croc dans la pomme d'Adam,
je dis non !
Comment la vie a été créée ?
Quel est le but de mon existence ? Quel est le sens de la vie ?
On s'est tous posé ces questions, sans trouver de réponse précise.
Mais honnêtement, qu'est-ce qu'on en a à foutre ?
On a beaucoup de chances d'être en vie. On était des millions au départ.
Et même avant ça, on fait partie de ceux qui ont fini au bon endroit.
Alors la moindre des politesses, c'est d'honorer la mémoire
de nos camarades tombés
au champ d'honneur, dans des mouchoirs ou des cheveux.
On est Français, et râler est notre sport national.
Avec le temps perdu à râler, on aurait pu faire tant de belles choses,
comme manger des sushis,
ou écrire son nom dans la neige avec son urine.
Pour ensuite voir un enfant jouer avec cette même neige.
C'est en jouissant de ces plaisirs qu'on croque la vie.
Vous devez profiter de la vie, mes chéris, vous devez la savourer.
Parce que la vie passe vite.
Elle passe trop vite.
Pour ma part,
je ne regrette pas une minute de mon existence.
Je n'ai pas fait grand-chose d'extraordinaire. Je n'ai jamais voyagé,
je n'étais pas riche…
mais je l'ai croquée, cette vie.
Croyez-moi. À pleines dents.
C'est comme ça…
Je déteste prendre la parole en public,
mais je vais quand même le faire.
Avant le concours, je voulais pas m'inscrire.
Je voyais des personnes talentueuses. J'étais sûre que je ne passerais pas.
Grosso modo,
mes discours ont une structure assez traditionnelle,
je me risque pas à faire du stand-up,
parce que j'ai aucun sens de l'humour. Je ne sais pas faire rire.
Mais je suis arrivée en quart de finale,
donc c'est quand même que ça a fonctionné.
Soyez forts pour les faibles, doux pour les souffrants
et généreux pour les démunis.
Parce que c'est ça, le vrai bonheur.
Il se trouve ici même, et pas au volant d'une Lamporschini
ou sur Facebook,
et encore moins dans vos téléphones à vous envoyer les M&Ms toute la journée.
Croquer la vie à pleines dents pour finir dans la tombe à plein élan.
Croquer dans l'insouciance pour se faire ramasser par un croque-mort.
J'ai une tout autre conception de la chose. La juste mesure,
c'est ce qu'il nous manque. À force de vouloir
sans cesse aller dans l'extrême, de tout désirer comme des enfants capricieux,
on finit par se retrouver sans rien.
Je sais pas trop à quoi m'attacher.
C'est-à-dire que pour moi,
y a Franck, Eddy, Elhadj, qui sont pour moi les 3 sûrs,
parce que c'était ce qui était pour moi le plus fini dans chaque genre.
Voilà. D'éloquence. Si on parle de ça, juste.
Après, euh… j'ai adoré Leïla.
Pour le 4e, j'hésite entre Yacine et Leïla.
Leïla, je trouve qu'elle a un fond qui est hyper costaud.
Je ressens pleinement ce que tu dis pour Leïla,
mais pour moi, là, elle était vraiment fade.
Mais sur la forme, c'est pas la plus efficace.
Sur le fond, je la trouve bien.
Moi, sur le fond, je l'ai trouvée assez convaincante.
Elle s'exprime hyper bien, elle a une super élocution,
une diction très claire…
Elle sait faire les pauses, aménager ses arguments…
Elle était peut-être plus timide, plus en retrait.
Allez, on accouche. On accouche.
Quatrième ou… - C'est clair que c'est…
C'est flippant. Tu tiens son sort entre tes mains.
Ça me tenait à cœur de montrer que l'éloquence
n'était pas réservée aux hommes.
Je pense que j'ai beaucoup progressé depuis le 1er jour de formation
jusqu'à aujourd'hui.
Donc j'ai pas l'impression d'avoir perdu, en fait.
J'ai reçu mon sujet. C'est :
"L'erreur est-elle un droit ?" - Intéressant.
Ouais. Et je dois dire non, en plus.
Si tu fais une faute devant la loi, tu la payes, devant un tribunal.
Donc une faute,
c'est pas un droit. Au contraire.
Donc si l'erreur est une faute, l'erreur ne peut pas être un droit.
D'ailleurs dans le droit, on parle pas d'erreur.
Comment tu sais tout ça ?
T'as été à l'école mais t'as vite quitté l'école, à ton époque.
T'es pas trop resté. T'as vite travaillé.
En travaillant, t'apprends plein de trucs.
Et tu sais que je fais beaucoup de mots croisés.
Et les mots croisés, quand on a…
un peu de mal, on prend un bouquin qui s'appelle un dictionnaire.
Dans le dictionnaire, en cherchant un mot,
tu en caresses d'autres, on va dire.
Si t'es un peu curieux, tu lis les définitions des autres.
Tu t'aperçois que certains mots ont la même racine.
Donc tout ça, petit à petit, ça t'apporte un bagage.
Donc c'est comme ça que t'arrives à faire des jeux de mots ?
Les tournures de phrases, et tout ?
Plus t'as de vocabulaire,
plus t'as de chances de comprendre et de jouer avec les mots.
On va placer les bases : mon père, c'est vraiment un génie.
Quand j'étais petit, on disait : Chuck Norris, quand il y a
un cobra qui croque sa jambe, c'est le cobra qui meurt.
On me parlait de mon père.
Quand il a eu ce cancer, je me suis pas dit que j'allais le perdre.
Je me suis dit que le cancer allait perdre. La maladie, il lui dit "fuck".
Mon père, pour moi,
c'est… Chuck Norris. Pour moi, mon père, c'est Dieu.
Mon père, c'est tout.
Une forêt dévastée À travers les temps et les âges
La guerre fait rage
Les hommes se sont armés De bombes ou d'épées
Ils se battent à l'unisson Pour protéger leurs nourrissons
Essayez de lui expliquer qu'il était dans son droit,
qu'il avait le droit de tuer son fils et de commettre cette erreur.
En cours, lorsque nous faisons une erreur,
lorsque nous faisons une faute, nous sommes sanctionnés,
nous perdons des points.
À la cour, lorsqu'un criminel est condamné,
c'est parce qu'il a fait une erreur, commis une faute,
parce qu'il a enfreint ses droits.
Donc l'erreur ne peut être un droit, vu qu'elle va à l'encontre
des vôtres. L'erreur n'est pas un droit, mais son contraire.
Au lieu de marcher droit,
on marche de travers. On trébuche et on buche,
on se retrouve à terre, on arrive si bas qu'on côtoie Lucifer.
C'est ce que l'erreur est, et ce qu'elle vous fait faire.
Quid de ceux qui n'ont pas eu le droit,
le droit à l'erreur
de groupe d'appartenance,
lorsque Ilan Halimi a été enlevé,
séquestré,
torturé ?
Ou lorsqu'un homme, l'effroi dans l'iris,
ses pieds ligotés à l'arrière d'une Ford T,
entend…
la voiture qui démarre.
Sa seule erreur était d'être Noir,
aux USA,
sous le Ku Klux Klan.
J'accuse…
l'intolérance.
Elle sanglote.
La pauvre petite fille…
La pauvre…
De ce que j'ai vu, à travers le concours, jusque-là,
moi, j'estime que…
je suis pas le plus éloquent. Mon arme, c'est l'émotion.
Dans mes discours, je suis sincère car c'est ce que je suis.
J'ai toujours été comme ça. Tenir une salle 10 minutes, c'est dur.
Ce qui t'attend est dur, tu le sais.
Mais t'as quand même hâte de le faire.
Après ça j'ai compris que plus jamais, je ne rêverais.
Non. Plus jamais…
Pauvre petite fille…
À l'âge de 15 ans,
j'ai connu la rue.
La rue m'a déchiré le cœur, elle m'a affaibli.
J'ai connu le froid,
la faim, et la honte aussi.
Honte de mon apparence, de devoir manger dans les poubelles,
honte du regard que les autres portaient sur moi.
Deux choix s'offraient à moi.
Le premier était d'accepter la réalité
et d'affronter cette situation.
Le deuxième, beaucoup plus naïf,
était d'attendre que quelqu'un vienne me sauver.
Et vous savez quoi ?
J'ai choisi la 2e option.
J'ai choisi de rêver, et j'ai failli en mourir.
Aujourd'hui, je suis là.
Je me suis reconstruit, et maintenant, comme tout le monde,
je suis à la recherche du bonheur.
Et j'ai une question à vous poser :
avez-vous envie d'être heureux ?
Je suis persuadé que oui.
Alors réveillez-vous !
La période que j'ai
passée dehors, j'ai réalisé
qu'énormément de personnes et de familles sont touchées.
On n'en parle pas assez. C'est un message que je veux véhiculer.
À travers la parole, j'ai envie de faire prendre conscience aux gens
de la réalité. Ça permettrait, à eux et à nous,
de pouvoir plus facilement lutter contre, en tout cas.
Juste là, ça a un peu changé, mais j'ai vu qu'il y avait un SDF dessus.
Y avait des plaques,
où il y avait de l'air chaud qui passait. On posait
nos tentes ici, on dormait là. Ça me fait bizarre de revenir ici.
L'hiver, c'était incroyable.
Tu te lèves, il fait froid. Tu sais pas…
Tu sais pas ce que tu vas faire.
Maintenant, tu te lèves, bon, t'as un programme.
C'est cool d'avoir un programme : ouais, je vais aller là,
j'ai des trucs à faire…
Quand t'es dehors, y a pas ça.
Tu te lèves, tu te dis : je vais faire quoi pour survivre ?
La mort, j'y ai fait face, à l'âge de 16, 17 piges.
La rue, si tu bouges pas, tu meurs.
Quand ma mère m'a annoncé qu'elle avait l'appart, à Stains,
y avait pas de meubles mais je me disais c'est bon,
j'ai un chez-moi. Je dormais là-bas. J'entendais des bruits,
j'avais peur, mais j'étais chez moi.
J'ai une baraque. Je peux repartir à zéro.
Ça fait 8 ans. J'ai l'impression que c'était hier.
Parfois je me dis : "Je rentre chez oim."
Moi, je suis dans un élan où j'ai envie de rassembler les gens.
J'ai découvert que j'étais capable de toucher les gens,
de pouvoir les émouvoir. Réellement, j'en avais pas conscience.
J'ai découvert une arme.
Je pense que c'est une arme, de pouvoir toucher les gens.
*- Alors les deux finalistes…
*- L'un des deux finalistes est Eddy.
*- Et l'autre, c'est… Souleïla.
J'aurais jamais imaginé arriver en finale.
Ça m'apporte, dans ma confiance en moi,
dans tout. Ce que j'aime avec la parole,
c'est qu'on transmet plus facilement quelque chose
que par l'écrit. Quand je défends une idée, c'est pour toucher les gens.
Quoi de plus simple
pour toucher les gens que les incarner ?
Voilà.
Je défends mes discours sur le thème du théâtre, tu vois ?
- Oui. - En rentrant dans des personnages…
Je suis la fille de mon père, comme on dit.
Mais ton père, il est artiste.
- Comédien, même. - Petite,
avec ton cousin… - Je faisais quoi ?
Eh bah, tu te déguisais.
Oui. Tu étais blonde, à ce moment-là.
Tu faisais tes cheveux, comme ça, des boucles.
Tu te mettais comme ça, tu te déguisais.
Et tu voulais faire c'est toi la maîtresse.
Tu voulais être présente… - J'étais chiante.
Déjà à cet âge, j'avais une imagination bizarre.
Un peu bizarre, oui.
Oui. Ah oui, hein. - Tu viens lundi
pour la finale ? - Oui, ma chérie.
Tu me le promets ?
Pour te faire plaisir et voir ma petite-fille.
- C'est important, pour moi. Déjà, j'ai jamais fait de concours,
et c'est la 1re fois que j'arrive en finale.
Quand je vois les autres, ils ont leur famille avec eux.
Ils ont les parents, les frères, les sœurs qui viennent.
Et moi, mes parents, ils peuvent pas être là.
Par rapport aux autres fois, je ferai un truc pour quelqu'un.
Je le faisais aussi pour eux, mais ils étaient pas là.
Je sais.
Mais je viendrai, ma chérie. Je viendrai. Je te promets, ça.
- Tu sais c'est quoi, mon sujet ? "Le meilleur est-il à venir ?"
- Ah bah oui. - Et je dois dire oui.
- Il faut dire oui. - Il faut que tu sois là.
Maintenant, la jeunesse, ça me fait de la peine pour elle.
Parce que nous, on a eu une vie plus paisible,
on a été heureux dans notre jeunesse.
Y avait pas tout ça, y avait pas de drogue…
- Mais le meilleur est à venir. Le meilleur est à venir.
Inch'Allah. Inch'Allah.
Inch'Allah.
Ma petite-fille.
Je kiffe. Absolument, je kiffe.
Là, je suis en finale. Énorme. Énorme.
Souleïla, franchement,
y a du level. Les autres tours, il fallait être le 1er, le meilleur,
mais y avait moins de pression. Tu dois convaincre le jury
et 200 personnes. On a une semaine pour préparer le sujet.
J'ai décidé de sécher tout
et d'écrire, d'écrire.
Il faut qu'en 8 minutes, tu sois convaincant, drôle, en faisant ce que t'aimes.
Mon introduction, je l'ai modifiée au moins 5 fois.
Mon père m'a aidé. Il m'a dit :
"Il te manque un jeu de mots pour que ce soit parfait." Ça a plus de gueule !
Mon père fait vraiment la petite touche
qui fait qu'on se dit "Ouais".
Quand je marche ces 10 km, il m'est arrivé de répéter mes discours.
Ça m'aide vraiment à les apprendre par cœur.
Là, j'ai pas l'appui du texte.
Je le récite et à un moment, ça bloque. "Qu'est-ce que je disais, là ?"
Et il peut se passer 300 m, 1 km, où je ne retrouve pas ce que je disais.
Donc je reformule totalement, et une autre idée vient.
Ça m'a l'air très bon, mais ce serait de la gourmandise.
Là, je… J'en peux plus.
Je vais aller réviser encore un peu mon texte.
- C'est bien. - Et tu te couches pas trop tard.
- Non. - Mets ton réveil.
Vaut mieux être sur le pont sur le coup de 6 h, 6 h 05.
6… Mais 5 h 05, même !
4 h 50… Au pire, je pars tout de suite. Je pense.
C'est plus sûr. - Va réviser, va.
Ouais. Bon, allez, j'ai compris.
Je vous fais un bisou. - Bonne nuit.
Fais de beaux rêves. - Vous couchez pas trop tard.
- Bah nous, ça va. - On va voir. On va voir.
On envisage. - Vous vous levez tôt, demain.
*- Mesdames, messieurs, veuillez accueillir
*Mme Océanerosemarie, Leïla Bekhti, Edouard Baer
*et Kery James !
Camarades.
Camarades.
Voici venue l'heure du jugement dernier.
Mesdames, messieurs,
pour les candidats qui attendent derrière et qui balisent leur mère,
ma question pour vous est simple : êtes-vous prêts
à leur faire un triomphe ?
*- Applaudissez le magnifique Eddy Moniot !
*Je vous demande de faire
*un max de bruit pour Souleïla Mahiddin !
Par une belle journée ensoleillée,
un homme marche dans la rue, sur le trottoir,
juste avant de la rencontrer.
Elle est en train de le faire, le trottoir.
Oui, parce qu'elle est agent de la fonction publique.
Il lui rentre dedans par mégarde.
Enfin, par ses gardes à lui. Ou par vos gardes à vous.
Toujours est-il qu'il lui rentre dedans.
Il lui explique qu'il ne veut pas lui faire du rentre-dedans
mais que pour se faire pardonner, il veut bien lui offrir un verre,
qu'elle accepte volontiers.
Ils vont chez lui. Évidemment, les choses s'enchaînent.
Ils firent donc l'amour
sans protection.
Puis la femme s'en va, sans laisser de traces. Ou presque.
De cette femme
rencontrée sur le pavé naquit une maladie qui pour toujours va le ronger.
Aussi dangereux que le cannabis,
dévastateur comme la syphilis,
inéluctable, inavouable, incurable, inopérable,
difficilement plaçable au Scrabble,
cette maladie
se transmettant par le sang, cette maladie
qui bien souvent nous prive d'amants,
cette maladie qui nous rend fous, éperdument.
Cette maladie, c'est l'amour, bien évidemment.
Eh oui, notre homme est tombé amoureux.
Elle peut devenir la meilleure partie de lui,
alors il la cherche jour et nuit,
et sous la faible lumière d'un lampadaire, il la trouve.
Le meilleur n'est pas venu à lui. Il est parti le chercher.
Parce que le meilleur n'est pas à venir,
mais à chercher. Le meilleur ne va pas venir à vous,
vous devez aller à lui.
Car le meilleur est un objectif, un but ou un idéal.
Ce soir, à la une de notre journal de 20 h, édition spéciale.
Le monde est plongé dans le chaos, dans la misère et la famine.
Et la peur.
Mais dans cette perdition,
une jeune fille va bientôt sauver le monde.
Je serai la grande Souleïman !
Bon, maintenant, au travail. Il me faut une équipe
de super-héros pour dégommer le super-méchant.
Donc… tu seras un super-héros,
tu seras un super-héros,
tu seras un super-héros, tu…
Tu es qui ?
Ah, bon… Nous devons aider ce monde.
Nous sommes la dernière lueur d'espoir de cette planète.
Nous sommes l'optimisme, nous sommes la révolte.
Nous devons assurer un futur droit, honnête et beau. Battons-nous
contre la division des hommes, contre la discrimination,
et le meilleur est à venir si nous y allons ensemble, soudés et unis.
Car le meilleur avenir, c'est nous.
Lorsque l'on fait face À nos dernières ressources
Lorsque l'on n'a plus de souffle Dans une course
J'invoque le meilleur
Lorsqu'il n'y a plus d'avenir
Lorsque le pire est à venir
J'invoque le meilleur
Et si par chance, ce soir
Honorables jurés Comme meilleur orateur vous me retenez
Je pourrai alors Aux quatre vents claironner
Oui, pour moi, aujourd'hui Le meilleur s'est passé
C'est un bonheur infini de vous voir, tous ensemble, ici,
rassemblés, quelqu'un l'a dit, par l'amour de la parole.
La parole qui convainc, la parole qui sauve,
la parole qui libère, la parole qui émeut, qui touche,
la parole qui choque. C'est celle-là qui nous rassemble.
Vous avez tous,
tous ceux-là, et ceux-là en particulier, été des merveilleux ambassadeurs
de la liberté d'expression.
Avant, pour manifester son attachement à la liberté d'expression,
on disait "Je suis Charlie".
Maintenant, à partir de ce soir, je dirai aussi "Je suis Saint-Denis".
Après, je sais pas.
C'est évident.
L'exercice stricto sensu…
J'ai plus de souvenirs…
Moi, j'aime bien l'accident.
- On vote. Qui vote pour Eddy ? - Un, deux, trois, quatre, cinq.
*- Je vais faire un peu court parce que vous avez
*eu le talent d'avoir les mots justes. Euh…
*Je suis un peu émue. Je pensais pas que j'allais l'être autant.
*Je voulais vous remercier parce que vous m'avez fait du bien.
*On a vraiment discuté,
*mais bravo à vous 4. Ça fait Bisounours de vous dire que vous étiez super, tous,
*mais vous étiez vraiment super.
*Et, euh… Et le gagnant est…
*Eddy.
Merci beaucoup.
Le public scande "Eddy".
On n'est pas condamnés
À l'échec
Voilà le chant des combattants
Banlieusard - ET FIER DE L'ÊTRE
J'ai écrit l'hymne des battants
Parce que la vie est un combat
Pour ceux d'en haut Comme pour ceux d'en bas
Ça sera pour ceux Qui rêvent d'une France unifiée
Parce qu'à ce jour y a deux France Qui peut le nier
Moi, je suis de la deuxième France Celle de l'insécurité
Des terroristes potentiels
Des assistés C'est ce qu'ils attendent de nous
Mais j'ai d'autres projets Qu'ils retiennent ça
Je suis pas une victime mais un soldat Regarde-moi
Noir, et fier de l'être
Je manie la langue de Molière J'en maîtrise les lettres
J'étais censé échouer J'ai le ghetto tatoué dans la peau
Rebelle comme Ekoué Mais l'espoir ne m'a
jamais quitté
En attendant des jours meilleurs J'ai résisté
Et je continue encore
Je suis le capitaine Dans le bateau de mes efforts
J'aspire à être un gagnant, donné perdant Parce qu'on vient de la banlieue
C'est vrai qu'on a grandi Non les yeux dans les Bleus
Mais des bleus dans les yeux
On n'est pas condamnés à l'échec Si le savoir est une arme
Soyons armés Car sans lui, nous sommes désarmés
Mesdames et messieurs, chers amis,
c'est un vrai plaisir pour nous de vous recevoir dans ce palais de justice.
C'est quelque chose que vous nous devions,
puisque vous nous avez accueillis chez vous.
C'est un lieu
de traditions. C'est un lieu, également,
de paroles, puisque c'est ici qu'a lieu,
chaque année depuis 300 ans, le concours de la conférence du stage.
C'est sur ce pupitre que se sont succédé des générations
et des générations d'orateurs.
Nous allons les écouter successivement,
sans idée de prix ou de classement.
Uniquement pour le plaisir. Celui de la fête de la parole.
Nous leur avons proposé de venir
dans cette enceinte judiciaire, et plaider
pour une cause qui leur tient à cœur, dont nous leur avons laissé le choix.
Voilà. C'est un peu une fête nationale.
Bon feu d'artifice à tous.
Je suis chrétienne, bouddhiste, juive, déiste, athée ou musulmane.
Femme des temps modernes ou indigène.
Sont jugées coupables celles qui prétendent
à l'égalité des salaires.
Coupables celles qui souhaitent occuper
des postes à haute responsabilité.
- Aider son prochain, c'est difficile. C'est vrai.
Mais chacun d'entre nous, pour pouvoir évoluer, nous nous devons de le faire.
Contrairement à ce que les gens pensent, je ne me sens pas enfermée,
limitée ou soumise par le voile.
C'est ma protection, mon bouclier. C'est la foi.
Autour de nous, dans chaque recoin de chaque pièce,
de chaque endroit, l'art se cache.
L'Art, mesdames et messieurs, il y a
tant de manières de le définir.
Liberté pour les uns, égalité pour les autres,
et fraternité pour ceux qui le veulent.
Mais qu'est-ce que la République,
et que veut dire la nation lorsque l'outre-mer est opprimé ?
Aujourd'hui, je ne suis pas coupable d'être une femme.
Aujourd'hui, je suis une femme à qui la parole a été donnée.
Ensemble, nous pouvons lutter contre la pauvreté.
Car oui, j'ai foi en l'humanité.
Sous-titrage : Vdm
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