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...
Propos diffus.
...
-Ca va ?
...
Annabelle... Annabelle.
...
Gazouillis.
-Tu es là, toi.
Ma poupée...
Elle est trop bonne, cette petite girafe.
Oh oui, elle est trop bonne.
Qu'est-ce qu'elle est mignonne.
T'as pas l'air pressé d'aller bosser, mon amour.
-Si, je suis impatient de passer la journée dans mon placard,
grand comme le lit de Céleste, et sans fenêtres.
-C'est un peu normal : tu as saboté le projet de parking du maire.
-Il aurait dû m'envoyer en prison, les cellules sont plus spacieuses.
-Tu ne seras pas placardisé indéfiniment.
-J'espère. Je sens déjà le moisi.
-Salut !
-Salut. -Ca va ? Alice est là ?
Je l'appelle en vain.
-Son portable doit être dans un coin. Tu veux un café ?
-Merci, mais non. On va dans les calanques, avec Céleste.
Ca fera du bien à Alice,
une petite pause. -Salut !
-Ca va ? -Vous avez vu mon téléphone ?
-Non. -Ca va ?
-Oui. J'ai pris de la crème.
-Salut.
-Quand même ! Le projet était de faire un enfant toute seule,
pas de se caser avec le 1er venu ! -Elle sort juste avec un garçon.
-Donc je dois prendre sur moi. -Exactement.
-En ce moment ? -Oui.
-Maman...
Maman !
Maman... !
Je cours après elle. Je cours.
Je cours.
Et quand elle se retourne...
Elle est devenue une statue, et je me retrouve tout seul.
-C'est qu'un rêve, Lucas.
Et t'es pas tout seul, au foyer.
Y a les éducateurs, tes camarades.
Et puis moi.
Téléphone.
Excuse-moi.
...
Je suis désolé, je dois y aller.
Mais je reviendrai te voir.
-Quand ?
-Ben... Dès que je pourrai. Promis.
Promis.
...
Bonjour, capitaine.
-M. le juge. Constance. -Bonjour, Nadia.
-Annabelle Marchand, 23 ans, gardienne de la paix.
-Vous la connaissiez ?
-Non, mais une flic qui décède dans son commissariat,
ça fait quelque chose, quoi.
-Vous avez parlé à ses collègues ?
-Mm. Elle est revenue des toilettes,
et elle s'est effondrée. Il était 8h30, soit 30mn
après son arrivée.
-Que dit le légiste ? -Ses pupilles étaient dilatées.
Il a pensé à une overdose. On attend les résultats des analyses.
J'ai fait un test révélateur dans son café : il est positif.
-Elle se droguait ? -Il y a 3 jours,
l'équipe a eu un contrôle toxicologique, elle était clean,
et ces analyses décèlent des traces de stupéfiants sur des semaines.
-Des empreintes, sur son Thermos ? -Aucune à part les siennes.
-Si c'est elle qui y a mis la drogue...
-Ca pourrait être un suicide. -Elle avait un coéquipier, non ?
-Rémi Balland. Il a pas dit grand-chose, il est sous le choc.
-Je comprends pas...
C'était une super collègue.
J'aurais vu si elle se droguait. -Pas forcément.
Les toxicomanes sont habiles pour cacher leur addiction.
-Elle allait courir chaque matin. Elle avait une hygiène de vie de...
de sportive de haut niveau.
-Son attitude a changé, récemment ? -Quoi, par exemple ?
-Une dépression. Elle avait des soucis ?
-Vous pensez à un suicide ?
C'est pas possible,
pas pour ça.
-Quoi, ça ?
-Non, rien.
-Un rien peut aider à trouver son meurtrier.
-Avant-hier matin,
je l'ai retrouvée dans une cellule. Elle y avait passé la nuit.
-C'est pas drôle !
Elle frappe sur la porte. Les gars !
Fait chier !
Connards !
-C'était censé être une blague. -C'est pas drôle, putain !
-Tous les jeunes flics y ont droit. -Vous avez le sens de l'humour !
-Normalement, on n'y passe pas la nuit.
Annabelle a dû se sentir humiliée. -Qu'a-t-elle fait pour mériter ça ?
-Je peux pas vous dire.
-Il va le falloir.
-Disons qu'elle a déplu à la mauvaise personne.
-Mais encore ?
-Qui dirige ce commissariat ? -Le capitaine Vadim.
-C'est lui, la mauvaise personne ?
-On va aller lui rendre visite.
-Vous le connaissez, ce Vadim ? -Je l'ai croisé.
On m'a jamais dit de mal de lui. -Ses hommes vous parleront pas.
-Lancez une perquisition chez la victime et aussi ici.
Ouvrez les casiers, saisissez les téléphones, je veux tout savoir.
-OK. Ils vont pas aimer. -Non, mais il faut ce qu'il faut.
-Pourquoi Mlle Marchand
a été enfermée dans une cellule toute une nuit ?
-Qui vous a raconté ça ? -C'est nous qui interrogeons.
-En effet, Annabelle en a pris un peu pour son grade, ici.
Elle l'a bien cherché, aussi. -C'est-à-dire ?
-C'est-à-dire... Son côté petite fille modèle,
et son zèle, aussi, ça agace.
On voulait lui donner une petite leçon.
-"On", soit tous les membres de la brigade
ou juste vous ? -Un conseil :
arrêtez ces insinuations. -Un conseil : baissez d'un ton.
Je suis pas sûr que le procureur appréciera ces bizutages.
-Je suis sûre que non.
-Il faut arrêter, là. C'était pas bien méchant, tout ça.
-Le bizutage est illégal, et votre collègue est morte.
-Oui, capitaine ? *-Oui, M. le juge.
Les résultats des analyses
montrent une forte concentration de méthamphétamine
*dans le sang de la victime. Pour les analyses du Thermos,
c'est aussi de la méthamphétamine. Et il y a une semaine,
*l'équipe du commissariat a arrêté des trafiquants. Le labo clandestin
fabriquait cette drogue. Vadim s'est occupé de l'affaire.
-Vous avez retrouvé des saisies ? *-Oui, elles sont au coffre.
Par rapport au registre de consignation, il manque rien.
-Bien. Merci.
Annabelle Marchand a pu se servir avant l'inventaire.
-Ca confirme la symbolique de son geste. Ce n'est pas anodin
de se suicider sur son lieu de travail.
-Vous savez ce que vous faites ?
Vous allez provoquer un scandale.
J'ai jamais harcelé Annabelle. -J'espère
que vous êtes étranger à ça.
Je vous laisse voir ça avec le juge d'instruction.
-Vous êtes tordus.
J'aurais poussé ma collègue au suicide ?!
-On veut juste comprendre ce qui s'est passé.
-Si suicide il y a,
tout le monde a intérêt à en comprendre les raisons.
-J'aurais jamais fait de mal à Annabelle. Surtout pas elle.
-"Surtout pas" ?
-Je l'appréciais beaucoup.
-Elle vous plaisait ?
-Disons que je l'aimais bien. -Mais c'était pas réciproque ?
-Pour vous venger,
vous l'avez fait enfermer dans une cellule toute une nuit.
-On fêtait une opération.
On avait juste besoin de se vider la tête.
Ambiance festive.
-Que faites-vous dans votre coin ?
-Je préfère rester ici, au calme.
-C'est dommage. Un chef doit faire la fête avec son équipe. Venez.
Waouh... Ca va ?
-Et toi ?
-Quoi, moi ?
-Tu veux que je vienne ?
-Ben...
Oui, enfin...
Vous faites quoi, là ? Ca va pas ?
-Je sais pas, je... Excuse-moi. -C'est minable, ce que vous faites.
-Annabelle... -Non.
-Je suis pas bien, depuis mon divorce.
Ma femme m'a quitté à cause de mon métier.
Etre flic rend les rencontres difficiles.
-Qui mieux qu'une autre flic
pour être compris ? -Ce soir-là, j'étais soûl.
J'ai pas réussi à exprimer mes sentiments.
Bref...
J'aimais beaucoup Annabelle. Et j'ai cru que c'était réciproque.
-Blessé dans votre ego, vous avez monté votre équipe contre elle.
-Vous ferez l'objet d'une enquête
pour harcèlement.
L'opération que vous fêtiez portait sur le labo clandestin ?
-Oui. Annabelle m'avait filé un gros tuyau.
Grâce à elle, on a pu le démanteler.
C'était une belle prise : des dizaines de trafiquants,
des kilos de matos.
Je peux pas croire qu'elle se soit suicidée.
Pas en overdose comme ça.
Impossible. -Pourquoi ?
-Son frère, toxico, est mort dans un règlement de comptes.
Elle est devenue flic
pour plus que ça arrive. Annabelle sous méth, ça n'a aucun sens.
-D'où tenait-elle ses infos
sur le labo ? -Je sais pas. On n'en parlait pas.
-Chacun gère son indic ?
-Voilà.
Mais j'ai quand même ma petite idée.
Une femme crie.
-Arrête-toi !
Arrête-toi !
Stop !
Tu fais quoi, là ? Calme...
-Ca va ? -Pourquoi tu fais ça ?
Tu t'appelles comment ?
C'est quoi, ton prénom ?
-Hé, tu fais quoi ?
Dégage ! La prochaine fois, on t'embarque.
-C'est bon.
-Tu fais quoi, là ? On est flics, pas assistantes sociales.
-Ouais... -Elle portera pas plainte,
inutile de s'embêter.
Je sais qu'Annabelle est retournée la voir plusieurs fois.
Ca s'est passé peu de temps avant qu'elle me parle du labo.
-Très bien. Merci. Au revoir.
D'après le légiste, elle a pu absorber la méthamphétamine
avant d'aller travailler.
-Et la perquisition chez elle, ça donne quoi ?
-Aucune trace de drogue. Un appartement bien rangé. Ce jour-là,
elle est partie bosser, point.
-Donc on peut difficilement penser à un suicide.
-On a pu verser la drogue dans son Thermos ailleurs.
-Ce serait lié au labo ? -Un règlement de comptes, possible.
Il faut qu'on cherche dans ce sens.
-Un joli château pour ma petite princesse.
-Ils te font faire des faux discours ?
-Ils m'occupent.
Ils m'ont fait écrire un discours sur les qualités d'être maire.
-Ah... Et toi, t'écris ça ?
-Bien obligé. Figure-toi que, le soir,
ils relèvent les copies. -Mais non !
Ca frise l'humiliation.
-T'inquiète. Je me suis bien marré. J'ai parlé d'hypocrisie,
de langue de bois. -En même temps, ça t'a défoulé.
Tiens, le rose en haut.
-Waouh, balèze !
-Chut... -Chut...
-Bon, je vais la coucher. Je suis claquée.
-Constance, Marc, un petit remontant ?
Après la plage, il y a le bar de la plage.
-Pourquoi pas ? -J'ai bossé dans une discothèque :
je suis le pro du cocktail ! Alors, mes "bops", qu'aimeriez-vous ?
Mojito, caïpirinha, Sex on the Beach, Long Island ?
-"Bops", carrément ?
On n'est pas tes beaux-parents.
-Pour moi, c'est tout comme.
Alors, ce cocktail ?
Dites rien, j'improvise.
-l doit être très amoureux de notre fille.
-Il se lève à l'aube depuis 4 jours pour la voir. C'est louche.
-Ca va.
-Tu crois que pour Alice, c'est du sérieux ?
-J'espère qu'il va pas tomber de trop haut.
-J'en ai trouvé un tout fait : c'est peut-être plus pratique.
-Du rosé.
-Un génie ! -Tire-bouchon.
-Il commente tout.
-C'est gentil, ce cadeau pour Raphaël, mais du 12 ans,
c'est pas un peu grand pour lui ? -Euh... Oui, peut-être.
-Qu'est-ce que t'as ? T'es bizarre, en ce moment.
Tu pars tôt le matin, tu rentres tard. Je me pose des questions.
Hé...
Qu'est-ce qui se passe ?
-C'est juste que c'est pas pour Raphaël, le blouson,
c'est pour Lucas.
-Le gamin dont la mère a été tuée ? Tu le vois encore ?
-Je sais, c'est dur à comprendre, mais...
Je comprends pas non plus.
-Mais t'as instruit l'affaire. T'as pas le droit de le voir.
-Oui, je sais.
Mais il est très fragile, Lucas.
Il s'est accroché à moi.
Il est seul dans un foyer. Moi seul vais le voir.
-Tu risques quoi, si quelqu'un le découvre ?
-Pas mal de problèmes.
-Ca te ressemble pas, Boris.
C'est parce que j'ai décidé de pas avoir d'enfant maintenant ?
-Non.
Non, ça n'a rien à voir.
C'est juste que Lucas a terriblement besoin de quelqu'un.
-Hé...
Propos inaudibles.
...
-J'ai repris le bornage du téléphone de la victime.
Depuis 3 semaines, elle faisait des détours
en rentrant et en sortant du commissariat.
-3 semaines, ça correspond à l'interpellation de la voleuse.
-Justement.
Depuis quelques jours, elle faisait des achats sur Internet.
-Des produits de substitution
pour sevrer les toxicomanes ? Ca se trouve que sur ordonnance.
-Ou sur des sites illégaux.
-Ces produits ne sont pas dans les analyses d'Annabelle.
C'était pour la voleuse ?
-Annabelle est entrée dans la police suite au décès de son frère.
Elle rencontre cette toxicomane et reconnaît la même détresse en elle.
-Et elle veut l'aider à s'en sortir.
On frappe.
-Le capitaine Vadim insiste pour nous aider.
-Je me sens responsable de ce qui s'est passé. Je me dois d'agir.
-Vraiment, je pense que ça pourrait nous être utile.
-Le capitaine Vadim fait partie des suspects
et il va mener l'enquête
sur la mort d'une policière survenue dans son commissariat ?!
-On pourrait entendre le capitaine Vadim comme témoin assisté.
-Vous allez pas vous y mettre.
-On pense qu'Annabelle
a continué à voir la petite voleuse dont vous avez parlé
pour la désintoxiquer.
Vous pourriez faire un portrait-robot ?
Vous pourriez la retrouver où vous l'aviez vue ?
-Peut-être.
Mais c'est un labyrinthe, cet endroit, et c'est pas très sûr.
Je peux patrouiller avec Nadia.
-Dans ce cas, la ratez pas.
-OK.
-Vous la connaissez ?
OK, merci. -OK, merci.
-C'est elle.
-Avec la veste verte ?
Hé !
Reste là !
...
Arrête !
-Oh là !
-Tu te calmes. Je t'arrête. -Qu'est-ce que j'ai fait ?
Lâchez-moi !
-Tu es en état d'arrestation. -Lâchez-moi.
-Allez, suis-moi. Tu nous suis.
Oh ! -J'ai rien fait.
-Louise Mercier, 17 ans,
portée disparue depuis 6 mois.
J'ai prévenu sa mère, elle vit à 100km d'ici. Elle est en route.
-On l'auditionnera à son arrivée.
-Nadia et Vadim ont embarqué les jeunes qui étaient avec elle.
-Je comprends que vous vouliez qu'on vienne ici, c'est charmant.
-Leur environnement nous apprend des choses sur les suspects.
-Ca doit pas être drôle tous les jours.
Comment une fille si jeune peut se retrouver dans une telle errance ?
-Les accidents de parcours, ça arrive.
-Mlle Mercier, bonjour.
Nous sommes en charge de l'enquête sur la mort d'Annabelle Marchand.
Vous la connaissiez ?
Quelle était
la nature de votre relation ? -Elle vous a prise sous son aile ?
-Elle jouait à la grande soeur, elle me ramenait à manger.
-Après votre interpellation, elle a su que vous dealiez.
-Ouais.
-Elle a arrêté le trafic grâce à vos informations ?
-J'ai balancé personne, je lui ai juste parlé.
-Elle savait
que vous étiez portée disparue ?
-Elle voulait que je retourne chez ma mère, mais c'était mort.
Je suis partie de chez elle parce que ça me détruisait.
-Elle a voulu vous désintoxiquer ?
-Elle m'achetait de la méthadone. -C'est pas de la méthadone
qu'on a retrouvé dans vos affaires.
Où vous êtes-vous procuré
cette méthamphétamine ?
-On en trouve partout.
-Que faisiez-vous, hier,
entre 7 et 8h du matin ? -Je dormais, ici.
-Annabelle
vous a rendu visite. Son portable a borné dans cette zone.
-Comme chaque matin. Et elle est repartie vivante.
-Pour mourir 3 quarts d'heure plus tard. Comment expliquez-vous
qu'on ait retrouvé la même drogue
dans son Thermos ? Elle n'en prenait pas.
-Annabelle cherchait à vous désintoxiquer.
Si elle a découvert que vous aviez replongé, ça a pas dû lui plaire.
Que s'est-il passé ?
Vous vous êtes disputées ?
Elle a voulu vous sevrer de force ?
-Alors vous avez voulu l'écarter de votre chemin.
Mlle Mercier...
-Je voulais pas la tuer.
-Louise, debout.
Je t'ai apporté du café.
T'as fait le plus dur. Il faut que tu te disciplines
si tu veux pas replonger. Tu m'entends ?
Réveille-toi.
Allez allez...
Tiens, ça va te faire du bien.
-Putain... -T'inquiète, j'en ai plein.
C'est quoi, ça ?
T'es défoncée, en fait.
Depuis quand tu te fous de moi ? -Arrête. C'est pas grave.
-Pas grave ? Faut que je te place en injonction thérapeutique ?
-T'es pas ma mère, fous-moi la paix.
-Ta mère, tu vas retourner chez elle.
Y a que comme ça que tu t'en sortiras.
-Je veux pas la voir, ma mère.
Lâche-moi. -Je sais comment ça se terminera,
si je te lâche. Je te lâche pas, moi.
-Puis après,
elle est partie là-bas passer un appel.
-Et vous avez versé la drogue
dans son Thermos. -Je voulais juste qu'elle me lâche.
-Un appel, vous dites ?
Y en a pas eu sur le relevé téléphonique d'Annabelle.
-Je sais plus très bien. J'étais fatiguée et défoncée.
Je sais plus.
-C'est quoi, ce sac ?
-On l'a trouvé dans la planque de Louise Mercier.
-C'est ce qu'on appelle voyager léger.
-Quand on vit dans la rue, on peut pas se permettre d'accumuler.
-C'est sûr. Que le strict nécessaire, quoi.
C'est peut-être ça, être libre.
-C'est cher payé.
-Ouais.
Pauvre gamine. Livrée à elle-même, à son âge.
Moi, j'aurais pas tenu le coup.
-C'est bien, ça, le foot.
Mais non, je suis sûr que t'es super fort.
Lucas, je vais devoir te laisser. Je suis au travail.
C'est un peu compliqué.
Mais non, tu me déranges pas,
mais j'ai pas beaucoup de temps.
Tu me raconteras tout ça quand on se verra.
Bientôt. Je viendrai te voir bientôt.
Ce soir ?
Euh...
OK. Je passerai en fin de journée.
Allez, à tout à l'heure, Lucas.
-M. le juge.
C'est étrange, l'évocation de cet appel passé par Annabelle.
-Louise était dans un état second, elle confond peut-être un peu tout.
-Pour verser la drogue dans le Thermos,
Annabelle devait être occupée.
-Soit. Mais dans ce cas-là, pourquoi Louise Mercier mentirait ?
-C'est vous qui m'avez appris qu'il fallait vérifier les détails.
J'ai trouvé ça dans les affaires de Louise.
Avec la date du développement de la photo au dos.
-Il y a un mois.
Louise et cette personne doivent être proches pour faire ça.
-Cette personne était peut-être avec Louise le jour du meurtre.
-Une paire d'ailes,
ça me paraît court pour auditionner Louise à nouveau.
-Excusez-moi, je cherche ma fille : Louise Mercier.
On m'a dit
que je pouvais la trouver ici.
C'est pas possible. Il y a une erreur. Elle dit n'importe quoi.
Elle a tué personne. -On vérifie ses aveux, Mme Mercier.
On veut en savoir plus. Pourquoi Louise a fugué,
il y a 6 mois ?
-Elle a pas eu une enfance facile.
Je me suis vite retrouvée seule à l'élever.
Son père nous avait abandonnées.
J'étais très jeune. Je la laissais souvent
chez des amis ou à mes parents.
Quand elle est devenue ado, elle a fait des conneries.
J'essayais d'être plus autoritaire, mais ça l'a braquée, et...
et un jour, elle a disparu.
-Vous êtes restée sans nouvelles ? -J'ai tout fait pour la retrouver
mais j'avais aucune piste. -Vous avez été voir la police ?
-Oui, mais Louise avait plus de 16 ans, et sa disparition
n'a pas été jugée inquiétante, idem pour l'autre fille.
-Quelle autre fille ?
-Louise a fugué avec une autre ado
qui vivait dans un foyer. -Vous connaissez son nom ?
-Berthier, Tonia Berthier.
Ses éducateurs sont sans nouvelles. C'est depuis leur rencontre
que tout a dérapé.
Est-ce que je peux voir ma fille ?
-Non, désolé, elle est en garde à vue.
Pour l'instant, c'est impossible.
-M. le juge.
Alors...
Tonia Berthier, 18 ans.
Déjà un casier pour usage et trafic de stupéfiants.
Abandonnée à la naissance, elle a enchaîné les familles d'accueil.
A 13 ans, victime de mauvais traitements,
elle finit en foyer. -Si elles ont fugué ensemble,
elles sont peut-être restées ensemble, la rue n'est pas tendre.
-Je ne sais pas si ce sont des ailes d'ange,
mais elles les ont pas beaucoup protégées.
-Il faut retrouver Tonia.
-Si elle est liée au meurtre, elle a dû s'enfuir.
-Je vais lancer un avis de recherche.
-Dans le sac de Louise,
il y avait un guide touristique sur Rome. On sait jamais.
-On va faire surveiller les trains et les gares routières
à destination de l'Italie. En attendant, on va réentendre Louise.
-Je sais pas où elle est, on s'est embrouillées.
-Comment ça ?
-On s'est perdues de vue. Pourquoi vous la cherchez ?
J'ai avoué le meurtre. -Ta mère affirme que,
sans l'influence de Tonia, t'aurais pas fugué.
-Sans Tonia, je serais peut-être morte.
Téléphone.
-Oui ?
-Je vous déconseille de fuir.
-Putain... Lâche-moi !
-Juge Boris Delcourt,
chargé de l'enquête sur la mort d'Annabelle Marchand.
-Je la connais pas.
-Vous permettez ?
Louise ne peut pas vous rejoindre. -Vous avez de la chance,
votre amie a endossé le meurtre.
-Quoi ? De quoi vous parlez ?
...
-Vous étiez bien au squat, hier matin,
quand Annabelle est venue ? -Je vois pas de quoi vous parlez.
-Louise Mercier est votre amie ?
-Oui.
-Louise a avoué le meurtre d'Annabelle,
mais il y a des zones d'ombre dans son témoignage.
Vous pourriez nous aider à les éclaircir.
-Je vois pas comment.
-Vous ne vous êtes pas vues,
depuis ?
-Non. -Vous avez acheté les billets
6h après le décès. -Le 2e billet est pas pour Louise.
-C'est pour qui,
alors ?
-Ecoutez, je doute
que Louise sera innocentée
alors qu'elle a avoué. Mais s'il y a des circonstances atténuantes,
ça peut alléger sa peine.
-Louise n'y est pour rien.
-Debout.
T'as fait le plus dur, là. Discipline-toi pour pas replonger.
Allez, debout.
Tiens. Ca va te faire du bien.
-Putain...
-T'inquiète.
C'est quoi, ça ?
Vous êtes défoncées, en fait.
Vous vous foutez de moi ? -C'est pas grave.
-Je te place en injonction thérapeutique ?
-Fous-moi la paix ! -Tu vas où, là ?
Toi, je vais te trouver
une place dans un foyer. Il faut vous séparer.
Louise.
Oh... Retourne chez ta mère, y a que comme ça que tu y arriveras.
-Je veux pas la voir, ma mère. Tu comprends ?
Lâche-moi. -Tu sais comment finit un toxico ?
-Tu me soûles !
Fous-moi la paix. Qui t'a dit de te mêler de mes affaires ?
-Louise, t'as une chance de t'en sortir, alors saisis-la.
C'est quoi, ta vie, c'est ça ? Tu voyais ton avenir comme ça ?
Qu'est-ce qui te retient ? Tu y arriveras, si tu le veux.
Bougez pas d'ici.
T'as compris, toi ?
-Ca s'est passé tellement vite.
Il fallait gagner du temps, et je voulais pas qu'elle nous sépare.
Vous savez pas ce que c'est, vous,
d'être tout le temps seul, toujours.
-C'est une idée de Louise, ce voyage à Rome ?
-C'était son rêve depuis longtemps.
Alors j'ai fait un aller-retour à Nice en stop,
des potes me devaient un peu d'argent, là-bas.
-Et Louise vous attendait au squat.
-On allait recommencer à zéro.
Vous allez libérer Louise ?
-Elle va être inculpée de complicité d'homicide.
...
-Louise.
...
Je suis tellement désolée, ma chérie.
Je te demande Perdon.
-C'est mieux comme ça.
-Il faut y aller.
S'il vous plaît.
-Ne perds pas espoir.
Tu vas payer ta dette
et tu vas être courageuse.
Pour Annabelle,
pour Louise, et pour toi.
Promis ? -Promis.
-Annabelle est morte d'avoir voulu aider.
-Elle aurait dû se protéger davantage.
Etre présente, mais jusqu'à une certaine limite.
La limite, c'est sa mise en danger. -Ca vaut aussi pour vous et Lucas ?
-Comment vous êtes au courant ? -Vous êtes pas si discret.
-Merci de m'avoir tenu informé de l'issue de l'instruction.
-C'est normal, vous avez aidé. -Je vais pas faire long feu
dans le métier. -Vous quittez la police ?
-Ouais, ce que j'ai fait subir à Annabelle était une faute grave.
On est d'accord.
Et il y a d'autres moyens
de se rendre utile. -C'est vrai.
Bon courage, capitaine.
-Et je le dribble, et but ! On leur a mis la honte.
4-0 !
Il faut que tu viennes à la finale, samedi.
-Justement, il faut que je te dise...
Je pourrai plus venir te voir, ni ici ni ailleurs.
-A cause du procès ?
-Si on apprend
que je te vois,
l'avocat du tueur de ta mère peut dénoncer un vice de procédure.
-Tu me l'as déjà dit.
-Je peux t'appeler, et même te revoir, mais après le procès.
-Dans 5-6 ans ? Mon éduc m'a dit que si le meurtrier faisait appel,
ça peut durer 10 ans.
Dans 10 ans, je serai un adulte. -Lucas...
Je serai là pour toi, même si c'est à distance.
-Arrête avec tes promesses. Maman aussi m'en a fait.
...
*Salsa.
*...
-Ah...
Ah, ma chérie...
Ecoute...
Je suis contente que tu passes du temps avec Ludo.
-Mais... ?
-Il est investi et gentil avec Céleste.
Je veux pas que tu lui donnes de faux espoirs.
-Pas du tout.
Tout est clair, entre nous. On se fait du bien l'un à l'autre.
On se fait pas de plans sur la comète, quoi.
On verra comment ça se passe.
-Comment ça ?
Notre maire
manque d'humour.
Oui, c'est ça, au revoir.
Je suis convoqué par le maire. -Pourquoi ? T'as rien fait.
-J'imaginais pas
qu'on lirait mes discours. -Ceux du placard ?
-Oui. -T'as écrit quoi, vraiment ?
-Pas grand-chose. J'ai fait un portrait sur le maire.
Au vitriol, mais un truc bien vu. Et drôle, surtout.
-Mais encore ?
-Je crois l'avoir comparé à Tartuffe,
tu sais, celui qui brandit des grands discours pour séduire
et qui s'en lave les mains. -Quand même ! Et quoi d'autre ?
-Un moment, j'ai écrit "déloyal", mais j'en suis pas certain.
Mais je suis sûr du "canaille". -T'as appelé le maire
"canaille" ?! -Oui. Mais il a entendu bien pire.
C'est après que...
que ça a un peu dérapé. -Parce que c'est pas fini ?
-J'ai aussi écrit que c'était un dégonflé,
un foireux, et j'ai fini en le traitant de...
-De ?
-De couilles molles.
-De couilles molles ?! -Mais papa, t'es foutu.
-Ca va pas être facile à rattraper. -Oh non...
-A la santé du maire !
-Et à son anatomie !
-Bravo !
-Mon amour, t'es fou ! -Mais "couilles molles" avec un C.
Rires.
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