All language subtitles for Voltaire et laffaire Calas Téléfilm Complet Drame Historique Claude RICH Barbara SCHULZ FP

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Original subtitles

Tiens, je crois que les bruits venaient de là-bas.

Mais qu'est-ce qui se passe ? C'est

fermé.

Il faudrait proprement bien savoir.

Sûr qu'il faut aller voir.

Il faut trouver M. Gorse ! M.

Gorse ! M.

Gorse, réveillez-vous !

Père Miséricorde, laissez-nous.

Partez, je vous en conjure.

Au nom de Dieu, partez !

Il

ne porte pas de blessure.

Il a un peu froid.

J'ai de l'eau de Hongrie.

Ça pourrait le réchauffer.

Inutile, madame.

Inutile.

Il y a des traces de cordes, comme pour un pendu.

Ou un étranglé.

Étranglé ? Vous avez entendu ? On a assassiné.

Faut prévenir le capitoule.

Il y a quelqu'un ici qui est mort de mort violente ? Oui, monseigneur.

Mon fils, Marc-Antoine.

Quand avez-vous trouvé le corps ? Il y a moins d'une heure.

Notre invité, monsieur Lavesse, et mon fils Pierre l'ont trouvé là, comme vous

le voyez.

Monnier, notez ce que dit monsieur.

Monsieur... Calas, monseigneur.

Jean Calas.

Je suis marchand drapier.

Monnier, notez que son cou est marqué et que sa cravate est dénouée.

C'est moi, Monseigneur, qui lui ai ôté.

Elle était nouée ? Oui, tout à fait normalement nouée.

Quand j'ai touché le corps, il était déjà un peu froid.

J'ai vu ses marques sous la cravate.

Qui êtes-vous ? Antoine Gorce, garçon chirurgien. Garçon chirurgien.

Monnier, vous avez bien demandé à la tour de venir immédiatement ? Oui,

Monseigneur.

Officier Latour.

C'est récent. Il est encore un peu chaud.

Oui, ce n'est pas la même chose qu'encore un peu froid, monsieur le

garçon chirurgien.

Il s'est pendu.

Mais il a pu également être étranglé avec une corde.

C'est très possible aussi.

J'aurais besoin de l'examiner plus avant.

Faites-le et donnez-moi vos conclusions demain.

Je vous verrai ensuite, car de toute évidence, votre fils est mort de mort

violente.

Des rôdeurs peut-être, en attendant bonne nuit, si vous le pouvez.

Dites-moi, quand vous avez découvert le corps de votre fils, la boutique était

-elle ouverte sur la rue ou fermée ? Je ne sais plus, Monseigneur. Comment vous

ne savez plus ? Vous ne laissez tout de même pas ouvert aussi tard dans la nuit,

sans personne pour garder ? Habituellement, non, mais là, vraiment,

je ne sais plus.

Je n'ai plus ma tête.

La boutique était fermée.

On a voulu entrer, pas possible.

On peut aussi pénétrer par derrière.

Il y a une cour.

Bien, nous verrons ça demain.

Tout ce que vous avez déclaré avant, vous le jurez sur les Évangiles, n'est

-ce pas ? Sur l'épisode sacré de la Passion du Christ, hein ? Oui.

Oui. Jurez.

Je le jure. Je le jure sur les Saintes Écritures.

On ne peut même pas s'en tirer comme ça.

C'est un nid pas croire.

Tout l'aurait permis.

C'est bien vrai.

La vérité, la voilà par notre Seigneur. Il n'y a pas de bonne justice pour eux.

Pour eux ? Qu'est-ce qu'on veut dire ? On veut dire qu'ils se permettent tout.

Ils, qui ils ? Les protestants.

C'est bien connu. Ils tuent leurs enfants qui veulent retourner à la vraie

croyance. Ils retournent ? Qu'est-ce à dire ? Vous êtes de

la religion prétendue réformée ? Oui, monseigneur. Tous ? Sauf Jeanne, notre

servante. Elle est catholique.

Pourquoi me l'avoir cachée ? Mais, monseigneur, vous ne me l'avez pas

demandé. Vous auriez dû le déclarer spontanément. Ce ne sont pas des choses

que l'on dissimule.

Surtout dans ces circonstances.

Vous êtes tous en état d'arrestation.

Monseigneur, ce n'est pas le droit. On a raison de se méfier.

S

'il

vous plaît, écoutons Mlle Corneille.

Pour vous d'abord, M. De Voltaire, afin de vous montrer que j'ai bien écouté vos

leçons.

J'avais prévu un très long compliment en vers, un peu à la manière de mon arrière

-grand-oncle Corneille, que vous admirez tant.

Et à votre égard, madame Denis, j'avais composé un poème sous forme d'exercice d

'admiration un peu atlantique, pour louer vos élégances.

Et pour vous, monsieur l'abbé, quelque chose qui s'apparentait à une action de

grâce rimée et qui avait un rapport avec votre pieux état. Et pour vous, docteur

Tronchin, une note de gratitude pour les médecines que vous nous concoctez.

Et à M. Vanier, s'il consent à redescendre de la Lune, quelques

considérations rimées sur l'astronomie pour l'aider à y remonter. Mais voilà, j

'avais caché tous ces papiers dans mes vêtements qui sont partis au lavoir.

Béni soit le lavoir.

Je ne doute pas de votre inspiration, de votre pratique, peut-être de votre

pratique.

Tenez, justement, ma pupille, parlez-nous de votre dernière lecture.

Allez.

Dernière, vraiment ? Quand elle hésite à ce point, c'est que c'est inavouable.

Ne me dites pas... Lui, encore ? Oui.

Allez, allez au bout.

Pas plus tard que ce matin, j'ai achevé la lecture de Julie ou la nouvelle

Héloïse.

Ce rousseau en berlificote jusque dans ma maison.

Enfin, mademoiselle Corneille, quel plaisir trouvez-vous à cette histoire de

précepteur qui engrosse son élève.

C'est malsain pour une jeune fille.

Mais tout Paris sait bien qu'avec cette Héloïse Rousseau à transposer sans

pudeur, c'est tourment amoureux pour madame Doudelot, non ? Enfin, bon, si

Paris ne sait pas, je compte sur vous tous désormais pour le faire savoir.

Quand je pense que l'on répand dans toute l'Europe que je suis, immoral,

madame Denis.

Je suis vraiment immoral.

Oh mon oncle, qui pourrait penser ça ? Qui peut bien penser ça ? Mais tout le

monde, tout le monde sait que Madame Denis n'est pas seulement la nièce de

Monsieur de Voltaire, la fille de sa sœur, mais aussi et surtout sa

maîtresse. Et qu'il se moque bien qu'on le sache.

Mes entrevues, combien en avons-nous aujourd'hui ? Quatre visiteurs se sont

annoncés, Monsieur.

Désormais, vous y assisterez.

ou simplement recueillir ses propos. Son rival a chanté le soc laborieux. Certes,

c'est très honorable de vouloir versifier à votre âge, à condition de ne

pas en abuser.

Mais j'écris pour la postérité. La postérité.

Je ne crois pas que votre poésie arrive un jour à cette adresse.

Un conseil, écrivez moins, lisez plus.

Et puis, il n'y a pas que la poésie dans l'existence.

Essayez le commerce, le notariat, le cheval.

Le ver à soie, on n'imagine pas l'importance du ver à soie.

Moi-même, j'en fais l'élevage.

Mes compliments à vos parents.

Qui ? N'ai-je pas raison ? Je veux dire pour le ver à

soie.

Bon, c'est facile de vous moquer puisque personne n'ose vous répondre.

Approchez, approchez.

C'est notre curé.

C'est le mien aussi, hélas.

Que nous veut-il ? Une dîme, monsieur.

Il exige une dîme que la tradition avait abandonnée depuis longtemps.

Et avec ses arriérés.

On a un curé qui ne se mouche pas du coude. Une dîme, rien que cela.

Donnez vos preuves à Vanier.

Moi, j'écrirai à son évêque.

Mais s'il persiste, je m'attacherai à lui procurer un emploi aux galères.

Que me dit-on ? Que vous voulez détruire mon église ? Car elle vous gêne la vue ?

Que me dit-on que vous voulez tirer du sommeil une dîme qui ne demande qu'à se

faire oublier, et avec les arriérés encore ? Vous cherchez des prétextes.

Parlons de mon église.

Je n'aime pas votre comédie.

Du reste, vous ne croyez pas en Dieu. Mais si j'y crois, je crois même que s

'il n'existait pas, il faudrait l'inventer.

Je crois en Dieu, curé, ne vous en déplaise, mais je ne crois pas dans des

prêtres qui nous volent jusqu'à notre dernier soupir.

Ma comédie vaut bien la vôtre.

Oui, elle me gâche la vue, votre église.

Et son cimetière avec.

Mais je ne vais pas les détruire.

Non.

Les déplacer, seulement les déplacer.

Vous verrez, ce sera tout à votre avantage.

Les déplacer ? Mais on ne peut changer une église et un cimetière d'endroit.

En aucune façon, vous entendez ? En aucune façon ! Mélodime ! Vous n'êtes

pas beau joueur, curé !

Laissez dormir Nadim et César Hiré, ne tendez pas mes paysans, et nous pourrons

reparler de votre église et de son cimetière.

Enfin, on n'a jamais vu une église déplacée. Vous allez être excommuniés.

Si on ne peut plus s'offrir quelques menus gourmandises anticléricales...

Monsieur Audiber, de Toulouse.

Ah,

et que fait-on à Toulouse, monsieur Audiber ?

Du négoce, monsieur, du négoce.

Je n'ai rien à acheter.

Sauf votre respect, je n'ai rien à vous vendre. Monsieur Audiber est huguenot.

Alors bon. Il vient demander votre aide à propos d'une famille huguenote,

emprisonnée à tort selon lui et qui est en grand danger.

Et que reproche-t-on à cette famille huguenote ? Le pire des crimes.

Tout cela uniquement parce qu'ils sont huguenots.

Mais encore,

huguenot n'est pas un brevet d'innocence.

Non plus que de culpabilité, si vous le permettez.

Certes, toutes les religions s'égalent en cruauté.

Mais ce n'est pas parce qu'ils sont minoritaires que les réformés ne sont

pas aussi des fanatiques, pétris de la même merde détrempée et de sang

corrompu.

Nous ne valons pas grand-chose, mais ils sont encore pires que nous.

Et en plus, ils déclament contre mes tragédies.

Il n'est pas une de mes pièces dans les théâtres de Genève qui ne fasse l'objet

de leurs insultes.

Regardez leur dernière cabale contre Montancred.

Je suis le sujet permanent de leur calomnie. Osez me dire de contraire.

C'est arbitre, monsieur.

Raccompagnez monsieur Odibert.

C'est ainsi que cette affaire calasse, qui devait bouleverser l'existence de

tant de personnes, est la mienne.

Je l'ai vécue en son tout début.

Aussitôt après que monsieur Odibert fut parti, prétextant des migraines,

monsieur de Voltaire se coucha et ne se releva que le lendemain pour me

retrouver où je ne l'attendais pas.

dans son théâtre, où nous répétions Tancred, sa dernière tragédie.

Mais pourquoi ce déguisement ? Enfin, Tancred n'est pas de la scène. C'est à

Argir que je m'adresse, à mon père.

Ce n'est que pour vous aider.

Et puis, je suis de la scène qui suit.

Cette témérité vous offense, peut-être. Il nous semble une injure.

Ici, la loi plus dure veut de l'obéissance.

Ici, la loi plus dure veut de l'obéissance et défend le murmure. Qui

vous défend de murmurer ici ?

Dans ma maison ? Non, mais il ne s'agit que de théâtre.

Vous déclamez trop vrai pour ne pas y adhérer.

Et que diraient ces murmures s'ils me parvenaient ? Non, rien, ils ne vous

diraient rien.

Allez, ne faites pas comme les autres, osez me répondre.

Mais pourquoi moi, la plus jeune et la moins instruite ? La personne ici qui

vous est le plus redevable.

Allez, lâchez ce que l'on craint de me dire.

Vraiment.

Et vous ne serez pas fâché ? Si.

Probablement. Mais je vous l'ordonne.

Eh bien, les murmures vous apprendraient... M'apprendraient ? Vous

apprendraient que chacun ici craint votre vivacité et a peur de vous

déplaire. Et redoute vos jugements.

Et que le matin, selon que votre humeur est bonne ou mauvaise, la journée le

sera aussi.

C'est tout ? Non.

On dit aussi que...

Vous vous rineriez pour faire le mal autant que pour faire le bien.

Par exemple ? Eh bien, l'autre jour, ce jeune homme dont vous avez moqué la

poésie, et ce curé dont vous voulez faire déplacer l'Église, et cette

famille de protestants dont vous n'avez rien voulu savoir, et d'un autre côté,

il y a toute votre sollicitude pour vos paysans, vos livres que chacun admire,

et vos protestations contre les injustices, on dirait...

Tantôt que vous haïssez Alexé, tantôt que vous aimez trop.

Qui ne sait pas haïr, ne sait pas aimer ? En tout cas, je n'ai de regrets, ni

pour le mauvais poète, ni pour le curé.

Alors, vous en avez pour ces réformés ? Il faudrait que j'en sache plus.

Et puis, cet homme de Toulouse, vous avez vu, il n'a pas insisté.

Il est parti.

Non, mais vous l'avez conduit. Et vous reconduit ! Vous êtes resté avec lui.

Il l'entend, très longtemps.

Ne dites pas le contraire, on me l'a rapporté.

Allez, dites-moi ce qu'a dit cet homme de Toulouse.

Allons, répétez-le-moi.

Eh bien, je ne me suis pas fait prier pour lui raconter ce qu'il avait refusé

d'entendre de M.

Odibert.

Je vous le demande une dernière fois.

Fermez ou ouvertes votre boutique.

Vraiment, Monseigneur, je ne peux rien assurer.

Tout est encore trop confus.

Et la cravate de votre fils, comment expliquer qu'elle cachait des traces de

strangulation ? Je n'ai pas d'explication, Monseigneur.

Quelqu'un a-t-il des réponses ? Emmenez-les, mais qu'ils restent

à côté.

Vous, Pierre Callas, je vous garde.

Recommençons.

Vous descendez l'escalier du logement avec votre amie Solaves.

Vous arrivez tous les deux dans l'arrière-boutique et vous trouvez le

corps de votre frère allongé sur le parquet près de la porte qui donne dans

la boutique.

C'est bien ça ? Oui.

Notez.

J'ai découvert le corps de mon frère allongé sur le sol près de la porte qui

donne dans la boutique.

Ajoutez.

Sur les lieux, je l'ai juré, sur les évangiles.

Et je renouvelle mon serment ici même. C'est bien ça ? Oui.

Jurez.

Je le jure.

C'est bien.

Emmenez-le, faites revenir le Père.

Donc, votre fils vous appelle et vous descendez aussitôt, n'est-ce pas ? Oui.

Seul ? Oui, seul, c'est cela, monseigneur. Et donc, vous découvrez,

après lui et son ami, le corps de votre fils allongé sur le sol.

Vous confirmez ? Oui, monseigneur.

Jurez ? Je jure.

Enregistrez bien.

Je vous le redis, ils ne me sont pas sympathiques, vos réformés. Je ne sais

pas pourquoi ils ne me sont pas sympathiques. J'ai une mauvaise

intuition à leur endroit.

Mais monsieur, s'il vous plaît, laissez-moi, moi, vous dire la suite.

Maintenant, parlons sérieusement.

C'est le tuteur qui s'adresse à sa pupille.

Madame Denis m'a glissé qu'un certain capitaine voudrait me déléguer son

parent pour discuter d'un mariage avec vous.

Mais... Mais je ne le connais pas ce capitaine, j'ignore même jusqu'à sa

figure. Ah, ma chère enfant, vous ne soyez pas la première, et pas plus

malheureuse pour autant, à découvrir votre époux au moment des noces.

Mais oui, mais je ne veux pas me marier, avec celui-là en tout cas.

Ah, tiens, c'est pas ce que pense Madame Denis.

Je recevrai ce capitaine et son parent.

Je ne devrais pas ? Eh bien tant pis, je le recevrai quand même.

Ah, je leur ai promis, et c'est trop tard pour revenir là-dessus.

Et j'entends que vous serez présente.

Bon, pour me faire excuser, que s'est-il passé ensuite avec vos calaces ?

Vous avez demandé à me voir ? Je

vous écoute.

Voilà, Monseigneur.

Cette nuit, j'ai prié, et Dieu m'a inspiré.

Hier soir, je ne vous ai pas dit toute la vérité.

Et j'ai commandé de mentir à mon fils et à son ami.

Mais pas à ma femme, ni non plus à notre servante. Elles ne savent rien.

J'ai confiance en vous, Monseigneur. Allez, où fait ? Eh bien, voilà.

Lorsque mon fils a raccompagné son ami, Gobert, la veille, s'après-dîner dans la

boutique, Marc-Antoine n'était pas étendu par terre.

Ils l'ont pourtant tous juré sur les Évangiles, mieux.

Sur le passage consacré à la passion de notre Seigneur.

Vous vous souvenez ? Et par deux fois.

C'est ça ? Je vous en demande pardon, Monseigneur, s'il vous plaît.

C'est tellement difficile.

Marc-Antoine n'était pas étendu sur le sol, comme nous vous l'avons dit.

Il s'était pendu par le cou entre les deux battants de la porte qui donne sur

l'arrière-boutique.

La boutique était effectivement fermée.

La corde était attachée à un de ces billots de bois

qui sert à enrouler nos tissus.

Vous êtes un parjure, comme vos complices.

Ce ne sont pas des complices.

Seulement deux jeunes gens affolés à qui j'ai demandé, avant qu'ils sortent pour

appeler le garçon chirurgien, de ne pas révéler que Marc-Antoine avait attenté à

sa vie, afin de lui éviter l'infamie réservée aux suicidés.

Vous le savez, Monseigneur, que la dépouille d'un suicidé n'a pas droit à

une sépulture chrétienne, qu'elle est jetée aux immondices ou aux chiens.

J'ai menti.

Pour sauvegarder l'honneur de notre famille.

Et pour épargner ma femme qui ignore encore comment son fils est mort.

Comme notre servante.

Ainsi donc, selon vous, votre fils serait détruit avec une corde.

Et vous le jureriez sur les évangiles, comme les deux fois précédentes.

Dites-moi, quel passage des saintes écritures aurait votre préférence cette

fois-ci ? Remarquez, il n'en est pas un serment prêt.

Il faudrait le croire, les croire tous.

Emmenez-le dans l'aile sud pour qu'il ne communique pas avec ses complices.

Croyez-moi, mon seigneur, je suis seul responsable. Pardon, je réclame votre

indulgence, humblement.

Et alors ? Et alors, M.

Odibert a ajouté qu'à Toulouse, un huguenot arrêté était un huguenot

condamné, même innocent et que vous le saviez. Que je le sais ! Que je le sais

! Il en parle à son aise, ce Toulousain.

Moi, je trouve que ce capitoule accompli s'abandonne plutôt scrupuleusement.

Il ne se contente pas d'un garçon chirurgien, il fait venir un médecin

accompli pour se faire éclairer sur les circonstances du décès.

La plupart s'accommoderaient du jugement d'un ignorant.

Et vos Huguenots, eux, ils jurent leurs mensonges sur l'évangile quand on

connaît l'attachement ostentatoire de ces gens aux écriteurs sacrés.

Le capitoule a raison de penser que ces mensonges cachent forcément quelque

chose qui les accable.

Non, vraiment, vos calaces, ne m'en parlez jamais plus.

Je ne vais pas gaspiller ma maigre réputation à me mêler de cette affaire.

Simple curiosité, vous n'avez rien appris d'autre ? Non, rien de plus.

M. Diber s'est dit qu'il ne pouvait rien attendre de vous.

Il espérait qu'à Genève, il aurait une meilleure aide. À Genève ? Tiens.

Et de qui ? De Rousseau, peut-être. Rousseau ? Pensez donc, il est

inaccessible aux sentiments.

Il ne connaît que les fourments.

Quand elle sait tout, Diber, je vous le dis, on ne le reverra plus.

Oh si, je lui ai conseillé de s'arrêter à son retour.

Et même, je l'ai assuré que vous le recevriez.

Vous commandez à mes entrevues maintenant ? Décidément, vous ne me

refusez rien.

Ne comptez pas que je lui consacre la moindre minute.

Surtout s'il a vu Rousseau.

Je vous l'assure, il existe de fortes raisons de croire Jean Callas.

Mais encore.

J'ai pu me procurer le rapport du médecin Latour.

Je l'ai soumis à un membre éminent de l'Académie royale de chirurgie, le

docteur Antoine Louis. Il est formel.

Marc-Antoine Callas s'est bien donné la mort.

Oui, mais votre docteur de l'Académie royale est seul, de son avis.

Pourquoi aurait-il raison contre un autre qui lui a pu observer, déviseux ?

C'est un qui a vu contre un qui n'a pas vu.

C'est le bon sens.

Ce n'est pas une bonne cause pour mon oncle.

Monsieur Audiber, vous venez de Genève.

Qu'a dit Rousseau de tout cela ?

Mais je n'ai pas vu Rousseau.

Je n'ai même jamais cherché à le voir.

Et j'ai eu des nouvelles de Toulouse.

Et ce qui s'est passé là-bas est bien plus qu'inquiétant.

Dites-nous.

Ils l'ont tué et je sais pourquoi.

C'est maintenant ma conviction.

Reste à l'étayer.

L'étayer ? Oui.

L'étayer par... un monitoire.

Je compte faire donner un monitoire.

Car c'est ici... la cause de la religion.

Un monitoire ? Mais vous ne pouvez pas.

Je prends tout sur moi.

Aucune condition n'est requise.

La cause de la religion, vous dis-je.

Non, ce n'est pas possible.

Ça l'est même si peu que ça devrait vous rassurer.

N'est-ce pas, l'abbé ? Effectivement.

C'est exceptionnel de lancer un monitoire.

C'est très compliqué.

Pensez qu'il faut l'accord d'un évêque.

Encore ne peut-il le donner que si la religion est en grand péril.

Et alors ?

Il devrait quasiment référer à Rome.

Vous voyez, c'est un jésuite qui vous le dit.

Et pourtant, si.

Il est de mon devoir de vous annoncer qu'un monitoire est lancé.

Pour vous rappeler qu'il est fait obligation de révéler, sous peine d

'excommunication et des pires châtiments divins, tout ce que vous savez à propos

du sieur Marc-Antoine Calas aîné, qui avait renoncé à la religion.

prétendu réformé.

Qu'il était menacé, maltraité et regardé de mauvais oeil dans sa propre famille

s'il faisait abjuration publique.

Que son propre père lui aurait dit qu'il n'aurait d'autre bourreau que lui s'il

persistait à quitter la cause huguenote.

A ceux qui savent qu'on l'a fait mettre à genoux et étrangler.

Ou pendu avec une corde à deux nœuds coulant ? Qui a entendu une voix criant

à l'assassin ? Puis... Oh mon Dieu,

que vous ai-je fait ? À ceux qui savent par où y dire,

ou autrement, qui sont les auteurs, complices, fauteurs, présents dans la

maison de Calas ce soir-là, il est fait obligation de témoigner.

Tout ça ne rend pas les Calas plus innocents.

Mais je reconnais qu'après un appel à la dénonciation aussi vicieux,

la suite n'est pas difficile à deviner.

Qu'est-ce que vous savez ? C'est des Huguenots.

Mais encore.

Ils ont tué leur fils.

Mais pourquoi ? Parce qu'ils voulaient abjurer.

Qu'est-ce qui le prouve ?

C'est quelqu'un qui l'a dit à quelqu'un qui me l'a répété.

Donc, c'est une rumeur.

Une rumeur, juridiquement, c'est un ouï-dire.

Ce n'est pas une preuve entière, c'est certain, mais tout de même, un ouï-dire

vaut un quart de preuve.

Donc, je note... un quart de preuve.

Pardon, Monseigneur, mais un ouï-dire d'un ouï-dire, ce n'est qu'un huitième

de preuve.

Je vous le concède.

Bien qu'il y ait différentes interprétations. Qu'avez-vous à rajouter

? Rien, Monseigneur.

Avancez.

Et vous, que savez-vous ? Eh bien, il avait menacé son fils de le tuer s'il

abjurait. L'avez-vous entendu directement ? Non.

Mais on me l'a dit.

Un quart de preuve.

Un huitième, Monseigneur.

Ce n'est qu'un handi.

Un bruit public.

Je vous l'accorde. Moi aussi, on me l'a dit. Comme à elle. Vous voyez ? Et moi

aussi. Attendez.

Vous êtes donc trois à confirmer avoir entendu dire que le huguenot Jean

Calas a menacé de mort son fils Marc-Antoine s'il abandonnait la

religion prétendue réformée pour gagner la vraie religion, c'est donc ça ? Oui.

Trois, on dit.

Trois quarts de preuve.

Non, pardon.

Monsieur Meunier va protester.

Trois huitièmes.

Et vous ? On m'a rapporté qu'au moment du crime, la victime a crié « Mon père,

mon père, que vous ai-je fait, mon Dieu ! » Y avait-il une autre personne avec

vous lorsque vous avez recueilli ce témoignage ? Oui, ma femme.

Pour « Mon père, mon père, que vous ai-je fait, mon Dieu », une demi-preuve

pour l'homme et une demi-preuve pour la femme.

Là, n'est-ce pas, la chose est autrement plus grave qu'une simple menace.

La victime désigne son bourreau nommément.

Qui veut encore aider la justice du roi ? Faites les sortir.

Bien, si je résume, nous avons quatre fois un huitième de preuve, une autre

fois deux demi, ce qui nous donne au total...

Eh bien, une preuve entière plus une demi, tout cela n'est pas rien.

C'est mathématique. C'est une culpabilité mathématique.

Tout de même, plusieurs fractions de preuves font-elles une preuve entière ?

Quand ces fractions sont fondées sur des on-dit, un oui-dire, une rumeur, un

bruit public ? Deux demi-preuves valent un témoin oculaire, vous le savez bien.

Cela suffit-il à impliquer un homme qui n'a consenti aucun aveu ?

Dans une affaire où il joue sa vie.

Ses aveux, je les aurai.

Je le confondrai en faisant parler les siens.

Ne voyez-vous pas qu'ils sont tous du contenu contre notre religion ?

Madame, je comprends que celui entretienne votre désarroi, mais il ne

tient qu'à vous d'en sortir sur le champ.

J'aimerais simplement m'assurer de quelque chose.

Selon vous, comment est mort votre fils Marc-Antoine ? Je l'ignore, Monseigneur.

Je sais simplement que son frère et son ami Gobert l'avaient, se l'ont trouvé

étendu. Et mon mari ensuite ? Étendu.

Vous ne connaissez donc pas la dernière version de votre mari ? Je n'en connais

qu'une, Monseigneur.

Cette version est qu'il s'est pendu lui-même.

Ce n'est pas vrai, Monseigneur.

Il vous le dira lui-même qu'il a menti, et par deux fois sur la Bible.

N'envoyez-vous ma version à moi et que votre fils ne s'est pas pendu lui-même,

mais que c'est votre mari.

qu'il a étranglé avec une corde parce qu'il voulait t'abjurer.

Oui, madame, votre fils aîné est mort martyr de la religion catholique qu'il

voulait embrasser et par complot de vous tous.

Que votre âme est sombre, mon seigneur.

Qu'il fait bien noir tout au fond de vous.

Qu'à ce point de noirceur, vous devez endurer une terrible souffrance.

La moignée.

Un peu plus, elle va prier pour moi.

Madame, je n'accorde jamais aucun crédit à ce que jure un réformé. C'est un

principe qui m'a toujours réussi.

Accordez-en à notre servante, qui est catholique.

Interrogez-la.

C'est exactement ce que je voulais faire.

Si je suis convaincu de sa sincérité, vous n'avez rien à craindre.

Je demeure sereine.

Et je vais effectivement prier pour vous.

Alors comme ça, tu es catholique, toi ? Une bonne catholique ? Oui, monseigneur.

Je crois que notre religion est la seule vraie religion. Et je veux l'aider.

Et tu sais aussi que si tu ne le fais pas, on peut t'y contraindre.

Tu sais comment.

As-tu peur ? Oui, mon seigneur, j'ai peur.

Alors, au nom de notre religion, et parce que je ne veux pas abandonner

inutilement une bonne catholique au bourreau, dis-moi comment est mort Marc

-Antoine.

Je ne sais pas comment le petit est mort.

Je sais simplement que mon maître l'a découvert sans souffle et tendu à terre.

C'est comme ça que je l'ai trouvé moi-même. Et ne crois-tu pas que ton

maître aurait pu mentir ? Oh non, mon seigneur, non. Je ne te crois pas.

Il a étranglé son fils et tu le sais.

Dis-le au moins une fois.

son fils.

Non, non, mon seigneur, ça n'est pas possible.

Mon maître est un homme sévère, mais juste, droit et bon.

Sévère ? Fanatique, plutôt.

Dis-moi, Marc-Antoine ne devait-il pas se convertir ? N'a-t-il pas clamé le

soir même de sa mort qu'il voulait abjurer le lendemain même ?

Sa famille ne le tourmentait-elle pas, craignant qu'il trahisse sa mauvaise

croyance ? C'est pour ça que son père l'a tué de ses propres mains.

Et toi, tu étais dans la maison, tu ne pouvais l'ignorer.

Le bourreau te le fera dire.

Je crains le bourreau ? Mais moins que Dieu.

Sur ma foi, mon Seigneur.

Je n'ai jamais entendu que Marc-Antoine voulait changer de religion et se faire

catholique.

Pourtant, j'aurais bien voulu.

C'est moi qui ai aidé son frère Louis à la conversion.

Une conversion ? Il y a un fils calas catholique.

Ils mentent tous par omission ou autre.

Voyez-vous, Meunier, rarement accusation bientôt remise au procureur n'aurait été

plus probante.

Vous ne doutez pas ? Je ne suis que certitude.

Vous le voyez bien, tout est joué.

Quel mauvais homme, ce capitoule.

Ce ne sont pas les hommes qui sont mauvais, ce sont les lois.

Changez les lois, vous changerez les hommes.

On dirait que vous parlez comme Rousseau.

Et après ? Ils sont au secret et attendent d'être jugés. Cela peut

prendre des années, comme des mois, comme quelques jours.

C'est au bon vouloir du capitoule.

Mais c'est maintenant qu'ils ont besoin de votre aide.

Besoin de mon aide ? Mais... Mais... Je ne suis ni justicier ni avocat, je ne

suis qu'un malheureux philosophe.

Je n'ai d'armes que mes écrits, quand ils sont lus. Et en plus, le roi m'a

interdit Paris.

Si je m'y risquais, je serais embastillé. Oui, oui, embastillé. J'y

fus à la Bastille, et par deux fois.

On m'y a battu, j'y ai souffert.

J'ai cru ne pas y survivre.

Je me le suis juré, je ne ferai rien, jamais, qui puisse donner prétexte à m'y

reconduire.

Si j'habite ici, ici, qui l'hiver est une Sibérie, c'est que d'un saut de

puce, je suis à Genève, à l'abri de mes ennemis.

Et puis, je suis fatigué.

Je suis vieux, malade.

Je dois aller me coucher.

Qu'on me laisse agoniser en paix.

Qu'on me laisse finir ma vie tranquille.

Ah non, laissez-moi.

Apportez-moi plutôt les mauvaises médecines de Tronchin. Si mes médecines

sont mauvaises, pourquoi ont doublé les doses que je vous prescris ? Justement

parce qu'elles sont de peu défaites.

Sachez-le, ce soir ou demain, je ne ferai rien pour des calaces.

Ce capitoule, il y a certes beaucoup à dire contre lui sur la manière dont il

enquête. Mais ce qui compte, c'est ce que décideront les juges, devant

lesquels ils comparaîtront. Seule leur décision, si elle s'avérait éminemment

contestable, m'inclinerait à me débusquer.

Grâce à Dieu, nous n'en sommes pas là.

Pardonnez-moi, monsieur, mais n'est-ce pas prendre le risque d'intervenir trop

tard ?

Ne devriez-vous pas... En avez-vous beaucoup comme cela, jeune fille sans

importance, de conseils à m'administrer ? Ne m'avez-vous pas dit déjà que je

parlais comme Rousseau ? C'est bien demain

qu'on vient discuter mariage à votre propos.

À demain, donc.

C'était la deuxième fois que M. de Voltaire faisait semblant de vouloir me

marier. au premier prétendant qui ne connaissait ni Virgile ni le latin, mais

s'était audacieusement aventuré à dire qu'il aimait la nature.

Il avait proposé de réciter, en y mettant le ton, s'il vous plaît, les

cent premiers vers des bucoliques.

J'étais curieuse de découvrir comment il allait s'y prendre avec celui-ci pour le

décourager.

Je ne fus pas déçue.

Monsieur de Colmont, avez-vous fait bon voyage ? Nous vous attendions.

Ainsi vous marquez de l'intérêt pour ma pupille.

Une pupille de philosophe.

Vous avez le nez bien fait.

Et vous êtes capitaine, n'est-ce pas ?

Qu

'en pensez-vous ? Depuis deux ans qu'elle est affernée, chacun d'ici a pu

constater qu'elle est une gaie et décente jeune personne.

Elle connaît la tapisserie au petit point.

Elle va régulièrement à la messe où je l'accompagne, malgré ce qu'en disent mes

ennemis. Elle joue la comédie.

Pas encore la tragédie, mais elle s'essaye avec les miennes.

Elle a appris la grammaire, alors qu'elle n'avait aucune disposition pour

cette sublime science.

Enfin, elle porte un nom illustre.

Corneille.

Corneille.

illustre, si l'on veut.

Comment si l'on veut ? Doutez-vous ? Mais là n'est pas la question.

Ah non, parfait.

Car je ne vois pas comment je pourrais accorder cet enfant à qui n'admirait pas

son prestigieux ancêtre.

Avez-vous déjà écrit des tragédies ? Non, mais non, monsieur, jamais.

N'avez-vous jamais eu envie d'essayer ?

Pas le moins du monde.

Il n'a pas le souhait d'écrire ni tragédie ni rien, il est capitaine.

C'est dommage.

Car voyez-vous, s'il est incliné à écrire des tragédies, je lui

conseillais. Certes, certes, mais il n'incline pas.

Vraiment, non, il ne veut pas s'adonner à la tragédie. Il n'y songe pas un seul

instant, je vous le promets. Nous voulons seulement le marier avec une

personne convenablement dotée.

Ils pourront vivre sur mon toit.

Mais admettez tout de même que c'est dommage pour qui prétend s'unir à la

descendante du grand Corneille de négliger les tragédies.

Oui, mais la dot.

Je l'enlèguerai mes droits sur mes commentaires de Corneille.

Un ouvrage apprécié.

Mes hommages, monsieur de Colmont.

Apprécié, oui, mais se vendant peu.

La demande en mariage s'est arrêtée là.

Monsieur de Voltaire n'en a pas paru vraiment mécontent.

Madame de Nissi.

Moi, non.

De cette période, je me souviens comme des derniers moments d'insouciance à

Ferney, où quand il n'écrivait pas des ouvrages savants ou des pièces de

théâtre, M. de Voltaire se livrait à toutes ses lubies.

Avec ces froids durs, nos légumes d'hiver vont prendre du retard.

Le gel va les surprendre.

Camille ! Donne-moi la queue de la charrue.

Honneur à qui fertilise la terre.

Allons voir mes manufactures.

C'est de la soie.

Avec toute cette soie, nous pourrons faire des bas, des bas de grande

qualité, les premiers dans ce pays.

Allons voir les montres.

Elles sont plus belles qu'à Genève.

Combien en avons-nous ? 320.

300 ? Tout de même, c'est qu'il va falloir les vendre. Comme les bas.

Je vais m'en charger.

Post-scriptum pour Madame Dupuis d'Anjac.

Ce sont mes verres à soie qui m'ont donné de quoi faire ces bas.

Aussi magnifiques qu'ils sont peu coûteux.

Déliez les maîtres, madame, ainsi que votre fille, l'exquise Marie.

Ensuite, ensemble, montrez toutes les deux vos jambes à qui vous voudrez et

payez-moi quand vous pourrez, etc.

J'ajouterai bien un petit couplet pour mes montres. Qu'en pensez-vous ? Ils ont

placé 5-6.

Non ? 10 peut-être ? 10 ? Autant que cela, vous croyez ? Et puis non, la

prochaine fois.

En revanche, demain, nous en proposerons 30 au duc de Duras pour qu'il en fasse

présent à l'occasion du mariage de son fils.

Il ne pourra pas me refuser ça.

Ainsi passaient les jours à Ferney, au gré des fantaisies de M. de Voltaire.

Et des mimiques convenues de Mme Denis qui tenaient à ce que l'on sache

certains matins que son oncle l'avait retenue toute la nuit.

Mon oncle a eu une nuit accomplie.

Il est devenu heureux ce matin.

Et puis, M. Odibert revint, qui mit définitivement fin à notre insouciance.

Je m'en souviens, nous répétions encore le spectacle que M. de Voltaire était

impatient de faire représenter à Ferney même.

Monsieur, M. de Voltaire répète son temps crède, monsieur. Il a demandé que

vous l'attendiez au salon.

Bien.

Enfin, selon vous, je sors à court ou à jardin ? Peu importe, vous intermoyez

tous.

Jamais vous ne serez prêts.

Alors que j'ai prié 50 personnes à venir applaudir, puis à souper, vous allez me

déshonorer.

Exercez-vous jour et nuit, s'il le faut, mais soyez à l'heure.

Monsieur, il est là, monsieur de Voltaire.

Tant craint d'attendre.

Madame Denis nous a conviés à souper et à peu de patience.

Bon.

Nous avons une visite, monsieur Odibert est de retour.

Il nous racontera ce qu'ont dit ces Toulousains de juges.

La reconnaissez-vous ? Elle ressemble à celle que nous utilisons.

Peut-être est-ce la corde dont notre malheureux fils se serait servi. Non, il

n'aurait pas pu s'en servir.

La corde est trop courte pour qu'un homme puisse s'y pendre.

J'en ai fait l'expérience.

Mais elle est toutefois suffisamment longue pour qu'on puisse l'étrangler

avec.

Vous le savez bien.

Saisissez votre chance.

Avouez que c'est vous avec vos complices qui avez tué votre fils.

Vous gagnerez notre indulgence.

Avouez, je ne le puis, vraiment, je ne le puis.

Nous ne voulons pas de votre indulgence.

Mais justice.

Simplement justice.

L'indulgence s'adresse aux coupables.

Veuillez vous rasseoir.

À l'instant, vous venez bien de dire que vous vous étiez livré à une expérience

tendante à prouver que la corde aurait été trop courte pour permettre à Marc

-Antoine Callas de s'y pendre.

Mais à quel moment avez-vous trouvé cette corde et pris sa mesure ? Et qui

prouve que c'est bien la bonne corde que vous avez expérimentée parmi toutes

celles qui se trouvaient dans la boutique ? Maître, c'est la bonne corde

puisque c'est moi qui vous le dis.

Quant à l'expérience, j'y ai procédé le surlendemain de cette nuit atroce, après

que Kala s'est avoué tous ses mensonges.

J'ai placé le billot de bois au-dessus de la porte, j'ai fait glisser la corde,

Elle était vraiment trop courte pour qu'on s'y pende.

Et vous n'avez pas éprouvé la nécessité de vous livrer à cette reconstitution en

présence des accusés ? Ou de moi-même ? Ou même de votre assesseur ? Mais

maître, Monseigneur n'y était nullement tenu par la loi.

Tous les moyens sont bons pour faire apparaître la vérité.

Oui, j'ai justement là quelqu'un qui pourrait y contribuer. Avec votre

permission.

Nous vous écoutons, monsieur l'abbé... Milasso, abbé Jean Milasso.

Je m'apprêtais à confesser à Saint-Benoît qu'un jeune homme s'est

approché de moi et m'a demandé à Brûle-Pourpoint si quelqu'un,

sachant qu'il allait mourir incessamment pour sa vraie croyance... C'est par ici,

monsieur l'abbé.

...et qu'il ne fait rien pour l'éviter...

Si ce quelqu'un gagnait le statut de martyr... Il a bien prononcé le mot

martyr.

Je l'entends encore.

Ce jeune homme était... Marc-Antoine Callas.

Mais non ! Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que c'était bien lui ? Si

dire... Ses attitudes révélaient une imminence particulière, celle de celui

qui sait qu'il va mourir. On percevait très bien qu'il était résolu à

affronter le martyr.

Pouvez-vous nous fixer précisément le moment de cette rencontre ?

Certainement, c'était le 13 octobre.

Vers 7 heures du soir, je revenais de Sainte-Opportune où j'avais confessé

aussi.

Messieurs les capitules, à 7h30, Marc-Antoine était à l'estaminet des 4

billards où son frère est venu le chercher.

Il a protesté devant ses compagnons de jeu qu'il ne pouvait pas interrompre la

partie, ce qu'il consentit tout de même pour se rendre à son dernier souper.

C'est Mgr David de Baudrigue qui a recueilli lui-même les témoignages de

ses compagnons de jeu. Peut-être était-ce un peu avant.

À quelques instants près, et il est difficile d'être précis, une église

ressemble à une église.

Alors, ce serait à Sainte-Opportune.

Mais Sainte-Opportune est hors les murs de Toulouse.

Et il faut bien une bonne heure de cheval pour rallier Saint-Benoît.

Mais alors, si c'est à six heures ou avant, nous savons que...

Marc-Antoine est allé changer de l'argent pour son père et qu'en chemin,

il a parlé avec des personnes.

Monsieur l'abbé, il me semble que votre mémoire se dérobe.

Ou plus grave… Il suffit, maître.

Vous parlez à un représentant de Dieu. Vous semblez l'oublier.

Il faut mettre un peu d'ordre dans vos souvenirs.

Et quand ce sera, nous vous réentendrons si nécessaire.

Le dernier témoin.

Et là, la surprise fut extrême.

Vous avez osé. Comment vous appelez-vous ? Louis Calas, monseigneur.

Vous êtes donc le frère du défunt ? Oui, monseigneur, son cadet.

Et vous êtes catholique, contrairement à vos parents, n'est-ce pas ? Comment ça s

'est-il passé avec votre famille quand elle a su que vous abandonniez sa

religion ? Lorsque j'ai annoncé ma décision, mon père en a conçu un grand

dépit. A-t-il cherché à vous faire changer d'avis ?

en vous menaçant, en vous tourmentant, ne vous a-t-il pas chassé ? Il

a beaucoup plaidé pour que je revienne sur ma décision, beaucoup argumenté, ma

mère également.

Mais quand ils ont compris que je demeurerai catholique, ils m'ont

effectivement demandé de quitter notre maison.

Donc, il vous a chassé ? Chassé, je ne peux pas le dire comme ça, Monseigneur.

Mais enfin, ils m'ont contraint à partir.

Vous voyez ?

Mais j'ai compris longtemps après que c'était pour m'éloigner des autres

Huguenots, leurs amis qui me considéraient comme un renégat, me

méprisaient, m'injuriaient, me menaçaient. Voilà bien, messieurs, la

démonstration que les Huguenots mettent en danger la vie de ceux des leurs qui

abjurent.

Comment réagissent vos parents devant la conversion de votre frère Marc-Antoine ?

Mais mon frère n'a jamais manifesté l'intention de se convertir.

Il aimait seulement entrer dans nos églises pour y entendre les orgues. Vous

excluez donc toute conversion de votre frère ?

Mon sentiment, c'est qu'il était trop profondément attaché à l'erreur réformée

pour revenir à la vraie religion.

Mais l'idée que mon père et ma mère soient les bourreaux de mon frère, ma

raison s'y refuse.

La raison.

En voilà un argument, la raison.

Il n'y a de raison que divine.

Vous qui avez longtemps fréquenté la religion prétendue réformée, n'abrite-t

-elle pas de dangereux fanatiques prêts à tout pour leur croyance ? Si,

monseigneur. J'en ai beaucoup rencontré.

Mais vous savez, chez nous, les catholiques... Nous sommes suffisamment

instruits.

À propos, il nous est revenu que vous étiez membre de l'ordre des pénitents

blancs.

Un rassemblement d'hommes trépieux.

Et c'est exact.

Et que votre frère avait envisagé d'y adhérer.

Oui, j'appartiens aux pénitents blancs.

Toutefois, je ne peux pas dire que mon frère ait envisagé de nous rejoindre,

puisqu'il n'était pas catholique.

Mais un jour, c'est exact que dans une conversation, il avait admis que s'il l

'avait été, il aurait probablement eu sa place parmi nous.

Mais c'était, comment dire, un jeu de l'esprit.

Mais non, je ne crois pas du tout que c'était un jeu de l'esprit.

Plutôt le reflet d'une réflexion approfondie.

Le début du chemin vers la vérité.

Et c'est capital.

Nous le verrons par la suite.

Je te bénis, Louis.

Au père !

Monsieur

le procureur, nous vous écoutons.

Il a parlé trois heures.

Et sa conclusion fut terrible.

C'est pourquoi je requière que les trois Calas, Jean le Père, Anne-Rose sa femme

et Pierre leur fils, soient condamnés à être pendus jusqu'à ce que mort

naturelle s'en suive.

Je requière aussi que la dite Jeanne Viguière, complice, soit enfermée

pendant cinq ans dans le quartier de force de l'hôpital de la Grave en cette

ville.

Et le dit Gobert Lavez, leur complice, à être condamné aux galères perpétuelles.

Ayez présent que vous avez en main la défense de notre religion.

Retirez-vous et délibérez sous le regard de Dieu.

J'attends votre verdict avec confiance.

Messieurs les capitules, je veux plaider, j'insiste, non seulement pour

les accuser, mais aussi pour vous.

Qu'il ne soit jamais dit que vous avez jugé sans entendre une autre voix que

celle qui accuse.

Maître Carrière, ne m'obligez pas à répéter que vous ne pouvez plaider

autrement que par écrit. C'est la loi royale.

Par conséquent, nous examinerons les écritures que vous nous confierez.

Sachez le gré de vous avoir laissé interroger les témoins.

Faisons confiance au Capitoule.

Bien que nous discutions depuis plusieurs heures, je constate que nous n

'avons dégagé ni aveu, ni les deux témoignages de visu qui auraient pu, à

titre de preuves manifestes, entraîner une condamnation, surtout à mort.

J'ajoute que j'ai un savoir que vous n'avez pas.

J'ai suivi l'enquête menée par Monseigneur de Baudrigue.

Je sais donc parfaitement de quoi elle retourne.

Et puisqu'il faut voter, je vote pour l'acquittement de tous.

Êtes-vous vraiment sûr d'être ici à votre place parmi nous ? Vous me décevez

beaucoup, mon ami.

Monseigneur, autorisez-moi à le demander à ceux qui m'y ont élevé. Messieurs, s

'il vous plaît, asseyez-vous.

On ne peut pas nous corréler pour une poignée de huguenots.

Récapitulons. Trois pour l'exécution immédiate.

Plus trois favorables à l'exécution, mais qui voudraient que les accusés

avouent auparavant.

Et un qui vote l'acquittement.

En ce cas, la loi royale dans sa sagesse a tout prévu.

Nous, capitules de la ville de Toulouse, disons.

Qu'en vue de leur extraire l'aveu de leur crime, Jean Calas, Anne-Rose, son

épouse et Pierre, leur fils, seront soumis à la question ordinaire et

extraordinaire jusqu'à ce qu'ils confessent leur crime.

Puis seront pendus jusqu'à ce que mort s'en suive et leur cendre dispersée au

vent. Non, non, pas eux.

S'il vous plaît, pas eux. Que Gobert Lavesse et Jeanne Viguier subiront le

cachot autant qu'il plaira.

Le tout en mémoire du cadavre de Marc-Antoine Callas, martyrisé pour sa

religion.

C'est une injustice

! Nous sommes innocents ! Ce n'est pas fini ! Ayez confiance ! Je fais appel

devant le Parlement de Toulouse ! Bien sûr qu'il faut en appeler à d'autres

juges. C'est là que tout se jouera.

Et les Huguenots de Toulouse, comment ont-ils réagi ? Ont-ils fait quelque

chose ? Rien, sinon prier et encore, secrètement,

ils étaient terrorisés.

Souvenez-vous qu'à Toulouse, on donne des réjouissances chaque année en l

'honneur de la Saint-Barthélemy.

Je ne le sais que trop, cette ville est la plus fanatique du royaume.

Bon, eh bien, attendons l'appel.

Et...

C'est là que, je le répète, tout se jouera et que je pourrais intervenir, si

la justice est bafouée.

Ce n'est pas tout.

Les pénitents blancs ont réussi à faire croire que Marc-Antoine était un martyr

de la religion catholique.

Ils ont promené sa dépouille à travers la ville avant de l'enterrer en grande

pompe dans un cimetière catholique.

Vous n'avez pas le droit ! Non, vous ne pouvez pas ! Non ! Je vous rappelle,

maître Carrière, que si le Parlement a bien voulu accepter l'appel des accusés,

vous ne pourrez pas pour autant plaider de vive voix comme vous avez

précédemment tenté de le faire.

Vous devrez nous remettre un mémoire imprimé dont nous prendrons connaissance

après avoir entendu les témoins.

Nous en avons 26 contre Jean Calas, 17 contre sa femme,

29... contre Pierre Callas, 12 contre la baisse et 9 contre la

servante Jeanne Viguier.

Et combien en faveur des accusés ? Un seul.

Eh bien, les débats sont clos.

S'il vous plaît, M. le Président, je tiens à ce que vous entendiez le

témoignage du Dr Antoine Louis de l'Académie royale de chirurgie.

Il va vous démontrer scientifiquement pourquoi il est impossible de soutenir

que Marc-Antoine ne s'est pas donné la mort lui-même.

Dites-nous, que veut dire mettre carrière par démontrer scientifiquement

? Cela signifie, Monsieur le Président, que fort de mon expérience médicale, j

'ai comparé les marques laissées sur le cou d'hommes exécutés par pendaison

judiciaire à celles laissées sur le corps du défunt Marc-Antoine, telles qu

'elles ont été décrites dans le rapport de mon confrère Latour.

Il ne peut y avoir aucun doute.

Les signes cadavériques ne sont pas ceux d'un homme étranglé par autrui, mais

ceux d'un homme qui s'est pendu lui-même.

C'est pourquoi, monsieur le président, je puis dire médicalement,

scientifiquement... Permettez.

La mathématique est une science.

L'astronomie est une science.

Mais pas la médecine.

La médecine est un art.

Nous le savons depuis Hippocrate et Gallien.

On ne peut donc fonder un raisonnement scientifique sur la médecine.

Les débats sont clos.

Maître Carrière, donnez-moi vos écritures.

Mon mémoire sur les accusés, Monsieur le Président.

Il est bien épais.

Mais nous le lirons quand même.

Entrez, Bannière.

Jean Calas a été exécuté.

Le verdict est tombé.

Trop tard pour vous prévenir.

Voulez-vous savoir comment ça s'est passé ?

Monsieur de Voltaire s'alita trois jours durant.

Enfin, il nous fit tous venir dans sa chambre.

Puisque je n'ai pas sauvé le père, je sauverai tous les siens.

Et la vérité avec.

Les juges.

Il paraît que ce n'est pas l'usage de contester leurs décisions.

Les monstres.

Ils vont devoir rendre compte aux hommes du sang des hommes.

Et Versailles avec.

Je me suis désinvesti, j'ai eu tort.

Mais je n'ai pas défroqué.

Vous verrez.

Monsieur le Saint-Florentin, ça fait bien longtemps que nous n'avions pas de

nouvelles de Monsieur de Voltaire.

Eh bien, aujourd'hui... nous comble.

Voyez.

J'ai fait intercepter ses lettres.

Enfin, pas toutes.

Vous n'imaginez pas combien il en écrit par jour. Et la nuit aussi, sûrement.

C'est qu'à l'as, vous êtes au courant.

Monsieur le ministre en charge de la religion prétendue réformée.

Le capitoule de Toulouse m'avait informé en son temps de cette affaire.

Je ne vous en avais pas parlé car elle était...

Sans importance.

Maintenant, elle est derrière nous, monsieur de Choiseul.

Sans importance ? Derrière nous ? Je crains que ce ne soit qu'un vœu, Saint

Florentin. Mais que fait-il de nous ? Je l'ignore.

Savez-vous sa dernière ?

Il avait lancé des invitations pour présenter sa tragédie suivie d'un

souper. Eh bien, il a annulé souper et tragédie sans décommander ses invités.

Ce soir, vous n'irez pas à Syracuse avec tant que raide.

J'apprends de Toulouse que Jean Calas, innocent de tout crime, a été...

écarte-les sur un palan jusqu'à ce que ses membres étirés craquent et se

détachent.

On lui a fait ingérer des cruches d'eau, 15 cruches, pas moins, jusqu'à ce que

son ventre se tende et qu'il rentre ses entrailles par la gorge et qu'il en

étouffe.

Puis on l'a fait coucher sur la roue.

Un coup de barre, ils lui ont brisé les bras, les jambes, puis les reins.

Son sang a giclé sur la figure du bourreau.

Et sur le capitoule, sur le capitoule qui penchait au-dessus de son visage, il

lui criait d'avouer.

En vain.

Alors il l'a fait transporter sur l'échafaud.

Jean Calin s'est resté là, immobile.

Les yeux tournaient vers le ciel, tandis qu'un prêtre le tourmentait encore et

encore pour l'exhorter, avoué, toujours en vain.

Son agonie a duré deux heures.

Alors le bourreau s'est approché et l'a étranglé.

Puis son corps a été brûlé et ses cendres jetées aux immondices.

aux immondices.

Contre les assassins juridiques, il n'y a d'espoir que dans le tri public !

Criez ! Criez !

Savez-vous, pour selon lui répandre cette infamie, à chacun de ses invités,

il a promis une lettre sur ce calas.

Et tenez-vous bien, il tient parole.

Ça ne meurt ni plus un château, cette messagerie.

Il vous suffira trois copies.

Chacun de vous en rédigera 22 par jour.

Au moins.

C'est mon rythme habituel.

Écrivons à M.

Fiot de la Marche. Oui, je sais, Vanier. Il n'est ni très intrus, ni très

pertinent. Tout le monde n'est pas d'Alembert, ni d'Hydrault, ni même

Rousseau. Mais il est bavard, tellement bavard, il en parlera la terre entière.

Écrivez.

Mon cher et respectable ami, on l'ignore peut-être en Lorraine.

Oui, mon pied.

Mademoiselle, prenez-en donc soin.

Mais il vient de se passer à Toulouse une scène qui fait dresser les cheveux

sur la tête.

Savez-vous ce que M. de Voltaire nous écrit ? Monseigneur, une lettre de M. de

Voltaire. M. de Voltaire entreprit d'alerter tout ce qui comptait en

Europe. Elle est arrivée dans la nuit, Monseigneur le Cardinal. À commencer par

le Cardinal de Bernice, qu'il prenait plaisir à flatter.

Je sais qu'il est non de Paris à Versailles.

Lisez ce qui a trait à ce calas dont on le rebat les oreilles.

Oserais-je supplier votre éminence de vouloir bien me dire ce que je dois

penser de l'aventure affreuse de ce calas roué à Toulouse ? Ordinairement,

M. de Voltaire sait parfaitement ce qu'il convient de penser.

C'est qu'on prétend ici qu'il est très innocent.

Cette aventure me tient au cœur. Elle m'attriste dans mes plaisirs, elle les

corrompt. Il faut regarder le Parlement de Toulouse avec des yeux d'horreur.

Et il vous présente ses respects.

Ses respects, je n'en crois pas un mot.

J'aime mieux la voir comme amie que comme sujet.

Et que ces idées infestent la France plutôt qu'ici.

Vous voyez, le grand défaut des gouvernants, c'est de sous-estimer l

'opinion publique. Eh bien, on va leur faire brailler aux oreilles l'opinion

publique, l'opinion publique, l'opinion publique.

Tiens, si j'abordais Madame de Pompadour, après tout, elle a l'oreille

du roi.

L'oreille, c'est une façon de parler.

On dit qu'elle est en désigrance.

Eh bien, justement.

Elle aura à cœur de soutenir une bonne cause pour faire oublier à la cour qu

'autrefois elle sautait à pieds joints dans le lit du roi.

Et sans faire la révérence.

Il dit que l'opinion publique exige la libération de la femme Calas, de son

fils, de cela Vesse et d'une servante.

Il me demande de le souffler à sa majesté.

Mais comme vous savez, elle m'est un peu lointaine ces temps derniers.

Il dit que c'est l'intérêt du roi.

d'écouter cette opinion publique. L'opinion publique ? Dit-il ce que cela

est ? On le devine.

Une sorte de rumeur, mais en plus étendue.

Et qui tiendrait sa force du fait qu'elle est commune à un grand nombre de

sujets du roi, indépendamment de leur rang et de leur qualité.

Il ne veut tout de même pas dire que les opinions d'un bourgeois, d'un marchand,

d'un paysan, parce qu'elles font nombre, s'imposeraient au roi, à vous, à moi,

ou...

à notre chère marquise.

C'est exactement cela.

C'est pourquoi il vaut mieux ne pas la laisser s'exprimer à haute voix, cette

opinion publique, mais lui donner tout de même quelques satisfactions.

On ne va tout de même pas faire élargir des coupables, réformer de surcroît.

Mon ami, la haute politique s'accommode fort bien des erreurs judiciaires.

Il doit même lui arriver de s'en nourrir.

Ce qui lui laisse les mains libres pour libérer un coupable quand cela sert ses

intérêts.

On va faire sortir... La servante et ce

lavesse.

Mais pas la femme qu'a là, c'est son fils.

Non.

La servante et ce lavesse seulement.

Une catholique et un réformé. Comme ça, on caresse les deux camps.

Monsieur de Voltaire accueillit la nouvelle d'un haussement d'épaule.

Comme si elle allait de soi.

Le conseil du roi que je saisis au nom des Calas ne pourra moins décider que,

premièrement, libérer la veuve Calas et son fils et ses filles.

Secondement, les indemniser fortement du malheur qu'on leur a infligé.

Libérer et indemniser.

Réveillez-moi, Saint Florentin, réveillez-moi.

Troisièmement, le Conseil du Roi ne pourra pas moins faire que désavouer le

Parlement barbare de Toulouse coupable d'un assassinat en robe et en bonnet

carré. Libéré, indemnisé, désavoué, réhabilité.

Je ne m'en lasse pas.

On dirait que vous l'admirez.

Admirez ? Au fond, peut-être.

Voyez-vous, il m'arrive de penser qu'à la place où nous sommes,

Le destin nous joue un bien vilain tour, nos opposants à lui.

Aux yeux du monde, il a déjà réussi à nous faire endosser le mauvais rôle.

Qu'allez-vous faire ? Faire traîner.

Ce Beaumont, cet avocat franc-maçon payé par Voltaire, demande au Conseil du Roi

de l'autoriser à faire appel du jugement de Toulouse.

Ça, nous ne l'éviterons pas.

En revanche, pour mettre en route cette révision,

Nous sommes maîtres des délais.

S'ils pensent qu'on va laisser le temps ensevelir leur turpitude, ils vont voir.

Je vais leur donner le coup de grâce avec une arme qu'ils n'imaginent pas.

Disez, s'il vous plaît.

Je vais appeler cette requête traité sur la tolérance.

Je voulais que vous fussiez la première à la découvrir.

Majesté.

Savez-vous que M. De Voltaire s'est arrangé pour qu'un exemplaire de ce

livre, expédié par vague, parvienne à chacun des membres de votre conseil ?

C'est un homme de théâtre, et il s'est arrangé à faire croire à certains que, s

'il n'épousait pas sa cause, ce serait comme s'ils avaient joué les vilains

personnages devant la postérité.

Ils l'ont tous lu.

J'ai se compter que quatre...

Cinq juges, pas plus.

Disons dix iraient dans le sens de Voltaire.

Mais pas tous.

Pas tous.

Remarquez, Sire, dans un attelage, il arrive qu'un cheval se dérobe.

Mais là, toute une écurie.

Et, non content de se faire imprimer par Cramer à Genève, il a installé une

imprimerie dans sa demeure.

Et il presse à tour de bras.

Et bien entendu, on l'a interdit ce livre.

Mais justement, parce qu'il est interdit, tout le monde le veut.

Les Français sont comme ça.

Mais vous avez intercepté ? Pas suffisamment.

Il lui fallait mettre des gens sur tous les chemins du royaume, dans toutes les

échoppes, tous les salons. Et je ne parle pas de l'Angleterre, de la Prusse,

de la Russie, de la Pologne, du Danemark.

Il en aurait envoyé aux Turcs que je ne serais pas autrement surpris.

Pas aux Turcs tout de même ? Qu'est-ce qu'il dit ?

Voyez-vous-même, Majesté.

Traité sur la tolérance.

Vous l'avez lu ? En entier ? Il a bien fallu. Et alors ?

Ce ne s'agissait que des calaces, mais non.

Il généralise.

Il proclame des idées inconséquentes.

L'égalité serait de nature à éviter les erreurs judiciaires.

Les hommes devraient pouvoir choisir qui les gouverne.

Non. Si.

Il dit aussi, l'affaire Callas affecte la liberté de pensée et de croyance.

Cette liberté est une exigence première des peuples, et plus loin, puissent tous

les hommes se souvenir qu'ils sont frères.

Ce sont ses mots.

Les bourgeois en font leur gorge chaude, et même plus haut.

Quant à plus bas, heureusement le peuple ne sait pas lire.

Malheureusement, il n'est pas sourd, mon cher Choiseul.

C'est la philosophie toute seule qui va écraser le fanatisme.

La vérité est en marche.

S'il vous plaît, puisque Paris et Versailles me sont toujours interdits,

allez-y pour moi.

Vous accompagnerez les Calas, vous m'en présenterez, et puis vous me rapporterez

le dernier acte. Oui, monsieur.

Enfin vint ce jour de février 1765.

Le procès de Jean Callas, de sa famille, de Gobert Lavesse et de Jeanne Viguière

recommençait à zéro. Mais cette fois-ci, sous le regard de l'Europe entière.

Il s'étendit sur six semaines.

Son issue était incertaine, car depuis qu'elle existait, jamais la justice

royale n'avait consenti à se déjuger et moins encore à réhabiliter un condamné.

Jusqu'à la fin, jusqu'au dernier mot, nous ne savions pas ce que le jugement

allait prononcer.

Il s'était installé un grand silence.

Nous, maîtres des requêtes de l'hôtel du roi, nous concluons

unanimement que nous déchargeons la mémoire de Jean Calas de l'action contre

lui intentée.

Disons qu'il est réhabilité.

Disons que nous déchargeons sa veuve, un de ses fils, le jeune Lavès, et la

servante de l'accusation portée contre eux.

Ordonnons que l'amende et les dépens soient rendus à la diligence du

procureur général du roi.

C'est le plus beau cinquième acte qui soit.

Mais ce n'est pas le dernier tableau, petite corneille.

Le dernier tableau, vous en aurez connaissance quand vous viendrez me

rejoindre tout à l'heure dans mon cabinet.

Plus tard, à ma surprise, apaisé comme je ne l'avais jamais vu, M. de Voltaire

entra en confidence.

À ce moment-là, voyez-vous, j'étais à peine sorti de l'enfance.

Mon père a dit de moi que j'étais fou d'un piété.

Bien vu.

Ce que j'aime dans cette folie, c'est qu'elle a fait de moi le propriétaire d

'un talent qui m'a permis de dire l'indicible.

Mais du coup, m'a condamné à être l'unique comédien de mon propre théâtre.

Personne ne me donne ma réplique.

Je se liloque toujours.

Je grimace.

Ma vie a commencé par des grimaces.

On m'a cru mort à la naissance.

Dès intelligent, je n'avais le choix que de défendre des convictions élevées.

Remarquez, j'ai pu séduire par l'esprit que je n'ai suscité le désir.

Mes échecs portent des prénoms de femmes.

C'est à ce moment que j'ai découvert que, s'il se savait admiré, il pensait

ne jamais avoir été aimé.

Jamais ? Non, vraiment, je vous l'assure.

Je ne le suis jamais.

Pardonnez-moi, mais vous qui êtes si savant en tout, vous ne connaissez rien

aux femmes.

Il faut que je vous dise... Non.

Madame Denis pense que le moment est venu de vous marier.

Ce capitaine qui se refusait à écrire des tragédies est revenu à la charge.

Son insistance gage qu'il vous porte beaucoup un véritable intérêt.

Vous serez doté autrement plus qu'il y ait d'usage.

Je vous conduirai à l'hôtel.

Non comme ma pupille, mais comme ma fille.

Puisque ce sont vos ordres.

Est-ce pour que je n'ai pas de regrets que vous vous êtes déguisé en vieillard

?

Ne

regrettez rien.

Vos sentiments, puisqu'ils sont nés, mourront.

Et vous courriez le risque d'être affecté à mes tisanes et à mes

migraines.

Laissons-les à Madame Denis qui n'a plus que cela.

Je l'ai aimé.

Mais lui, je veux croire qu'il n'a pas osé.

Alors pour la première fois, fut-ce un court instant, je lui ai tenu tête.

Au fond, vous aimez moins les gens que leur cause et je n'en suis pas une.

Osez me dire le contraire.

Et lui, pour la première fois, ne m'a pas retourné une de ses répliques qui

claquait comme une gifle.

Treize ans avaient passé.

Monsieur de Voltaire s'était risqué à quitter son exil de Ferney.

Malgré son immense état de fatigue, il avait insisté pour se recueillir dans la

salle des requêtes.

Personne n'avait compris les raisons de son obstination.

Personne, sauf moi, qui savait que c'était l'accomplissement d'une promesse

faite il y a longtemps à une jeune fille sans importance.

C'était là le dernier tableau du dernier acte d'une pièce à sa mesure, et son

dernier rôle.

Regarde-le bien. Il a sauvé des protestants.

Merci, Walter.

Il était fêté dans tout Paris.

Vraiment.

Rassurez-vous.

C'est engouement pour ce vieux singe. C'est une mode.

Comme le café, ça passe.

Certes, ce chahut est ennuyeux.

Mais ce n'est pas à vous que je vais apprendre.

Que Paris est indocile et a besoin d'être maté.

Pourquoi d'ailleurs l'avoir autorisé à y rentrer ? Maté un chahut.

Ma pauvre amie, il s'agit bien de cela.

Ne voyez-vous pas que ce vieux singe, comme vous dites, avec son écritoire,

ses papiers, ses livres, cette maudite affaire Calas, a plus accompli pour

faire basculer notre monde que plusieurs siècles de complots et de guerres ?

Gardez notre fils.

Maurice.

Il a souhaité que ce soit vous qui lui fermiez les yeux.

Marie, j'allais oublier.

Je devais vous remettre ceci.

Petite corneille, si on vous demande pourquoi tout cela, répondez que j'ai

suivi mon penchant.

Comme l'annonçait cette chanson des rues, nul n'ignorait désormais que le

souffle et l'esprit de M. de Voltaire avaient semé le tonnerre et l'oral.

Sous-titrage

MFP.

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