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...
- Pièces détachées, moto.
Etrier de frein Commando 71.
- Frein avant. - Oui, évidemment. Voilà.
- Descends.
Ouais.
C'est celui-là. - OK.
- Non, il est pas en télétravail.
- C'est à côté, en plus.
- Y a un dégât des eaux à la crèche. Tu peux garder Céleste ?
- Bah, je peux pas.
Sauf si tu m'installes un side-car.
- Si y a besoin, je peux dépanner. Je squatte ici depuis une semaine.
- T'as entendu ? T'as l'habitude avec les enfants ?
- J'ai gardé le fils de mes voisins plusieurs fois, ouais.
- Alice te remercie.
Je suis un peu pressée, là.
A 14 heures, ça te va ?
Oui. Bon, je t'embrasse.
J'y vais, le juge m'attend. Bonne journée.
- A ce soir, mon coeur. - On l'aura quand, le frein ?
- Je vais les appeler.
- Je vernis le réservoir, je le remonte, et on a fini.
- Ca roule, non ?
...
- Ca va ? - Oui, oui.
- Vous voulez de l'eau ? - Oui, je veux bien.
J'ai pas pris de petit déj',
et avec les virages et la vitesse...
- Et l'ordinateur en voiture, l'estomac aime pas trop.
- Je dois finir ce roman.
C'est compliqué d'écrire en cachette de Solène.
- Ca l'étonne pas, vos horaires ?
- Elle trouve que je travaille trop. Elle a raison.
On peut y aller.
- Et rangez-moi votre petit bazar. On a un crime qui nous attend.
- Constance. M. le Juge. - Capitaine.
- Un motard de la gendarmerie a vu le van tôt ce matin.
Le corps était à côté.
- On connaît son identité ?
- Oui. Anna Lévèque. 32 ans. Elle habite à Marseille.
Pas d'enfant, orpheline.
On n'a pas de portable ni d'ordinateur,
juste les chargeurs.
- Cause du décès ?
- Hémorragie intracrânienne. Mort quasi immédiate.
La tête a heurté le marchepied.
- Elle est tombée ?
- Elle a sans doute été poussée.
On a des empreintes de pneus.
Vu le terrain, on pourra pas les relever.
Pour le légiste, vu les rigidités, ça s'est certainement passé hier
entre 18 et 21h.
- Je peux jeter un oeil ? - Oui, allez-y.
- "FEE. Femmes. Egalité. Emploi."
- La victime dirigeait
l'antenne régionale de l'association.
- "Contre les discriminations envers les femmes dans les PME.
"Recrutement, rémunérations, prévention."
- Dans les petites entreprises, y a pas de DRH ni de syndicat.
- Elle était à Aix pour 3 jours.
- Elle avait positionné son van
près d'une mairie de quartier.
- C'est plus simple que de louer un local.
- Elle semblait rentrer à Marseille.
- C'est spartiate. Une cafetière, des biscuits...
Et le code du travail. La dernière édition.
Annoté et surligné. Elle était au taquet.
- Non, vous restez là.
- Le Cne Saïdi m'a demandé de venir. - Calmez-vous. On va se renseigner.
- C'est l'autre permanent de l'asso.
Mehdi Belaïd. J'ai dû le prévenir.
- C'était son combat.
Elle connaissait les droits du travail par coeur.
Elle avait même repris
ses études de psychologie. Elle était investie.
Je comprends pas.
- Vous informez, et quoi d'autre ?
- On aide les femmes salariées à défendre leurs droits.
On les accompagne juridiquement.
Mais on n'intervient pas en entreprise.
C'est elles qui parlent.
- Le van, c'est votre bureau ?
- C'est une idée d'Anna.
Elle allait au-devant des gens pour faire de la pédagogie.
Moi, je m'occupais du reste, les réseaux sociaux, tout ça.
- Elle a eu des problèmes à Aix ?
- Non, je crois pas. Elle me l'aurait dit.
Je suis allé la dépanner hier. Son PC avait planté pendant...
une présentation. C'est la dernière fois
que je l'ai vue.
Ce matos, c'est pas possible !
Mais là, c'est bon.
- Super. J'en ai besoin pour mon rendez-vous.
- Quel rendez-vous ?
- Je t'en parle si ça se fait. Ca pourrait être un gros dossier.
- T'inquiète.
- Merci.
- Vous savez avec qui
elle avait rendez-vous ? - Non. Je suis rentré à Marseille.
- Elle vous a pas appelé après ? - Non.
- Elle faisait des sauvegardes ? - Pas toujours.
- On va récupérer le matériel informatique
au siège de votre association. - Le siège est là.
Sinon, on bosse de chez nous.
- M. le procureur n'est pas libre avant le jeudi 11.
A partir de 15h30. 16h30 ? Très bien.
Je préviens M. le procureur. Merci. - J'ai pas été informé
de ma nomination. - Hein ? Ah non !
Votre père m'a demandé de faire son secrétariat.
- Pardon ?
- Il y a pénurie d'assistants. C'est juste temporaire.
- Et ça s'arrête tout de suite.
Je vais lui expliquer. - Il est à Paris.
Vous l'aurez pas, il est en rendez-vous au ministère.
Messagerie saturée ?
Bah oui.
Téléphone.
- Oui, Nadia ? Attendez.
- Je rends service et ça me retombe dessus.
- T'es déjà débordée, il abuse ! - Je peux pas dire non au procureur.
- Tiens. C'est sur l'égalité des sexes.
L'exploitation au travail. Ca va t'intéresser.
- C'est bien, ça.
(Merci.)
- Merci, capitaine. - Alors ?
- Rien d'intéressant dans le studio.
Le van est resté toute la journée sur la place du Jeu de Ballon.
On l'a vu partir peu après 19h. - Et concernant son rendez-vous ?
- Elle a envoyé un mail à trois femmes
qui l'avaient contactée.
Des salariées d'Osmosa, une PME en cosmétiques bio.
Anna Lévèque proposait de les rencontrer sur cette place.
- Mais à quel propos ? - Apparemment, du harcèlement.
- Et le meurtrier a effacé toutes les traces.
- On va interroger ces femmes,
mais discrètement,
pour pas les mettre en danger.
- C'est vous, le juge ?
- Oui. Juge Delcourt. Constance Meyer.
- Bonjour.
- Vous êtes Sophie Weber ? - Non, Claire Mazey.
- Sophie, c'est moi.
- Et Emilie Chân ?
- Je ne l'ai pas vue. Elle doit être chez un client.
- C'est affreux, cette histoire. - On va s'installer tranquillement.
Votre rendez-vous, c'était pour un problème
de harcèlement dans votre entreprise ?
- Oui. J'ai contacté Anna
pour monter un dossier avec les filles
contre notre directeur commercial.
On devait apporter les documents qu'elle demandait.
- Les arrêts de travail, les mails, des témoignages.
- Anna vous a semblé soucieuse ?
- Non.
Elle était déterminée.
C'était notre première rencontre, elle m'a fait une bonne impression.
Surtout que j'étais un peu tendue.
- On l'était toutes.
- Avec ça, le procureur ouvrira
certainement une information judiciaire.
- Tout le monde sera au courant ? - Non, seulement la direction.
- Mais le patron, il adore Ferrant. - On ne risque pas un licenciement ?
- Non. Pas quand on dénonce un harcèlement.
J'ai vécu ce que vous traversez.
Un homme moins qualifié a eu la promo qui me revenait.
Je me suis retrouvée au placard et j'ai même tenté d'en finir.
Défendre ses droits, c'est sauver sa peau et empêcher la reproduction
de ces comportements sur d'autres.
Je ne vous lâcherai pas. Promis.
- Sans Anna, je sais pas si on va continuer.
- Mais si !
Pour vous soutenir, il y a Mehdi, l'autre permanent de l'association.
- Il est encore dans l'asso ? - Comment ça ?
- Bah... Hier, j'avais oublié mon foulard près du van,
et quand je suis retournée le chercher,
Anna s'engueulait avec lui.
- Je me fous de tes explications, Mehdi !
Tu me dégoûtes !
Retourne chez ces salauds ! Oui, oublie-moi !
J'hallucine.
- Vous savez de quoi ils parlaient ? - Non.
- Bien. Merci.
Je vous demanderai
de rester à notre disposition. - D'accord.
- Belaïd n'a pas parlé de cette dispute.
- Anna a dit : "Retourne chez ces salauds."
- Elle les connaissait.
Pourquoi voler son portable, son ordinateur...
- Et les pièces à charge des employées d'Osmosa ?
- Il cherche sans doute à nous induire en erreur.
M. Belaïd, avant de rejoindre Anna à l'association,
vous avez travaillé dans la même société
de webmarketing, n'est-ce pas ? - Oui.
- Vous avez démissionné avec elle
par solidarité après son burn out.
- Oui. Mais bon, j'avais aussi des problèmes avec mon supérieur.
- Ca a dû s'arranger
puisqu'ils vous ont recontacté
pour un nouveau contrat. - Il était dans votre ordinateur.
Daté d'hier.
Un témoin a relaté une dispute entre vous et Anna.
C'était à ce sujet ?
- Pourquoi nous avoir caché
cette dispute ?
- J'avais honte.
J'attendais le bon moment pour lui parler
mais elle était déjà au courant.
- Comment elle a découvert votre retour chez cet employeur ?
- Elle a encore plein de contacts là-bas.
Ca doit être une ancienne collègue qui l'a prévenue.
- Je comprends sa réaction.
Retourner chez les salauds qui l'ont détruite,
c'est une trahison impardonnable.
Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Vous êtes retourné la voir
et ça a dégénéré ?
- Mais non. Non.
- M. Belaïd, le bornage
de votre téléphone nous dira vite si vous êtes retourné à Aix.
- OK. C'est vrai, je l'ai rappelée toute l'après-midi
mais elle a pas répondu.
Je voulais pas qu'on reste fâchés. Je voulais qu'elle comprenne.
J'ai pas son énergie, moi, et financièrement, j'y arrive pas.
- Et donc ?
- Je suis retourné à Aix. Le van n'était plus sur la place.
- Il était quelle heure ?
- Je sais pas. 19h30. Un truc comme ça.
- M. Belaïd, je vais demander votre placement
en garde à vue.
- Bonsoir.
- Bonsoir, Fanny. - Bonsoir, Fanny.
- Il a dû arriver quand elle partait et il l'a suivie.
- Si c'est pour un café, la machine est hors service.
- Je vais pas tenir, moi. - Essayez celle des avocats.
- Bonne idée. - En plus, il y a des gâteaux.
- A cache-cache, Céleste mettait les mains sur sa figure
pour pas que je la voie. - D'habitude, elle est plus sauvage.
Toi, elle t'a adoptée.
- Je te le rends.
- Non, garde-le. Il reste du crédit, ça pourra te servir.
- L'étrier était en stock ? - Faut croire.
- Non, pas maintenant,
on va bientôt dîner. - Je regarde juste si ça va.
- Tu verrais son boulot. Elle a de l'or dans les mains.
- Comment elle s'est retrouvée à la rue, Lola ?
- Elle en parle pas souvent.
Sa mère l'a abandonnée, je crois, et son père était violent.
Elle a été placée.
- Elle galère, et comme on a des chambres libres...
- Le nid est pas resté vide longtemps.
- Elle est où, ma princesse ? - Mais, si tu la réveilles,
tu t'en occupes, hein.
Ludo aura un peu de retard.
Il sort juste d'un rendez-vous avec la banque.
- Il y a un problème ?
- Ben... Disons que le potager, c'est pas encore ça.
Ca prend du temps, de se faire une clientèle.
Pour l'instant, ce qu'il produit, c'est surtout pour nous.
- Et pour les travaux ? - Je sais pas. Tu crois
qu'ils pourraient le reprendre au palais ?
- A mon avis, c'est trop tard.
- Je dis ça mais je suis pas sûre que ça l'intéresserait.
Pleurs d'un bébé.
- Ton père...
...
...
- Pardon. Je voulais pas te réveiller.
- Je dormais pas.
Tu rentres de plus en plus tard.
- J'ai des dossiers qui s'accumulent.
- Raphaël t'attendait pour son exposé.
Tu lui avais promis. - La légende de marathon ?
Bah, on se verra demain matin au petit déj'.
- Tu seras déjà parti au palais. Tu y étais même ce week-end.
Hé, y a pas que le boulot dans la vie.
- Oui, t'as raison. Je vais faire attention.
Je prends une douche et je te rejoins ?
Fanny ne peut pas se dédoubler.
Elle gère déjà mon agenda.
- Les budgets augmentent mais pas les effectifs.
A se demander
où passe l'argent. Le ministère m'a dit y réfléchir.
- Bonjour, messieurs.
- Bonjour. - Bonjour.
- Mon cabinet ne servira pas de variable d'ajustement.
Trouve quelqu'un d'autre. - Une personne de confiance ? Qui ?
- Il y a Ludo.
- Quoi, Ludo ? Le père de Raphaël ?
- Oui. - Qui était aux fournitures ?
- Il est motivé, organisé,
on peut compter sur lui.
Et vous le connaissez.
- Vous êtes sérieuse, là, Meyer ?
- Il te faut quelqu'un qui maîtrise le numérique. Ludo, il est top
et toujours positif.
- N'en faites pas trop quand même.
- Voyez-le. Ca ne vous engage à rien.
- OK. Vérifiez mes disponibilités avec Fanny.
C'est elle qui a mon agenda. - Plus pour longtemps.
Excellente idée, Constance.
- Il y avait un scan dans le van.
Le dernier document numérisé semble lié aux harcèlements.
C'est une sorte de tableau d'évaluation des employées.
- Emilie Chân,
c'est la 3e plaignante.
- Ca doit venir de l'ordinateur du directeur commercial, Ferrant.
- "Rendement. Arrêt de travail. Congé enfant malade."
Il les surveille.
- Et les commentaires sont gratinés.
- Emilie Chân. Il l'appelle le rouleau de printemps.
"2 de tension. Toujours à pleurer aux toilettes. Serait plus utile
"avec un balai-brosse."
- "Mme Cordula. La pondeuse. 40 ans et de l'acné.
"A exclure des salons."
Charmant.
Il n'y a qu'une page ?
- Oui, celle des noms commençant par la lettre C.
- Anna n'avait que ce document ?
- On a un relevé horaire du scan ? - Oui, 18 heures.
- Le vol des documents, du portable et du PC,
ça montre que le meurtre est lié aux harcèlements.
- Je suis l'assistante
de M. Ferrant. Je suis désolée, il ne peut pas vous recevoir.
- Eh bien, on va l'attendre. - C'est inutile, il est en réunion
avec la Corée. Voulez-vous que nous prenions un rendez-vous ?
- Ce sera pas nécessaire.
- M. Ferrant n'est pas disponible !
- Il était rapide, son rendez-vous.
- On a bien fait d'attendre. M. Ferrant ?
- Oui ? C'est à quel sujet ?
Je ne vois pas en quoi cette affaire me concerne.
- Allons dans votre bureau.
- Non, je n'ai pas le temps. J'ai une réunion qui commence...
maintenant.
- Avec son association, Anna Lévèque soutenait des employées d'Osmosa
qui vous accusent de harcèlement. - Qu'est-ce que c'est, ce délire ?
- Vous étiez où avant-hier, entre 18h30 et 21h ?
- J'assistais à un match de hand. Osmosa sponsorise le club.
J'ai 450 témoins. Ca vous suffira ?
- M. Ferrant, la police va procéder à la perquisition de votre bureau
ainsi qu'à votre domicile. - Eh bien, faites.
Vous n'avez pas besoin de moi pour ça. Bonne journée.
- Que reproche-t-on à M. Ferrant ? - Depuis quand il travaille ici ?
- Il était là au début d'Osmosa, comme vendeur.
Il a développé le réseau commercial, brillamment.
- Et avec vous,
il est comment ?
- Le succès nécessite de la rigueur. M. Ferrant ne ménage pas sa peine.
- Donc il ne vous ménage pas. - Je n'ai pas dit ça.
- Pardon. Où sont les toilettes, s'il vous plaît ?
- Derrière vous, avant l'ascenseur.
...
Elle toque à la porte.
- Entrez.
Je peux vous aider ?
- C'est son instrument de travail.
- Vous lui en trouverez un autre.
- Il y a des dossiers confidentiels. - Ils le resteront, soyez rassurée.
- Vous faites aussi les poubelles ? - Oh oui !
Merci.
- Je crois que Ferrant sait tout. - Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
- Anna m'a appelée après avoir vu la partie du tableau me concernant.
- C'est vous qui avez pris la photo ?
- Oui. Elle voulait que je récupère les autres pages
pour prouver que le harcèlement est systémique ici.
Ca inciterait les collègues à nous rejoindre, on alerterait la presse.
- Difficile pour Ferrant de se défendre.
- J'étais pas chaude de retourner dans son bureau.
Et puis, impliquer d'autres femmes qui le voulaient peut-être pas...
- C'est pour ça
que vous n'êtes pas venue hier. Quelqu'un a pu entendre
votre conversation ? - Je me suis isolée
pour parler à Anna, mais j'ai entendu la porte.
- Il était quelle heure ? - 18h30. Peu après, Ferrant est venu
dans mon bureau.
D'habitude, il me dit à peine bonjour. Là, il m'a demandé
comment je me sentais chez Osmose. Mais c'était du pipeau.
- Elle tombe mal,
cette affaire,
pour vendre la boîte aux Coréens. - Ca va compliquer les négociations.
- D'autant que Ferrant doit diriger le nouveau service commercial.
- Il a beaucoup à perdre.
- (Merci de me recevoir
(et de m'offrir cette opportunité... d'évoluer
(au sein de votre petite... Au sein. D'évoluer.
Il souffle. (Allez, Ludo.
(Positif !)
Bonjour.
- Qu'est-ce que vous faites là ? Ah oui, pardon, on devait se voir.
- Oui. - Comment va Raphaël ?
- Très bien. Merci de me recevoir, Vladimir.
- Ici, c'est M. le procureur.
- Bien sûr. M. le procureur Vladimir.
- Entrez.
- Oui.
- Notez bien tous les messages. Et mon agenda est là.
- Oui. Fanny me l'a donné.
Le voilà.
- Eh bien gardez-le.
- Evidemment.
- Ah, rien le mercredi à partir de 18h, j'ai tai-chi.
La priorité, c'est de joindre
les réquisitoires supplétifs aux informations en cours en vérifiant
les délais. Vous m'écoutez ? - Oui. Là, je note tout
sur le téléphone.
- Je vous laisse, mes substituts m'attendent.
Des questions ? Non ? Parfait. Demain, 9h, on fait le point.
- Bonne journée !
"Ici, c'est M. le procureur."
"Un petit café, M. le procureur ?" "Avec plaisir, cher confrère."
"Messieurs dames,
"la cour !"
- Mes... - Ils sont là.
Ca va ?
Je vais les ranger.
Impeccable.
Bonne journée !
- M. le juge... - Je vais aller prendre un café.
- J'en ai pour deux secondes.
Pour l'instant, aucune trace du fichier des évaluations
dans le PC de Ferrant. - Et la perquisition chez lui ?
- Il habite seul dans un loft impeccable.
En revanche, il est arrivé en retard au match. A 19h30.
- Donc il manque 45mn entre le moment
où il a entendu Emilie Chân parler à Anna
et son arrivée au match ? - Oui.
- C'est bon,
je peux ?
- Je vous accompagne ? - Avec plaisir.
Vous croyez que Ludo
va vraiment libérer Fanny ?
C'est pas possible, ça fait deux jours.
- Eh bien, c'est 17 % de salaire en moins
pour une femme. Tu te rends compte ?
- C'est dingue.
Salut. - SALUT.
- A travail égal,
salaire égal.
C'est pas la loi ? - Bah si.
- Donc, si tu veux que je continue à t'aider avec Quiring,
tu me reverses 17 % de ton salaire.
- Quoi ?
Mais...
- Y a pas de "mais".
Tu réfléchis et tu me diras. - On n'a pas le même...
- C'est comme ça qu'on en finira avec le patriarcat.
Constance. M. le juge... - Fanny. Elle a pas tort.
- Merci du soutien.
- Vous avez toujours autant de mépris
pour vos employées ?
- J'ai jamais vu ce document. - On a aussi des témoignages
sur vos méthodes de management.
Critiques injustifiées, vexations, pression permanente,
des appels à toute heure. - Il y a l'employée perdant sa place
après son congé maternité. - Vous avez donné la gestion
de ses clients à d'autres.
Ses horaires changent constamment.
- Les réflexions sexistes
sur sa vie de mère de famille. - Tout ça, c'est de la diffamation.
Et qui me dit que ces fichiers n'ont pas été falsifiés ?
- L'action de vos employées
avec l'association FEE vous menaçait.
A. Lévèque n'allait pas vous faire de cadeau,
alors vous avez décidé d'agir.
- Son flyer était dans le broyeur de votre bureau.
Vous saviez qu'elle était à Aix.
- Oui. Et alors ?
- Dans le cadre d'un rachat,
une plainte pour harcèlement stopperait à la fois
les négociations et votre carrière.
- Surtout dans un milieu s'adressant principalement aux femmes.
- Mon CV vaut plus que des ragots.
- Ce n'est pas sûr. - Avant le palais des Sports,
vous êtes allé place du Jeu de Ballon.
Ce qui explique le trou de 45mn dans votre emploi du temps.
- Bon. Comme je n'ai rien à cacher,
oui, je suis allé voir cette excitée,
mais uniquement pour comprendre à quoi elle jouait.
Qu'est-ce que vous cherchez ?
- Pardon. On se connaît ?
- Ferrant. L'homme à abattre.
- Ah. Vous voulez quoi ? - Ca vous amuse de fouiner,
de chercher à me salir ? - Bien sûr. Vous êtes la victime ?
- Vous manipulez les gens. - Pas moi. Vous.
- Moi, je fais tourner cette boîte. - Moi, je défends les victimes.
Point final.
- Elle refusait le dialogue, je suis parti.
- Vous ne pouviez pas la laisser faire. Vous l'avez suivie.
- Non. Non !
- Anna, morte, les employées renoncent
à leur action, Osmose est rachetée et vous gardez votre poste.
Et même promu.
- Harcèlements, intimidations,
chantages à l'emploi.
Vous êtes plein de ressources, M. Ferrant, mais pas très humaines.
- Dans votre entreprise, vous vous croyez peut-être
au-dessus des lois, mais ici, nous nous en tiendrons aux faits.
La police va vérifier votre trajet le soir du meurtre
et je vais demander votre placement
en garde à vue.
Coups d'accélérateur qui font vrombir le moteur.
- Elle assourdit, cette tondeuse ! - Ca, une tondeuse !?
- Oui. - N'écoute pas les ignares !
C'est de la musique. Une symphonie. - Une symphonie ? Carrément ?!
- Un chef-d'oeuvre.
- Je préfère le chant des oiseaux.
T'as réussi à impressionner
mon mari et c'est rare.
- Quand j'étais au magasin, j'ai vu qu'ils cherchaient un mécano.
Et j'en ai proposé une. - Ah...
- Le patron peut te voir demain après-midi.
- Il a été d'accord, comme ça ?
- Il faudra faire tes preuves mais bon, t'es capable de démonter
et de remonter une moto en 20mn. - Et sur ton contrat,
tu mettras notre adresse.
- Je sais pas comment... Comment vous dire merci.
- Tu mérites d'avoir ta chance.
- Allez !
A la chance !
- A Lola. - A Lola.
- Et à ma Commando 71.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Heu... Rien.
Un mail que j'ai oublié d'envoyer hier soir. Maintenant, c'est fait.
- Tu chattes avec quelqu'un ?
- Mais non. Non, pas du tout.
- Boris,
dis-moi la vérité.
- Mais, c'est ridicule, cette suspicion.
Qu'est-ce que tu fais ?
- Bah, si t'as rien à cacher...
J'y crois pas.
T'as pas fini ton roman ? - Si, si ! Mais...
Je dois tout reprendre. J'ai déjà gâché nos vacances, je voulais pas
qu'on se dispute pour ça.
- Et donc tu me fais croire que t'es débordé au palais.
- OK, j'ai eu tort.
Mais Weiss m'a mis la pression !
- Et moi, comme une idiote, je me fais du souci pour ta santé.
Boris, s'il y a un problème, on en parle !
- Excuse-moi.
- Non. Tu m'as trop menti.
Je peux pas te faire confiance. - Oui mais... Je t'ai tout dit, là.
- Ca va pas suffire.
- Elle vous a viré ? - Non, j'ai fait ça tout seul.
J'ai proposé de dormir ailleurs quelque temps, elle a pas dit non.
- Je vous aurais bien hébergé
mais maintenant il y a Lola et des bruits de moto nuit et jour.
- Merci, Constance,
mais ça ira. - Vous êtes sûr ?
- Oui.
- La voiture de Ferrant
a confirmé son alibi.
- Sa voiture ?
- Oui. Elle est équipée d'une caméra qui enregistre tous les trajets.
- Et il l'a pas dit ?
- Il était pas au courant. C'est une nouvelle voiture de fonction.
Regardez. A 19h,
il quitte la place du Jeu de Ballon pour aller au match.
Il n'emprunte pas la route sur laquelle on a retrouvé
le corps d'Anna Lévèque.
- Alors, qui l'a forcée à s'arrêter sur cette route ?
On en revient à Belaïd.
- Ou quelqu'un qui voulait
protéger Ferrant, ou l'entreprise, et qui était au courant
des démarches des employées. - En tout cas, rien dans le portable
de Ferrant qui puisse l'incriminer.
- Meyer !
Boris m'a laissé un message. Une voix sinistre.
Il veut me parler.
Ca peut pas être à cause de Fanny ? Je ne l'ai plus sollicitée, moi.
- Et Ludo, c'est bon ? - Oui.
Il veut très bien faire mais bon, il a confondu enquête préliminaire
et information judiciaire.
Enfin, bref, je vais le garder en attendant une solution pérenne.
Parce que d'un autre côté, avec un clavier, il fait des merveilles.
Il a connecté mes agendas,
je suis "synchronisé".
*"Marche funèbre" de Chopin. Ah !
*...
Il a personnalisé mes sonneries. Là, c'est le président du tribunal.
Oui,
M. le président ?
Mais non, pas du tout. Bien sûr,
M. le président.
Très bien. Je vous fais envoyer tout ça par mon assistant.
Bonne journée, M. le président.
On frappe. Oui, entrez.
T'as vu Ludovic, toi ? - Non.
- S'il est pas là quand j'ai besoin de lui, ça commence mal.
- Dis, ton voisin, Cantoux...
- Ganchoux. Oui ?
- Il loue toujours son appartement quand il est en voyage ?
- Oui, je crois. C'est pour qui ?
- Pour moi.
- Comment ça, pour toi ?
- Papa, là, j'ai pas du tout envie de rentrer dans les détails.
T'as son numéro ? - T'as rencontré quelqu'un ?
- Mais non ! C'est juste un peu compliqué avec Solène en ce moment.
C'est l'histoire de quelques jours. - Le problème, il vient de qui ?
- Papa !
- Excuse-moi d'être surpris, quoi. - J'aurais jamais dû t'en parler.
- Non, non, attends, attends. Excuse-moi.
Je ne pose plus de questions.
T'inquiète pas, pour mon fils, j'ai toujours une solution.
Viens, assieds-toi.
Donne-moi quand même des détails.
- Ici, 75 % des greffiers sont des femmes.
Et plus tu montes en grade, plus c'est que des hommes.
- Ferrant a l'habitude
de commander chez un Libanais. Vu le prix, il est pas tout seul.
"Formule dîner à deux",
avec la livraison.
- Des séances de travail. - Les week-ends aussi ?
C'est bizarre,
le traiteur est loin de son domicile.
- Tu sais, quand on aime... - Ou alors, il dîne pas chez lui.
Le Cèdre d'or ? Bonjour. Ce serait pour une livraison.
Oui, mon mari est inscrit chez vous. M. Ferrant.
Une formule à deux,
un grand mezzé. Vous avez l'adresse ?
Oui, c'est ça. 42 euros. Oh zut, j'ai oublié ma carte bleue.
Je vous rappelle. A tout de suite. - Vous m'expliquez, "Mme Ferrant" ?
- Je vérifie quelque chose.
- Bon, j'y vais. - Vous allez déjeuner ?
- Oui. Ca vous intéresse ?
- Oui. - Vous contrôlez mes horaires ?
- Non.
- Alors quoi ?
- Bon appétit, Fanny.
- Eh ben, merci, M. le juge. - Elle est remontée.
- Ferrant commande souvent chez un traiteur et se fait livrer
chez une comptable d'Osmosa : Sophie Weber.
- Une des plaignantes qu'on a vues place du Jeu de Ballon ?
Ferrant vous a demandé d'espionner vos collègues ?
- Non. C'était mon idée.
Ces accusations sont injustes. Tout ce qu'il a fait pour Osmosa...
- Il y a des preuves du harcèlement.
- Son poste fait qu'il ne peut pas ménager les susceptibilités.
- C'est vous qui avez surpris
l'appel d'Emilie à Anna. - Je vois pas de quoi vous parlez.
- L'affaire prenait de l'ampleur,
vous avez alerté votre amant.
- L'hôtesse d'accueil vous a vue quitter Osmosa
juste après lui. Vous l'avez suivi ?
- Non, j'ai fait des courses. - Vous avez des reçus ?
- J'ai payé en liquide.
- On ouvre une fenêtre ?
- Non.
- Vous êtes enceinte de lui ?
Quand il a décidé d'aller voir Anna,
vous avez craint que ça dérape et vous l'avez suivi.
Vous connaissez le comportement du futur père de votre enfant.
- C'est pas facile pour lui.
Il a dû se battre pour tout dans la vie.
- Les harceleurs jouent les victimes pour mieux manipuler leurs proies.
- Mme Weber, vous avez été témoin
de l'altercation entre B. Ferrant
et Anna Lévèque ? - Et vous avez suivi le van
quand elle est partie.
- Vous vouliez lui parler de femme à femme ?
En lui avouant votre grossesse,
vous vouliez la convaincre de calmer le jeu ?
- Cette histoire doit se régler en interne.
Ce sont des malentendus. - Ah bon ?
Un malentendu avec Emilie, Claire et les autres ?
- Elles pensent qu'à leurs congés et à leur confort. Osmosa évolue
en permanence,
on doit s'adapter. - Sophie, je ne leur dirai pas
de laisser tomber parce que vous êtes enceinte.
- Ca va être le chaos !
Bernard sera discrédité,
sa vie sera ruinée et celle de notre enfant aussi.
- Vous le défendez, je comprends, mais c'est un pervers.
- Non, vous vous trompez. Bernard n'est pas du tout comme ça.
Il est généreux, attentionné... - Il aime faire souffrir !
- Vous dites n'importe quoi ! - Désolée, j'irai jusqu'au bout !
- Non. Attendez. - Lâchez-moi !
- Je voulais pas la tuer.
Juste qu'elle se taise.
Ce qu'elle disait,
je pouvais pas l'entendre.
- Mme Weber,
je vous mets en examen
pour homicide involontaire.
- J'ai bien réfléchi.
Je vais refuser la proposition d'embauche
et poursuivre l'action d'Anna.
- Vraiment ? - Oui. Je veux rester cohérent
avec mes valeurs. Merci pour tout.
- Au revoir.
- Au revoir.
- Ferrant se doutait de la culpabilité de S. Weber.
C'est pour ça qu'il a effacé les traces de leur relation.
- Oui, pour "se" protéger. Mais il échappera pas à la justice.
Claire et Emilie portent plainte. Et d'autres victimes les imiteront.
- C'est bien.
- Lola !
Lola, je suis rentré !
Lola ?
Lola !
Bonsoir, c'est M. Meyer. L'étrier de la Commando 71.
Je me demandais... La jeune femme dont je vous ai parlé, ça a été ?
Comment ça, elle est pas venue ?
Oui, je comprends. Oui, je lui dirai.
Merci.
Lola !
- Ca va s'arranger avec Solène. - S'il vous le dites...
- Votre père est là, tout sourire. - C'est ça qui me fait peur.
- Boris, j'ai réservé une table au Cinq Colonnes.
Leur fondant au chocolat, c'est le meilleur antidépresseur.
Ensuite, un Feydeau, ça te changerait les idées.
Si tu préfères, on se fait une soirée polars à la maison.
Mais ça risque de nous rappeler le boulot.
Ah si, je sais ! On se fait un grand classique de la comédie.
"Le Corniaud". "Ben maintenant, elle marchera beaucoup moins bien."
- "Forcément."
- Bon, c'est toi qui choisis, mais après le fondant au chocolat.
Téléphone. - Bonne soirée, messieurs.
- Bonsoir, Constance. - Oui, Barth ?
Quoi ?
Je sors du palais, là. J'arrive.
T'as réussi à la joindre ? - Son téléphone est dans sa chambre
et elle a pris son sac à dos.
Je ne comprends pas pourquoi elle s'est barrée comme ça.
- Hier, tout allait bien. - Et elle avait ce rendez-vous.
- Justement, c'est bizarre. - Elle a eu peur de pas assurer ?
- Tout est allé un peu vite.
C'est une gamine à fleur de peau.
Et on sait pas tout d'elle.
- Oui, t'as pas tort.
- Faut qu'on lui parle, qu'on comprenne ce qui se passe.
- Elle a pas pu aller bien loin, elle est à pied.
On fait le tour du quartier ? - Oui.
On va la retrouver.
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